• * La régularité maçonnique et ses conséquences

    Introduction

    L’objet essentiel de la présente planche est de tenter d’apporter une réponse à une question récemment formulée par un de mes Frères : « pourquoi les inter-visites nous sont-elles interdites ? ». Simultanément, cette planche nous permettra aussi de mieux comprendre pourquoi notre choix s’est porté sur la Grande Loge Régulière de Belgique pour entrer en Franc-maçonnerie. Enfin le sens de notre serment apparaîtra aussi plus clairement. Il s’agit simplement d’un travail de compilation.

     

    Le principe de l’interdiction des intervisites

    Les raisons généralement invoquées pour justifier l’interdiction des « intervisites » relèvent essentiellement de notre loyauté, de notre fidélité à notre engagement.

    Lors de notre Initiation, nous nous sommes tous engagés par notre serment à respecter la Constitution et le Règlement général de notre Obédience qui prévoient cette interdiction de manière explicite.

    Voilà d’emblée un premier élément de réponse à la première question. Mais tentons d’approfondir le sujet.

     

    Notre serment 

    Prêté la main droite dégantée et posée sur le Volume de la Loi sacrée afin que nous nous engagions sur ce qu’il y a de plus sacré, notre serment nous enjoint de :

    • garder le secret,
    • rester fidèle et discret, c’est-à-dire de ne trahir ni l’Ordre maçonnique ni nos Frères,
    • persévérer dans le perfectionnement, c’est-à-dire de marcher sur le chemin de l’initiation.

     

    Le secret maçonnique

    Comment faut-il comprendre de nos jours ce concept de « secret maçonnique » ?

    Il convient tout d’abord de rappeler que la Franc-maçonnerie n’est pas une société secrète mais tout simplement discrète et, comme tout ce qui est maçonnique, le secret est avant tout un symbole qu’il faut décoder, décrypter et interpréter.

     

    Le secret maçonnique peut s’expliquer :

    1°) historiquement

    Les Francs-maçons opératifs étaient dépositaires d’un réel savoir-faire comme en témoignent les nombreuses cathédrales qu’ils ont édifiées. Les règles du métier devaient être tenues secrètes afin de n’être ni détournées ni corrompues. C’est pourquoi les nouveaux maçons devaient prêter serment de garder inviolables tous les secrets du métier.

    2°) sociologiquement

    Les persécutions et condamnations des siècles passés ont provoqué une certaine obsession du secret chez bon nombre de Francs-maçons. Cela explique pourquoi, dans nos pays, il est de règle de ne jamais dévoiler l’appartenance d’un Franc-maçon vivant à quiconque, sans sa permission expresse.

    3°) psychologiquement

    L’amour fraternel, la connivence, la sérénité, la tranquillité d’esprit et d’âme requièrent une certaine intimité qui n’est possible que dans des lieux réservés.

    4°) symboliquement et initiatiquement

    L’initiation maçonnique enclenche, au plus profond de l’individu, un processus de perfectionnement qu’il est impossible d’exprimer à quelqu’un qui ne le vit pas lui-même. Ainsi, chaque individualité est respectée et chacun trace son propre parcours.

     

    Il importe à présent de se demander pourquoi nous avons prêté notre serment sur la Bible.

     

    Pourquoi la Bible ?

    Depuis toujours, les Francs-maçons prêtent serment sur un livre considéré comme sacré et qui donne à leurs engagements un caractère solennel et irrévocable. Dans les pays occidentaux ce livre a toujours été la Bible mais aujourd’hui un candidat Franc-maçon, dont les racines religieuses personnelles ne se reconnaissent pas dans la Bible, peut prêter son serment d’engagement sur le livre de son choix tel le Coran ou la Torah qu’il n’est pas rare de voir ouvert sur l’autel des Loges maçonniques en plus de la Bible.

    Mais pour comprendre les raisons de l’interdit des « inter-visites », il nous faut retourner à l’essentiel, c’est-à-dire à la définition même de la Franc-maçonnerie.

     

    Qu’est-ce que la Franc-maçonnerie ?

    Pour nous, la Franc-maçonnerie est un ordre initiatique, un organisme auquel nous avons pu accéder par notre Initiation, c’est-à-dire par la révélation, le partage d’un savoir philosophique, d’une méthode et d’une atmosphère propice au respect de l’individu et de son épanouissement.

     

    Qu’est-ce qu’un ordre initiatique ?

    Pour transmettre leurs connaissances ésotériques, les groupements initiatiques utilisent un canevas commun. Les candidats doivent subir et surmonter des épreuves emblématiques qui les amènent à passer de leur état profane à une disposition de perception du sacré. Les Récipiendaires reçoivent les outils qui leur permettent de se modifier, de passer de la conscience à la supra-conscience.

    Pour ce faire, de tout temps, les rituels se sont articulés autour d’une mort symbolique, sollicitation à surpasser la condition profane. Les sociétés initiatiques visent à déclencher un choc émotionnel chez chacun des postulants par leur participation active à leur mort symbolique.

    Par leur participation assidue et répétitive aux cérémonies et par les méditations qui s’en suivent, les Néophytes, devenant des initiés virtuels, sont en mesure d’assimiler la perception de l’immortalité en l’affirmant en eux-mêmes.

    Si l’Initiation aboutit, elle opère une métamorphose de l’individu lorsque se réalise en lui une compréhension personnelle des symboles qui activent sa recherche de sa vie intérieure.

    La Franc-maçonnerie traditionnelle propose donc à ses membres des enseignements secrets au moyen de rituels propres à chaque degré. Ces degrés sont nécessaires car la vérité, qui existe au plus profond de chaque homme, ne se révèle et ne se concrétise que par étapes. Celles-ci forgent l’acquisition progressive de la connaissance véritable de soi.

    Les Rites forment un tout cohérent. C’est pourquoi les enseignements de la Franc-maçonnerie n’évoluent pas, ne peuvent évoluer et demeurent fidèles à son Expression. Aussi, au sein de la Tradition, la source est intrinsèquement transcendante. Les rites et les mythes qui y sont inclus traduisent l’intervention d’un principe extérieur et supérieur à la nature humaine.

     

    Notre Initiation

    Notre Initiation repose sur :

    • la communication de rites, de traditions, d’obligations et d’interdits,
    • l’engagement par serment au respect de notre constitution et de nos règlements,
    • l’adhésion à une vision du sens du sacré,
    • la transmission d’une mémoire,
    • l’apprentissage d’attitudes,
    • l’acceptation du rôle que notre obédience s’attribue dans la société humaine.

     

    Ces principes de base déterminent et définissent la nature morale, spirituelle, intellectuelle d’un univers maçonnique bien spécifique.

    La Franc-maçonnerie est donc un ordre initiatique mais le verbe « initier » mérite encore une analyse plus profonde. En effet, pour nous, la Franc-maçonnerie n’a d’autre vocation que celle d’initier.

    Initier, c’est avant tout « mettre en chemin », conduire à un nouveau départ. Comme les rites initiatiques de multiples cultures traditionnelles, le rite initiatique maçonnique vise à nous faire « mourir à nous-mêmes » pour nous amener à une vie nouvelle et nous incite à nous délivrer des entraves psychologiques, idéologiques ou autres. C’est l’espoir d’une réalisation spirituelle qui se dessine. L’initiation nous appelle tous à un travail sur nous-mêmes.

    Notre Initiation nous propose une aventure spirituelle, nous engage à découvrir et à mettre en œuvre nos propres virtualités par un long travail intime dont le rite maçonnique est le révélateur.

    Malgré sa richesse symbolique et psychique, le rite maçonnique ne nous transforme pas sur-le-champ et ne nous donne pas immédiatement des vertus et des pouvoirs nouveaux ! Que du contraire, notre Initiation se poursuit durant toute notre vie. Le rituel et le symbolisme continuent à nous inspirer tant que nous gardons en nous le désir de nous dépasser.

    Dans ce processus initiatique le symbolisme joue un rôle capital d’incitation à la méditation et à notre interprétation personnelle des symboles. Le lent déchiffrement de ce symbolisme nous conduit à une approche de l’homme et du monde.

    Le symbolisme maçonnique nous convie à l’effort de construire l’homme en nous-mêmes, d’aller vers la Lumière et d’œuvrer toujours à la fois en créateur et en artisan probe et persévérant. Ce symbolisme dit que la Lumière EST et qu’il n’est pas de plus haute démarche pour l’homme que d’aller vers elle sur le chemin de l’initiation.

    Visant aussi haut, la Maçonnerie initiatique ne saurait se proposer aucun objectif culturel, politique ou social. Elle se place sur un tout autre terrain et montre le chemin d’une tout autre action. Notre Obédience ne rassemble que les loges qui acceptent et partagent tout ce qui est affirmé dans sa Constitution et ses règlements généraux et qui fonde sa spécificité initiatique. C’est pourquoi, pour être parfaitement cohérente, la notion d’initiation exclut de recevoir en loge maçonnique toute personne qui n’a pas subi l’Initiation au même référentiel maçonnique régulier.

     

    La régularité de notre Obédience

    La régularité de notre Obédience repose sur huit conditions essentielles.

    En vertu même de son adhésion aux idéaux maçonniques traditionnels, trois principes universels définissent le caractère régulier de notre Obédience.

    La croyance en Dieu, Grand Architecte de l’Univers et en sa volonté révélée, est une condition impérativement nécessaire pour l’admission de nouveaux  membres dans une de nos loges. En effet, la Franc-maçonnerie affirme l’existence de Dieu, Etre Suprême qu’elle désigne sous le vocable de Grand Architecte de l’Univers. La Franc-maçonnerie ne définit pas l’Etre Suprême. Elle laisse à chacun la liberté absolue de le concevoir mais elle requiert de tous ses membres qu’ils admettent cette affirmation. Cette exigence est absolue et ne peut faire l’objet d’aucun compromis ni d’aucune restriction. Il ne s’agit absolument pas d’un dogme puisque l’initiation a pour but la réalisation intérieure de l’individu, laquelle ne peut évidemment s’effectuer si l’on est soumis à quelque dogme que ce soit. La croyance en Dieu, Grand Architecte de l’Univers, demeure, pour toutes les grandes loges indépendantes du monde, le critère essentiel de régularité et de fidélité aux « anciens devoirs ».

    Tout travail maçonnique se fait à la gloire du Grand Architecte de l’Univers et en présence des trois grandes Lumières de la Franc-maçonnerie : le Volume de la Loi Sacrée sous l'Équerre et le Compas sur lesquels sont prêtés tous les serments et les obligations.

    C’est pourquoi les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie doivent toujours être exposées pendant les travaux de la Grande Loge et des Loges placées sous son contrôle. Tous les Initiés doivent prêter leur Obligation sur le Livre de la Loi Sacrée dans lequel est exprimée la Révélation d’En Haut.

    Par ailleurs, notre Obédience est dite « régulière » parce que son origine est régulière, c’est-à-dire qu’à sa création on trouve une Grande Loge dûment reconnue ou trois Loges au moins, elles aussi régulièrement constituées.

    Une Grande Loge ainsi que les Loges qui lui sont rattachées sont exclusivement composées d’hommes. En effet, la tradition maçonnique n’admet que des hommes à l’initiation. Il s’agit du respect strict d’anciens usages qui reflètent une vieille expérience initiatique bien antérieure à la Franc-maçonnerie.

    Les discussions d’ordre politique ou religieux sont strictement interdites en Loge.

    La Grande Loge exerce une souveraineté absolue sur les trois grades bleus (Apprenti, Compagnon, Maitre). Il existe en effet un pouvoir administratif qui concerne la promulgation et l’application des statuts et règlements généraux de la Franc-maçonnerie locale.

    Ce pouvoir administratif est exercé, dans notre pays, par la Grande Loge Régulière de Belgique composée de l’ensemble des délégués des Loges de l’Obédience ainsi que du Grand Comité, organe directeur de la Grande Loge Régulière de Belgique.

    Notre groupement, à vocation initiatique, œuvre en observant des règles qui lui sont propres et demeure en symbiose avec le respect de la Tradition et des buts de l’acte initiatique. En Franc-maçonnerie, ces Règles sont appelées « Landmarks ». Les principes des « Landmarks » ou « Anciens Devoirs », coutumes et usages du « Métier de Maçon » doivent être strictement observés. Les « Landmarks », Règles immuables, sont les limites de l’espace dans lequel nous nous trouvons en Franc-maçonnerie régulière et à l’extérieur duquel nous nous en séparons. Ces Règles sont le substrat de l’Ordre. Elles ne sont concevables et acceptables que reconnues de temps immémoriaux.

    Mais alors en quoi les autres Obédiences sont-elles différentes de la Grande Loge Régulière de Belgique ?

     

    La Grande Loge Régulière de Belgique et les autres Obédiences

    La Grande Loge Régulière de Belgique s’affirme comme initiatique, spiritualiste et dégagée des controverses du monde extérieur. Ceci implique la référence expresse à la divinité, la recherche initiatique dans la voie de la spiritualité, l’interdiction de toute controverse politique ou religieuse en loge, l’abstention de toute participation à des travaux maçonniques auxquels assisteraient des membres d’obédiences non reconnues par la Grande Loge Régulière de Belgique parce que n’adhérant pas à l’intégralité des principes de base.

    La Grande Loge Régulière de Belgique exige de tous ses membres qu’ils affirment l’existence de Dieu, Etre Suprême, désigné sous le vocable de Grand Architecte de l’Univers.

    Elle ne définit pas l’Etre Suprême et laisse à chacun la liberté absolue de le concevoir.

    Elle requiert de tous ses adeptes qu’ils prêtent leur serment sur un Livre Sacré, généralement la Bible.

    Elle interdit en loge toute discussion sur des sujets religieux ou politiques. Elle ne reconnait aucune autorité supérieure à la sienne, locale ou étrangère, dans les domaines maçonniques.

    Elle n’accepte en son sein que des hommes âgés de plus de 21 ans.

    Les autres obédiences ont sur ces points une attitude souvent différente, parfois opposée. Les principes qui régissent les loges du Grand Orient de Belgique, de la Grande Loge de Belgique, de la Grande Loge Féminine de Belgique, du Droit Humain… sont différents, même si les apparences leur confèrent certaines similitudes.

    Certaines de ces Obédiences n’imposent pas l’affirmation de l’existence de Dieu. Certaines autorisent les discussions politiques et religieuses en loge ; certaines initient aussi des femmes, une autre rien que des femmes.

    L’athéisme adopté par certains Maçons est en antinomie irréfragable avec l’initiation sous quelle forme que ce soit.

    Un point essentiel sur lequel il convient finalement d’insister pour répondre à la première question posée, c’est qu’il y a antinomie entre le concept d’initiation et la notion d’«inter-visite» de loges d’obédiences non reconnues !

    Mais pour être complet, il convient encore d’aborder deux notions essentielles pour caractériser la Franc-maçonnerie initiatique à laquelle nous avons adhéré. Il s’agit des notions de Tradition et de transmission.

     

    La Tradition et la transmission

    La Tradition ouvre une possibilité de dépassement de soi à condition d’adhérer à une de ses expressions authentiques.

    La transmission initiatique s’exprime entre autres par l’importance accordée dans divers rituels maçonniques au symbolisme du Temple.

    Tradition et transmission sont étroitement liées, indissociables parce que le symbolisme et l’ésotérisme sont conservés et dispensés aux Néophytes par les Maîtres Maçons initiables et initiants dans le respect de l’infaillibilité traditionnelle.

    La Tradition ne peut être confondue avec les notions de conformisme et de conservatisme. Par conséquent une transmission régulière est nécessaire, inconditionnellement. En d’autres termes, sans transmission régulière, il n’y a pas d’Initiation possible.

    Une société à vocation initiatique œuvre en observant des règles qui lui sont propres mais qui doivent toujours demeurer en symbiose avec le respect de la Tradition et des buts de l’acte initiatique. Tel est le cas de la G.L.R.B. et d’elle seule en Belgique !

     

    R :. F :. A. B.

     

    Bibliographie

    Grande Loge Régulière de Belgique

    La Franc-maçonnerie Traditionnelle et Régulière

    (La petite brochure autrefois remise à tout candidat Franc-maçon)

     

    Réponses aux questions les plus fréquentes sur la Franc-maçonnerie

    sur le site Internet de la G.L.R.B.

     

    Guy Boisdenghien - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Sentiers de la Tradition - Bruxelles, 1999, Editions l’Etoile

     

     


  • Commentaires

    1
    canigou
    Jeudi 24 Mars 2016 à 11:51

    Mon T C F ,

    Félicitations de rappeler ces bases qui nous régissent et qui hélas nous les transgressons, tous autant que nous sommes.

    Que le GADLU nous parDonne !!!

    T.A.F mon B.A.F.

     

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