• * Les pas ou la marche de l'Apprenti

    Introduction

    LES PAS, LA MARCHE

    De même qu’il possède ses attributs, sa batterie ou ses signes de reconnaissance, tout grade maçonnique a sa « marche ». Celle-ci consiste en un certain nombre de pas et sert essentiellement à pénétrer dans le Temple de manière rituelle.

    Le pas est par essence ce qui définit la marche d’un individu. Or, on sait que chaque élément du comportement d’un Franc-maçon en Loge a son importance symbolique. C’est pourquoi un nombre précis de pas correspond à chaque grade et doit être effectué lors de l’entrée dans la Loge. C’est également le moyen de vérifier que celui qui pénètre dans le lieu sacré dédié à la Franc-maçonnerie est bien habilité à être présent dans cette assemblée.

    Chaque degré de la Maçonnerie symbolique se caractérise par une marche différente que l’on évoque par l’expression « faire les pas » et qui s’avère obligatoire lors de l’entrée individuelle en Loge. La marche, accompagnée des signes spéciaux à chaque degré, est obligatoire pour tous les Maçons qui pénètrent dans une Loge lorsque les Travaux sont ouverts. « Pratiquement, nous dit Jules Boucher, ceux-ci le sont presque toujours au grade d’Apprenti ; les marches de Compagnon et de Maître ne sont utilisées ou mieux « remémorées » que lors des initiations à ces degrés. »

    Le pas constitue le mouvement de base. Il ne s’opère pas identiquement pour tous les rites. Ainsi, on entre :

    du pied gauche au Rite Écossais Rectifié, au Rite Écossais Ancien Accepté,

    du pied droit au Rite français moderne, au Rite belge moderne, au Rite Émulation.

    Faire le pas, c’est mettre les deux pieds en équerre, avancer d’un pas, se remettre en équerre. Le nombre de pas fait pendant au nombre mystérieux du grade. Les Surveillants ont pour devoir de vérifier avec un soin tout particulier que les Apprentis et Compagnons maîtrisent totalement cette gestuelle de base en matière d’entrée en Loge.

    L'ENTRÉE  EN  LOGE

    Quel que soit le rite suivi, l’entrée en Loge se fait dans le respect des usages anciens codifiés d’après des normes rigoureuses. Ainsi, l’entrée dans une Loge demeure rigoureusement identique aujourd’hui à celle qui se pratiquait en 1778.

    Lorsqu'un Frère arrive en retard et que les Travaux se trouvent commencés, il vient frapper à la porte de l’Atelier suivant la batterie de son degré où les Travaux sont ouverts.

    Le retardataire doit attendre avec patience que l’entrée lui soit accordée, ce qui peut se produire tardivement si une cérémonie est commencée !

    Lorsque le Vénérable Maître donne l’ordre d’admettre le Frère en Loge, le Couvreur ouvre la porte et accueille le nouveau venu. L’arrivant doit attendre que le Vénérable Maître le regarde pour procéder à l’entrée rituelle, c’est-à-dire faire les pas, suivis du salut.

    LA MARCHE RITUELLE DES RETARDATAIRES

    Tout Maçon pénétrant dans le Temple après l’Ouverture des Travaux doit marcher rituellement. A chaque pas, le second pied vient rejoindre le pied placé en avant, en équerre.

    LA   GESTUELLE   TYPIQUE

    Dans un premier temps, le Frère place (le plus souvent) ses pieds en équerre.

    Dans un second temps, il se met à l’ordre.

    Au troisième temps, il effectue les pas du grade.

    Au quatrième temps, il fait le signe d’ordre ou salut.

    DU PIED GAUCHE OU DU PIED DROIT ?

    Quelques auteurs jugent la marche écossaise peu conforme à la symbolique, du fait qu’elle démarre du pied gauche. Il est à noter cependant que si l’on part du pied gauche, on ouvre le côté droit du corps, on l’oriente vers le Pavé mosaïque.

    L'Ecossisme « attaque » les pas du pied gauche, la plupart des autres rites les commencent du pied droit.

    Comme pour l’analyse d’autres symboles, gestes et attitudes, de nombreux auteurs Francs-maçons ont pris, à ce sujet, des positions parfois proches, parfois divergentes. Cherchons la Lumière !

    « Aucune raison, bonne ou mauvaise, dit Oswald Wirth, n’a été jusqu'ici mise en avant en faveur du pied gauche. Quant à la marche du pied droit, elle se justifie par le fait que la droite figure l’activité, l’initiative, le raisonnement, alors que la passivité, l’obéissance et le sentiment se rapportent à la gauche. C’est donc le pied droit qui, logiquement, doit se porter en avant, appuyé par la gauche dont le rôle est de suivre».

    Edouard Plantagenet abonde dans le même sens : « La marche du pied gauche nous parait inexplicable ; il n’est point convenable qu’en Maçonnerie il puisse y avoir, à quelque degré de la hiérarchie que ce soit, une passivité aveugle ou un abandon absolu aux réactions affectives justifiant le symbolisme de la gauche. Nous savons, au contraire, que la fécondité même de l’Initiation repose entièrement sur l’intensité du travail personnel, conscient, délibéré. La marche s’affirme, d’ailleurs, comme inconciliable en soi avec le départ du pied gauche et dès lors on ne voit pas comment on pourrait justifier rationnellement cette prescription ».

    « Il ne fait aucun doute, dit-il encore, que cette altération des enseignements traditionnels propage une erreur flagrante : la marche écossaise prescrit le départ du pied gauche, côté de l’affectivité passive et sentimentale ».

    Pour Jules Boucher, au contraire, « la marche du pied gauche se justifie aisément parce que précisément alors on s’appuie sur la droite, la raison qui reste stable tandis que la gauche, le sentiment, est seule mobile. Inversement, en partant du pied droit, on lance en avant la raison et le point d’appui étant le pied gauche semblerait montrer qu’on s’appuie sur l’affectivité « passive et sentimentale ». Le pied droit venant s’appliquer sur le pied gauche « rectifie » les erreurs que la gauche a pu commettre ».

    On voit qu’il est facile de réfuter les arguments « rationnels » des adversaires de la marche partant du pied gauche. Ces arguments sont d’ailleurs purement sentimentaux !

    UN  PEU  D'HISTOIRE !

    L’usage des trois pas effectués à certains moments des cérémonies remonte à l’époque de la Maçonnerie opérative mais pour nous aider à les situer dans la pratique moderne, il nous faut nous référer aux anciennes « exposures » anglaises.

    Ainsi, le « Manuscrit Wikinson » (1727) et Samuel Prichard (1730) nous indiquent que les candidats doivent avancer par trois pas vers l’autel avant de prendre leur obligation sur la Bible. Cette façon de procéder relève d’une nécessité symbolique mais ces documents ne nous fournissent aucune explication sur la manière de les faire.

    Un document plus tardif, daté de 1760, le « Three Distinct Knocks », signale que « le candidat avance seulement d’un pas au 1er degré, de deux au Second degré, de trois pas au 3ème degré ». Ce qui énonce en l’occurrence que le premier pas régulier en Franc-maçonnerie est celui qui va se traduire par la prise de l’obligation qui entérine définitivement la réception dans la fraternité car c’est l’engagement qui fait le Maçon. Sans serment sur la Bible, il n’y a point de Maçon.

    LE  PREMIER  PAS  RÉGULIER  EN  FRANC – MAÇONNERIE

    Ce pas effectué à partir des pieds mis en équerre avec les talons joints remonte au moins vers 1700 puisque nous en trouvons la mention dans le manuscrit Sloane. La Grande Loge des « Moderns » le modifia avec l’adoption des trois pas tandis que la Grande Loge des « Antients » le maintint.

    LA  GRANDEUR  ET  LE  NOMBRE  DE  PAS

    Certains rituels précisent que les pas ne doivent pas être d’égales longueurs, le premier étant un petit pas, le deuxième un peu plus grand, le troisième encore un peu plus grand !

    La marche de trois pas est celle de l’Apprenti. Serait-ce trahir un secret que de révéler ici que la marche du Compagnon est celle de l’Apprenti à laquelle viennent s’ajouter deux autres pas et que celle du Maître est celle du Compagnon à laquelle viennent s’ajouter trois pas spécifiques ?

    Le plus important n’est-il pas de découvrir, au moment adéquat, la manière de les effectuer et de les « vivre » au moment de la cérémonie de Passage au grade de Compagnon ou de l'Élévation à la Maîtrise ?

    La Marche ou les Pas de l’Apprenti

    Au grade d’Apprenti, il s’agit d’accomplir trois pas.

    Placée comme d’autres symboles du Premier degré sous le règne du nombre Trois, la marche d’Apprenti se pratique en réalité peu souvent. Accompagnée du Signe d’Ordre, elle a seulement lieu lorsqu'un Frère arrive très tard en cours de Tenue ou bien lors de l’introduction rituelle d’une délégation de visiteurs ou de dignitaires. Elle est toujours remémorée au cours de la cérémonie de l’Initiation d’un Profane.

    Pour Guy Boisdenghien, « la marche consiste à effectuer trois pas en avant, les pieds en équerre, dirigés vers l’Orient. Geste ternaire de jambes, la marche symbolise l’avancée de l’Apprenti sur le chemin de l’Initiation. Le premier pas est un essai en tant qu’image de l’ignorance native. Le deuxième pas permet de prendre conscience de la nécessaire prudence que nous devons toujours garder à l’esprit en raison de l’imperfection du langage. Le troisième pas est celui de l’attention. Ainsi, tous les sens sont tendus vers la compréhension de l’instruction initiatique ».

    Pour Gilbert Alban, les trois pas doivent être assez petits, égaux et surtout glissés et prudents afin de bien rappeler la marche intérieure du Néophyte quand il pénètre pour la première fois dans les ténèbres de son moi. Cependant ces pas hésitants ne sauraient être exagérés à cause de la volonté et du courage requis de l’Apprenti pour dégrossir sa Pierre.

    La Marche de l’Apprenti et le symbolisme de l'Équerre

    Pour Jules Boucher, la marche de l’Apprenti est rectiligne et se fait à l’aide de l'Équerre parce qu’il a été mis dans la « voie droite », parce qu’il a été « initié ». Sa marche lui rappelle les difficultés qu’il va rencontrer et la nécessité où il se trouve de ne pas s’écarter de son chemin.

    Mais pour Patrick Négrier, qui veut expliquer les symboles maçonniques d’après leurs sources, « la disposition des pieds en forme d’équerre renvoie évidemment au symbolisme de l'Équerre. L'Équerre renvoie à la forme carrée de l’autel des holocaustes. La Lettre G désigne la mer de bronze. Quant au Compas, il renvoie au ciel indiqué par la « montée » de la fumée des holocaustes et représentée par les douze bœufs soutenant la mer de bronze. Les pas sembleraient donc reprendre la symbolique universelle des voyages, le premier pas reliant la terre au ciel (c’est le trajet indiqué par la « montée » de la fumée des holocaustes ) ; le second pas reliant ensuite le ciel et la terre (c’est le trajet indiqué par la réflexion des constellations à la surface de l’eau remplissant la mer de bronze) ; et le troisième pas conduisant en réalité de la mer de bronze entre les deux colonnes Yakin et Boaz, c’est-à-dire en définitive devant la porte de l’hêkal du Temple de Salomon ».

    Quant aux trois pas considérés en eux-mêmes, Gabriel-Louis Pérau donne l’explication suivante à leur sujet : « Le premier temps se fait de la porte d’Occident à l'Équerre ; le second de l'Équerre à la Lettre G, et le troisième, de la Lettre G au Compas, toujours les pieds en équerre, pour aller chercher la Lumière ».

    Edouard Plantagenet juge pénible cette marche rituelle : « brutalement coupée par trois arrêts, elle brise notre élan. A chaque fois, elle nous contraint à un nouvel effort pour repartir ! »

    Symbolisme astrologique de la Marche de l’Apprenti

    La marche ne s’est pas introduite dans notre rituel par hasard. Il ne s’agit pas d’une invention ni un symbole construit de toutes pièces à la faveur de l’heureuse inspiration d’un esprit familiarisé avec les abstractions ! En effet, la marche et ses trois étapes semblent correspondre, comme rythme et signification, avec les trois premiers signes du zodiaque qui sont, faut-il le rappeler, le Bélier, le Taureau et les Gémeaux et qui répondent aux mois de mars, avril, mai et juin, c’est-à-dire au printemps, et sont en concordance avec l’année maçonnique qui commence le premier jour de mars !

    L’astrologie nous apprend que le Bélier est sous l’influence de la planète Mars et évoque par conséquent l’idée de lutte qui est confirmée par le renouveau solaire. Le Taureau, qui inspire le second pas, exprime le travail persévérant et désintéressé. Quant aux Gémeaux, qui sont sous l’influence planétaire de Mercure, ils sont considérés comme le signe de la fraternité.

    Faut-il accepter ou rejeter ce symbolisme astrologique sur lequel Edouard  Plantagenet s’étend complaisamment ? Il nous est loisible de l’accepter dans la mesure où tous les symbolismes vrais se recoupent et se vérifient l’un l’autre.

    De plus, si l’on s’en rapporte aux Eléments, le Bélier est signe de FEU, le Taureau signe de TERRE et les Gémeaux signe d’AIR. Le premier pas indiquerait alors l’ardeur, le second la concentration et le troisième l’intelligence.

    Conclusion provisoire

    Au risque de le répéter, les marches peuvent varier d’un Rite à un autre en fonction du symbolisme qui leur est attribué : partir du pied droit ou du pied gauche, avoir les pieds droits ou en équerre, faire des pas plus ou moins grands, faire des demi-cercles, faire monter un escalier…, mais elles gardent la même signification, à savoir le fait de marquer l’appartenance à un grade précis.

    Les marches s’exécutent pas à pas pour rappeler que la progression vers la Lumière se réalise par étapes successives.

    La position de départ, pieds en équerre, indique la droiture de conduite qui est la première qualité du Maçon.

    Mais dans la recherche de la droiture de sa propre conduite, ne convient-il pas avant tout de s’efforcer de ne pas arriver en retard à une Tenue ?

    Si l’un ou l’autre Frère arrive exceptionnellement en retard, sachons alors profiter de cette arrivée tardive pour nous imprégner une nouvelle fois du symbolisme de sa marche tel que j’ai tenté de l’analyser dans ce travail.

    Mieux vaut cependant profiter des moments de tuilage qu’offrent les cérémonies d’Initiation, de Passage au Second degré ou d'Élévation à la Maîtrise pour nous imprégner du symbolisme des différentes marches ou pour nous les remémorer.

    Cette quatrième version de cette planche, tracée pour la première fois en septembre 2000, comprend à présent un chapitre de plus, à propos de la marche à reculons du Compagnon qui vient recevoir son salaire de Maître Maçon. C’est une marche qui permet de prendre du recul vis-à-vis de soi-même avant d’accéder au seuil d’une confrontation avec un Absolu qui le dépasse.

     

    R :. F :. A. B.

    Bibliographie

    Alban Gilbert - Guide de l’Apprenti

    Editions Detrad, Paris, 1996 - Pages 231 et 232

     

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Page 121

     

    Boisdenghien Guy - La Vocation Initiatique de la Franc-maçonnerie

    Sentiers de la Tradition - Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999 - Pages 100 et 101

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 314 à 321

     

    Chauvet  (Dr) - Esotérisme de la Genèse

    Tome 1er, 1946 - Page 148

     

    Ferré Jean - Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 170 à 172

     

    Guigue Christian - La formation maçonnique

    Editions Guigue ? Mons-en-Baroeul, 1995 - Pages 147 à 149 ; 206 ; 225 et 226

     

    Mainguy Irène - La symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy, Paris, 2006 - Pages 367 à 369

     

    Négrier Patrick - Les symboles maçonniques d’après leurs sources

    Editions Télètes, Paris, 1998 - Pages 108 et 109

     

    Pérau Gabriel-Louis - Le secret des Francs-maçons

    Editions Slatkine, Genève, 1980

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome 3 : « Le Maitre » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 38, 85, 93, 169, 170


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