• Le Tarot et son symbolisme – Le Tarot et la Franc-maçonnerie

    Les couleurs du Tarot et leur symbolisme

     

    Introduction

    Voici une planche sans doute plus originale que la plupart de celles que l’on écoute habituellement dans nos Loges ! Le Tarot n’est en effet pas un sujet que l’on y aborde fréquemment !

    Le Tarot semble être apparu dans nos régions au 15ème siècle. L'arrivée du papier à cette époque fut certainement le déclencheur de l'apparition de ce système, mêlant les 22 lettres de l'alphabet hébraïque à des symboles.

    Qu’est-ce que le Tarot ? D’où vient-il et que nous a-t-il apporté dans notre Ordre ?

    Pourquoi parler du Tarot dans le cadre de la Franc-maçonnerie de Tradition, régulière et universelle ?

    Pourquoi évoquer les couleurs du Tarot ? Nous apporteraient-elles des aspects symboliques particuliers ?

    Telles sont les questions auxquelles je vais tenter d’apporter quelques éléments de réponses par le biais d’une importante recherche car ce sujet, dont j’ignorais tout, m’interpelle vraiment.

     

    Qu’est-ce que le Tarot ?

    En fait, il existe plusieurs sortes de tarots : ceux qui servent à jouer aux cartes et qui sont les plus connus, puis ceux qui servent à tirer les cartes. Mais le plus connu de tous est le Tarot dit « de Marseille », dérivé du jeu de Tarots de Charles VI, qui présente une série de figures allégoriques.

    Le Tarot de Marseille est un ensemble de cartes à l'origine du Tarot moderne, aux motifs anciens médiévaux. Il comprend soixante-dix-huit cartes, plus longues que les cartes ordinaires et comportant des figures différentes, servant le plus souvent au jeu et à la cartomancie.

    Lorsqu’on se livre à l’interprétation d’un tirage de cartes, les 22 arcanes majeurs vont traiter des évènements importants tandis que les 56 arcanes mineurs vont fournir les informations complémentaires.

    La forme des cartes, leur nombre, leur disposition est comparable à celle de nos jeux et par conséquent le Tarot peut être considéré comme l’ancêtre de tous les jeux de cartes modernes qui, eux, ne comportent que 52 cartes.

    Cependant, ce n’est pas sur cet aspect du Tarot que j’ai focalisé mes recherches mais sur son symbolisme en général et sur celui de ses couleurs en particulier. Mais tout d’abord : d’où provient le Tarot ?

     

    Les origines du Tarot

    La véritable origine du Tarot ne semble pas connue : il pourrait provenir de Chine, d’Inde ou même d’Egypte. Mais les Chinois ont toujours considéré que leur Tarot était très ancien et qu’il remonterait aux premiers âges de leur empire. Cependant le Tarot pourrait être l’œuvre d’Hermès Trismégiste, légendaire fondateur de la science égyptienne.

    22 gravures auraient été transmises par le dieu Thot, messager des dieux auprès des Hommes. Il s’agit d’un mythe qui remonterait au temps des Pharaons. Moïse, qui avait été recueilli par les Égyptiens, et considéré comme le frère de Pharaon, a été élevé dans l’enseignement des prêtres et aurait pris connaissance de ces tableaux. Lors de la fuite des Juifs hors d’Égypte, Moïse aurait transmis sa connaissance à son peuple par un alphabet constitué de 22 lettres. Cette connaissance porte le nom de kabbale où chaque lettre a un équivalent numérique.

    Certains chercheurs sont convaincus d’un héritage antique (égyptien, chinois, indien, judaïque, grec, romain, etc.) qui, en fin de compte, se serait matérialisé, sous une forme christianisée, dans les sujets allégoriques du Tarot. D’aucun souligneront plus particulièrement l’aspect alchimique tandis que d’autres préfèreront mettre en relief les apports platoniciens et pythagoriciens, apparus dans le néoplatonisme médicéen dans la seconde moitié du 15ème siècle.

    Le néoplatonisme médicéen est un mouvement philosophique et artistique local à la Toscane, qui regroupe penseurs d'une part, et artistes florentins d'autre part. Tous bénéficièrent de l'appui de la famille régnante des Médicis.

    Les uns travaillaient les concepts du Beau et du Sublime à partir des écrits grecs, et plus généralement redécouvraient les ouvrages et la pensée d'Aristote, de Platon, et du legs gréco-romain, faisant évoluer les visions du monde issues de la chrétienté médiévale.

    Les autres illustraient, par des représentations artistiques, les travaux de l'école philosophique de la Nouvelle Académie des Arts de Florence.

    Quoi qu’il en soit, le Tarot a bien une origine très ancienne et s’est largement répandu sur plusieurs continents. Considérons qu’il est le résultat d’une création collective dans laquelle le peuple juif semble avoir joué un rôle très important, dont la transmission de ses textes sacrés et du Tarot qui en ferait partie. Il est en effet considéré comme une transcription simplifiée de la Cabbale ou tradition juive.

    La Kabbale (Qabalah « réception » - קבלה en hébreu), parfois écrit Cabbale, est une tradition ésotérique du judaïsme, présentée comme la « Loi orale et secrète » donnée par YHWH à Moïse sur le Mont Sinaï, en même temps que la « Loi écrite et publique » (la Torah). On peut aussi définir la Kabbale comme étant la dimension interne de la Torah, correspondant à la connaissance secrète des quatre niveaux de l'intérieur de la Torah.

    Selon ses adhérents, la compréhension intime et la maîtrise de la Kabbale rapprochent spirituellement l'homme de Dieu, ce qui confère à l'homme un plus grand discernement sur l'œuvre de la Création par Dieu. Outre des prophéties messianiques, la Kabbale peut ainsi se définir comme un ensemble de spéculations métaphysiques sur Dieu, l'homme et l'univers, prenant racine dans les traditions ésotériques du judaïsme. Cependant, cette définition académique ne rend pas bien compte de l'universalité de la Kabbale et de la richesse des thèmes qu'elle aborde.

     

    Les influences sur le Tarot

    Les figures du Tarot combinent des influences pythagoriciennes, kabbalistiques, des traces de l'occultisme, de la Gnose, des Mystères et autres savoirs antiques, tels qu'ils ont pu survivre en Orient et en Occident après leur éradication par l'Eglise, qui les avait taxés d'hérésie.

    L’occultisme désigne, en histoire, un ensemble de courants spirituels et mystiques préoccupés par les forces mystérieuses du cosmos et de l'homme. L'astrologie qui parle des influences astrales, le néo-occultisme qui traite avec Papus des « facultés occultes de l'Homme » et des « forces invisibles de la Nature », en font partie. Le terme « occultisme » désigne aussi, en philosophie, le corps de doctrines et de pratiques propres aux adeptes de ce mouvement, par exemple la radiesthésie, les tables tournantes, les cartomanciennes.

    De façon très générale la Gnose désigne un concept philosophico-religieux dans lequel le Salut de l'âme (ou sa libération du monde matériel) passe par une connaissance (expérience ou révélation) directe de la divinité, et donc par une connaissance de soi.

    Les cultes à Mystères, aussi appelés cultes initiatiques ou cultes orientaux, sont des cultes apparus avant l'ère chrétienne dans le monde gréco-romain.

    Les cultes à Mystères prennent naissance avec Orphée, prêtre légendaire d'Apollon, surnommé « le père des Mystères », qui a mis en place le principe de ces cultes.

    Les cultes à Mystères se différencient des cultes officiels notamment du fait que les participants subissent des initiations successives, apprenant à chaque fois quelque chose de plus sur les secrets de la divinité. Ils progressent dans des grades montrant leur niveau d'initiation.

    Ces cultes apportent, contrairement aux cultes traditionnels, un espoir plus encourageant pour l'après-vie.

    Aucun jeu de Tarot complet n'a été conservé depuis l'époque humaniste. Cependant, il a été démontré qu'à cette époque, des peintres, comme Botticelli, utilisaient les formes du Tarot pour construire leurs compositions. Dans les mêmes années, Jérôme Bosch peignit deux représentations du « Mat ». Cela signifie que les formes du Tarot étaient déjà présentes à cette époque, soit de très nombreuses années avant le plus ancien jeu actuellement connu et conservé.

     

    * Le tarot et le symbolisme de ses couleurs

    Le Mat ou le Fol ou le Fou

    Le Mat ou Le Fou ou Le Fol est une des seules cartes sans numéro dans la plupart des variantes du Tarot dit de Marseille ; habituellement classé comme faisant partie de la série des atouts, il est le seul atout non numéroté.

    L'interprétation la plus courante en fait un fou, un errant, une carte de vagabondage et de détresse. Mais certains occultistes y voient tout au contraire l'accès à un monde hors du monde, une renaissance, voire même le symbole de l'initié authentique, ayant accès à un monde inaccessible au commun.

    Celui ou ceux qui ont bâti le Tarot de Marseille ont bien caché leur jeu. Et les maîtres, peintres initiés à ces formes, ont également bien scellé leurs intentions.

    Le Tarot a pu arriver en Europe par de nombreuses routes. Sa première apparition date du Moyen Age. En France, Marseille est devenue l'un des plus grands centres d'édition de jeux de cartes.

     

    Aperçu global du Tarot

    Le Tarot kabbalistique, tout comme le Tarot de Marseille, les Tarots bohémien ou égyptien, sont composés de 78 cartes ou « lames », réparties en deux groupes : un jeu de 22 atouts ou arcanes majeurs et un jeu de 56 arcanes mineurs répartis en quatre groupes : les Bâtons, les Coupes, les Deniers et les Epées.

    Chaque groupe compte 14 cartes : dix cartes de points (de l’As au Dix) et quatre figures (le Roi, la Dame, le Cavalier et le Valet).

    • Les Bâtons, devenus les Trèfles de nos jeux modernes, symbolisent le Feu.
    • Les Coupes, devenues les Cœurs, symbolisent l’Eau.  
    • Les Deniers, devenus les Carreaux, symbolisent la Terre.
    • Les Epées enfin, devenues les Piques, symbolisent l’Air…

    Le jeu des 56 arcanes mineurs comporte quatre familles que l'on peut découper comme suit : quatre mondes ou quatre couleurs, tout comme le Feu, l'Air, l'Eau et la Terre, les quatre éléments séparés, mais qui peuvent se combiner, se pénétrer, s'interpréter.

    Les arcanes mineurs se réfèrent donc aux quatre éléments, aux quatre composantes fondamentales de la vie et au quaternaire du monde manifesté.

    Les arcanes majeures parcourent les 22 sentiers de l'Arbre de Vie et relient entre elles les dix Sefirot de l'Arbre. Le Tarot ainsi que les lettres hébraïques codent l’homme et l’univers avec d’infinis secrets non encore partiellement résolus à ce jour.

    L’Arbre de Vie est l’un des symboles les plus connus de la Géométrie Sacrée. La structure de l’Arbre de Vie est liée aux enseignements sacrés de la Kabbale juive, mais on la retrouve dans l’ancienne Egypte, 3 000 ans plus tôt. L’Arbre de Vie dans la Kabbale, représente symboliquement les Lois de l'Univers. Il peut aussi être vu comme le symbole de la Création tant du Macrocosme (L'Univers) que du Microcosme (L'Être Humain).

    Les Arbres de Vie gravés, peints, brodés, imprimés ou sculptés existent depuis le début de l'Histoire. Ils semblent symboliser la force de la vie et ses origines, l'importance des racines et le développement de la Vie. Ils sont parfois associés à des personnages et/ou à des animaux (oiseaux, mammifères). L'arbre de la connaissance, le chandelier à 7 branches pourraient en être des variantes selon certaines interprétations.

    Les dix sefirot (Sephiroth) sont les dix nombres primordiaux.  Le terme est dérivé de la racine hébraïque SFR signifiant compter (numération – numérologie).  Le terme sefirot signifie qu'il ne s'agit pas de nombres ordinaires mais de « nombres principes » identifiés comme étant les dix dimensions infinies du cosmos, à savoir les six dimensions de l'espace, les deux du temps et celles du bien et du mal.

    Les sefirot servent à décrire la naissance du monde.  La première sefira est le pneuma divin. De celui-ci sort la seconde sefira, l'air…  De l'air sont issus l'eau et le feu.  Les 6 dernières sefirot représentent les six directions dans l'espace.  Elles sont scellées au moyen de 6 permutations du grand nom de dieu YHWH.

    Le Sefer Yetsirah nous apprend que « le réel » est constitué par la combinaison des 22 lettres hébraïques, générant les 231 combinaisons binaires, à l'origine de la création du monde.

    Ainsi, jeu de cartes des plus anciens, le Tarot met en œuvre un monde de symboles. Et comme dans le nom même du Tarot, il reste toujours, dans ses images, quelque chose qui nous échappe.

    Le Tarot divinatoire comporte lui aussi un ensemble de 78 cartes qui peuvent être utilisées à des fins prédictives. Mais, étant donné le vaste champ de connaissances ésotériques que revêt le Tarot, Je me limite simplement à signaler que les lames majeures apportent en quelque sorte un « verdict » tandis que les lames mineures portent d’indispensables nuances mais ne laissent aucun problème en suspens, qu’il soit d’ordre affectif, matériel, intellectuel ou vital.

    S’il y a vingt-deux arcanes majeurs dans le Tarot, il y a aussi vingt-deux lettres hébraïques dans la Kabbale !  Dès lors, le Tarot peut être considéré comme un aide-mémoire populaire des principaux enseignements de la Kabbale

    Les arcanes majeurs ont une valeur initiatique importante. Images étranges, ces 22 arcanes majeures portent chacune un nom, un nombre et une lettre de l’alphabet hébreux. Les personnages de chaque lame sont fixés dans des attitudes bien définies. Tout geste, tout objet, toute couleur sont autant de détails importants à mettre en correspondance avec la mythologie, l’astrologie et les opérations alchimiques. Chacune des lettres hébraïques attribuées à chaque carte représente une idée, une étape de la création et de l’organisation de l’univers. Tout ceci est fondamental !

    Le Tarot est un véritable livre d’enseignement par l’image. Il est à l’image de l’Homme, à l’image du Monde.

     

    Considérations sur le symbolisme du Tarot

    Projection de l'inconscient collectif, le Tarot s’appuie sur :

    1.  le symbolisme de l'espace 

    Un personnage vu de face ou assis exprime une action statique (la Justice) ; tourné vers la gauche, il a un rôle actif ou matériel (par exemple l'Empereur) ; vers la droite, il traduit le retour sur soi dans la spiritualité ou la méditation ; debout, il est dynamique ou actif.

    2.  le symbolisme corporel :

    La tête = la pensée ; le cou = l'importance de l'affectivité ; le buste = l'affectivité ; l'abdomen = l'instinctivité ; les cheveux = la force instinctive féminine ; la barbe = la virilité. Les membres (mains, pieds, bras) ont une signification conforme au symbolisme spatial.

    3.  le symbolisme des vêtements:

    Un collier = la dépendance ; la ceinture = domination des instincts ; les coiffures = soumission à une autorité matérielle ou spirituelle.

    4.  le symbolisme des couleurs :

    blanc = la lumière ou la sagesse divine ; noir = les ténèbres ; rouge = feu ou amour divin ; jaune = la révélation ; bleu = la vie ; vert = manifestation de la Sagesse et de la bonté divine dans l’acte.

    5.  le symbolisme des nombres.

     

    Les liens entre la Franc-maçonnerie et le Tarot

    Les origines du Tarot, comme celles de la Franc-maçonnerie, se trouvent  dans le champ des mythes à l’aurore de notre civilisation ; leur évolution participe en tout cas de ce que l’on appelle « la Tradition ».

    La renaissance des Tarots comme instrument magique est intervenue à la fin du 18ème, en pleine période des Lumières. C’est un Franc-maçon, Antoine Court de Gébélin, archéologue célèbre à l’époque, qui redécouvrit et fit connaître le sens profond des arcanes du Tarot. Il le présente dans le neuvième volume de son « Monde primitif ». D’autres Frères après lui se sont penchés sur le Tarot, comme Oswald Wirth, auteur du « Tarot des Imagiers du Moyen Age ».

    Antoine Court de Gébélin nous a laissé le message suivant : « Si nous annoncions, aujourd’hui, qu’existe une œuvre qui contient la doctrine la plus pure des Égyptiens qui aurait échappé aux flammes de leurs bibliothèques, qui ne serait impatient de connaître un livre aussi précieux et extraordinaire ? Et bien ce livre existe et ses pages sont les figures des Tarots ! ».

    Pour justifier ses affirmations, Antoine Court de Gébélin a expliqué que le mot « Tarot » vient de l’égyptien Ta-Rosch qui signifie « Science de Mercure » (Hermès pour les Grecs, Thot pour les Égyptiens). Puis, aidé par un collaborateur inconnu, il a indiqué les nombreuses propriétés magiques du Livre à peine redécouvert.

    Ces théories ont ensuite été reprises par un autre Franc-maçon, Etteilla, pseudonyme de Jean-François Alliette qui a dit : « Le Tarot est un livre de l’Égypte ancienne dont les pages contiennent le secret d’une médecine universelle, de la création du monde et de la destinée de l’homme. Ses origines remontent à 2170 avant J.- C. quand dix-sept magiciens se réunirent en un conclave présidé par Hermès Trismégiste. Il fut ensuite incisé sur des plaques d’or placées autour du feu central du Temple de Memphis. Enfin, après diverses péripéties, il fut reproduit par de médiocres graveurs du Moyen Âge avec une quantité d’inexactitudes telle que son sens en fut malheureusement dénaturé ».

    Les modes d’expression du Tarot et ceux de la Franc-maçonnerie sont fondés sur l’utilisation du symbole. Le langage symbolique a l’avantage de ne pas imposer un sens de lecture mais de laisser libre champ aux appréciations. Tarot et Franc-maçonnerie véhiculent une même pensée traditionnelle et participent également à l’évolution de l’esprit de l’humanité dont ils sont parmi les éléments moteurs.

    Le Tarot de Marseille est un ensemble de cartes aux motifs anciens et naïfs appartenant à la catégorie des tarots divinatoires. Le Tarot maçonnique reprend de nombreux symboles du Tarot de Marseille, ainsi que sa structure avec 22 arcanes majeurs et 4 x 14 arcanes mineurs, soit 78 cartes en tout. Le Tarot symbolique maçonnique intègre les symboles du Tarot « Traditionnel » et ceux de la Franc-maçonnerie, ce qui en fait un Tarot à part entière.

    Le Tarot des Francs-maçons, inspiré de la version du Tarot de Marseille créé par Oswald Wirth, contient tous les symboles kabbalistiques, hermétiques et maçonniques. Pour celui et celle qui sait en déchiffrer tout l'encodage, cet outil renferme bien des secrets remontant au début des temps.

    La géométrie du Nombre d'Or existait seulement dans de vieux Tarots de Marseille. Elle y était codée dans presque toutes les cartes. De plus, les angles utilisés étaient différents dans chacune d'elles et les constructions géométriques étaient en rapport étroit avec les symboles des cartes. Cela tend à prouver que cette géométrie ainsi que la véritable connaissance ésotérique existaient dès l'origine du Tarot !

    Après avoir évoqué les origines du Tarot, sa composition et ses liens avec la Franc-maçonnerie, j’en viens à présent à l’objet principal de cette recherche : quelles sont les couleurs présentes dans le jeu du Tarot et que peuvent-elles nous apporter sur le plan symbolique ?

     

    * Le tarot et le symbolisme de ses couleurs

     Les 22 arcanes majeurs du Tarot de Marseille

     

    Quelles couleurs sont présentes dans le Tarot ?

    En examinant attentivement l’ensemble des cartes du Tarot de Marseille on trouve en effet 7 couleurs dominantes :

    1. Le bleu, symbolise l’âme, la voûte céleste, Mercure…
    2. Le rouge, couleur de l'action, est le symbole du principe de vie.
    3. Le jaune, couleur des Dieux, est devenu sur Terre l'attribut de la puissance des Rois.
    4. Le vert est la couleur du règne végétal.
    5. Le blanc est généralement considéré comme la couleur de la révélation, de la grâce, de la transfiguration.
    6. Le noir, couleur du deuil en Occident, est à l'origine le symbole de la fécondité, la couleur de la terre fertile et des nuages gonflés de pluie.
    7. La couleur chair a toute son importance car l'humanité est chair et le divin est esprit.

    Au début de l'ère chrétienne, les couleurs considérées comme principales sont le rouge, le blanc et le noir. Le rouge rappelle la couleur impériale des empereurs romains. Il est le symbole du pouvoir absolu sur la matière. Il faudra attendre le 12ème siècle pour voir une nouvelle couleur immerger : le bleu. C'est le culte marial qui va lui donner toute sa noblesse. Il va devenir la couleur de la spiritualité, de la pureté intérieure et aussi, la couleur des rois de France.

    Dans le Tarot, le bleu vient s'opposer au rouge pour créer une dualité symbolique :

    • le rouge, qui est la couleur du plan matériel, du désir, du pouvoir temporel ;           
    • le bleu, qui est la couleur du plan spirituel, de l'aspiration, du pouvoir intemporel.

    Devant ce nouveau couple de couleurs, le blanc perd sa définition de pureté. Il restera la couleur virginale, mais pour les médiévistes, c'est le jaune, la couleur de la lumière qui possède en elle-même toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, qui sera la couleur du divin. Le blanc disparaît au bénéfice du jaune pour devenir également la couleur de la sainteté.

    Le jaune, c’est la couleur du plan divin, de la sagesse universelle, du pouvoir de la Sophia.

    La Sophia, c'est connaître la Vérité totale et, par voie de conséquence, vouloir le Bien et aimer la Beauté ; et cela conformément à cette Vérité, donc en pleine connaissance de cause. La Sophia doctrinale traite du Principe divin d'une part et de sa Manifestation universelle d'autre part : donc de Dieu, du monde et de l'âme, en distinguant dans la Manifestation entre le macrocosme et le microcosme ; ce qui implique que Dieu comporte en lui-même - extrinsèquement tout au moins - des degrés et des modes, c'est-à-dire qu'il tend à se limiter en vue de sa Manifestation.

    Ainsi le Tarot raconte la bataille entre le bleu et le rouge, supervisé par le jaune.

    Analysons maintenant la couleur chair. Disons-le sans détours : c'est la couleur la plus importante du Tarot car elle personnalise la conscience humaine ! C'est elle qui doit réussir à atteindre un perfectionnement moral lui permettant de se diviniser. Elle va se retrouver écartelée entre le rouge du matériel et le bleu du spirituel. Mais d'une manière comme une autre, le rouge et le bleu vont devenir pour elle des énergies qui l'aideront à grandir.

    La couleur chair, c’est la couleur du plan humain, de la conscience, du pouvoir sur le temporel et le spirituel.

    Il existe une autre couleur : le vert. Il n'y a pas besoin d'être voyant pour savoir que le vert est la couleur des feuilles, de la nature, donc de la vie. Elle symbolise l'énergie qui anime tout ce qui compose la possibilité d'être animé et ce, quel que soit le plan considéré.

    Dans le tarot, il apparaît sombre et soutenu. Il se distingue totalement des jeunes pousses vert tendre que l'on peut trouver dans la nature. Ce vert est un vert résistant comme celui des plantes qui ont su lutter contre la nature pour rester en vie.

    Le vert, c’est la couleur de la vitalité profonde, principe directeur orientant et révélant la vie. Il représente aussi la résistance au temps et rappelle l'énergie violente de la nature. On le rencontre peu dans le jeu.

    Enfin il reste une dernière couleur : le noir qui s'opposait originellement au blanc. Le noir aspire à la lumière, mais il la révèle aussi. Il devient la couleur de la révélation de ce qui est essentiel, c'est-à-dire l'essence du ciel : l'âme. Il sera la couleur de la transmutation. Il demande d'accepter de perdre l'inutile pour accéder à ce qui est important. C'est en acceptant de mourir que l'on vient au monde ; c'est en mourant qu'on accèdera au Monde.

    Cette couleur n’est pas le symbole de la mort au sens propre mais elle peut signifier la fin d’une période difficile et le début d’une autre ère, pleine d’espoir et de surprises. Il ne faut pas oublier que la terre la plus fertile est noire.

    Contrairement à la symbolique chrétienne, le noir n'avait pas de connotation négative dans la pensée des anciens Égyptiens. Si elle est bien la couleur de la nuit et du royaume des morts, elle est avant tout le symbole de la renaissance et de la fertilité. Le noir, couleur du limon fertile apporté par la crue annuelle du Nil, est en effet fortement lié à la symbolique de la renaissance. Le limon déposé sur les berges permettait aux cultures égyptiennes de « renaître » après une saison de sécheresse où les plantes semblaient « mourir ».

    Le noir est aussi souvent considéré comme le symbole de tout ce qui est mal et de tout ce qui est faux.

     

    Que représentent les couleurs dans le Tarot ?

    L'une des premières impressions que l'on ressent en observant un Tarot de Marseille, c’est qu’il est lié au graphisme archaïque qui date de la fin du 14e siècle et à ses couleurs vives, violentes et tranchées, voire criardes.

    D'autres Tarots existent, dont les couleurs chatoyantes ou pastel ignorent tout du symbolisme général des couleurs.

    Le Tarot est le reflet de la nature et du monde qui entoure l'homme. Ainsi se base-t-il sur les 7 couleurs fondamentales de l'univers. C'est l'une des caractéristiques intéressantes du Tarot de Marseille que de faire un appel très poussé au symbolisme des couleurs, tout en « inventant » une 7ème couleur, symbolique, que l’on ne retrouve nulle part ailleurs : la couleur chair humaine.

    Les couleurs sont importantes dans leur symbolisme et ne peuvent être ignorées même si on ne peut pas s'arrêter seulement à leur interprétation pure.

    Les couleurs sont fortes de sens et elles agissent sur le corps et sur l'ensemble de la lame. Elles ne peuvent pas être prises isolément dans l'interprétation de l'arcane mais sont néanmoins essentielles dans sa compréhension.

    Pour interpréter et comprendre les couleurs du Tarot de Marseille, il ne faut pas partir dans des considérations théoriques mais garder présent à l'esprit que le Tarot est un guide pratique de vie.

    C'est donc par l'observation quotidienne de la nature que doit passer, entre autres, l'interprétation symbolique des couleurs.

    Chaque couleur présente dans le Tarot n'est pas due au hasard. En effet chacune possède une vibration propre ainsi que son propre symbole.

    Comment interpréter le symbolisme du Tarot par rapport aux couleurs des arcanes ? Prenons un exemple : le fait que l'Hermite possède une robe bleue à l'extérieur et rouge à l'intérieur n'est pas anodin. Chaque objet dans le Tarot de Marseille possède la couleur qui lui convient afin de faire passer un certain message par l'assemblage de symboles...

    On peut constater qu'il y a des comparaisons positives à faire avec les couleurs de l'héraldique. Le symbolisme des choses n'est pas le fait d'un hypothétique hasard qui d'ailleurs n'existe pas. Il y a une unité constante dans l'univers qui nous entoure. 

    * Le tarot et le symbolisme de ses couleurs

    Examinons à présent le symbolisme de chacune des couleurs présentes dans le Tarot.

    La couleur bleue dans le Tarot

    Le bleu du Tarot est très intense, presque bleu foncé tout en restant vif. C'est la couleur des ciels du petit matin, au moment où la grande lumière commence à paraître. C’est la couleur des fins d'après-midi, quand les premières étoiles ont paru, et que l'on prend conscience de la profondeur du ciel. C’est encore celle de l'océan et des grands lacs.

    Or l'air, comme l'eau, n'a pas de couleur propre. Cette couleur, ils ne l'acquièrent que par l'accumulation d'une infinité de transparences extérieures à l'homme.

    Pour « être », le bleu doit donc rester à l'extérieur. Ses mouvements sont imperceptibles, comme ceux de l'eau ou de l'air, aussi légers que ceux du sang sont puissants.

    Indépendamment des vêtements, on le trouve à des endroits qui peuvent paraître surprenants : des cheveux bleus, un cheval bleu, des plantes bleues, des étoiles bleues…

    Cette couleur a pour particularité que plus la fragmentation en est importante plus le bleu devient transparent. Par exemple, la mer dont l'eau est bleue devient transparente quand on la met dans une bouteille.

    La couleur bleue parle de réceptivité et, à ce titre, est féminine. Elle symbolise la passivité de la sensation et de la perception.

    La couleur rouge dans le Tarot

    Lorsque l’on évoque la couleur rouge, elle fait bien sûr tout de suite penser au feu, mais surtout au sang, au sang artériel chargé d'oxygène, porteur de vie.

    Le sang est chaud, fluide, violent, rythmé, indispensable à la vie. Pour assurer son rôle, il doit rester à l'intérieur du corps : dès qu'il s'en échappe par une blessure, il vire au brun, coagule, noircit et refroidit. La place naturelle du rouge est donc « à l'intérieur ».

    Il est intéressant de voir comment le Tarot l'utilise pour habiller les personnages, et notamment de noter quelle est sa position par rapport à son complément qui est le bleu.

    Est-il dessus, dessous, en quelle proportion visuelle par rapport à lui ?

    Si nous observons par exemple le rapport de ces deux couleurs dans les arcanes représentant le Pape et la Papesse, nous pouvons considérer que le rouge est une couleur chaude. C’est la couleur de l'amour désintéressé mais aussi la couleur de la passion. Mêlée au noir, elle symbolise l'amour égoïste.

    La couleur rouge parle d'activité et, à ce titre, est masculine. Elle symbolise ce qui croît, grandit, pousse.

    La couleur rouge, c'est celle du sang, mais ne serait-ce pas aussi le symbole de la vie qui bout et qui attise les passions ?

    La couleur jaune dans le Tarot

    Qu'est-ce qui est jaune dans le monde qui nous entoure ? Cette couleur rappelle la couleur de l'or, celle du miel, de certains fruits mûrs, celle du soleil, des ajoncs, celle de certaines fleurs comme le mimosa.

    Cette couleur doit être associée à l'idée de maturité, d'une maturité liée à un travail, à un processus par lequel une chose atteint un autre stade : le travail de l'abeille pour le miel ; le travail de l'homme pour polir l'or ; le travail du temps ; un fruit qui mûrit grâce à l'action du soleil. Cette maturité, associée à un travail, évoque l'idée de métamorphose pour rendre une chose utilisable ou consommable par l'homme.

    Si nous observons la coiffe du Mat, les bras du Bateleur, le sol, la balance et l'épée de la Justice, nous pourrions dire que le jaune est la couleur du soleil et du divin, mais aussi de l'or qui sert à adorer le Créateur.

    La couleur jaune parle de rayonnement, d'énergie humaine. C’est une couleur gaie et tonifiante.

    La couleur verte dans le Tarot

    La couleur verte parle de fertilité, d'une promesse de production. Cependant, le vert du Tarot est sombre et relativement peu utilisé. Ce n'est pas le vert tendre des jeunes pousses, mais celui des feuilles vernissées des plantes à feuilles persistantes et des conifères. C'est la vie végétale forte qui s'économise et s'impose dans le temps, sans subir l'éclipse des saisons.

    Au printemps tout refleurit et la nature reverdit. Le vert est une couleur équilibrante, un mélange de bleu et de jaune.

    Si vous êtes éblouis par le soleil, regardez les arbres. Leur feuillage vert vous apaisera les yeux. De plus, le vert est la couleur de l'émeraude dont le rayon est, parait-il, source de Vie ou de Mort. Ne prétend-on pas que le Graal aurait été taillé dans une émeraude ?

    La couleur chair dans le Tarot

    La couleur chair, c'est la grande originalité du Tarot de Marseille, la couleur de la peau humaine qui ne se trouve nulle part ailleurs investie de ce rôle spécifique, pas même dans d'autres versions du Tarot.

    C'est bien sûr la couleur de la peau des personnages, mais aussi celle de nombreux objets qui sont ainsi clairement présentés comme des prolongements de l'homme, et ne doivent être pris en considération que sous cette condition.

    C'est par exemple le cas de la table devant le Bateleur, ou de la tour frappée par la foudre de la Maison Dieu.

    Cette couleur est particulière au Tarot. Elle n'a rien à voir avec la couleur de peau telle qu'on peut la voir dans la vie, mais ressemble un peu à de la cire. Elle symbolise le côté matériel des choses, la matière elle-même aussi.

    Cette couleur n'est pas éclatante, elle est même un peu blafarde. C'est la couleur de la peau ; elle symbolise l'humain, l'homme.

    La couleur chair parle d'incarnation, de matière, de l'élément terre, de la
    réalité des corps et de la vie concrète.

    La couleur noire dans le Tarot

    Le noir, c'est la couleur de ce qui est caché mais qui est riche comme la terre noire et fertile par exemple. C'est une couleur fertile, elle aspire à la lumière et elle révèle la lumière. Tout peut sortir d'elle. C'est la couleur de la révélation de l'âme.

    C'est une couleur qui demande de se dépouiller du superflu et de ne garder que l'essentiel. C'est en même temps la couleur du mystère des choses non encore révélées, de l'inconnu, de ce que l'on ne peut pas voir. Pour percer ses secrets, il faut du courage et de l'action.

    On ne trouve la couleur noire que dans trois cartes. C'est la couleur de ce qui est enfoui dans la terre : la terre noire fertile, le charbon qui alimente le feu ; la couleur de l'Alchimie, « Al Khemia », terre noire égyptienne ; la couleur du monde chtonien ; la couleur qui règne dans la caverne, si l'on n'y apporte pas sa propre lampe.

    C'est la couleur pleine de promesses pour ceux qui auront le courage d'aller y chercher les richesses cachées : la terre la plus fertile est noire ; la nature fait pousser ses meilleurs blés dans une terre noire riche et fertile ; le charbon le plus noir peut se transformer en pur diamant.

    Même si le noir est un symbole de mort, c'est aussi un espoir de renaissance. Le noir symbolise l'épreuve, c'est-à-dire la mort initiatique qui, une fois passée, amène de nouveau à la lumière. La couleur noire parle de pourriture, autrement dit de ce qui est en cours d'autodestruction, mais qui constitue aussi l'humus, l'engrais nécessaire au prochain renouveau.

    Couleur qui règne dans un endroit où la lumière n’a pas encore pénétré, le noir c’est aussi la couleur de la nuit, de la mort et du deuil, des cavernes et des ténèbres, des terreurs nocturnes, des cauchemars. Le noir nous introduit dans le ventre du monde, creuset où s’opère la mort symbolique de l’Œuvre au Noir. La couleur noire nous suggère de faire le deuil de nos désirs et d’intégrer nos ombres.

    La couleur blanche dans le Tarot

    Le blanc, c'est en principe le signe de la pureté et de la virginité, de la délicatesse.

    La couleur blanche parle aussi d'énergie cosmique et d'intelligence de l'esprit.

    On retrouve cette couleur dans la neige immaculée encore jamais touchée, dans certaines fleurs rares et fragiles comme la fleur de lys, aussi fragile l'une que l'autre. Dans nos régions, le blanc, c'est le symbole de la pureté, éclatante, rare et délicate. Mais c'est aussi celle du papier sur lequel on va écrire : vierge, neutre.

    C'est donc la partie qui reste pure mais qui peut facilement être souillée. C'est la couleur par défaut du fond des cartes. Le blanc est difficile à interpréter.

    Le blanc, c'est, par défaut, le fond des cartes, mais il figure aussi comme couleur spécifique dans 19 des 22 arcanes majeurs, et est toujours d'une interprétation délicate.

    De même que le noir, le blanc n'est pas une couleur. En fait celui-ci les contient toutes.

     

    En guise de conclusion provisoire

    Le Tarot de Marseille est en fait un miroir de la personnalité. On peut le considérer ainsi comme un chemin initiatique car il nous apprend avant tout qui nous sommes, hors du temps. Un trait caractéristique du Tarot de Marseille est le graphisme particulier des cartes. En les regardant, on remarque de suite qu’il s’agit d’un graphisme archaïque datant de la fin du 14ème siècle. Les contours sont assez flous, les couleurs sont éclatantes, voire criardes.

    Un autre trait encore plus marquant est le symbolisme des couleurs. Pour les interpréter, il ne faut pas oublier que les Tarots sont en fait un guide pratique de la vie. Par conséquent, le symbolisme des couleurs est tiré de l’observation de la nature. Bien souvent, on considère les sept couleurs du Tarot de Marseille comme étant les couleurs de l’arc-en-ciel. Mais ceci est une erreur ! La septième couleur n’est rien d’autre que la couleur de la chair humaine. Ce qui nous confirme que le Tarot se rapporte à la vie de l’être humain.

    Il existe deux manières d'utiliser le Tarot de Marseille, et, de manière plus générale, l'ensemble des pratiques divinatoires. On parle de pratique exotérique ou ésotérique.

    La pratique exotérique est malheureusement la plus courante, mais aussi la plus prosaïque : le tirage est soumis à une interprétation pratique, qui doit pouvoir trouver une application immédiate. La pratique exotérique du Tarot de Marseille donne lieu à toutes sortes de caricatures, mais possède un pouvoir de séduction toujours renouvelé pour le public car il est rassurant de pouvoir obtenir des affirmations claire sur l'avenir et les décisions à prendre ! Le Tarot de Marseille, utilisé ainsi, doit être pris avec circonspection, et le consultant ne doit pas perdre de vue qu'il demeure un acteur de son destin, et non un spectateur.

    La pratique ésotérique du Tarot de Marseille offre un tout autre visage. Au lieu de réduire la signification du Tarot à une prédiction factuelle, elle offre au contraire un sujet de réflexion et de méditation au consultant. Bien qu'elle s'applique également à la vie du tireur, elle en donne essentiellement une lecture spirituelle, plus descriptive que prédictive. Le tirage du Tarot de Marseille devient alors un support aux implications symboliques riches et complexes... à consommer sans modération !

    Les symboles contenus dans le Tarot sont la clef de l'enseignement planétaire et sont tous d'une importance primordiale.

     

    R:. F:. A. B.

    Bibliographie

    Beauchard Jean - Tarot symbolique maçonnique

    Editions Arkhana Vox, 1999

    Ce livre retrace un double Cheminement Initiatique dans lequel sont analysés les symboles universels contenus dans le Tarot et ceux propres à la Franc-maçonnerie, lesquels interfèrent et se complètent. Cette double analyse ne peut être que profitable à celui qui désire étudier et comprendre le Tarot.

     

    von Goethe J. W. - Traité des couleurs

    Editions Triades, 1996

     

    Pastoureau Michel - Dictionnaire des couleurs de notre temps

    Editions Bonneton, Paris, 1992

     

    Portal Frédéric - Des couleurs symboliques dans l'Antiquité, le Moyen Âge et les Temps modernes

    Collection « Bibliothèque des couleurs » - Editions Pardès, 1999

     

    * Le Tarot et le symbolisme de ses couleurs

    Principaux site consultés sur Internet

    http://www.astrointernational.com/Tarots.aspx

    http://www.krishadar.com/WebTarologie/T1_09_couleurs.asp?na=n&pa=p

    http://astrologie.horoscope.com/dossier-la-symbolique-des-couleurs-dans-tarot

    http://www.viamenta.com/tarot/couleurstarot.htm

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Symbolisme_des_couleurs

    http://ecole.dutarot.free.fr/couleur.html

    http://www.le-tarot-de-marseille.org/tarot_couleur.htm

    http://www.karinatarot.com/

    http://www.sophia-perennis.com/introduction-fr.htm

    http://ecole.dutarot.free.fr/couleur.html

    http://strangeangel.ifrance.com/texte/tarot.html

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Symbolique_des_couleurs_dans_l%27%C3%89gypte_antique

    http://le-chariot.com/symbolisme.html

    http://www.gadlu.info/tarot-symbolique-maconnique.html

     

     

     


    votre commentaire
  • Introduction

    Bien que le mot « arbre » n’apparaisse pas dans nos rituels, il nous est peut-être  déjà arrivé d’entendre des propos relatifs à différents arbres symboliques : Arbre de vie, Arbre séfirotique, Arbre de la Connaissance, Ardre du monde… ou de les rencontrer au hasard de nos lectures dans la littérature relative aux anciennes civilisations et religions. La Franc-maçonnerie s’est largement inspirée de la Kabbale notamment dans laquelle l’Arbre séfirotique symbolise la Création.

    Dans une planche précédente, consacrée au symbolisme du Tarot et de ses couleurs, j’avais notamment évoqué les arcanes majeurs qui parcourent les 22 sentiers de l'Arbre de Vie et qui relient entre elles les dix séphiroth de l'Arbre. J’écrivais aussi que le Tarot ainsi que les lettres hébraïques codent l’homme et l’univers avec d’infinis secrets à peine partiellement résolus à ce jour.

    Le but de la présente planche est de tenter d’organiser ces connaissances ésotériques. Je commencerais par évoquer trois arbres qui n’ont pas été repris par la Franc-maçonnerie :

    1. L'Arbre du Monde en général se distingue des autres arbres sacrés par sa localisation au Centre de l'Empire et du Monde. Il symbolise l'Axe du Monde, le lien entre la Terre et le Ciel à la base du développement du monde dans la tradition chinoise.
    1. L'Arbre du Monde est décrit dans plusieurs récits mythiques chinois sous deux dénominations distinctes :
    • L'Arbre de Kien-Mou en Chine, dressé au centre du monde, n'a pas d'ombre. Il a 9 branches et 9 racines par lesquelles il touche les 9 cieux et les 9 sources (séjour des morts). Kien-Mu ou « Arbre Dressé », évoque naturellement l'Axe du Monde ;
    • Jian-Mu, l'Arbre Constructeur (du Monde), fait aussi allusion à l'Axe du Monde car Jian signifie également l'épée, le symbole de l'Axe par excellence.
    1. Odin est le Dieu du Ciel, de la magie, de la victoire. Il est le dieu en chef de
      la mythologie nordique. Odin vit dans Asgard, au sommet de l'Arbre du
      Monde
      .

    L’Arbre de Vie, par contre, est un élément central de la tradition kabbalistique. Il représente symboliquement les Lois de l'Univers. Il peut aussi être vu comme le symbole de la Création tant du Macrocosme (L'Univers) que du Microcosme (L'Être Humain). Sa description est considérée comme celle de la cosmogonie de la mystique kabbalistique.

    Certains auteurs le rapprochent de l'Arbre de la vie mentionné par la Genèse en 2:9). Il est en effet aussi question d’un arbre de vie au début de la Genèse (Ge 3:24). Cet arbre est censé donner l'immortalité.

    Il ne faut pas le confondre avec l'Arbre de la connaissance du bien et du mal. Cet arbre est aussi mentionné plusieurs fois dans l'Apocalypse (Ap. 2,7 ; Ap. 22,14 ; Ap. 22,19).

    Les chrétiens ont souvent assimilé la croix du Christ avec l'Arbre de vie car, comme lui, elle donne vie à l'humanité.

    L'Arbre de vie est parfois rattaché à la Ménorah du Temple de Jérusalem.

    Il est aussi question de la vision d’un Arbre de vie dans le livre de Mormon [1]. Cet Arbre de vie représente l’amour de Dieu et est appelé le plus grand des dons de Dieu.[

    Entrons à présent dans le vif du sujet de cette planche et tentons d’analyser plus en profondeur ce que l’on entend par « Arbre de Vie » que l’on désigne aussi sous l’appellation « Arbre séphirotique ».

    Depuis quatre millénaires au moins, un arbre symbolique est figuré à toutes époques en Mésopotamie, et depuis un peu moins longtemps dans presque toutes les religions du monde : c’est l’Arbre de Vie.

    Qu’est-ce que l’Arbre de Vie ?

    L’Arbre de Vie

    L’Arbre de Vie est un motif très répandu dans de nombreux mythes et contes populaires dans le monde entier, et grâce auquel les cultures ont cherché à comprendre la condition humaine et profane relativement au royaume divin et sacré.

    De nombreuses légendes parlent de l’Arbre de vie, qui pousse au-dessus du sol et donne la vie aux dieux et aux hommes, ou d’un arbre cosmique, qui est souvent lié au « centre » de la terre. C’est probablement le mythe humain le plus ancien, et peut-être un mythe universel.

    Thème universel, symbole de la croissance vers le ciel et de la « verticalisation » en Dieu, l'Arbre de Vie (ou la victoire sur la mort) se retrouve dans toutes les grandes traditions de l'humanité, comme les traditions extrême-orientales, indiennes, sud amérindiennes...

    On peut dire qu’il est une image de la relation entre Dieu et sa Création, à travers la représentation des émanations divines qui descendent vers le monde et qui remontent vers Dieu dans un perpétuel échange entre le Créateur et sa créature.

    Ce réseau relationnel d’énergie vitale se situe dans tous les domaines, Dieu étant omniprésent et multiforme. Il est représenté sous la forme d’un diagramme – ou d’un arbre – l’Arbre de Vie, qui consiste en une construction – composée de colonnes et de niveaux – des dix « forces » ou « émanations » divines par lesquelles Dieu interagit avec l’homme. L’hébreu les appelle séphiroth, ou attributs de Dieu.

    En ce qui concerne l’orthographe, précisions que l’on peut écrire séphiroth, séfirot, sefirot, séfiroth ou séphirot. C’est un nom masculin singulier qui désigne un des dix degrés du monde divin qui sont la manifestation des attributs de l'essence divine.

    Mais, dans la littérature, on trouve aussi le mot « séphirah » (au singulier) qui est manifestement apparenté à la racine sepher, le chiffre (pris ici dans son sens de réalité cachée), et les séphiroth sont les éléments de la nature cachée, intime, de Dieu.

    Bien sûr, ces séphiroth sont la lecture que l’homme fait de sa relation avec Dieu, la façon qu’il a de Le reconnaître dans sa vie et dans la Création tout entière, de rendre compte de son existence et de son omniprésence, de sa transcendance et de son immanence.

    L'Arbre de Vie représente le mystère de l'expansion de la vie, mais encore la constante victoire sur la mort. C'est l'expression parfaite du mystère de la vie qui est la réalité sacrale du cosmos. Les traditions islamiques, juives et chrétiennes parlent de l'Arbre de vie comme plante d'immortalité placée au centre du jardin d'Éden. L'arbre unit la terre au ciel et, régénéré par cette union, il emplit tout l'univers de sa majesté. Relié à la vie divine, il est un symbole de splendeur et de puissance.

    L’Arbre de Vie est l’un des symboles les plus connus de la Géométrie Sacrée. La structure de l’Arbre de Vie est liée aux enseignements sacrés de la Kabbale juive, mais on la retrouve aussi 3 000 ans plus tôt dans l’ancienne Egypte.

    Faut-il rappeler que l'origine judéo-chrétienne de certains symboles maçonniques est plus que claire et qu’ils mêlent également des éléments prévenant de l'alchimie et de la Kabbale, selon les grades ?

    Mais qu’est-ce que la Kabbale ?

    La Kabbale

    Les Francs-maçons seraient entrés en relation avec la Kabbale juive par l'intermédiaire de la Kabbale chrétienne, une kabbale revisitée à partir du 15ème siècle par les humanistes de la Renaissance.

    La Kabbale, parfois écrit Cabbale, est une tradition ésotérique du judaïsme, présentée comme la « Loi orale et secrète » donnée par YHWH à Moïse sur le Mont Sinaï, en même temps que la « Loi écrite et publique » connue sous le nom de « la Torah ».

    On peut aussi définir la Kabbale comme étant la dimension interne de la Torah. Cette dimension correspond à la connaissance secrète des quatre niveaux de l'intérieur de la Torah.

    Le mot « Kabbale » (qui se dit « Qabalah » en hébreu) signifie « réception ». Il s'agit donc de la sagesse du recevoir. Le terme est parfois interprété comme « tradition ». Le Kabbaliste est donc celui qui a reçu la tradition. Le mot « Kabbale » ne désigne pas un dogme mais un courant à l'intérieur du judaïsme et un état d'esprit.

    Selon ses adhérents, la compréhension intime et la maîtrise de la Kabbale rapprochent spirituellement l'homme de Dieu, ce qui confère à l'homme un plus grand discernement sur l'œuvre de la Création par Dieu.

    Outre des prophéties messianiques, la Kabbale peut ainsi se définir comme un ensemble de spéculations métaphysiques sur Dieu, l'homme et l'univers, prenant racine dans les traditions ésotériques du judaïsme. Cependant, cette définition académique ne rend pas bien compte de l'universalité de la Kabbale et de la richesse des thèmes qu'elle aborde.

    Entre le divin inconnaissable et les hommes, la Kabbale donne une place à l’homme primordial. Source de l’univers séphirotique, l’homme primordial est la seule possibilité, pour le monde humain, d’aborder la Connaissance.

    La Kabbale se veut être un outil d'aide à la compréhension du monde en ce sens qu'elle incite à modifier notre perception du monde (ce que nous appelons « la réalité » malgré la subjectivité de notre perception). Pour ce faire, la Kabbale met à notre disposition un diagramme synthétique : l'Arbre de la Vie ou Arbre des Séphiroth. Elle propose ses réponses aux questions essentielles concernant l'origine de l'univers, le rôle de l'homme et son devenir. Elle se veut à la fois un outil de travail sur soi et un moyen d'appréhender d'autres systèmes de pensée.

    L’Arbre de vie au sens de la Kabbale

    L’Arbre de Vie dans la Kabbale, représente symboliquement les Lois de l'Univers. Il peut aussi être vu comme le symbole de la Création tant du Macrocosme (L'Univers) que du Microcosme (L'Être Humain).

    L’Arbre de Vie est un symbole issu de l’histoire du peuple hébreu et représente la dimension interne de la Torah, qui est tout autant l'histoire de la libération d'Egypte que la loi donnée par YHWH à Moïse sur le Mont Sinaï.

    L’Arbre de Vie de la Kabbale a dix branches. Elles sont appelées « les Séphiroth ». Elles représentent les dix attributs ou émanations grâce auxquels l’infini et le divin sont en relation avec le fini.

    L’Arbre de Vie kabbalistique est une représentation des trente-deux chemins composés des dix Séphiroth et des vingt-deux chemins qu’ils parcourent. L’Arbre de Vie décrit la descente du divin dans le monde manifesté, et les moyens par lesquels on peut accéder à l’union divine dans cette vie. On peut le voir comme une carte représentant la psyché humaine, et les mécanismes de la création, à la fois manifeste et non manifeste. Il est important de comprendre que la nature pure de la divinité est l’unité, et les aspects ou émanations apparemment séparés existent uniquement dans le point de vue de l’émané, vivant dans un état de séparation illusoire.

    Les Arbres de Vie gravés, peints, brodés, imprimés ou sculptés existent depuis le début de l'Histoire. Ils semblent symboliser la force de la vie et ses origines, l'importance des racines et le développement de la Vie. Ils sont parfois associés à des personnages et/ou à des animaux (oiseaux, mammifères). L’Arbre de Vie fait partie de la décoration des églises à toutes les époques, mais plus particulièrement aux époques anciennes.

    L'Arbre séphirotique de la Vie

    L'Arbre séphirotique de la Vie est une ancienne et mystique représentation kabbalistique de la structure physique et psychique de l'homme, l'univers, ainsi que des échanges qui s'établissent constamment entre les deux, et qui forment la vie humaine.

    L’étude de l'Arbre séfirotique ou Arbre de la Vie, donne une vue très claire du travail spirituel à réaliser. C’est une méthode qui peut nous accompagner tout au long de notre existence.

    Suivons-la : notre pensée cessera de vagabonder au hasard et nous recevrons des encouragements au fur et à mesure que nous arriverons à avancer dans cette voie. En revenant souvent sur l'Arbre séphirotique, nous allumerons des lumières en nous, et ces lumières non seulement nous éclaireront, mais elles nous purifieront, nous renforceront, nous vivifieront et nous embelliront.

    Peut-être ne comprendrons-nous jamais parfaitement cette figure, et à plus forte raison n'arriverons-nous pas à réaliser les vertus et les puissances qu'elle représente, mais elle sera là comme la représentation d'un monde idéal qui nous tirera toujours vers le haut.

    Le moment me semble venu d’apporter quelques précisions à propos des séphiroth.

    Les séphiroth

    Les séphiroth sont dix puissances créatrices énumérées par la Kabbale dans son approche mystique du mystère de la Création. Chaque séphiroth est l'émanation d'une énergie du Dieu Créateur des Juifs. Ces puissances divines manifestent dans la création du monde fini le Pouvoir Suprême du « En Sof », l'Infini. Les traités de Kabbale présentent souvent les Séphiroth sous la forme d'un diagramme en forme d’arbre : l’Arbre de Vie.

    Oswald Wirth nous rappelle que « Tradition » se dit « Qabbalah » en hébreu. Aussi la Kabbale est-elle une philosophie qui se transmet initiatiquement de génération en génération. Elle se base sur des spéculations numérales que résume la théorie des Séphiroth (Nombres), dont l’ambition est de relier le Relatif à l’Absolu, le Particulier à l’Universel, le Fini à l’Infini, ou la Terre au Ciel. Cette jonction s’opère par l’entremise de la décade dont chaque terme a reçu des dénominations caractéristiques : les séphiroth.

    Ceci me permet de préciser que séphiroth ou sfirot est un mot hébreu signifiant compter, nombre, ou statistique.

    Plus concrètement, les séphiroth sont les dix énumérations (ou émanations) représentées dans la Kabbale juive. En d’autres termes, les dix séphiroth sont les dix nombres primordiaux.  Le terme est dérivé de la racine hébraïque SFR signifiant compter (numération – numérologie).  Le terme « séphiroth » signifie qu'il ne s'agit pas de nombres ordinaires mais de « nombres principes » identifiés comme étant les dix dimensions infinies du cosmos, à savoir les six dimensions de l'espace, les deux du temps et celles du bien et du mal.

    Les séphiroth servent à décrire la naissance du monde.  Le premier séphiroth est le pneuma divin. De celui-ci sort le second séphiroth, l'air…  De l'air sont issus l'eau et le feu.  Les six derniers séphiroth représentent les six directions dans l'espace.  Ils sont scellés au moyen de six permutations du grand nom de dieu YHWH.

    Le Sefer Yetsirah [2] nous apprend que « le réel » est constitué par la combinaison des 22 lettres hébraïques, générant les 231 combinaisons binaires, à l'origine de la création du monde.

    * L’Arbre de Vie ou Arbre séphirotique

    Description de l’Arbre séphirotique

    Il faut être conscient que vouloir schématiser un concept aussi fondamental que la relation entre Dieu et l’être humain est assez hasardeux. Mais on peut essayer !

    * L’Arbre de Vie ou Arbre séphirotique

    Au-dessus de l’Arbre de Vie réside l’Infini, « Ayin Soph » ou la Lumière sans fin, « ’ayin soph ’or », qui illumine toute la Création, de haut en bas.

    L’Arbre se développe ensuite entre deux séphiroth extrêmes :

    • Le sommet de l’Arbre est Kether, la Couronne, qui représente le Royaume céleste. Kether est le point d'entrée par lequel la création se manifeste dans le monde, par une insufflation permanente d'existence. Kéther a une importance considérable : c’est lui qui reçoit la Lumière de l’infini et la déverse sur toutes les autres séphiroth.
    • Le pied de l’Arbre est Malkhuth, le royaume terrestre, qui a été créé à l’image du Royaume céleste ; cette copie, qui s’est altérée à cause de l’imperfection de l’homme, s’emploie de génération en génération, telle Sisyphe, à remonter le long de l’Arbre, jusqu’à Dieu.

    Entre les deux, l’Arbre se compose de trois colonnes, qui ont chacune leur particularité :

    • La colonne de gauche est « féminine » et correspond aux aspects les plus « relationnels » et « pragmatiques » de l’être humain.
    • En haut, Binah est l’intellect, souvent appelé sagesse, qui permet de comprendre le monde extérieur ;
    • au-dessous, Ghevourah est le jugement, la prise de position sur le monde extérieur, souvent appelé valeur ou courage ;
    • en bas, Hod est la réponse au monde extérieur, souvent appelée splendeur, le moteur des actions volontaires de l’être humain.

    On pourrait dire que ces trois séphiroth de la colonne de gauche ne sont autres que les trois éléments qui composent la démarche que l’Action catholique a mise au point dans la première moitié du 20ème siècle : voir, juger, agir.

    • La colonne de droite est « masculine » et correspond aux aspects les plus « secrets » et « utopiques » de l’être humain.
    • En haut, Chokhemah (prononcer rorma) est la conscience globale, souvent appelée sagesse, d’où émane l’intelligence intérieure ;
    • au dessous, Chesed (prononcer résed) est la voix intérieure, souvent appelée générosité ou miséricorde ;
    • en bas, Netsach (prononcer netsar), souvent appelée éternité ou gloire, est le moteur de tous les processus involontaires et tous les élans de l’être humain, comme la respiration et le désir.

    On pourrait dire que ces trois séphiroth de la colonne de droite ne sont autres que les trois éléments qui composent la démarche charismatique : émotion intellectuelle, émotion spirituelle et élans du cœur.

    • La colonne du centre est « double » et se situe au point d’équilibre entre tous les aspects, toutes les aspirations, toutes les tensions, toutes les contradictions de l’être humain, entre la loi et la grâce, entre la réflexion et l’action, entre Marthe et Marie (Cf. Lc 10, 38-42. Marthe et Marie sont les archétypes de l’active et de la contemplative).

    Elle est aussi le plus court chemin entre la terre et le ciel, entre le royaume d’en bas et le Royaume d’en haut, entre Malkhuth et Kéter.

    • En bas – entre Nétsach et HodYesod est le régulateur de tous les instincts qui naissent inconsciemment en l’homme et de tous les actes volontaires qu’il décide d’accomplir. C’est l’élément stable de l’être humain, le fondement sur lequel repose tout l’arbre de vie. On peut l’assimiler à la personnalité acquise. Il y a aussi en lui une très forte connotation vitale et sexuelle – force vitale – puisque yesod reçoit toute l’énergie qui descend le long de l’Arbre depuis la Couronne et les colonnes latérales, et réunit de ce fait toutes les tendances masculines et féminines de l’être.
    • Au-dessus, à la croisée de toutes les séphiroth et au milieu de la colonne centrale, Tiphe’éret est le siège de la nature profonde de l’être, celle qui ne change pas au fil des ans, mais aussi de la beauté. La nature profonde de l’être humain est d’être beau !
    • En haut, Da‘at – ou Dé‘a – est un séphiroth particulier, qui n’est pas compté parmi les dix. Situé juste au-dessous de la Couronne, entre intelligence et sagesse, miséricorde et sévérité, il représente non pas une caractéristique de l’être, mais un instant de sa vie qui peut se présenter une seule fois, plusieurs quelquefois : l’instant où des circonstances particulières font que, comme dans le jaillissement d’un arc électrique ou d’un éclair soudain, l’être humain peut entrer en communication avec le divin, on pourrait dire toucher Dieu, ou voir Dieu face à face.

    Da‘at est assimilé à la connaissance par la Kabbale : Da’at s’identifie à tout aspect de la conscience divine.

     

    * L’Arbre de Vie ou Arbre séphirotique

     

    L’Arbre de Vie et la Bible

    Trois citations de la Bible suffisent pour se rendre compte que l’Arbre de Vie n’est pas né de l’imagination fertile d’un rabbin en mal d’instruments pédagogiques high-tech, mais de la Parole de Dieu elle-même :

    1 Chroniques 16,34 : Rendez grâces au Seigneur, car il est bon, car éternel est son amour (Chésed - prononcer résed) !

    1 Chroniques 29,10-13 : Il bénit alors le Seigneur sous les yeux de toute l'assemblée. David dit : « Béni sois-tu, Seigneur, Dieu d'Israël notre père (’avinou) depuis toujours et à jamais ! À toi, Seigneur, la grandeur, la force (Ghevourah), la splendeur (Tiphéret), la durée (Natsar) et la gloire (hod), car tout ce qui est au ciel et sur la terre est à toi. À toi, Seigneur, la royauté (Mamelakha, de racine Malkhuth, roi) : tu es souverainement élevé au-dessus de tout. La richesse et la gloire te précèdent, tu es maître de tout, dans ta main sont la force et la puissance (Ghevourah) ; à ta main d'élever et d'affermir qui que ce soit. À cette heure, ô notre Dieu, nous te célébrons, nous louons ton éclatant renom (Tiphéret) ».

    Isaïe 11,1-2 : Un rejeton sortira de la souche de Jessé, un surgeon poussera de ses racines. Sur lui reposera l'Esprit du Seigneur, esprit de sagesse (Chokhemah) et d'intelligence (Binah), esprit de conseil (’étsah, qui rappelle le Natsar de l’éternité) et de force (Ghevourah), esprit de connaissance (da’at) et de crainte du Seigneur.

     

    * L’Arbre de Vie ou Arbre séphirotique

     

    Les séphiroth d’après Oswald Wirth

    Les noms et les nombres des dix séphiroth sont présentés dans l’ordre ci-dessous. L’orthographe des noms des séphiroth et leurs significations respectives sont celles données par Oswald Wirth.

    1. Kether (la Couronne ou le Diadème) ou Kether Elyon (la Couronne Suprême) – Unité, Centre, Principe dont tout émane et qui renferme tout en puissance, en germe ou en semence. Le Père, source, point de départ de toute activité. Agent pensant et conscient qui dit « Je suis ! ».
    2. C’Hocmah (la Sagesse) – Pensée créatrice, émanation immédiate du Père : son premier né, Fils, Parole, Verbe, Logos ou Suprême Raison.
    3. Binah (le Discernement, la compréhension ou l’Intelligence) – Conception et génération de l’Idée, Isis, Vierge-Mère, qui enfante les images originelles de toutes choses.
    4. C’Hesed (la Miséricorde ou la Grâce) ou Gedulah (la Grandeur, la Magnificence) – Bonté créatrice appelant les êtres à l’existence. Pouvoir qui donne et répand la vie.
    5. Geburah (la Sévérité ou la Rigueur), Pec’had (la Punition, la Crainte) ou Din (le Jugement) – Gouvernement, administration de la vie donnée. Devoir, domination de soi-même. Morale qui retient. Discrétion, réserve obligeant à se limiter.
    6. Tiphereth (la Beauté) ou Rahamim (la Clémence) – Idéal selon lequel les choses tendent à se construire. Sentiment, Désir, Aspirations, Volitions à l’état statique.
    7. Netsah (la Victoire, le Triomphe, la Fermeté ou la Constance) – Le Discernement qui débrouille le chaos, coordonne les forces constructives du monde, dirige leur application et assure le Progrès. Le Grand Architecte de l’Univers.
    8. Hod (la Gloire, la Splendeur) – La Coordination, la Loi, la Justice immanente, la Logique des choses. Enchaînement nécessaire de causes et d’effets.
    9. Jesod (la Base, le Fondement) ou Tsedek (la Justice) – Plan immatériel selon lequel tout se construit. Potentialités latentes. Planche à tracer. Fantôme préexistant à ce qui doit devenir.
    10. Malcut (le Royaume) ou Shekhinah (l’Immanence divine) – La Création. La Roue du Perpétuel Devenir. L’Apparence, la Phénoménalité. La Matière, source d’illusion et d’imposture.

     

    Le dixième séphiroth ramène à l’Unité les neuf précédentes. Il figure le sol sur lequel se dresse le porteur de la Couronne, c’est-à-dire l’Homme universel, le Grand Adam spirituel.

    Chacune des sphères qui s’articulent entre elles suivant des analogies subtiles porte le nom de séphiroth et présente chacun une vertu particulière. Les dix sphères sont disposées en forme de triangle les unes par rapport aux autres. La seule sphère isolée est Malcut tout en bas, la dixième. Toutes s’articulent entre elles suivant 22 sentiers numérotés de 11 à 32 et correspondent aux arcanes majeurs du Tarot.

    Les triangles formés par les sphères symbolisent les plans majeurs d’existence :

    • Le premier triangle formé par les sphères 1, 2 et 3, le Triangle céleste, représente le plan divin dans sa Trinité, la première sphère analogue à la Source de toutes choses ; les deux autres représentent la dualité primordiale tandis que l’ensemble est donc la Trinité.
    • Le second triangle (4, 5 et 6), Triangle de la moralité, s’apparente au plan mental.
    • Le troisième triangle (7, 8 et 9), Triangle mondain, représente quant à lui le plan astral.

    La dernière sphère, Malcut, représente le plan d’existence physique et l’expérience.

    On obtient ainsi un système de quatre mondes. L’Arbre séphirotique peut être apparenté à la concrétisation de la Création au travers du Tétragramme, de la Croix…

    Oswald Wirth a tenté de rapprocher l’Arbre des Séphiroth et la hiérarchie des Officiers d’une Loge :

    • La Couronne (1) occupe la place du Vénérable Maître dirigeant les Travaux, que les branches de l’Equerre relient à la Sagesse et la Raison de l’Orateur (2), d’une part, et à l’Intelligence, la Compréhension du Secrétaire qui enregistre (3).
    • (4) Grâce et (5) Rigueur correspondent à l’Hospitalier et au Trésorier, mais ces Officiers devraient intervertir leurs places pour rester dans la logique du système séphirotique.
    • (6) Beauté convient au Maître des Cérémonies, ordonnateur de tout ce qui tient aux formes.
    • (7) Victoire, Fermeté, et (8) Splendeur, Ordre, s’associent au Premier et au Second Surveillants, alors que (9) Base ou Fondement se rapporte au Frère Expert, gardien des traditions.
    • Enfin (10), Royaume ou monde profane, est le domaine du Frère Couvreur qui veille extérieurement à la sécurité des Travaux.

     

    Sachons utiliser l’Arbre séphirotique !

    Apprenons à méditer sur les dix séphiroth – l'Arbre de la Vie – en ayant conscience que cet Arbre est en nous, et que la seule activité qui vaille la peine est de le faire croître, fleurir et fructifier.

    Combien de temps nous faudra-t-il avant de devenir réellement cet Arbre de vie ? Cela ne doit pas nous préoccuper ! Des milliers de fois peut-être nous devrons revenir sur cette image et la vivifier, jusqu'à ce que ces dix séphiroth qui sont inscrites en nous commencent à vibrer et que notre être intérieur soit éclairé par toutes les lumières de l'Arbre de la Vie.

    Pour nous guider dans notre travail spirituel et nous indiquer le chemin à suivre, nous avons besoin d'une méthode. La meilleure méthode qui existe est probablement l'étude de l'Arbre séphirotique. Il faut apprendre à en approfondir tous les aspects.

    Avec Malcut, nous concrétisons les choses. Avec Jésod, nous les purifions. Avec Hod, nous les comprenons et les exprimons. Avec Netsah, nous leur donnons la grâce. Avec Tiphéreth, nous les illuminons. Avec Geburah, nous luttons pour les défendre. Avec C’Hesed, nous les soumettons à l'ordre divin. Avec Binah, nous leur donnons la stabilité. Avec C’Hocmah, nous les faisons entrer dans l'harmonie universelle. Enfin, avec Kéther, nous posons sur elles le sceau de l'éternité.

    Approche du symbolisme de l’Arbre de Vie

    L’Arbre est symbole de vie pour toutes les civilisations, signe de la force vitale donnée par le Créateur à la nature. De plus sa frondaison annonce au loin les sources d’eau qui gardent la vie même au désert. Il est donc point de repère et même axe autour duquel le regard perçoit l’horizon dans un certain ordre. La Bible, d’abord, les premiers chrétiens ensuite, ont utilisé ces symboles pour exprimer leur foi en la résurrection.

    Au Proche et au Moyen-Orient, l’Arbre de Vie est symbole d’immortalité et souvent représenté entre deux orants ou deux prêtres qui poussent la contemplation jusqu’à l’adoration. Souvent aussi il est figuré entre deux animaux affrontés : lions, taureaux, bouquetins, ou monstres (tels que des griffons ailés, exceptionnellement des centaures), qui gardent l’Arbre de Vie. Pour atteindre celui-ci et acquérir l’immortalité, il faut triompher des monstres, lutter contre le mal. Plus rarement on voit ce combat même de l’homme contre les animaux gardiens de l’Arbre de Vie, ou au contraire la lutte d’un dieu anthropomorphe protégeant l’Arbre de Vie contre un dragon.

    Les textes égyptiens des pyramides connaissaient l’Arbre de Vie. Dans les tombes du Nouvel Empire, des peintures figurent un sycomore sacré, dont la déesse verse l’élixir de vie. Dans la tombe de Thoutmosis, l’arbre a une mamelle et allaite le pharaon pour lui conférer l’immortalité. Le pilier Djed, si souvent rencontré dans l’iconographie égyptienne, est un symbole de l’Arbre de Vie, et joue un rôle important dans la résurrection d’Osiris.

    L’Arbre de Vie est aussi désigné sous le nom d’axe cosmique unissant le monde souterrain (par ses racines) au ciel (par ses branches), à travers la terre.

    Les trois régions cosmiques, ciel, terre et monde souterrain, sont ainsi traversées et reliées par un axe cosmique ou axe du monde, mais pour une conscience religieuse archaïque, l’arbre est l’univers. Il le répète et le résume, en même temps qu’il le symbolise.

    L’arbre kabbalistique ou Arbre séphirotique de la Vie a été conçu par le mysticisme israélite médiéval et, par un symbolisme complexe ; il relie les trois mondes : celui de Dieu, celui de l’homme et celui de l’univers.

    Arbre de Vie et Arbre de la Connaissance

    Il y a deux arbres dans le jardin d'Éden qui symbolise le bonheur auquel l'humain est appelé : l'Arbre de vie, et l'Arbre de la Connaissance du bien et du mal. Avant de préciser la fonction de ces arbres, il importe de bien comprendre la signification symbolique de l'arbre. Quand on observe un arbre, on constate qu'il est constitué d'un tronc et de branches. Le symbole s'attachera à cet aspect spatial. Le tronc fait fonction de lien entre la terre où il a ses racines et le ciel où il est dirigé. L'arbre est donc un symbole de la communion entre les deux mondes : celui d'en haut où habite la divinité et celui d'en bas où habitent les humains.

    Le premier arbre, l'Arbre de vie, se rencontre dans beaucoup d'autres mythes des peuples de l'Orient ancien, comme la célèbre épopée de Gilgamesh. On y raconte comment le héros entend parler d'un arbre qui peut donner la vie éternelle, qui est le but de sa longue quête. Il en vient à trouver cet arbre, mais il lui est volé par un serpent, qui change de peau après avoir mangé de cet arbre.

    Tout cela signifie un renouvellement de vie et plénitude de vie (le serpent, parce qu'il change de peau, a toujours été interprété dans les anciennes mythologies, comme un symbole de vie éternelle, et chez les premiers chrétiens, de résurrection). Si le jardin d'Éden symbolise le bonheur humain, un des aspects de ce bonheur est la vie pleine, abondante et même éternelle qui est un don de la divinité.

    Quant à l'Arbre de la Connaissance du bien et du mal, il est unique et il est difficile à interpréter. Il semble que cet arbre symbolise le pouvoir absolu. En hébreu, comme dans les autres langues sémitiques, on aime indiquer une totalité par ses deux extrêmes. Ainsi, « le ciel et la terre » signifie l'univers. De cette manière, « le bien et le mal » ne signifierait pas l'une ou l'autre de ces deux réalités, mais les deux, c'est-à-dire « tout ».

    Quant au mot « Connaissance », il n'a pas le sens abstrait que nous lui donnons dans nos langues. Dans les langues sémitiques, il implique une connaissance profonde, une intimité, un pouvoir. Quand on connaît, on a créé des liens intimes et puissants avec le connu.

    L'Arbre de la Connaissance du bien et du mal symboliserait donc un désir profond de l'humain : celui d'être en mesure de connaître tout et d'utiliser ce pouvoir de façon absolue. C’est-à-dire d’être comme un dieu, avec un pouvoir absolu, c'est-à-dire ne plus être limité par la condition humaine. C'est bien là une tentation universelle pour tout humain à toutes les époques !

    On voit donc à l’issue de ce chapitre que l’Arbre de vie est en opposition à l’Arbre de la Connaissance !

    Dans la Bible, il y a une description de l’Arbre de la Connaissance (création de Satan) mais aussi celle de l’Arbre de Vie (la réalité originelle de Dieu). Mais il n’y a aucune compatibilité entre les deux !

    Conclusion

    « Arbre de Vie » ou « Arbre du Monde », l'arbre est le symbole de la vie par excellence. Cet arbre symbolique est figuré à toutes les époques depuis quatre mille ans et depuis un peu moins longtemps dans presque toutes les religions du monde. L’Arbre de Vie est une figure symbolique dont la lecture doit se faire suivant le sens cachant : le sens ésotérique.

    L’Arbre séphirotique est un diagramme ésotérique fondamental dans la Kabbale. Il est aussi connu sous le nom d’Arbre de Vie, qui se retrouve dans d’autres traditions. Dans la Kabbale, un arbre représente symboliquement les Lois de l'Univers. Il peut aussi être vu comme le symbole de la Création tant du Macrocosme (L'Univers) que du Microcosme (L'Etre Humain).

    Dans la Bible, il y a deux arbres dans le jardin d'Éden. Un arbre mentionné au début de la Genèse et qui donne l'immortalité ; un autre, l'Arbre de la Connaissance du bien et du mal, qui est le fameux pommier d’Adam et Eve. Il ne faut pas les confondre !

     

    R:. F:. A. B.

     

    [1] (1 Néphi chapitre 8) Livre de Mormon, 1 Néphi chapitre 8

    [2] Le Sepher Yetsirah ou « Livre de la Formation » est un exposé cosmologique retraçant la formation du monde par les lettres hébraïques et établissant les correspondances de celles-ci avec les directions de l'espace, le zodiaque, les planètes et la constitution de l'homme. A cet égard, on peut dire que ce texte compte parmi les plus importants qui soient parvenus jusqu'à nous. Le Sepher Yetsirah est le premier et le plus court des trois principaux textes auxquels les Kabbalistes se réfèrent, les deux autres textes sont le Bahir et le Zohar.

     

    Bibliographie

     

    Dangle Pierre - La Franc-maçonnerie initiatiqueLe livre du Maître

    La Maison de Vie, Fuveau, 1997


    de Champeaux Gérard - Introduction au monde des symboles

    Editions Zodiaque, 1991

     

    Korsia Haïm - La Kabbale pour débutants

    Éditions Trajectoire, 2007

     

    Lhomme Jean, Maisondieu Edouard, Tomaso Jacob

    Dictionnaire thématique illustré de la Franc-maçonnerie

    Editions du Rocher, Monaco, 1993

     

    Seringe Philippe - Les symboles dans l’art, dans les religions et dans la vie de tous les jours

    Editions Hélios, 1993

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    3ème partie : « Le Maître » Editions Dervy, Paris, 1994

     


    2 commentaires
  • * La fraternité maçonnique, réalité ou utopie ?

    Introduction

    Pour pouvoir mettre les lois de la fraternité en pratique, c’est-à-dire arriver à nous aimer vraiment les uns les autres et à nous venir en aide mutuellement, ne devrions-nous pas apprendre à nous connaître nous-mêmes mais aussi et surtout à mieux connaître nos Frères ?

    Plancher sur ce sujet, revient pour moi, à me livrer à une réflexion au sujet de la fraternité maçonnique et à me demander si elle est réelle, si elle n’est qu’une façade ou si elle n’est qu’une utopie mais surtout comment je la ressens. C’est vous dire d’emblée que cette planche risque de vous interpeller, ou tout simplement de perturber le doux ronronnement des Colonnes. Pour débuter cette planche de réflexion, permettez-moi de commencer par vous rappeler un propos du Pasteur James Anderson, extrait des « Constitutions » :

    « Ainsi, la Maçonnerie devient le Centre d'Union et le moyen de concilier une véritable amitié parmi des personnes qui auraient dû rester perpétuellement éloignées ».

    Calqué sur cette première citation, voici ensuite un extrait du rituel que nous pouvons tous entendre dans de la cérémonie d’Initiation au premier degré du Rite moderne belge et qu’il me semble utile de relire de temps en temps :

    « Ainsi la Maçonnerie devient le Centre d’union où se nouent d’une amitié fidèle des hommes qui, autrement, auraient dû rester à jamais éloignés l’un de l’autre ».

    De ces deux premières citations, je déduis la thèse de cette planche : c’est aux Frères, à chaque Frère, à tous les Frères, d’apprendre à se connaître, puisqu'il est dit qu’en entrant en Franc-maçonnerie, nous allons rencontrer des hommes qui sans elle, ne se seraient sans doute jamais connus.

    Mais pour développer cette thèse, il me faut encore vous rappeler trois extraits de la cérémonie d’Initiation au Premier degré. Et tout d’abord celui-ci que nous devrions relire bien plus souvent :

    « La Franc-maçonnerie est une association initiatique qui, par son enseignement symbolique, élève l’homme spirituellement et moralement, et contribue ainsi au perfectionnement de l’humanité par la pratique d’un idéal de paix, d’amour et de fraternité ».

    Ces cinq derniers mots me paraissent extrêmement importants. Je les souligne :

    « … la pratique d’un idéal de paix, d’amour et de fraternité ».

    Enfin, un extrait de notre serment me paraît aussi très riche d’enseignement pour étayer mes propos de ce Midi :

    « Je promets d’aimer mes Frères et de les secourir selon mes facultés ».

    « Selon mes facultés » : donc chacun en fonction de ses possibilités !

    Tout en développant ma thèse, je vais essayer de répondre à quelques questions que je me pose :

    • En Maçonnerie, pratiquons-nous réellement la fraternité et vivons-nous tous une réelle amitié ?
    • Qu’est-ce qu’un Frère ?
    • Qu’est-ce que la vraie fraternité dans le cadre de notre Maçonnerie régulière ?
    • Connaissons-nous vraiment les Frères de notre Loge et comment les percevons-nous ?
    • Sommes-nous capables de les aimer et comment ?

    Alors, commençons par cette première question : s’agit-il d’amitié ou de fraternité ?

    Amitié ou fraternité ?

    Il n’est pas facile de délimiter une frontière entre le copinage, l’amitié et la fraternité, de même qu’entre entraide, secours mutuel, bienfaisance et affairisme.

    Assez curieusement, je pense compter des amis Maçons dans la plupart des autres Obédiences maçonniques de notre pays. Je les reconnais comme Frères. Ils me reconnaissent comme tel. Certains sont même des amis de très longue date.

    Par contre, dans les différentes Loges dont je fais partie, quelques Frères sont, en plus, des amis, voire des amis plus intimes mais ils ne sont pas légions. Tous les membres de ces Loges sont bien sûr mes Frères. Il en va de même des hommes que je rencontre dans les autres Loges régulières que je visite.

    Je ne suis pas l’ami de tous mes Frères, je le sais. J’ai un certain tempérament, une très forte personnalité et peut-être même un foutu caractère de râleur mais, malgré tout, je me sens toujours prêt à aider mes Frères. Toujours. Le plus souvent, du fait de mes compétences et connaissances, cette aide passe par le canal de l’informatique ou de la téléphonie. Souvent mes Frères font appel à moi pour les aider dans des recherches, dans la rédaction de leurs planches ou de leurs Tracés et procès-verbaux, dans des démarches qui, de très près ou de loin concernent la Maçonnerie. Mes Frères me reprochent souvent de me comporter comme un enseignant mais oublieraient-ils que c’est ma formation professionnelle, ma vocation ? Non, je ne leur en veux pas ! Je ne me sens pas spécialement compétent dans d’autres domaines comme l’art de guérir, les finances, la comptabilité, le commerce, le management, la surveillance ou le contre-espionnage. Mon hyperactivité, essentiellement maçonnique et musicale, dérange aussi certains Frères. Elle en irrite d’autres et j’en suis conscient !

    Je suis assez réticent lorsque je sens arriver toute forme de demande de passe-droit. Je ne suis pas venu en Maçonnerie pour faire des affaires ni pour favoriser qui que ce soit mais tout simplement pour partager un même idéal spirituel. Mais le problème est là ! Notre idéal est-il réellement commun ? Nos conceptions de la fraternité maçonnique ne seraient-elles pas toutes différentes et juxtaposées, à l’image de nos personnalités respectives ?

    Alors, mes Frères, assez parlé de moi ! Voyons comment concevoir la fraternité au sein de notre Ordre, au sein de la Franc-maçonnerie régulière ?

    La fraternité pour les Francs-maçons réguliers

    La Franc-maçonnerie, ordre initiatique et traditionnel fondé sur la fraternité, nous invite à un engagement. Cette fraternité des Maçons n’a pas de base objective. Les Francs-maçons n’ont pas, la plupart du temps, les mêmes idées en matière de religion ou de politique. Mais ce qui devrait nous unir, au premier chef, en fraternité, c’est la recherche d’un idéal commun, de beauté, d’amélioration de l’homme par la sagesse, le dépassement de l’individu par lui-même par la force qui le soutient dans sa progression : la recherche de la Lumière.

    Au sein de notre Ordre, nous avons coutume de lire ou d'écrire le vocable « frère » avec une majuscule. Le terme prend alors un sens que je vais essayer de préciser à présent en proposant une réponse aux deux questions essentielles suivantes : « Qu'est-ce qu'un Frère ? » « Qu’est-ce que la fraternité au sens maçonnique ? ».

    Pour moi, un Frère, c’est un Profane qui, comme moi, a eu un jour la chance d’être choisi puis parrainé, un être qui a reçu l’Initiation et qui, reconnu par nous tous, a accepté d’être placé au début d’un cheminement spirituel qui lui sera propre, dans la quête de la Lumière, en travaillant sur lui-même d’abord pour tenter de se connaître et de s’améliorer au contact de ceux qui ont, apparemment, choisi le même idéal.

    La G.L.R.B. nous dit que « pour les Francs-maçons en général, la fraternité désigne surtout le lien privilégié qui unit les Maçons et les oblige particulièrement ».

    Cette fraternité des Francs-maçons procède d’abord d’un choix libre, celui qui pousse le Profane à entrer en Maçonnerie. Par la suite, l’Initiation en fera un des buts essentiels qu’il poursuivra dans sa quête. Mais si la fraternité est la base de la Franc-maçonnerie, celle-ci ne crée pas de manière spontanée la fraternité, pas plus que la fraternité ne se décrète. Le Franc-maçon chemine vers la fraternité et ne peut y parvenir que par le Travail.

    Cette fraternité, le Maçon la rencontre à trois niveaux :

    • dans les origines de la Maçonnerie ;
    • dans son symbolisme, c’est-à-dire ce qui rassemble les Maçons et tout particulièrement celui du rituel et de l’architecture du Temple où se réunit la Loge, avec son Pavé mosaïque, les lacs d’amour de la corde qui orne ses murs, avec la Chaîne d’union que pratiquent ses membres ;
    • et enfin dans l’action du Maçon en dehors de la Loge.

    « Pour les Francs-maçons réguliers, le terme « fraternité » implique d'abord que tous les hommes sont frères et qu'à ce titre, ils ont droit à notre respect et à notre aide. Mais ainsi conçue, la fraternité ne se distingue pas d'autres notions générales telle la fraternité chrétienne, la fraternité des armes ou la fraternité universelle, valeur issue de la Révolution française » (G.L.R.B.).

    Il me faut donc approfondir la réflexion sur ce concept. C’est pourquoi, j’envisagerai à présent la fraternité comme source initiatique.

    La fraternité, source initiatique

    Nous percevons facilement le Temple maçonnique – la Loge – comme un havre de paix au milieu d’un monde de conflits et de rivalités parce que la fraternité y a le pouvoir d’effacer tous les clivages sociaux, religieux, politiques et culturels. Mais une analyse plus poussée montre que la fraternité est l’élément fondamental du Maître, et qu’au-delà d’une fraternité associative, une fraternité initiatique permet d’entrevoir comme possible notre propre réalisation.

    Cette fraternité initiatique, qui se reconnaît extérieurement à la capacité de se réjouir du bonheur de l’autre, de son épanouissement et de sa progression vers l’accomplissement de sa plénitude, est la condition nécessaire à notre propre développement dans la voie spirituelle de la Maçonnerie.

    Le terme initiatique indique un mouvement, une dynamique, le début d’un nouveau mode d’appréciation des valeurs habituelles, un regard différent sur tout ce qui nous entoure, mais plus encore, une ouverture qui devrait permettre une réelle transformation progressive.

    La fraternité initiatique est interactive : la construction de soi passe par la construction de l’autre. Elle est l’un des facteurs de la quête initiatique qui est désir de passer d’une vie subie à une vie choisie.

    Cependant la grandeur du Maître ne se réalise seulement que lorsqu'il commence lui-même à se voir tel qu’il est et qu’il comprend ce qu’il est capable de faire en fonction de ce qu’il est.

    « Pour la Maçonnerie régulière », et c’est la G.L.R.B. qui l’affirme, « la fraternité maçonnique est essentiellement source initiatique ». En effet, elle n'a pas son fondement dans une communauté d'opinions ou d'intérêts, encore moins dans quelque convention sociale qui ferait que les membres du groupe s'efforceraient de se conduire mieux avec leurs « frères » qu'avec ceux qui ne font pas partie de la société maçonnique ».

    La fraternité trouve sa source dans le fait que chacun, par l'Initiation qu'il a reçue, s'engage dans une voie commune de recherche et de progrès spirituel. Chacun se trouve uni aux autres Maçons par l'expérience partagée d'un symbolisme vécu et éprouvé, par le désir de tous de former une communauté initiatique. En recevant le nom de « Frère », l'Apprenti devient un maillon de la chaîne ininterrompue reliant tous les Initiés, ceux d'hier, ceux d'aujourd'hui et ceux de demain.

    Par des voies souvent très différentes, les Francs-maçons vont vers la Lumière : mais c'est leur souci commun. Il paraît évident que sur cette base naissent et se développent des amitiés personnelles très fortes, que les Maçons s'accordent à faire régner entre eux un climat de respect et d'affection réciproques.

    L’entraide que se portent spontanément les Francs-maçons se fonde sur l’estime réciproque et l’attachement à un idéal partagé : l’aide morale, affective ou matérielle que tout Franc-maçon dans l’épreuve reçoit de ses Frères est l’esquisse de la solidarité humaine pour laquelle la Franc-maçonnerie s’efforce d’œuvrer.

    La pratique de la solidarité maçonnique doit toujours se fonder sur le respect systématique de l’équité la plus stricte : elle ne saurait se manifester au détriment de tierces personnes. La recherche de privilèges indus ou de faveurs injustifiées est en totale opposition avec la conception maçonnique de la solidarité.

    Pierre angulaire de l’éthique maçonnique, la fraternité permet à ses membres de triompher de l’égoïsme et de se sentir reliés par elle. La fraternité initiatique relie des êtres de toute race ou religion qui ne sont ni du même sang, ni de même condition sociale, témoignant d’un sens de l’unité, mais aussi des liens sacrés de la famille étendus au sens large et à toute l’humanité, liens remontant au premier homme à la recherche de son identité.

    Mais la caractéristique essentielle de la fraternité maçonnique, c’est qu'elle est issue de l'Initiation : elle en est une conséquence.

    Permettez-moi de conclure ce chapitre en soulignant que la fraternité maçonnique n'est pas le simple résultat d'un désir commun de relations amicales. Je crains que certains ne dépassent pas ce stade. La fraternité maçonnique, c'est bien plus que le fait d'être gentil avec tout le monde et en particulier avec ses Frères et/ou ses Sœurs, sous prétexte de ne pas leur faire de peine ; c'est bien plus que de les caresser dans le sens du poil afin de ne surtout pas interrompre le doux ronronnement qui n'est pas toujours absent de nos Loges ! C’est tout autre chose que de trinquer devant un bar.

    Alors, mes Frères, pour rejoindre le titre volontairement provocateur de cette planche, il est temps à présent de nous demander si la fraternité est une réalité, un mythe, une utopie ou simplement un symbole.

    La fraternité est-elle un symbole, un mythe, une utopie ou une réalité ?

    Les Maçons, de quelque Obédience qu’ils se revendiquent, se reconnaissent comme Frères et Sœurs. Mais la fraternité est-elle un mythe ou une réalité ? La frontière où se définit véritablement la fraternité est si difficile à délimiter !

    Si la fraternité et la solidarité sont logiquement inséparables, la réalité n’est-elle pas vécue différemment ?

    La fraternité implique un état d’esprit d’ouverture et un comportement de bienveillance envers l’autre. Comment avoir le souci de l’autre quand on est perpétuellement dans le souci de soi ? Lorsqu'on évoque une fraternité en actes, on parle d’élans de compassion. Et la compassion – étymologiquement – c’est « souffrir avec ». Si la fraternité suppose la solidarité entre tous et suggère l’amour de l’autre, elle ne peut devenir réalité que si l’Initié passe par une révolution intime et personnelle qui demande de lutter contre l’individualisme naturel.

    La fraternité initiatique repose sur le fait d’aimer son prochain comme soi-même, ce qui demande à l’Initié de s’être réconcilié au préalable avec lui-même, pour entreprendre une démarche volontaire, altruiste, fondée sur l’amour et la notion que tous les êtres sont issus d’une même origine, d’un Principe qui est leur source et leur force.

    Mais alors que le rituel nous rappelle qu’ici « tout est symbole », y aurait-il lieu de considérer la notion de « fraternité » comme un symbole dont il conviendrait d'essayer de mettre en lumière la partie cachée et peu évidente ? Le langage est malheureusement impuissant pour rendre compte de sa totalité.

    Si l'Initiation est une voie qui doit nous permettre de nous transmuter, lorsque nous prenons conscience intérieurement de cette unité profonde du réel, nous savons alors que nous sommes reliés essentiellement à tout ce qui est.

    Dès lors, comment ne pas voir se modifier de l'intérieur, petit à petit et à la mesure de l'intériorisation de cette prise de conscience, notre manière d'être au monde et, partant, nos relations avec autrui, comme avec tout ce qui est ?

    L'extérieur en devient non plus « l'autre », l'ennemi potentiel, mais une modalité de ce qui est, une part du Tout dont nous sommes aussi partie. Alors, une fraternité profonde, ce que les bouddhistes appellent « compassion », marquera de plus en plus toute notre vie de son sceau. Ce ne sera plus un code comportemental exotérique qui guidera nos actions, mais ce seront nos actions qui deviendront l'expression d'une conscience, d'une intériorité. Nous serons en marche, véritablement, dans une voie ésotérique.

    Mais quelles sont aujourd'hui les notions que ce vocable sous-tend dans la Franc-maçonnerie régulière et quel poids lui accorde-t-on ?

    Permettez-moi de citer la définition que nous en donne la G.L.N.F. :

    « La fraternité maçonnique n'est pas une manifestation innée, comme pourrait l’être la fratrie engendrée par un lien familial. Elle reflète d'abord l'acceptation et le respect d'une règle qui est la traduction et l'expression d'un lien irréfragable reliant les membres de cet Ordre. Mais c'est aussi un des fondements et un précepte de comportement requis au sein de la Maçonnerie de tradition, où les membres reçoivent l'appellation de « Frère » et sont reçus et reconnus comme tel ».

    Le contexte maçonnique est un des rares lieux où un homme peut manifester à un autre homme, sans le connaître et sans l'avoir vu, l'expression d'un sentiment fraternel, uniquement, pour ce qu'il est, c'est-à-dire un Franc-maçon.

    C'est après avoir pris un engagement solennel, librement accepté, que le nouveau Maçon découvre immédiatement sa nouvelle « communauté ». Sa surprise est grande car cela se passe sans transition. Il était à l'extérieur et le voici à présent à l'intérieur parmi des hommes encore inconnus, mais qui lui manifestent spontanément une grande chaleur fraternelle.

    C'est probablement ce premier choc émotionnel qui réveille en lui ses qualités de cœur. Il lui fait prendre conscience de la dimension de cette fraternité et lui fait pleinement ressentir, dès ces premiers moments, la notion d'appartenance et les liens qui l'unissent à l'Ordre. Ce puissant lien fraternel qui les unit fait aussi partie des mystères de cette initiation commune à tous les Francs-maçons.

    La raison de cet accueil chaleureux paraît simple : lorsqu'il est admis, l'impétrant est accueilli comme étant un gage d'espoir de voir s'accroître l'Ordre d'une nouvelle unité.

    Dans un élan commun de fraternité, cette nouvelle unité s'intègre en symbiose dans le groupe. Idéalement, tous regardent dans une même direction, avec une même raison d'être et une même finalité. J’ai bien dit « idéalement »…

    Par ailleurs, le désir que le nouveau Frère exprime de se montrer digne d'un tel accueil génère en lui une synergie, dont le travail en Loge et la confrontation de tous les instants, renforcent les liens de fraternité qui se construisent.

    Dans la vie profane il nous arrive de retrouver des manifestations d'une aussi grande intensité mais elles sont en général le concours d'événements et de circonstances non maîtrisées s'appuyant sur l'affectif.

    Ces manifestations relèvent d'actes guidés par de nobles sentiments, tels que l'amitié ou la passion, voire l'amour au sens général du terme, que l'on peut avoir, par exemple, pour le peuple, ou pour une culture. Ensuite elles ont parfois un impact sur la notion de devoir et d'éthique envers autrui.

    La Fraternité maçonnique, par contre, relève d'un processus inverse. En effet, elle est d'abord la manifestation d'un acte délibéré. Etre fraternel est une démarche volontaire. C'est d'abord un principe qui est respecté et qui se transforme progressivement en une seconde nature où la notion de devoir s'estompe pour ensuite laisser place spontanément à des qualités de cœur qui feront naître un peu plus tard des liens affectifs très forts.

    C'est à chaque fois une joie et une révélation de cette fraternité de « reconnaître » un Frère rencontré fortuitement, pour la première fois, dans un environnement inhabituel, et souvent loin de notre contexte familial ou maçonnique.

    Si la fraternité est le principal liant de la Franc-maçonnerie, elle est également l’élément moteur qui guide notre comportement, que ce soit dans notre contexte associatif ou dans notre vie de tous les jours.

    Examinons à présent comment la fraternité devrait idéalement se manifester.

    Les manifestations de la fraternité

    • Par quoi se traduit la fraternité maçonnique ?

    La fraternité maçonnique se traduit tout d'abord par la joie de se rencontrer, mais aussi par l'expression des qualités de cœur, c'est-à-dire le fait d'être bienveillant et à l'écoute des autres, et bien entendu, mais cela est implicite, c'est l'assistance fraternelle de toute nature.

    • Qu'est-ce qui caractérise son universalisme ?

    C'est l'expression de notre savoir être qui, rejetant les préjugés et l'intolérance, s'exprime par une reconnaissance et un accueil des autres, en faisant abstraction de leurs spécificités spirituelles, culturelles et sociales, car, en fait, ce qui est important, c'est que tout simplement il soit un Frère.

    • La fraternité a-t-elle des limites ?

    En s'appuyant sur nos Travaux effectués en l'honneur et à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers, les limites externes de notre fraternité initiatique sont appelées à s'étendre à une grande fraternité d'hommes libres, car, par l'expression des qualités de cœur qu'elle dégage, elle est à la fois le ciment qui structure l'édifice maçonnique et un des éléments constituant les fondations sur lesquelles l'Ordre repose.

    • Quand la fraternité se manifeste-t-elle dans la Loge ?

    C’est dans la Chaîne d’union que les Maçons s’unissent en fraternité. La Chaîne d’union est l'une des plus belles manifestations de la fraternité maçonnique, au cours de laquelle les Francs-maçons réunissent leurs énergies et ce qu'il y a de meilleur en eux.

    Ce symbole ne concerne pas que l'aspect humain : par lui, en effet, les Frères se mettent aussi en liaison avec les Frères passés à l'Orient éternel. Cette réunion d'Initiés évoque l'union de tous les Initiés à la surface de la terre. La Chaîne d'union m'apparaît comme un des temps les plus forts du rituel car elle permet la transmission du mystère de la fraternité au-delà des grades et des individus.

    On ne peut pas décrire la Chaîne d’union : c’est un instant qu’il faut vivre. Les Maçons n’entrent dans la Chaîne d’union qu’en fraternité. Et chaque fois qu’elle est bien formée (c’est-à-dire nos bras croisés sauf ceux du Vénérable et de lui seul), la Chaîne d’union régénère la fraternité de sa puissance créatrice, génie inéluctable de la Franc-maçonnerie.

    La Chaîne d’union, c’est aussi le moment privilégié où les mains des Maçons qui se joignent font apparaître tous les Maçons épars sur le globe mais aussi ceux qui sont passés à l’Orient éternel, comme ceux qu’il plaira au Grand Architecte d’amener à frapper à la porte du Temple. Dans la Chaîne d’union, ce sont tous les Maçons de tous les temps et de tous les lieux qui s’unissent en fraternité.

    • Où la fraternité se manifeste-t-elle encore avant que nous ne quittions la Loge ?

    Pour beaucoup de Loges, les agapes fraternelles se réduisent un peu trop souvent à un dîner qui suit la Tenue et où l'on se comporte davantage en profane qu'en Frère. Pourtant la signification même du terme « agape » devrait faire réfléchir tout Franc-maçon. L'agape, c'est l'amour du sacré. Célébrer des agapes revient à vivre un banquet fraternel. Les agapes fraternelles ne sont pas un appendice de la Tenue mais son couronnement ! Peu importe le menu ou la nature du plat du jour !

    • Pourquoi mettre en pratique les lois de la fraternité et comment la Franc-maçonnerie peut-elle faciliter la construction de la personnalité de l'Homme capable de relever les défis à l'aube du 3ème millénaire ?

    Tenter de répondre à cette question, c’est se pencher sur les buts de la fraternité. Tel sera le dernier chapitre de cette planche.

    Les buts de la fraternité

    Société initiatique des temps modernes, la Franc-maçonnerie est par essence philosophique, philanthropique et progressive. Cette association s'est érigée en Ordre initiatique, c'est-à-dire en système ordonné ayant ses propres lois et règlements rigoureux, ses valeurs fondamentales au premier rang desquelles la liberté de conscience, la tolérance réciproque, l'égalité, la fraternité. A ces valeurs, l'Ordre adjoint sa méthode de travail, le symbolisme.

    L'Ordre maçonnique, institution vivante qui tend symboliquement à représenter une image du monde, offre à ses membres, nous Maçons, un espace sacré : la Loge. Il met aussi à notre disposition des outils : l'Initiation, le symbolisme, le rite et ses rituels.

    Cet espace et ces outils nous permettent de réaliser un désir en le transformant en projet : celui de passer, par degrés, de la condition d'Homme de la nature à celle d'Homme de l'esprit.

    En parcourant ce chemin, nous, Francs-maçons, apprenons d'abord à nous connaître, ensuite à nous maîtriser et à nous dépasser. Chemin faisant, nous constaterons, que nous ne nous résumons pas à des individus séparés, réduits à nous-mêmes, mais que nous sommes reliés aux autres.

    Dès les premiers pas sur la voie initiatique, l'Apprenti découvre la fraternité, cette relation dont il n'imaginait pas qu'elle existait vraiment sur la terre. Fraternité avec les symboles qui expriment le mystère de la vie ; fraternité avec d'autres êtres, montrant qu'il est possible de sortir du modèle conventionnel de rapports humains fondés sur la compétition ; fraternité avec les forces de l'univers.

    L'apprentissage est notamment le grade de la découverte de la fraternité en esprit et de son corollaire, l'amour fraternel, véritable ciment de la Loge. Cet esprit dépasse celui des Frères présents physiquement : il inclut celui de tous les initiés qui les ont précédés et qui les suivront sur le chemin.

    Cette découverte de la fraternité initiatique est source d'une joie difficilement exprimable et elle éveille une énergie insoupçonnée.  L'Apprenti apprend à servir non un individu ni une organisation, mais un esprit, un ordre qui sont incarnés dans la Loge et qui se rattachent et le relient à une tradition immémoriale.

    Pour l'Apprenti, écouter revient à diriger son attention vers l'œuvre accomplie par l'ensemble des Frères. Cette communion conduit à la perception du feu créateur et de l'amour fraternel.

    C'est donc ainsi que naît la fraternité maçonnique, mes Frères, rassemblant ce qui est épars, mettant en état de se comprendre et d'aimer des êtres qui, sans cela, demeureraient des étrangers. Le sentiment fraternel que ressent le Franc-maçon lui permet de vivre solidairement avec tout homme de foi et de l'aimer par delà les divergences formelles.

    La relation affective rejoint la relation intellectuelle à travers les confrontations, les élans généreux ou sévères, l'accompagnement et les réconforts soutenus. C'est une des vertus du travail commun en Loge. Antoine de Saint-Exupéry ne disait-il pas : « si tu veux que les hommes soient frères, fais les travailler ensemble ! »  ?

    L'Ordre maçonnique rassemble donc des hommes et, dans certaines Obédiences, des femmes, qui possèdent le sentiment d'une fraternité et donc de son corollaire, la solidarité. Solidarité et fraternité s'expriment tant au plan matériel qu'affectif et spirituel.

    Je sens que vos sentiments fraternels m’incitent à présent à conclure cette longue réflexion mais, selon mes habitudes, d’une manière provisoire.

    Conclusion provisoire

    Il me semble dès lors que la mission de la Franc-maçonnerie c'est de donner aux hommes le sens de l'humain, c'est-à-dire de la probité, de la liberté, de la droiture, de l'équité, de la créativité et de la fraternité universelle. Elle nous invite à nous rendre capables d'être utiles à l'espèce humaine.

    Est-ce à dire que la Franc-maçonnerie est une grande école de la fraternité des nations ? Non. Notre ordre n'est ni une université, ni une école. Notre Ordre met uniquement à la disposition de ses membres la méthode initiatique associée à un système de valeurs humanistes.

    C'est aux Maçons de s'en servir au mieux afin de se perfectionner et de s'intégrer dans la Chaîne d'union de l'espèce humaine.

    Par contre, la Franc-maçonnerie pourrait être le centre par excellence de l'apprentissage de la fraternité, permettant à l'individu de se construire tout en reconnaissant l'Autre.

    Elle donne à l'éternel Apprenti qu'est le Franc-maçon la clé lui ouvrant la voie de la fraternité tant vis-à-vis de ses Frères et Sœurs que de la communauté des hommes et des femmes peuplant notre planète. Ainsi, la Franc-maçonnerie pourrait être l'institution d'apprentissage de la fraternité entre les peuples.

    Mais comme chaque Frère est différent et que chacun a sa propre personnalité, quelquefois forte, il est confronté, dès le départ, au problème des affinités. Or un Frère, quel qu'il soit, est un être unique et indispensable à la construction de l'unité que représente la Loge.

    L'Apprenti apprend à découvrir les complémentarités et, bien au-delà des affinités avec tel ou tel, une dimension exceptionnelle : celle de la fraternité. La fraternité est d’abord espérance et amour. Elle est aussi générosité et beauté, tolérance et joie.

    Il n’y a pas de fraternité sans liberté, sans choix libre, comme le choix libre de devenir Maçon. Mais au tréfonds de son cœur, l’homme est toujours libre. L’homme est libre d’aller en fraternité vers les autres hommes pour tourner ensemble leur regard vers la Lumière. Et l’homme sait bien que la liberté ne se conçoit pas sans sagesse, car c’est en respectant celle des autres, c’est-à-dire en admettant leur différence, qu’il édifie sa propre liberté, et que sans liberté il n’y a pas de paix possible entre les hommes.

    Il n’y a pas non plus de fraternité sans égalité car comment se dire « frères », comment être vraiment le frère d’un autre être si nous le jugeons inégal à nous-mêmes, c’est-à-dire, en fait, inférieur à nous ? L’égalité donne à la chaîne des hommes sa force harmonieuse et invincible ; elle y fait naître la joie.

    Enfin, il n’y a pas de fraternité sans générosité. Mais qu’avons-nous de plus précieux à offrir que notre temps, que le Temps créateur de toute chose et de tout être, Temps universel, tout puissant, omniprésent et pourtant invisible ?

    Alors, tout compte fait, la fraternité est-elle une réalité dans nos Loges ? N’est-elle pour certains qu’une utopie ? Au risque de décevoir certains d’entre vous, la réponse ne peut être exprimée de façon généralisée. La vérité réside dans le cœur et la conscience de chaque Frère. C’est sans doute cela aussi le secret maçonnique !

     

    R:. F:. A. B.

     

    Bibliographie

    Grande Loge Régulière de Belgique

    La Franc-maçonnerie Traditionnelle et Régulière

    (La petite brochure bleue remise à tout candidat Franc-maçon)

     

    Réponses aux questions les plus fréquentes sur la Franc-maçonnerie

    Site Internet de la G.L.R.B. : http://www.glrb.org

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Sentiers de la Tradition

    Bruxelles, 1999, Editions l’Etoile

     

    Dangle Pierre - Le Livre de l’Apprenti

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 1999

     

    Ducluzeau Francis - Ethique, sagesse et spiritualité dans la Franc-maçonnerie

    Editions du Rocher, Monaco, 2002

     

    Furetière Antoine - Dictionnaire universel

    Paris, Le Robert, 1978

     

    Lhomme Jean – Maisondieu Edouard – Tomaso Jacob

    Dictionnaire thématique illustré de la Franc-maçonnerie

    Editions du Rocher, Monaco, 1993

     

    Marion Pierre - Mes bien-aimés Frères !

    Histoire et dérive de la Franc-maçonnerie

    Editions Flammarion, 2001

     

    Pion Etienne - Une fois le bandeau enlevé

    Editions maçonniques de France, 2000

     

    Pozarnik Alain - A la lumière de l'Acacia

    Editions Dervy, Paris, 1995

     


    2 commentaires
  • * La charité

    Avertissement

    Il m’a paru important de tracer cette Planche pour attirer l’attention de tous mes Frères sur la nécessité de se montrer généreux, charitable et fraternel lors de la circulation du Tronc de Bienfaisance, en prenant soin de ne pas y déposer des boutons de culotte ou des piles usagées. Avec l’espoir aussi que certains abandonnent ces attitudes hypocrites qui consistent à faire semblant d’avoir oublié leur portefeuille ou leur porte-monnaie ou encore d’avoir « déjà donné » !

    Dans la suite de cette Planche, après un examen de l’étymologie du mot, j’examinerai successivement la charité dans la perspective de la Bible, de la religion catholique, dans la religion juive et dans la religion islamique. Je développerai ensuite la charité du point de vue de la laïcité et de notre point de vue de Maçons.

    Introduction

    Vous souvenez-vous encore, mes Frères, de cet extrait de notre rituel d’Initiation ?

    Il se situe à l’issue du troisième voyage.

    V:. M:.

     

    MONSIEUR, AU COURS DU TROISIÈME VOYAGE

    ONT RÉGNÉ L'ORDRE ET LA PAIX.

    LES FLAMMES PAR LESQUELLES VOUS ÊTES PASSÉ ONT ACHEVÉ VOTRE PURIFICATION.

    PUISSENT-ELLES ENTRETENIR À JAMAIS EN VOTRE CŒUR L'ARDEUR DE LA CHARITÉ !

     

    Silence.

    V:. M:.

    COURAGE, SAVOIR, VERTU

    NE SONT QUE DE VAINS MOTS SANS LA CHARITÉ.

    Cet extrait renferme deux fois le mot « charité » !

    En écoutant régulièrement la communication du faible montant récolté à chaque Tenue via le « Tronc de Bienfaisance », appelé aussi « Tronc de Solidarité » ou « Tronc de la Veuve », selon le rite pratiqué, il m’a semblé utile de faire le point sur le concept de « charité », trop souvent négligé à mon avis, voire méprisé !

    Comprenons-nous bien le sens de la « charité » ?

    Étymologie 

    Le mot « charité » est la francisation du latin caritas, caritatis, signifiant d'abord cherté, puis amour

    Cicéron, par exemple, prônait la « caritas generis humani », ce qu'on peut traduire par « amour du genre humain ». C'est par caritas que saint Jérôme, dans sa traduction latine de la Bible, rend le mot grec agapè du Nouveau Testament. Le terme hébreu correspondant est hesed (חסד), que le dictionnaire de Brown – Driver – Briggs traduit par « amour ». Le concept de hesed (charité, bonté, amour de Dieu et du prochain) apparaît à de nombreuses reprises dans l'Ancien Testament.

    Consultons d’autres dictionnaires pour plus de précisions !

    Définition du concept de « charité »

    En 1983, le Larousse définissait la charité sur une colonne entière. L'édition de 2003 n'en parlait plus que sur quelques lignes. C'est qu'à n'en pas douter, il s'est produit un glissement sémantique du terme de charité vers celui de solidarité et, pourtant, ce n’est pas tout à fait la même chose. Je considère que la solidarité s'exerce de manière transversale alors que la charité s’exerce de manière verticale.

    Aujourd'hui, il semble que la charité ne soit plus considérée autrement que dans le sens de sa connotation religieuse et, plus particulièrement, catholique, alors que la solidarité serait laïque. Nous verrons, à la fin de la présente planche, ce qu’il en est de notre point de vue maçonnique.

    Je vois quatre sens possibles au nom « charité ».

    • Le premier sens est celui de l’amour de Dieu et de son prochain.

    N’oublions pas que la charité est une des vertus chrétiennes et qu’elle a pour synonyme le mot « philanthropie ».

    • Le deuxième sens est celui d’indulgence, de bonté.
    • Le troisième sens est celui d’un acte de bonté, de générosité fait envers autrui.

    Il a alors pour synonyme le mot « secours ».

    • Enfin, dans son sens dérivé, « la charité» est le nom donné à certains hôpitaux ou hospices religieux, dans lesquels ces œuvres de bienfaisance sont réalisées.

    Le mot « charité » semble avoir 17 synonymes : aide, altruisme, amour, aumône, bienfait, bienveillance, bonté, désintéressement, don, fraternité, générosité, indulgence, miséricorde, philanthropie, secours, service, vertu.

    La charité est un acte charitable, un bienfait, une faveur. Exemples : Vivre des charités des autres. Faites-moi la charité de m'écouter.

    La charité est une vertu spirituelle qui est l'amour parfait venant de Dieu et dont Dieu est l'objet, lien d'unité intime entre Dieu et les hommes, créatures de Dieu.

    A ma connaissance, le premier à avoir introduit le principe de charité est Jésus, dit « de Nazareth » : il a exhorté ses contemporains à l'amour des autres et à la tolérance. 

    Avant d’aller plus loin dans la conception de la charité des différents points de vue religieux, permettez-moi de rappeler cette citation de Ghandi : « La règle d’or de la conduite est la tolérance mutuelle car nous ne penserons jamais tous de la même façon ; nous ne verrons qu’une partie de la vérité et sous des angles différents ».

    En évoquant le concept de charité, je ne serai pas forcément exhaustif, et les points de vue que je développerai ne conviendront pas forcément à tous. Je pense même que certaines prises de position risque d’en déranger plus d’un !

    La charité, dans la Bible et dans la religion catholique

    Dans les versions contemporaines de la Bible, comme dans le langage théologique, la charité a le même sens général que l'amour, désignant la vertu chrétienne fondamentale, et non pas les sens dérivés et particuliers d'indulgence, de bienfaisance ou d’aumône.

    Dans le langage ordinaire, la charité est une vertu qui porte à désirer et à faire le bien d'autrui. C'est donc un acte inspiré par l'amour du prochain. Dans le langage des théologiens, elle désigne à la fois l'amour de Dieu pour lui-même et du prochain comme créature de Dieu.

    La première encyclique du pape Benoît XVI s'intitule « Deus caritas est » (c’est-à-dire « Dieu est amour »), en référence à la Première Épître de Jean. Et d’expliquer que la Charité est l'amour que Dieu nous donne et que nous Lui rendons ainsi qu'à tous les hommes, à l'image de Son Amour pour nous et de la Passion du Christ, tandis que le partage est une expression de cet amour.

    La Charité, c'est la vertu qui nous aide à préférer Dieu et Ses volontés à toute autre chose. Cette vertu nous aide à aimer Dieu pour Lui-même, c'est-à-dire en raison de ce qu'Il est. Et, par conséquence logique, notre prochain quel qu'il soit. La raison en est que, malgré les défauts que nous pourrions lui connaître, ce prochain a été créé lui aussi « à la ressemblance ou à l’image de Dieu ».

    On s'exposerait à perdre la Charité envers Dieu par l'acceptation habituelle du péché dans notre vie. De même que l'on s'exposerait à porter atteinte à notre amour du prochain, dans la mesure où nous délaisserions plus ou moins la charité fraternelle en des domaines où nous devrions être attentifs à ce même prochain.

    Ainsi, retenons que dans la théologie chrétienne, le mot « charité » désigne l’amour de Dieu et du prochain comme créature de Dieu. Rappelons que la Foi, l'Espérance et la Charité sont les trois vertus théologales.

    La charité, vertu théologale

    La charité est la vertu reine des vertus : l'amour de Dieu et du prochain. Dans une perspective chrétienne, elle est la vertu théologale par laquelle on aime Dieu par-dessus toute chose pour lui-même, et son prochain comme soi-même pour l’amour de Dieu. Elle assure et purifie la puissance humaine d’aimer et l’élève à la perfection surnaturelle de l’amour divin. 

    Saint Paul en a donné une définition : « La charité prend patience, la charité rend service, elle ne jalouse pas, elle ne plastronne pas, elle ne s’enfle pas d’orgueil, elle ne fait rien de laid, elle ne cherche pas son intérêt, elle ne s’irrite pas, elle n’entretient pas de rancune, elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle trouve sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle endure tout. Les trois demeurent : la foi, l’espérance et la charité. Mais la charité est la plus grande. » (I Co 13, 1-7. 13).

    Supérieure à ces deux vertus, elle constitue le « lien de la perfection ». Thomas d'Aquin ira jusqu'à dire qu'elle est la forme suprême de toutes les vertus théologales, commentant un verset de saint Paul ; la foi et l'espérance seraient rendues caduques par le retour de Dieu parmi les hommes, ne laissant de place qu’à l'exercice de la charité : « Maintenant donc demeurent foi, espérance, charité, ces trois choses, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité ».

    Dès le 12ème siècle, dans un monde confronté à l’urbanisation, la charité s’organise en même temps qu’émerge la réalité sociale des pauvres ; l’on distingue dès lors plusieurs catégories de pauvreté. Du point de vue théologique se généralise la notion de pauvreté volontaire (paupertas spontanea), adoptée par les moines dans un souci d’humilité et de vie apostolique. Cette pauvreté volontaire s’inscrit dans une démarche plus large d’imitation du Christ qui entraîne le développement de l’assistance pour une double raison : l’imitation des actes du Christ et la révération (1) des pauvres considérés comme des reflets de l’image de Jésus.

    Ainsi, la charité constitue l’une des questions philosophiques centrales dès le 12ème siècle, puisque Bernard de Clairvaux, Aelred de RiévaulxGuillaume de Saint-ThierryRichard de Saint-Victor ou encore Pierre de Blois y ont consacré d’amples réflexions.

    Cette réflexion théorique aboutit à une classification des œuvres de miséricorde, codifiées au 12ème siècle comme suit : nourrir les affamés, désaltérer les assoiffés, vêtir les démunis, soigner les malades, visiter les prisonniers, enterrer les morts, selon ce que préconise l'Evangile.

    Ces six formes de don charitable représentent un devoir pour chaque chrétien. Cependant le Moyen Âge voit les ordres religieux s’en emparer jusqu'à s’en faire une règle pour certains.

    Ainsi, les Antonins, les Trinitaires, les frères du Saint Esprit et bien entendu les Hospitaliers pratiquent cette charité et la transforment en une pratique d’assistance collective dès le 12ème siècle.

    Représentations de la charité

    • Dans la tradition iconographique chrétienne, l'allégorie de la Charité est souvent celle d'une jeune femme allaitant des nourrissons. Les peintres italiens de la Renaissance représentent également la Charité sous les traits d'une jeune femme donnant le sein à un vieillard décharné. Ils reprennent ainsi le thème de la Charité romaine.
    • Dans la religion catholique, le « Sacré-Cœur » est devenu le symbole de la charité chrétienne issue de Dieu.
    • Dans le rituel maçonnique du 18ème degré, Souverain Prince Rose-Croix, au Rite Écossais Ancien et Accepté (R.E.A.A.), il est fait mention des trois vertus théologales. Le Souverain Prince Rose-Croix porte un bijou en sautoir représentant un pélican nourrissant ses petits, symbole de charité et d'amour.

    Le troisième pilier de l’islam : la charité obligatoire

    La charité, dans la religion islamique, est non seulement recommandée, mais obligatoire pour tout musulman qui est stable financièrement. Donner la charité à ceux qui sont dans le besoin fait partie de la nature du musulman et constitue un des cinq piliers de l’islam.

    La zakat

    La zakat est une « charité obligatoire ». En effet, il est obligatoire, pour ceux que Dieu a comblés de richesses, de venir en aide aux membres de la communauté musulmane qui sont dans le besoin. Certaines personnes, dépourvues de tout sentiment d’amour et de compassion envers autrui, ne savent qu’amasser les richesses et les faire fructifier encore en les prêtant à intérêts. 

    Les enseignements de l’islam sont aux antipodes de ce genre d’attitude. L’islam encourage le partage des richesses et fait en sorte que les gens arrivent à se débrouiller et à devenir des membres productifs de la société.

    En arabe, cette charité obligatoire est connue sous le nom de zakat, qui signifie littéralement « purification », car elle purifie le cœur d’une personne de toute avarice. L’amour des richesses est une chose naturelle et pour qu’une personne consente à se départir d’une partie de ses biens, sa foi en Dieu doit être très ferme.

    La zakat doit être calculée selon la valeur de différentes catégories de biens – or, argent, liquidités, bétail, produits de l’agriculture et marchandises commerciales – et doit être acquittée une fois l’an, au moment où les biens d’une personne ont été en sa possession durant une année complète. Elle équivaut à 2,5% de la totalité des biens d’une personne.

    Comme la prière, qui est une obligation à la fois individuelle et communautaire, la zakat est l’expression de l’adoration et de la gratitude du musulman envers Dieu, qu’il manifeste en aidant ceux qui sont dans le besoin. Dans la religion islamique, c’est à Dieu qu’appartient toute chose et non à l’homme. L’acquisition des biens pour le simple plaisir de les posséder ou dans le but de se sentir important et supérieur est une chose blâmable. L’acquisition des biens n’a aucune valeur aux yeux de Dieu ; l’homme n’en tire aucun mérite, ni dans sa vie terrestre ni dans l’au-delà. L’islam enseigne que les gens doivent acquérir des biens dans l’intention de les dépenser pour leurs propres besoins et ceux des autres.

    Dans l’islam, les richesses sont considérées comme un cadeau de Dieu. Et de ce cadeau, Dieu a réservé une partie pour le pauvre, de sorte qu’à ce dernier revient un droit sur les richesses des plus fortunés. La zakat rappelle donc aux musulmans que tous les biens qu’ils possèdent appartiennent en réalité à Dieu.

    Les biens que Dieu donne à l’homme sont une responsabilité que ce dernier doit savoir gérer, et un des objectifs de la zakat est de libérer les musulmans de leur amour de l’argent. Dieu n’a guère besoin du montant payé en zakat, et ce n’est pas Lui qui le reçoit. Il se situe bien au-delà de ce genre de dépendance.

    Mais, dans Son immense miséricorde, Dieu promet une généreuse récompense à ceux qui aident les gens dans le besoin à la condition que la zakat soit payée avec la pure intention de chercher Sa satisfaction.

    En d’autres termes, la personne qui donne ne doit pas, en retour, exiger ou attendre des faveurs de la part des bénéficiaires de son don, ni chercher à passer pour un philanthrope. Jamais celui qui donne ne doit offenser un bénéficiaire en le faisant sentir inférieur ou en lui rappelant qu’il l’a aidé.

    La zakat ne doit être donnée qu’à certaines catégories de personnes. La loi islamique stipule que les principaux bénéficiaires de la zakat sont les pauvres, les orphelins, les veuves, ceux qui sont endettés. Elle stipule également qu’elle peut servir à libérer des esclaves ou à aider des gens faisant partie d’autres catégories, telles que mentionnées dans le Coran (9:60). La zakat, qui a été établie il y a quatorze siècles, est une forme de sécurité sociale dans les sociétés musulmanes.

    Ni les écritures juives ni les écritures chrétiennes n’encouragent la libération des esclaves en l’élevant au rang d’adoration. En fait, l’islam est l’unique religion au monde qui a encouragé les croyants à financer la libération des esclaves et qui a élevé cet acte au rang d’adoration pour autant qu’il soit fait dans l’intention de plaire à Dieu.

    À l’époque des califats, la collecte et la distribution de la zakat relevait de l’État. Dans le monde musulman contemporain, la zakat a été laissée à la discrétion de chaque individu, sauf dans quelques pays où l’État remplit ce rôle jusqu'à un certain degré.

    La plupart des musulmans, en Occident, acquittent leur zakat par l’intermédiaire d’organismes de charité islamiques ou de mosquées, ou alors simplement en donnant eux-mêmes leur don à une personne dans le besoin. L’argent n’est pas recueilli lors de services religieux ou dans des paniers de dons, mais dans certaines mosquées on retrouve, près de l’entrée, une boîte dans laquelle ceux qui souhaitent acquitter leur zakat par l’intermédiaire de la mosquée peuvent glisser leur don en argent.

    Contrairement à la zakat, il est préférable de donner les autres formes de charité volontaires en privé, ou même secrètement, afin de préserver la pureté de son intention envers Dieu.

    La sadaqah

    En plus de la zakat, le Coran et la Sounnah (paroles et actions du prophète Mohammed) encouragent fortement la sadaqah, qui est une charité volontaire envers les pauvres. Le Coran encourage les croyants à nourrir le pauvre, à procurer des vêtements à ceux qui en ont besoin, à aider ceux qui sont dans le besoin, et plus une personne aide les autres, plus Dieu aide cette personne ; et plus une personne donne en charité, plus Dieu comble cette personne de bienfaits. Lorsqu'une personne prend soin des autres, Dieu prend soin d’elle.

    L'idée de charité dans la religion juive

    Dans l'actualité si trouble et si troublée, de contestation et de totale négation de tant d'idées et d'idéaux, la morale se doit d'évoquer les valeurs permanentes de la religion, celles du Judaïsme surtout. L'histoire de la médecine, celle de l'hygiène et de la santé publique, comme la sociologie morale, ne saurait aucunement faire abstraction ni de la Bible ni de la littérature post-biblique, pour tout ce qui concerne l'idée de l'amour du prochain et la pratique de l'assistance sociale.

    Dans le Judaïsme, il n'est guère possible d'interpréter un texte quelconque ou une simple tradition rapportée à la Bible, sans l'aide de la littérature talmudique qui en constitue, en quelque sorte, le développement exégétique. Ainsi le précepte de la charité se trouve-t-il implicitement dans la vie exemplaire des Patriarches, de même que la Loi mosaïque le contient explicitement, que les Prophètes et certains Hagiographes l'élèvent au sommet de l'éthique religieuse.

    Le libérateur et législateur d'Israël proclame les attributs de l'Eternel, en mettant en tête justement la charité divine. Le Code de la Mischna n'hésite pas à mettre les devoirs envers le prochain humain avant les devoirs envers Dieu.

    La charité, dans le sens que l'histoire des religions lui donne, s'appelle d'abord, dans la Bible hébraïque, « hessed » ; mais l'acception théologique de Caritas, charité, vient d'ailleurs, notamment de la langue juive populaire de l'époque talmudique, c'est-à-dire, du judéo-araméen.

    Le vocabulaire de la langue hébraïque est riche en synonymes pour désigner la charité pratique. Mais le Judaïsme en a retenu surtout deux termes : la « Gemilut-Hassadim » et, plus encore, la « Zedaka », acte de justice. La charité se présente comme une sorte d'antinomie si le Hessed est facultatif, la Zedaka est obligatoire.

    Le Hessed avec ses multiples acceptions appartient essentiellement au domaine de la Bible tandis que la Zedaka, bien qu'étant également un mot de l'hébreu biblique, et même dans le sens des « bonnes œuvres », c'est surtout dans la littérature talmudique, et depuis cette littérature, dans celle des cabbalistes et des auteurs rabbiniques, que le langage juif l'emploie dans le sens de «charité».

    Faire de l'aumône, contribuer aux œuvres de bienfaisance, pratiquer la « Zedaka ». Et la «Zedaka » n'est que la Justice. C'est la forme au féminin de « Zedek », toujours justice, équité, mais cette forme au masculin représente étymologiquement la justice distributive, surtout par la magistrature, par l'autorité, et aussi par l'individu qui se conforme à la discipline de la Loi ; tandis que la Zedaka est la justice réparatrice des injustices naturelles, sociales ou judiciaires, justice spontanée et gratuite et d'autant plus méritoire sous le rapport de l'éthique religieuse.

    La charité, un concept ambigü

    Dans le langage courant contemporain, le mot charité est à utiliser avec précaution car, selon certaines sensibilités, il peut être chargé de significations dérivées, éloignées du concept initial :

    • la charité est parfois considérée comme obligatoirement liée à une pratique religieuse, ce qui a pour effet de rendre l'utilisation du mot délicate dans le contexte des sociétés francophones contemporaines laïques ;
    • la charité est également perçue, dans certains contextes, comme une relation inégale impliquant une situation humiliante pour la personne aidée, et non comme un comportement social réellement bienveillant et utile.

    Ces dérives de sens ont entraîné d'importantes restrictions d'usage du mot charité, qui a notamment disparu du vocabulaire administratif où il est remplacé par des notions alternatives jugées plus neutres comme solidaritéaction sociale, et qui est même souvent utilisé avec une connotation péjorative dans le discours public.

    On entend souvent dire que la solidarité, c'est la charité laïque. 

    De fait, la solidarité a été construite comme substitut moderne de la charité chrétienne.

    Charité bien ordonnée commence par soi-même

    L’adage populaire ne dit-il pas : « Charité bien ordonnée commence par soi-même » ?

    L’analyse intérieure, c’est le « Aime-toi » ; mais pour s’aimer, la condition nécessaire est de se connaître. C’est le « connais-toi toi-même ». Nous voilà de retour dans le Cabinet de réflexion… En effet, comment aimer l’Autre comme soi-même si on ne commence pas par s’aimer soi-même ?

    Cette étape d’introspection franchie, qui nécessite souvent toute une vie initiatique, l’Amour du proche, du parent, de l’ami, est à portée du cœur et de la raison. Nous aimons très naturellement ceux qui nous entourent sinon nous nous serions éloignés d’eux…

    On entend parfois des commentaires désabusés de ce proverbe. Ainsi : « Si tout le monde commence par s’occuper de lui-même, il n’y aura plus personne pour s’occuper des autres. »

    En réalité, ce commentaire sarcastique n’a pas saisi la portée de ce proverbe plein de sagesse. De quoi s’agit-il ?

    Ce proverbe signifie que la manière dont je m’occupe de moi n’est pas sans influence sur la manière dont je m’occupe des autres. Le terme de charité est une autre façon de parler de l’amour.

    Nous pourrions reformuler le proverbe sous forme de question : comment aimer les autres si je ne m’aime pas moi-même ? Comment assurer les comptes d’une entreprise si je me perds dans les miens ? Comment conseiller la vie conjugale des autres si ma vie affective est une longue suite d’échecs ?

    Dans la Bible on trouve cette sagesse toute simple lorsque saint Paul conseille son ami Timothée pour le choix des futurs responsables des communautés chrétiennes : qu’il soit l’époux d’une seule femme ; qu’il élève bien ses enfants ; qu’il soit sobre. Comment, en effet, être responsable de la famille des chrétiens si l’on ne peut être responsable de soi-même et de sa propre famille ?

    On fustige aussi parfois ce proverbe en l’accusant de cultiver l’égoïsme. Deux remarques s’imposent ici : s’aimer soi-même est une bonne chose. Combien de personnes souffrent de ne s’être jamais pardonné telle ou telle action. De plus, s’aimer ne veut pas dire s’adorer ou s’idolâtrer. Si je m’aime vraiment, alors cet amour doit me conduire à me sortir de moi-même car « il n’est pas bon que l’homme soit seul ».

    Une autre remarque porte sur la fin du proverbe : dire que charité bien ordonnée commence par soi-même, ne signifie pas qu’elle s’arrête à soi-même. Bien au contraire, si elle est bien ordonnée, elle doit me conduire au-delà de moi-même.

    Mais il peut y avoir un usage excessif de ce proverbe.

    En effet, combien de personnes attendent d’être parfaitement à l’aise avec elle-même pour s’autoriser de s’ouvrir aux autres au risque de ne jamais y parvenir. S’aimer soi-même ne signifie pas se rendre parfait et fort pour pouvoir aider ensuite les autres. S’aimer soi-même consiste avant tout à s’accepter avec ses misères petites ou grandes et à avoir un peu d’humour sur soi. C’est d’ailleurs ces dernières qui nous donneront la discrétion et l’humilité nécessaires à tout exercice de la charité.

    Charité et Franc-maçonnerie

    Au début de cette planche, j’évoquais les sommes peu élevées, recueillies via le Tronc de Bienfaisance. Je ne suis pas certain que nos plus jeunes Frères connaissent bien l’objectif poursuivi lorsque circule ce Tronc de Solidarité en fin de Tenue. C’est pourquoi je voudrais rappeler ici l’essentiel.

    Les Francs-maçons ont, pour s’exprimer, des mots et des expressions spécifiques. 

    Ainsi, « Tronc de Bienfaisance », « Tronc de la Veuve » ou « Tronc de Solidarité » désignent le Tronc destiné à recevoir l’obole des Frères à la fin de chaque Tenue pour les œuvres d’entraide. Traditionnellement, à la fin de chacune de nos réunions, l'Hospitalier fait circuler une aumônière destinée à recueillir des oboles. Ce « tronc » peut circuler ou être présenté à la sortie de la Loge.

    Pratiquer la charité en Loge, c’est aussi faire œuvre d’assistance fraternelle ou pratiquer la bienfaisance maçonnique. Elle est représentée dans chaque Loge par un Frère appelé « Hospitalier » qui joue un rôle essentiel dans notre vie maçonnique.

    Ce Frère doit être à l'écoute de toutes les formes de détresses auxquelles les Frères sont confrontés dans leur vie quotidienne et s'efforcer de les résoudre, que celles-ci soient d'ordre moral, médical, matériel, familial ou autre... Il doit également aider les veuves, afin qu'elles ne sentent pas abandonnées.

    Le Frère (Aumonier) – Hospitalier a donc la responsabilité des devoirs de charité et de philanthropie de la Loge. Il s’enquiert des besoins et détresses des Frères et des membres de leurs familles et, de concert avec le Vénérable Maître et le Trésorier, distribue les aumônes de la Loge.

    D’un point de vue pratique, il peut y avoir des différences d’une Loge à l’autre. Mais généralement, les dons déposés dans le Tronc de Solidarité (ou de Bienfaisance) sont comptabilisés séparément par le Frère Trésorier et peuvent être, sur l'ordre du Vénérable Maître, mis à la disposition du Frère Hospitalier pour les besoins de sa charge.

    Le montant recueilli est destiné aux Frères dans le besoin. Ce n’est pas une aumône, ce n’est que le devoir de solidarité et de fraternité de tout Franc-Maçon qui s’enrichit spirituellement en même temps qu’il offre sa charité et son amour.

    Chaque année, lors de la Tenue administrative, le Frère Trésorier présente à l'approbation de la Loge les comptes de l’année civile écoulée et, séparément, la situation financière du Tronc de Solidarité.

    Au R.E.A.A., le « Tronc de la Veuve » (appellation officielle équivalant à « Bienfaisance » ou « Solidarité ») doit en principe venir en aide à tout Frère qui le réclamerait en fin de Tenue. Le rituel de Fermeture des Travaux prévoit un questionnement explicite du Vénérable Maître :

    « L’UN D'ENTRE VOUS RÉCLAME-T-IL LE TRONC DE LA VEUVE ? »

    Les Colonnes restent généralement silencieuses.

    Personnellement, je pense que ceci relève du symbolisme.

    Mais j’imagine que si le Frère Hospitalier et/ou le Vénérable Maître apprennent qu’un Frère, membre de la Loge, est en difficulté, un moyen sera trouvé pour que les Frères soient invités à se montrer bien plus généreux que d’habitude, de sorte que si le Vénérable Maître l’invite discrètement à réclamer le contenu du Tronc, le Frère concerné ne devrait y trouver que des billets et les plus grandes de nos pièces de monnaie !

    Dans certaines Loges, sur décision conjointe du Vénérable Maître et du Frère Hospitalier, une somme peut être dégagée du compte particulier de solidarité, notamment lorsque l’Obédience sollicite chaque Loge pour contribuer à son action philanthropique envers certains organismes sociaux.

    Dans le Règlement particulier d’une Loge, j’ai trouvé la disposition suivante : « Si l'urgence de la situation l'exige, le Tronc de Bienfaisance peut être utilisé par la Loge à des fins autres que philanthro­piques. La décision est prise par la C\O\D\ mais est soumise au vote de la Chambre du Milieu ».

    Entre gens bien, la générosité doit demeurer discrète !

    « Donner avec ostentation, disait Pierre Dac, ce n'est pas très joli, mais ne rien donner avec discrétion, ça ne vaut guère mieux ! »

    Il est juste d’insister sur la discrétion du don. Affirmer celui-ci ne serait-il pas le pervertir au profit de son ego ? Tout engagement solidaire, même ponctuel, publié à la criée apparaît suspect !

    Mais qu’en est-il de nos actions de solidarité de Franc-maçon ?

    Le « Tronc de la Veuve » est là pour nous rappeler cette exigence, à chaque Tenue et à chaque séance. Contribution sonnante et trébuchante, contribution anonyme. Encore faudrait-il que les Loges ne capitalisent pas leurs deniers mais osent les distribuer sans peur du lendemain !

    Quelques mots encore à propos du rôle du Frère Hospitalier.

    Aux Rites « Rectifié » et « Émulation », il est appelé « Elémosinaire » (du latin aumône) et parfois aussi « Aumônier ». 

    Ne devrions-nous pas tous être des Hospitaliers en puissance ?

    En effet, parmi les valeurs que nous prônons en Franc-maçonnerie, il y a celle de fraternité et de solidarité. Certes la fraternité peut se comprendre par un partage de notre démarche intellectuelle et initiatique, mais il n'en est pas moins vrai que notre parcours s'effectue dans un cadre collectif, et que cette collectivité peut difficilement se concevoir sans une forme de solidarité entre Frères. Il me semble de même évident que cette solidarité ne peut se manifester que dans l'acte de fraternité.

    Chez nous, Francs-maçons de toutes obédiences, ce que nous appelons « charité » c’est l’amour du prochain, l’amour d’autrui. Il ne s’agit donc pas ici de l’aumône ou de l’entraide envers les autres même si les oboles versées au Tronc de la Veuve ressemblent à s’y méprendre aux oboles que nous pourrions donner lors d’une quête dominicale ! Dans ce sens, verser son obole, faire la charité est certainement plus facile à l’égard des êtres que nous ne connaissons pas plutôt qu’à l’égard d’un proche !

    Faire la charité au sens d’apporter son obole nous donne souvent bonne conscience. Nous avons fait preuve de bienfaisance et nous en sommes satisfaits tout comme le boy-scout est content d’avoir fait sa bonne action quotidienne ! A cet égard, il est certes bien plus difficile de faire l’aumône à un proche dans le besoin car ce proche peut juger nos actes de générosité à leur juste valeur contrairement à l’inconnu que l’on pense soulager en lui donnant quelques pièces.

    La charité est-elle, pour le Franc-maçon, vertu ou faiblesse?

    La charité est un lien spirituel moral qui pousse à aimer de manière désintéressée ou encore l’amour des hommes considéré comme des semblables ou encore tout simplement « humanité », « philanthropie ».

    Le propre de la charité ainsi que de l’amitié, c’est d’être gratuite.

    Pascal, dans les « Pensées », dit que « la charité est à la fois transcendante (en tant qu’amour de Dieu pour l’homme) et immanente (en tant qu’amour des hommes pour les hommes) redonnant ainsi et en partie à cette vertu la résonance humaniste que la religion avait mise sous le boisseau jusqu'au siècle des lumières, époque où la libération des idées ainsi que l’évolution sémantique a fait que ce mot, dans le monde profane, voit un affaiblissement du sens transcendantal et un renforcement du sens immanent ou social ».

    Il suffit, pour s’en convaincre de consulter les éditions successives du « Dictionnaire de l’Académie Française » où l’on constate que, dans les éditions modernes, l’article consacré à la charité est plus court et plus sommaire que dans les éditions anciennes et que le sens théologique de la charité à savoir « amour de dieu pour ses créatures » disparaît au profit du sens social qui est le don, l’aumône.

    Ou encore les définitions qui se déclinent en fonction de l’éditeur par « acte de bonté envers autrui » ou bien « vertu consistant à vouloir le bien d’autrui. »

    De cet acte de charité étant explicitement résolu dans ces différentes définitions qu’il soit désigné par « créature » ou par « autrui » se pose alors le questionnement du vouloir et du comment dispenser le bien ou faire acte de bonté.

    Étant bien entendu que le vouloir et le comment sont étroitement liés et que pour le Franc-maçon la charité ne se limite pas à l’aumône ou la bienfaisance, mais y englobe ces liens de fraternité, d’altruisme et d’amour qui font que nous sommes toujours heureux de nous retrouver.

    Je voudrais également évoquer « la philanthropie » que nous définissons comme une générosité désintéressée. Elle doit aujourd’hui nous interpeller car nous assistons à un glissement idéologique remettant en cause son sens premier à travers la création de fondations qu’elles soient d’Etat ou d’entreprises. Fondations dont le but inavoué est de favoriser le remplacement d’une société solidaire qui nous est chère par une société distributive de charité dans son expression la plus humiliante pour une grande partie de l’humanité.

    Et c’est au travers de cette charité que l’on peut en déceler les faiblesses.

    Alors, avant de développer cette lente transformation programmée de la vie en commun, essayons de répondre à travers la générosité au vouloir et au comment indiqués plus haut.

    La générosité

    Lorsque j’évoque la générosité, instantanément mon esprit se focalise sur l’action de donner.

    Alors s’installe en moi comme un malaise alors que l’action de donner, si elle est désintéressée, est un des éléments essentiels de cet amour du genre humain qui fonde l’action maçonnique.

    Je dis bien un des éléments car comme il ne peut y avoir de droits sans devoirs la contrepartie de l’action de donner est l’action recevoir.

    Et comme l’action de donner, il est essentiel, pour un Franc-maçon, de savoir recevoir, avec humilité, sans gêne ni honte.

    Et ainsi savoir donner et recevoir renforcent les liens de fraternité et participent à l’élaboration de cet égrégore si nécessaire en Loge au bon équilibre de chacun.

    Mais qu’en est-il de l’acte de donner dans le monde profane ? Quelle est la motivation de chacun ? Est ce un besoin ? Est ce un manque ? Et que donne -t-on ?

    Il y a des « donneurs » invétérés, tellement tournés sur eux-mêmes qu’il leur importe peu de savoir si le bénéficiaire « reçoit » ou « refuse » car pour lui seul importe son besoin de donner afin de se donner bonne conscience ou satisfaire un égo glouton. Cela est faiblesse !

    De cela il découle, pour nous, Francs-maçons, qu’Il est impératif , avant de vouloir apporter à l’autre, de prendre conscience des sentiments qui nous animent afin, si cela est nécessaire, de les surmonter et de faire une réelle offrande.

    Il faut donc réaliser que le don véritable commence par soi-même (Polir sa pierre brute) ou encore « connais-toi toi-même » afin de se débarrasser de ces passions négatives qui empêchent de regarder l’autre avec amour.

    La véritable générosité devient ainsi invisible, circule entre les êtres, pauvres ou riches, sans signes extérieurs, gratuite et spontanée, désintéressée, en se traduisant dans l’acte par son caractère intimiste, ni vu ni entendu mais dans l’ombre et le silence, entre soi et l’absolu. C’est dans cette unique condition que se vit la pure générosité qui est charité. Cela est vertu !

    Dans ce sens, générosité est synonyme de l’intelligence du cœur, car elle fait agir non pas en fonction de telle ou telle chose, mais en harmonie avec les seules exigences de l’amour, de la volonté et de la fraternité.

    La volonté, car c’est bien par elle et elle seule que se construit la générosité. Être généreux, c’est se vouloir libre de bien agir et agir comme tel. Ainsi libéré de ses affects, le Franc-maçon, maître de lui, n’a pas besoin de se chercher des excuses. La volonté lui suffit.

    Il était donc nécessaire de faire une incursion à travers la générosité pour ne pas oublier qu’elle seule triomphe quand la volonté est en cause et qu’à l’instar de l’amour, ou de l’amitié, elle seule se soumet à notre vouloir.

    En cela, Spinoza nous dit « que la générosité est un désir par lequel un individu, à partir du seul commandement de la raison, s’efforce d’assister les autres hommes et d’établir entre eux un lien d’amitié ».

    Remarquons que la générosité, comme pour toutes les vertus, est plurielle, dans son contenu, comme dans les noms qu’on lui prête qui servent à la désigner. Jointe au courage, elle peut être héroïsme. Jointe à la justice, elle se fait équité. Jointe à la compassion, elle devient bienveillance. Jointe à la miséricorde, la voilà indulgence. Jointe à la douceur, elle s’appelle bonté. Mais son plus beau nom est son secret que chacun connait : jointe à la tendresse, elle devient Amour ».

    Pour nous, Francs-Maçons, « être charitable » n’est pas synonyme de « faire la charité ». « Etre charitable », c’est aimer son prochain comme soi-même. Ce n’est pas simplement une des trois vertus théologales mais une vertu qui doit être la Vertu primordiale de l’altruiste, de l’humaniste, en un mot, du Franc-maçon que nous nous sommes engagés à devenir.

    Il est bien plus facile d’être charitable avec son proche qu’avec son prochain mais devenir charitable au sens premier du terme, au sens noble du terme, c’est avoir l’esprit chevaleresque. C’est le combat de toute une vie, un combat pour l’Amour de soi et l’Amour des autres.

    En guise de conclusion provisoire…

    Au cours du 20ème siècle, à mesure que se mettait en place un certain nombre de nos lois sociales, le mot « charité » s'est transformé en synonyme de condescendance, de complaisance et même d'hypocrisie. Et alors qu'il devenait plus convenable que les aveugles soient des non-voyants, les sourds des malentendants et les infirmes, des personnes à mobilité réduite, au mot charité s'est substitué celui de solidarité. Si l'abandon d'une désignation usuelle au profit d'un euphémisme a pour conséquence d'en adoucir l'écoute, elle n'en modifie pas pour autant la problématique.

    Or, la problématique aujourd'hui, c'est qu'une population importante survit en France, en Belgique, en Europe et dans le monde grâce à la charité, qu'il s'agisse de charité indirecte organisée par le milieu associatif ou celle, directe, qui répond à la mendicité.

    Des associations de tous bords se multiplient pour venir en aide aux pauvres de la planète, aux enfants malades, à ceux qui ne sont pas scolarisés, aux handicapés, aux lépreux et j'en passe. Désormais, il ne nous est plus possible, même si on le veut, d'ignorer la misère du monde. Et contrairement aux dames patronnesses des siècles passés qui ne connaissaient de pauvres que ceux de leur paroisse et mettaient à bon compte leur conscience en repos, nous ne pouvons plus, du fait de l'hyper médiatisation, ignorer la pauvreté à l'échelle planétaire. Et quoique nous fassions de charitable ou de solidaire, nous ne sommes plus qu'en mesure de constater l'inépuisable insuffisance de nos actions.

    On peut dire, au mieux, que l'aide humanitaire rend la misère plus tolérable à notre conscience.

    Qu'il soit en fait question de solidarité ou de charité, il est clair que toutes deux ont évolué considérablement. Mais si on peut être solidaire sans le savoir on n'est jamais charitable sans le vouloir, ce qui signifie qu'on peut très bien, pour s'exonérer de la charité, se donner bonne conscience avec la solidarité, sous prétexte qu'on a « déjà donné ».

    Mais peut-être faut-il tout simplement cesser de se demander ce qu'il vaut mieux être, charitable ou solidaire, et laisser ce genre de questionnement pour le jour improbable où la misère ne sera plus. En attendant, soyons solidaires ou charitables ou les deux à la fois, mais faisons ce que nous pouvons, le terrain de la pauvreté est suffisamment vaste.

    La charité telle que je la conçois n'est pas seulement une façon de faire, c'est une façon d'être. Si à une époque on pouvait se croire charitable parce qu'on faisait la charité, cela n'induisait pas nécessairement le principe de charité et, à cause de cela, il ne fut pas difficile de mettre la charité au ban de notre vocabulaire.

    Je conclurai en disant que si la charité n'est pas en nous, elle n'est pas ! Et, pour nous Francs-maçons, elle doit être beaucoup plus qu'un devoir : une éthique. Elle doit se situer bien au-dessus et aller bien au-delà de la générosité et de la solidarité qui ne sont que des réponses à des situations ponctuelles, elle est une obligation morale, une exigence du cœur et de la raison.

    Pour moi, il s'agit d'un principe transcendant, capable de faire de nous des êtres ouverts et tolérants aux autres. C'est une force que nous devrions faire naître et préserver en nous afin d'établir et de consolider la chaîne qui nous relie à nos frères humains pour que chacun sache que si nous savions faire vivre la charité, aucun d'entre nous ne serait plus jamais seul.

    R:. F:. A. B.

     

    (1) Traiter avec le plus profond respect, montrer une grande révérence pour quelqu'un ou quelque chose. Révérer des écrivains, ses maîtres, des philosophes; révérer la liberté, l'action, le courage.

     

    Bibliographie

    Rituel d’Initiation -  Rite Moderne Belge - G.L.R.B.

     

    Lallemand L. - Histoire de la charité

    III : le Moyen Âge

    Paris, 1906

     

    Lenoble C. - L'exercice de la pauvreté

    Presses Universitaires de Rennes, 2013

     


    votre commentaire
  • * L'humilité

    Introduction

    C’est avec joie que je viens vous proposer cette planche que j’ai souhaité consacrer à l’humilité. Les propos que je tiendrai ici n’engagent que moi. Ce sujet, malgré ce titre court, est très vaste et je n’ai pas la prétention de le couvrir totalement par le biais de cette recherche. Je vous remercie d’accepter cette humble contribution et c’est avec plaisir que j’accepterai vos réflexions et réactions.

    « L’humilité est le fondement et la gardienne de toutes les vertus ». C’est saint Bernard qui s’exprime ainsi avec raison. Sans humilité, en effet, aucune autre vertu ne peut s’exprimer.

    En prêtant serment le jour de notre Initiation, nous avons promis, d’une manière ou d’une autre, de nous efforcer de donner l’exemple de toutes les vertus, sacrifiant par avance tout vain désir d’honneur, toute ambition et toute vanité. Et cela non par orgueil stérile mais dans le seul but d’inspirer à tous le désir de les acquérir.

    Dès lors, l’humilité me semble à la base de tout l’apprentissage maçonnique.

    Mais comment vit-on l’humilité en Franc-maçonnerie ?

    En sollicitant notre adhésion à la Franc-maçonnerie, nous nous sommes adressés à des inconnus à qui nous avons expédié une lettre de candidature comprenant nos motivations sincères. Cette démarche nous a mis à nu puisque nous y avons relaté des éléments intimes. Ce faisant, il nous a fallu faire preuve d’humilité pour dévoiler des pans de notre vie que nous avons parfois mis des années à enfouir.

    Pour peu que n’ayons pas ressenti cette humilité, le feu croisé des questions des enquêteurs et l’interrogatoire sous le bandeau nous y a certainement ramené, car c’est ainsi que nous avons accepté d’être jugé et observé par des personnes que nous ne voyions pas et dont nous ne maîtrisions pas les réactions.

    Pour aborder ce concept d’humilité et tenter de mieux le comprendre, je vais commencer par le définir.

    Humilité : essais de définition

    L’humilité est un sentiment, un état d'esprit de quelqu'un qui a conscience de ses insuffisances, de ses faiblesses et qui est porté à rabaisser ses propres mérites.

    Selon d’autres sources, nous pouvons aussi dire que l’humilité est le caractère de quelqu'un d'humble, de modeste et sans prestige.

    L'origine latine du mot « humilité » peut nous aider à nous débarrasser d'une fausse idée de l'humilité. En effet, le mot « humilité » vient du latin humus qui se traduit par « terre, sol ». L’humilité est généralement considérée comme le trait de caractère d'un individu qui se voit de façon réaliste.

    L'humilité est la vertu qui s'oppose à l'orgueil, à la suffisance ou à l'arrogance. La personne humble est celle qui reconnaît ses limites et ses fragilités.

    L'humilité s'oppose aussi à toutes les visions déformées qui peuvent être perçues de soi-même (égocentrisme, narcissisme, dégoût de soi), visions qui peuvent relever de la pathologie à partir d'une certaine intensité.

    L'humilité n'est pas une qualité innée chez les humains ; il est communément considéré qu'elle s'acquiert avec le temps et le vécu et qu'elle va de pair avec une maturité affective ou spirituelle. Elle s'apparente à une prise de conscience de sa condition et de sa place au milieu des autres et de l'univers.

    L'humilité n'est pas forcément liée à la manière dont un individu se montre aux autres. Ainsi, la modestie n'est pas une forme d'humilité mais plutôt une « démonstration » d'humilité que peut tout à fait réaliser une personne dépourvue d'humilité.

    De même, la fierté n'est pas incompatible avec l'humilité : un individu peut être fier de lui pour ce qu'il a réalisé, justement parce qu'il possède assez d'humilité pour prendre conscience qu'il a fait beaucoup pour ce qu'il est. Par opposition, c'est souvent par manque d'humilité qu'un individu se dévalorise, en sous-estimant ses propres capacités et donc en considérant ses réalisations comme médiocres.

    L’humilité est la disposition qui consiste à s'abaisser volontairement (à faire telle ou telle chose) en réprimant tout mouvement d'orgueil par sentiment de sa propre faiblesse.

    L’humilité est la forme la plus aboutie de la connaissance de soi. Elle suppose une perception claire et lucide de ce l’on est réellement et de la place qu’on occupe dans le monde. Elle suppose de poser sur soi un regard neutre voire distancié : l’humilité, c’est aussi la capacité de se regarder avec humour.

    Tentons une description de l’humilité.

    L'humilité peut signifier plusieurs choses :

    • le sentiment de ne pas être grand-chose, d'être petit par rapport au monde qui nous entoure ;
    • une attitude par laquelle on ne se place pas au-dessus des choses ou des autres et par laquelle on respecte ce dont la providence nous a gratifié.

    L'humilité est à distinguer de la « fausse modestie ». Cette dernière feint l'humilité afin d'attirer parfois encore plus de compliments. L'humilité consiste, sans méconnaître ses qualités, à admettre que l'on n'y est en fin de compte pas forcément soi-même pour grand-chose.

    Un contexte religieux peut éventuellement nous aider à mieux comprendre ce qu’est l’humilité.

    L'humilité est essentielle en effet dans la plupart des religions. Les grandes religions monothéistes considèrent l'humilité des personnes comme une valeur essentielle à la recherche de la sainteté et de la cohésion sociale.

    Ainsi, pour les Chrétiens Orthodoxes, « l’humilité n'est pas une vertu qui s'ajoute : c'est l'attitude foncière de l'âme sainte qui se voit dans la présence de Dieu, qui voit sa petitesse et sa faiblesse à elle et sa grandeur à Lui.

    Cette humilité est constamment inculquée, avec insistance, avec force, par tout l'enseignement moral et spirituel de l'Église orthodoxe. C'est elle qui resplendit avec tant de rayonnement, jointe à la douceur, la simplicité, la bienveillance et l'esprit de mesure et d'équilibre spirituel, sur le visage des pères du désert et dans la personnalité des grands saints et justes de l'Église russe ».

    L'humilité chrétienne quant à elle est cette qualité d'ouverture qui permet au croyant d'accueillir la Parole de Dieu avec joie, comme une semence qui donne à sa vie une dimension nouvelle.

    Être humble, c'est reconnaître que nous ne détenons pas tous les éléments qui répondent à notre recherche du sens de la vie. C'est accepter que Dieu soit celui qui apporte cette réponse par le don de son Fils. Être humble, c'est reconnaître que ce que nous sommes est l'œuvre de l'amour de Dieu et de l'accueil de l'Évangile.

    L'humilité assure alors la fécondité de notre vie puisque la Parole de Dieu ne peut y être semée sans la transformer et lui faire porter des fruits de foi, d'espérance et d'amour, de bonté, de paix et de miséricorde.

    L’humilité est une vertu chrétienne incontestée.

    On appelle souvent les chrétiens à l’humilité. Mais cela implique-t-il d’être humilié et dévalorisé? La confusion entre humilité et humiliation vient peut-être de notre volonté de suivre l’exemple du Christ. D’un côté, le chrétien est appelé à se revêtir de la même humilité, celle qu’il a incarnée depuis la crèche jusqu'à la croix. De l’autre côté, Jésus, sur la croix, a également été humilié et rabaissé. Et nous, alors? Il n’est pas inutile de redéfinir les mots... 

    Évitons donc certaines confusions au sujet de l’humilité :

    1. Il ne faut pas confondre « humilité » et « haine de soi » : dans la haine de soi, on refuse sa propre existence, alors que dans l'humilité, on accepte pleinement l'existence dans son ensemble.
    1. Le mot « humiliation » peut prêter à confusion. Humilier une personne, c'est, étymologiquement parlant, vouloir la rendre plus humble. Toutefois, dans l'acception populaire, il s'agit en fait de la déconsidérer publiquement. Ceci a généralement un impact inverse puisque l'humiliation suscite le plus souvent un désir de vengeance ou de revanche et attise ainsi l'orgueil de la personne humiliée.

    L’humilité, une juste opinion de soi-même.

    Etre humble, ce n’est pas être effacé et modeste.

    L'introverti peut être d’une grande vanité et rien de plus hypocrite que le faux modeste qui refuse les vraies responsabilités. La personne humble, par contre, a une juste opinion d’elle-même.

    La traversée du désert devait imprimer dans le cœur du peuple d’Israël cette vérité qui n’est décelable réellement que dans la mise à l’épreuve. L’épreuve est d’ailleurs une confrontation avec soi-même. Cette humilité nécessairement reconnue dans la difficulté ouvre une porte magnifique, celle de la grâce de Dieu : « Dieu résiste aux orgueilleux, mais il accorde sa grâce aux humbles » (1 Pi. 5, 5).

    L’humilité ouvre la porte à la force divine.

    Là où l’orgueilleux, satisfait de lui-même, ne cherche pas le recours ni le secours de Dieu, la personne humble, elle, laisse se manifester en elle la présence et la puissance de Dieu. Dans cette même logique, l’apôtre Paul peut déclarer qu’il est fort quand il est faible, c’est-à-dire humble, puisqu'il dépend alors totalement de Dieu qu’il laisse agir en lui. Par conséquent, l’humble peut parler avec autorité et ne pas être dans l’effacement.

    Analyse d’une explication de Pascal

    « Ainsi il avait une double pensée : l’une par laquelle il agissait en roi, l’autre par laquelle il reconnaissait son état véritable, et que ce n’était que le hasard qui l’avait mis en la place où il était. (…) C’était par la première qu’il traitait avec le peuple, et par la dernière qu’il traitait avec soi-même ».

    Pascal

    L’humilité peut également se définir comme le point d’articulation entre les deux modes du moi (psychosocial et métaphysique) : c’est reconnaître ma condition métaphysique (le « je ne suis rien ») alors même que je suis dans l’interaction sociale, au milieu des autres, comme les autres. J’ai conscience de mon insignifiance, alors même que je fais ce que j’ai à faire, qu’au besoin je défends mes droits et que je me fais respecter, portant à chaque instant en moi cette « double pensée » dont parle Pascal.

    On confond souvent l’humilité avec la modestie, qui n’en est que la manifestation extérieure, une vertu sociale. Mais être humble ne se limite pas à se montrer aimable, poli ou discret sur ses succès. L’humilité est une vertu qui se situe en amont de ces qualités. On peut très bien être humble intérieurement tout en étant capable de « tenir son rang » socialement et de faire preuve d’autorité si la situation l’exige ; comme on peut très bien se montrer modeste et respectueux à l’extérieur tout en se sentant très supérieur intérieurement.

    « L’humilité », disait La Rochefoucauld, « est un artifice de l’orgueil qui s’abaisse pour s’élever ; et bien qu’il se transforme en mille manières, il n’est jamais mieux déguisé et plus capable de tromper que lorsqu'il se cache sous la figure de l’humilité ».

    Rien de plus vrai, mais seulement si l’on réduit l’humilité au rang de vertu sociale. L’humilité qui nous occupe ici est d’un autre ordre. C’est un état d’esprit intérieur, un travail sur la pensée qui peut se manifester – ou non – par une attitude modeste à l’extérieur, selon le contexte.

    L’humilité est un sentiment qui consiste d’une part à prendre conscience de ce que nous sommes et du fait que nous ne sommes pas grand-chose, et d’autre part à nous accepter comme tel. Elle est en ce sens une condition indispensable à la fois à notre bien-être psychique (on ne se sent bien que si on apprend à s’accepter) et à notre progression éthique (on s’éloigne de l’image mensongère que l’ego cherche à donner de lui-même et l’on a de soi une perception plus proche de la vérité).

    Il est souvent très instructif, pour définir un terme, de faire un détour par son contraire. Or, le contraire de l’humilité, c’est l’orgueil.

    L’orgueil consubstantiel

    Si l’humilité est une qualité indissociable de la connaissance de soi, alors l’orgueil est synonyme d’ignorance et d’illusion par rapport à soi. L’orgueil, ce serait donc l’ignorance ou le mensonge.

    Creusons un peu ce lien visiblement étroit entre humilité, connaissance et vérité.

    On dit souvent des très grands savants qu’ils sont aussi les plus humbles. Pourquoi ? Parce qu’il paraît évident qu’un grand physicien, par exemple, ne songera jamais à se vanter de ce qu’il connaît en physique. Ses connaissances lui permettent d’avoir sur le champ de la science actuelle un point de vue suffisamment éclairé pour percevoir l’immensité de tout ce qui lui reste à découvrir. Il est donc humble, humble par rapport à ce qu’il ne sait pas et que ses connaissances – bien réelles – lui ont permis de toucher de près. Selon la formule consacrée, il sait qu’il ne sait pas.

    Prenons maintenant l’exemple d’un étudiant en troisième année de physique. Il a commencé à pénétrer quelques-unes des lois fondamentales qui régissent le monde naturel et ces deux ou trois connaissances suffisent à remplir le champ étroit de sa perception. Enivré et comme gonflé par cette sensation, il a l’impression d’avoir compris le secret de l’univers sans avoir pris conscience, encore, de tout ce qu’il lui reste à apprendre.

    L’orgueil est donc le fruit de l’ignorance. C’est une énergie qui, se fondant sur la méconnaissance où nous sommes de nous-même, nous pousse à construire de nous une image dilatée et mensongère que nous appellerons l’ego illusoire. Ce malheureux orgueilleux à l’ego bouffi, c’est chacun d’entre nous. Car l’orgueil dont il s’agit ici n’est pas une particularité psychique que l’on trouverait chez certaines personnes tandis que d’autres en seraient dépourvues (comme on peut dire de certains qu’ils sont colériques ou paresseux tandis que d’autres sont calmes ou travailleurs…). Il ne s’agit pas non plus de la vanité ou de l’arrogance qui ne sont que des manifestations extérieures et particulièrement évidentes d’un état intérieur et souvent caché.

    L’orgueil nous imbibe si totalement que nous n’en sommes pas conscients. C’est un orgueil consubstantiel à notre être et qui le plus souvent se distingue à peine de la sensation que nous éprouvons d’être nous-même.

    A ce titre nous sommes tous concernés, même les gentils, même les timides, même les discrets, même, et peut-être plus encore, ceux qui manquent de confiance en eux et qui ont une estime de soi faible.

    Dans le dictionnaire étymologique nous avons appris que l’humilité provient de la famille de « humus », terre (labourable), au même titre que l’homme.

    Revenons alors à cette notion importante issue de l’étymologie : l’idée de rattacher l’homme et l’humilité à la terre et au monde souterrain.

    Humilité et prise de conscience

    La conscience est un processus cérébral qui se traduit par la faculté mentale et subjective d'apercevoir les phénomènes, sa propre existence ou ses états émotionnels. Si, par exemple, je suis triste ou heureux et que je me rends compte que je suis triste ou heureux, je prends conscience de mes états affectifs. Il ne faut pas confondre la conscience ainsi définie avec la conscience morale. 

    La conscience psychologique est souvent évoquée comme une lumière, la conscience morale comme une voix : si la première nous « éclaire », la seconde nous « parle ».

    La conscience morale désigne en effet le sentiment intérieur d’une norme du bien et du mal qui nous dit comment apprécier la valeur des conduites humaines, qu’il s’agisse des nôtres ou de celles d’autrui. 

    Mais prendre conscience de soi, c'est passer d'une conscience immédiate des choses à une conscience qui se réfléchit, qui se pense, pensant les choses. Prendre conscience de soi signifie que l'on diminue la distance qui se trouve entre ce que l'on est et ce que l'on a conscience d'être.

    On réduit ainsi la part d'inconnu en soi. Dès lors, la conscience de soi permettrait de mieux se connaître, de se maîtriser et donc de se réaliser.

    La prise de conscience de soi implique une distance entre ce que l'on découvre être et ce que l'on croyait être. Traiter de l'humilité, c'est toucher un point sensible de notre ego. Elle nous oblige à sonder des profondeurs qui touchent à une intimité enfouie parfois même jusque dans notre subconscient.

    Comme toutes les profondeurs, nous hésitons avant d'y descendre, particulièrement lorsqu'il s'agit de celles de notre conscience ; par peur d'avoir à nous confronter avec notre inconscient. En Loge, la conscience profane sera peu à peu remplacée par une nouvelle conscience, dont le fondement ne sera plus les interdits, mais la sagesse, la force et la beauté. 

    Ce qui est intéressant, c’est que l’idée de la terre nous montre que le chemin de l’humilité est dirigée non pas vers le ciel mais vers la terre, celle qui est à l’origine de la vie et de l’humanité. Comprendre le sens de l’humilité commence par la connaissance de soi et au sens que l’on donne à la vie. Une personne humble s’efforcera d’écouter et d’accepter les autres. Plus elle acceptera les autres, plus elle sera tenue en grande estime, et plus elle sera écoutée.

    Un mot prononcé avec humilité a plus de sens que mille autres. L’humilité rend les vertus discrètes. Elle implique une conscience lucide, exigeante, des limites de toute vertu. Non pas le mépris de soi, mais une reconnaissance toujours insatisfaite de tout ce qu’on n’est pas, par amour de la vérité. 

    « Etre humble, c’est aimer la vérité plus que soi ». La pierre d’achoppement réside dans la conscience des « je » et des « à moi ».

    Inévitablement, une telle conscience fait perdre ce qui est essentiel : les valeurs universelles qui donnent à la vie tout son sens. L’humilité efface l’identification, la possessivité et la vision étroite qui créent des frontières physiques, intellectuelles et émotionnelles.

    L’ego détruit l’estime de soi et dresse des murs d’arrogance et d’orgueil, qui tiennent les autres à distance. L’humilité comble les fissures pour permettre des avancées décisives.

    Équilibrer humilité et respect de soi est un gage de succès. L’Initiation nous a fait pénétrer par la Porte de la Loge, semblable au passage de notre naissance vers un monde nouveau. 

    Le rituel nous fait comprendre que toute science vraie est fille de l’humilité ! De nombreux philosophes abondent dans ce sens. Selon Emmanuel Kant, il existe une véritable humilité dont il dit qu’elle est « la conscience et le sentiment de son peu de valeur morale en comparaison avec la loi ».

    Loin d’attenter à la dignité du sujet, cette humilité-là suppose qu’il n’y aurait aucune raison de soumettre à la loi un individu qui ne serait pas capable d’une telle législation intérieure. L’humilité implique l’élévation et la confirme, car se soumettre à la Loi est une exigence de la Loi même : l’humilité est un devoir.

    Dans le contexte franc-maçonnique profond et universel, il me semble que seule la proposition qui puisse être retenue parce qu’elle émane de la « conscience du Franc-maçon » est théoriquement indépendante du monde profane. Bien sûr, on peut se demander : « Qu’est-ce que la conscience, d’où vient-elle et comment se forme-t-elle ? », « Est-elle d’origine profane ou non ? ».

    Les spécialistes nous disent qu’elle se forme en partie dans la petite enfance par les interdits que l’enfant n’arrive pas à « rationaliser ». Ceci expliquerait que certaines personnes se sentent, par rapport aux mêmes faits, responsables et d’autres pas du tout. Lors de l’Initiation franc-maçonnique, la purification par l’air, l’eau, le feu ainsi que la terre fait partie du rite d’évacuation symbolique des acquis du monde profane.

    L’humilité n’a rien à voir avec le rabaissement. Il ne faut pas confondre l’humilité et la mauvaise conscience, l’humilité et le remords, l’humilité et la honte. L'humilité est très différente de la négation de soi. C'est la capacité à une grande qualité de présence dans laquelle rien n'est exagéré ou clinquant. C'est une attitude délicate et respectueuse dans laquelle on n'a pas besoin de prouver qu'on existe. Cela génère du confort pour l'entourage. L'activité mentale est devenue parfaitement équilibrée.

    Le mental recueille la forme de l'objet sur laquelle il se concentre dans la réalité pure. Les germes des impressions n'existent plus. La pensée est immédiate, pure de souvenirs, d'inférences, ayant éliminé préjugés, passions, opinions, préférences ou croyances. Au-delà de ces termes se situent des états complexes dans lesquels l'individualité prend conscience du témoin intérieur, stable et immuable.

    Éclairé par ce reflet, il distingue la création au-delà du changement. Elle suppose aussi que chaque Franc-maçon développe sa formation personnelle, prenne conscience de ses responsabilités civiques, soit sensibilisé à la nécessité de rayonner dans le monde profane.

    Cette construction de soi se réalise par une prise de conscience de l’effet des rituels par une appropriation des symboles agissant par eux-mêmes ou par notre propre volonté. La mort du Profane simulée au début de l’Initiation doit nous permettre de rebâtir un être nouveau, un homme à qui l’on donne une nouvelle chance de se construire à neuf, tout en gardant la conscience des expériences du passé. Mieux, le rituel ouvre des voies pour éviter de retomber dans les pièges dans lesquels le Profane tombe presque à coup sûr. Pour exister et évoluer, chacun a besoin des autres.

    Cette merveilleuse chance que nous avons d’exister doit nous conduire à rayonner d’amour et de fraternité. Ce que nous avons à transmettre au futur, nous le nourrissons chaque jour en traquant les mauvais compagnons en nous. L'ego et la personnalité sont des sortes de tuteurs compensant notre fragilité. Même dans sa version brillante, l'ego n'est pas chaleureux, il est clinquant.

    La personnalité, c'est une stratégie inconsciente dans laquelle nous jouons un personnage à défaut d'être soi. Pour arriver à une affirmation de soi sans ego, il est donc important de développer l'accueil de soi, c'est-à-dire une plus grande communication avec soi. Seulement après ce travail, il est possible de comprendre et tolérer l’autre, avec ses différences. Il s’agit de juger non ce qu’on a fait, mais ce qu’on est. Et nous sommes si peu de chose. La vertu de l’humilité relève de l’amour de la vérité et s’y soumet.

    Etre humble, c’est aimer la vérité plus que soi. Alors seulement la véritable conscience apparaît et c'est le but de tout développement de la conscience qui au départ est fragmentée, voilée. Cela peut être l'illumination ou tout au moins un état de paix et de calme intérieur stable. La vie, c’est l’évolution, et l’évolution, nous y participons.

    Vivre ne peut se dispenser d’aimer et de mourir, pour créer encore et encore, à notre image. Que serions-nous sans la fraternité, sans les autres à qui notre esprit nous relie ? 

    La Franc-maçonnerie est donc sans doute aussi la plus vieille école de développement personnel, même si elle n’a jamais revendiqué cette appellation jusqu'à ce jour. Et pour cela, nul besoin de séminaires dispendieux : seule la recherche de la vérité, de sa propre vérité. Seul, mais ensemble, en fraternité !

    Humilité et doute

    Pourquoi l'humilité et le doute sont-ils deux qualités nécessaires au Franc-maçon ?

    L'humilité est une vertu noble, classée parmi les vertus essentielles. D'aucuns prétendent que c'est la mère de toutes vertus. D'autres qu'elle est réservée aux vrais Chrétiens. D'autres enfin qu'elle est essentiellement maçonnique.

    Comme il ne faut pas se tromper de tolérance, il ne faut pas se tromper d'humilité.
    Nous retrouvons cette ambiguïté dans sa définition fort différente que nous proposent les deux dictionnaires de la langue française qui font référence :
    Pour l'un, c'est l'état d'esprit de quelqu'un qui se considère sans indulgence et qui est porté à rabaisser ses propres mérites. On lui attribue comme synonyme le mot « modestie ».

    Pour l'autre, c'est une vertu qui nous fait ressentir notre faiblesse et nous garde de l'orgueil. On lui attribue comme synonyme le mot « réserve ».

    Nous pensons que la première humilité n'est pas maçonnique, la seconde fait partie intégrante de l'état de Maçon.

    La règle de Saint Benoît qui régit la vie monacale des Bénédictins est la parfaite illustration de ce que nous pourrions qualifier d'humilité soumission.

    Il est évident que cette forme d'humilité est très lointaine de la conception maçonnique d'une vertu, comme sont différentes également la modestie et l'humilité.

    Le modeste ne pense pas à sa grandeur, l'humble y pense au contraire, mais pour y renoncer. Le modeste survit ; l'humble renaît. L'humilité est hors et avant tout un acte positif et actif.

    Le modeste n'a pas conscience de sa valeur, l'humble se connaît, mais n'attribue à son crédit aucun mérite dont il pourrait se prévaloir : la vertu ne se capitalise pas.

    Car l'humilité passe d'abord par la sincérité, puisque la sincérité est l'exacte et scrupuleuse connaissance de ses limites. L'humilité permet de prendre la mesure de ses forces et de ses faiblesses.

    L'humble ne consent pas, ne se résigne pas, ne se désiste pas. Il a le respect des autres et de lui-même.

    Tout agissement d'un Franc-maçon doit être empreint d'humilité : il n'existe pas de hiérarchie établie en Maçonnerie, il n'y a pas de plan de carrière comme certains pourraient le croire, et notre progression, notre élévation, notre perfectionnement ne sont pas appréciés par rapport aux autres mais uniquement par rapport à nous-mêmes, car c'est bien notre temple intérieur que nous construisons.

    On évalue un Franc-maçon à son degré d'humilité, véritable test pour celui qui se dit Franc-maçon.

    Il en est de même pour la fraternité qui ne se conçoit que dans l'humilité, mais une humilité sincère, vécue et non feinte. Se rabaisser par calcul, c'est tomber dans la fausse humilité qui n'est qu'hypocrisie.

    L'humble a conscience qu'il ne détient pas la vérité, car le principal vecteur de l'humilité est le doute, une incessante remise en question de ses certitudes.

    Le Maçon régulier sait qu'il ne détient pas LA Vérité. Mieux même, il sait que LA Vérité n'existe pas mais qu’il peut tendre vers elle en la cherchant sans relâche.

    C'est pourquoi le Rituel appelle les Maçons à répandre les vérités qu'ils ont acquises, c'est-à-dire les postulats momentanés ou, si l'on préfère, les outils de travail transitoires qui leur permettront de poursuivre leur démarche, jusqu'au moment inéluctable où ces « vérités » seront elles-mêmes remises en cause.

    Dans sa démarche, le Maçon doit constamment pratiquer le « doute méthodique », au sens où l'entendait Descartes.

    Lorsque le Maçon s'exprime en Loge, il n'a pas pour objectif de convaincre qui que ce soit. Simplement, il apporte son point de vue, pour enrichir la réflexion commune.

    Le Maçon devra toujours faire preuve de doute et de patience. Ce faisant, il adoptera nécessairement une posture d'humilité, en admettant le caractère incomplet de ses connaissances et de sa réflexion.

    On peut dire que La Vérité n'existe pas, mais que les vérités mêmes temporaires et nécessairement réfutables, contribuent à la progression de la pensée humaine.

    Cette attitude est évidemment fondée sur le doute et sur l'humilité. Seuls ceux qui prétendent contre toute évidence détenir La Vérité peuvent s'en affranchir…. souvent pour le plus grand malheur de l'Humanité.

    On pourrait dès lors objecter que, dès lors que La Vérité n'existe pas, il serait inutile de la chercher.

    Cette attitude nihiliste ne permettrait évidemment aucun progrès.

    C'est la raison pour laquelle le Franc-maçon, conformément aux engagements qu'il a pris, devra continuer à travailler sans cesse, et à chercher cette asymptote qu'on nomme « La Vérité » en toute humilité et dans le doute.

    Humilité et Porte basse

    « Courbez la tête : cette porte est très basse ! » Par ces paroles, ou quelques mots semblables, adressées au candidat, la cérémonie d’Initiation se place d’emblée sous le signe de l’inflexion.

    « Courbez-vous, cette porte est très basse ! » Le myste vient de vivre l’épreuve de la Terre. Il lui est demandé de montrer de l’humilité par son inclination.

    Le Néophyte entend « Courbez-vous, cette porte est très basse ! ». Hésitera-t-il? Peut-il douter que l’entre-deux par lequel il doit passer pour franchir le seuil ne soit pas ce qu’on lui dit ? Depuis son obscurité, le Récipiendaire fait confiance à la parole dans la lumière. Alors il se baisse, par acceptation que la porte soit basse, en réalité ou symboliquement.

    C’est cela l’humilité, se baisser non pour se faire petit, mais pour faire confiance à l’autre, pour laisser place à la parole d’un autre qui sait mieux, qui guide, qui indique, qui dit. C’est « l’humilitas » selon Spinoza et non « la micropsuchia » (le fait de se minimiser) d’Aristote.

    L’humilité n’est pas le mépris de soi, mais une connaissance de soi et une re-connaissance  de l’autre.

    En se baissant, le futur Maçon rend sensible sa confiance sous forme d’un acte qui n’est pas obéissance mais entendement et compréhension. Il se met en relation avec une forme du monde qui l’environne. Il s’y adapte, il tient compte de ce qui lui est extérieur en se modifiant pour se conformer à une unité harmonique.

    L’humilité est ainsi une conscience extrême de ses limites.

    Je suis trop grand pour une porte plus basse que moi. Ce n’est pas la porte que j’agrandis, car je ne le peux ; c’est moi que je diminue pour me placer avec juste mesure dans l’espace que je traverse.

    Ainsi l’humilité vécue par le Profane n’est pas une humiliation. C’est une épreuve de savoir-faire par une réponse de réalité adaptée à une parole qui ne commande pas mais recommande. « Baissez-vous, la porte est basse ! » Et si je me baisse pour passer, il y a alors une relation de qualité, de sujet à sujet, qui échange des informations constructives. Il est indiqué que la porte est basse. Une raison est donnée qui explique pourquoi il faut se baisser, il s’agit de pouvoir passer sans se faire mal.

    Et le Récipiendaire qui vient juste de se baisser, pour toucher la terre, répète son mouvement  pour avancer. Il se protège en se rapprochant de l’humus et se présente ainsi dans une position fœtale pour aller vers sa renaissance.

    « Baissez-vous ! », c’est comme l’invitation à naître, à se baisser pour vivre debout. « Baissez-vous ! », cela s’entend, en ce temps initial, comme une indication du moment à renaître. Allez maintenant, sortez de la matrice obscure pour pénétrer dans la Loge-mère. Franchissez cette limite au-delà de laquelle il y a votre devenir Franc-maçon.

    En se baissant, c’est par un changement de position que le Profane passe d’une attitude rigide et droite à une autre position dans son mental. Il s’ouvre en laissant place en lui à sa renaissance. La porte basse est à vivre comme une difficulté de l’accès à un autre soi-même, comme nécessité d’une modification du Récipiendaire pour parvenir à l’Initiation. La porte est basse pour être le lieu de passage d’une arrivée de plus d’être qui, de ce fait, va participer de l’autre côté à la transformation du monde.

    La porte basse marque l’espérance de cette possibilité d’accès à une réalité supérieure.

    Ainsi, les rites maçonniques placent au commencement de l’Initiation une recommandation, celle de l’humilité qui, de ce fait, apparaît comme fondamentale et fondatrice du rapport entre Frères.

    La fraternité, c’est avant tout de l’humilité en ce sens qu’elle fait place à l’autre dans un relatif renoncement de la dilatation naturelle  de l’ego au profit de la réalité de l’autre : humilité, synergie de tolérance. Par l’humilité, c’est-à-dire en se retirant de soi pour s’ouvrir aux autres, la tolérance se dynamise.

    Ce n’est plus seulement : « tu penses ce que tu veux mais moi aussi et je ne change pas d’avis » ; c’est avec l’humilité se replacer, par un pluralisme interprétatif, dans un rapport au monde dans ce mouvement de transcendance vers l’autre qui ne signifie pas appropriation de la vérité, mais convergence vers le possible.

    L’écoute de la parole de l’autre permet une mise en mouvement orientée. Il y a articulation et clarification de l’expérience temporelle. « Baissez-vous : la porte est basse ! » Mais en vérité la porte n’est pas basse.

    Que peut-on en penser ? Pour les Maçons sur les Colonnes, il leur est donné de voir l’inexactitude de la parole du Frère qui guide le myste. De fait, cela se passe dans le contexte d’un rite, là où ce qui est dit, comme dans un récit mythique, devient vérité apodictique [1] : ce qui est dit fonde la vérité absolue. Il s’agit évidemment de réalités sacrées car, à ce moment, c’est le sacré qui est réalité. Alors la porte est vraiment basse. Le temps sacré rend l’espace sacré et cette  porte  basse est celle du temple érigé dans la matière cosmique sanctifiée.

    Le modèle architectural de l’ouverture pour entrer dans la Loge est donc une porte basse qui veut ainsi créer une rupture de niveau d’être pour parvenir dans ce nouveau monde que le Maçon a choisi d’habiter.

    L’humilité maçonnique est cette capacité à se plier pour pénétrer dans la Loge parmi les autres. C’est savoir tailler sa pierre avec la juste mesure pour qu’elle s’assemble, pour parvenir à être parmi les hommes.

    Mais c’est aussi entrer dans son temple intérieur pour s’accepter dans une recherche de soi à travers des niveaux de compréhension de plus en plus profonds

    L’humilité maçonnique est un acte dans le rapport à l’autre.

    Ecouter en humilité est en soi un acte complet, il sera celui du Franc-maçon et tout particulièrement celui de l’Apprenti. Cet acte porte en lui-même sa liberté parce qu’il s’agit d’œuvrer pour que le moi laisse place à la relation.

    C’est l’abandon du vieil homme au profit d’une conscience attentive, c’est le renoncement de la répétition des enregistrements expérimentaux pour un temps sans cesse inaugural qui ajoute du nouveau à l’être, qui le fait avancer vers un être-autrement, un être avec les autres.

    L’humilité est cette conscience d’être perfectible et la capacité de douter qui laisse de la place en soi à autre chose qu’à ses certitudes.

    L’humble n’est pas un éclopé de la réussite, car cela suppose d’aller jusqu'au bout de ses forces pour reconnaître autrui, non comme négation victimaire de soi mais comme condition héroïque où l’homme fait place à l’homme.

    L’humilité est une mise en mouvement du « JE » qui fait place au « NOUS » pour l’instauration d’un juste rapport entre partenaires. L’humilité en tant que tolérance de soi avec les autres est l’indispensable manière d’être du Maçon sur laquelle se solidifie l’édification du temple.

    A la fin des Travaux, lorsque le « JE » est devenu le « NOUS » rituel sur lequel s’appuie le serment du retour à la vie profane (« Promettons de garder le silence sur nos Travaux ; nous le promettons ! »), la porte des commencements est devenue immense.

    L’humilité, serait-elle une vertu maçonnique ?

    « L’humilité est une vertu humble : elle doute même d’être une vertu ! Qui se vanterait de la sienne montrerait-il pas simplement qu’il en manque » ?

    Pourtant, cela ne prouve rien : d’aucune vertu l’on ne doit se vanter, ni même être fier, et, c’est ce qu’enseigne l’humilité. Elle rend les vertus discrètes, comme inaperçues d’elles-mêmes, presque déniées.

    Est-ce l’inconscience ?

    C’est plutôt une conscience extrême des limites de toute vertu, et de soi.
    Cette discrétion est la marque « elle-même discrète » d’une lucidité sans faille et d’une exigence sans faiblesse.

    L’humilité n’est pas le mépris de soi, ou alors, c’est un mépris sans méprise. Elle n’est pas ignorance de ce qu’on est, mais plutôt connaissance, ou reconnaissance, de ce qu’on n’est pas.

    L’humilité est vertu lucide, toujours insatisfaite d’elle-même, mais qui le serait encore plus de ne pas l’être.

    Etre humble, c’est aimer la vérité plus que soi.

    C’est en quoi aussi, toute pensée digne de ce nom suppose l’humilité : la pensée humble s’oppose pour cela à la vanité, qui ne pense pas, mais qui se croit. 
    On dira, que cette humilité ne dure guère. Mais, la pensée non plus. 

    De là, la porte est grande ouverte aux orgueilleux systèmes.

    L’humilité, elle, penserait plutôt sans se croire.

    Elle doute de tout, et plus spécialement, d’elle-même.

    L’humilité est donc humaine, peut-être trop humaine.

    Qui sait, si elle n’est pas le masque d’un très subtil orgueil ?

    Ces quelques phrases nous interpellent et demanderaient à être plus pleinement commentées. Ce qui n’est pas le propos de cette planche.

    Je terminerai ce travail de recherche en reprenant les « idées » et concepts de quelques philosophes.

    Emmanuel Kant, dans « Doctrine de la vertu » oppose légitimement ce qu’il appelle la « fausse humilité » – la bassesse – au devoir de respecter en soi la dignité de l’homme comme sujet moral : pour lui « la bassesse » serait le contraire de l’honneur.

    Emmanuel Kant nous dit aussi qu’il existe une véritable humilité « humilitas moralis », et il nous en donne cette définition : l’humilité est « la conscience et le sentiment de son peu de valeur morale en comparaison avec la loi ».

    Dans le « Traité de l’humilité et de l’orgueil » de saint Bernard, le premier chapitre s’intitule « L’humilité conduit à la vérité ». Saint Bernard nous dit, en partant des mots de l'Evangile : « Je suis la Vérité, je suis la Voie, je suis la Vie ». Pour lui, la connaissance de la Vérité est le fruit de l’humilité.

    A travers cette phrase du Christ : « Je te rends gloire », Père, Seigneur du Ciel et de la Terre, parce que tu as caché ces choses (évidemment, les secrets de la Vérité) aux savants et aux prudents (c’est-à-dire aux orgueilleux) et que tu les as révélées aux petits (c’est-à-dire aux humbles).

    Un peu plus loin dans mes recherches, j’ai trouvé cette définition qui possède une belle « résonance » maçonnique :

    « L’humilité est une vertu par laquelle l’homme, dans une très vraie connaissance de soi-même, devient vil à ses propres yeux. Elle est le fait de ceux qui disposent une ascension dans leur cœur, et montent de degré en degré, c’est-à-dire, de vertu en vertu, jusqu'à ce qu’ils arrivent au sommet de l’humilité ».

    Saint Benoit établit cette « ascension » en douze degrés qui sont ceux de l’échelle montrée à Jacob, comme étant l’image de référence biblique et religieuse de l’humilité.

    L’échelle est un symbole très fort dans le rituel du 30ème degré du R.E.A.A.

    A ce propos, j’ai découvert dans mes recherches, un document qui ne manque pas d’intérêt. Il s’intitule : « Se ceindre d’humilité ».

    En Israël, tous portaient une écharpe de lin. Avant d’entamer un travail, on relevait ses vêtements, puis on se ceignait de l’écharpe de lin.

    Saint Pierre a donc écrit à juste titre : « ceignez - vous d’humilité les uns envers les autres, parce que Dieu s’oppose aux orgueilleux, mais aux humbles il donne la faveur imméritée ». Dans ce texte, le mot grec traduit par « se ceindre » vient d’un mot qui signifie « tablier d’esclave ».

    En effet, les Israélites, quand ils mangèrent la Pâque, ils le firent les hanches ceintes, les vêtements relevés, car ils étaient ainsi prêts pour partir, et ceci à n’importe quel moment. Jésus, traditionnellement, se ceignait de cette façon, de son « tablier ». Peut-être faut-il y voir l’expression du tout premier Tablier maçonnique ?

    Mais voyons « entre les Colonnes » comment nous, Francs-maçons, nous pouvons appréhender cette « humilité » :

    • la concorde grandit ce qui est petit.
    • la discorde annihile ce qui est grand.
    • Anéantis-toi, mon disciple, dans un abîme d’humilité et sois infime parmi les infimes.

    Nous sommes de plain-pied dans l’humilité maçonnique, car ceci est extrait d’un code maçonnique d’un Haut Grade à la gloire du Grand Architecte de l’Univers.

    Tout au long du tracé de cette Planche, je me suis appliqué et imposé trois mots : recherche, découverte, et transmission.

    Parce que l’humilité vue ainsi, dans sa plus totale complexité et sa multiplicité au niveau de ces différents « aspects » humains, il m’a semblé qu’il était nécessaire que je vous la communique.

    Le « profane » qui frappe à la Porte de la Loge, le fait nécessairement avec humilité. Et si ce n’était pas réellement le cas ? Je suis persuadé que les enquêtes auraient, a priori, rapidement fait relever une possible supercherie.

    L’humilité, n’en doutons pas, est partout présente dans la Loge et ceci à tous les grades : pendant la cérémonie d’Initiation, le bandeau peut être considéré comme un symbole d’humilité, comme le fait de « mettre un genou en terre » devant le Vénérable Maître.

    L’acceptation et l’obligation du silence, au grade d’Apprenti, sont preuves, elles aussi, d’humilité. Quand le Franc-maçon se tient à l’Ordre, ici aussi, nous pouvons y trouver une gestuelle symbolique se rapprochant de l’humilité.

    Il doit être assez facile de trouver de multiples exemples dans nos rituels. Car quel que soit son grade, et quel que soit le rite pratiqué ; le Franc-maçon reste toute sa vie un cherchant, un chercheur qui ne cesse d’être en quête du savoir ultime et de se présenter les mains vides, en toute humilité devant le Grand Architecte de l’Univers et surtout devant ses Frères.

    Mais plus que toute chose, il se trouve un moment, dans la vie d’une Loge, où l’humilité, en terme de « vertu maçonnique » s’exprime dans toute sa plénitude. Le « Premier Maillet », un jour ou l’autre, devient le « Vénérable descendant de sa charge » et, de façon traditionnelle mais pas forcément systématique, devrait lui être confiée la fonction de « Couvreur », fonction considérée comme étant la plus humble du collège des Officiers d’une Loge. Il passe ainsi de la Lumière de l’Orient, à l’obscurité symbolique et allégorique de l’Occident, tout en prenant au passage une des plus belles leçons d’humilité et de maturité maçonnique…

    Peut-être, n’avons-nous pas tous perçu, la symbolique puissante de cet instant.

    Nous sommes, dans cet instant de « vie » maçonnique dans une position d’interface très puissante, d’humilité complexe et d’humilité de simplicité. C’est vraiment ici que l’humilité serait une vertu maçonnique !

    Vénérable puis Couvreur sont des Officiers qui vont de l’accomplissement des tâches les plus prestigieuses vers les taches les plus humbles, comme peut-être le « fermer et ouvrir ».

    Le Frère Couvreur, dans sa nouvelle fonction, supervise tout. Il est le bras et l’assistant du Vénérable Maître dans la bonne observance du rituel. Plus il est instruit, plus il est censé être humble.

    Nous avons bien là le témoignage et le critère objectif de « maçonnité » de cette maturité et de cette compréhension propre à l’humilité et à la modestie humaine, favorisée par l’exercice réfléchi du rite et celui de l’Art Royal.

    Je peux, à présent, vous proposer une conclusion : « l’humilité confère la faculté de percevoir les situations, d’identifier les obstacles ainsi que leurs causes et de rester silencieux ». Exprimer une opinion avec humilité, implique un esprit ouvert, qui reconnaît ses qualités, ses forces et sa sensibilité, ainsi que celle des autres. Un mot prononcé avec humilité à plus de sens que mille autres.

    « Folie, égarements et absence de repères conduisent l’Homme aux pires extrémités. On choisit la facilité plutôt que l’effort et le paraître plutôt que l’être, et ceci ne conduit pas à l’humilité ».

    Serais-je assez « humble » pour ne pas me citer moi-même ?

    Avant de conclure ce travail, je voudrais encore évoquer Bouddha « avec humilité ».

    Bouddha, au travers de sa longue vie « initiatique » n’a eu de cesse de transmettre la philosophie du bien-être humaniste. Son empathie fut grande envers tous et nous en avons encore aujourd’hui la possibilité d’intégrer à l’idée de cette transmission d’un savoir envers l’humain avec la compassion.

    Bouddha nous a laissé entre autre chose ceci : « La compassion est notre nature la plus profonde. Elle naît de notre interconnexion avec toute chose ».

    Cette compassion n’est-elle pas une vertu d’humilité ?

    Autre observation du sens de l’humilité envers la « croyance », Bouddha nous indique un chemin de réflexion humaniste défini ainsi dans la Doctrine du non Soi : « Il y a deux idées », psychologiquement enracinées dans l’individu : 

    • La protection de soi 
    • La conservation de soi

    Pour la protection de soi, l’homme a créé un Dieu (ou des Dieux) duquel il dépend pour sa protection, sauvegarde et sécurité, de même qu’un enfant dépend de ses parents.

    Pour la conservation de soi, l’homme a conçu l’idée de l’âme immortelle qui vivra éternellement. Dans son ignorance, sa faiblesse, sa crainte et son désir, l’homme a besoin de ces deux choses pour se rassurer et se consoler ; c’est pourquoi il s’y cramponne parfois avec fanatisme et acharnement. N’est pas la aussi un leçon d’humilité sur ce que l’on croit ou nous faire croire ?

    Sans humilité, il ne peut y avoir de société digne de ce nom, ni de générosité au service de l’humanité.

    En toute logique, je devrais terminer ici, cette Planche par le traditionnel « J’ai dit ! ». Mais oserais-je ? Est-ce humble ? Alors, avec beaucoup d’humilité, j’ai dit.

    R:. F:. A. B.

     

    [1]  manifestecertain et évident.


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique