• * Le Fil à plomb et le Niveau

    La Perpendaiculaire ou le Fil à plomb ?

    Ce que nous appelons communément « perpendiculaire », dans notre langage imagé, n’est autre que le fil à plomb des anciens bâtisseurs de cathédrales qui furent les premiers Maçons opératifs.

    La Perpendiculaire sert à contrôler la verticalité, tout comme le Fil à Plomb. Cependant ces deux outils n’ont pas le même rôle. Tentons d’y voir un peu plus clair.

    Comme son nom le laisse entendre immédiatement, le fil à plomb semble n’être qu’un bout de fil ou de corde muni à une extrémité d'une masse de plomb servant à matérialiser la verticale.

    Pourtant, d’après l’Encyclopédie, « le Fil à Plomb est un petit morceau de bois sur lequel on enveloppe un cordeau ou une ligne, espèce de ficelle qu’on appelle fouet, au bout de laquelle pend un petit cylindre de cuivre, de plomb ou de fer appelé plomb, qui sert à prendre des aplombs, niveaux et alignements. Le chat est une mince petite plaque de fer ou de cuivre, du même diamètre que le plomb et que l’on appuie le long du mur pour former, avec la ligne du mur, deux parallèles qui font juger si le mur est d’aplomb ».

    Philippe de l’Orme, dans son Traité d’Architecture, évoque une règle plombée, expression utilisée dans de nombreux anciens manuscrits anglais.

    Le Wilkinson MS (1727) dit du Plomb qu’ « il sert à élever des perpendiculaires », tandis que le Prichard (1730), le citant en tant que bijou mobile, affirme que « le fil à plomb sert à contrôler toutes les verticales ».

    Le fil à plomb est l’expression d’un outil matériel soumis à la pesanteur pour identifier la position de la perpendiculaire par rapport à notre espace contingent.

    Lorsque l'on suspend cette masse de plomb en tenant le fil par son autre extrémité, la masse métallique, par la force d'attraction terrestre, nous indique la direction du centre de la Terre.

    Ce phénomène physique permit jadis aux bâtisseurs de cathédrales de vérifier si les murs et les colonnes en construction s'élevaient bien droits. Cet instrument devait empêcher toute inclinaison, toute déviation qui auraient immanquablement conduit à un échec dans l'édification de ces édifices religieux. De nos jours les maçons qui construisent nos habitations ont encore recours à cet instrument précieux.

    Par contre, une perpendiculaire peut géométriquement être projetée dans une infinité de directions, chacune déterminée par un angle de 90° en référence à une coordonnée

    Par sa taille et ses dimensions, la Perpendiculaire a pour fonction première de vérifier la rectitude d’un plan vertical et l’aplomb des matériaux de construction. Elle est davantage destinée à la vérification d’une pierre, d’un élément de maçonnerie alors que le Fil à Plomb, plus long, peut s’appliquer à des parois tout entières, à des murs.

    La perpendiculaire se compose d’une planche présentant des avancées qui permettent de décaler le fil pour faciliter la visée, ou un trou dans lequel le plomb peut se mouvoir.

    Le fil à plomb représente donc un cas particulier de la définition d’une perpendiculaire. Mais les deux outils sont liés à la verticalité, à sa vérification.

    Le Fil à Plomb a de plus un autre usage, symboliquement très intéressant. Il permet de descendre un aplomb, c’est-à-dire de trouver le point exactement à la verticale d’un point pris comme référence. C’est ainsi que l’on peut déterminer sur le sol d’une cathédrale le point correspondant au centre de la clef de voûte.

    En matière de symbolisme, les verticales ont une signification jointive : elles relient un haut et un bas, un sommet et un fond, et vice versa.

    S’agissant d’états de conscience relevant de la vie intérieure du Maçon, ces profondeurs et ces hauteurs induisent tout naturellement des mouvements de descente et de montée du moi sans qu’il soit possible de délimiter la « hauteur » de cette montée ou de cette descente de ce moi.

    La verticale et ses points constitutifs se fondent en un axe rigide et central. Chaque point symbolise un degré de conscience. L’axe symbolise à son tour l’intégralité de la conscience humaine.

    Au Franc-maçon qui travaille réellement sa Pierre, à l’Apprenti qui la dégrossit, la verticalité axiale du Fil à Plomb montre le chemin rectiligne de l’initiation que leur conscience doit parcourir pour atteindre, autant que possible, la connaissance intime, affinée, subtile, des êtres et des choses, c’est-à-dire leur vérité, à commencer par la connaissance de soi et la vérité sur soi.

    Mais cette exploration verticale du moi n’a rien à voir avec de savantes spéculations intellectuelles et des examens de conscience plus ou moins profonds. Le champ de cette aventure intérieure se situe bien moins dans le cerveau que dans le cœur de l’initié.

     

    Approche du symbolisme de la Perpendiculaire

    Par sa fonction première, la Perpendiculaire évoque la précision et la rigueur, qui seules permettent d’édifier correctement un mur. Symboliquement, cet outil est intimement lié à la droiture autant qu’à la profondeur de l’être ; il évite tout ce qui risquerait d’être anormalement oblique ou penché : c’est un instrument contre les déviations qui pourraient se produire dans l’assemblage des multiples pierres de la Connaissance. En Maçonnerie, on la représente souvent pendant au centre d’un arceau.

    Cette notion de verticalité, cette idée de direction vers le centre de la Terre et celle de vouloir aller vers les profondeurs de la Terre peut engendrer aussi en nous l'idée d'observations et de recherches en profondeur ainsi que le désir de comprendre toujours de plus en plus profondément les symboles que nous offre la Franc-maçonnerie.

    Par son action «verticale», la perpendiculaire symbolise aussi l'adaptation permanente que doit effectuer l'esprit du Franc-maçon vis-à-vis des sujets qu'il aborde dans sa recherche initiatique : vers le bas, pour rectifier les erreurs et s'adapter au quotidien ; vers le haut, dans des visées plus épurées et spirituelles.

    Les associations moralisantes auxquelles ont aimé se laisser aller les auteurs suivants relient la Perpendiculaire à la rectitude du jugement.

    Dans son « Rituel de l'Apprenti Maçon » datant de 1860, Ragon nous explique que «la Perpendiculaire signifie que le Maçon doit posséder une rectitude de jugement qu'aucune affection d'intérêt ou de famille ne doit détourner».

    Auteur d'un dictionnaire et d'un manuel interprétatif du Symbolisme maçonnique, Amélie Gedalge parle du Fil à Plomb comme étant «l'emblème de la recherche en profondeur de la vérité, de l'aplomb, de l'équilibre. Il semble nous montrer le chemin qui mène à la Chambre du Milieu».

    Jules Boucher, auteur de «La Symbolique maçonnique» datant de 1948, s’insurge contre ce type d’association. Pour lui, la Perpendiculaire est «le symbole de la profondeur de la Connaissance et de sa rectitude ; elle prévient toute déviation oblique». Pour cet auteur dont les initiales évoquent curieusement nos colonnes, «c'est en partant d'assises stables et bien établies que le Maçon peut et doit travailler en vue de son élévation spirituelle».

    Pour Oswald Wirth, auteur d'un «Livre de l'Apprenti» datant de 1931, «la Perpendiculaire détermine la verticale qui sollicite l'esprit à descendre et à monter. En approfondissant, nous découvrons nos propres défauts et en nous élevant au-dessus de la platitude commune, nous excusons ceux des autres».

    Le Fil à Plomb tenu en main peut aussi symboliser la rectitude dans tout jugement, la sérénité, le bon usage de nos facultés, la vérification et la profondeur dans l'observation mais surtout la maîtrise de soi.

    L'expression «Vaincre nos passions» ne résumerait-elle pas tout ce que la Perpendiculaire nous suggère ?

    Pour le Rite Écossais Rectifié, « La Perpendiculaire est l’emblème de la solidité des ouvrages maçonniques. Il est donné au Frère Second Surveillant qui doit veiller à ce que tous les Frères observent fidèlement les lois et préceptes de l’Ordre ».

    Au Rite Écossais Ancien Accepté, au cours de l’installation du Second Surveillant, le Vénérable dit : « Recevez ce sautoir portant le Fil à Plomb, symbole de la recherche de la Vérité dans les profondeurs où elle se cache, ainsi que de l’élévation des sentiments maçonniques vers les hauteurs. En haut comme en bas, vous découvrirez la beauté de l’esprit et du cœur ».

    Au Rite Émulation, « La perpendiculaire sert à vérifier et à dresser les montants pour les fixer sur des bases correctes… Elle nous enseigne l’équité et la droiture de notre vie et de nos actions ».

    La Perpendiculaire est donc là pour nous empêcher de dévier ou du moins pour nous rappeler régulièrement la nécessité de la droiture de notre comportement et de nos jugements. Elle nous incite surtout à descendre au plus profond de nous-mêmes pour y chercher la lumière, pour y découvrir ce que nous sommes vraiment. Elle pourrait aussi nous indiquer que nos actions doivent toujours être dirigées par la Sagesse du Grand Architecte de l’Univers.

     

    Le bijou du Second Surveillant

    La Perpendiculaire est l'attribut du Second Surveillant, celui qui comprend les débutants, celui qui a la responsabilité de leur formation, celui qui pardonne les erreurs, aide à apprendre et à progresser dans la voie du perfectionnement personnel. Nous retrouvons ce symbole sur le plateau de cet Officier Dignitaire mais aussi sous forme de bijou suspendu à l'extrémité du sautoir que porte le Second Surveillant lors des tenues.

    Le moins que se doive un Franc-maçon à lui-même et aux autres, c’est d’être un homme de réflexion, de remise en cause, qui prend garde à ce qui va de soi pour tout un chacun ! Il nous parait donc opportun de nous interroger à propos du bijou que porte le Second Surveillant. S’agit-il de la reproduction d’un Fil à plomb ou d’une Perpendiculaire ?

    Au cours de l’installation des Surveillants et plus précisément du Second, les rituels du R.E.A.A. et du R.E.R. font état d’un fil à plomb alors que ceux du R.F.M. et du Rite Émulation font état d’une perpendiculaire, c’est-à-dire d’un outil de constructeur et d’une figure géométrique. Tout en admettant que notre Ordre est l’héritier de la maçonnerie de métier où l’on se servait de fils à plomb et où l’on traçait des perpendiculaires – ce que les architectes et les ouvriers du bâtiment font encore aujourd'hui - nous pouvons mettre en doute le fait qu’il y ait similitude totale entre les premiers et les seconds, même s’il existe de grandes ressemblances.

    Le fil à plomb, qui s’appelait autrefois « perpendicule », est un instrument manuel, ce que n’est pas la perpendiculaire malgré l’image que les fabricants de bijoux maçonniques lui donnent. Ces fabricants ont probablement inventé cette image parce qu’ils croient à tort qu’un simple fil lesté ne saurait constituer un pendentif pectoral esthétique. De plus l’armature ajoutée au fil à plomb par les bijoutiers n’ajoute rien à son symbolisme fondamental.

    Quand il est à la fois en service et en équilibre, le fil à plomb ne peut être dessiné schématiquement que par une droite verticale de longueur indéfinie alors qu’une perpendiculaire, si sa direction n’est pas précisée, est une droite orthogonale à une autre tout en lui étant sécante et peut donc être tracée dans une infinité de directions ! Certes, la perpendiculaire maçonnique est toujours représentée en élévation verticale afin d’imiter le mieux possible le fil à plomb.

    L’origine du nom « perpendiculaire » est plus intéressante que sa définition géométrique. En effet « perpendiculum » veut bien dire autre chose que « ce qui pend » ou « ce qui pend à la verticale ». « Perpendere » signifie peser attentivement, apprécier avec exactitude, évaluer  avec précision !

    Finalement, la forme du bijou du Second Surveillant importe moins au plan du symbole que la prise en considération exclusive du fil rigide qui en est l’élément essentiel et de l’état d’équilibre parfait de celui-ci.

    Axial et pendulaire, le symbolisme du bijou du Second Surveillant le met en devoir de se comporter, en Loge comme ailleurs, en maître irréprochable, estimé de ses pairs quels que soient leurs degrés et qualités.

    La réflexion suivante, de Jules Boucher, va nous amener à une  analyse du Niveau.

    « Lorsque l'Apprenti devient Compagnon, le rituel dit qu'il passe de la Perpendiculaire au Niveau, c'est-à-dire qu'ayant suffisamment approfondi les éléments de la Connaissance il devient capable d'envisager ceux-ci dans leurs relations avec le Monde, avec le Cosmos. Ces relations sont indiquées par le triangle qui constitue l'armature du Niveau ».

    L’Apprenti quitte le Second Surveillant pour aller se mettre aux ordres du Premier Surveillant dont le bijou est précisément le Niveau.

     

    Le Niveau

    Voici comment l’Encyclopédie définit le niveau : « Avec le secours d’une grande règle pour opérer plus juste, le niveau sert à poser les pierres de niveau à mesure que le mur s’élève ».

    La fonction du Niveau est de déterminer l’horizontale, laquelle ne peut toutefois être bien établie que par référence avec le fil à plomb. Le Niveau est un outil qui sert à vérifier si un plan est horizontal.

    Instrument de bâtisseur, le niveau à fil est très ancien. Il est constitué par un triangle au sommet duquel est fixé un fil à plomb. Le Niveau doit être formé par une équerre juste, c'est-à-dire que l'angle au sommet doit être de 90°.

    Le premier élément qui compose un niveau est un fil à plomb suspendu au sommet d’un chevalet en bois ayant la forme d’un V renversé.

    Le second élément est le chevalet lui-même qui comprend deux côtés isométriques issus du sommet et reliés près de leur pied par une traverse. A mi-longueur de cette traverse, un trait vertical est tracé : c’est la ligne de foi. Lorsque le fil devient bissectrice de l’angle sommital, il recouvre exactement la ligne de foi.

    Le Niveau est un des outils essentiels du Franc-maçon. Sa présence au nombre des références matérielles de l’Initié remonte au temps de la Maçonnerie opérative où il était de fait un instrument de base des bâtisseurs de cathédrales.

    Abandonné après l’invention du niveau à bulle d’air, le niveau à fil fut judicieusement conservé par la Franc-maçonnerie en qualité d’outil symbolique, probablement à cause de sa forme triangulaire.

    Ayant aussi la forme d’une équerre, il servait alors à déterminer la rectitude de plans horizontaux par le biais de visées très précises, ainsi que la variabilité des hauteurs. C’est pourquoi on l’associait quasiment en permanence au fil à plomb.

    L’outil que manie l’ouvrier est en réalité l’union de la règle – car la base est fort longue – et de la perpendiculaire. Malgré sa précision, ce type de niveau a été délaissé sur les chantiers au profit du niveau de type pendulaire. Celui-ci servait à la fois d’équerre et de perpendiculaire.

     

    Approche du symbolisme du Niveau

    Le Niveau n'apparaît que très tardivement dans la symbolique maçonnique.

    The Whole Institution (1724) ainsi que le Graham MS (1726) évoquent le fil et le plomb, ce qui est pour le moins ambigu. L’outil est nommé dans le Wilkinson MS (1727) comme faisant partie des trois bijoux mobiles.

    Le Prichard (1730) cite le Niveau parmi les bijoux mobiles pour « vérifier toutes les horizontales ».

    Ragon (Rituel de l’Apprenti Maçon, 1860) explique que «le Niveau symbolise l'égalité sociale, base du droit naturel».

    Pour Plantagenet (1929), « le Niveau est le symbole de l'égalité originelle mais il n'implique en aucun sens le «nivellement» des valeurs ; il nous rappelle qu'il faut considérer toutes choses avec une égale sérénité ».

    Mais l'égalité que ces auteurs veulent rattacher au Niveau est une entité abstraite. La nature toute entière montre en effet qu'elle est un leurre car les hommes ne sont égaux ni physiquement, ni intellectuellement.

    Ces deux citations soulignent les préoccupations relatives à une morale sociale des Francs-maçons de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle. Les rituels maçonniques du 18ème siècle mettaient davantage l’accent sur la vertu, pratiquée à titre individuel. Les outils de la Loge apparaissent comme des emblèmes, bien qu’erronément appelés symboles. Les explications relatives aux outils présentent un caractère rationnel, à dominante intellectuelle.

    Publiés vers 1931, les ouvrages d’Oswald Wirth marquent un tournant et annoncent un retour vers une forme plus spirituelle de l’enseignement maçonnique. Wirth voit dans la forme du Niveau « le rappel du signe alchimique du soufre, substance dont la combustion entretient le feu central de tout foyer d'activité. Le Premier Surveillant est le gardien de cette ardeur laborieuse qu'il stimule dès qu'elle diminue ».

    Le Niveau indique l'Horizontale mais il est muni lui-même de la Verticale, la Perpendiculaire. Le Niveau est donc un instrument plus complet que la Perpendiculaire. C'est pourquoi il est l'insigne du Premier Surveillant, seul qualifié pour prendre la place du Vénérable Maitre en cas d'absence de celui-ci.

    Pour Jules Boucher, le Niveau, c'est non seulement l'Horizontale mais encore la Croix, la réunion de la Verticale et de l'Horizontale.

    Le Niveau nous donne la ligne droite en équerre à un point donné avec la perpendiculaire. Il nous montre que la Connaissance doit être rapportée au «plan terrestre», le seul qui puisse intéresser directement l'être humain.

    Pour le Rite Écossais Rectifié, « le Niveau est l’emblème de la régularité. Le Frère Premier Surveillant en est décoré comme Inspecteur des travaux que font les Frères dans le Temple qu’ils élèvent à la Vertu ».

    Au Rite Français Ancien, le Niveau ne figure pas parmi les outils de passage ! Il est cependant expliqué comme suit : « Le Niveau nous avertit qu’il doit régner une parfaite égalité entre tous les Maçons ».

    Au Rite Émulation, « Le Niveau sert à poser les surfaces planes et à vérifier les lignes horizontales… Il nous enseigne l’égalité ».

    Au Rite Écossais Ancien Accepté, lors de la Tenue d’installation des Officiers Dignitaires, le Vénérable Maître dit au Premier Surveillant :

    « Je vous revêts du sautoir portant le niveau, symbole de notre soumission à la loi qui s’impose à tous et devant laquelle nous sommes tous égaux ».

    Au Rite Français Moderne, le Niveau rappelle que tous les hommes sont Frères, qu’ils sont nos semblables, qu’ils sont tous faits du même limon et que si certains sont moins bien doués par la Nature, ils n’en ont pas moins droit à la vie, au bonheur.

    « Par son dessin, nous dit Jean Ferré, le Niveau est l’association du triangle (feu, lumière, homme) et de la croix (union de l’horizontalité et de la verticalité). Ce qui signifie qu’il est à la fois l’homme dans le quotidien, vivant dans le monde terrestre et matériel, et l’esprit qui cherche à s’élever, générant une pensée constructive et les actes qui en émanent ».

    Dans la Maçonnerie moderne, le Niveau tient toujours une place importante. On le représente par un triangle dont l’angle supérieur est de 90°, au faîte duquel est attachée une perpendiculaire.

    Par le fait qu’il indique à la fois l’horizontale et la verticale, c’est l’instrument idéal pour qui veut bâtir, ce qui est le but symbolique de tout Initié dont la mission première est de reconstruire son propre Temple.

    Dans la Loge, le Niveau est associé au Premier Surveillant, responsable des Compagnons et, par voie de conséquence, au symbolisme du deuxième degré.

    Le sens général du Niveau est la mise en œuvre correcte des connaissances. Par la justesse qu’il permet d’atteindre, sur l’un et l’autre plan, le Niveau est le garant d’une construction harmonieuse. Il est par excellence un outil de perfection. En ce sens, appliqué à la progression et l’évolution de l’homme, il représente l’égalité des valeurs humaines et sociales, l’équilibre entre les forces des divers plans, le respect des aspirations de chacun au bien-être. Par extension, c’est donc l’emblème de l’égalité sociale.

    Mais la Franc-maçonnerie n’a pas la naïveté de croire en une égalité naturelle. Le Niveau évoque une égalité construite, bâtie par le travail, un travail effectué sur le monde environnant, certes, mais surtout sur soi-même ! Cette égalité est vécue dans la Loge car tout Maçon laisse ses métaux à la porte du Temple. Il est là en tant qu’homme, en tant qu’individu, non pas en tant qu’élément d’une caste, d’un groupe socioprofessionnel plus ou moins favorisé.

     

    Le bijou du Premier Surveillant

    En Maçonnerie, l’horizontalité induit la solidarité, l’aide fraternelle, la philanthropie, le travail collectif au sein de la Commission des Officiers et autres groupes de la Loge.

    Au Premier Surveillant, l’horizontalité du Niveau dicte son aptitude à conduire correctement des travaux d’équipes, animer des groupes d’étude, ne serait-ce que celui qui est constitué par les Compagnons.

    Vis-à-vis de ces derniers, elle lui dicte encore vigilance, rigueur et fraternité. Elle l’invite à réveiller les endormis, à encourager les fatigués, à corriger des erreurs chez les uns, à apaiser des mésententes chez d’autres, à harmoniser les dissemblances de tous, à expliquer un symbole mal compris, à aider un ouvrier en difficulté.

    Le Niveau, en tant que bijou, place parfaitement le Premier Surveillant dans la hiérarchie des officiers de la Loge, entre la Perpendiculaire du Second Surveillant et l'Équerre du Vénérable Maître dont il est pratiquement l’adjoint.

    Il est dès lors évident que, face à ses pairs, le Premier Surveillant, Deuxième Lumière de la Loge, ne peut qu’être irréprochable du point de vue maçonnique.

     

    Conclusion provisoire

    Par une ascèse appropriée, telle la répétition rituelle, grâce à notre assiduité en Loge, nous pouvons arriver à voir le modèle « Perpendiculaire / Niveau ». Tout comme les Compagnons taillant la pierre dans la carrière, nous pouvons vérifier et corriger la pose de la pierre sur le chantier du temple grâce à ces deux instruments associés.

    Le modèle symbolique qu’ils forment nous présente un plan horizontal percé par un axe vertical. Le plan horizontal figure l’état de l’être, le niveau atteint dans un domaine déterminé. Il varie pour chaque être mais aussi pour un même être au cours de sa vie. L’axe vertical peut être parcouru vers le haut ou vers le bas en partant du plan.

    Le balayage horizontal pourrait représenter nos activités profanes, relationnelles et sociales, l’aspect extensif de notre existence quotidienne. Le fil à plomb représenterait alors l’aspect intensif de l’exploration verticale de notre moi et l’équilibre que nous tentons de maintenir entre notre vie de citoyen et notre vie intérieure d’homme à la recherche de notre véritable identité, de notre intégration optimale à l’univers.

    L’horizontalité du Niveau induit le travail en équipe, le partage équitable des tâches, chacun selon ses talents, sa technicité, ses forces, son courage. Elle illustre l’intégration de l’homme dans la société des hommes, dans les règnes de la nature, dans l’univers. Elle suggère la coopération des hommes à des réalisations communes ainsi que leur solidarité envers les pauvres, les malades et les populations frappées par la guerre ou des catastrophes naturelles.

    A condition que nous nous déplacions réellement le long du Fil à Plomb, nous pourrons capter des éclairages psychiques sur nous-mêmes, ce qui nous permettra d’améliorer ici nos points de vue, de développer là notre intuition et de perdre ailleurs quelques défauts.

    Nous pourrons être amenés ainsi plusieurs fois à repenser notre manière de vivre, à changer nos comportements, à délaisser des occupations au profit d’autres, à niveler nos habitudes passées, jusqu’au jour où notre vie intérieure prendra plus d’importance que notre vie extérieure. Nous deviendrons des hommes que l’on écoute avec attention, des hommes que l’on respecte et que l’on aime mieux qu’auparavant parce que l’on apprécie leur équité, leur lucidité, leur sagesse.

     

    En synthèse

    Communément appelée fil à plomb, la perpendiculaire évoque la profondeur de la connaissance. Elle sert à vérifier l’alignement de toutes les pierres sur un plan vertical. C’est ainsi qu’elle est l’attribut du Second Surveillant qui est responsable de la formation des Apprentis et de l’examen de leurs connaissances.

    La Perpendiculaire représente la connaissance des matériaux, la connaissance matérielle. La Perpendiculaire est l’outil complémentaire du Niveau qui, lui, permet de vérifier l’alignement sur un plan horizontal. Les deux outils sont absolument nécessaires pour la pose des pierres, notamment des pierres d‘angle.

    Ainsi, il n’est pas bon de séparer le travail du Premier Surveillant de celui du Second. Ils doivent travailler ensemble sous la direction du Vénérable Maitre afin qu’ils puissent, avec les matériaux dont ils disposent, bâtir une construction solide et durable. Ils devront parfois faire intervenir la truelle pour effacer des inégalités, carence ou surabondance, et permettre la cohésion de tous les éléments dont ils disposent.

    Le Niveau a généralement l’apparence d’une Equerre au sommet de laquelle est attaché un fil à plomb, une Perpendiculaire. La barre horizontale est graduée, ce qui permet de mesurer les pentes ou les erreurs, et au besoin de les rectifier. Le niveau donne l’horizontale à partir de la verticale.

    Le Niveau représente la connaissance sublimée. La synthèse est assurée par l’Equerre du Vénérable Maitre. Le Niveau évoque en outre l’égalité. Les métaux ayant été abandonnés à la porte du Temple, tous les Maçons sont égaux dans l’enceinte sacrée, principalement devant la Loi Maçonnique.

    Quand l’Apprenti devient Compagnon, le rituel précise qu’il passe de la Perpendiculaire au Niveau. Il quitte le Second Surveillant pour aller se mettre aux ordres du Premier Surveillant dont l’attribut, le Niveau, permet de vérifier l’alignement horizontal des pierres de l’édifice. C’est ainsi que le Premier Surveillant est responsable de la discipline générale et est le garant de l’harmonie entre les Maçons qui décorent les colonnes.

    Perpendiculaire et Niveau doivent être utilisés conjointement par le Maçon car ils sont complémentaires. En effet la Maçonnerie n’a pas pour but un nivellement par la base car cela lui ôterait tout son caractère initiatique. Au contraire, elle implique une recherche sur soi, une plongée dans les profondeurs de l’être, alliées à une volonté de s’élever, de progresser, qui permettent l’ascension et la faculté d’entraîner autrui dans la voie du perfectionnement.

    R :. F :. A. B.

     

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    Wirth Oswald

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    Wirth Oswald

    La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    2ème partie : «Le Compagnon»

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    Wirth Oswald

    La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    3ème partie : « Le Maitre »

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