• * Le Carré long et le Nombre d'or

    Introduction

    A la question « quelle est la forme de votre Loge ? », toutes les instructions maçonniques donnent comme réponse « un Carré Long ».

    D'où vient cette appellation pour le moins étrange de « carré long » donnée à un rectangle ? Car si la forme de la Loge, au sol, s’avère généralement rectangulaire, on n’y voit guère de carré parfait.

    Comment un carré peut-il être long, sans transformer ce carré en rectangle ? Telle serait la réaction rationnelle d’un non-initié. Le « Carré Long » implique précisément le caractère ésotérique de la figure géométrique en question.

    Le carré long suppose que le carré est en extension, c’est-à-dire en devenir. Le carré devient une géométrie initiatique, une cosmogonie [1] illuminatrice. C’est pourquoi le « Carré Long » est délimité à l’Ouverture des Travaux par l’allumage des trois Piliers (Sagesse, Force et Beauté), et effacé à leur Clôture par l’extinction de ces mêmes flambeaux.

    Qu’est-ce qu’un « Carré long » ? Le « Carré Long » est l’espace symbolique matérialisé par le Tableau de Loge. Le « Carré Long » est une forme symbolique de la Loge maçonnique, correspondant à un rectangle formé par deux carrés accolés ou construit d'après le Nombre d'or dans le rapport 1,618... Le « Carré Long » rappelle aussi l'Équerre, symbole du Vénérable Maître.

    Ces  quelques précisions m’amènent aux deux sujets principaux que je vais évoquer dans cette planche : le Carré Long et le Nombre d’or.

    Le Carré Long, forme de la Loge

    Examinons tout d’abord l’expression « un Carré Long » en tant que réponse à la question « Quelle est la forme de votre Loge ? » qui se trouve dans la plupart des instructions maçonniques du premier degré.

    Ainsi formulée, cette réponse se trouve liée à la notion de temple. Symboliquement, en effet, le temple est un « carré long », c’est-à-dire un double carré, soit un rectangle dont les côtés sont dans le rapport 2 à 1, soit un rectangle d’or ou de proportion dorée, soit encore un rectangle construit d’après le Nombre d’or.

    Dans les anciens systèmes initiatiques, qu’ils fussent égyptiens comme les mystères d’Osiris ou d’Isis, ou grecs comme les mystères orphiques ou d’Eleusis, la construction des temples devait se faire impérativement selon des proportions ou valeurs particulières.

    L’architecture sacrée se manifestait par la « projection » dans le plan de la forme de deux carrés parfaits juxtaposés l’un à l’autre. Le carré, qui présente quatre côtés isométriques, symbolise tantôt le cosmos, tantôt la terre.

    Au plan symbolique, le prolongement du carré, magnifiant la puissance du nombre, annonce la mise en mouvement ou l’ébranlement de l’énergie qui amorce un mouvement ascensionnel pour parvenir à une forme volumétrique nouvelle : le cube.

    Si le cube va devenir déterminant dans différentes traditions, il transite obligatoirement par le carré qui en constitue la prime étape, la base sur laquelle les bâtisseurs vont pouvoir élever. C’est ainsi que des églises, bâties en Angleterre aux 11ème et 12ème siècles, le sont sur un plan carré (cf. cathédrale d’Oxford). Toutes les constructions cisterciennes de Grande-Bretagne comme celles des pays germaniques ont été élevées sur base et autour d’un carré central.

    Le Carré Long, centre de la Loge

    * Le Carré long et le Nombre d'or

    Mais dans nos Loges, le « Carré Long » désigne le rectangle qui s’inscrit entre les trois Piliers (Sagesse, Force et Beauté) ou grands chandeliers qui encadrent un espace sacré, inviolable, infranchissable (sauf à certains moments des cérémonies de Réception) sur lequel repose le Tableau de la Loge comprenant les symboles du grade.

    Le « Carré Long » fait office de labyrinthe au cœur de l’enceinte maçonnique, à l’image de ceux que l’on trouve dans certaines églises et cathédrales. Nombre d’ésotéristes émérites se sont penchés sur la signification du « Carré Long ». Certains y ont même vu la réunion du cercle magique et des principes alchimiques. Dans tous les cas, il s’agit clairement de la désignation et de la délimitation dans un environnement général profane d’un périmètre sacré évoquant tous les rituels de construction – matérielle et immatérielle – dans une dynamique d’initiation aux mystères sacrés de l’Univers et à l’Universalité de l’homme.

    Le « Carré Long » est le symbole du tracé du temple dans la Loge (La loge, que beaucoup de Maçons appellent erronément « temple »). Le Maçon travaille en réalité sur le parvis du temple et non dans le temple.

    Le « Carré Long » est donc d’abord une symbolique du centre et, à ce titre, il peut être représenté sous forme du cercle inscrit dans le carré, figurant ainsi de la façon la plus simple le Temple dont le centre est le Saint des saints [2], le cercle de la manifestation spiritualisée, conscientisée. Et cette représentation nous fait penser aussi au cercle et aux deux parallèles utilisés dans différents rituels, notamment celui de la célébration du Solstice d’hiver pour symboliser la course du soleil et les deux portes de l’année.

    Pour bon nombre d’auteurs, le « Carré Long » est un double carré – donc un rectangle – dont la longueur est le double de la largeur, ou bien un rectangle de proportion dorée ou bien encore un rectangle de côtés 3 et 4 dont la diagonale est 5.

    En d’autres termes, plusieurs figures recevant l'appellation de « Carré Long » peuvent être construites géométriquement à partir d'un carré : le triple carré, le double carré, le rectangle d’or.   

    Le Carré Long ou le triple carré

    En architecture classique, le triple carré a été peu utilisé. Il ne semble guère appliqué que dans les collatéraux [3] de certaines églises romanes ou dans la mise en proportion de cubes byzantins.

    Cependant, le Premier Livre des Rois [4], au chapitre 6, nous rapporte que le Temple de Salomon [5] était un triple carré, c'est-à-dire un rectangle de proportion un sur trois. Il avait soixante coudées de long, vingt de large et vingt-cinq de haut. Hormis le Ulam ou vestibule qui précédait le temple proprement dit et dont les dimensions étaient de vingt coudées sur dix, et hormis le déambulatoire qui l'entourait sur les trois autres côtés, le plan de l'édifice était donc bien celui d'un triple carré. Cet espace était divisé en deux parties : le Hékal ou « Saint », et le Débir ou « Saint des saints »[6], partie du temple affectée au culte. C'était un rectangle de quarante coudées de long sur vingt coudées de large. On y accédait par le vestibule en passant par une double porte en bois de cyprès.

    * Le Carré long et le Nombre d'or

     

    LE TEMPLE DE JÉRUSALEM
    Construit par les architectes et les entrepreneurs de Tyr
    (d'après le Professeur D. Harden)

     

    On accédait apparemment au Débir par un escalier de sept marches. Il abritait l'Arche d'Alliance, celle-là même que Moïse avait construite selon les instructions du Créateur. Ce « Saint des saints » était une pièce cubique de vingt coudées de côté, dépourvue de fenêtre. Il n'était accessible qu'au Grand Prêtre, une fois par an, le jour du grand pardon afin d'y prononcer le Nom ineffable, le Tétragramme.

    Le Carré Long ou le double carré

    Le carré n’existe pas dans la nature. Cette figure géométrique est une abstraction de l’esprit. Première des figures géométriques, par sa stabilité, le carré représente la terre et par extension l’habitation de l’homme.

    * Le Carré long et le Nombre d'or

    Le « Carré Long » ou double carré est un rectangle formé par l’association de deux carrés de mêmes dimensions, d’où la création d’un rectangle dont la longueur est le double de la largeur. Les temples de l’Antiquité étaient conçus sous la forme d’un « Carré Long » ou double carré.

    Dans le Temple de Salomon, c'est le Hékal ou Saint qui était formé d’un double carré, c'est-à-dire un rectangle de proportion un sur deux. Le Hékal était le lieu du culte c'est-à-dire le lieu de la rencontre, de la communion de l'homme avec Dieu. Et de fait, le Un, nombre de Dieu y côtoyait le Cinq, nombre de l'homme par la médiation du rapport doré.

    Le double carré se retrouve aussi dans les cathédrales que les frères maçons donnèrent à leurs confrères ecclésiastiques. Chanoines des grandes liturgies mathématiques, ils avaient su traduire dans la pierre les règles les plus pures.

    * Le Carré long et le Nombre d'or

    Le Carré Long ou Rectangle d’or

    * Le Carré long et le Nombre d'or

    Un autre carré long peut être construit sur la section dorée. Il s’agit du rectangle 1 X 1,618 obtenu à l’aide du cercle dont le rayon correspond à la droite reliant le milieu du côté du carré à l’angle opposé.

    Ce carré long est dit « carré soleil », le Nombre d’or étant la dimension solaire de tout tracé. Quant au carré lunaire, il correspond, lui, au carré double dont la diagonale permettra de diviser la base en «moyenne et extrême raison», autrement dit en deux segments correspondant au rapport doré 5/3. La valeur de la diagonale est √5, nombre irrationnel, base du Nombre d’or dont la valeur est (√5 + 1) / 2.

    Les ouvrages d'esthétique nous renseignent tous sur ce point : un segment est partagé en « moyenne et extrême raison » selon la proportion divine ou section dorée, si le petit et le moyen segment engendrés sont dans le même rapport que le moyen segment et le segment initial.

    Le « Nombre d’or », ou « Section dorée », ou « Proportion dorée », est un nombre égal à environ 1,618033988749....

    Il en découle qu'un rectangle ayant sa longueur et sa largeur dans le rapport  est appelé Rectangle d'or ou Rectangle doré, et nombreux sont les ouvrages qui définissent le Rectangle d'or comme étant le « Carré Long ». Plus long que le simple carré, il n'atteint cependant pas la dimension du double carré et représente ainsi un équilibre harmonique entre ces deux entités.

    De fait, nos cathédrales sont truffées de rectangles d'or. A Troyes notamment l'on voit triompher le nombre et la proportion. Par exemple, dans la nef et les collatéraux, largeur et hauteur aux chapiteaux déterminent des rectangles dorés.

    Les constructeurs de cathédrales du Moyen Age, n’ont pas utilisé notre système métrique classique pour élaborer leurs œuvres. Celui-ci n’existait évidemment pas encore. A Chartres comme à Reims et dans la plupart des autres cathédrales, ils utilisèrent un autre système… basé sur le Nombre d’or 1,618. Les Romains, les Grecs, les Juifs et les Égyptiens le connaissaient déjà.

    Le Nombre d’or est considéré comme le nombre de l’harmonie universelle, le nombre de la création, le nombre de Dieu Créateur. Chez les Grecs, avec le développement de la géométrie, la secte secrète des pythagoriciens en avait fait un symbole d’harmonie universelle, de vie, d’amour et de beauté.

    Au Moyen Age, les savants, les Pères de l’Eglise, les bâtisseurs, les maîtres d’ouvrages ou maîtres d’œuvre se réclamant de la doctrine platonicienne des corps cosmiques (les cinq polyèdres réguliers), ont fait du nombre d’or, « la divine proportion », un modèle de perfection esthétique et philosophique.

    Les nombres dans la Loge

    Les nombres sont présents dans les Loges des trois premiers grades maçonniques : pour commencer, dans la forme même de celles-ci : un carré long, dont les justes dimensions (à condition de les respecter !) permettent le calcul du Nombre d'or (ou rapport de la Section Dorée) soit 1 + racine carrée de 5 le tout divisé par 2. Soit en l’écrivant avec les chiffres arabes : (1+V5)/2 = 1,618... Ce nombre est le rapport des côtés du rectangle. Il représente la divine proportion des choses, car elle permet d'en déduire toutes les figures planes ou spatiales du pentagone au dodécaèdre en passant par les cinq corps platoniciens.

    Le Nombre d'or a été utilisé par certains grands peintres, ce qui leur a permis de relier ainsi le microcosme au macrocosme par la théorie des correspondances harmoniques, de l'architecture, de l'esthétique, de la musique, de la mécanique céleste.

    Les éléments de la science maçonnique (ou Art Royal) se retrouvent non seulement dans les outils et instruments symboliques (Maillet, Niveau, Règle, Équerre,…), dans les mots de passe et les signes, comme l'Apprenti peut les découvrir lors de son instruction, mais encore et surtout dans les symboles, dans les nombres et les figures géométriques qui ornent ou décorent la Loge.

    Ainsi les nombres ont déjà leur importance dans la forme de la Loge, mais ce n’est qu’un début !

    En fait, les nombres sont partout en Franc-maçonnerie, à commencer par le symbole ternaire (triangle ou pyramide), image symbolique par excellence de tout ce qui est maçon. Si la mystique touche aux harmonies du cœur, la Franc-maçonnerie et son symbolisme touchent aux harmonies de la structure du monde, donc à la mesure de l'univers à la fois dans ses formes (géométrie) et dans les rapports mathématiques qu'entretiennent entre elles ses composantes (arithmétique divine). C'est ainsi que le Temple de Salomon est censé refléter cet univers et qu'en cherchant la Lumière, tout Maçon est en mesure de percer les secrets des lois universelles qui régissent ce Temple. Le corps de l'homme en est à la fois l'image secrète et le sanctuaire.

    C'est bien pourquoi l'Initiation et les enseignements de la Franc-maçonnerie sont si intimement liés à la sagesse des philosophes grecs tels que Platon et Pythagore.

    L'Architecture Naturelle, est une somme d'hermétisme, de numérologie transcendante, d'alchimie spirituelle et de cabale, offrant au cherchant un formidable outil de synthèse sur l'architecture humaine reliée au divin par la stricte observation des lois cosmiques dont elle dérive.

    Le nombre 2 se remarque dans le Pavé mosaïque où alternent le noir et le blanc (ombre et lumière, dualité fondamentale), par le Soleil et la Lune, par les deux Colonnes J et B ou encore par le Premier et le Second Surveillant.

    Quant au nombre 3, le plus utilisé de tous les nombres maçonniques, on peut l’observer dans une multitude de symboles : les trois Grandes Lumières (Volume de la Loi sacrée, Équerre, Compas), par le triangle divin qui représente à la fois les trois mondes (matière, esprit, âme) et leur unité, mais aussi les trois dimensions de l'espace, sans oublier la marche de l’Apprenti, la Batterie du grade, les Piliers, le Signe d’Ordre…

    A cela on peut ajouter que les trois grades de la Maçonnerie bleue, qui sont ceux d'Apprenti, de Compagnon et de Maître, s'établissent par le dévoilement progressif de la quadrature hermétique du cercle universel. En effet, au degré d'Apprenti, se dévoile le premier quart du cercle ; celui de Compagnon dévoile le second quart, donnant ainsi accès à la moitié du tout. Enfin au sublime degré de Maître Maçon sont dévoilés les deux quarts restants et le centre (d'où le terme « en Chambre du Milieu »). Le cercle est alors bouclé. On peut comprendre ainsi une des raisons pour lesquelles le dernier Passé Maître devrait devenir le Couvreur de la Loge.

    Mais les rapports entre la symbolique des nombres et celle des Loges ne s'arrêtent pas là. Chacun sait que toute droite perpendiculaire à une autre, forme avec celle-ci un angle de 90° (ou angle droit) dont le symbole mathématique, un T renversé (ou tau grec majuscule) sert justement à indiquer l'orthogonalité. Or cet angle droit est aussi le signe de l’Équerre qui n'est autre que la représentation imparfaite du triangle rectangle dont on sait depuis Pythagore que le 3ème côté (l'hypoténuse) se calcule comme la racine de la somme des carrés des deux autres.

    Cette formule connue de tous les collégiens du monde s'applique notamment au calcul des diagonales d'un carré ou d'un rectangle mais aussi à celles d'un cube. Qui dit cube, dit Compagnon, et qui dit diagonale, dit aussi ligne ou espace intermédiaire, c'est-à-dire celle ou celui qui permet de passer d'un point à un autre, d'une situation à une autre, enfin d'un état à un autre : c'est la ligne ou la passerelle qui relie les choses entre elles.

    Comme on le devine aisément, cette hypoténuse cache une richesse symbolique certaine et constitue à n'en pas douter, l'un des passages privilégiés de la Perpendiculaire au Niveau.

    Comme on le voit le symbolisme des nombres, des figures et des formes est en rapport à la fois statique et dynamique avec le symbolisme maçonnique. Selon que l'on regarde les symboles dans leur signification apparente ou dans leur sens caché (donc plus complexe, sinon ce sens serait évident), on se trouve dans une logique de situation ou une logique de mouvement. Mais toute situation ne cache-t-elle pas justement un mouvement ?

    Sans dévoiler ici les arcanes et secrets des deuxième et troisième degrés, il est intéressant de constater que la Maçonnerie rejoint souvent les révélations mystiques. Mais quel Maçon sérieux pourrait en douter ? Voyons comment apparaissent les nombres 5 et 7 comme symboles maçonniques.

    Au 12ème siècle, sainte Hildegarde de Bingen, à la suite de « révélations divines » sur l'origine des maladies et leurs traitements, a fait une synthèse entre la santé et la spiritualité, dans une vision éblouissante et totale de l'être humain : corps, esprit et âme, et a donné des indications très précises sur la structure de l'homme. Elle a proposé une représentation symbolique de la constitution universelle de l'homme par la figure de « l'homme carré », dénomination quelque peu impropre d'ailleurs, car il vaudrait mieux dire « l'homme en croix ». Selon Hildegarde de Bingen, « l’Homme se divise dans la longueur, du sommet de la tête aux pieds, en cinq parties égales ; dans la largeur, formée par les bras étendus d’une extrémité d’une main à l’autre, en cinq parties égales ».

    Cette représentation est la suivante : le corps d'un homme en croix (comme le Christ en croix), les jambes parallèles, est décomposé en 9 carrés égaux, 5 placés verticalement, des pieds à la tête, et quatre (2 X 2) à droite et à gauche de la poitrine.

    * Le Carré long et le Nombre d'or

    Tout Maçon connaît « L’homme de Vitruve », nom communément donné au dessin à la plume, intitulé « Étude de proportions du corps humain » et réalisé par Léonard de Vinci aux alentours de 1492. Mais on trouvait déjà ce dessin dans la symbolique romane des 11ème et 12ème siècles.

    * Le Carré long et le Nombre d'or

    Cette représentation diffère de celle de sainte Hildegarde de Bingen en ce qu'elle montre un corps humain les jambes écartées. On obtient ainsi une étoile à cinq branches, inscrite dans un cercle, ou si l'on veut, un pentagone qui n'est autre que la figure « enveloppée » de la grande mystique du 12ème siècle.

    Le cercle et son centre, ajoutés aux cinq branches (tête, 2 bras, 2 jambes) de l'étoile, donnent alors le nombre 7, qui prend toute son importance au troisième degré.

    Par cette symbolique numérique on en revient donc encore, et toujours à l'Homme, archétype universel, à l'image de Dieu, microcosme dont les proportions corporelles représentent celles de l'univers.

    D'abord univers physique et matériel : celui qui tombe sous les cinq sens et dont le cerveau est l'instrument de coordination. Ensuite univers éthérique ou psychique : celui qui fait appel aux symboles ésotériques et magiques ; enfin univers de l'âme ou spirituel : celui qui fait appel à la révélation mystique et à la transcendance.

    On trouve toute cette symbolique dans les ouvrages du célèbre égyptologue ésotérique R.A. Schwaller De Lubicz qui y procède à une analyse de la structure de l'homme à travers l'architecture des édifices religieux de l'ancienne Egypte, rappelant sans nul doute l'exégèse du Temple de Salomon, et les plans architecturaux de nos cathédrales.

    On peut donc affirmer une nouvelle fois, comme l'ont fait depuis longtemps de nombreux exégètes, qu'il existe une « géométrie profane » et une « géométrie sacrée ». Cette dernière nous vient de la géométrie ésotérique pythagoricienne et nous a été transmise par les compagnons et les bâtisseurs. On la retrouve certes dans l'architecture mais aussi dans les rites et les rituels maçonniques et magiques.

    Il est intéressant à ce sujet de citer l'Ordonnance latine du chapitre de la cathédrale d'York en Angleterre (1352), prescrivant que « les anciennes coutumes en usage parmi les artisans du bâtiment doivent continuer à être respectées » et que la maçonnerie est l'art dérivé de la géométrie, et que c'est le plus noble des arts [7].

    * Le Carré long et le Nombre d'or

    Le symbolisme du Nombre d’or

    Le nombre d'or est peut-être, à notre époque, l'exception parmi les nombres, capable d'éveiller et de satisfaire le besoin de mystère, d'ordre métaphysique ou d'ordre esthétique principalement, qui habite en chacun de nous.

    Les membres de la secte de Pythagore considéraient les caractères de certains nombres et de certaines figures géométriques comme leur bien propre. Une partie de leurs secrets nous sont cependant parvenus.

    Suivant les pythagoriciens, l'harmonie de l'Univers était une harmonie de nombres.

    Pythagore et ses disciples ont découvert les nombres irrationnels. Parmi les nombres irrationnels, le nombre d'or tient une place privilégiée : il est constamment présent dans la géométrie des décagones et pentagones réguliers.

    Les Anciens ont observé que 10 est la somme des 4 premiers nombres entiers :

     

    * Le Carré long et le Nombre d'or

     

    la Tétractys

    1 + 2 + 3 + 4     =     10

    La Décade, nombre symbolisant l'Univers

     

    La moitié de la décade est appelée « pentade ».

    De la pentade on passe aux pentagones. Leur construction géométrique implique l'utilisation du compas. Le Nombre d'or y joue le rôle d'intermédiaire indispensable.

    Rappelons-nous que l'expression « Nombre d'or » désigne surtout une proportion dite « divine » dans laquelle la plus petite partie rapportée à la plus grande est comme la plus grande au tout. Cette proportion existe dans le Pentagramme ou Etoile à cinq branches.

    Le Pentagone étoilé ou Pentacle ou Pentalpha ou encore Pentagramme était un symbole universel de perfection, un symbole de vie, de beauté et d'amour. Il fut, dans ces conditions, un signe de ralliement pour les pythagoriciens.

    Dans le domaine artistique, l'analyse des œuvres d'art révèle de nombreux exemples de la présence effective de structures pentagonales ou liées aux pentagones.

    Luca Pacioli insiste sur la variété et l'étendue des domaines que recouvre la science fondée sur le Nombre d'or ou Divine proportion : philosophie, perspective, dessin, sculpture, architecture, musique, mathématique...

    La Divine proportion possède plusieurs des attributs de la Divinité. Elle est unique comme Dieu. Elle régit une relation entre trois termes et, comme Dieu, elle reste semblable à elle-même.

    Luca Pacioli fait référence à toute « trinité » de nombres dont le plus grand est la somme des deux autres ; le rapport du plus grand au moyen est égal au rapport du moyen au plus petit. La proportion est constituée par l'égalité des deux rapports en question, leur valeur commune étant le Nombre d'or.

    Beaucoup d'artistes et esthéticiens voient dans ce caractère essentiel le fondement de la vertu esthétique du Nombre d'or.

    La proportion considérée, représentée par un nombre irrationnel, participe au caractère extra humain (donc divin) qui entourait les nombres irrationnels, selon Pythagore et ses disciples.

    Le Nombre d'or est la clef de la construction géométrique des pentagones réguliers. Il est relié au dodécaèdre régulier. Platon assignait à ce polyèdre une place très importante dans sa conception de l'Univers.

    Le Nombre d'or et la Franc-maçonnerie

    Il importe à présent de se demander pourquoi le Nombre d'or est un sujet de réflexion maçonnique.

    La réflexion sur les symboles et les rites constitue le travail le plus important à effectuer en Franc-maçonnerie ; celle à propos des signes et des clefs semble y occuper une place non négligeable.

    Grâce à la contribution de Platon et aux commentaires néoplatoniciens, le développement de la pensée pythagoricienne a permis la transmission de « clefs » traditionnelles jusqu'à nous.

    Depuis les corporations grecques et les guildes du Moyen Age, les architectes et bâtisseurs ont véhiculé des symboles, des signes et des clefs qui ne sont que les secrets géométriques des pythagoriciens.

    Qu'est-ce qu'une clef ?

    Une clef est une proportion qui se présente comme une loi générale qui concerne aussi bien la musique, l'architecture, l'arithmétique, la poésie et la morale.

    Qu'est-ce qu'une proportion ?

    Une proportion est un rapport qu'un tout a avec les parties et celui qu'elles ont séparément, comparativement au tout, suivant la mesure d'une certaine partie.

    La science des nombres purs a profondément influencé la connaissance symbolique grâce à la transmission des significations numériques fondamentales omniprésentes en Franc-maçonnerie.

    Pour conclure, du moins provisoirement…

    Le Nombre d'or devrait réveiller notre curiosité à l'égard de notre environnement naturel et esthétique mais aussi provoquer notre étonnement au sujet du Carré long qui, dans nos Loges, est en fait un rectangle de proportion dorée. Le Nombre d'or pythagoricien détermine en effet la dimension idéale des temples antiques mais aussi de nos Loges.

    Cette recherche à propos du Nombre d'or et du Carré Long peut nous aider à mieux comprendre et apprécier des symboles plus complexes tels que ceux que l'on rencontre au degré de Compagnon. Je songe notamment au Pentagramme ou à l’Etoile Flamboyante en rapport direct avec le Carré long. C'est en admettant que l'Etoile Flamboyante est le centre d'où part la vraie Lumière que l'on comprend mieux toute l'importance que revêt le Nombre d'or.

    R:. F:. A. B.

    [1] La Cosmogonie (du grec cosmo- « monde » et gon- « en­gendrer ») était, en 1762, définie par le Dictionnaire de l'Académie française, comme « science ou système de la formation de l'Univers ».

    [2] Le Débir, dit « Saint des saints », est une partie du temple de Jérusalem.

    [3] Les collatéraux (du latin médiéval collateralis) désignent, en architecture, et spécifiquement dans le domaine de l'architecture chrétienne, les vaisseaux latéraux de la nef d'une basilique, ou d'un édifice à plan basilical, de part et d'autre du vaisseau central. Dans la plupart des églises, les collatéraux sont occupés par des chapelles.

    [4] Le premier livre des Rois est un livre de l'Ancien Testament chrétien et classé parmi les livres des Prophètes dans la tradition juive.

    [5] Le Temple de Jérusalem avait une structure concentrique, avec des parties publiques et des parties toujours plus sacrées et toujours plus rarement accessibles. Dans le sanctuaire du Temple, le « Saint des Saints », était conservée l'Arche d'alliance avec, à l'intérieur, les Tables de la Loi (pierres gravées avec le texte des Dix Commandements transmis par Dieu à Moïse sur le mont Sinaï, durant l'Exode).

    [6] Le Débir ou Saint des saints, est la partie la plus centrale du Temple de Jérusalem, sanctuaire de la religion juive.

    [7] Voir à ce sujet le « Regius M.S. » ou poème maçonnique du British Museum, qui date du 14ème siècle.

    Bibliographie

    Behaeghel Julien - Symboles et initiation maçonnique

    Editions du Rocher, Monaco, 2002

     

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995

     

    Béresniak Daniel - Rites et Symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome 1 : « Les Loges Bleues » - Editions Detrad, Paris, 1997

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986

     

    Boisdenghien Guy - La Vocation Initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995

     

    Cleyet-Michaud Marius - Le Nombre d'or

    Que sais-je ? N° 1530 - P.U.F., Paris, 1995

     

    Dangle Pierre - Le Livre de l’Apprenti

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 1999

     

    Davy Marie-Madeleine - Initiation à la symbolique romane

    Champs histoire - Editions Flammarion, 1977

     

    Ferré Jean - Dictionnaire des symboles maçonniques

    Editions du Rocher, Monaco, 1998

     

    Ferré Jean - Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, Paris, 1994

     

    Geay Patrick - Mystères et significations du Temple maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1997

     

    Guigue Christian  - La formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 2007

     

    Mainguy Irène - La symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy, Paris, 2006

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie – Tome 2

    Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997

     

    Schwaller De Lubicz R.A. - Le Temple dans l'homme

    Collection Architecture et symboles sacrés

    Editions Dervy, Paris, 1982

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994

     

    Ghyka Matila - Le nombre d’or

    Rites et rythmes pythagoriciens dans le développement de la civilisation occidentale

    Editions Gallimard, 1976

     

    Allendy René (Docteur) - Le symbolisme des nombres

    Essai d’arithmosophie - Editions Traditionnelles, 1997

     

    Reghini Arturo - Les nombres sacrés dans la tradition pythagoricienne maçonnique

    Editions Arché Milano, 1981


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