• * L'Initiation et le nouvel Initié

    Franc-maçonnerie, un Ordre initiatique

    Plusieurs livres et essais ont déjà été écrits au sujet de l’Initiation maçonnique, sujet o combien difficile ! C’est pourquoi, avant d’entrer dans le vif du sujet de cette réflexion, rappelons tout d’abord ce qu’est pour nous, Maçons réguliers, la Franc-maçonnerie.

    La Franc-maçonnerie est, avant tout, un Ordre initiatique, non doctrinal. Elle ne nous impose pas une pensée. Elle nous propose une méthode de réflexion fondée sur les symboles et l’analogie. La fonction première d’une Loge maçonnique régulière est de pratiquer des rituels initiatiques et de consacrer ses efforts à l’Initiation. Mais ce phénomène, essentiel à la vie spirituelle de tous ceux qui ont choisi la voie de la liberté, hors des religions et des philosophies, est très difficile sinon quasi impossible à décrire. Essayons tout de même !

    Qu’est-ce que l’initiation ?

    L’initiation est le facteur qui met l’individu sur cette voie de réflexion que nous propose la Franc-maçonnerie. C’est une méthode non directive, personnelle, dans le cadre d’une progression organisée. La voie de l’initiation renvoie continuellement l’individu à lui-même. Elle le conduit à se poser des questions et à chercher des réponses personnelles sur la voie du célèbre adage socratique « connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et ses dieux ». Celui-ci résume le sens et la raison de l’Ordre maçonnique dont la mission est d’unir l’homme intérieur à l’homme social et à l’univers. Cette mission est inscrite dans les constitutions de l’Ordre et est véhiculée par ses traditions.

    « Même si peu de Loges sont réellement initiatiques, même si le rituel est quelquefois mal vécu ou mal préparé, écrit notre Frère Julien Behaeghel, dans le silence du cœur se produit une rencontre : la rencontre vers l’indicible, le non formulable, en un mot l’invisibleCe qui est en nous est tout autre et ne peut se communiquer que par l’expérience personnelle ».

    Avoir une juste compréhension des mécanismes de l’univers, autant que des siens propres, est certainement nécessaire à qui veut participer à l’élaboration de l’œuvre universelle, à commencer par le progrès de l’humanité. Seule une compréhension de la position de l’individu dans le monde, acquise par une réflexion intériorisée sur sa  propre condition, lui permet d’aborder judicieusement le domaine extérieur et d’agir sur celui-ci.

    De génération en génération la chaîne initiatique transmet les Traditions. Par leur compréhension, l’homme apprend à connaître les secrets de l’univers et, en s’améliorant, à se mettre en harmonie avec lui.

    L’Initiation est à la fois la chose la plus difficile et la plus simple. La plus difficile car elle exige de tout individu qui la reçoit, humilité et persévérance. La plus simple, car il suffit, si l’on peut dire, de vouloir l’initiation de tout son être pour que les portes s’ouvrent. De tout son être, autrement dit, en totale simplicité, de manière que la vie en esprit emplisse réellement l’être qui devient « simple en esprit ». Mais que d’efforts pour y parvenir !

    Cela ne signifie pas que la quête initiatique est un simple commencement et le début d’une aventure ; en réalité, l’initiation se situe au début de toutes choses, dans le principe, dans le commencement, dans cette « première fois » des anciennes traditions qui exprimaient ainsi la création en esprit.

    Venant du latin « initium » qui se traduit par « commencement », le mot « initiation » évoque donc étymologiquement le début de cycle, l’apprentissage d’un savoir nouveau. Mais pour un jeune Apprenti, son Initiation est, avant tout, le début d’une vie nouvelle et d’une nouvelle manière d’envisager l’existence.

    Par l’Initiation, le Néophyte entre dans un monde particulier en découvrant un autre aspect de lui-même. L’Initiation est donc un départ sur la voie mais c’est aussi la voie elle-même car l’Initiation induit un processus continu. Ce concept implique l’idée que la Vie est régie par des lois que notre entendement ne peut pénétrer de façon immédiate ni évidente. Y accéder suppose une participation de l’être par son intellect et sa sensibilité. Cet effort est le témoignage d’un désir et ne peut s’exprimer que dans le cadre d’une méthode transmise par l’effet d’un rituel.

    Du point de vue ethnologique, l’initiation fait partie des sociétés humaines depuis les temps les plus reculés. Elle a pour but de faire passer un individu d’un état psychologique et social à un autre, d’un statut à celui immédiatement supérieur : par exemple du statut d’adolescent à celui d’adulte, de celui d’homme à celui de guerrier, de celui d’homme à celui de sorcier… Dans ce but, des rituels considérés comme sacrés, associés bien souvent à des épreuves physiques, devaient tester les capacités physiques des prétendants et confirmer s’ils étaient admissibles.

    Sur le plan maçonnique, l’initiation à l’époque de la Maçonnerie opérative, avait pour objet l’introduction à la connaissance d’un métier. Cette approche avait un caractère secret et fermé. Cette initiation de métier n’était pas sans rappeler la forme traditionnelle et rituelle de l’initiation aux mystères antiques.

    Lorsque la Franc-maçonnerie opérative s’orienta vers une forme plus spéculative, l’initiation revêtit une importance primordiale car elle apparut désormais comme le point de transition entre le profane et le sacré, entre divers états de conscience successifs et la révélation spirituelle la plus éthérée.

    C’est pourquoi l’Apprenti ne peut considérer la quête initiatique ni comme un simple commencement ni comme le début d’une grande aventure. L’initiation se situe au début de toutes choses, dans le principe, dans le commencement, dans cette première fois des anciennes traditions.

    L’Initiation, voie symbolique

    Peut-on parler de l’Initiation sans évoquer le symbole ? Ne devrait-on pas dire que l’Initiation est la voie symbolique et que celle-ci conduit à l’Initiation ?

    Par le rite, l’Initiation met le symbole en action puisque celui-ci nous relie à la partie invisible de nous-mêmes.

    Pour René Guénon, « les rites sont des symboles mis en action ; tout geste rituel est un symbole agi. En ce sens, on pourrait parler d’une certaine prééminence du symbole par rapport au rite. Mais rite et symbole ne sont que deux aspects d’une même réalité. Et celle-ci n’est autre que la correspondance qui relie entre eux tous les degrés de l’Existence universelle, de telle sorte que, par elle, notre état humain peut être mis en communication avec les états supérieurs de l’être ».

    Cette réflexion de René Guénon est fondamentale car elle exprime le processus symbolique et l’état qui le caractérise : l’existence universelle.

    L’Initiation est donc une nouvelle naissance et celle-ci est symbolique. Il nous faut, à ce stade, rencontrer et vivre le symbole au plus profond de nous-mêmes.

    Cette nouvelle naissance, toute symbolique donc, est souvent comparée à la descente aux Enfers : tous les Initiés doivent vivre cette épreuve de la descente au creux de la nuit peuplée par les ombres du monde du Bas.

    Rechercher l’Initiation, c’est tenter de se situer à la naissance de toutes choses, au cœur même de la vie. Cette quête débute lorsque nous prenons conscience que nous ne désirons plus vivre comme des individus conditionnés par l’air du temps, lorsque nous prenons conscience de notre désir d’agir au lieu de réagir, ou encore lorsqu'au plus profond de nous-même, nous ressentons le besoin de découvrir une vie en esprit, au-delà des vérités toutes faites, au-delà des dogmes et du sectarisme intellectuel, religieux ou politique.

    L’Initiation a en effet pour but, entre autres, de nous aider à nous détacher de toute forme de dogmatisme et des vérités révélées qui ont provoqué et qui provoquent encore tant de fanatisme et de massacres.

    La quête initiatique n’a d’autres bornes que celles que se fixe l’être en recherche, puisque une Loge initiatique symbolise l’univers sans limitations et qu’elle offre au Franc-maçon une multiplicité de chemins de connaissance.

    L’Initiation est une découverte formidable pour l’individu qui l’a reçue. Elle demeure tout au long de sa vie en Loge pour autant qu’il se remette sans cesse en question et qu’il ne s’arrête pas en chemin. Tout comme la vérité n’existe que dans la recherche de la vérité, l’Initiation n’existe que dans la recherche de l’Initiation !

    Un Maître Maçon a dit un jour que « la vérité n’existe que dans la recherche de la vérité » ce qui nous autorise à dire également que l’initiation n’existe que dans la recherche de l’initiation.

    L’Initiation maçonnique ne vise ni à prouver, ni à démontrer, ni à convertir, mais à vivre en conscience le mystère de la création. Il n’est probablement pas possible de connaître l’Initiation sans travailler la matière, sans participer à la transmutation universelle, qui va du pesant au léger, de l’inconscient au conscient. Il faut devenir le cercle pour comprendre le Ciel et trouver son centre. Il faut devenir carré pour connaître nos limites et découvrir la croix. D'où l’importance de l’Art du Trait. Chacun peut avec un minimum d’habitude et d’habileté utiliser un compas et une équerre. Le compas trace le Ciel et son infinité. L’équerre est la structure du carré. Elle nous permet de tracer le carré, symbole de la Terre.

    Le compas, l’équerre et la règle nous permettent d’imaginer activement l’invisible. Et, ce faisant, de dépasser l’évidence, de traverser le miroir et de ressentir le frisson des espaces nouveaux. Nous devenons infinis et intemporels en entrant dans l’infini et l’intemporalité du symbole. Ce qui est important est dans l’invisible.

    Lorsque des Frères vivent l’Initiation en Loge, ils se créent les uns par les autres et ils découvrent des paysages de l’esprit que seule une authentique communion fraternelle permet d’atteindre.

    Notre Initiation a donc pour but de construire, ce qui n’exclut ni la méditation, ni l’accomplissement individuel. Réunis à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, nous tentons d’édifier une œuvre qui dépasse nos existences et qui ne nous appartient pas.

    La Réception au premier degré de la Franc-maçonnerie n’est que la première étape d’une quête. Chaque étape procède de la précédente et prépare la suivante. Les faits et gestes de chaque cérémonie sont destinés à sensibiliser la réflexion du candidat sur un nouveau sujet ou une nouvelle manière d’aborder un sujet qui se renouvelle. Le but du travail sur cette voie passe par la réalisation de soi-même.

    La cérémonie d’Initiation au Premier degré

    La présente réflexion fait ici abstraction de la cérémonie d’Initiation en elle-même  afin de ne pas perturber les Frères, lecteurs ou auditeurs, qui se réfèreraient à la cérémonie qui les a amenés en ces lieux et dans le rite pratiqué par leur Loge-mère.

    Notre propos n’est donc pas de décrire une cérémonie d’Initiation et encore moins de procéder à une étude comparative entre les différents rites pratiqués au sein de notre Obédience.

    Notre Tradition

    C’est grâce aux Frères qui nous ont précédés et qui nous ont transmis l’Initiation que nous pouvons continuer à la vivre. Aussi cette Initiation, chaque jour à recommencer, se nourrit-elle de la Tradition, cet ensemble de forces créatrices où la spiritualité se recrée en permanence.

    Notre Tradition est celle du Verbe et c’est la raison pour laquelle nos Loges font référence à Jean l'Évangéliste et à sa célèbre formulation : « Dans le principe est le Verbe », qui est d’ailleurs une adaptation d’un très ancien texte égyptien. Ce Verbe n’est pas enfermé dans un livre figé qui imposerait une vérité définitive, comme celle des religions dogmatiques, mais il se transmet par des symboles et des rites qui sont autant de paroles vivantes.

    L’Initiation nous relie aussi à la tradition des bâtisseurs. Elle est porteuse des éléments nécessaires pour que soit transmis l’esprit du métier.

    Les œuvres que les Anciens ont créées témoignent de leur amour de la vie en esprit et de leur capacité à la formuler en vivant le métier et son mystère. Quel que soit le matériau choisi, concret et abstrait, construire est un acte sacré fondé sur l’amour de l’œuvre.

    Sur le chantier, dans la Loge, chacun doit être à sa juste place pour qu’aucune énergie ne soit gaspillée. Apprendre son métier consiste, pour l’Apprenti, à découvrir de quelle manière il sera le plus utile afin de participer pleinement à l’œuvre entreprise.

    S’il sait entendre ce qui est formulé, il découvrira une méthode, une façon de faire pour s’intégrer à la construction comme une pierre vivante.

    Se considérant comme l’héritière des constructeurs de cathédrale – les Maçons opératifs du Moyen Age – la Franc-maçonnerie de tradition peut être définie comme une spiritualité basée notamment sur le symbolisme de la construction. Sa méthode est initiatique.

    Dans ses bagages il est possible de découvrir les images splendides de mondes et de valeurs soi-disant révolues, des rituels quasi immuables, des rémanences de corporatisme sauvés des âges, des cérémonies d’initiation qui trouvent leurs racines bien loin dans les ères et cieux écossais, irlandais et compagnonniques. Tout cela fait partie des études, des recherches personnelles de l’Apprenti et de ses inclinaisons du moment.

    Mais il ne faut cependant pas perdre de vue que ce n’est surtout pas l’essentiel de la Maçonnerie. Ces connaissances nous sont transmises pour aider le Franc-maçon à se façonner un comportement et une attitude personnelle, pour l’aider à acquérir une expression particulière de lui-même et une communication avec ses Frères.

    A la fois spéculative et opérative, la tradition des bâtisseurs nous apprend à lier la pensée à l’acte, l’esprit à la main. Un tel travail, il est vrai, n’est pas compatible avec la complaisance envers soi-même ; il faut sans cesse combattre la vanité pour faire grandir l’amour de l’œuvre.

    En découvrant la tradition initiatique pratiquée dans sa Loge, le nouvel Apprenti prendra conscience de la force du lien de vie qui le rattache à ses Frères et le fera croître son désir de participer à l’incarnation de cette tradition.

    Jaillissant à chaque instant de l’Orient éternel, la Tradition initiatique est toujours à redécouvrir. Loin d’appartenir à un passé révolu, elle est plutôt l’éternel présent de la conscience qui renaît à chaque formulation. Elle n’est pas d’un temps, mais de tous les temps, car si sa forme change, sa nature demeure immuable. Née de la lumière, elle en transmet le secret sans jamais s’épuiser. La Tradition initiatique n’appartient pas à l’histoire. Elle naît à chaque instant. Quand une Loge parvient à l’incarner, esprit et matière vivent en paix et le temple s’édifie.        

    Le nouvel Initié

    La cérémonie d’Initiation, à peine terminée, la Loge se réjouit car elle vient de célébrer une nouvelle entrée en Maçonnerie. Elle a revêtu ses plus beaux atours et a pris son air de fête pour recevoir le nouvel Apprenti. Lorsque le bandeau qui couvrait ses yeux lui a été enlevé, la Lumière s’est répandue dans le Temple et il aura sans doute ressenti, un peu confusément, que la Réception d’un Frère Apprenti est un événement important dans la vie d’une Loge maçonnique.

    Il vient, en effet, de commencer à prendre sa part de Travail des Maçons, travail symbolique qui ambitionne de construire le temple de la Vérité et de la Sagesse. Car les Francs-maçons ont un idéal qui ne s’appuie sur aucun dogme auquel ils seraient tenus d’obéir et de croire aveuglément. Cet Idéal, ils le poursuivent sans préoccupations intéressées, non pas dans l’espoir d’une récompense sur Terre ou dans un autre monde, ni dans la crainte d’un châtiment s’ils s’en écartaient. Ils s’attachent à cet Idéal parce qu’ils estiment que la justice dans l’égalité, la sagesse dans la bonté sont des devoirs humains, et même naturels, et que la pratique de ces vertus porte en elle sa récompense la plus directe et la plus effective.

    L’accession à la Maçonnerie est bien une forme de privilège qui permet au nouveau Frère d’être en droit d’éprouver un sentiment de fierté légitime. A cette fierté correspond d’ailleurs la joie de ceux qui l’ont accueilli, pour toujours.

    La Maçonnerie est profondément imprégnée d’un esprit fraternel qu’il découvrira au contact de ses Frères. Cet esprit ne s’obtient réellement que par un travail incessant. Et c’est une joie pour eux de le voir dès cet instant prendre en main leurs outils symboliques.

    Le voilà donc initié ! Il vient d’être créé, consacré et reçu Franc-maçon. Pourtant cette cérémonie ne suffit pas, nous le savons tous, pour faire de lui un Maçon. Il lui faudra sans doute toute une vie maçonnique pour entrevoir une réponse, non dogmatique, à la question « qu’est-ce que cette Initiation que je viens de vivre ? ».

    Le jeune Apprenti s’apercevra probablement très vite que cet esprit qui anime la Maçonnerie peut rivaliser avec la plus belle et la plus altruiste des philosophies parce que la Maçonnerie veut mettre toutes les croyances sur pied d’égalité, pourvu qu’elles soient non dogmatiques, c’est-à-dire indulgentes et sincères.

    Il ne tardera pas à sentir que le code d’honneur des Maçons est vraiment l’un des plus beaux, l’un des plus limpides. Le respect du code d’honneur implique, bien sûr, des devoirs, des devoirs de respect des lois maçonniques, des devoirs de fraternité, de solidarité et de tolérance entre Frères et à l’égard des personnes qui les entourent dans la vie quotidienne.

    Si cela ne fait pas de nous des anges, au moins la Maçonnerie nous apprend à nous débarrasser peu à peu de nos plus gros défauts. C’est ce que nous appelons « tailler notre Pierre ».

    Chacun poursuit ensuite son propre chemin initiatique. A condition de ne jamais s’arrêter de progresser, donc d’aller le plus loin possible, il procure au moins de sérieuses victoires sur soi-même.

    Voilà un des plus grands secrets de la Franc-maçonnerie : c’est une initiation poursuivie sans relâche ; c’est le voyage lui-même qui compte et non pas son but.

    Etre Maçon, c’est donc être profondément humain dans la bonté, la justice et la tolérance, dans l’amour du Bien et du Vrai. C’est ce secret que nous sommes venus chercher ici, tous étant ce que nous sommes ; c’est ce secret que nous espérons que le nouvel Initié nous aidera à chercher, pour son bien…  comme pour le nôtre.

    Les Maçons savent que le jeune Apprenti se souviendra longtemps de la cérémonie qu’il a vécue et que ses souvenirs se préciseront surtout lorsqu’il aura participé à l’admission d’autres néophytes dans sa Loge et dans notre Ordre, la Franc-maçonnerie traditionnelle, qualifiée de « régulière ».

    A l’issue de la cérémonie, ses impressions sont certainement confuses, d’autant plus qu’il a pénétré dans le Temple les yeux bandés et que tout est neuf et probablement inattendu pour lui.

    Mais qu’il sache que l’Initiation au grade d’Apprenti est la plus belle et sans doute la plus riche en substance de toute une vie maçonnique. Les Frères qui l’ont précédé s’accordent généralement à reconnaître que la toute première des initiations est celle qui leur a laissé l’imprégnation la plus profonde.

    Consciente de ses devoirs et après une approche prudente, la Loge a jugé, en toute humilité, qu’il était digne de la rejoindre. Il a frappé à la porte du Temple et c’est ainsi que, dans les ténèbres, grandes lui furent ouvertes les portes de la Loge.

    Que fallait-il lui apporter ? « La Lumière ! » fut-il répondu. Et la lumière lui fut donnée ! La Lumière lui a été donnée, symboliquement. La Vraie Lumière ne lui viendra cependant pas tout d’un coup.

    Avait-il vraiment conscience de vivre dans les ténèbres ? Connaissait-il sa quête ? Lors de notre propre Initiation, savions-nous réellement ce que nous cherchions ? Pourtant, à chaque fois, le rite mystérieux s’est accompli et la Lumière fut donnée.

    De même que ses yeux ont dû s’accoutumer à la lumière qui a jailli, de même, sa personne devra s’habituer progressivement à l’idéal maçonnique qui est loin de lui avoir été révélé dans son entièreté par son Initiation : ce n’est pas en quelques instants qu’on devient plus sage et meilleur. C’est par un travail continu parmi ses Frères, avec eux, mais surtout, par un travail opiniâtre sur lui-même. C’est seulement ainsi qu’il pourra accéder à une connaissance plus grande et plus complète d’abord de lui-même, puis d’autrui. Car c’est en jugulant le repos complaisant et confortable des habitudes égoïstes qu’on perçoit ce qu’on peut apporter à d’autres, peut-être moins favorisés. En les aidant, en leur tendant une main secourable, en les guidant s’ils le demandent, le Maçon augmente la richesse et la perfection dans son cœur.

    La lumière donnée est donc l’une des clefs d’un enseignement symbolique destiné à nous élever. Mais à nous élever vers quoi ? Que venons-nous chercher en Loge ?

    Est-ce seulement la présence d’une main tendue dans les ténèbres qui conforte notre solitude ? Ou est-ce plutôt parce que cette main tendue affirme détenir un secret ? Quel secret ? Quelle clef ? De quelle porte ? De quel domaine bien clos ?

    Certains caressent l’opportunité de meilleures relations d’affaires, source possible de plus grand confort matériel. Ils seront déçus. Certains rêvent d’acquérir un pouvoir occulte leur assurant l’emprise nécessaire à asservir leurs semblables. Ils ne renforcent que leur propre esclavage. D'autres encore, mécontents de leur position sociale, viennent chercher dans nos temples le baume à leurs vaines ambitions. Ils n’engraissent que leur ego.

    Le plus grand nombre de Frères, tenaillés par cet insatiable « pourquoi », perdus dans leurs méandres métaphysiques, ayant épuisé les règles scientifiques, viennent finalement échouer aux parvis de nos Loges, aux portes de ce Temple qui prétend détenir la Connaissance.

    Vivant dans l’illusion, toute démarche ne conforte que l’illusion. Il serait aisé d’en rire, mais avec tant de souffrances, tant de tragédies, ce ne serait que dérision empreinte d’hystérie.

    Dans la solitude de sa nuit, le Profane a frappé à la Porte du Temple et, dans un moment d’acceptation totale, il s’abandonne librement entre les mains de ses futurs Frères.

    Le Rite initiatique au premier degré a déroulé les fastes de ses symboles. Dans le creuset des arcanes, l’alchimie du Grand Œuvre tend à prendre corps, à emporter le présomptueux vers sa fin, vers une nouvelle vie, vers un autre commencement, vers le retour à la Lumière. Quand enfin elle est là, elle est aveuglante !

    Le Frère nouvellement initié a-t-il réfléchi à ce qu’il découvrirait en Franc-maçonnerie ? Ce qu’il vient de découvrir correspond-il à ce qu’il avait imaginé avant son Initiation ?

    Au soir de la cérémonie, il est sans doute encore un peu tôt pour donner une réponse car ce qu’il découvrira en Franc-maçonnerie, c’est un perfectionnement de lui-même des points de vue sagesse et moral parce que c’est là notre ambition de devenir meilleur et de rendre meilleurs, c’est-à-dire plus complètement humains.

    Nous ne prétendons pas lui donner plus de science dans quelque domaine que ce soit mais bien de l’aider à s’épanouir dans le domaine du Bien et du Beau. Notre Ordre, dans sa Constitution, se définit comme « une association initiatique qui, par son enseignement symbolique, élève l’homme spirituellement et moralement et contribue ainsi au perfectionnement de l’humanité par la pratique d’un idéal de paix, d’amour et de fraternité ».

    Qu’il se souvienne toujours que la Franc-maçonnerie vise au bonheur de l’Humanité par le perfectionnement des personnes, que notre Institution travaille à l’amélioration de l’Homme par la réflexion personnelle, en lui offrant une ambiance et des outils symboliques d’un usage universel.

    Il nous a promis de nous apporter son concours sans restriction aucune. Car personne ne peut être poussé vers le Bien et le Beau s’il ne désire ardemment y accéder. De sa propre impulsion, il devra s’y engager résolument, car ce ne sont ni des mots ni des gestes rituels qui font de lui un Maçon : c’est un devenir continu et persévérant. C’est un travail permanent et de longue haleine que de tailler et polir la Pierre brute, sa Pierre brute.

    Ses Frères lui font confiance. Ils lui tendent la main. Qu’il la tienne fermement et parte avec eux vers cette Lumière qui le guidera, qui deviendra toujours plus grande, plus forte et qui réchauffera toujours plus profondément son cœur.

    R:. F:. A. B.

    Bibliographie 

    Alleau René - La science des symboles

    Editions Payot, 1976

     

    Ambelain Robert - Symbolique des outils dans l’Art Royal

    Editions Edimaf, Paris, 1996

     

    André-Gedalge, Amélie - Manuel interprétatif du symbolisme maçonnique

    1er degré symbolique – Grade d’Apprenti

    Editions Belisane, Nice, 1986

     

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995

     

    Bayard Jean-Pierre - Le Symbolisme maçonnique traditionnel

    Page 247

     

    Beauchard Jean - La voie de l’Initiation maçonnique

    Editions Véga, Paris, 2004

     

    Behaeghel Julien - Hiram et la reine de Saba

    Un mythe maçonnique

    La Maison de Vie, Fuveau, 2005

     

    Béresniak Daniel - Rites et Symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome I : « Les Loges Bleues » - Editions Detrad, Paris, 1997

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995

     

    Dangle Pierre - La Franc-maçonnerie initiatique

    Le livre de l’Apprenti

    La Maison de Vie, Fuveau, 1999

     

    Guénon René - L’Esotérisme de Dante

    Chapitre VI « Les trois mondes »

    Editons Gallimard, Paris, 1974

     

    Horne Alex - Le Temple de Salomon dans la tradition maçonnique

    Londres 1972, traduit par Daniel Beresniak aux Editions du Rocher, Paris, 1990

     

    Leadbeater Charles WebsterLe côté occulte de la Franc-maçonnerie

    Traduit de l'anglais. Paris, Adyar, 1930. Réédité en 1998

     

    Mainguy Irène - La Symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy, Paris, 2001

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie

    Tome 2 - Editions de l'Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en loge d'Apprentis

    Editions Dervy-Livres, Paris, 1988

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : «L'Apprenti»

    Editions Dervy, Paris, 1994

     

     


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