• * Mes premières réflexions après mon Initiation au grade d’Apprenti

    Le 13 décembre 1996, date de mon Initiation au grade d’Apprenti, j'ai accompli mon « premier Travail ». La réflexion qui suit serait-elle le second ?

    Réflexions au sujet du «passage sous le bandeau»

    De mon passage ou interrogatoire sous le bandeau, cérémonie qui, je pense, fait  partie du processus initiatique,  je souhaiterais revenir à une des questions qui me furent posées, à savoir si ce n'était pas uniquement la curiosité qui m'avait amené à la Franc-maçonnerie.

    Mes premières approches de la Franc-maçonnerie remontent à 1975 environ. A cette époque, je l'avoue, j'ignorais totalement l'existence de la voie maçonnique et il me parait bien normal que, comme pour toute notion nouvelle à laquelle un Etre humain porte un minimum d'intérêt, la curiosité se manifeste naturellement et se transforme progressivement en un besoin de plus en plus affirmé.

    C'est vers 1983 que j'ai éprouvé le besoin de m'informer davantage par la lecture. J'ai ainsi découvert quelques notions (les obédiences, le rituel, les symboles...) ainsi que les conditions morales pour entrer dans l'ordre : être disponible, avoir une ouverture d'esprit suffisante ainsi que la volonté de se remettre en question.

    Cet idéal vers lequel l'homme peut tendre m'a profondément marqué‚ au point de faire mien cet objectif et de commencer un travail d'amélioration de moi-même. Parce que depuis 1982 j'exerçais une profession difficile aux relations humaines multiples, et probablement parce qu’à cette époque j'ai éprouvé quelques difficultés et sans doute commis des erreurs, il m'a fallu attendre très longtemps pour que les premières démarches concrètes se produisent. J'ai ainsi traversé une longue période que j'ai mise à profit pour réfléchir davantage à cet idéal et poursuivre ce travail de perfectionnement.

    Lorsque j'ai rencontré mon premier parrain (le F:. G. B.) en 1996, j'ai eu l'impression que mon initiation commençait car cette rencontre constituait un réel encouragement à progresser, à travailler sur moi-même, à améliorer toute relation humaine.

    La phase finale de la pré-initiation, à savoir mon passage sous le bandeau, le 11 octobre 1996, m'a permis de ressentir l’atmosphère très particulière d'un lieu sacré dont j'ignorais encore les lois.

    Bien que cette épreuve soit généralement considérée comme assez pénible, il me semble, avec le recul, que l'ensemble des questions qui m'ont été posées m'a permis de faire une nouvelle fois le point quant à la pureté de mes intentions.

    Je pense que ma sincérité a été appréciée puisque me voilà parmi vous.

    Réflexions au sujet de la cérémonie d'Initiation

    La cérémonie vécue le 13 décembre 1996 m'a permis de vivre une initiation virtuelle. En effet, si elle m'a proposé quelques symboles, le temps de travail assidu qui me reste à vivre ne me suffira probablement pas pour découvrir entièrement les quelques paysages spirituels et initiatiques que cette cérémonie m'a à peine dévoilés.

    J'ai découvert mais pas forcément compris le Pavé mosaïque, les deux Colonnes, les trois Piliers, le Tableau de la Loge... J'en connaissais l'existence, sans plus.

    J'avais imaginé les Apprentis siégeant sur la Colonne du Nord et les Compagnons sur celle du Sud. J'ai découvert et apprécié que les Maîtres se répartissent sur les deux Colonnes, ce qui tendait de confirmer l’idée selon laquelle même lorsqu'on est Maître on apprend et s'initie encore et toujours.

    Pour me rendre à cette première Tenue, j'avais reçu comme consigne de revêtir un smoking, ce qui n'était pas une surprise. Par contre, ce qui le fut, c'était de devoir, au seuil de l'espace sacré, me défaire de ma veste, du nœud, d'une chaussure...  J'éprouvai d'abord un sentiment de tristesse de quitter ce que je considérais comme un bel habit, sentiment vite oublié‚ car je me rappelai aussitôt que la vertu n'a pas besoin d'ornements et que c'était pour la même raison que quelques instants auparavant je m'étais dépouillé de mes métaux, c’est-à-dire de ma montre, de mes bagues et de mon portefeuille !

    Cette gêne passagère résultant du sentiment de paraître quelque peu grotesque ainsi accoutré n'a pas eu un effet inhibitif prolongé sur mes facultés. Je savais que mon cœur était à découvert en signe de sincérité et de franchise, que mon genou droit était mis à nu pour marquer un sentiment d'humilité qui doit présider à la recherche du vrai et que mon pied gauche était déchaussé car j'allais fouler pour la première fois les dalles sacrées du Temple.

    Avec le recul de deux semaines environ, j'ai compris que la cérémonie d'initiation repose essentiellement sur les épreuves des quatre Eléments et sur le serment qui me lie dorénavant à la Franc-maçonnerie.

    Cette initiation m'a offert la possibilité de dépasser l'individu limité que j'étais dans le monde profane et de m'ouvrir à d'autres réalités. Elle constitue un premier pas dans un monde nouveau où je vais progressivement découvrir un langage symbolique difficile à percevoir d'emblée, où je vais tenter d'acquérir progressivement la maîtrise de moi-même avant de prétendre modifier mon entourage et contribuer à l'épanouissement d'autres individus.

    J'ai compris que c'est à partir du travail effectué dorénavant avec mes Frères, loin des passions et des désordres du monde extérieur, mais dans le secret de la Loge que je me transformerai d'une manière profonde.

    Le brusque passage de la rue dans le Temple ne suffit donc pas pour faire de moi un Franc-maçon. C'est à moi de savoir ce que je compte faire de l'Initiation que j'ai reçue. Mais l'Initiation ne s'arrête pas à la cérémonie de Réception que j'ai vécue : elle est un processus continu et les épreuves subies n'en sont que l'introduction !

    Mon premier travail

    Par le geste du «premier travail» j'ai compris que je suis assimilé à une pierre brute, une matière qu'il faudra façonner pour lui donner une forme harmonieuse qui pourra s'intégrer dans le Temple en perpétuelle construction.

    Les épreuves que j'ai subies (de la terre, de l'air, de l'eau et du feu) sont des symboles. Cette démarche symbolique vise à transformer ma nature de profane et devrait progressivement provoquer une mutation interne.

    Je n'ai pas considéré l'initiation comme une simple cérémonie. Je pense y avoir mesuré ce qui est exigé de moi : subir un face à face décisif avec moi-même, laisser s'opérer en moi un ébranlement profond, me livrer entièrement pour parvenir à me voir tel que je suis réellement, me mettre en état de percevoir en moi-même un événement fondamental : ma mort au monde profane et ma naissance en tant qu'Apprenti Franc-maçon.

    La cérémonie d'Initiation ne m'a pas fait sourire. Loin de moi aussi l'idée de la considérer comme archaïque ou d'être une apparente puérilité. J'ai pris tout ce cérémonial avec beaucoup de sérieux. Je me souviens n'avoir retrouvé mon sourire que lorsque j'ai découvert deux de mes amis siégeant en face de moi, très heureux de les considérer à présent comme Frères et réciproquement !

    La cérémonie correspondait assez bien à ce que j'avais imaginé au travers de mes premières lectures. J'ai le sentiment d'y avoir été très conscient mais je n'ai pas pu retenir tous les emblèmes ni toutes les allégories et encore moins toutes les formalités rituelles.

    Les étapes successives symbolisées par les quatre épreuves et les trois voyages m'ont invité à prendre conscience que le chemin à parcourir pour devenir un digne Franc-maçon est long, obscur, angoissant et semé d’embûches. Ce n'est qu'avec persévérance, en surmontant les obstacles, en vainquant le doute par la raison que je pourrai peut-être arriver à en percevoir la fin.

    Cependant, ce chemin que le Maître des Cérémonies m'a aidé à parcourir, ne m'a guère éloigné de mon point de départ réel. Il a donc un caractère symbolique qui m'incite à en reconstituer les différentes péripéties, le sens et la raison.

    Ainsi, l'épreuve de la Terre, subie dans le Cabinet de Réflexion, m'a invité à prendre conscience que se connaitre soi-même est un apprentissage long et continu ; que la perfection n'est peut-être pas de notre monde profane mais que seuls les Initiés peuvent y tendre et, qu’enfin, pour accéder à cette vie nouvelle, il me faut symboliquement mourir de ma vie de profane.

    Au seuil du Temple, je m'attendais à devoir franchir une porte basse et étroite. J'ai senti que j'ai dû me baisser très fort pour passer sous une barre. J'ai compris que ce geste correspondait à la mort à la vie profane et à une renaissance à une vie nouvelle à laquelle j'ai accédé comme l'enfant qui vient au monde. Ce geste m'a suggéré que l'humilité et l'effort sont les lois de l'homme qui veut conquérir la Lumière.

    Le bruit provoqué par les sabres n'a pas vraiment provoqué en moi un véritable choc hypnotique. Je pense au contraire être resté bien conscient de ce que le Maître des Cérémonies me faisait faire.

    Avant de recevoir la Lumière symbolique, j'ai dû subir les épreuves de l'air, de l'eau et du feu, toutes purificatrices.

    Le premier voyage m'a fait comprendre que pendant mon apprentissage je serais privé de lumière, inapte à me diriger seul mais avide de connaissance et assoiffé de vérité.

    Revenu au point de départ (à l'Occident), le second voyage accompagné du persistant cliquetis des épées, m'a fait prendre conscience des efforts à soutenir pour préparer sagement mon ascension.

    Le troisième voyage, beaucoup plus calme et silencieux, devait me faire subir l'épreuve du feu mais je l'ai à peine remarquée. Pourtant le feu me fait peur !

    Après avoir bu le calice d'amertume jusqu'à la lie, le bandeau qui couvrait mes yeux a été enlevé. J'ai lu quelque part que lorsque le bandeau me serait retiré se produirait un choc initiatique. Je me dois d'exprimer un profond regret dû au défaut de ma vision : privé de mes verres correcteurs, je n'ai pu percevoir que d'une manière très floue les effets lumineux recherchés ainsi que mes Frères pointant sur moi leur épée, symbole de la sauvegarde, de l'amour et du châtiment.

    Ces épreuves subies n'ont pas fait de moi un Franc-maçon. Elles m'ont implicitement enseigné comment je pourrais le devenir. La qualité de Franc-maçon ne s'acquiert en réalité que petit à petit par un patient effort de perfectionnement individuel.

    Tel me semble le message que suggère la cérémonie de Réception qui détermine les étapes et m'indique le sens de l'action dans lequel je me dois de travailler pour m'élever inconsciemment vers des plans supérieurs.

    Quant au rituel auquel j'ai été invité à me soumettre (les mots, le signe d'ordre, la marche), il me dictera continuellement mon devoir et m'incitera à l'accomplir sans défaillance.

    Dorénavant, avant de franchir la porte du Temple, je revêtirai d'une part un tablier blanc en peau d'agneau, insigne de mon grade d'Apprenti qui me rappellera que le travail, source de joie, est l'objet exclusif des réunions maçonniques, et d'autre part, des gants blancs.

    Le fait de revêtir ces deux emblèmes de pureté et de travail m'aidera à me souvenir que je suis voué aux durs travaux d'édification du Temple de l'Humanité.

    Planche tracée alors que j'étais encore un Apprenti

    R:. F:. A. B.

     


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