• * L'humilité

    * L'humilité

    Introduction

    C’est avec joie que je viens vous proposer cette planche que j’ai souhaité consacrer à l’humilité. Les propos que je tiendrai ici n’engagent que moi. Ce sujet, malgré ce titre court, est très vaste et je n’ai pas la prétention de le couvrir totalement par le biais de cette recherche. Je vous remercie d’accepter cette humble contribution et c’est avec plaisir que j’accepterai vos réflexions et réactions.

    « L’humilité est le fondement et la gardienne de toutes les vertus ». C’est saint Bernard qui s’exprime ainsi avec raison. Sans humilité, en effet, aucune autre vertu ne peut s’exprimer.

    En prêtant serment le jour de notre Initiation, nous avons promis, d’une manière ou d’une autre, de nous efforcer de donner l’exemple de toutes les vertus, sacrifiant par avance tout vain désir d’honneur, toute ambition et toute vanité. Et cela non par orgueil stérile mais dans le seul but d’inspirer à tous le désir de les acquérir.

    Dès lors, l’humilité me semble à la base de tout l’apprentissage maçonnique.

    Mais comment vit-on l’humilité en Franc-maçonnerie ?

    En sollicitant notre adhésion à la Franc-maçonnerie, nous nous sommes adressés à des inconnus à qui nous avons expédié une lettre de candidature comprenant nos motivations sincères. Cette démarche nous a mis à nu puisque nous y avons relaté des éléments intimes. Ce faisant, il nous a fallu faire preuve d’humilité pour dévoiler des pans de notre vie que nous avons parfois mis des années à enfouir.

    Pour peu que n’ayons pas ressenti cette humilité, le feu croisé des questions des enquêteurs et l’interrogatoire sous le bandeau nous y a certainement ramené, car c’est ainsi que nous avons accepté d’être jugé et observé par des personnes que nous ne voyions pas et dont nous ne maîtrisions pas les réactions.

    Pour aborder ce concept d’humilité et tenter de mieux le comprendre, je vais commencer par le définir.

    Humilité : essais de définition

    L’humilité est un sentiment, un état d'esprit de quelqu'un qui a conscience de ses insuffisances, de ses faiblesses et qui est porté à rabaisser ses propres mérites.

    Selon d’autres sources, nous pouvons aussi dire que l’humilité est le caractère de quelqu'un d'humble, de modeste et sans prestige.

    L'origine latine du mot « humilité » peut nous aider à nous débarrasser d'une fausse idée de l'humilité. En effet, le mot « humilité » vient du latin humus qui se traduit par « terre, sol ». L’humilité est généralement considérée comme le trait de caractère d'un individu qui se voit de façon réaliste.

    L'humilité est la vertu qui s'oppose à l'orgueil, à la suffisance ou à l'arrogance. La personne humble est celle qui reconnaît ses limites et ses fragilités.

    L'humilité s'oppose aussi à toutes les visions déformées qui peuvent être perçues de soi-même (égocentrisme, narcissisme, dégoût de soi), visions qui peuvent relever de la pathologie à partir d'une certaine intensité.

    L'humilité n'est pas une qualité innée chez les humains ; il est communément considéré qu'elle s'acquiert avec le temps et le vécu et qu'elle va de pair avec une maturité affective ou spirituelle. Elle s'apparente à une prise de conscience de sa condition et de sa place au milieu des autres et de l'univers.

    L'humilité n'est pas forcément liée à la manière dont un individu se montre aux autres. Ainsi, la modestie n'est pas une forme d'humilité mais plutôt une « démonstration » d'humilité que peut tout à fait réaliser une personne dépourvue d'humilité.

    De même, la fierté n'est pas incompatible avec l'humilité : un individu peut être fier de lui pour ce qu'il a réalisé, justement parce qu'il possède assez d'humilité pour prendre conscience qu'il a fait beaucoup pour ce qu'il est. Par opposition, c'est souvent par manque d'humilité qu'un individu se dévalorise, en sous-estimant ses propres capacités et donc en considérant ses réalisations comme médiocres.

    L’humilité est la disposition qui consiste à s'abaisser volontairement (à faire telle ou telle chose) en réprimant tout mouvement d'orgueil par sentiment de sa propre faiblesse.

    L’humilité est la forme la plus aboutie de la connaissance de soi. Elle suppose une perception claire et lucide de ce l’on est réellement et de la place qu’on occupe dans le monde. Elle suppose de poser sur soi un regard neutre voire distancié : l’humilité, c’est aussi la capacité de se regarder avec humour.

    Tentons une description de l’humilité.

    L'humilité peut signifier plusieurs choses :

    • le sentiment de ne pas être grand-chose, d'être petit par rapport au monde qui nous entoure ;
    • une attitude par laquelle on ne se place pas au-dessus des choses ou des autres et par laquelle on respecte ce dont la providence nous a gratifié.

    L'humilité est à distinguer de la « fausse modestie ». Cette dernière feint l'humilité afin d'attirer parfois encore plus de compliments. L'humilité consiste, sans méconnaître ses qualités, à admettre que l'on n'y est en fin de compte pas forcément soi-même pour grand-chose.

    Un contexte religieux peut éventuellement nous aider à mieux comprendre ce qu’est l’humilité.

    L'humilité est essentielle en effet dans la plupart des religions. Les grandes religions monothéistes considèrent l'humilité des personnes comme une valeur essentielle à la recherche de la sainteté et de la cohésion sociale.

    Ainsi, pour les Chrétiens Orthodoxes, « l’humilité n'est pas une vertu qui s'ajoute : c'est l'attitude foncière de l'âme sainte qui se voit dans la présence de Dieu, qui voit sa petitesse et sa faiblesse à elle et sa grandeur à Lui.

    Cette humilité est constamment inculquée, avec insistance, avec force, par tout l'enseignement moral et spirituel de l'Église orthodoxe. C'est elle qui resplendit avec tant de rayonnement, jointe à la douceur, la simplicité, la bienveillance et l'esprit de mesure et d'équilibre spirituel, sur le visage des pères du désert et dans la personnalité des grands saints et justes de l'Église russe ».

    L'humilité chrétienne quant à elle est cette qualité d'ouverture qui permet au croyant d'accueillir la Parole de Dieu avec joie, comme une semence qui donne à sa vie une dimension nouvelle.

    Être humble, c'est reconnaître que nous ne détenons pas tous les éléments qui répondent à notre recherche du sens de la vie. C'est accepter que Dieu soit celui qui apporte cette réponse par le don de son Fils. Être humble, c'est reconnaître que ce que nous sommes est l'œuvre de l'amour de Dieu et de l'accueil de l'Évangile.

    L'humilité assure alors la fécondité de notre vie puisque la Parole de Dieu ne peut y être semée sans la transformer et lui faire porter des fruits de foi, d'espérance et d'amour, de bonté, de paix et de miséricorde.

    L’humilité est une vertu chrétienne incontestée.

    On appelle souvent les chrétiens à l’humilité. Mais cela implique-t-il d’être humilié et dévalorisé? La confusion entre humilité et humiliation vient peut-être de notre volonté de suivre l’exemple du Christ. D’un côté, le chrétien est appelé à se revêtir de la même humilité, celle qu’il a incarnée depuis la crèche jusqu'à la croix. De l’autre côté, Jésus, sur la croix, a également été humilié et rabaissé. Et nous, alors? Il n’est pas inutile de redéfinir les mots... 

    Évitons donc certaines confusions au sujet de l’humilité :

    1. Il ne faut pas confondre « humilité » et « haine de soi » : dans la haine de soi, on refuse sa propre existence, alors que dans l'humilité, on accepte pleinement l'existence dans son ensemble.
    1. Le mot « humiliation » peut prêter à confusion. Humilier une personne, c'est, étymologiquement parlant, vouloir la rendre plus humble. Toutefois, dans l'acception populaire, il s'agit en fait de la déconsidérer publiquement. Ceci a généralement un impact inverse puisque l'humiliation suscite le plus souvent un désir de vengeance ou de revanche et attise ainsi l'orgueil de la personne humiliée.

    L’humilité, une juste opinion de soi-même.

    Etre humble, ce n’est pas être effacé et modeste.

    L'introverti peut être d’une grande vanité et rien de plus hypocrite que le faux modeste qui refuse les vraies responsabilités. La personne humble, par contre, a une juste opinion d’elle-même.

    La traversée du désert devait imprimer dans le cœur du peuple d’Israël cette vérité qui n’est décelable réellement que dans la mise à l’épreuve. L’épreuve est d’ailleurs une confrontation avec soi-même. Cette humilité nécessairement reconnue dans la difficulté ouvre une porte magnifique, celle de la grâce de Dieu : « Dieu résiste aux orgueilleux, mais il accorde sa grâce aux humbles » (1 Pi. 5, 5).

    L’humilité ouvre la porte à la force divine.

    Là où l’orgueilleux, satisfait de lui-même, ne cherche pas le recours ni le secours de Dieu, la personne humble, elle, laisse se manifester en elle la présence et la puissance de Dieu. Dans cette même logique, l’apôtre Paul peut déclarer qu’il est fort quand il est faible, c’est-à-dire humble, puisqu'il dépend alors totalement de Dieu qu’il laisse agir en lui. Par conséquent, l’humble peut parler avec autorité et ne pas être dans l’effacement.

    Analyse d’une explication de Pascal

    « Ainsi il avait une double pensée : l’une par laquelle il agissait en roi, l’autre par laquelle il reconnaissait son état véritable, et que ce n’était que le hasard qui l’avait mis en la place où il était. (…) C’était par la première qu’il traitait avec le peuple, et par la dernière qu’il traitait avec soi-même ».

    Pascal

    L’humilité peut également se définir comme le point d’articulation entre les deux modes du moi (psychosocial et métaphysique) : c’est reconnaître ma condition métaphysique (le « je ne suis rien ») alors même que je suis dans l’interaction sociale, au milieu des autres, comme les autres. J’ai conscience de mon insignifiance, alors même que je fais ce que j’ai à faire, qu’au besoin je défends mes droits et que je me fais respecter, portant à chaque instant en moi cette « double pensée » dont parle Pascal.

    On confond souvent l’humilité avec la modestie, qui n’en est que la manifestation extérieure, une vertu sociale. Mais être humble ne se limite pas à se montrer aimable, poli ou discret sur ses succès. L’humilité est une vertu qui se situe en amont de ces qualités. On peut très bien être humble intérieurement tout en étant capable de « tenir son rang » socialement et de faire preuve d’autorité si la situation l’exige ; comme on peut très bien se montrer modeste et respectueux à l’extérieur tout en se sentant très supérieur intérieurement.

    « L’humilité », disait La Rochefoucauld, « est un artifice de l’orgueil qui s’abaisse pour s’élever ; et bien qu’il se transforme en mille manières, il n’est jamais mieux déguisé et plus capable de tromper que lorsqu'il se cache sous la figure de l’humilité ».

    Rien de plus vrai, mais seulement si l’on réduit l’humilité au rang de vertu sociale. L’humilité qui nous occupe ici est d’un autre ordre. C’est un état d’esprit intérieur, un travail sur la pensée qui peut se manifester – ou non – par une attitude modeste à l’extérieur, selon le contexte.

    L’humilité est un sentiment qui consiste d’une part à prendre conscience de ce que nous sommes et du fait que nous ne sommes pas grand-chose, et d’autre part à nous accepter comme tel. Elle est en ce sens une condition indispensable à la fois à notre bien-être psychique (on ne se sent bien que si on apprend à s’accepter) et à notre progression éthique (on s’éloigne de l’image mensongère que l’ego cherche à donner de lui-même et l’on a de soi une perception plus proche de la vérité).

    Il est souvent très instructif, pour définir un terme, de faire un détour par son contraire. Or, le contraire de l’humilité, c’est l’orgueil.

    L’orgueil consubstantiel

    Si l’humilité est une qualité indissociable de la connaissance de soi, alors l’orgueil est synonyme d’ignorance et d’illusion par rapport à soi. L’orgueil, ce serait donc l’ignorance ou le mensonge.

    Creusons un peu ce lien visiblement étroit entre humilité, connaissance et vérité.

    On dit souvent des très grands savants qu’ils sont aussi les plus humbles. Pourquoi ? Parce qu’il paraît évident qu’un grand physicien, par exemple, ne songera jamais à se vanter de ce qu’il connaît en physique. Ses connaissances lui permettent d’avoir sur le champ de la science actuelle un point de vue suffisamment éclairé pour percevoir l’immensité de tout ce qui lui reste à découvrir. Il est donc humble, humble par rapport à ce qu’il ne sait pas et que ses connaissances – bien réelles – lui ont permis de toucher de près. Selon la formule consacrée, il sait qu’il ne sait pas.

    Prenons maintenant l’exemple d’un étudiant en troisième année de physique. Il a commencé à pénétrer quelques-unes des lois fondamentales qui régissent le monde naturel et ces deux ou trois connaissances suffisent à remplir le champ étroit de sa perception. Enivré et comme gonflé par cette sensation, il a l’impression d’avoir compris le secret de l’univers sans avoir pris conscience, encore, de tout ce qu’il lui reste à apprendre.

    L’orgueil est donc le fruit de l’ignorance. C’est une énergie qui, se fondant sur la méconnaissance où nous sommes de nous-même, nous pousse à construire de nous une image dilatée et mensongère que nous appellerons l’ego illusoire. Ce malheureux orgueilleux à l’ego bouffi, c’est chacun d’entre nous. Car l’orgueil dont il s’agit ici n’est pas une particularité psychique que l’on trouverait chez certaines personnes tandis que d’autres en seraient dépourvues (comme on peut dire de certains qu’ils sont colériques ou paresseux tandis que d’autres sont calmes ou travailleurs…). Il ne s’agit pas non plus de la vanité ou de l’arrogance qui ne sont que des manifestations extérieures et particulièrement évidentes d’un état intérieur et souvent caché.

    L’orgueil nous imbibe si totalement que nous n’en sommes pas conscients. C’est un orgueil consubstantiel à notre être et qui le plus souvent se distingue à peine de la sensation que nous éprouvons d’être nous-même.

    A ce titre nous sommes tous concernés, même les gentils, même les timides, même les discrets, même, et peut-être plus encore, ceux qui manquent de confiance en eux et qui ont une estime de soi faible.

    Dans le dictionnaire étymologique nous avons appris que l’humilité provient de la famille de « humus », terre (labourable), au même titre que l’homme.

    Revenons alors à cette notion importante issue de l’étymologie : l’idée de rattacher l’homme et l’humilité à la terre et au monde souterrain.

    Humilité et prise de conscience

    La conscience est un processus cérébral qui se traduit par la faculté mentale et subjective d'apercevoir les phénomènes, sa propre existence ou ses états émotionnels. Si, par exemple, je suis triste ou heureux et que je me rends compte que je suis triste ou heureux, je prends conscience de mes états affectifs. Il ne faut pas confondre la conscience ainsi définie avec la conscience morale. 

    La conscience psychologique est souvent évoquée comme une lumière, la conscience morale comme une voix : si la première nous « éclaire », la seconde nous « parle ».

    La conscience morale désigne en effet le sentiment intérieur d’une norme du bien et du mal qui nous dit comment apprécier la valeur des conduites humaines, qu’il s’agisse des nôtres ou de celles d’autrui. 

    Mais prendre conscience de soi, c'est passer d'une conscience immédiate des choses à une conscience qui se réfléchit, qui se pense, pensant les choses. Prendre conscience de soi signifie que l'on diminue la distance qui se trouve entre ce que l'on est et ce que l'on a conscience d'être.

    On réduit ainsi la part d'inconnu en soi. Dès lors, la conscience de soi permettrait de mieux se connaître, de se maîtriser et donc de se réaliser.

    La prise de conscience de soi implique une distance entre ce que l'on découvre être et ce que l'on croyait être. Traiter de l'humilité, c'est toucher un point sensible de notre ego. Elle nous oblige à sonder des profondeurs qui touchent à une intimité enfouie parfois même jusque dans notre subconscient.

    Comme toutes les profondeurs, nous hésitons avant d'y descendre, particulièrement lorsqu'il s'agit de celles de notre conscience ; par peur d'avoir à nous confronter avec notre inconscient. En Loge, la conscience profane sera peu à peu remplacée par une nouvelle conscience, dont le fondement ne sera plus les interdits, mais la sagesse, la force et la beauté. 

    Ce qui est intéressant, c’est que l’idée de la terre nous montre que le chemin de l’humilité est dirigée non pas vers le ciel mais vers la terre, celle qui est à l’origine de la vie et de l’humanité. Comprendre le sens de l’humilité commence par la connaissance de soi et au sens que l’on donne à la vie. Une personne humble s’efforcera d’écouter et d’accepter les autres. Plus elle acceptera les autres, plus elle sera tenue en grande estime, et plus elle sera écoutée.

    Un mot prononcé avec humilité a plus de sens que mille autres. L’humilité rend les vertus discrètes. Elle implique une conscience lucide, exigeante, des limites de toute vertu. Non pas le mépris de soi, mais une reconnaissance toujours insatisfaite de tout ce qu’on n’est pas, par amour de la vérité. 

    « Etre humble, c’est aimer la vérité plus que soi ». La pierre d’achoppement réside dans la conscience des « je » et des « à moi ».

    Inévitablement, une telle conscience fait perdre ce qui est essentiel : les valeurs universelles qui donnent à la vie tout son sens. L’humilité efface l’identification, la possessivité et la vision étroite qui créent des frontières physiques, intellectuelles et émotionnelles.

    L’ego détruit l’estime de soi et dresse des murs d’arrogance et d’orgueil, qui tiennent les autres à distance. L’humilité comble les fissures pour permettre des avancées décisives.

    Équilibrer humilité et respect de soi est un gage de succès. L’Initiation nous a fait pénétrer par la Porte de la Loge, semblable au passage de notre naissance vers un monde nouveau. 

    Le rituel nous fait comprendre que toute science vraie est fille de l’humilité ! De nombreux philosophes abondent dans ce sens. Selon Emmanuel Kant, il existe une véritable humilité dont il dit qu’elle est « la conscience et le sentiment de son peu de valeur morale en comparaison avec la loi ».

    Loin d’attenter à la dignité du sujet, cette humilité-là suppose qu’il n’y aurait aucune raison de soumettre à la loi un individu qui ne serait pas capable d’une telle législation intérieure. L’humilité implique l’élévation et la confirme, car se soumettre à la Loi est une exigence de la Loi même : l’humilité est un devoir.

    Dans le contexte franc-maçonnique profond et universel, il me semble que seule la proposition qui puisse être retenue parce qu’elle émane de la « conscience du Franc-maçon » est théoriquement indépendante du monde profane. Bien sûr, on peut se demander : « Qu’est-ce que la conscience, d’où vient-elle et comment se forme-t-elle ? », « Est-elle d’origine profane ou non ? ».

    Les spécialistes nous disent qu’elle se forme en partie dans la petite enfance par les interdits que l’enfant n’arrive pas à « rationaliser ». Ceci expliquerait que certaines personnes se sentent, par rapport aux mêmes faits, responsables et d’autres pas du tout. Lors de l’Initiation franc-maçonnique, la purification par l’air, l’eau, le feu ainsi que la terre fait partie du rite d’évacuation symbolique des acquis du monde profane.

    L’humilité n’a rien à voir avec le rabaissement. Il ne faut pas confondre l’humilité et la mauvaise conscience, l’humilité et le remords, l’humilité et la honte. L'humilité est très différente de la négation de soi. C'est la capacité à une grande qualité de présence dans laquelle rien n'est exagéré ou clinquant. C'est une attitude délicate et respectueuse dans laquelle on n'a pas besoin de prouver qu'on existe. Cela génère du confort pour l'entourage. L'activité mentale est devenue parfaitement équilibrée.

    Le mental recueille la forme de l'objet sur laquelle il se concentre dans la réalité pure. Les germes des impressions n'existent plus. La pensée est immédiate, pure de souvenirs, d'inférences, ayant éliminé préjugés, passions, opinions, préférences ou croyances. Au-delà de ces termes se situent des états complexes dans lesquels l'individualité prend conscience du témoin intérieur, stable et immuable.

    Éclairé par ce reflet, il distingue la création au-delà du changement. Elle suppose aussi que chaque Franc-maçon développe sa formation personnelle, prenne conscience de ses responsabilités civiques, soit sensibilisé à la nécessité de rayonner dans le monde profane.

    Cette construction de soi se réalise par une prise de conscience de l’effet des rituels par une appropriation des symboles agissant par eux-mêmes ou par notre propre volonté. La mort du Profane simulée au début de l’Initiation doit nous permettre de rebâtir un être nouveau, un homme à qui l’on donne une nouvelle chance de se construire à neuf, tout en gardant la conscience des expériences du passé. Mieux, le rituel ouvre des voies pour éviter de retomber dans les pièges dans lesquels le Profane tombe presque à coup sûr. Pour exister et évoluer, chacun a besoin des autres.

    Cette merveilleuse chance que nous avons d’exister doit nous conduire à rayonner d’amour et de fraternité. Ce que nous avons à transmettre au futur, nous le nourrissons chaque jour en traquant les mauvais compagnons en nous. L'ego et la personnalité sont des sortes de tuteurs compensant notre fragilité. Même dans sa version brillante, l'ego n'est pas chaleureux, il est clinquant.

    La personnalité, c'est une stratégie inconsciente dans laquelle nous jouons un personnage à défaut d'être soi. Pour arriver à une affirmation de soi sans ego, il est donc important de développer l'accueil de soi, c'est-à-dire une plus grande communication avec soi. Seulement après ce travail, il est possible de comprendre et tolérer l’autre, avec ses différences. Il s’agit de juger non ce qu’on a fait, mais ce qu’on est. Et nous sommes si peu de chose. La vertu de l’humilité relève de l’amour de la vérité et s’y soumet.

    Etre humble, c’est aimer la vérité plus que soi. Alors seulement la véritable conscience apparaît et c'est le but de tout développement de la conscience qui au départ est fragmentée, voilée. Cela peut être l'illumination ou tout au moins un état de paix et de calme intérieur stable. La vie, c’est l’évolution, et l’évolution, nous y participons.

    Vivre ne peut se dispenser d’aimer et de mourir, pour créer encore et encore, à notre image. Que serions-nous sans la fraternité, sans les autres à qui notre esprit nous relie ? 

    La Franc-maçonnerie est donc sans doute aussi la plus vieille école de développement personnel, même si elle n’a jamais revendiqué cette appellation jusqu'à ce jour. Et pour cela, nul besoin de séminaires dispendieux : seule la recherche de la vérité, de sa propre vérité. Seul, mais ensemble, en fraternité !

    Humilité et doute

    Pourquoi l'humilité et le doute sont-ils deux qualités nécessaires au Franc-maçon ?

    L'humilité est une vertu noble, classée parmi les vertus essentielles. D'aucuns prétendent que c'est la mère de toutes vertus. D'autres qu'elle est réservée aux vrais Chrétiens. D'autres enfin qu'elle est essentiellement maçonnique.

    Comme il ne faut pas se tromper de tolérance, il ne faut pas se tromper d'humilité.
    Nous retrouvons cette ambiguïté dans sa définition fort différente que nous proposent les deux dictionnaires de la langue française qui font référence :
    Pour l'un, c'est l'état d'esprit de quelqu'un qui se considère sans indulgence et qui est porté à rabaisser ses propres mérites. On lui attribue comme synonyme le mot « modestie ».

    Pour l'autre, c'est une vertu qui nous fait ressentir notre faiblesse et nous garde de l'orgueil. On lui attribue comme synonyme le mot « réserve ».

    Nous pensons que la première humilité n'est pas maçonnique, la seconde fait partie intégrante de l'état de Maçon.

    La règle de Saint Benoît qui régit la vie monacale des Bénédictins est la parfaite illustration de ce que nous pourrions qualifier d'humilité soumission.

    Il est évident que cette forme d'humilité est très lointaine de la conception maçonnique d'une vertu, comme sont différentes également la modestie et l'humilité.

    Le modeste ne pense pas à sa grandeur, l'humble y pense au contraire, mais pour y renoncer. Le modeste survit ; l'humble renaît. L'humilité est hors et avant tout un acte positif et actif.

    Le modeste n'a pas conscience de sa valeur, l'humble se connaît, mais n'attribue à son crédit aucun mérite dont il pourrait se prévaloir : la vertu ne se capitalise pas.

    Car l'humilité passe d'abord par la sincérité, puisque la sincérité est l'exacte et scrupuleuse connaissance de ses limites. L'humilité permet de prendre la mesure de ses forces et de ses faiblesses.

    L'humble ne consent pas, ne se résigne pas, ne se désiste pas. Il a le respect des autres et de lui-même.

    Tout agissement d'un Franc-maçon doit être empreint d'humilité : il n'existe pas de hiérarchie établie en Maçonnerie, il n'y a pas de plan de carrière comme certains pourraient le croire, et notre progression, notre élévation, notre perfectionnement ne sont pas appréciés par rapport aux autres mais uniquement par rapport à nous-mêmes, car c'est bien notre temple intérieur que nous construisons.

    On évalue un Franc-maçon à son degré d'humilité, véritable test pour celui qui se dit Franc-maçon.

    Il en est de même pour la fraternité qui ne se conçoit que dans l'humilité, mais une humilité sincère, vécue et non feinte. Se rabaisser par calcul, c'est tomber dans la fausse humilité qui n'est qu'hypocrisie.

    L'humble a conscience qu'il ne détient pas la vérité, car le principal vecteur de l'humilité est le doute, une incessante remise en question de ses certitudes.

    Le Maçon régulier sait qu'il ne détient pas LA Vérité. Mieux même, il sait que LA Vérité n'existe pas mais qu’il peut tendre vers elle en la cherchant sans relâche.

    C'est pourquoi le Rituel appelle les Maçons à répandre les vérités qu'ils ont acquises, c'est-à-dire les postulats momentanés ou, si l'on préfère, les outils de travail transitoires qui leur permettront de poursuivre leur démarche, jusqu'au moment inéluctable où ces « vérités » seront elles-mêmes remises en cause.

    Dans sa démarche, le Maçon doit constamment pratiquer le « doute méthodique », au sens où l'entendait Descartes.

    Lorsque le Maçon s'exprime en Loge, il n'a pas pour objectif de convaincre qui que ce soit. Simplement, il apporte son point de vue, pour enrichir la réflexion commune.

    Le Maçon devra toujours faire preuve de doute et de patience. Ce faisant, il adoptera nécessairement une posture d'humilité, en admettant le caractère incomplet de ses connaissances et de sa réflexion.

    On peut dire que La Vérité n'existe pas, mais que les vérités mêmes temporaires et nécessairement réfutables, contribuent à la progression de la pensée humaine.

    Cette attitude est évidemment fondée sur le doute et sur l'humilité. Seuls ceux qui prétendent contre toute évidence détenir La Vérité peuvent s'en affranchir…. souvent pour le plus grand malheur de l'Humanité.

    On pourrait dès lors objecter que, dès lors que La Vérité n'existe pas, il serait inutile de la chercher.

    Cette attitude nihiliste ne permettrait évidemment aucun progrès.

    C'est la raison pour laquelle le Franc-maçon, conformément aux engagements qu'il a pris, devra continuer à travailler sans cesse, et à chercher cette asymptote qu'on nomme « La Vérité » en toute humilité et dans le doute.

    Humilité et Porte basse

    « Courbez la tête : cette porte est très basse ! » Par ces paroles, ou quelques mots semblables, adressées au candidat, la cérémonie d’Initiation se place d’emblée sous le signe de l’inflexion.

    « Courbez-vous, cette porte est très basse ! » Le myste vient de vivre l’épreuve de la Terre. Il lui est demandé de montrer de l’humilité par son inclination.

    Le Néophyte entend « Courbez-vous, cette porte est très basse ! ». Hésitera-t-il? Peut-il douter que l’entre-deux par lequel il doit passer pour franchir le seuil ne soit pas ce qu’on lui dit ? Depuis son obscurité, le Récipiendaire fait confiance à la parole dans la lumière. Alors il se baisse, par acceptation que la porte soit basse, en réalité ou symboliquement.

    C’est cela l’humilité, se baisser non pour se faire petit, mais pour faire confiance à l’autre, pour laisser place à la parole d’un autre qui sait mieux, qui guide, qui indique, qui dit. C’est « l’humilitas » selon Spinoza et non « la micropsuchia » (le fait de se minimiser) d’Aristote.

    L’humilité n’est pas le mépris de soi, mais une connaissance de soi et une re-connaissance  de l’autre.

    En se baissant, le futur Maçon rend sensible sa confiance sous forme d’un acte qui n’est pas obéissance mais entendement et compréhension. Il se met en relation avec une forme du monde qui l’environne. Il s’y adapte, il tient compte de ce qui lui est extérieur en se modifiant pour se conformer à une unité harmonique.

    L’humilité est ainsi une conscience extrême de ses limites.

    Je suis trop grand pour une porte plus basse que moi. Ce n’est pas la porte que j’agrandis, car je ne le peux ; c’est moi que je diminue pour me placer avec juste mesure dans l’espace que je traverse.

    Ainsi l’humilité vécue par le Profane n’est pas une humiliation. C’est une épreuve de savoir-faire par une réponse de réalité adaptée à une parole qui ne commande pas mais recommande. « Baissez-vous, la porte est basse ! » Et si je me baisse pour passer, il y a alors une relation de qualité, de sujet à sujet, qui échange des informations constructives. Il est indiqué que la porte est basse. Une raison est donnée qui explique pourquoi il faut se baisser, il s’agit de pouvoir passer sans se faire mal.

    Et le Récipiendaire qui vient juste de se baisser, pour toucher la terre, répète son mouvement  pour avancer. Il se protège en se rapprochant de l’humus et se présente ainsi dans une position fœtale pour aller vers sa renaissance.

    « Baissez-vous ! », c’est comme l’invitation à naître, à se baisser pour vivre debout. « Baissez-vous ! », cela s’entend, en ce temps initial, comme une indication du moment à renaître. Allez maintenant, sortez de la matrice obscure pour pénétrer dans la Loge-mère. Franchissez cette limite au-delà de laquelle il y a votre devenir Franc-maçon.

    En se baissant, c’est par un changement de position que le Profane passe d’une attitude rigide et droite à une autre position dans son mental. Il s’ouvre en laissant place en lui à sa renaissance. La porte basse est à vivre comme une difficulté de l’accès à un autre soi-même, comme nécessité d’une modification du Récipiendaire pour parvenir à l’Initiation. La porte est basse pour être le lieu de passage d’une arrivée de plus d’être qui, de ce fait, va participer de l’autre côté à la transformation du monde.

    La porte basse marque l’espérance de cette possibilité d’accès à une réalité supérieure.

    Ainsi, les rites maçonniques placent au commencement de l’Initiation une recommandation, celle de l’humilité qui, de ce fait, apparaît comme fondamentale et fondatrice du rapport entre Frères.

    La fraternité, c’est avant tout de l’humilité en ce sens qu’elle fait place à l’autre dans un relatif renoncement de la dilatation naturelle  de l’ego au profit de la réalité de l’autre : humilité, synergie de tolérance. Par l’humilité, c’est-à-dire en se retirant de soi pour s’ouvrir aux autres, la tolérance se dynamise.

    Ce n’est plus seulement : « tu penses ce que tu veux mais moi aussi et je ne change pas d’avis » ; c’est avec l’humilité se replacer, par un pluralisme interprétatif, dans un rapport au monde dans ce mouvement de transcendance vers l’autre qui ne signifie pas appropriation de la vérité, mais convergence vers le possible.

    L’écoute de la parole de l’autre permet une mise en mouvement orientée. Il y a articulation et clarification de l’expérience temporelle. « Baissez-vous : la porte est basse ! » Mais en vérité la porte n’est pas basse.

    Que peut-on en penser ? Pour les Maçons sur les Colonnes, il leur est donné de voir l’inexactitude de la parole du Frère qui guide le myste. De fait, cela se passe dans le contexte d’un rite, là où ce qui est dit, comme dans un récit mythique, devient vérité apodictique [1] : ce qui est dit fonde la vérité absolue. Il s’agit évidemment de réalités sacrées car, à ce moment, c’est le sacré qui est réalité. Alors la porte est vraiment basse. Le temps sacré rend l’espace sacré et cette  porte  basse est celle du temple érigé dans la matière cosmique sanctifiée.

    Le modèle architectural de l’ouverture pour entrer dans la Loge est donc une porte basse qui veut ainsi créer une rupture de niveau d’être pour parvenir dans ce nouveau monde que le Maçon a choisi d’habiter.

    L’humilité maçonnique est cette capacité à se plier pour pénétrer dans la Loge parmi les autres. C’est savoir tailler sa pierre avec la juste mesure pour qu’elle s’assemble, pour parvenir à être parmi les hommes.

    Mais c’est aussi entrer dans son temple intérieur pour s’accepter dans une recherche de soi à travers des niveaux de compréhension de plus en plus profonds

    L’humilité maçonnique est un acte dans le rapport à l’autre.

    Ecouter en humilité est en soi un acte complet, il sera celui du Franc-maçon et tout particulièrement celui de l’Apprenti. Cet acte porte en lui-même sa liberté parce qu’il s’agit d’œuvrer pour que le moi laisse place à la relation.

    C’est l’abandon du vieil homme au profit d’une conscience attentive, c’est le renoncement de la répétition des enregistrements expérimentaux pour un temps sans cesse inaugural qui ajoute du nouveau à l’être, qui le fait avancer vers un être-autrement, un être avec les autres.

    L’humilité est cette conscience d’être perfectible et la capacité de douter qui laisse de la place en soi à autre chose qu’à ses certitudes.

    L’humble n’est pas un éclopé de la réussite, car cela suppose d’aller jusqu'au bout de ses forces pour reconnaître autrui, non comme négation victimaire de soi mais comme condition héroïque où l’homme fait place à l’homme.

    L’humilité est une mise en mouvement du « JE » qui fait place au « NOUS » pour l’instauration d’un juste rapport entre partenaires. L’humilité en tant que tolérance de soi avec les autres est l’indispensable manière d’être du Maçon sur laquelle se solidifie l’édification du temple.

    A la fin des Travaux, lorsque le « JE » est devenu le « NOUS » rituel sur lequel s’appuie le serment du retour à la vie profane (« Promettons de garder le silence sur nos Travaux ; nous le promettons ! »), la porte des commencements est devenue immense.

    L’humilité, serait-elle une vertu maçonnique ?

    « L’humilité est une vertu humble : elle doute même d’être une vertu ! Qui se vanterait de la sienne montrerait-il pas simplement qu’il en manque » ?

    Pourtant, cela ne prouve rien : d’aucune vertu l’on ne doit se vanter, ni même être fier, et, c’est ce qu’enseigne l’humilité. Elle rend les vertus discrètes, comme inaperçues d’elles-mêmes, presque déniées.

    Est-ce l’inconscience ?

    C’est plutôt une conscience extrême des limites de toute vertu, et de soi.
    Cette discrétion est la marque « elle-même discrète » d’une lucidité sans faille et d’une exigence sans faiblesse.

    L’humilité n’est pas le mépris de soi, ou alors, c’est un mépris sans méprise. Elle n’est pas ignorance de ce qu’on est, mais plutôt connaissance, ou reconnaissance, de ce qu’on n’est pas.

    L’humilité est vertu lucide, toujours insatisfaite d’elle-même, mais qui le serait encore plus de ne pas l’être.

    Etre humble, c’est aimer la vérité plus que soi.

    C’est en quoi aussi, toute pensée digne de ce nom suppose l’humilité : la pensée humble s’oppose pour cela à la vanité, qui ne pense pas, mais qui se croit. 
    On dira, que cette humilité ne dure guère. Mais, la pensée non plus. 

    De là, la porte est grande ouverte aux orgueilleux systèmes.

    L’humilité, elle, penserait plutôt sans se croire.

    Elle doute de tout, et plus spécialement, d’elle-même.

    L’humilité est donc humaine, peut-être trop humaine.

    Qui sait, si elle n’est pas le masque d’un très subtil orgueil ?

    Ces quelques phrases nous interpellent et demanderaient à être plus pleinement commentées. Ce qui n’est pas le propos de cette planche.

    Je terminerai ce travail de recherche en reprenant les « idées » et concepts de quelques philosophes.

    Emmanuel Kant, dans « Doctrine de la vertu » oppose légitimement ce qu’il appelle la « fausse humilité » – la bassesse – au devoir de respecter en soi la dignité de l’homme comme sujet moral : pour lui « la bassesse » serait le contraire de l’honneur.

    Emmanuel Kant nous dit aussi qu’il existe une véritable humilité « humilitas moralis », et il nous en donne cette définition : l’humilité est « la conscience et le sentiment de son peu de valeur morale en comparaison avec la loi ».

    Dans le « Traité de l’humilité et de l’orgueil » de saint Bernard, le premier chapitre s’intitule « L’humilité conduit à la vérité ». Saint Bernard nous dit, en partant des mots de l'Evangile : « Je suis la Vérité, je suis la Voie, je suis la Vie ». Pour lui, la connaissance de la Vérité est le fruit de l’humilité.

    A travers cette phrase du Christ : « Je te rends gloire », Père, Seigneur du Ciel et de la Terre, parce que tu as caché ces choses (évidemment, les secrets de la Vérité) aux savants et aux prudents (c’est-à-dire aux orgueilleux) et que tu les as révélées aux petits (c’est-à-dire aux humbles).

    Un peu plus loin dans mes recherches, j’ai trouvé cette définition qui possède une belle « résonance » maçonnique :

    « L’humilité est une vertu par laquelle l’homme, dans une très vraie connaissance de soi-même, devient vil à ses propres yeux. Elle est le fait de ceux qui disposent une ascension dans leur cœur, et montent de degré en degré, c’est-à-dire, de vertu en vertu, jusqu'à ce qu’ils arrivent au sommet de l’humilité ».

    Saint Benoit établit cette « ascension » en douze degrés qui sont ceux de l’échelle montrée à Jacob, comme étant l’image de référence biblique et religieuse de l’humilité.

    L’échelle est un symbole très fort dans le rituel du 30ème degré du R.E.A.A.

    A ce propos, j’ai découvert dans mes recherches, un document qui ne manque pas d’intérêt. Il s’intitule : « Se ceindre d’humilité ».

    En Israël, tous portaient une écharpe de lin. Avant d’entamer un travail, on relevait ses vêtements, puis on se ceignait de l’écharpe de lin.

    Saint Pierre a donc écrit à juste titre : « ceignez - vous d’humilité les uns envers les autres, parce que Dieu s’oppose aux orgueilleux, mais aux humbles il donne la faveur imméritée ». Dans ce texte, le mot grec traduit par « se ceindre » vient d’un mot qui signifie « tablier d’esclave ».

    En effet, les Israélites, quand ils mangèrent la Pâque, ils le firent les hanches ceintes, les vêtements relevés, car ils étaient ainsi prêts pour partir, et ceci à n’importe quel moment. Jésus, traditionnellement, se ceignait de cette façon, de son « tablier ». Peut-être faut-il y voir l’expression du tout premier Tablier maçonnique ?

    Mais voyons « entre les Colonnes » comment nous, Francs-maçons, nous pouvons appréhender cette « humilité » :

    • la concorde grandit ce qui est petit.
    • la discorde annihile ce qui est grand.
    • Anéantis-toi, mon disciple, dans un abîme d’humilité et sois infime parmi les infimes.

    Nous sommes de plain-pied dans l’humilité maçonnique, car ceci est extrait d’un code maçonnique d’un Haut Grade à la gloire du Grand Architecte de l’Univers.

    Tout au long du tracé de cette Planche, je me suis appliqué et imposé trois mots : recherche, découverte, et transmission.

    Parce que l’humilité vue ainsi, dans sa plus totale complexité et sa multiplicité au niveau de ces différents « aspects » humains, il m’a semblé qu’il était nécessaire que je vous la communique.

    Le « profane » qui frappe à la Porte de la Loge, le fait nécessairement avec humilité. Et si ce n’était pas réellement le cas ? Je suis persuadé que les enquêtes auraient, a priori, rapidement fait relever une possible supercherie.

    L’humilité, n’en doutons pas, est partout présente dans la Loge et ceci à tous les grades : pendant la cérémonie d’Initiation, le bandeau peut être considéré comme un symbole d’humilité, comme le fait de « mettre un genou en terre » devant le Vénérable Maître.

    L’acceptation et l’obligation du silence, au grade d’Apprenti, sont preuves, elles aussi, d’humilité. Quand le Franc-maçon se tient à l’Ordre, ici aussi, nous pouvons y trouver une gestuelle symbolique se rapprochant de l’humilité.

    Il doit être assez facile de trouver de multiples exemples dans nos rituels. Car quel que soit son grade, et quel que soit le rite pratiqué ; le Franc-maçon reste toute sa vie un cherchant, un chercheur qui ne cesse d’être en quête du savoir ultime et de se présenter les mains vides, en toute humilité devant le Grand Architecte de l’Univers et surtout devant ses Frères.

    Mais plus que toute chose, il se trouve un moment, dans la vie d’une Loge, où l’humilité, en terme de « vertu maçonnique » s’exprime dans toute sa plénitude. Le « Premier Maillet », un jour ou l’autre, devient le « Vénérable descendant de sa charge » et, de façon traditionnelle mais pas forcément systématique, devrait lui être confiée la fonction de « Couvreur », fonction considérée comme étant la plus humble du collège des Officiers d’une Loge. Il passe ainsi de la Lumière de l’Orient, à l’obscurité symbolique et allégorique de l’Occident, tout en prenant au passage une des plus belles leçons d’humilité et de maturité maçonnique…

    Peut-être, n’avons-nous pas tous perçu, la symbolique puissante de cet instant.

    Nous sommes, dans cet instant de « vie » maçonnique dans une position d’interface très puissante, d’humilité complexe et d’humilité de simplicité. C’est vraiment ici que l’humilité serait une vertu maçonnique !

    Vénérable puis Couvreur sont des Officiers qui vont de l’accomplissement des tâches les plus prestigieuses vers les taches les plus humbles, comme peut-être le « fermer et ouvrir ».

    Le Frère Couvreur, dans sa nouvelle fonction, supervise tout. Il est le bras et l’assistant du Vénérable Maître dans la bonne observance du rituel. Plus il est instruit, plus il est censé être humble.

    Nous avons bien là le témoignage et le critère objectif de « maçonnité » de cette maturité et de cette compréhension propre à l’humilité et à la modestie humaine, favorisée par l’exercice réfléchi du rite et celui de l’Art Royal.

    Je peux, à présent, vous proposer une conclusion : « l’humilité confère la faculté de percevoir les situations, d’identifier les obstacles ainsi que leurs causes et de rester silencieux ». Exprimer une opinion avec humilité, implique un esprit ouvert, qui reconnaît ses qualités, ses forces et sa sensibilité, ainsi que celle des autres. Un mot prononcé avec humilité à plus de sens que mille autres.

    « Folie, égarements et absence de repères conduisent l’Homme aux pires extrémités. On choisit la facilité plutôt que l’effort et le paraître plutôt que l’être, et ceci ne conduit pas à l’humilité ».

    Serais-je assez « humble » pour ne pas me citer moi-même ?

    Avant de conclure ce travail, je voudrais encore évoquer Bouddha « avec humilité ».

    Bouddha, au travers de sa longue vie « initiatique » n’a eu de cesse de transmettre la philosophie du bien-être humaniste. Son empathie fut grande envers tous et nous en avons encore aujourd’hui la possibilité d’intégrer à l’idée de cette transmission d’un savoir envers l’humain avec la compassion.

    Bouddha nous a laissé entre autre chose ceci : « La compassion est notre nature la plus profonde. Elle naît de notre interconnexion avec toute chose ».

    Cette compassion n’est-elle pas une vertu d’humilité ?

    Autre observation du sens de l’humilité envers la « croyance », Bouddha nous indique un chemin de réflexion humaniste défini ainsi dans la Doctrine du non Soi : « Il y a deux idées », psychologiquement enracinées dans l’individu : 

    • La protection de soi 
    • La conservation de soi

    Pour la protection de soi, l’homme a créé un Dieu (ou des Dieux) duquel il dépend pour sa protection, sauvegarde et sécurité, de même qu’un enfant dépend de ses parents.

    Pour la conservation de soi, l’homme a conçu l’idée de l’âme immortelle qui vivra éternellement. Dans son ignorance, sa faiblesse, sa crainte et son désir, l’homme a besoin de ces deux choses pour se rassurer et se consoler ; c’est pourquoi il s’y cramponne parfois avec fanatisme et acharnement. N’est pas la aussi un leçon d’humilité sur ce que l’on croit ou nous faire croire ?

    Sans humilité, il ne peut y avoir de société digne de ce nom, ni de générosité au service de l’humanité.

    En toute logique, je devrais terminer ici, cette Planche par le traditionnel « J’ai dit ! ». Mais oserais-je ? Est-ce humble ? Alors, avec beaucoup d’humilité, j’ai dit.

    R:. F:. A. B.

     

    [1]  manifestecertain et évident.


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