• * Les Landmarks - Les Constitutions d'Anderson - La Constitution de la G.L.R.B.

    Introduction

    Je me propose de remonter dans le temps à la découverte de nos plus anciens « Landmarks » et de tenter de comprendre l'évolution qui s'est produite à ce sujet à travers l'histoire de la Franc-maçonnerie moderne. Le mot « Landmarks »‚ tant apparu dans les « Constitutions d'Anderson », celles-ci feront l'objet de quelques commentaires dans la seconde partie de ce travail qui se terminera par la Constitution de la Grande Loge Régulière de Belgique que nous devrions relire un peu plus souvent.

     

    Les Landmarks

    C'est la Maçonnerie anglo-saxonne qui a fixé les règles en dehors desquelles tout Maçon et toute Obédience sont déclarés « irréguliers ». Ces règles portent le nom de  « Landmarks ». Tentons de comprendre les divers sens de ce terme.

    Certains auteurs y voient la borne dont parle maintes fois la Bible, notamment dans le Deutéronome (27, 17) et les Proverbes (22, 28). Il s'agirait donc des bornes qui fixent les limites des terrains, des champs et des prés, c'est-à-dire qui fixent le cadre de vie.

    D'autres, le limitant à un usage strictement maçonnique, lui attribuent un caractère d’éternité, d'immanence, ce qui laisse perplexe quand on considère la diversité des opinions émises par les spécialistes de l'Art Royal.

    Pour Jules Ferré, « il convient de rester réaliste et de se souvenir que la Maçonnerie a d'abord été opérative et que le vocabulaire utilisé sur le chantier a été transposé dans la Loge. Avant de bâtir un édifice, on commence par planter des piquets dans le sol qui figurent les angles du bâtiment. On tend entre eux des cordeaux qui délimitent ainsi les dimensions, l'aire de travail. Ces marques en terre, Landmarks, sont absolument nécessaires, ne serait-ce que pour creuser les fondations ».

    Dans la Loge, on agit de même : on fixe des repères au moyen de lois, de règlements. Tout ce qui s'en écarte ne fait pas partie de la Maçonnerie, et en tant que tel doit être évité ou rejeté. Ces Landmarks définissent avec précision le cadre de travail des Maçons. Ils suppriment ainsi les sources de conflit, les malentendus et interdisent toute initiative dangereuse.

    Le terme Landmarks peut donc être traduit par limites ou bornes, c'est-à-dire des critères incontournables qui définissent l'univers de la régularité maçonnique.

    Ce mot a aussi été employé au sens figuré pour signifier un événement décisif, une étape importante, un tournant de l'histoire. L'espace est souvent une métaphore pour le temps.

    Albert G Mackey (1807-1881), auteur d'une Encyclopedia of Freemasonry (1858), y énumère pas moins de vingt-cinq articles qu'il considère comme des Landmarks. Mais sa démarche n'est guère maçonnique car elle considère comme vrai et légitime tout ce qui convient à son auteur et rejette dans l'ombre ou dans l'oubli certains us et coutumes qui n'ont pas l'heur de lui plaire !

    Daniel Béresniak fait observer que cette première codification des Landmarks mêle les règles et usages aux articles de foi. Il y remarque que l'obligation de la croyance en Dieu et en l'immortalité de l'âme ne vient qu'au 1er et au 20ème rang.

    Robert Gould (1836-1915), un maçon anglais éminent, fondateur de la Loge de recherches Quatuor Coronati et auteur d'une histoire de la Franc-maçonnerie en quatre volumes écrit que « personne ne sait ce que les Landmarks contiennent ou ce qu'ils excluent. Ils ne se rapportent à aucune autorité humaine parce que tout est landmark pour l'interlocuteur qui veut réduire au silence et rien n'est landmark de ce qui lui barre le chemin ».

    C'est le 4 septembre 1929 que la Grande Loge Unie d'Angleterre a défini les huit conditions aux termes desquelles elle reconnait la régularité d'une Grande Loge étrangère.  Quelles sont ces conditions ?

    1. La régularité de son origine, c'est-à-dire que chaque Grande Loge aura été créée régulièrement par une grande loge dûment reconnue ou par au moins trois loges régulièrement constituées.
    2. La croyance au Grand Architecte de l'Univers et en sa volonté révélée.
    3. Tous les initiés prêtent l'obligation sur le Livre de la Loi Sacrée ou les yeux fixés sur ce livre ouvert par lequel est exprimée la Révélation d’En-Haut à laquelle l'individu venant d'être initié est, sur sa croyance, irrévocablement lié.
    4. La Grande Loge et les loges sont exclusivement composées par des hommes. Une Grande Loge ne peut entretenir aucun rapport maçonnique de quelque nature que ce soit avec des loges mixtes ou avec des corps qui admettent des femmes comme membres.
    5. La Grande Loge exerce une juridiction souveraine sur les loges soumises à son contrôle et exerce une autorité unique et non contestée sur le métier ou les degrés symboliques placés sous sa juridiction. Elle n'est pas subordonnée à un Suprême Conseil et elle ne partage pas son autorité avec une puissance qui contrôle des degrés autres qu'apprenti, compagnon et maitre.
    6. Les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie sont le Livre de la Loi Sacrée, l'Equerre et le Compas et sont toujours exposées pendant les travaux. La principale de ces lumières est le Volume de la Loi sacrée.
    7. Les discussions d'ordre religieux et politique sont strictement interdites en loge.
    8. Les principes des « Anciens Landmarks », coutumes et usages du métier seront strictement observés.

    Tels sont les Landmarks dont il est dit qu'ils existent « de temps immémoriaux ».  Cette expression « de temps immémoriaux » figure dans tous les discours apologétiques sur les Landmarks. Cette expression est l'argument ultime du dévot : la mémoire ne peut rendre compte des commencements ; cela a existé de tous temps ! Il s'agit là de dispositions inaccessibles à la critique.

    Il en est de même pour le Volume de la Loi sacrée qui est la révélation d’En-Haut. Il serait blasphématoire de vérifier cette affirmation. Il est interdit, ou du moins, fort mal vu d'analyser un texte, de chercher ses sources, de fouiller le passé, de découvrir comment le passé se construit, génération après génération, selon la demande du prêt-à-penser à la mode.

    En 1931, Oswald Wirth a écrit que « les Landmarks sont d'invention moderne et leurs partisans n'ont jamais pu se mettre d'accord pour les fixer. Cela n'empêche pas les Anglo-Saxons de proclamer sacrées ces limites essentiellement flottantes, qu'ils arrêtent au gré de leur particularisme. Chaque Grande Loge les fixe conformément à sa façon de comprendre la Maçonnerie ; la Maçonnerie est très diversement comprise, d'où des définitions contradictoires, destructrices d'unité au sein d'une institution visant à la concorde universelle ».

    Pour Jules Boucher, « l'Unité maçonnique, rêvée par quelques-uns, est un leurre ; elle ne sera jamais réalisée et elle n'est pas souhaitable. La Maçonnerie doit s'adapter aux différents pays et dans chaque pays correspondre aux aspirations différentes des Maçons.  C'est le Symbolisme maçonnique, bien compris, qui doit seul former le ciment entre toutes les Pierres et c'est par lui que la véritable fraternité peut et doit s'établir ».

    Dans chaque Loge, tous les Frères apportent leurs conceptions particulières relatives à n'importe quel problème ; l'harmonie cependant ne cesse de régner. Des Frères d'opinions différentes s'affrontent parfois, mais sans passion et en s'accordant une estime réciproque.  La « Liberté de Penser » est dans la Maçonnerie française un « landmark »  fondamental et, paradoxalement, ce landmark n'a pas de limites ! »

    Après la publication des huit conditions en 1929, la Grande Loge Unie d'Angleterre a encore publié une autre mise au point en 1984 afin de redéfinir les Landmarks.

    Cette déclaration est tirée des Cahiers de Villard de Honnecourt.

    Introduction

    La Franc-maçonnerie est une des plus vieilles fraternités du monde. Le présent texte est destiné à expliquer la Franc-maçonnerie telle qu'elle est pratiquée par la Grande Loge Unie d'Angleterre, au pays de Galles et dans divers Etats du monde. Cette explication peut corriger quelques erreurs.

    La Franc-maçonnerie est une société d'hommes intéressés par les valeurs morales et spirituelles. Ses membres reçoivent l'enseignement de ses préceptes à travers une série de drames rituels utilisant les anciens usages, coutumes et outils des tailleurs de pierre comme modèles allégoriques.

    La condition principale pour devenir Maçon

    La principale condition requise pour être admis et rester Maçon est la foi en un Etre Suprême. La qualité de membre peut être accordée à tout homme, de quelque race ou religion qu'il soit, qui remplit cette condition essentielle et est de bonne renommée.

    Franc-maçonnerie et religion

    La Franc-maçonnerie n'est ni une religion ni le substitut d'une religion. La condition principale, mentionnée ci-dessus, ouvre la Franc-maçonnerie aux hommes de nombreuses religions, dont elle attend qu'ils restent fidèles à leur foi. La Franc-maçonnerie interdit les discussions religieuses dans ses réunions.

    Les trois grands principes

    Depuis de nombreuses années, les Francs-maçons ont respecté trois grands principes :

    Amour fraternel :

    Tout vrai Maçon doit se montrer tolérant et respectueux des autres et se comporter avec bienveillance et compréhension envers ses semblables.

    Vérité :

    Les Francs-maçons recherchent la vérité, exigeant par-là une morale élevée et visant à l'accomplir dans leur vie même.

    Charité :

    Les Francs-maçons apprennent à pratiquer la charité, et à se soucier non seulement d'eux-mêmes, mais aussi de l'ensemble de la société, à la fois par des couvres charitables et par des efforts volontaires et des actes individuels.

    Depuis ses débuts, la Franc-maçonnerie s'est inquiétée de soins à donner aux orphelins, aux malades et aux vieillards. Ces tâches sont poursuivies de nos jours. En outre, des sommes importantes sont distribuées aux œuvres de bienfaisance locales et nationales.

    Franc-maçonnerie et société

    La Franc-maçonnerie exige de ses membres le respect des lois du pays où ils vivent et travaillent.  Ses principes ne contredisent en rien les devoirs de ses membres en tant que citoyens, mais leur font une obligation de remplir leurs responsabilités privées ou publiques.

    Le fait pour un Maçon d'user de son appartenance pour favoriser ses affaires ou celles de quelqu'un d'autre, ses intérêts professionnels ou personnels, est condamné comme contraire aux conditions selon lesquelles on demande à être admis dans la Franc-maçonnerie.

    Son devoir de citoyen doit toujours prévaloir sur ses obligations envers les autres Francs-maçons et toute tentative de protéger un Franc-maçon ayant commis un acte déshonorant ou illégal est contraire à ce devoir primordial.

    Le secret

    Les secrets de la Franc-maçonnerie se rapportent à ses moyens traditionnels de reconnaissance. Ce n'est plus une société secrète depuis que ses membres reconnaissent publiquement leur qualité en réponse aux enquêtes menées pour des raisons honorables. Ses Constitutions et Règlements sont accessibles au public. Il n'existe aucun secret quant à ses buts et ses principes. Comme beaucoup d'associations, elle considère que certaines de ses affaires internes sont des questions privées qui ne regardent que ses membres.

    Franc-maçonnerie et politique

    La Franc-maçonnerie est apolitique et les discussions politiques sont interdites dans ses réunions.

    Les autres Corps maçonniques

    La Franc-maçonnerie est pratiquée par de nombreuses Grandes Loges indépendantes ayant des principes similaires à ceux promulgués par la Grande Loge Unie d'Angleterre. Il existe quelques Grandes Loges et autres prétendus corps maçonniques qui ne suivent pas ses principes, c'est-à-dire qui n'exigent pas la foi en un Etre Suprême, ou qui autorisent ou encouragent leurs membres à prendre part comme tels aux affaires politiques. Ces Grandes Loges et Corps maçonniques ne sont pas reconnus par la Grande Loge Unie d'Angleterre comme étant maçonniquement réguliers et tout contact maçonnique avec eux est interdit.

    Conclusion

    Un Franc-maçon est encouragé à faire son devoir d'abord envers Dieu (quel que soit le nom qu'il lui donne) à travers sa foi et sa pratique religieuse ; ensuite, sans que ce soit au détriment de sa famille et de ceux qui dépendent de lui, envers son prochain par la charité et le service. Aucune de ces idées n'est exclusivement maçonnique, mais toutes devraient pouvoir être universellement acceptées. Les Francs-maçons sont censés y adhérer.

    Les chercheurs de toutes les époques s'accordent pour définir les cinq principes suivants :

    • Croyance en Dieu, Grand Architecte de l'Univers.
    • Croyance en l'immortalité de l'âme.
    • Présence du Volume de la Loi Sacrée, ouvert durant les travaux.
    • Un Franc-maçon doit être de sexe masculin, libre et majeur.
    • Un Franc-maçon doit être un Frère exemplaire, respectueux de ses engagements et devoirs à l'égard du métier comme envers sa patrie et son souverain.

    L'histoire de l'humanité démontre que depuis les Mystères de l'ancienne Egypte ou ceux d'Eleusis et dans toutes les religions de la planète, ces cinq principes se sont toujours trouvés imposés et respectés.

    Guy Boisdenghien rappelle qu'une société à vocation initiatique oeuvre en observant des règles qui lui sont propres mais qui toujours doivent demeurer en symbiose avec le respect de la Tradition et des buts de l'acte initiatique. En Franc-maçonnerie, ces règles, connues sous le vocable de Landmarks, sont les bornes frontières délimitant un espace intérieur dans lequel ont est en Franc-maçonnerie et à l'extérieur duquel on s'en sépare.

    Pour Guy Boisdenghien, ces règles immuables sont au nombre de six :

    • croyance en Dieu, Grand Architecte de l'Univers ;
    • la présence sur l'autel du Volume de la Loi Sacrée recouvert de l'Equerre et du Compas ;
    • l'interdiction des discussions politiques et religieuses en Loge ;
    • l'obligation de travailler en Loge ;
    • le respect des Pouvoirs civils de la Nation ;
    • l'observance du secret maçonnique.

    Ces règles sont le substrat de l'Ordre, étant la nature même du lien qui unit les Frères.  Il est donc inadéquat de les interpréter en termes Profanes comme certains Maçons non réguliers qui, gênés par ces exigences, traitent la Franc-maçonnerie traditionnelle de dogmatique.

    La Franc-maçonnerie Traditionnelle n'est pas dogmatique car l'initiation vise la réalisation intérieure de l'individu. Cette initiation ne peut évidemment s'effectuer si l'on est soumis à quelque dogme que ce soit !

    Il a été dit que les Landmarks, Règles du groupement initiatique maçonnique, ne sont concevables et acceptables que reconnus de temps immémoriaux. Pour Guy Boisdenghien, ce n'est pas le cas si l'on se confine aux données historiques connues. Cela devient acceptable si l'on admet le postulat que la Franc-maçonnerie n'a d'autre vocation que celle de l'initiation.

    Dans ce schéma ésotérique, « immémorial » signifie « qui remonte à une époque si lointaine qu’elle est sortie de la mémoire ». A cet égard, il faut souligner que les Frères de la première Grande Loge de Londres vivaient en un siècle où le traditionnel était encore bien compris des esprits éclairés. Nombre de nos pères fondateurs étaient au fait des courants hermétique, théosophique, alchimique et rosicrucien. Grâce à eux, la Franc-maçonnerie spéculative naissante a pu engranger tout au long du 18e siècle les connaissances ésotériques propres à l'Occident. Véhiculant ces messages, l'Ordre, à l'égal des formes passées de la Tradition, s'inscrit dans les schèmes d'aspatialité et d'intemporalité. Compris dans cette optique, les Landmarks inclus dans les Constitutions d'Anderson sont bien de « temps immémoriaux ».

    C'est au tout début du 18ème siècle que la Franc-maçonnerie anglaise, devenue « spéculative » a pris une ampleur considérable.  La haute aristocratie s'y est associée, l'esprit de tolérance a augmenté.

    Le 24 juin 1717, quatre Loges de Londres se sont réunies et ont fondé la première obédience : c'était la Grande Loge de Londres, qui regroupait déjà 63 loges en 1725.

    L'année 1723 vit la publication des « Constitutions d'Anderson » par le Duc de Wharton, Grand Maitre. Cet ouvrage, dont le retentissement allait être très important, constitue le point de départ, l'origine de ce qu'on appellera la Franc-maçonnerie spéculative ». C'est le texte fondateur de la Franc-maçonnerie moderne. Mais il est en même temps l'aboutissement d'une longue histoire, celle des Francs-maçons opératifs, qui au Moyen Age avaient constitué les Loges.

    C'est le Pasteur James ANDERSON qui est l'auteur de ce livre, intitulé « Les Constitutions » rédigées en 1723 et modifié en 1738. En dehors de la partie « historique », fort discutable, cet ouvrage contient les charges d'un Franc-maçon qui font toujours autorité. Les quarante-huit premières pages retracent en effet l'histoire de la « Confrérie des maçons, depuis l'époque biblique jusqu'au 17e siècle ». Les pages suivantes traitent des Devoirs et Obligations d'un Franc-maçon puis des règlements généraux. Elles indiquent aussi comment on constitue une nouvelle loge. Enfin le livre comprend un certain nombre de chants maçonniques.

    Un savant prélat anglican, James Usher, né à Dublin en 1580 a écrit divers ouvrages, dont l'un, Annales veteris et nivi testamenti(1650 - 1654), contient une chronologie biblique célèbre qui fait remonter à 4004 avant Jésus-Christ la création du monde ou plus exactement l'époque où commence une histoire du monde plus ou moins précise (la Genèse). Il semble assez probable que les fondateurs de la Maçonnerie moderne ont pris cette chronologie pour base de l'Ere maçonnique en la faisant remonter ainsi symboliquement à la création du monde. Les « Constitutions d'Anderson » cadrent bien avec cette chronologie.

    Les « Constitutions d'Anderson » doivent cependant être replacées dans leur contexte et ne constituent en aucun cas une loi immuable de la Franc-maçonnerie, puisqu'elles furent modifiées, en Angleterre même, dès 1738.

    J'ai repris ci-dessous la traduction de leur partie la plus connue et la plus souvent mentionnée, à savoir les « anciennes obligations ».

     

    Les Constitutions d’Anderson

    Concernant Dieu et la religion

    Un Maçon est obligé par sa tenure d'obéir à la Loi morale et s'il comprend bien l'Art, il ne sera jamais un athée stupide, ni un libertin irréligieux.

    Mais, quoique dans les temps anciens les Maçons fussent astreints dans chaque pays d'appartenir à la religion de ce pays ou de cette nation, quelle qu'elle fut, il est cependant considéré maintenant comme plus expédient de les soumettre seulement à cette religion que tous les hommes acceptent, laissant à chacun son opinion particulière, et qui consiste à être des hommes bons et loyaux ou hommes d'honneur et de probité, quelles que soient les dénominations ou croyances qui puissent les distinguer ; ainsi la Maçonnerie devient le centre d'union et le moyen de nouer une véritable amitié parmi des personnes qui eussent dû demeurer perpétuellement éloignées.

    Du magistrat civil suprême et subordonné

    Un Maçon est un paisible sujet à l'égard des pouvoirs civils, en quelque lieu qu'il réside ou travaille et ne doit jamais être mêlé aux complots et conspirations contre la paix et le bien-être de la nation, ni manquer à ses devoirs envers les magistrats inférieurs ; car la Maçonnerie a toujours pâti de la guerre, de l'effusion de sang et du désordre ; aussi les anciens rois et princes ont toujours été fort disposés à encourager les Frères, en raison de leur caractère pacifique et de leur loyauté par lesquelles ils répondaient en fait aux chicanes de leurs adversaires et défendaient l'honneur de la fraternité qui fut toujours florissante dans les périodes de paix.

    Aussi, si un Frère devenait rebelle envers l'état, il ne devrait pas être soutenu dans sa rébellion, quelle que soit la pitié que puisse inspirer son infortune ; et s'il n'est convaincu d'aucun autre crime, bien que la loyale confrérie ait le devoir et l'obligation de désavouer sa rébellion, pour ne provoquer aucune inquiétude ni suspicion politique de la part du gouvernement au pouvoir, il ne peut pas être chassé de la loge et ses relations avec elle demeurent indissolubles.

    Des loges

    Une LOGE est un lieu où des Maçons s'assemblent pour travailler : d'où le nom de LOGE qui est donné à l'assemblée ou à la société de Maçons régulièrement organisée, et l'obligation pour chaque Frère d'appartenir à l'une d'elles et de se soumettre à ses règlements particuliers ainsi qu'aux règlements généraux.  La Loge est soit particulière, soit générale et plus on la fréquente, mieux on la comprend, de même que les règlements de la loge générale ou Grande Loge annexés ci-après. Dans les temps anciens, aucun Maitre ou Compagnon ne pouvait s'en absenter, spécialement lorsqu'il y avait été convoqué, sans encourir une sévère censure à moins que le Maitre ou les Surveillants n'aient constaté qu'il en avait été empêché par une impérieuse nécessité.

    Les personnes admises comme membres d'une Loge doivent être des hommes bons et loyaux, nés libres, ayant l'âge de la maturité d'esprit et de la prudence, ni serfs ni femmes ni hommes immoraux ou scandaleux, mais de bonne réputation.

    Des Maitres, Surveillants, Compagnons et Apprentis

    Toute promotion parmi les Maitres Maçons est fondée uniquement sur la valeur réelle et sur le mérite personnel ; afin que les seigneurs puissent être bien servis, que les Frères ne soient pas exposés à l'humiliation et que l'Art Royal ne soit point décrié : pour cela aucun Maitre ou Surveillant n'est choisi à l'ancienneté, mais bien pour son mérite. Il est impossible de dépeindre ces choses par écrit, chaque Frère doit rester à sa propre place et les étudier selon les méthodes particulières de cette confrérie. Tout ce que les candidats peuvent savoir c'est qu'aucun Maitre n'a le droit de prendre un apprenti s'il n'a pas un travail suffisant à lui fournir et s'il n'est pas un jeune homme parfait ne souffrant d'aucune mutilation ou tare physique qui puisse l'empêcher d'apprendre l'Art et de servir le seigneur de son Maitre et de devenir un Frère, puis un Compagnon en temps voulu après avoir durant le nombre d'années fixé par la coutume du pays ; et s'il n'est issu de parents honnêtes ; ceci afin qu'après avoir acquis les qualités requises il puisse parvenir à l'honneur d'être le Surveillant, puis le Maitre de la Loge, le Grand Surveillant et enfin, selon son mérite, le Grand Maitre de toutes les Loges.

    Nul Frère ne peut être Surveillant avant d'avoir passé le degré de Compagnon ; ni Maitre avant d'avoir occupé les fonctions de Surveillant ; ni Grand Surveillant avant d'avoir été Maitre d'une Loge, ni Grand Maitre s'il n'a pas été Compagnon avant son élection.  Celui-ci doit être, en outre, de noble naissance ou gentilhomme de bonnes manières ou quelque savant éminent ou quelque architecte distingué ou quelque autre homme de l'art d'une honnête ascendance et jouissant d'une grande estime personnelle dans l'opinion des Loges.  Et afin de pouvoir s'acquitter le plus utilement, le plus aisément et le plus honorablement de son office, le Grand Maitre détient le pouvoir de choisir son propre Député Grand Maitre qui doit être alors ou avoir été précédemment le Maitre d'une Loge particulière et qui a le privilège d'agir comme le ferait le Grand Maitre lui-même, son commettant, sauf quand le dit commettant est présent ou qu'il manifeste son autorité par une lettre.

    Ces administrateurs et gouverneurs, supérieurs et subalternes de la Loge ancienne, doivent être obéis dans leurs fonctions respectives par tous les Frères, conformément aux Anciennes Obligations et Règlements, en toute humilité, révérence, amour et diligence.

    De la direction du métier pendant le travail

    Tous les Maçons travailleront honnêtement pendant les jours ouvrables afin de profiter honorablement des jours de fête ; et l'horaire prescrit par la loi du pays ou fixé par la coutume sera respecté.  Le Compagnon Maçon le plus expert sera choisi ou délégué en qualité de Maitre ou surintendant des travaux du seigneur ; ceux qui travaillent sous ses ordres l'appelleront Maitre.

    Les ouvriers doivent éviter tout langage déplacé, et ne point se donner entre eux de sobriquets désobligeants mais s'appeler Frère ou Compagnon et se conduire avec courtoisie à l'intérieur de la Loge.

    Le Maitre, confiant en son habileté, entreprendra les travaux du seigneur aussi raisonnablement que possible et tirera parti des matériaux comme s'ils étaient à lui, ne donnant à aucun Frère ou Apprenti plus que le salaire qu'il mérite vraiment.

    Le Maitre et les Maçons recevant chacun leur juste salaire seront fidèles au seigneur et achèveront leur travail consciencieusement, qu'il soit à la tâche ou à la journée ; et ils n'effectueront pas à la tâche l'ouvrage qu'on a l'habitude de faire à temps.

    Nul ne se montrera envieux de la prospérité d'un Frère ni ne le supplantera, ni ne l'écartera de son travail s'il est capable de le mener à bien ; car personne ne peut achever le travail d'autrui, à l'avantage du seigneur, sans être parfaitement au courant des projets et conceptions de celui qui l'a commencé.  Quand un Maçon est désigné comme Surveillant des Travaux sous la conduite du Maitre, il sera équitable tant à l'égard du Maitre que des Compagnons, surveillera avec soin le travail en l'absence du Maitre dans l'intérêt du seigneur et ses Frères lui obéiront.

    Tous les Maçons employés recevront leur salaire uniment, sans murmure ni révolte, et ne quitteront pas le Maitre avant l'achèvement du travail.

    On instruira un Frère plus jeune dans le travail pour que les matériaux ne soient point gâchés par manque d'expérience et pour accroitre et consolider l'amour fraternel.

    On n'utilisera dans le travail que les outils approuvés par la Grande Loge.

    Aucun manœuvre ne sera employé aux travaux propres à la Maçonnerie et les Francs-maçons ne travailleront pas avec ceux qui ne sont pas francs, sauf nécessité impérieuse ; et ils n'instruiront ni les manœuvres ni les Maçons non acceptés, comme ils instruiraient un Frère ou un Compagnon.

    1. De la conduite.
    2. Dans la loge quand elle est constituée.

    Vous ne devez pas tenir de réunions privées, ni de conversations à part sans autorisation du Maitre, ni parler de choses inopportunes ou inconvenantes ni interrompre le Maitre, ou les Surveillants ni aucun Frère parlant au Maitre ne vous conduisez pas non plus de manière ridicule ou bouffonne quand la Loge traite de choses sérieuses et solennelles et sous aucun prétexte n'usez d'un langage malséant mais manifestez à votre Maitre, à vos Surveillants et à vos Compagnons la déférence qui leur est due et entourez-les de respect.

    Si quelque plainte est déposée, le Frère reconnu s'inclinera devant le jugement et la décision de la Loge, qui est le seul juge compétent pour tous ces différents (sous réserve d'appel devant la Grande Loge), et c'est à elle qu'il doit être déféré, à moins que le travail d'un seigneur ne risque d'en souffrir, dans lequel cas il serait possible de recourir à une procédure particulière ; mais les affaires maçonniques ne doivent jamais être portées en justice, à moins d'absolue nécessité dûment constatée par la Loge.

    Conduite après fermeture de la loge et avant le départ des frères.

    Vous pouvez jouir d'innocents plaisirs, vous traitant réciproquement suivant vos moyens, mais en évitant tout excès et en n'incitant pas un Frère à manger ou à boire plus qu'il n'en a envie, en ne le retenant pas lorsque ses affaires l'appellent, en ne disant et en ne faisant rien d'offensant ou qui puisse interdire une conversation aisée et libre ; car cela détruirait notre harmonie, et ruinerait nos louables desseins. C'est pourquoi aucune brouille ni querelle privée ne doit passer le seuil de la Loge, et moins encore quelque querelle à propos de la religion, des nations ou de la politique car comme Maçons nous sommes seulement de la religion catholique mentionnée ci- dessus ; nous sommes aussi de toutes nations, idiomes, races et langages et nous sommes résolument contre toute politique comme n'ayant jamais contribué et ne pouvant jamais contribuer au bien-être de la Loge.  Cette obligation a toujours été strictement prescrite et respectée ; surtout depuis la Réforme en Grande-Bretagne, ou la séparation et la sécession de ces nations de la communion de Rome.

    Conduite quand les frères se rencontrent sans présence étrangère mais hors d'une loge constituée.

    Vous devez vous saluer réciproquement de manière courtoise, comme on vous l'enseignera, vous appelant mutuellement Frère, échangeant librement les instructions que vous jugerez utiles, sans être vus ni entendus, sans prendre le pas l'un sur l'autre, ni manquer aux marques de respect qui seraient dues à un Frère, s'il n'était pas Maçon : car quoique les Maçons en tant que Frères soient tous sur un pied d'égalité, la Maçonnerie ne prive pas un homme des honneurs auxquels il avait droit auparavant ; bien au contraire, elle ajoute à ces honneurs, spécialement lorsqu'il a bien mérité de la fraternité qui se plait à honorer ceux qui le méritent et à proscrire les mauvaises manières.

    Conduite en présence d'étrangers non-maçons.   

    Vous serez circonspects dans vos propos et dans votre comportement, pour que l'étranger le plus perspicace ne puisse découvrir ni deviner ce qu'il ne doit pas connaitre, et vous aurez parfois à détourner la conversation et à la conduire prudemment pour l'honneur de la vénérable fraternité.

    Conduite chez vous et dans votre entourage.

    Vous devez agir comme il convient à un homme sage et de bonnes mœurs ; en particulier n'entretenez pas votre famille, vos amis et voisins des affaires de la Loge, etc., mais soyez particulièrement soucieux de votre propre honneur, et de celui de l'ancienne fraternité, ceci pour des raisons qui n'ont pas à être énoncées ici. Ménagez aussi votre santé en ne restant pas trop tard ensemble ou trop longtemps dehors, après les heures de réunion de la Loge ; et en évitant les excès de chair ou de boisson, afin que vos familles ne souffrent ni désaffection ni dommage, et que vous-même ne perdiez pas votre capacité de travail.

    Conduite envers un frère étranger.

    Vous devez l'éprouver consciencieusement de la manière que la prudence vous inspirera, afin de ne pas vous en laisser imposer par un imposteur ignorant, que vous devez repousser avec mépris et dérision, en vous gardant de lui dévoiler la moindre connaissance.

    Mais si vous le reconnaissez comme un Frère authentique et sincère, vous devez lui prodiguer le respect qu'il mérite ; et s'il est dans le besoin, vous devez le secourir si vous le pouvez, ou lui indiquer comment il peut être secouru : vous devez l'employer pendant quelques jours ou le recommander pour qu'on l'emploie. Vous n'êtes pas obligé de faire plus que vos moyens ne vous le permettent mais seulement dans des circonstances identiques, de donner la préférence à un Frère pauvre, qui est un homme bon et honnête, avant toute autre personne dans le besoin. Enfin, toutes ces OBLIGATIONS doivent être observées par vous, de même que celles qui vous seront communiquées d'autre manière ; cultivez l'amour fraternel, fondement et clé de voute, ciment et gloire de cette ancienne fraternité, repoussez toute dispute et querelle, toute calomnie et médisance, ne permettez pas qu'un Frère honnête soit calomnié, mais défendez sa réputation, et fournissez-lui tous les services que vous pourrez, pour autant que cela soit compatible avec votre honneur et votre sûreté, et pas au-delà. Et si l'un d'eux vous fait tort, vous devez recourir à votre propre Loge ou à la sienne, ensuite vous pouvez en appeler à la GRANDE LOGE en assemblée trimestrielle, et ensuite à la GRANDE LOGE annuelle, selon l'ancienne et louable coutume de nos ancêtres dans chaque nation ; n'ayez jamais recours à un procès en justice sinon quand l'affaire ne peut pas être tranchée autrement, et écoutez patiemment les conseils du Maitre et des Compagnons lorsqu'ils veulent vous éviter de comparaitre en justice avec des profanes ou vous inciter à mettre un terme rapide à toutes procédures, ceci afin que vous puissiez vous occuper des affaires de la MACONNERIE avec plus d'alacrité et de succès mais en ce qui concerne les Frères ou Compagnons en procès, le Maitre et les Frères doivent offrir bénévolement leur médiation, à laquelle les Frères en opposition doivent se soumettre avec gratitude ; et si cet arbitrage s'avère impraticable, ils doivent alors poursuivre leur procès ou procédure légale, sans aigreur ni rancune (contrairement à l'ordinaire) en ne disant et en ne faisant rien qui puisse altérer l'amour fraternel, et les bonnes relations doivent être renouées et poursuivies ; afin que tous puissent constater l'influence bienfaisante de la MACONNERIE, ainsi que tous les vrais Maçons l'ont fait depuis le commencement du monde et le feront jusqu'à la fin des temps.

     

    AMEN.  AINSI SOIT-IL.

     

    L'article premier des « Constitutions d'Anderson » fut modifié à deux reprises en Angleterre.

     

    Les modifications anglaises de 1738 et de 1813.

    Du point de vue des Anglais, il s'agissait de préciser la première rédaction et d'éviter des dérives dans son interprétation. Du point de vue de la majorité des Obédiences françaises, ces modifications ont au contraire été perçues comme une restriction de l'Universalisme Maçonnique qu'elles refusent.

    Ce débat n'est pas simple. Il est vraisemblable que la rédaction d'Anderson soit allée au-delà des traditions maçonniques opératives. Elle a d'ailleurs suscité de sérieuses controverses en Angleterre dès sa parution.

    Que doit-on faire primer ?

    L'ancienne Tradition, qui, compte tenu du contexte de l'époque, pouvait difficilement ne pas être théiste, ou au contraire ce que d'autres appellent le projet andersonien, qui autorise une très large liberté de conscience ?

    Peut-on, par exemple, conférer l'initiation maçonnique à des gens qui se retrouvent dans la pensée de Spinoza ou dans celle de Confucius ?

    Peut-on même accepter ceux qui croient en Dieu, sans pour autant avoir la certitude que Dieu est personnel et révélé ?

    Peut-on enfin initier en Franc-maçonnerie des agnostiques ? Des athées ? Les réponses sont différentes comme le sont les Obédiences.

     

    Le texte de 1738.

    Ce texte est modifié à l'occasion de la transformation de la Grande Loge de Londres en Grande Loge d'Angleterre.

    Un Maçon est obligé par sa tenure d'obéir à la loi morale en tant que véritable noachite et s'il comprend bien le métier, il ne sera jamais un athée stupide, ni un libertin irréligieux, ni n'agira à l'encontre de sa conscience.

    Dans les temps anciens, les Maçons chrétiens étaient tenus de se conformer aux coutumes chrétiennes de chaque pays où ils voyageaient. Mais la Franc-maçonnerie existant dans toutes les nations, même de religions diverses, ils sont maintenant tenus d'adhérer à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord (laissant à chaque frère ses propres opinions) c'est-à-dire être hommes de bien et loyaux, hommes d'honneur et de probité, quels que soient les noms, religions ou confession qui aident à les distinguer : car tous s'accordent sur les trois articles de Noé assez pour préserver le ciment de la Loge. Ainsi la Maçonnerie est leur centre de l'union et l'heureux moyen de concilier des personnes qui, autrement, n'auraient pu que rester perpétuellement étrangères.

     

    Le texte de 1813.

    A la fin de la très longue scission entre les « Ancients » et les « Moderns », les deux courants se sont réunifiés en formant l'actuelle Grande Loge Unie d'Angleterre qui inclut le texte suivant dans ses nouvelles constitutions :

    Concernant Dieu et la religion : un maçon est obligé, de par sa tenure, d'obéir à la loi morale et s'il comprend bien l'Art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux.  De tous les hommes, il doit le mieux comprendre que Dieu voit autrement que l'homme car l'homme voit l'apparence extérieure alors que Dieu voit le cœur.

    Un maçon est par conséquent particulièrement astreint à ne jamais agir à l'encontre des commandements de sa conscience. Quelle que soit la religion de l'homme ou sa manière d'adorer, il n'est pas exclu de l'Ordre, pourvu qu'il croie au glorieux Architecte du ciel et de la terre et qu'il pratique les devoirs sacrés de la morale. Les maçons s'unissent aux hommes vertueux de toutes les croyances dans le lien solide et agréable de l'amour fraternel, on leur apprend à voir les erreurs de l'humanité avec compassion et à s'efforcer, par la pureté de leur propre conduite, de démontrer la haute supériorité de la foi particulière qu'ils professent...

     

    Les Basic Principles anglais de 1929 et de 1989.

    La question de la « régularité » est une des plus épineuses qui soient pour les Maçons.

    Partie d'Angleterre à la fin du 17ème siècle et au début du 18ème, la Franc-maçonnerie mondiale a vécu deux schismes principaux :

    • Le schisme des « Anciens et des Modernes » en Angleterre et dans ses colonies d'abord. Il oppose tout au long du 18e siècle une Franc-maçonnerie « moderne », fondée sur le « projet andersonien » et les valeurs des Lumières, à une Franc-maçonnerie « ancienne » qui rejette les  « Constitutions d'Anderson » et se réfèrent à « d'Anciennes Constitutions » dont l'article premier proclame : « Je dois vous exhorter à honorer Dieu dans sa Sainte Eglise et à ne pas vous laisser aller à l'hérésie, au schisme et à l'erreur dans vos pensées ou dans l'enseignement d'hommes discrédités ».

    Rappelons si besoin en était que la religion d'Etat à cette époque en Angleterre n'était évidemment plus la religion catholique. Ce schisme se cristallisera d'abord sur l'opposition entre la Grande Loge de Londres et la Grande Loge d'York, puis sur celle de la Grande Loge des « Antients », à celle des « Moderns ».

    Peu à peu pourtant les positions se rapprocheront et en 1813, donc à l'époque où la Franc-maçonnerie d'inspiration franco-allemande s'est répandue dans toute l'Europe continentale à la suite de la Révolution et de l'Empire de Napoléon Bonaparte, les deux Grandes Loges anglaises se réconcilient pour former la Grande Loge Unie d'Angleterre.

    • Le schisme de la Franc-maçonnerie « anglo-saxonne » face à la Maçonnerie « continentale » ensuite.  Il perdure encore de nos jours. A vrai dire, il est difficile de parler d'un véritable schisme, car les « deux camps » sont a priori très loin d'être clairement définissables.

    Dire « anglo-saxonne » face à « continentale » n'est pas vraiment exact. Cette façon de parler est moins partisane que de dire « régulière » par opposition à « irrégulière » et « libérale »  par opposition à « dogmatique ».

    C'est afin de préciser les choses qu'en 1929, époque où l'Empire Britannique connaît une crise importante et cherche des repères, la Grande Loge Unie d'Angleterre publie ses « basic principles ». Ils permettront de cristalliser les oppositions en deux camps distincts, bien qu'assez artificiellement constitués : Il y aura désormais les Grandes Loges qui seront reconnues par la Grande Loge Unie d'Angleterre (Elles lui reconnaîtront en contrepartie la prééminence en tant que « Loge Mère du Monde »)… et toutes les autres.

    Ainsi, et jusqu'à une date très récente, étaient dans le « camp » des « reconnues » par la Grande Loge Unie d'Angleterre, les principales Grandes Loges des pays anglophones (dans lesquels vivent environ 80% des Francs-maçons de la Planète) ainsi qu'un très grand nombre des Grandes Loges du « reste du Monde ». Y compris des Grandes Loges qui exigeaient de leurs membres la foi en la seule religion chrétienne (Scandinavie) ou qui refusaient les noirs (USA, Afrique du Sud).

    Etaient dans le groupe des « non reconnues » :

    • les obédiences mixtes ou féminines ;
    • les Grandes Loges noires américaines (dites de Prince Hall) ;
    • les obédiences acceptant des personnes ne croyant pas en un Dieu révélé ou qui autorisent leurs Loges à discuter de sujets politiques ou religieux ;
    • certaines des obédiences qui pratiquent principalement des Rites d'origine, continentale (et en particulier le Rite Ecossais Ancien et Accepté, directement visé par le paragraphe qui mentionne les « Suprêmes Conseils ») ;
    • les obédiences qui, bien que respectant tous les principes les plus traditionnels, avaient des contacts avec les obédiences mixtes ou féminines.

    Ainsi, l'opposition souvent mentionnée entre une « Franc-maçonnerie régulière » qui n'acceptait parmi ses membres que des croyants en un Dieu Révélé et une Franc- maçonnerie « libérale » qui laissait à ses membres une totale liberté de conscience n'était pas totalement fausse, mais elle était caricaturale et ne rendait compte que d'une partie du problème.

    Voici ce document.

    Les « Basic Principles » de 1929.

    Le T:.R:. Grand Maître ayant exprimé le désir que le Bureau établisse une déclaration des Principes de Base sur lesquels cette Grande Loge puisse être invitée à reconnaître toute Grande Loge qui demanderait à être reconnue par la Juridiction anglaise, le Bureau des Propositions Générales a obéi avec joie. Le résultat, comme suit, a été approuvé par le Grand Maitre et formera la base d'un questionnaire qui sera retourné à l'avenir à chaque Juridiction qui demandera la reconnaissance anglaise.

    Le Bureau souhaite que non seulement ces obédiences, mais plus généralement l'ensemble de tous les Frères de la Juridiction du Grand Maître, soient entièrement informés de ces Principes de Base de la Franc-maçonnerie auxquels la Grande Loge d'Angleterre s'est tenue tout au long de son histoire.

    1. Régularité d'origine, c'est-à-dire que chaque Grande Loge doit avoir été établie légalement par une Grande Loge dûment reconnue ou par trois Loges ou plus régulièrement constituées.
    2. Que la croyance en le G:.A:.D:.L:.U:. et en Sa volonté révélée soient une condition essentielle de l'admission des membres.
    3. Que tous les initiés prennent leurs Obligations sur, ou en pleine vue, du Volume de la Loi Sacrée ouvert, de manière à symboliser la révélation d'en haut qui lie la conscience de l'individu particulier qui est initié.
    4. Que les membres de la Grande Loge et des Loges individuelles soient exclusivement des hommes, et qu'aucune Grande Loge ne doit avoir quelque relation maçonnique que ce soit avec des Loges mixtes ou des obédiences qui acceptent des femmes parmi leurs membres.
    5. Que la Grande Loge ait une juridiction souveraine sur les Loges qui sont sous son contrôle ; c'est-à-dire qu'elle soit une organisation responsable, indépendante, et gouvernée par elle-même, disposant de l'autorité unique et indiscutée sur les Degrés du Métier ou Symboliques (Apprenti, Compagnon et Maître) au sein de sa juridiction et qu'elle ne dépende ni ne partage en aucune manière son autorité avec un Suprême Conseil ou un autre Pouvoir qui revendiquerait quelque contrôle ou supervision que ce soit sur ces degrés. 
    6. Que les trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie (à savoir le Volume de la Loi Sacrée, l'Equerre et le Compas) soient toujours exposées quand la Grande Loge ou ses Loges subordonnées sont au travail, la première d'entre elles étant le Volume de la Loi Sacrée.
    7. Que la discussion de sujets politiques ou religieux soit strictement interdite au sein de la Loge.
    8. Que les principes des Anciens Landmarks, des coutumes et des usages de la Fraternité soient strictement observés.

     

    Les choses semblent changer depuis l'époque de la chute du mur de Berlin. Si certaines des évolutions survenues en 1989 ont probablement des motifs assez « pointus » (par exemple le problème du réveil de la Franc-maçonnerie dans les pays d'Europe où elle était interdite), des modifications importantes apparaissent dans le nouveau texte :

    • La Grande Loge Unie d'Angleterre ne reconnait toujours aucune obédience mixte ou féminine, mais on remarquera qu’elle ne s'interdit plus dans ce texte la possibilité de le faire un jour. 
    • La foi en Dieu et en sa volonté révélée inscrite dans la Bible est remplacée par la simple « croyance en un Etre Suprême ». On peut y voir la victoire d'Anderson et des « modernes », deux siècles et demi plus tard. 
    • Le Rite Écossais Ancien et Accepté n'est plus directement visé.

    Par contre, tout contact « officiel » avec les obédiences « excommuniées » par la Grande Loge Unie d'Angleterre reste explicitement interdit à celles qui souhaitent conserver sa reconnaissance.

    Les frontières ne sont pas toujours aussi rectilignes qu'on le croit parfois.

    Place à un nouveau document !

     

    Les « basic principles » dans leur rédaction de 1989.

    La Franc-maçonnerie est pratiquée sous l'autorité de nombreuses Grande Loges indépendantes dont les principes et les normes sont similaires à ceux établis par la Grande Loge Unie d'Angleterre tout au long de son histoire.

    Pour être reconnue par la Grande Loge Unie d'Angleterre, une Grande Loge doit respecter les normes suivantes :

    • elle doit avoir été légalement constituée par une Grande Loge régulière ou par trois Loges particulières ou plus, si chacune d'entre elles a été légitimée par une Grande Loge régulière ; 
    • elle doit être véritablement indépendante et autonome, et avoir une autorité incontestée sur la Franc-maçonnerie du Métier – ou de base – c'est-à-dire les degrés symboliques d'Apprenti, de Compagnon et de Maître, au sein de sa juridiction, et ne pas être sous la dépendance, ni partager son pouvoir en aucune manière avec aucun autre organisme Maçonnique ;  
    • les Francs-maçons placés sous sa juridiction doivent croire en un Etre Suprême ; 
    • tous les Francs-maçons placés sous sa juridiction doivent prendre leurs Obligations sur ou en pleine vue du Volume de la Loi Sacrée (qui est la Bible) ou sur le livre qui est considéré comme sacré par l'homme concerné ; 
    • les trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie (qui sont le Volume de la Loi Sacrée, l’Équerre et le Compas) doivent être exposées quand la Grande Loge ou ses Loges Subordonnées sont ouvertes ; 
    • les discussions politiques et religieuses doivent être interdites dans ses Loges ; 
    • elle doit adhérer aux principes établis (les « Anciens Landmarks ») et aux coutumes du Métier et insister pour qu'ils soient observés au sein de ses Loges.

    Grandes Loges irrégulières ou non reconnues :

    Il existe quelques soi-disant obédiences maçonniques qui ne respectent pas ces normes, par exemple qui n'exigent pas de leurs membres la croyance en un Etre suprême ou qui encouragent leurs membres à participer en tant que tels aux affaires politiques.

    Ces obédiences ne sont pas reconnues par la Grande Loge Unie d'Angleterre comme étant maçonniquement régulières et tout contact Maçonnique avec elles est interdit.

     

    Quelques commentaires

    Fraternité, esprit de tolérance et fond commun du secret sont les principaux liens unissant les Frères aux niveaux du cœur et de l'esprit. Concrètement, ils se manifestent aussi par la discipline maçonnique librement consentie par tous et principalement par le respect des Landmarks concernant l'interdiction des discussions politiques et religieuses en Loge et le respect des pouvoirs civils de la Nation.

    Le Frère est invité à construire son temple intérieur tout en exerçant simultanément ses responsabilités civiles.

    La pratique de la tolérance figure dès l'origine de la Maçonnerie spéculative dans le premier article des Constitutions. Une lecture historique de cet article en fait un texte tout à fait tolérant pour l'époque de sa rédaction.

     

    « L'initié qui comprend bien l'Art ne sera jamais un athée stupide, ni un libertin irréligieux ».

    Ces formulations « Athée stupide » et « libertin irréligieux » ne sont pas teintées d'intolérance mais soulignent implicitement que l'initiation ne peut se dissocier du divin.

    Pour Oswald Wirth, « cette certitude doit nous engager à faire confiance à qui cherche la lumière avec sincérité. Nous n'avons à exiger de lui aucun credo déterminé, l'obligeant à l'acceptation d'une conception théologique nécessairement discutable. N'érigeons pas le Grand Architecte de l'Univers en un objet de croyance, mais voyons-y le symbole le plus important de la Maçonnerie, symbole à étudier comme les autres, afin de comprendre la Maçonnerie et de construire, chacun pour soi, le sanctuaire de ses convictions personnelles ».

    Parmi tous les Landmarks anglo-saxons, la croyance en l'existence de Dieu, considéré comme le Grand Architecte de l'Univers est un Landmark d'une extrême importance par les discussions qu'il a suscitées.

    Oswald Wirth a commenté ce Landmark dans les termes suivants : « Que cette croyance soit impliquée par le caractère religieux fondamental de la Franc-maçonnerie, c'est ce que nous ne contesterons pas ».

    La notion du Grand Architecte de l'Univers est, en Maçonnerie, à la fois plus ample et plus restreinte que celle du Dieu des diverses religions.

    Dès son origine, la Franc-maçonnerie, en adoptant cette expression, a ainsi montré sa conception de la divinité dans ses rapports avec le monde et avec l'homme.

    Pour René Guénon, « le Grand Architecte de l'Univers trace le plan idéal qui est réalisé en acte, c'est-à-dire manifesté dans son développement indéfini par les êtres individuels qui sont contenus dans son Etre Universel ; et c'est la collectivité de ces êtres individuels, envisagée dans son ensemble, qui constitue le Démiurge, l'artisan ou l'ouvrier de l'Univers ».

    En France, certains groupes ont beaucoup glosé à propos de l'article touchant Dieu et la religion, pourtant essentiel pour ce qui concerne l'admission en Franc-maçonnerie.  Cet article fait référence, sous le vocable « loi morale », au contenu du serment, aux devoirs issus de l'engagement ou de l'obligation que nous prêtons lors de notre entrée dans l'Ordre.

    Cette obligation concerne le fait de s'astreindre scrupuleusement à la Loi du silence ou maintien du secret pour tout ce qui se rapporte à la Maçonnerie, se soumettre à la hiérarchie, à l'autorité du Vénérable Maître, pratiquer ses devoirs spirituels et fraternels, œuvrer pour le profit de la loge en assurant sa prospérité devenir enfin un citoyen modèle.  Voilà ce que recouvre la « loi morale ».

    Le mot « libertin », tel qu'il était utilisé entre 1723 et 1738, désigne un individu hostile à toute croyance ou pratique religieuse, spirituelle, initiatique. On peut donc judicieusement se poser la question suivante : un homme profane et ténébreux a-t-il sa place dans une loge juste, parfaite et régulière ?

     

    Examinons à présent quelle interprétation du Grand Architecte de l'Univers la Grande Loge Régulière de Belgique nous propose.

     

    Une affirmation traditionnelle : Dieu, Grand Architecte de l’Univers

    La fidélité aux principes de la Franc-maçonnerie régulière implique la reconnaissance de Dieu, Etre Suprême que la Franc-maçonnerie désigne traditionnellement par l’expression « Grand Architecte de l'Univers ». Les Grandes Loges régulières sont dans la logique de leurs objectifs initiatiques lorsqu'elles requièrent de leurs membres, avec la croyance en l'Etre Suprême, une option spirituelle dans un sens qui n'est ni défini, ni explicité: chacun se fait du Grand Architecte de l'Univers, c'est-à-dire de Dieu, une conception qui peut être purement personnelle ou même s'identifier à celle d'une religion.

    Cette notion fondamentale de la Franc-maçonnerie ne peut convenir à ceux qui se réclament du matérialisme et refusent toute approche du sacré, confondu le plus souvent dans leur esprit avec le dogmatisme, la théologie, les sectes et les églises. Mais si l'on se veut matérialiste et que l'on se fait de l'homme et de son rôle dans l'univers une conception inspirée de cette attitude mentale, il va de soi que l'on aurait tort de s'engager dans la Maçonnerie traditionnelle, au centre de laquelle se place l'initiation conçue comme réalisation spirituelle. Il est évident aussi qu'une Maçonnerie authentique ne peut avoir aucun dessein antireligieux. Elle garantit au contraire à ses membres la totale liberté de l'esprit en s'interdisant de définir Dieu et en laissant à chacun le devoir et le soin d'interpréter, de définir ou de ne pas définir ce qu'est pour lui le Grand Architecte de l'Univers.

    Ceci est de la plus élémentaire sagesse, puisque les vocables Dieu, Etre Suprême, Grand Architecte de l'Univers peuvent recouvrir les idées et les images les plus diverses sur la nature de la divinité : conceptions individuelles, parfois purement intuitives et rebelles à toute formulation, parfois au contraire axées sur une foi précise, engagée et vécue. Ainsi peuvent œuvrer au sein de la Franc-maçonnerie régulière tous les hommes de bonne volonté, pourvu qu'ils aient une conviction spirituelle, quelle qu'elle soit. Certains peuvent regretter que la Franc-maçonnerie traditionnelle détourne ainsi d'elle nombre d'hommes respectables, de bonne foi, et qui se réclament d'un idéal digne de respect.

    En fait, ces hommes ont choisi un autre mode de pensée, auquel correspond un autre genre de maçonnerie qui répond mieux à leurs idées, une maçonnerie attentive aux problèmes du monde extérieur et ne résistant pas toujours à la tentation de s'y engager, une maçonnerie aussi qui accueille indifféremment spiritualistes et matérialistes. Attitude compréhensible et en soi respectable, mais qui n'est pas celle de la Franc-maçonnerie traditionnelle proprement dite. Car le mot « maçonnerie » en est venu à désigner des organismes dont les objectifs diffèrent considérablement.

    La Franc-maçonnerie authentique n'est ni une religion, ni un substitut à la religion ; elle n'a ni credo, ni révélation propre, ni dogmes, ni chefs spirituels. Elle ne propose pas non plus une mystique. D'autre part, elle n'entend nullement se substituer aux religions, ni aux églises. Son idéal serait que chacun de ses membres, grâce à son initiation, vive plus intensément, soit sa religion, soit sa recherche spirituelle personnelle.

     

    Conclusion provisoire

    Les Landmarks trouvent leurs origines dans les Anciens devoirs (Old Charges).

    Ils précisent :

    -          les délimitations qui situent la Franc-maçonnerie par rapport à toute autre société,

    -          les bornes de la Tradition du métier de maçon,

    -          la délimitation du lieu où s'accomplit la transmission du Métier,

    -          les invariants qui sont les garants de la régularité d'une Grande Loge.

     

    Ils mettent en évidence les critères suivants de la régularité :

    • la croyance en Dieu, Grand Architecte de l'Univers et en sa volonté révélée, 
    • la présence du Volume de la Loi sacrée ouvert sur nos autels, 
    • la filiation par transmission traditionnelle, ininterrompue et hiérarchique.

     

    De ces critères découlent :

    • le principe de filiation et de transmission de l'influx spirituel qui implique la subordination des Loges au Grand Maitre et à ses délégués,
    • la prise d'obligation sur le Livre de la Loi sacrée (en général la Bible), l’Équerre et le Compas qui sont nos trois Grandes Lumières, qui spécifie le moment du rattachement à l'Ordre,
    • la consécration des Loges et l'installation rituelle des Vénérables Maîtres, qui ne peut s'effectuer que par le pouvoir du Grand Maître au travers de sa hiérarchie.

     

    Les Landmarks ont pris de multiples formes dans l'espace et le temps et ont toujours conservé les invariants suivants :

    -          la croyance en Dieu et en sa volonté révélée,

    -          le comportement moral qui découle de l'Alliance avec Dieu,

    -          le respect des lois de la cité,

    -          l'obéissance aux lois et règlements du métier,

    -          la pratique de la fraternité et de la bienfaisance.

     

    Les caractéristiques des Landmarks sont les suivantes :

    -          immémoriales : elles sont si anciennes qu'on n'en connait plus l'origine ;

    -          immuables : elles demeurent inchangées et ne varient donc pas dans le temps ;

    -          inabrogeables : on ne peut les supprimer ;

    -          fondamentales : elles représentent des principes fondateurs ;

    -          universelles : elles sont une des propositions de Dieu créateur destinées à tous les hommes de bonne volonté afin qu'ils croient             en lui et en sa volonté révélée et contribuent à parfaire son Œuvre.

     

    Les Landmarks disent ce qui est traditionnel, consubstantiel à la nature éternelle de l'homme. Ainsi, par exemple, il est dit que les Landmarks conservent ce qui a toujours été pratiqué par tous les rites. 

    Remarquons que tout Landmark doit satisfaire à deux points :

    ¨    il doit exister depuis les temps les plus lointains où la mémoire des hommes ne parvient pas à « remonter » et où l'on aurait pu éventuellement y trouver son contraire ;

    ¨    il fait tellement corps avec l'Ordre (principes, usages, essence initiatique à) que celui-ci ne serait plus celui de la Franc-maçonnerie si l'un d'eux venait à changer.

     

    Là où le Landmark est posé comme la référence ultime, la pensée libre est interdite et chacun, au lieu de produire du sens, doit s'en remettre à l'autorité en place.

    Après cette longue étude nous pouvons à présent relire, en la comprenant mieux, la Constitution de la Grande Loge Régulière de Belgique qui contient explicitement six Landmarks essentiels.

     

     R:. F:.  A. B.

     

    Constitution de la Grande Loge Régulière de Belgique

    La GRANDE LOGE RÉGULIÈRE DE BELGIQUE adopte les principes et les règles traditionnelles suivantes :

    1. La Franc-maçonnerie affirme l'existence de Dieu, Etre Suprême qu'elle désigne sous le nom de Grand Architecte de l'Univers.  Elle requiert de tous ses adeptes qu'ils admettent cette affirmation.  Cette exigence est absolue et ne peut faire l'objet d'aucun compromis, ni d'aucune restriction. La Franc-maçonnerie ne définit pas l'Etre Suprême et laisse à chacun la liberté de le concevoir.
    2. La Franc-maçonnerie est une association initiatique qui, par son enseignement symbolique, élève l'homme spirituellement et moralement et contribue ainsi au perfectionnement de l'humanité par la pratique d'un idéal de paix, d'amour et de fraternité.
    3. Tout travail maçonnique se fait « A La Gloire Du Grand Architecte De l'Univers », et en présence des trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie : le Volume de la Loi Sacrée sous l’Équerre et le Compas, sur lesquels sont prêtés tous les serments et obligations.
    4. L'initiation ne peut être conférée qu'à des hommes, âgés de vingt et un an au moins, reconnus comme étant probes, libres et de bonnes mœurs, de réputation parfaite, gens d'honneur, loyaux et discrets.
    5. Les Francs-maçons, s'interdisant de soutenir des actions susceptibles de troubler la paix et l'ordre de la société, se soumettent aux lois du pays où ils ont la faculté de se réunir et servent loyalement leur patrie. Ils ne peuvent faire état de leur qualité de Franc-maçon lorsqu'ils interviennent de quelque manière que ce soit dans les affaires publiques.
    6. Affirmant la liberté de conscience, la Franc-maçonnerie requiert de tous ses adeptes le respect des opinions d'autrui. C'est pourquoi aucune discussion sur des questions politiques ou religieuses n'est permise en Loge.
    7. Les Francs-maçons forment des groupements dépositaires de la filiation initiatique qui portent le nom de Loges. Ces Loges, sous réserve des pouvoirs de la Grande Loge dont elles relèvent, sont autonomes et sont liées seulement par les principes ici énoncés.
    8. La GRANDE LOGE RÉGULIÈRE DE BELGIQUE est une organisation indépendante exerçant une autorité souveraine sur les Loges de son obédience. Elle ne reconnait dans sa juridiction aucune autorité supérieure ou égale à la sienne sur les trois degrés symboliques (Apprenti, Compagnon et Maître).
    9. La Grande Loge Régulière de Belgique n'entretient de relations d'amitié qu'avec des obédiences qui professent les principes et les règles énoncées dans la présente Constitution. Elle se refuse à participer à des réunions nationales ou internationales qui admettraient des représentants ou des membres d'obédiences non reconnues par elle. Elle interdit à ses membres de participer à des travaux maçonniques dans de telles obédiences. Elle peut sanctionner par la suspension ou l'expulsion les manquements à ses règles et principes.
    10. La Grande Loge Régulière de Belgique respecte les anciens Landmarks, usages et coutumes de la Franc-maçonnerie.

     

    Bibliographie : Landmarks et Constitutions d’Anderson

     

    Béresniak Daniel - Rites et Symboles de la Franc-maçonnerie - Tome 1 : « Les Loges Bleues »

    Paris, 1997, Editions Detrad - Pages 217 à  231

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie - Sentiers de la Tradition

    Bruxelles, 1999, Editions L'Etoile - Pages 32, 33, 40, 44, 66, 71, 83

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Paris, 1995, Editions Dervy - Pages 72 et de 198 à 202

     

    Ferré Jean - Dictionnaire des symboles maçonniques

    France, 1997, Editions du Rocher - Pages 210 à 216

     

    Grande Loge Régulière de Belgique

    La Franc-maçonnerie Traditionnelle et Régulière

    Site lnternet : http://www.qlrb.org

     

    Guigue ChristianLa formation maçonnique

    Mons-en-Baroeul, 1995, Editions Guigue - Page 104

     

    Wirth Oswald - Qui est régulier ?

    1938 - Page 64

     


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