• * Les Nombres Un, Deux et Trois

    Introduction

    Faut-il rappeler que la Franc-maçonnerie fait appel à l’arithmologie, ou science des nombres, laquelle donne à chaque nombre une valeur symbolique et sacrée ?

    « La Franc-maçonnerie n’agit en toutes choses que d’après des nombres déterminés et rattache les connaissances spéciales de chaque grade à la philosophie numérale des anciens »[1].

    Cette conception sacrée du nombre existait déjà dans l’Antiquité, entre autres chez les Sumériens, les Babyloniens, les Hébreux et les Arabes. On la retrouve aussi chez les Pythagoriciens.

    Dans toutes les traditions, la science des nombres a été utilisée comme symbole de précision et d’universalité.

    La sagesse des trois premiers nombres – dont il sera question dans la présente planche – est liée à l’unité, à la parité et à la trinité.

    Des trois premiers nombres, c’est essentiellement le TROIS qui caractérise le Premier degré des Loges bleues, le grade d’Apprenti. Mais, ayant déjà traité de ce nombre dans une recherche précédente, assez volumineuse, je me limiterai dans la présente planche à une synthèse du symbolisme du Trois.

    Certes, le Nombre DEUX est aussi bien présent au grade d’Apprenti dans lequel le rituel nous fait prendre conscience de la dualité, des antagonismes. Par contre le Nombre UN, l’Unité, semble moins apparent. Ce sont donc sur les Nombres UN et DEUX qu’ont été focalisées mes recherches et qui occupent une place importante dans la présente planche.

    Dans le contexte qui nous occupe, un avertissement me semble indispensable pour comprendre la suite de ce travail : le Nombre DEUX n’est pas l’addition de deux unités distinctes mais la division en parties égales de l’Unité, d’où sont issus tous les couples d’opposés et de complémentaires. La clé des nombres se situe entre le UN, qui est à la fois être et non-être, substance et essence, et le DEUX qui est formé de deux moitiés ou de deux pôles de la même réalité.

    L’unité dans la génération des nombres se polarise ou se dédouble en essence indivisible et en substance divisible tout en restant elle-même. L’unité primordiale, en se dédoublant, conduit à la dualité. Mais on ne peut pas s’arrêter à cette limite inconfortable qui renvoie entre deux extrêmes. La dualité, sous son aspect négatif, est opposition, et, sous son aspect positif, complémentarité.

    Avec le Nombre TROIS, l’idée d’opposition disparaît, grâce à ce troisième terme qui est conciliateur des oppositions nécessaires et fécondes, et ramène à l’Unité.

    Si l’Apprenti a trois ans, tout être humain qui vit dans l’Univers a trois dimensions : physique, psychique et spirituelle.

    • UN représente le Principe, l’Unité qui contient la multiplicité ;
    • DEUX représente la manifestation : les contraires, les extrêmes, ciel et terre, etc. ;
    • TROIS représente le retour à l’Unité et l’Etre primordial né symboliquement de la jonction du Ciel et de la Terre, de l’Esprit et de la Matière, qui correspond à l’Adam primordial.

    TROIS est un nombre archétypal.

    Abordons à présent le symbolisme des deux premiers nombres.

    Le Nombre Un

    Un est le nombre de base, l’unité qui permet le fondement des mathématiques, il forme un tout et est indivisible. C’est donc un nombre qui symbolisera, de manière évidente, le « commencement », le créateur.

    Dans la Genèse il est dit : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre ». Cela signifie qu’à l’origine, au commencement de toutes choses, préexiste l’Unité.

    Saint Athanase disait déjà : « Comme il n’y a qu’une Nature et qu’un Ordre pour toutes choses, nous devons conclure qu’il n’y a qu’un Dieu, artiste et ordonnateur ».

    C’est Lao-Tseu qui dit, à propos de l’Etre et du Non-Etre : « Tous deux sont originellement Un et par le Nom seul diffèrent. Dans cette Unité, cet Un est mystère. Mystère des mystères est la porte par où surgissent toutes merveilles ».

    Si nous considérons la suite des dix premiers nombres, nous pouvons dire que le zéro les précède tous et les contient tous. En d’autres termes, le zéro est le centre d’émanation contenant tous les possibles. Il sera, à la fin du temps, le centre d’union, ou mieux, le centre de réunion de tout le créé spiritualisé, conscientisé. C’est le « point oméga » de Teilhard de Chardin, l’oméga étant un cercle qui se referme.

    Mais le zéro contient le UN qui devient DEUX par séparation. Et cette séparation initiale crée le temps, le rythme du jour et de la nuit, du masculin et du féminin… le rythme de la vie et de la mort.

    Toutes les civilisations sont d’accord : rien n’est plus grand que le UN et en lui résident tous les mystères. C’est le Zohar qui affirme : « Quand l’Inconnu des Inconnus voulut se manifester, il commença par produire un Point ; tant que ce point lumineux n’était pas sorti de son sein, l’Infini était encore complètement ignoré et ne répandit aucune lumière ». Or ce point, n’est-ce pas le centre du cercle des Maîtres Maçons ?

    Le UN, l’Unique, est aussi le TOUT. L’Unité est ainsi à la fois l’origine et l’aboutissement. C’est pourquoi on la figure souvent par l’ouroboros [2], c’est-à-dire « le serpent qui se mord la queue ».

    UN est le nombre divin par excellence. C'est le nombre de la Création, de l'action, de l'énergie. L'unité est garante de la cohérence. Elle représente le démiurge[3], le grand penseur – le Grand Architecte – désireux de se voir en se donnant dans sa création. Le UN ne peut prendre conscience de lui-même que dans l’autre. Il doit créer pour se continuer et s’immortaliser. Et créer, c’est aimer.

    Le UN, c’est le Tout, la vie, le verbe créateur de tout ce qui existe, à la fois le père et la mère, le masculin et le féminin, Adam et Eve. Il est l’esprit et symbolise bien le Tout par son omnipotence, son omniprésence et son omniscience. Il est représenté par un point ou une barre verticale. De tout temps, le point du centre du cercle fut un symbole de l’unité, point central du départ de toute évolution. Sa polarité est impaire et, bien qu’ambisexué en tant que pouvoir créateur, il est masculin.

    Il peut être dit, avec raison, que tout part de l’Unité et retourne à l’Unité par le mouvement du UN au multiple et le retour du multiple à l’Unité.

    UN est un nombre « rassembleur ». Il unifie et forme un tout. Il est qualifié comme étant « le symbole unificateur des éléments de la vie ».

    Voilà, plus ou moins bien exprimé, le mystère des mystères : le mystère de la cause première. Le UN symbolise l’absolu, le principe du nombre, l’ère unique. Mais l’unité n’est pas réellement un nombre, puisqu'elle est l’Unité d’où tout provient et retourne. Le UN ne peut être considéré comme un nombre que pour les besoins de la numération, utilisé comme point de départ, comme terme des différentes opérations d’addition, de soustraction, de multiplication et de division. La génération des nombres provient de l’addition de l’unité qui se multiplie.

    Souvent symbole de l'homme debout, l'UN est le lieu symbolique de l'être. C'est aussi la base, le point de départ, un symbole unificateur. Il signifie également l'indépendance et parfois la domination.

    Le Nombre Deux

    DEUX est engendré par le verbe, le Logos utilisé par le Grand Architecte pour créer l’univers. Le DEUX est le reflet du UN. Ce nombre introduit la notion de binaire universel, système vital du cosmos.

    En effet, le UN, l’unité originelle, est partout et partout le même. Il n’a pas de limite et, en quelque endroit de l’univers que ce soit, tout est semblable, immuable, vide ou, ce qui revient paradoxalement au même, plein du UN. Autrement dit, il n’y a pas de manifestation du UN. Pour que celle-ci puisse avoir lieu, il est nécessaire qu’il y ait un deuxième point ! Comment comprendre ceci ?

    Rappelons-nous cette loi incontournable de la physique, que les Anciens ne connaissaient pas mais dont ils avaient peut-être l’intuition : pour qu’une énergie quelconque produise une manifestation, il faut un point de haute énergie et un point de basse énergie. Pour fixer les idées, disons que pour l’énergie électrique il faut une différence de potentiel, concrétisée par le « plus » et le « moins », en thermodynamique, il faut un point « chaud » et un point « froid », pour l’énergie potentielle, il faut un point « haut » et un point « bas, etc.

    Pour se manifester, le grand Tout, le UN, doit se diviser afin de concrétiser ces deux niveaux. Il le réalise par sa propre image, son double négatif, son reflet. Ainsi, le UN étant le TOUT, est à la fois masculin et féminin, positif et négatif. Mais, rien qu’en tant que Principe Créateur, il est masculin, positif et émetteur.

    Le DEUX, pair, est alors féminin ; il représente toutes les dualités de la vie et du monde. Si le UN est le père, DEUX est la femme dans toutes ses dimensions, la mère, l’épouse, la fille, c’est elle qui permet la manifestation. Pour les Anciens, DEUX est « l’outil de Dieu » pour créer le terrestre, c’est la matrice de toute chose.

    Aussi bien symbole de l'opposition du conflit que symbole de l'union et de l'équilibre (Yin-Yang), le DEUX a ainsi une couleur féminine. Il est souvent attribué à la Mère.

    DEUX est un nombre incarnant toutes les oppositions : les deux sexes, le jour et la nuit, la vie et la mort, la gauche et la droite, le bien et le mal... C'est un nombre symbole de conflit (on retrouve sa racine dans le verbe « diviser »), mais il n'a pas que des aspects négatifs car l'union de deux contraires peut permettre la progression alors que l'unité est signe de stabilité.

    DEUX exprime la dualité. DEUX est le nombre du couple. Il est opposé à l’indivisibilité du UN. Ce sera donc aussi le nombre des oppositions (Mâle – femelle ; positif – négatif)

    Comme toute évolution peut passer par une dualité, un conflit, le Nombre DEUX symbolise aussi le progrès, le développement. Deux est le nombre de la terre nourricière.

    Entrant dans le temple, tout Néophyte se trouve entre le binaire des deux Colonnes, face à l’opposition colorée du Pavé mosaïque. En proie aux doutes, aux débats contradictoires, l’Apprenti découvre par le travail initiatique, la conciliation des opposés grâce au ternaire, lui offrant un terrain d’entente sur une base solide. Le fait que des êtres ou des objets soient au nombre de deux, permet d’établir un rapport direct de comparaison.

    Premier nombre pair, le nombre DEUX implique l’existence de rapports d’opposition, de comparaison et d’antithèse de la double polarité positive et négative, mais ces deux polarités créatrices peuvent exercer une attraction mutuelle dont le moteur est l’amour, comme elles peuvent aussi se repousser. Elles sont harmonieusement complémentaires dans l'un des plus beaux symboles que l'on associe régulièrement au Nombre DEUX : le « Taï – Ghi – Tu » ou le Yin et le Yang.

    La manifestation de la Lumière renvoie à la Genèse et à la dualité Lumière et Ténèbres. Oswald Wirth observe que « la vie résulte d’un perpétuel conflit. C’est l’opposition qui engendre toutes choses, de même que la révolte crée l’individu, car il faut s’insurger pour être. Tel est le sens du mythe de la chute adamique »[4].

    Notre cheminement sur le Pavé mosaïque est significatif, car il est à l’image de la vie même de tout être dans les Ténèbres qui, pour retrouver la Lumière, doit s’efforcer de reconstituer l’Unité à travers l’opposition des apparences et l’alternance des contraires.

    Dans nos Loges, la dualité est représentée notamment au centre de notre espace sacré par les dalles blanches et noires du Pavé mosaïque, à l’Orient de la Loge par le Soleil et la Lune, à l’Occident par les deux Colonnes « J » et « B » qui sont unies par une seule formule « Il établira en force ».

    Rappelons aussi que les deux Tables de la Loi sont indissociables et que la Nouvelle Loi est venue pour accomplir l’Ancienne…

    La qualité d’un être ne se définit que par son contraire et le mal est nécessaire au triomphe du bien.

    Il y a le Ciel-Père et la Terre-mère – toutes les traditions de toutes les civilisations le disent. Et c’est toujours l’Esprit qui féconde la matière.

    Ainsi le Nombre DEUX nous apparaît comme étant le nombre « unificateur ». Il figure un ensemble parfait.

    On sait que les Anciens ignoraient le zéro. Ils parlaient simplement du « Un qui n’est pas ». Pour passer de l’Un qui n’est pas à l’Un qui est, du néant à l’Etre, de Aïn Soph à Kether, des Ténèbres à la Lumière, le chemin est toujours le même. Et il conduit invariablement ici-bas à la dualité, au DEUX de l’opposition, au DEUX, invariablement féminin, qui prend forme en Eve.

    Ainsi le UN s’exprime-t-il en Kether, la Couronne de l’Arbre séphirotique. Rappelons que l’Arbre de Vie kabbalistique est une représentation des trente-deux chemins composés des dix Séphiroth et des vingt-deux chemins qu’ils parcourent. L’Arbre de Vie décrit la descente du divin dans le monde manifesté, et les moyens par lesquels on peut accéder à l’union divine dans cette vie. Et le DEUX correspond paradoxalement à la Sagesse, Hochmah.

    * Les Nombres Un, Deux et Trois

    C’est bien là l’ambivalence des valeurs attribuées aux nombres. Ce qui est « en bas », considéré comme opposition, négation puisque symbole de la dualité, à ce qui est « en haut », au plan divin, par la loi de la similitude inversée, devient la plus belle qualité de l’esprit et de l’âme. A Ève s’oppose Sophia, la Sagesse, celle qui de toute éternité est au côté du trône divin. Le DEUX sera donc ce que nous en ferons dans notre application, soit au monde de la matière soit au monde de l’esprit.

    Le Nombre Trois

    Le UN n’a pas de forme. C’est le symbole de l’Absolu qui est au-delà de toutes limites. Il contient tout. C’est le point. C’est le germe.

    Le DEUX, c’est la ligne, le domaine de l’informel. Le nombre pair est considéré comme inachevé, alors que le nombre impair est achevé.

    Comme le yin, le DEUX est féminin et noir et comme le yang, le TROIS est masculin et blanc…

    Le TROIS est en effet le premier nombre impair puisque le UN est à la fois pair et impair, source de tous les autres Nombres.

    Du point de vue mathématique, le nombre trois est un nombre premier qui ne se divise pas.

    TROIS symbolise le Ciel, l’Esprit. Ce que confirme son assimilation par la Kabbale [5] à la sephira Binah [6], l’Intelligence ou l’Esprit. Mesurant un temps qui n’a pas de limite, il correspond aux trois degrés d’actions qui relèvent du cercle (méditation, spéculation, contemplation).

    Par le TROIS, la vie s’engendre, le dynamisme se crée. Partout des triades sont à l’origine des choses et du monde car, comme le disait Platon : « Il est impossible de bien comprendre deux choses sans une troisième ». Et le triangle équilatéral, symbole de la trinité, est aussi celui de la perfection dans la tradition judéo-chrétienne.

    A la trinité divine, familière aux anciens Égyptiens qui en connaissaient maints aspects, correspond la triade commune père-mère-enfant.

    TROIS n’est pas véritablement le troisième nombre mais le premier. Composé à partir des nombres UN (nombre du Créateur) et DEUX (nombre de la division, de la dualité, du binaire), TROIS est le premier nombre mystérieux qui intervient comme la signature de la création dans l’Ordre.

    Depuis l’avènement de l’humanité, le genre humain porte la marque de la loi de création qui se manifeste par une cause, un effet, un produit. Cette triade correspond à la mise en branle de l’énergie créatrice, la transformation de la lumière en matière, l’incorporation de l’esprit dans la matière.

    Ainsi TROIS marque toutes les choses créées parce qu’il a présidé à leur création. C’est le nombre de la loi directrice des êtres et du commencement des choses matérielles. Il est le nombre de toute production à l’image du triangle.

    TROIS pourrait donc correspondre à un rythme et à une structure essentielle dans l'homme et dans l'univers. Cette structure pourrait être à la base du syllogisme et de la relation « thèse, antithèse, synthèse ».

    Le Nombre TROIS, est un moyen terme entre le UN et le DEUX. En effet, un phénomène est toujours suscité par les jeux des complémentaires : l’action provoque une résistance, qui suscite une réaction, le troisième terme est le phénomène. Le ternaire permet de retrouver l’unité. Il contient trois parties ou trois propriétés.

    Le Nombre TROIS est le nombre maçonnique par excellence. Il est le centre de la Loge, de la symbolique et du rituel. Le Nombre TROIS est le nombre créateur. Pourquoi ? Il est créateur par sa source de lumière. C’est par le Trois que tout est créé. Il donne naissance à la première figure géométrique possible, le triangle.

    Le trois est le symbole de la fécondité universelle, comme nous l’exprime la troisième lame du Tarot, l’impératrice incarnant la puissance suprême.

    TROIS est universellement un nombre fondamental.

    • Il exprime un ordre intellectuel et spirituel, en Dieu, dans le cosmos ou dans l’homme. Il synthétise la tri-unité de l’être vivant ou il résulte de la conjonction de 1 et de 2, produit en ce cas de l’Union du Ciel et de la Terre. Ainsi, l'homme (1) est le fils du Ciel (3) et de la Terre (2). Ce nombre est le symbole du choix et du guide ou bien encore de l'ordre social. Dans la nature, le Nombre TROIS représente la vie à travers la naissance, la croissance et la mort.
    • Dans certaines traditions, si Un est Dieu ou le ciel, et si Deux est la terre, alors Trois est le symbole d’un monde organisé, régi par un ordre divin. L’idée d’un monde réalisé, achevé, est signifiée dans de nombreux mythes comme celui des trois frères, Zeus, Poséidon et Hadès, qui gouvernent, le premier la terre et le ciel, le deuxième les mers, et le troisième les enfers.
    • Par contre, on rencontre aussi l’interprétation suivante : Trois est le nombre du Ciel et deux le nombre de la Terre, car un est antérieur à leur polarisation.
    • Si Un, l’Unité, est Dieu, si Deux est la Matière, alors Trois est la Matière organisée. Trois va donc signifier l’équilibre : physique, moral, intellectuel ou cosmique.

    En mathématique, TROIS est le premier des nombres impairs puisque le UN est à la fois pair et impair, source de tous les autres nombres. A l’instar de beaucoup de sociétés initiatiques, notre Ordre est sensible à l’imparité.

    Dans l’ancienne Chine, les nombres avaient un sexe, les impairs étant mâles et les pairs femelles. Cette préférence pour l’imparité reste mystérieuse. Un nombre impair est toujours décomposable en deux nombres égaux lorsque le nombre un en a été extrait (Exemple : 33 – 1 = 16 et 16).

    TROIS est le seul nombre à contenir trois fois l’unité (1, 1 et 1). Il marque de son sceau le premier degré de notre Ordre. TROIS est la somme des deux premiers nombres (1 et 2). Après le Un, il est le premier nombre insécable.

    Retenons aussi que le Nombre TROIS est un nombre universel que l’on retrouve dans toutes les traditions initiatiques. Il exprime un ordre spirituel dans les plans humain, cosmique ou divin.

    Synthétisant le caractère tri-unitaire de tout produit manifesté, il s’avère spécifique de la conjonction 1 + 1 = 3.

    Dans l’univers initiatique, TROIS n’est pas le produit de 1 + 2 mais de celui de 1 + 1 = 3 ou valeur numérique du produit créé. La somme, 1 + 1 = 2, découle d’un arbitraire ou postulat humain qui ne peut s’appliquer au mouvement divin de la création.

    Les naturalistes ont observé de nombreux ternaires dans le corps humain. Il semblerait que toute fonction importante d’un organisme possède cette structure de base. La raison fondamentale de ce phénomène ternaire universel est sans doute à chercher dans une vue globale de l’unité – complexité de tout être dans la nature, qui se résume dans les trois phases de l’existence : apparition, évolution, destruction ; ou naissance, croissance, mort ; ou encore, selon la tradition et l’astrologie : évolution, culmination, involution.

    TROIS est un nombre sacré et spirituel. On pense d'abord à la Trinité (le Père, le Fils et le Saint-Esprit), mais aussi à l'espace (les trois dimensions), au temps (passé, présent et futur), à l'action (début, milieu et fin), à la famille (père, mère et enfant)...  

    C'est par le Nombre TROIS qu'on échappe à la dualité. Il devient donc un nombre de rupture. TROIS est la combinaison des deux premiers nombres. Il en est l’aboutissement.

    Le Nombre Trois dans les rituels du 1er degré

    J’ai relevé plus de trente occurrences du Nombre Trois dans les rituels du 1er degré, probablement 33 comme le nombre de degrés du R.E.A.A.

    • L’Apprenti a trois ans. Cela doit lui rappeler notamment :
    • que c'est par trois grands coups frappés sur la porte qu’il a été introduit dans la Loge ;
    • qu’il a accompli trois voyages et subi trois épreuves pendant la cérémonie d'Initiation ;
    • qu’il a pénétré dans la Loge en effectuant trois pas ;
    • qu’il aura à y conquérir trois grades dans la hiérarchie initiatique.
    • qu'il s'y tire souvent des « triples batteries » et des triples acclamations: « Vivat, vivat, semper vivat ! » au Rite moderne et « Houzé, Houzé, Houzé » au R.E.A.A. ;
    • bref, que le ternaire se retrouve partout au grade d'Apprenti.
    • Les Francs-maçons disposent de trois moyens pour se reconnaître : un signe (le signe d’ordre), une parole (le mot de passe) et un attouchement.
    • Le signe des Apprentis - Maçons se fait en trois temps: par Équerre, Niveau et Perpendiculaire qui sont les trois bijoux mobiles qui ornent les sautoirs du Vénérable Maître et des deux Surveillants.
    • L’attouchement est triple : en se donnant mutuellement la main, il s’effectue par trois pressions de l’extrémité du pouce sur la première phalange de l’index.
    • Les anciens rituels nous disent que trois Maçons forment une Loge simple. Les Trois Maçons de la Loge simple sont le Vénérable Maitre et les deux Surveillants. Ils sont aussi désignés comme étant les trois Maillets de la Loge, intermédiaires entre le Grand Architecte et la Loge, le Grand Architecte étant symbolisé par un Triangle Divin parfois placé à l’Orient, notamment au R.E.A.A. On les désigne aussi comme étant les « trois Lumières» qui dirigent la Loge.
    • Il existe aussi trois bijoux immobiles: ce sont la Pierre brute, la Pierre cubique et la Planche à tracer qui correspondent respectivement au degré d’Apprenti, de Compagnon et de Maître.
    • A la demande du Mot sacré, l’Apprenti donne une réponse en trois temps: je ne sais ni  lire / ni écrire / je ne sais qu’épeler.
    • Au grade d’Apprenti, la batterie s’effectue par trois frappes des mains, peu importe le rythme de leur exécution qui varie selon le rite pratiqué.
    • Le Nombre Trois est doublement présent dans le premier Travail de l’Apprenti. Ce travail s’effectue sur une pierre brute et au moyen de deux outils : le Maillet et le Ciseau, mais aussi au rythme de la batterie du grade.
    • La Loge est tridimensionnelle : sa longueur s’étend de l’Orient à l’Occident, sa largeur du Septentrion au Midi, sa hauteur du Zénith au Nadir (ou de la surface de la terre jusqu'au ciel).
    • Les Ateliers des trois premiers degrés de la Franc-maçonnerie sont appelés «Loges Bleues». Ce nom leur a été donné en raison de la couleur bleue du cordon de Maître. Une Loge Bleue se compose d'Apprentis, de Compagnons et de Maîtres en nombre variable.
    • Les trois Piliers situés au centre de la Loge et entourant le Tableau de la Loge, symbolisent la progression spirituelle de l’Initié. Chacun d’eux correspond à l'un des trois principaux Officiers de la Loge : « Sagesse » au Vénérable (pour inventer), « Force » au Premier Surveillant (pour diriger) et « Beauté » au Second Surveillant (pour orner).
    • Les trois points disposés en triangle... – sont couramment employés en Maçonnerie comme signe d’abréviation ou de reconnaissance pour affirmer son appartenance à la Franc-maçonnerie. C’est sans doute la raison pour laquelle les Maçons sont souvent désignés par l’expression « Frères Trois Points ». Ces trois points qui caractérisent la signature d’un Maçon indiquent qu’au problème de la dualité est trouvé un troisième terme qui montre la voie du milieu.
    • Nous prêtons serment sur les trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie qui reposent sur l’autel : le Volume de la Loi sacrée (la Bible), l'Équerre et le Compas. Ces trois éléments fondamentaux composent aujourd'hui la triade essentielle que l'usage a imposée dans la plupart, sinon la totalité des Loges maçonniques du monde.
    • Remarquons qu’il est aussi question, dans les anciens catéchismes, de trois petites Lumières figurées par le Soleil, la Lune et le Vénérable Maître.
    • Toute Loge doit être symboliquement éclairée par des flammes. Au grade d'Apprenti, on doit trouver trois cierges. Soit le Vénérable et les deux Surveillants en ont chacun un sur leur plateau (au R.E.A.A.), soit le Vénérable Maître dispose d’un chandelier à trois branches (au Rite moderne et au R.E.R).

    Plus rarement, on trouve aussi des Loges éclairées par un chandelier à trois branches sur le Plateau du Vénérable Maître et un cierge sur celui de chaque Surveillant. Mais dans ce dernier cas, il y a, à mes yeux,  une anomalie par rapport au Nombre Trois puisque la Loge est alors éclairée par cinq cierges, ce qui n’est pas normal si les Travaux s’effectuent au Premier Degré.

    • Parmi les symboles qui sont représentés sur le Tableau de Loge, remarquons la présence de trois marches et de trois fenêtres, ainsi que de la Pierre brute, la Pierre cubique et la Planche à Tracer, instruments symboliques respectifs de l’Apprenti, du Compagnon et du Maître.
    • Dans le Cabinet de Réflexion, nous avons rencontré les trois éléments du «Grand Œuvre alchimique», c’est-à-dire le soufre, le mercure et le sel.
    • Enfin rappelons que nous avons aussi l’habitude de quitter la Chaîne d’union en trois temps, pas forcément au rythme de la batterie du grade d’Apprenti, mais pour autant que celle de nos cœurs en se brise jamais !

    La Tetraktys pythagoricienne

    Pour terminer cet exposé, il m’a semblé intéressant d’aborder brièvement ce que Pythagore a appelé la « Tetraktys »[7] bien qu’elle concerne un peu plus que les trois premiers nombres !

    La « Tetraktys » est formée des quatre premiers nombres et dont la somme vaut DIX (1 + 2 + 3 + 4 = 10). Sa représentation est un triangle de 10 points disposés en pyramide de quatre étages :

    * Les Nombres Un, Deux et Trois

    La Tetraktys peut être vue sous différents angles :

    Le point supérieur peut être vu comme la représentation de :

    • l’unité fondamentale
    • la dualité
    • la mesure de l’espace et du temps
    • la matérialité

    Les deux points peuvent être vu comme la représentation de :

    • la complétude
    • les opposés complémentaires
    • la dynamique de la vie
    • les éléments structurels

    Les trois points peuvent être vu comme la représentation de :

    • la totalité
    • le féminin et le masculin
    • la création

    Les quatre points peuvent être vu comme la représentation de :

    • la terre
    • le feu
    • l’air
    • l’eau

    Conclusion provisoire

    En partant de la Tetraktys pythagoricienne, le nombre UN représente l'unité avant la manifestation, le chaos des alchimistes, Kether pour la Cabbale [8].

    Le Nombre DEUX résulte de la séparation du UN en deux phases égales mais de polarité opposées, sel et nitre pour les alchimistes, Chokmah pour la Kabbale.

    Le Nombre TROIS est le symbole de l'unité et de la dualité réunis dans la manifestation.

    Dans la Genèse, après que l’Eternel eut créé le Ciel, UN, puis la Terre, DEUX, à laquelle s’assimile la poussière, il façonna l’homme de la poussière au sol. Puis il insuffla dans ses narines un souffle de vie par son verbe et l’homme devint un être vivant (Gn, 2, 7). Autrement dit, le verbe divin UN, ajouté à la poussière divine DEUX, donna Adam TROIS.

    Cet exemple illustre parfaitement le fonctionnement des trois premiers nombres et comment une source unique, une énergie, peut arriver à une manifestation. La progression du UN vers le DEUX puis vers le TROIS montre que le nombre est dynamique en lui-même, par sa tendance à la transformation dans une chaîne vivante qui est la trame de l’univers en mouvement. Mais cette démarche ne s’arrête pas au nombre TROIS : le principe se poursuit pour la suite des nombres !

    Mais cela, c’est une autre histoire !

    R:. F:. A. B.

    [1] Oswald Wirth, La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, l’Apprenti - Editions Dervy, Paris, 1999 - page 144

    [2] Il s'agit d'un mot de grec ancien οὐροϐóρος, latinisé sous la forme uroborus qui signifie littéralement « qui se mord la queue ». Ce symbole apparaît souvent sous la forme d'un serpent se mordant la queue. Il représente le cycle éternel de la nature.[

    [3] Dieu créateur de l’Univers, pour Platon.

    [4] Oswald Wirth, La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, l’Apprenti - Editions Dervy, Paris, 1999 - page 151

    [5] La Kabbale (de l'hébreu קבלה Qabbala « réception »), parfois écrit Cabbale, est une tradition ésotérique du judaïsme, présentée comme la « Loi orale et secrète » donnée par YHWH (Dieu) à Moïse sur le Mont Sinaï, en même temps que la « Loi écrite et publique » (la Torah).

    [6] Binah est la sephirah première du pilier de la rigueur, parfois appelé pilier de l'intelligence par identification.

    [7] Le Tétraktys est "une image figurée de la structure du monde".
    La figure classique est celle d’un triangle de quatre lignes tel que 1 + 2 + 3 + 4 = 10 points ou cailloux.

    [8] Le mot « Cabbale » transcrit l’hébreu qabbalah signifie « tradition ». Il désigne une composante ésotérique et mystique de la culture juive, fondée sur l’étude des niveaux de l’Être qui s’étagent entre l’espèce humaine et Dieu ainsi que sur les médiations (sefirot) qui relient ces divers niveaux. Elle s’appuie notamment sur une méthode d’interprétation de la Bible fondée sur la transcription numérique des caractères hébreux (sefira veut dire « nombre » et a la même racine que l'arabe sifr dont le français a fait « chiffre » et « zéro » : la Cabale accorde, comme l'école de Pythagore, une valeur mystique aux Nombres.


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