• * Les valeurs en Franc-maçonnerie

    Introduction

    Au fil des enquêtes que j’ai eu l’occasion de mener auprès de Profanes, candidats à l’Initiation, il m’est souvent arrivé de leur demander quelles étaient les valeurs qu’ils espéraient trouver en Franc-maçonnerie. Les réponses étaient souvent vagues et brèves, quoi de plus normal ! Voici quelques exemples, extraits de rapports d’enquêtes :

    • S’il n’a pas encore réfléchi quant aux valeurs auxquelles Ph. B. adhère effectivement, il me cite cependant la famille. Il ignore quelles valeurs il pourrait découvrir en Franc-maçonnerie.
    • G. B. se dit heureux de la perspective d’être accueilli parmi des personnes qui poursuivent le même idéal de vie mais il ne précise pas les valeurs qu’il espère découvrir au sein de notre Ordre.
    • Pour le candidat P.T., la plus grande valeur est le respect de la parole donnée.
    • Enfant unique, la fraternité a toujours manqué à A. V. Il espère pouvoir recevoir, mais est aussi prêt à donner. Très humblement, il m’affirme avoir encore énormément à apprendre. Il a toujours rêvé d’avoir des frères, au sens propre comme au sens figuré, pour échanger énormément de choses. A. V. défend deux valeurs essentielles : la sincérité et la tolérance. Ce candidat aimerait bien exercer la bienfaisance dans quelque chose de structuré. Il a déjà eu l’occasion de se montrer charitable; il aime aider son prochain.
    • P. est profondément respectueux de ce qu’il considère comme « fondamental ». Il souhaite rejoindre une communauté d’hommes qui partagent des valeurs morales telles l’honnêteté, le respect mutuel, la solidarité, l’entraide… des valeurs qui constituent la base de l’éducation judéo-chrétienne.
    • La valeur qui semble essentielle aux yeux du candidat J. D., c’est l’humanisme, dans le sens de respect des personnes. Il faut toujours essayer de faire son possible pour les autres. Pour lui, la fraternité – qu’il espère effectivement trouver en Loge – c’est se serrer les coudes, être l’un pour l’autre, viser l’universalité de l’homme.
    • Si P. M. n’a pas reçu d’éducation religieuse, sa mère lui a inculqué des valeurs dont il est assez fier : la solidarité, l’honnêteté et la tolérance Ce candidat se dit solidaire au niveau familial surtout, avec sa mère qui l’a élevé, avec ses deux frères ainsi qu’avec quelques amis. Il pense que l’on peut compter sur lui. Il se dit charitable pour autant que l’œuvre soit bonne et l’investissement honnête et certain. Ce candidat m’a paru sociable. Il n’aime ni l’hypocrisie ni la malhonnêteté. Il est fier de son honnêteté. Il pense qu’il est tolérant mais aimerait l’être davantage. C’est un homme plein d’énergie qui se dit persévérant et capable de dévouement pour autant que la motivation soit réelle et qu’un certain plaisir puisse en être retiré. Il se dit indépendant d’esprit, peut-être même un peu trop.
    • Ce que C. P. attend de la Franc-maçonnerie au point de vue général, humain, métaphysique, c’est une certaine valeur commune entre les êtres humains ; c’est pouvoir partager la façon de voir d’autres personnes, comprendre la vie, la mort ; tendre vers la perfection.

    Après quelques années passées sur les Colonnes et à l’Orient de nos Ateliers, j’ai souhaité de faire le point au sujet de ces valeurs que véhicule la Franc-maçonnerie.

    Rappelons tout d’abord que la Franc-maçonnerie est une société fondamentalement chrétienne dans ses valeurs. Peu de gens le disent. Elle encourage ses membres à œuvrer pour le progrès de l'humanité, tout en laissant à chacun de ses membres le soin de préciser à sa convenance le sens de ces mots. La bienfaisance est l'un de ses moyens d'action. Sa vocation se veut universelle bien que ses pratiques et ses modes d'organisation soient extrêmement variables selon les pays et les époques. Elle réunit, dans de nombreux pays répartis sur toute la surface du globe, des personnes qui se sont donné pour but de travailler à leur amélioration spirituelle et morale.

    La Franc-maçonnerie s'est toujours placée sous le patronage symbolique de tous ceux qui firent progresser, tout au long de l'histoire, l'art de bâtir et les valeurs dont elle se réclame.

    Bien que tous ses membres ne prêtent pas serment sur la Bible (l'Evangile de Jean pour beaucoup) lors de l’Initiation, ce sont bien des valeurs chrétiennes qui se trouvent au centre du tout. Ne confondons cependant pas « chrétien » et « catholique » : il y a un dogme en moins !

    Pour la Franc-maçonnerie, le Frère « ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux ». On apprécie ou pas mais c'est ainsi que les choses sont écrites dans les Constitutions d’Anderson.

    En fait la Franc-maçonnerie veut défendre les valeurs les plus belles en l'homme et Dieu n'est pas la seule préoccupation de l'ordre puisque jadis, certains Maçons criaient en plaisantant « A bas la calotte ! » lorsqu'ils croisaient des Maçons chrétiens. La Franc-maçonnerie se compose en effet de plusieurs obédiences. C'est sans doute sa grande force de croire en l'homme d'abord et d'avoir un idéalisme que beaucoup devraient lui envier.

    On y croise toutes sortes de quêtes en ses murs : des Martinistes, des Templiers... et même des prêtres... Elle donna asile à des courants mystiques divers sans jamais renier ses fondamentaux ; elle est tolérante et ouverte d'esprit... sauf chez les Frères qui ne la comprennent pas...

    La Franc-maçonnerie offre un certain nombre de points d'ancrage sur l’idée de liberté, sur l'homme, sur sa perfectibilité, sur le fait que l'on peut changer la société. Tous les Maçons, réguliers ou non, doivent œuvrer à un changement de société que nous voulons plus juste et plus éclairée.

    Quel que soit l'endroit où l'on s'engage, il faut également apprendre à donner de soi pour avancer et faire avancer sa communauté. S'engager dans un groupe, c'est avoir la foi...  Et il n'y a pas de place pour les touristes consuméristes... La fraternité, la foi, l'amour sont des notions sacrées... Agissons donc comme de dignes enfants de notre créateur.

    La grande force de la Franc-maçonnerie est certainement de permettre à chacun de chercher sa vérité en toute liberté. Derrière des décors symboliques qui en font parfois rire certains, il est évident que l'essentiel se cache derrière le mot fraternité.

    Les valeurs fondamentales véhiculées par la Franc-maçonnerie traditionnelle sont effectivement la fraternité, l'amour de son prochain, la croyance en un « Grand Architecte de l'Univers » et quelques autres beautés de l'esprit.

    La Franc-maçonnerie consiste à être bon, sincère, modeste et, si elle condamne l'athéisme dans les Constitutions d'Anderson, elle prône par contre l'égalité religieuse.

    L'esprit de tolérance fait en effet partie des valeurs affichées par la Franc-maçonnerie. La spiritualité étant omniprésente autant dans le symbolisme que dans la démarche philosophique sur laquelle repose l'ensemble de la Franc-maçonnerie, la très grande majorité des Loges – les Loges régulières – requiert la croyance en un « Être Suprême » qu’elles désignent par l’expression « Grand Architecte de l'Univers ».

    La Franc-maçonnerie revendique donc un certain nombre de valeurs. Ses membres s'estiment ainsi liés par des idéaux, tant éthiques que métaphysiques. Tentons à présent de voir plus clair dans ce domaine.

     

    Les valeurs

    La notion de valeur est souvent utilisée au pluriel. Il semble en effet difficile de considérer comme de même nature l'impression esthétique qui nous fait trouver un tableau saisissant, le respect pour une décision politique courageuse, l'approbation d'un acte charitable, l'admiration pour une performance intellectuelle, le jugement portant sur le rendement d'une machine, ou encore une estimation boursière.

    Les choses étaient plus simples quand on ne parlait pas de valeurs au pluriel, mais du bien au singulier, que les théologiens nous disaient intimement relié au beau et au vrai.

    Mais une fois ancré dans les esprits que dans le domaine des valeurs chacun doit pouvoir juger en toute liberté de conscience, il devient possible que différents individus agissent au nom de valeurs non seulement qui s'opposent, mais dont on peut se demander si elles sont comparables entre elles.

    Du coup, la suprême valeur n'est-elle pas la liberté, puisque c'est elle qui nous permet de choisir entre les autres valeurs ? Effectivement, toute une philosophie des valeurs s'est fondée sur la liberté du sujet, et Sartre a même été jusqu'à soutenir qu'en dehors de l'engagement du sujet qui les choisit, les valeurs n'existent pas.

    La crise de notre époque actuelle, dit-on, est une crise des valeurs. Quand plus rien ne semble avoir de sens, c’est que nos valeurs ont cessé de faire l’unanimité et sont à la dérive.

    Partons d’une définition simple : une valeur est ce qui fait l’objet d’une préférence, ce qui est estimé, préféré ou désiré par un groupe de sujets déterminés. Par exemple, pour un aristocrate, la noblesse constitue une très haute valeur. Toute valeur, de ce point de vue, est sociale. Il n’y a pas de valeur strictement individuelle et les jugements de valeur ont toujours un caractère collectif.

    Si on tente une classification approximative, on peut marquer les distinctions suivantes en faisant la différence entre les :

    Valeurs économiques :

    La réussite sociale, est une valeur partagée par les américains. La préférence avouée en faveur du gain, du profit, et de l’argent en font des valeurs. Ce type de valeur est très visiblement une valeur matérielle.

    Nous pouvons aussi noter que ces valeurs sont marquées par une logique de la dualité. Rigoureusement parlant, les termes sont duels : luxe / austérité, richesse / pauvreté, gain / perte, réussite sociale / échec social, abondance / misère etc.

    Valeurs vitales :

    La santé est une valeur qui se rattache au plan du vital en nous ; elle est liée à une valeur centrale qui est la vie. Nous avons construit autour de la valeur santé d’énormes institutions, des corps de métiers, une spécialisation et des compétences. Notre préoccupation pour la santé a une importance qui dépasse le cadre des institutions officielles (cf. l’énorme activité des médecines parallèles et l’intérêt général pour tout ce qui touche à la valeur bien-être ; cf. l’engouement collectif, le culte qui entoure le sport et toutes les disciplines corporelles).

    Nous vivons dans une époque où la valeur centrale entre toutes est le plaisir. Valeur vitale par excellence, celle du plaisir sexuel, des plaisirs de la table, du jeu et des émotions fortes etc. On peut même se demander à juste titre si dans notre monde, le plaisir vital n’est pas devenu l’unique valeur.

    Notre attachement à la valeur vie se traduit aussi par la virulence des polémiques autour de sa remise en cause : l’euthanasie, le rejet du suicide, l’horreur de la mort, la révolte contre la guerre, le rejet de la douleur, des mutilations, de la torture etc.

    A la valeur vie est aussi lié en grande partie notre souci du respect de la nature, du respect de l’environnement.

    Valeurs morales :

    Un homme peut manifester de la grandeur, de l’honnêteté, de la droiture, de la véracité, un courage, un sens élevé de la responsabilité, etc. sans que l’expérience en soit le fruit. Nous reconnaissons collectivement dans ces vertus des valeurs qui méritent notre respect. On ne parle plus des vertus. On parle surtout des valeurs morales. Nous disons de celui qui manifeste de grandes qualités morales qu’il a un certain « sens des valeurs ».

    On peut dans cette catégorie ajouter les valeurs morales qui ont une dimension politique forte : la liberté, l’égalité, la fraternité, la solidarité, la suprématie du droit etc.

    C’est aux valeurs morales que se rattachent les valeurs religieuses. Il est évident que le croyant fait siennes certaines valeurs qu’il considère comme la spécificité de sa religion et c’est par là qu’il a souvent tendance à s’opposer à la spécificité des autres religions. Les valeurs religieuses ne constituent pas en fait une catégorie à part, mais une manière de fonder les valeurs morales différemment, en les appuyant sur une autorité incontestable. Celle du texte sacré, celle de Dieu.

    Les valeurs morales sont très marquées par la dualité, car il est sous-entendu en chacune une opposition bien / mal. Par exemple : vertu / vice, courage / lâcheté, égalité / inégalité, honnêteté / malhonnêteté, liberté / servitude, véracité / mensonge, responsabilité / irresponsabilité, etc.

    Valeurs esthétiques :

    L’homme a besoin de s’entourer de beauté, tout autant qu’il a besoin de pourvoir à sa propre survie. Nous entourons les musées de vénération et ils sont de fait devenus les temples de notre dernière spiritualité. Nous ne visitons plus un cathédrale parce qu’elle est la maison du Seigneur mais parce qu’elle est un monument qui vaut pour sa beauté esthétique.

    Nous attendons de l’art qu’il élève l’homme intérieur et le sorte de sa brutalité ordinaire.

    Le sublime de Shakespeare, la naïveté et le charme d’Homère, la perfection de Bach, méritent largement que l’on consacre sa vie à vouloir les communiquer.

    Les valeurs esthétiques ne sont pas soumises à une emprise de la pensée duelle aussi forte que les valeurs morale. Le sens esthétique est justement tout en nuance. Seul un esprit inculte tranche brutalement devant une œuvre d’art en disant « c’est beau » / « c’est moche ». Une sensibilité éveillée ne dirait jamais cela. Il en est de même pour tout ce qui relève des sentiments esthétiques les plus raffinés.

    Valeurs intellectuelles :

    Notre époque parle dans le langage de la science, comme d’autres époques ont parlé dans le langage de la philosophie ou dans le langage de la religion. S’il est une chose qui pour nous a une valeur suprême, c’est bien la pensée.

    La culture occidentale est avant tout une culture intellectuelle. Une culture qui est aussi marquée, depuis la modernité, par l’approche objective de la connaissance que constitue la science. De fait, la vérité, la clarté, la rigueur, la cohérence logique, la fécondité intellectuelle, l’objectivité, par exemple, sont effectivement des valeurs auxquelles nous tenons et pas seulement des exigences formelles. Notre éducation est un héritage de la modernité et des valeurs intellectuelles qu’elle nous a laissées.

    Remarquons que les valeurs intellectuelles sont aussi soumises à la dualité et qu’il est très facile de les convertir en jugements moraux. Vérité/erreur, clarté/obscurité, cohérence/incohérence, objectivité/subjectivité, savoir/ignorance, science/non-science etc. invitent une logique duelle et le passage de la discussion à la dispute.

    Valeurs affectives :

    La première de toutes les valeurs que l’on nomme c’est l’amour. L’amitié, le bonheur, la compassion sont des valeurs liées à l’affectivité et auxquelles nous tenons par-dessus tout. Il est très difficile de préciser le contenu d’une valeur affective. Elle parle davantage au cœur qu’à l’intellect, mais elle commande aussi de manière plus forte et plus impérative.

    Les valeurs affectives ne sont pas rationnelles. Au niveau le plus élémentaire de l’expérience humaine, elles sont marquées par la dualité : attachement/haine, bonheur/malheur, amitié/inimitié, sensibilité/insensibilité etc.

     

     

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    Examinons à présent quelques valeurs importantes véhiculées au sein de nos Loges. Je commencerai par le travail qui, à mes yeux, est la valeur principale. Le Maître des Cérémonies ne nous invite-t-il pas au travail au début de chaque Tenue ?

    La Loge est un lieu unique où nous pouvons rencontrer, connaître, apprécier, aimer… des hommes que nous n’aurions jamais pu côtoyer ailleurs. C’est un lieu unique où les idées peuvent s’échanger avec méthode, respect et harmonie. C’est pourquoi la valeur « respect » retiendra mon attention de même que la hiérarchie, le sens de la liberté, la responsabilité spirituelle, le sens de la parole donnée, la volonté, la lucidité, l’humilité, la fidélité et la joie.

    La solidarité sera également envisagée comme valeur importante. Et puisqu'elle constitue véritablement le ciment de la fraternité, je terminerai précisément cette longue réflexion par cette valeur à laquelle pensent la plupart des candidats lorsqu'on les interroge sur ce qu’ils espèrent trouver en Loge : la fraternité.

    Le travail

    Si les origines de la Franc-maçonnerie se veulent opératives, c’est-à-dire en rapport avec les métiers de la construction, la Franc-maçonnerie actuelle est dite spéculative. Les valeurs opératives ont été réassimilées pour pouvoir s’appliquer à tous types de métiers qu’ils soient manuels ou intellectuels. Il y a dans nos rituels et traditions des restes, des traces des anciennes valeurs des maçons opératifs.

    Dans la Franc-maçonnerie opérative le rayonnement du travail du maçon dans le monde profane était évident et visible car il dominait la ville de sa majesté : la cathédrale.

    Le Maçon spéculatif est aussi capable d’avoir un certain rayonnement dans le monde profane et ce rayonnement peut prendre appui sur le travail réalisé en Loge. Il n’y a pas de rupture entre le monde maçonnique et le monde profane et la véritable pratique de la Maçonnerie n’est pas en Loge mais à l’extérieur de la Loge.

    Le travail est le point central de l’enseignement maçonnique en Loge. Cet attachement des Maçons au travail apparaît dans le rituel du premier degré à plusieurs endroits. Ne nous demande-t-on pas de travailler sans relâche à notre perfectionnement intellectuel et moral ?

    Il s’agit donc initialement d’un travail sur soi-même, mais ce travail a une utilité et une finalité. La Franc-maçonnerie n’est-elle pas une alliance universelle d’hommes éclairés, groupés pour travailler en commun au perfectionnement intellectuel et moral de l’humanité ?

    La démarche intellectuelle en Loge se caractérise en effet par :

    • la pratique de l’introspection (le silence de l’Apprenti, la réception de la convocation qui permet de se préparer à entendre une intervention en Loge, le fait que l’on ne puisse pas reprendre la parole lors du rituel de table, ni après l’Orateur) ;
    • un rituel qui permet de se mettre dans un état de réception pour commencer mais aussi pour finir le Travail en Loge ;
    • les symboles de la Loge qui sont autant de sollicitations pour l’imagination, l’intuition, la réflexion ;
    • les travaux réalisés en Loge, planches pour les augmentations de salaire en vue des changements de grade, planches de Maîtres…

    Le travail en Loge n’est dans ce cas que l’aboutissement du travail réalisé hors de la Loge pour le préparer. Sans un effort personnel en amont, la fréquentation de la Loge ne présente que peu d’intérêt.

    Ce travail doit se faire dans un esprit d’ouverture. Comme dans toute démarche de nature spirituelle, il ne faut pas porter de jugement sur les autres mais uniquement être suffisamment ouvert pour recevoir et assimiler. C’est dans cet état d’esprit qu’il est possible de construire cette entité harmonieuse que l’on appelle la Loge.

    Cela ne veut pas dire que l’on n’a pas sa propre personnalité, son propre intérêt, sa propre recherche qui, de fait, ne peuvent pas être partagés… mais on va trouver dans l’écoute des autres, dans leurs expériences… de nouveaux axes de recherches, d’études, de découvertes qui vont nous faire progresser. Tant que l’apport est positif chacun des Frères a un véritable intérêt à participer aux Tenues.

    Une fréquentation assidue de nos Tenues devient donc une source d’enrichissements constants et progressifs

    • sur le plan humain car il est permis de rencontrer des hommes d’exception toujours dans des domaines différents ;
    • sur le plan initiatique où la Maçonnerie permet de faire le lien entre les différents courants d’éducation, de spiritualité, de pratique, de croyance… en fonction des origines, des passés, des attirances, des recherches… des participants afin de découvrir que la gloire du bel ouvrage est largement partagée ;
    • sur le plan spirituel où notre symbolisme du travail permet de prendre conscience qu’il n’y a pas de séparation entre le matériel et le spirituel, entre le spéculatif et l’opératif et que notre véritable épanouissement est certainement dans le bien faire quotidien.

    Prendre son temps en Maçonnerie me paraît donc essentiel car la Franc-maçonnerie est une voie de connaissance par opposition aux voies mystiques et il faut du temps pour apprendre. De plus, la Loge maçonnique est un lieu d’expérimentation exceptionnelle où nous avons l’opportunité de tester de multiples facettes de nos capacités. Lors de l’installation de la Commission des Officiers Dignitaires de la Loge, chacun d’eux se voit investi d’une charge, bien plus qu’une simple fonction.

    Toutes ces charges se retrouvent dans la direction d’une entreprise du monde profane. Les pratiquer en Maçonnerie permet au préalable d’en mesurer les composants, les difficultés, les avantages en fonction de sa propre personnalité et de ses propres dispositions naturelles. La Franc-maçonnerie est, en ce sens, un lieu unique de formation et d’expérimentation des relations sociales et professionnelles.

    Pour que le Travail en Loge puisse être efficace, ne convient-il pas aussi de se respecter mutuellement ?

    Le respect

    Le respect est l’une des valeurs les plus essentielles à l’harmonie de toute vie communautaire, quelle qu’elle soit. Au cœur de l’Initiation est le respect. Dans une Loge initiatique, le respect de l’autre est fondamental tant dans son intégrité physique que spirituelle. On y apprend à connaître la multiplicité, à ne pas la réduire mais au contraire à l’aimer et à la formuler en tant que puissance infinie de la création.

    Une voie initiatique est communion dans le respect de la diversité : diversité des êtres, des formes de vie, de la pensée et de la formulation, diversité des autres traditions.

    Le respect est indissociable de la notion de solidarité, qui se fonde sur le principe de réciprocité et d’interdépendance. Respect et solidarité sont fondamentalement présents au cœur d’une Loge maçonnique. Ils forment avec le concept de hiérarchie un triangle dynamique où chaque terme vient éclairer le sens de l’autre.

    La hiérarchie

    En tant que corps communautaire, une Loge initiatique est composée de trois grades : Apprenti, Compagnon, Maître. Cette hiérarchie n’est pas imposée par un individu qui se prendrait pour un maître tout puissant mais repose sur un ensemble de fonctions spirituelles, assemblées suivant un ordre naturel conforme à la Tradition.

    La raison d’être majeure de la hiérarchie initiatique est de rendre perceptibles, en Loge, les causes créatrices, de révéler le ciel des principes à travers notamment les Nombres et la Géométrie sacrée, et de donner voix aux symboles et aux rites.

    La hiérarchie n’est donc pas destinée à servir les intérêts ou le goût du pouvoir de tel ou tel Frère mais elle est ce qui permet de percevoir et de servir le sacré.

    Dans une Loge initiatique, il n’existe aucun privilège ni statut particulier, chacun étant situé à sa juste place pour servir l’Initiation. La hiérarchie initiatique ne confère aucun pouvoir mais demande, en revanche, à ceux qui sont investis d’une charge, d’autant plus de rigueur dans l’accomplissement de leur tâche qu’elle est élevée.

    Se mettre ainsi au service d’une puissance qui dépasse l’être humain aide à remettre les choses à leur juste place. Lorsqu'on prend conscience de ce qui est vraiment chargé de sens, on ne s’accorde plus la première place mais l’on accomplit les tâches nécessaires au service de la fonction, avec le plus grand sérieux. Lorsqu'un Frère remplit, avec cœur, la charge qui lui a été confiée, il se sent normalement porté par une énergie et une joie hors du commun.

    La joie

    Dans toute voie initiatique et le cheminement maçonnique en particulier, la joie participe de l’ascension de l’être vers la lumière. La joie est mise en disponibilité de l’être au sacré, reconnaissance de ce qui est Vie et donne la vie.

    La joie naît de l’offrande, du partage et de la communion vécus dans la Loge. De la joie et dans la joie naît l’œuvre initiatique et l’œuvre engendre la joie.

    La joie vient de la sagesse, transporte et dilate les cœurs des Frères. Elle est présence de lumière, de lumière initiatique.

    Le banquet ou les agapes qui prolongent nos Tenues constituent le moment particulier où l’esprit descend dans la matière et où la matière s’élève vers l’esprit par l’offrande. L’offrande unit et réunit. Par elle, l’abstrait et le concret se croisent ; la formulation du Verbe devient possible par la communion et l’élévation, dans l’instant présent, des cœurs et des pensées.

    Chaque Tenue est un banquet et chaque banquet est une fête où la vie en son mystère est célébrée.

    Le sens de la liberté

    S’il est difficile d’être admis dans une Loge maçonnique, il est, en revanche, très facile de la quitter. S’engager sur une voie spirituelle est un acte libre. C’est d’abord un choix personnel car personne ne peut prendre une telle décision à notre place, personne ne peut forcer une telle décision. Cette liberté perdure tout au long du chemin.

    La Franc-maçonnerie initiatique rend libre car elle fait tomber un à un les carcans des a priori, des conditionnements de la pensée, des sécurités intellectuelles illusoires pour ouvrir sur un monde de recherche où le paysage s’éclaire au fur et à mesure des prises de conscience.

    Une Loge initiatique est un espace de liberté où des Frères peuvent être pleinement eux-mêmes, témoigner de leur vécu du sacré sans qu’il y ait jugement de valeur. Une voie initiatique, étant une quête permanente de la vérité, elle requiert la plus grande liberté d’esprit pour demeurer dans le mouvement d’une pensée dynamique. Cette liberté rend chaque Frère pleinement responsable de lui-même et de la Tradition dont il est dépositaire.

    La responsabilité spirituelle

    Dans le domaine de l’Initiation, c’est de la discussion que naît la Lumière. De la rencontre entre des êtres en quête de connaissance peut naître une communion d’esprit qui permet à chacun de « devenir ce qu’il est » et d’assumer pleinement sa responsabilité spirituelle.

    L’Initiation nous offre de multiples outils. A nous de savoir les utiliser à bon escient. Pour suivre cette voie, il faut un certain courage mais le plein exercice de sa responsabilité spirituelle offre des joies inépuisables.

    Le sens de la parole donnée

    Prendre conscience de la parole donnée, c’est comprendre qu’il vaut mieux choisir une voie et s’y tenir, plutôt que d’en emprunter une multitude sans jamais les explorer à fond ni les approfondir. La connaissance ne peut être affaire de dilettantisme.

    Le sens de la parole donnée est lié à la profondeur du désir de connaissance et à son authenticité. Il s’appuie sur la conscience de ce que l’être souhaite vraiment.

    Le sens de la parole donnée demande à combattre un certain nombre de peurs, notamment celle de pouvoir se tromper. La peur d’entreprendre ne fera jamais jaillir la concrétisation de nos aspirations les plus profondes.

    La volonté

    La volonté est une force d’éveil qui permet à l’être de ne pas se laisser dépasser par les vicissitudes quotidiennes qui favorisent l’inertie spirituelle. Dans la volonté réside à la fois l’élan spirituel et les moyens que le Frère va se donner pour le vivre et le concrétiser jour après jour. La volonté vraie se révèle avec le temps. Elle participe à la fois de la droiture et de l’amour.

    Pour les traditions initiatiques, la volonté est la capacité de création du divin. Elle est une énergie créatrice, une force de vie. Présente en l’être humain, elle devient force de lumière par laquelle il se met en chemin et s’oriente vers une voie spirituelle.

    La lucidité

    La lucidité est la valeur initiatique qui amène à percer l’apparence, à faire jaillir la lumière, à passer du plus concret au sens le plus abstrait, là où elle était masquée ou occultée. C’est une valeur qui combat toutes les formes de l’illusion et de la complaisance pour chercher la vérité. La lucidité passe par le discernement qui opère pour séparer et mettre au jour l’essentiel du relatif, le vrai du faux…

    La lucidité est à l’opposé du confort. Elle demande un certain courage, celui de faire table rase des idées reçues que l’on entretient sur le monde comme sur soi-même. La lucidité demande également d’apprendre à se placer en retrait, de prendre du recul par rapport aux situations pour en appréhender la portée réelle.

    L’humilité

    L'humilité peut signifier plusieurs choses :

    • le sentiment de ne pas être grand-chose, d'être petit par rapport au monde qui nous entoure ;
    • une attitude par laquelle on ne se met pas au-dessus des choses et des autres et par laquelle on respecte ce qu'on nous donne.

    Contrairement à l'idée courante, humilité n'est pas synonyme de modestie. La modestie est une humilité feinte, à la seule fin de s'attirer encore plus de compliments. L'humilité consiste à connaître ses qualités, mais à savoir les relativiser, et savoir surtout qu'elles nous ont été données sans qu'on les mérite.

    L'humilité caractérise celui qui est dépourvu d'orgueil et conscient de ses limites.

    Le terme humilité est à rapprocher du mot humus, qui en est la source étymologique, et qui a donné par ailleurs le terme homme. Cela semble signifier que l’humilité consiste, pour l’homme, à se rappeler qu’il est poussière (ou littéralement : « fait de terre », c’est-à-dire de la matière la plus commune). Cela semble indiquer aussi que l’humilité est une attitude proprement humaine : et de fait, si l’homme n’est pas le seul être dont on puisse dire qu’il fut tiré du limon, il paraît bien être le seul à le savoir.

    Mais du coup, il est aussi le seul à pouvoir l’oublier — et pire : à vouloir l’oublier. Au-delà de l’image du matériau (terre, humus), le terme d’humilité renvoie en effet à l’idée d’une provenance étrangère, d’une impuissance à être sa propre origine ; il paraît impliquer aussi, du même coup, l’idée d’une incapacité à s’accomplir par ses seules forces ; en un mot, il s’agirait d’avouer qu’il n’est rien en nous, hormis peut-être nos fautes et nos manquements, que nous puissions nous attribuer à nous-mêmes, à nous seul.

    L’humilité ne consiste pas à se croire dépourvu de dignité, mais à se savoir incapable d’en être soi-même la source, et à se reconnaître impuissant à exister « à la hauteur » de celle-ci.

    En tant qu’être humain, je suis bien plus qu’un peu de boue (ou d’humus), contrairement à ce que suggère l’étymologie prise au pied de la lettre. Mais ce que je suis de plus, je ne me le suis pas donné à moi-même.

    Autant mon refus de ma dignité ne serait pas une vraie humilité (mais quelque chose qui pourrait être une profonde ingratitude), autant l’humilité véritable se manifeste par l’acceptation du fait que l’aide d’autrui m’est absolument indispensable. L’aide dont j’ai eu besoin pour être, tout simplement, en ce sens que je dois ma venue à l’être, et mon statut d’être pourvu de dignité, à autre chose ou à quelqu'un d’autre que moi-même.

    L’aide dont j’ai besoin, ensuite, pour tenter de ne pas être trop indigne de ma dignité : car précisément, celle-ci a quelque chose d’infini et d’absolu, qui fait de son plein respect une tâche au-dessus de mes forces — voire des forces humaines en général.

    Ainsi, être humble, ce n’est donc pas se considérer comme sans valeur, c’est au contraire voir sa propre grandeur et se sentir petit devant elle.

    D'autre part et par conséquent, l’humilité ne saurait conduire à se laisser traiter comme un être sans valeur, et à accepter toutes les humiliations. Il n’y a nulle incompatibilité entre être humble et exiger le respect : car ce dont j’exige le respect, à savoir ma dignité, c’est aussi ce dont je reconnais ne pouvoir être l’auteur. En ce sens, je demeure effacé et discret (« humble ») même lorsque je mets en avant ma dignité d’être humain.

    Il semble particulièrement important de ne pas se tromper sur le vrai sens de l’humilité, car toute erreur à son sujet irait forcément de pair avec une méprise sur le vrai sens de la dignité, et donc sur la juste attitude à avoir envers soi-même comme envers autrui.

    L’humilité est liée à la simplicité. L’humilité est conscience de l’infinie grandeur du mystère de la vie et de notre juste place par rapport à sa réalité.

    Savoir rire de soi, arrêter de se regarder faire, de s’écouter parler, de se mettre en constamment évidence, c’est diriger non plus le miroir vers soi-même mais vers le ciel. L’humilité élève. Par elle, les yeux et les oreilles s’ouvrent à la justesse, le cœur se dilate et l’être peut agir véritablement, servir plus haut que soi.

    La fidélité

    A l’origine de toute forme de fidélité se trouve un engagement telle notre prestation de serment d’Initié, plus tard celle de Compagnon, de Maître, d’Officier Dignitaire…

    La fidélité nous engage ainsi sur l’avenir.  Elle a souvent la forme d’une promesse ou d’un serment explicites qui, par définition peuvent être trahis.

    Ici réapparaît le délicat problème du rapport entre fidélité et liberté : comment s’engager à être fidèle, d’une quelconque manière, sans abdiquer sa liberté ? Qui peut affirmer qu’il ne pensera jamais que l’engagement de fidélité qu’il a pris était une erreur, ne serait-ce qu’une « erreur sur la personne » ? Or, si l’on admet qu’on peut se tromper sur les personnes comme sur les valeurs auxquelles on s’est engagé à être fidèle, ne peut-on pas en conclure que la seule fidélité à laquelle on doive s’engager, et même la seule qui ait un sens, est la fidélité à soi-même ?

    La fidélité se révèle dans le temps. Elle est aussi ce qui le transcende. Elle témoigne de l’Œuvre initiatique qui prolonge et incarne l’esprit de la Tradition.

    La fidélité est la qualité qui couronne la vie des Frères qui ont su garder, nourrir et entretenir l’ardeur du premier jour pour vivre et servir le sacré.

    La fidélité est concrétisation, jour après jour, de la foi et de la confiance. Elle est consécration d’une vie orientée vers la Sagesse. Sa puissance extraordinaire fait de cette valeur un agent de communion qui unit les Initiés ayant suivi la même voie spirituelle. Elle assure la transmission initiatique au-delà du temps et des époques.

    La tolérance

    La tolérance fait aussi partie des valeurs affichées par la Franc-maçonnerie. La spiritualité étant omniprésente autant dans le symbolisme que dans la démarche philosophique sur laquelle repose l'ensemble de la Franc-maçonnerie, la très grande majorité des Loges requiert la croyance en un « Être Suprême » ou « Grand Architecte de l'Univers ». Mais le terme de « Grand Architecte » peut être interprété de façon très diverse d'une Loge à l'autre. Il est parfois entendu de manière symbolique, en incluant des visions traditionnelles de « Dieu » ou de la Nature, ou d'unité cosmique comme on peut en trouver dans certaines religions orientales et dans l'idéalisme occidental.

    Dans les branches dérivées de la Franc-maçonnerie dite « libérale », cette croyance en un « Être Suprême » est facultative et les agnostiques ou les athées sont acceptés sans problème, ce qui est devenu la principale cause des mésententes entre les obédiences traditionnelles et libérales.

    La tolérance, du latin tolerare (supporter), est la vertu qui porte à accepter ce que l'on n'accepterait pas spontanément. C'est aussi la vertu qui porte à se montrer vigilant tant envers l'intolérance qu'envers l'intolérable.

    En d'autres termes, c'est une notion qui définit le degré d'acceptation face à un élément contraire à une règle morale, civile ou physique particulière. Plus généralement, elle définit la capacité d'un individu à accepter une chose avec laquelle il n'est pas en accord, et, par extension moderne, l'attitude d'un individu face à ce qui est différent de ses valeurs.

    La compassion

    La compassion est le sentiment par lequel on est porté à percevoir ou ressentir la souffrance des autres, et poussé à y remédier.

    Le mot compassion provient du latin cum patior, « je souffre avec ». Il s'agit donc d'un calque latin du grec sym patheia, sympathie, dont le sens avait dévié. D'où le besoin de ce mot, ainsi que de celui d'empathie. « Pitié » et « apitoiement » sont tous deux devenus péjoratifs, mais signifient originellement compassion, tout comme « miséricorde » et son synonyme « commisération ».

    La compassion est une prédisposition à la perception et la reconnaissance de la douleur d'autrui, entraînant une réaction de solidarité active, ou seulement émotionnelle. Il s'agit donc d'une variante d'empathie axée sur la douleur. On peut aussi se porter de la compassion, ce qui sous-entend que l'on est détaché de soi-même.

    En développant à l'intérieur de soi la motivation de faire que tous soient heureux, qu'ils aient les causes et les conditions du bonheur, de la joie et de l'absence de souffrance, en le souhaitant profondément, cela devient une éthique de vie.

    Nous essayons alors d'agir en toute occasion dans le sens du bienfait des autres, et l'activité de l'amour est mise en action.

    Cette pensée d'amour développée et devenue la base de notre être, de notre motivation intérieure, rejaillit à l'extérieur dans notre comportement et notre activité quotidienne. La pratique, dans ce sens, commence par soi-même.

    En prenant conscience de ce qui est juste et de ce qui ne l'est pas, nous nous efforçons, tant dans notre conduite extérieure que dans notre pratique, de rejeter tout ce qui est action négative et d'accomplir ce qui est positif pour les êtres. Quand cela devient un mode de vie fondamental, nous pouvons alors l'enseigner aux autres. Au travers de cette pratique de l'amour et de la compassion, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour apporter le bonheur et les causes du bonheur, et devenant un exemple vivant de ce qui est à faire ou pas, nous montrons ce qui est juste et ce qu'il faut abandonner. C'est une affaire de chaque instant…

    Quand une émotion particulière s'élève, de l'animosité envers les autres ou un esprit de malveillance, il faut en être conscient et le transformer en un esprit altruiste qui souhaite non plus un bonheur égoïste, mais celui de tous. Alors la transformation se fait, d'instant en instant, et nous sommes capables d'aider les êtres.

    Venons-en, à présent, à ce que la plupart de nos candidats à l’Initiation espèrent surtout trouver en Franc-maçonnerie : la fraternité.

    La fraternité

    La fraternité en Maçonnerie n’est pas un vain mot : être Frères, c’est s’aimer, s’accepter tels que nous sommes, avec nos défauts, nos imperfections, nos rivalités, nos personnalités dans ce qu’elles ont de complexe et d’unique. Les Maçons forment entre eux une chaîne d’Initiés, d’individus qui ont vécu la même expérience, ce qui les rapproche et les unit. Tel est pour moi, le sens premier à donner à cette valeur. Mes Frères m’ont permis de recevoir la Lumière comme eux l’ont reçue d’autres Frères. Nous avons vécu la même expérience, la même Initiation. C'est pourquoi les Francs-maçons se reconnaissent comme Frères.

    Les Francs-maçons ont en outre juré de respecter leurs Frères, de les aider et de les soutenir. La fraternité, c'est la recherche de la valeur humaine, c'est le soutien et l'entraide partagée qui nous mènent à une existence digne et fait de nous des enfants de l'univers. Les Frères apportent les uns aux autres leur soutien afin de permettre à chacun d’eux d’emprunter en toute confiance le chemin de la recherche de soi-même. En échange, chacun fait profiter les autres de ses connaissances, de ses expériences et de son entendement.

    Il ne faut pas confondre fraternité et amitié. Les Francs-Maçons ont chacun leurs propres convictions et ne sont pas unis par une identité de vue ; ils ne la recherchent d’ailleurs pas et refusent d’admettre que quelqu'un puisse parler en leur nom. Mais la Franc-maçonnerie est, sans aucun doute, un lieu où se nouent de belles et franches amitiés entre Frères.

    Que représentent la fraternité universelle et le progrès de l’humanité?

    La fraternité n’est pas seulement le lien qui unit les Francs-Maçons. Ceux-ci s’efforcent également de faire en sorte que tous les hommes soient frères ; en d'autres termes que tous les hommes puissent s’entraider et accroître leur dignité humaine. Cela implique de créer des liens entre personnes d’opinions différentes, qui en d'autres circonstances ne se seraient sans doute jamais rencontrées.

    La fraternité, ce n’est pas seulement donner ce que l’on a, c’est offrir ce que l’on est. C’est cela que l’Initiation maçonnique nous donne et nous apprend. Aimer l’autre, c’est l’accepter dans tout ce qui fait sa réalité, sa profondeur, sa misère, sa grandeur. C’est une démarche à promouvoir et à mettre en actes concrets, car l’idéal de fraternité se traduit au plan social par le concept de solidarité.

    La tolérance maçonnique n'est pas une sorte d'apartheid amorphe qui se bornerait à accepter passivement une opinion quelconque : elle est une attitude active qui consiste à s'enrichir en apprenant l'un de l'autre.

    La fraternité maçonnique n’implique pas que chacun de nous doive devenir Maçon ! En effet la Franc-maçonnerie est avant tout une méthode de travail qui convient ou non.

    La Franc-maçonnerie ne définit pas ce qu'elle comprend par « le progrès de l’Humanité ». Pourtant, cela aussi fait l’objet du travail de recherche de chaque Franc-maçon en particulier. C’est bien parce que chaque Franc-maçon a sa conception propre du progrès de l’Humanité, que la Franc-maçonnerie elle-même n’est pas un forum d’actions sociales. Il appartient aux Francs-maçons, à titre individuel, de s’allier à d’autres personnes de bonne volonté pour mener des actions concrètes en matière d’enseignement, de santé, d’émancipation, de démocratie, de droits civils... mais aussi de veiller au bien-être matériel.

    De toute évidence le milieu professionnel permet au Franc-maçon d’œuvrer en faveur du progrès de l’Humanité. C’est en effet dans le quotidien que l’homme trouve le sens de sa vie et de sa liberté, qu’il peut fournir la preuve de son intégration et de son amour du prochain en s’engageant toujours plus en faveur de l’Humanité.
    Le type de ces engagements dépend de la personnalité de chacun ; ils varient d’un individu à l’autre en fonction de ses opinions personnelles et de son sens des responsabilités.

    Que dit notre Obédience[1] à propos de la fraternité et de la tolérance ?

    Pour les Francs-Maçons réguliers, le terme « fraternité » implique d'abord que tous les hommes sont frères et qu'à ce titre, ils ont droit à notre respect et à notre aide. Mais la fraternité ainsi conçue ne se distingue pas d'autres notions générales (fraternité chrétienne, fraternité des armes, fraternité universelle de la Révolution Française).

    Pour les Maçons en général, la fraternité désigne aussi et surtout le lien privilégié qui unit les Maçons et les oblige particulièrement. Mais pour la Maçonnerie régulière, cette fraternité maçonnique est essentiellement de source initiatique : elle n'a pas son fondement dans une communauté d'opinions ou d'intérêts, encore moins dans quelque convention sociale qui ferait que les membres du groupe s'efforceraient de se conduire mieux avec leurs « Frères » qu'avec ceux qui ne font pas partie de la société maçonnique.

    La fraternité trouve sa source dans le fait que chacun par l'Initiation s'engage dans une voie commune de recherche et de progrès spirituel. Chacun se trouve ainsi uni aux autres Maçons par l'expérience partagée d'un symbolisme vécu et éprouvé, par le désir de tous de former une communauté initiatique. Par des voies souvent très différentes, ces Maçons vont vers la Lumière, c'est leur souci commun.

    Que sur cette base naissent et se développent des amitiés personnelles très fortes, que les Maçons s'accordent à faire régner entre eux un climat de respect et d'affection réciproques, c'est évident. Mais la fraternité maçonnique est issue de l'Initiation, elle en est une conséquence, elle n'est pas le simple résultat d'un désir commun de relations amicales.

    Que peut signifier alors la tolérance?

    Ici aussi, la source est dans l'Initiation : l'Initié sait qu'au-delà des idéologies, des opinions, des divergences de vues sur nombre de sujets, ses Frères cherchent comme lui, et comme lui se sont engagés sur le chemin de la Lumière. Ils ont appris à respecter sous des aspects bien divers la personne de leur Frère. Si les idées de celui-ci ne les satisfont pas, sa personne ne leur est pas moins chère. Il ne s'agit plus de cette tolérance suspecte qui ne trouve souvent sa source que dans l'acceptation sans joie de ce qu'on renonce à empêcher ou à combattre, mais d'une attitude positive, fondée sur le respect et la compréhension et qui découle simplement de la fraternité initiatique.

    Fraternité et solidarité

    La solidarité est un sentiment bienveillant que ressentent des hommes à l'endroit d’autres hommes, généralement des membres d’un même groupe qui se sentent liés par une communauté d'intérêts.

    Si la fraternité est un élan, la solidarité est une attitude, un acte que chacun peut poser à la première personne. C’est cette attitude de justice dont les Maçons doivent se prévaloir car ce sont les sources d’un monde d’espérance où les discriminations sociales et ethniques n’existent plus. La fraternité et la solidarité doivent être vécues au quotidien dans un monde de plus en plus égoïste.

    La fraternité et la solidarité sont des valeurs qui demandent rigueur et travail sur soi. Si nous sommes fraternels et solidaires de nous-mêmes, nous sommes fraternels et solidaires des autres, c’est-à-dire capables d’aider, d’aimer et non d’exclure ou d’abandonner.

    La solidarité privilégie le partage et la communion aux dépens de la compétition. Elle révèle également une facette de l’agir très particulière qui est la capacité d’écoute. Ecouter, ce n’est pas uniquement se taire pour laisser parler l’autre, c’est ouvrir véritablement son cœur aux paroles des Initiés.

    La solidarité constitue véritablement le ciment de la fraternité.

    Pour conclure, du moins provisoirement

    Les valeurs morales que véhicule la Franc-maçonnerie ne lui sont pas exclusives : connaissance de soi, amour du prochain, respect de l'autorité légalement constituée, devoir envers l'Etre Suprême, etc.

    Le but primordial de la Franc-maçonnerie est l'amélioration de l'individu et, partant, celui du genre humain dans son ensemble. On comprendra, dès lors, que l'Initiation maçonnique s'effectue avec la plus grande dignité humaine, avec le plus grand respect de l'individu et dans un décorum impeccable.

    Le Maître Maçon doit apprendre et comprendre que tous les efforts qu’il a consentis jusqu'à présent pour avancer seront réduits à néant s’il ne cultive pas la plupart sinon toutes les vertus évoquées dans cette planche, dont trois en particulier, qui me paraissent essentielles :

    • la compassion, qui est la grande force d’amour de l’humanité,
    • l’humilité, qui toujours nous remet à notre place face à l’immensité de l’univers et à son fonctionnement fait d’ordre et de démesure, et enfin
    • le courage de s’affronter soi-même, de ne pas mettre un voile sur ses passions, ses erreurs, ses joies, ses défis et ses sentiments, le courage de se voir tel que l’on est, pas toujours glorieux, mais soi-même.

    Le Maître Maçon est souvent défini comme un être vertueux. Il doit l’être ! Cependant aux vertus, on devrait ajouter force, vigueur, courage car être Maître, c’est tenter de vivre sa vie non plus en spectateur mais en acteur, en metteur en scène ; c’est se lancer dans l’aventure de l’existence avec curiosité, spontanéité et joie ; c’est tomber sous les coups et toujours se relever ; c’est enfin accepter d’être ce que l’on est et non plus vivre en rêvant d’un autre que nous ne serons jamais. C’est exister avec nos talents et nos manques, c’est faire le tri de l’essentiel et du superflu.

    R :. F :. A. B.

     

    [1] Cf. site Internet de la G.L.R.B.

    Bibliographie

     

    Darche Claude - Vade-mecum de l’Apprenti

    Editions Dervy, Paris, 2006

     

    Darche Claude - Vade-mecum du Maître

    Editions Dervy, Paris, 2008

     

    Vernon Claire - Loge maçonnique, loge initiatique ?

    Editions La Maison de Vie, Lugrin, 2005

     

     

     


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