• * L’Épée flamboyante

    Une épée un peu particulière

    Même si le « Dictionnaire de la Franc-maçonnerie » de Daniel Ligou nous apprend que l’épée est une arme ancienne qui doit être examinée sous deux aspects, à savoir l’Épée flamboyante et l'épée traditionnelle, en Maçonnerie symbolique et dans les Hauts Grades, mon propos de ce Midi ne concernera que l'Épée flamboyante.

    * L’Épée flamboyante

    « Qu’est-ce que l'Épée flamboyante ? Où se trouve-t-elle ? Quand est-elle utilisée ? Par qui ? Et quelle est son utilité ? ». Telles sont les questions principales auxquelles je vais tenter d’apporter des réponses, avec le modeste espoir que ce sujet vienne quelque peu enrichir notre culture maçonnique à tous.

    L'Épée flamboyante, n’est pas une épée comme les autres : c’est l’épée du Vénérable Maître en chaire.

    Chaque Vénérable Maître, chaque Passé Maître, lors de son Installation, a reçu une instruction particulière à son sujet, comme un des attributs de sa charge.

    Cette épée est différente de toutes les autres, de par sa forme, de par sa fonction. Sa lame est sinueuse. Elle s'appelle « Epée Flamboyante » ou encore « Glaive Flamboyant ». Elle est le symbole complet du Verbe, autrement dit de la pensée active.

    L’Épée Flamboyante est l'arme unique et absolue de l'Initié, Maître de la Loge, qui ne saurait vaincre que par la puissance de l'idée, la force du Verbe, cette force qu'elle porte en elle-même.

    La lame de cette épée, légèrement ondulée, ressemble à une flamme et est étroitement liée au symbolisme de la lumière et du feu. Elle n’est apparue en Franc-maçonnerie qu’au début du 19ème siècle.

    Nous ne la voyons guère pendant nos Tenues ordinaires car elle se trouve en permanence sur la stalle du Vénérable Maître, à une hauteur généralement supérieure par rapport à l’axe de notre vision. 

    Symboliquement, l'Épée flamboyante devrait être tournée vers le haut, car elle est la gardienne du Ciel. Elle évoque l’épée placée par Dieu, après la chute, à la porte du jardin d’Eden d’où Adam venait d’être chassé.

    L'Épée flamboyante relève d’un double symbolisme car elle sert à la fois à écarter du lieu saint quiconque n’a pas qualité pour y pénétrer et à garder le seuil d’un sanctuaire.

    On ne peut pas la considérer comme une arme, mais comme un instrument de transmission. Elle est utilisée par le Vénérable Maître pour initier, c’est-à-dire chaque fois qu’il consacre un nouvel Apprenti Maçon, un nouveau Compagnon ou un nouveau Maître Maçon.

    Lors de toute consécration, le Vénérable Maître crée, reçoit  et constitue. Il fait une invocation au Principe spirituel de l’Ordre, un appel de forces à l’aide du Maillet et de l'Épée flamboyante, pour faire descendre l’influence spirituelle sur le Récipiendaire. C’est un acte mystérieux comparable à celui des origines de la vie. L’épée, symbole axial, permet en faisant cet appel tourné vers le point le plus haut, de capter au mieux ce qui en provient.

    Selon la tradition abrahamique, à l’origine, la Parole, c’est le Verbe créateur étroitement lié à l’étincelle du « Fiat Lux » qui est en chacun à l’état de virtualité, laquelle est revivifiée, par la consécration, à chaque degré où le Récipiendaire est créé et constitué au grade qu’il reçoit.

    « L’investiture, nous dit Raoul Berteaux, est une création : le Vénérable Maître crée un homme nouveau, qui de Récipiendaire devient Néophyte. Il consacre cette mutation et reçoit le Néophyte dans la communauté ».

    L’Épée flamboyante a deux fonctions essentielles :

    • celle de Création par l'intermédiaire de l'ensemble VERBE – LUMIÈRE – SOI ;
    • celle d'expiation dans les épreuves du destin.

    L’Épée Flamboyante, dans tous les rites, sert à la consécration du Récipiendaire ou du Frère que l'on élève en grade. Certes, les rites varient sur de petits détails, mais l'idée de « consécration - réception » reste la même.

    L’Épée Flamboyante lors des réceptions se tient de la main gauche, le Maillet de la main droite. Parfois, dans certains rites ou à certains grades seulement, le Vénérable Maître dirige la lame au dessus de la tête « du Récipiendaire » et applique sur la lame les coups de maillet conforme au grade.

    Rappelons à présent comment le Vénérable Maître de notre Loge se sert de son Épée flamboyante.

    Les deux Surveillants viennent assister le Vénérable Maître. Au grade d’Apprenti, les Surveillants joignent leurs glaives à l’Epée Flamboyante du Vénérable Maître en formant un triangle dans un plan horizontal.

    Le Vénérable Maître prononce alors les paroles : « Je te crée, je te consacre et je te reçois Apprenti-Maçon ». Idéalement, le nombre de l’Apprenti étant trois, le Vénérable Maître ne devrait normalement frapper qu’un seul coup à l’aide de son maillet sur la lame de chaque glaive, puis préciser le nom de la Loge dans laquelle l’Apprenti travaillera désormais, c’est-à-dire celle où il vient d’être admis. Nous ne devrions  entendre que trois coups de maillet en tout.

    Mais les habitudes, les traditions de la plupart des Loges travaillant au Rite moderne font que le Vénérable Maître martèle de son maillet les trois épées au rythme de la batterie du grade d’Apprenti. Dans ce contexte bien précis, nous pouvons dire que l'Épée flamboyante symbolise aussi la parole créative, la force illuminatrice.

    Retenons donc que le Vénérable Maître dispose du Maillet et de l'Épée flamboyante et que celle-ci est utilisée à l’occasion de la consécration de tout Récipiendaire.  

    Que savons-nous des origines de l'Épée flamboyante ?

    L'Épée flamboyante relève de la tradition maçonnique récente, qui prend sa source dans la tradition judéo-chrétienne et qui s’appuie sur les textes de la Bible. Cette source est donc plus historique et religieuse que mythique. On trouve en effet la première référence à une épée flamboyante dans la Bible. Sa lame ondulée imite la flamme, lui donnant ainsi un pouvoir de purification et d'expiation.

    La Bible dit qu’il s’agit de « l’épée des chérubins » qui gardent, à l’entrée du jardin d’Eden, le chemin qui mène à l’arbre de vie. On peut lire au chapitre trois de la Genèse, que Dieu chassa l’homme à coup « d’épées tournoyantes ».

    Contrairement à ce que l’on croit souvent, cette épée n’était pas tenue par les chérubins. Voici ce que nous dit le Verset 24 :

    « Et Il plaça à l’orient du jardin d’Eden les chérubins et la lame de l’épée qui tournait çà et là, pour garder le chemin de l’arbre de vie. »

    Ce passage de la Genèse est lourd de sens. Il nous parle des chérubins. Ce terme nous vient de l’akkadien karâbu qui signifie prier, bénir.

    Sans doute faut-il trouver l’origine des chérubins et de leur rôle de gardien dans ces figures composites qui sont les taureaux ailés à tête humaine et à queue de lion (les chéroub ou chérub) qui gardaient l’entrée des temples assyriens.

    Ceci étant dit, comment définir les chérubins ? Nous pouvons dire que ce sont des êtres célestes représentant la puissance créatrice investie de l’autorité divine. De ce fait leur rôle de « videur » du jardin d’Eden est tout à fait indiqué !

    Mais l’origine de l'Épée flamboyante de la Franc-maçonnerie semble plutôt être le sceptre d’illumination de l’Egypte ancienne, dont le symbole est antérieur à celui de la Bible. Olivier Doignon nous suggère, parmi les sources mythiques possibles, la massue illuminatrice HEDJ, l’un des attributs de Pharaon pour mettre l’ordre à la place du désordre par le biais d’une illumination.

    La massue HEDJ transmute les ennemis de la Lumière en adeptes de la Lumière.

    On peut considérer que l'Épée flamboyante a récupéré tardivement une partie des fonctions du sceptre HEDJ. Lors de l’Initiation maçonnique, en effet, il s’agit bien d’illuminer la puissance d’un être, d’illuminer son énergie créatrice, ce qui revient à agir pour le rendre utile et le mettre au service de la transmission de la Lumière.

    Le moment de la création de l’Initié est un moment particulièrement solennel. En réalité, il se produit à ce moment une sorte d’échange de vie entre l’initiation, de nature impérissable et inaltérable, et l’être qui s’offre comme support de sa transmission. Cette transmission de l’initiation par l'Épée flamboyante se passe dans un espace et un temps sacralisés. Les mots prononcés ne sont pas vécus de manière très consciente. Par l'Épée flamboyante et l’acte rituel, le Vénérable Maître réalise une œuvre de création. Il crée, en effet, un être capable, potentiellement, de participer à la construction du Temple.

    Une telle création est également une transmission : la transmission d’une vie d’une autre nature que la vie terrestre et qui constitue une imprégnation de l’existence, la vie initiatique, la vie en esprit.

    Un véritable acte alchimique se produit à cet instant.

    Pour les alchimistes, l'Épée flamboyante représente le dissolvant, ou sel des sages, à l’origine du feu de roue dont Fulcanelli nous parle sans ambages en interprétant le sens alchimique d’un caisson qui orne le plafond de la galerie haute du château de Dampierre-sur-Boutonne (Charente inférieure). Sur ce caisson peint on peut voir une main céleste, dont le bras est bardé de fer, brandissant l’épée et la spatule. Sur le phylactère on peut lire en latin : « percutiam et sanabo », je blesserai et je guérirai.

    Fulcanelli nous dit encore ceci : « L’épée qui blesse, la spatule chargée d’appliquer le baume guérisseur, ne sont en vérité qu’un seul et même agent doué du double pouvoir de tuer et de ressusciter, de mortifier et de régénérer, de détruire et d’organiser ».

    Spatule, en grec, se dit « spate » ; or, ce mot signifie également glaive, épée, et tire son origine de « spao », arracher, extirper, extraire. Nous voyons là le rapport étroit qui existe avec « l’extraction » de nos premiers parents du jardin d’Eden et l’alchimie que Moïse était loin d’ignorer ainsi que son compagnon Jacher qui tenait son bâton de commandement, et écrivit lui aussi une Genèse.

    Tout ceci pour tenter de vous expliquer que, selon Fulcanelli, l’épée flamboyante est le dissolvant alchimique ou feu de roue et aussi feu du ciel ou feu du sel car elle a reçu les ondes célestes qui se manifestent sous forme de « larmes blanches ».

    « Nous avons donc bien ici, poursuit Fulcanelli, l’indication exacte du sens hermétique fourni par la spatule et l’épée. Dès lors, l’investigateur en possession du dissolvant, seul facteur susceptible d’agir sur les corps… » (Les Demeures philosophales, II, p. 166. 1964).

    La Réception du Récipiendaire avec l'Épée flamboyante correspond donc à une purification par le feu – eau des vieux maîtres, cérémonie, d’origine gallicane, qui se superposait à la collecte d’aspersion qui, avant 1968, débutait la messe dominicale et symbolisait la purification des fidèles par le feu. Puis-je vous rappeler que l’eau bénite contient du sel ?

    Les chérubins ont donc pour mission de garder l’accès à l’arbre de vie, accès qui est à l’Orient. Remarquons que l’arbre de vie est bel et bien terrestre, puisque le texte nous parle du lieu, surveillé, où se lève le soleil. Ce qui signifie que cet endroit est… encore gardé ! L’alchimiste surveille l’Orient afin de déterminer, à l’aide de « piliers » équinoxiaux, le moment opportun pour débuter le travail et fabriquer la pierre philosophale donneuse de vie sur le plan bien concret, bien biologique.

    Ceux qui souhaitent réaliser le Grand Œuvre doivent d’abord passer devant les chérubins et leur épée flamboyante qui les évaluent, et si l’individu n’est pas prêt, les noces lui feront dommage, et l’individu mal intentionné ou désireux de fabriquer uniquement de l’or pour s’enrichir ne pourra jamais accéder à la médecine universelle ou réside le mystère de toutes vies.

    C’est la raison pour laquelle les alchimistes qui ont réussi, ou Adeptes, avec une lettre initiale majuscule, sont à la fois en Eden et chez nous.

    Pour conclure, du moins provisoirement

    En guise de conclusion, je retiendrais que l'Épée flamboyante dont la lame est légèrement ondulée ressemble à une flamme et est étroitement liée au symbolisme de la Lumière et du feu.

    La Lumière de l’Orient transmise par l'Épée flamboyante, en sa forme de feu, a un pouvoir de façonnement.

    Par la transmission, l'Épée flamboyante devient comme un pont jeté entre l’Orient et l’être qui va prêter son serment. Il y a alors passage direct de la Lumière de l’Orient à l’Initié. L'Épée flamboyante assure ce passage, et l’Initié devient porteur de cette Lumière.

    R:. F:. A. B.

     

    Bibliographie

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d’Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995

     

    Ligou Daniel - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Edition P.U.F., 2006

     

    Mainguy Irène - La Symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy, Paris, 2006

     

    Pour aller plus loin…

    Doignon Olivier - L’épée flamboyante

    Editions La Maison de Vie, Lugrin, 2005

    Présente en Loge depuis une époque récente, l'épée flamboyante a-t-elle une légitimité ? L'auteur procède avec méthode à cette vérification. Partant des textes anciens de plusieurs traditions où une épée ou un sceptre participe au combat de la Lumière contre les ténèbres, cet ouvrage présente une recherche de la source mythique la plus vraisemblable, ainsi que du champ symbolique qui se trouve concerné par cet axe de Lumière et par le combat auquel son emploi est associé. Attribut de la fonction en charge de la conduite de l'œuvre, l'Epée flamboyante est liée à la transmission. Aussi, une large partie de cet ouvrage est-elle consacrée à l'étude de ce devoir majeur qu'est la transmission de la Lumière, la transmission de l'initiation. L'auteur s'est interrogé sur la nature et les exigences de cette transmission.

     


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