• * La fraternité, réalité ou utopie ?

    * La fraternité maçonnique, réalité ou utopie ?

    Introduction

    Pour pouvoir mettre les lois de la fraternité en pratique, c’est-à-dire arriver à nous aimer vraiment les uns les autres et à nous venir en aide mutuellement, ne devrions-nous pas apprendre à nous connaître nous-mêmes mais aussi et surtout à mieux connaître nos Frères ?

    Plancher sur ce sujet, revient pour moi, à me livrer à une réflexion au sujet de la fraternité maçonnique et à me demander si elle est réelle, si elle n’est qu’une façade ou si elle n’est qu’une utopie mais surtout comment je la ressens. C’est vous dire d’emblée que cette planche risque de vous interpeller, ou tout simplement de perturber le doux ronronnement des Colonnes. Pour débuter cette planche de réflexion, permettez-moi de commencer par vous rappeler un propos du Pasteur James Anderson, extrait des « Constitutions » :

    « Ainsi, la Maçonnerie devient le Centre d'Union et le moyen de concilier une véritable amitié parmi des personnes qui auraient dû rester perpétuellement éloignées ».

    Calqué sur cette première citation, voici ensuite un extrait du rituel que nous pouvons tous entendre dans de la cérémonie d’Initiation au premier degré du Rite moderne belge et qu’il me semble utile de relire de temps en temps :

    « Ainsi la Maçonnerie devient le Centre d’union où se nouent d’une amitié fidèle des hommes qui, autrement, auraient dû rester à jamais éloignés l’un de l’autre ».

    De ces deux premières citations, je déduis la thèse de cette planche : c’est aux Frères, à chaque Frère, à tous les Frères, d’apprendre à se connaître, puisqu'il est dit qu’en entrant en Franc-maçonnerie, nous allons rencontrer des hommes qui sans elle, ne se seraient sans doute jamais connus.

    Mais pour développer cette thèse, il me faut encore vous rappeler trois extraits de la cérémonie d’Initiation au Premier degré. Et tout d’abord celui-ci que nous devrions relire bien plus souvent :

    « La Franc-maçonnerie est une association initiatique qui, par son enseignement symbolique, élève l’homme spirituellement et moralement, et contribue ainsi au perfectionnement de l’humanité par la pratique d’un idéal de paix, d’amour et de fraternité ».

    Ces cinq derniers mots me paraissent extrêmement importants. Je les souligne :

    « … la pratique d’un idéal de paix, d’amour et de fraternité ».

    Enfin, un extrait de notre serment me paraît aussi très riche d’enseignement pour étayer mes propos de ce Midi :

    « Je promets d’aimer mes Frères et de les secourir selon mes facultés ».

    « Selon mes facultés » : donc chacun en fonction de ses possibilités !

    Tout en développant ma thèse, je vais essayer de répondre à quelques questions que je me pose :

    • En Maçonnerie, pratiquons-nous réellement la fraternité et vivons-nous tous une réelle amitié ?
    • Qu’est-ce qu’un Frère ?
    • Qu’est-ce que la vraie fraternité dans le cadre de notre Maçonnerie régulière ?
    • Connaissons-nous vraiment les Frères de notre Loge et comment les percevons-nous ?
    • Sommes-nous capables de les aimer et comment ?

    Alors, commençons par cette première question : s’agit-il d’amitié ou de fraternité ?

    Amitié ou fraternité ?

    Il n’est pas facile de délimiter une frontière entre le copinage, l’amitié et la fraternité, de même qu’entre entraide, secours mutuel, bienfaisance et affairisme.

    Assez curieusement, je pense compter des amis Maçons dans la plupart des autres Obédiences maçonniques de notre pays. Je les reconnais comme Frères. Ils me reconnaissent comme tel. Certains sont même des amis de très longue date.

    Par contre, dans les différentes Loges dont je fais partie, quelques Frères sont, en plus, des amis, voire des amis plus intimes mais ils ne sont pas légions. Tous les membres de ces Loges sont bien sûr mes Frères. Il en va de même des hommes que je rencontre dans les autres Loges régulières que je visite.

    Je ne suis pas l’ami de tous mes Frères, je le sais. J’ai un certain tempérament, une très forte personnalité et peut-être même un foutu caractère de râleur mais, malgré tout, je me sens toujours prêt à aider mes Frères. Toujours. Le plus souvent, du fait de mes compétences et connaissances, cette aide passe par le canal de l’informatique ou de la téléphonie. Souvent mes Frères font appel à moi pour les aider dans des recherches, dans la rédaction de leurs planches ou de leurs Tracés et procès-verbaux, dans des démarches qui, de très près ou de loin concernent la Maçonnerie. Mes Frères me reprochent souvent de me comporter comme un enseignant mais oublieraient-ils que c’est ma formation professionnelle, ma vocation ? Non, je ne leur en veux pas ! Je ne me sens pas spécialement compétent dans d’autres domaines comme l’art de guérir, les finances, la comptabilité, le commerce, le management, la surveillance ou le contre-espionnage. Mon hyperactivité, essentiellement maçonnique et musicale, dérange aussi certains Frères. Elle en irrite d’autres et j’en suis conscient !

    Je suis assez réticent lorsque je sens arriver toute forme de demande de passe-droit. Je ne suis pas venu en Maçonnerie pour faire des affaires ni pour favoriser qui que ce soit mais tout simplement pour partager un même idéal spirituel. Mais le problème est là ! Notre idéal est-il réellement commun ? Nos conceptions de la fraternité maçonnique ne seraient-elles pas toutes différentes et juxtaposées, à l’image de nos personnalités respectives ?

    Alors, mes Frères, assez parlé de moi ! Voyons comment concevoir la fraternité au sein de notre Ordre, au sein de la Franc-maçonnerie régulière ?

    La fraternité pour les Francs-maçons réguliers

    La Franc-maçonnerie, ordre initiatique et traditionnel fondé sur la fraternité, nous invite à un engagement. Cette fraternité des Maçons n’a pas de base objective. Les Francs-maçons n’ont pas, la plupart du temps, les mêmes idées en matière de religion ou de politique. Mais ce qui devrait nous unir, au premier chef, en fraternité, c’est la recherche d’un idéal commun, de beauté, d’amélioration de l’homme par la sagesse, le dépassement de l’individu par lui-même par la force qui le soutient dans sa progression : la recherche de la Lumière.

    Au sein de notre Ordre, nous avons coutume de lire ou d'écrire le vocable « frère » avec une majuscule. Le terme prend alors un sens que je vais essayer de préciser à présent en proposant une réponse aux deux questions essentielles suivantes : « Qu'est-ce qu'un Frère ? » « Qu’est-ce que la fraternité au sens maçonnique ? ».

    Pour moi, un Frère, c’est un Profane qui, comme moi, a eu un jour la chance d’être choisi puis parrainé, un être qui a reçu l’Initiation et qui, reconnu par nous tous, a accepté d’être placé au début d’un cheminement spirituel qui lui sera propre, dans la quête de la Lumière, en travaillant sur lui-même d’abord pour tenter de se connaître et de s’améliorer au contact de ceux qui ont, apparemment, choisi le même idéal.

    La G.L.R.B. nous dit que « pour les Francs-maçons en général, la fraternité désigne surtout le lien privilégié qui unit les Maçons et les oblige particulièrement ».

    Cette fraternité des Francs-maçons procède d’abord d’un choix libre, celui qui pousse le Profane à entrer en Maçonnerie. Par la suite, l’Initiation en fera un des buts essentiels qu’il poursuivra dans sa quête. Mais si la fraternité est la base de la Franc-maçonnerie, celle-ci ne crée pas de manière spontanée la fraternité, pas plus que la fraternité ne se décrète. Le Franc-maçon chemine vers la fraternité et ne peut y parvenir que par le Travail.

    Cette fraternité, le Maçon la rencontre à trois niveaux :

    • dans les origines de la Maçonnerie ;
    • dans son symbolisme, c’est-à-dire ce qui rassemble les Maçons et tout particulièrement celui du rituel et de l’architecture du Temple où se réunit la Loge, avec son Pavé mosaïque, les lacs d’amour de la corde qui orne ses murs, avec la Chaîne d’union que pratiquent ses membres ;
    • et enfin dans l’action du Maçon en dehors de la Loge.

    « Pour les Francs-maçons réguliers, le terme « fraternité » implique d'abord que tous les hommes sont frères et qu'à ce titre, ils ont droit à notre respect et à notre aide. Mais ainsi conçue, la fraternité ne se distingue pas d'autres notions générales telle la fraternité chrétienne, la fraternité des armes ou la fraternité universelle, valeur issue de la Révolution française » (G.L.R.B.).

    Il me faut donc approfondir la réflexion sur ce concept. C’est pourquoi, j’envisagerai à présent la fraternité comme source initiatique.

    La fraternité, source initiatique

    Nous percevons facilement le Temple maçonnique – la Loge – comme un havre de paix au milieu d’un monde de conflits et de rivalités parce que la fraternité y a le pouvoir d’effacer tous les clivages sociaux, religieux, politiques et culturels. Mais une analyse plus poussée montre que la fraternité est l’élément fondamental du Maître, et qu’au-delà d’une fraternité associative, une fraternité initiatique permet d’entrevoir comme possible notre propre réalisation.

    Cette fraternité initiatique, qui se reconnaît extérieurement à la capacité de se réjouir du bonheur de l’autre, de son épanouissement et de sa progression vers l’accomplissement de sa plénitude, est la condition nécessaire à notre propre développement dans la voie spirituelle de la Maçonnerie.

    Le terme initiatique indique un mouvement, une dynamique, le début d’un nouveau mode d’appréciation des valeurs habituelles, un regard différent sur tout ce qui nous entoure, mais plus encore, une ouverture qui devrait permettre une réelle transformation progressive.

    La fraternité initiatique est interactive : la construction de soi passe par la construction de l’autre. Elle est l’un des facteurs de la quête initiatique qui est désir de passer d’une vie subie à une vie choisie.

    Cependant la grandeur du Maître ne se réalise seulement que lorsqu'il commence lui-même à se voir tel qu’il est et qu’il comprend ce qu’il est capable de faire en fonction de ce qu’il est.

    « Pour la Maçonnerie régulière », et c’est la G.L.R.B. qui l’affirme, « la fraternité maçonnique est essentiellement source initiatique ». En effet, elle n'a pas son fondement dans une communauté d'opinions ou d'intérêts, encore moins dans quelque convention sociale qui ferait que les membres du groupe s'efforceraient de se conduire mieux avec leurs « frères » qu'avec ceux qui ne font pas partie de la société maçonnique ».

    La fraternité trouve sa source dans le fait que chacun, par l'Initiation qu'il a reçue, s'engage dans une voie commune de recherche et de progrès spirituel. Chacun se trouve uni aux autres Maçons par l'expérience partagée d'un symbolisme vécu et éprouvé, par le désir de tous de former une communauté initiatique. En recevant le nom de « Frère », l'Apprenti devient un maillon de la chaîne ininterrompue reliant tous les Initiés, ceux d'hier, ceux d'aujourd'hui et ceux de demain.

    Par des voies souvent très différentes, les Francs-maçons vont vers la Lumière : mais c'est leur souci commun. Il paraît évident que sur cette base naissent et se développent des amitiés personnelles très fortes, que les Maçons s'accordent à faire régner entre eux un climat de respect et d'affection réciproques.

    L’entraide que se portent spontanément les Francs-maçons se fonde sur l’estime réciproque et l’attachement à un idéal partagé : l’aide morale, affective ou matérielle que tout Franc-maçon dans l’épreuve reçoit de ses Frères est l’esquisse de la solidarité humaine pour laquelle la Franc-maçonnerie s’efforce d’œuvrer.

    La pratique de la solidarité maçonnique doit toujours se fonder sur le respect systématique de l’équité la plus stricte : elle ne saurait se manifester au détriment de tierces personnes. La recherche de privilèges indus ou de faveurs injustifiées est en totale opposition avec la conception maçonnique de la solidarité.

    Pierre angulaire de l’éthique maçonnique, la fraternité permet à ses membres de triompher de l’égoïsme et de se sentir reliés par elle. La fraternité initiatique relie des êtres de toute race ou religion qui ne sont ni du même sang, ni de même condition sociale, témoignant d’un sens de l’unité, mais aussi des liens sacrés de la famille étendus au sens large et à toute l’humanité, liens remontant au premier homme à la recherche de son identité.

    Mais la caractéristique essentielle de la fraternité maçonnique, c’est qu'elle est issue de l'Initiation : elle en est une conséquence.

    Permettez-moi de conclure ce chapitre en soulignant que la fraternité maçonnique n'est pas le simple résultat d'un désir commun de relations amicales. Je crains que certains ne dépassent pas ce stade. La fraternité maçonnique, c'est bien plus que le fait d'être gentil avec tout le monde et en particulier avec ses Frères et/ou ses Sœurs, sous prétexte de ne pas leur faire de peine ; c'est bien plus que de les caresser dans le sens du poil afin de ne surtout pas interrompre le doux ronronnement qui n'est pas toujours absent de nos Loges ! C’est tout autre chose que de trinquer devant un bar.

    Alors, mes Frères, pour rejoindre le titre volontairement provocateur de cette planche, il est temps à présent de nous demander si la fraternité est une réalité, un mythe, une utopie ou simplement un symbole.

    La fraternité est-elle un symbole, un mythe, une utopie ou une réalité ?

    Les Maçons, de quelque Obédience qu’ils se revendiquent, se reconnaissent comme Frères et Sœurs. Mais la fraternité est-elle un mythe ou une réalité ? La frontière où se définit véritablement la fraternité est si difficile à délimiter !

    Si la fraternité et la solidarité sont logiquement inséparables, la réalité n’est-elle pas vécue différemment ?

    La fraternité implique un état d’esprit d’ouverture et un comportement de bienveillance envers l’autre. Comment avoir le souci de l’autre quand on est perpétuellement dans le souci de soi ? Lorsqu'on évoque une fraternité en actes, on parle d’élans de compassion. Et la compassion – étymologiquement – c’est « souffrir avec ». Si la fraternité suppose la solidarité entre tous et suggère l’amour de l’autre, elle ne peut devenir réalité que si l’Initié passe par une révolution intime et personnelle qui demande de lutter contre l’individualisme naturel.

    La fraternité initiatique repose sur le fait d’aimer son prochain comme soi-même, ce qui demande à l’Initié de s’être réconcilié au préalable avec lui-même, pour entreprendre une démarche volontaire, altruiste, fondée sur l’amour et la notion que tous les êtres sont issus d’une même origine, d’un Principe qui est leur source et leur force.

    Mais alors que le rituel nous rappelle qu’ici « tout est symbole », y aurait-il lieu de considérer la notion de « fraternité » comme un symbole dont il conviendrait d'essayer de mettre en lumière la partie cachée et peu évidente ? Le langage est malheureusement impuissant pour rendre compte de sa totalité.

    Si l'Initiation est une voie qui doit nous permettre de nous transmuter, lorsque nous prenons conscience intérieurement de cette unité profonde du réel, nous savons alors que nous sommes reliés essentiellement à tout ce qui est.

    Dès lors, comment ne pas voir se modifier de l'intérieur, petit à petit et à la mesure de l'intériorisation de cette prise de conscience, notre manière d'être au monde et, partant, nos relations avec autrui, comme avec tout ce qui est ?

    L'extérieur en devient non plus « l'autre », l'ennemi potentiel, mais une modalité de ce qui est, une part du Tout dont nous sommes aussi partie. Alors, une fraternité profonde, ce que les bouddhistes appellent « compassion », marquera de plus en plus toute notre vie de son sceau. Ce ne sera plus un code comportemental exotérique qui guidera nos actions, mais ce seront nos actions qui deviendront l'expression d'une conscience, d'une intériorité. Nous serons en marche, véritablement, dans une voie ésotérique.

    Mais quelles sont aujourd'hui les notions que ce vocable sous-tend dans la Franc-maçonnerie régulière et quel poids lui accorde-t-on ?

    Permettez-moi de citer la définition que nous en donne la G.L.N.F. :

    « La fraternité maçonnique n'est pas une manifestation innée, comme pourrait l’être la fratrie engendrée par un lien familial. Elle reflète d'abord l'acceptation et le respect d'une règle qui est la traduction et l'expression d'un lien irréfragable reliant les membres de cet Ordre. Mais c'est aussi un des fondements et un précepte de comportement requis au sein de la Maçonnerie de tradition, où les membres reçoivent l'appellation de « Frère » et sont reçus et reconnus comme tel ».

    Le contexte maçonnique est un des rares lieux où un homme peut manifester à un autre homme, sans le connaître et sans l'avoir vu, l'expression d'un sentiment fraternel, uniquement, pour ce qu'il est, c'est-à-dire un Franc-maçon.

    C'est après avoir pris un engagement solennel, librement accepté, que le nouveau Maçon découvre immédiatement sa nouvelle « communauté ». Sa surprise est grande car cela se passe sans transition. Il était à l'extérieur et le voici à présent à l'intérieur parmi des hommes encore inconnus, mais qui lui manifestent spontanément une grande chaleur fraternelle.

    C'est probablement ce premier choc émotionnel qui réveille en lui ses qualités de cœur. Il lui fait prendre conscience de la dimension de cette fraternité et lui fait pleinement ressentir, dès ces premiers moments, la notion d'appartenance et les liens qui l'unissent à l'Ordre. Ce puissant lien fraternel qui les unit fait aussi partie des mystères de cette initiation commune à tous les Francs-maçons.

    La raison de cet accueil chaleureux paraît simple : lorsqu'il est admis, l'impétrant est accueilli comme étant un gage d'espoir de voir s'accroître l'Ordre d'une nouvelle unité.

    Dans un élan commun de fraternité, cette nouvelle unité s'intègre en symbiose dans le groupe. Idéalement, tous regardent dans une même direction, avec une même raison d'être et une même finalité. J’ai bien dit « idéalement »…

    Par ailleurs, le désir que le nouveau Frère exprime de se montrer digne d'un tel accueil génère en lui une synergie, dont le travail en Loge et la confrontation de tous les instants, renforcent les liens de fraternité qui se construisent.

    Dans la vie profane il nous arrive de retrouver des manifestations d'une aussi grande intensité mais elles sont en général le concours d'événements et de circonstances non maîtrisées s'appuyant sur l'affectif.

    Ces manifestations relèvent d'actes guidés par de nobles sentiments, tels que l'amitié ou la passion, voire l'amour au sens général du terme, que l'on peut avoir, par exemple, pour le peuple, ou pour une culture. Ensuite elles ont parfois un impact sur la notion de devoir et d'éthique envers autrui.

    La Fraternité maçonnique, par contre, relève d'un processus inverse. En effet, elle est d'abord la manifestation d'un acte délibéré. Etre fraternel est une démarche volontaire. C'est d'abord un principe qui est respecté et qui se transforme progressivement en une seconde nature où la notion de devoir s'estompe pour ensuite laisser place spontanément à des qualités de cœur qui feront naître un peu plus tard des liens affectifs très forts.

    C'est à chaque fois une joie et une révélation de cette fraternité de « reconnaître » un Frère rencontré fortuitement, pour la première fois, dans un environnement inhabituel, et souvent loin de notre contexte familial ou maçonnique.

    Si la fraternité est le principal liant de la Franc-maçonnerie, elle est également l’élément moteur qui guide notre comportement, que ce soit dans notre contexte associatif ou dans notre vie de tous les jours.

    Examinons à présent comment la fraternité devrait idéalement se manifester.

    Les manifestations de la fraternité

    • Par quoi se traduit la fraternité maçonnique ?

    La fraternité maçonnique se traduit tout d'abord par la joie de se rencontrer, mais aussi par l'expression des qualités de cœur, c'est-à-dire le fait d'être bienveillant et à l'écoute des autres, et bien entendu, mais cela est implicite, c'est l'assistance fraternelle de toute nature.

    • Qu'est-ce qui caractérise son universalisme ?

    C'est l'expression de notre savoir être qui, rejetant les préjugés et l'intolérance, s'exprime par une reconnaissance et un accueil des autres, en faisant abstraction de leurs spécificités spirituelles, culturelles et sociales, car, en fait, ce qui est important, c'est que tout simplement il soit un Frère.

    • La fraternité a-t-elle des limites ?

    En s'appuyant sur nos Travaux effectués en l'honneur et à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers, les limites externes de notre fraternité initiatique sont appelées à s'étendre à une grande fraternité d'hommes libres, car, par l'expression des qualités de cœur qu'elle dégage, elle est à la fois le ciment qui structure l'édifice maçonnique et un des éléments constituant les fondations sur lesquelles l'Ordre repose.

    • Quand la fraternité se manifeste-t-elle dans la Loge ?

    C’est dans la Chaîne d’union que les Maçons s’unissent en fraternité. La Chaîne d’union est l'une des plus belles manifestations de la fraternité maçonnique, au cours de laquelle les Francs-maçons réunissent leurs énergies et ce qu'il y a de meilleur en eux.

    Ce symbole ne concerne pas que l'aspect humain : par lui, en effet, les Frères se mettent aussi en liaison avec les Frères passés à l'Orient éternel. Cette réunion d'Initiés évoque l'union de tous les Initiés à la surface de la terre. La Chaîne d'union m'apparaît comme un des temps les plus forts du rituel car elle permet la transmission du mystère de la fraternité au-delà des grades et des individus.

    On ne peut pas décrire la Chaîne d’union : c’est un instant qu’il faut vivre. Les Maçons n’entrent dans la Chaîne d’union qu’en fraternité. Et chaque fois qu’elle est bien formée (c’est-à-dire nos bras croisés sauf ceux du Vénérable et de lui seul), la Chaîne d’union régénère la fraternité de sa puissance créatrice, génie inéluctable de la Franc-maçonnerie.

    La Chaîne d’union, c’est aussi le moment privilégié où les mains des Maçons qui se joignent font apparaître tous les Maçons épars sur le globe mais aussi ceux qui sont passés à l’Orient éternel, comme ceux qu’il plaira au Grand Architecte d’amener à frapper à la porte du Temple. Dans la Chaîne d’union, ce sont tous les Maçons de tous les temps et de tous les lieux qui s’unissent en fraternité.

    • Où la fraternité se manifeste-t-elle encore avant que nous ne quittions la Loge ?

    Pour beaucoup de Loges, les agapes fraternelles se réduisent un peu trop souvent à un dîner qui suit la Tenue et où l'on se comporte davantage en profane qu'en Frère. Pourtant la signification même du terme « agape » devrait faire réfléchir tout Franc-maçon. L'agape, c'est l'amour du sacré. Célébrer des agapes revient à vivre un banquet fraternel. Les agapes fraternelles ne sont pas un appendice de la Tenue mais son couronnement ! Peu importe le menu ou la nature du plat du jour !

    • Pourquoi mettre en pratique les lois de la fraternité et comment la Franc-maçonnerie peut-elle faciliter la construction de la personnalité de l'Homme capable de relever les défis à l'aube du 3ème millénaire ?

    Tenter de répondre à cette question, c’est se pencher sur les buts de la fraternité. Tel sera le dernier chapitre de cette planche.

    Les buts de la fraternité

    Société initiatique des temps modernes, la Franc-maçonnerie est par essence philosophique, philanthropique et progressive. Cette association s'est érigée en Ordre initiatique, c'est-à-dire en système ordonné ayant ses propres lois et règlements rigoureux, ses valeurs fondamentales au premier rang desquelles la liberté de conscience, la tolérance réciproque, l'égalité, la fraternité. A ces valeurs, l'Ordre adjoint sa méthode de travail, le symbolisme.

    L'Ordre maçonnique, institution vivante qui tend symboliquement à représenter une image du monde, offre à ses membres, nous Maçons, un espace sacré : la Loge. Il met aussi à notre disposition des outils : l'Initiation, le symbolisme, le rite et ses rituels.

    Cet espace et ces outils nous permettent de réaliser un désir en le transformant en projet : celui de passer, par degrés, de la condition d'Homme de la nature à celle d'Homme de l'esprit.

    En parcourant ce chemin, nous, Francs-maçons, apprenons d'abord à nous connaître, ensuite à nous maîtriser et à nous dépasser. Chemin faisant, nous constaterons, que nous ne nous résumons pas à des individus séparés, réduits à nous-mêmes, mais que nous sommes reliés aux autres.

    Dès les premiers pas sur la voie initiatique, l'Apprenti découvre la fraternité, cette relation dont il n'imaginait pas qu'elle existait vraiment sur la terre. Fraternité avec les symboles qui expriment le mystère de la vie ; fraternité avec d'autres êtres, montrant qu'il est possible de sortir du modèle conventionnel de rapports humains fondés sur la compétition ; fraternité avec les forces de l'univers.

    L'apprentissage est notamment le grade de la découverte de la fraternité en esprit et de son corollaire, l'amour fraternel, véritable ciment de la Loge. Cet esprit dépasse celui des Frères présents physiquement : il inclut celui de tous les initiés qui les ont précédés et qui les suivront sur le chemin.

    Cette découverte de la fraternité initiatique est source d'une joie difficilement exprimable et elle éveille une énergie insoupçonnée.  L'Apprenti apprend à servir non un individu ni une organisation, mais un esprit, un ordre qui sont incarnés dans la Loge et qui se rattachent et le relient à une tradition immémoriale.

    Pour l'Apprenti, écouter revient à diriger son attention vers l'œuvre accomplie par l'ensemble des Frères. Cette communion conduit à la perception du feu créateur et de l'amour fraternel.

    C'est donc ainsi que naît la fraternité maçonnique, mes Frères, rassemblant ce qui est épars, mettant en état de se comprendre et d'aimer des êtres qui, sans cela, demeureraient des étrangers. Le sentiment fraternel que ressent le Franc-maçon lui permet de vivre solidairement avec tout homme de foi et de l'aimer par delà les divergences formelles.

    La relation affective rejoint la relation intellectuelle à travers les confrontations, les élans généreux ou sévères, l'accompagnement et les réconforts soutenus. C'est une des vertus du travail commun en Loge. Antoine de Saint-Exupéry ne disait-il pas : « si tu veux que les hommes soient frères, fais les travailler ensemble ! »  ?

    L'Ordre maçonnique rassemble donc des hommes et, dans certaines Obédiences, des femmes, qui possèdent le sentiment d'une fraternité et donc de son corollaire, la solidarité. Solidarité et fraternité s'expriment tant au plan matériel qu'affectif et spirituel.

    Je sens que vos sentiments fraternels m’incitent à présent à conclure cette longue réflexion mais, selon mes habitudes, d’une manière provisoire.

    Conclusion provisoire

    Il me semble dès lors que la mission de la Franc-maçonnerie c'est de donner aux hommes le sens de l'humain, c'est-à-dire de la probité, de la liberté, de la droiture, de l'équité, de la créativité et de la fraternité universelle. Elle nous invite à nous rendre capables d'être utiles à l'espèce humaine.

    Est-ce à dire que la Franc-maçonnerie est une grande école de la fraternité des nations ? Non. Notre ordre n'est ni une université, ni une école. Notre Ordre met uniquement à la disposition de ses membres la méthode initiatique associée à un système de valeurs humanistes.

    C'est aux Maçons de s'en servir au mieux afin de se perfectionner et de s'intégrer dans la Chaîne d'union de l'espèce humaine.

    Par contre, la Franc-maçonnerie pourrait être le centre par excellence de l'apprentissage de la fraternité, permettant à l'individu de se construire tout en reconnaissant l'Autre.

    Elle donne à l'éternel Apprenti qu'est le Franc-maçon la clé lui ouvrant la voie de la fraternité tant vis-à-vis de ses Frères et Sœurs que de la communauté des hommes et des femmes peuplant notre planète. Ainsi, la Franc-maçonnerie pourrait être l'institution d'apprentissage de la fraternité entre les peuples.

    Mais comme chaque Frère est différent et que chacun a sa propre personnalité, quelquefois forte, il est confronté, dès le départ, au problème des affinités. Or un Frère, quel qu'il soit, est un être unique et indispensable à la construction de l'unité que représente la Loge.

    L'Apprenti apprend à découvrir les complémentarités et, bien au-delà des affinités avec tel ou tel, une dimension exceptionnelle : celle de la fraternité. La fraternité est d’abord espérance et amour. Elle est aussi générosité et beauté, tolérance et joie.

    Il n’y a pas de fraternité sans liberté, sans choix libre, comme le choix libre de devenir Maçon. Mais au tréfonds de son cœur, l’homme est toujours libre. L’homme est libre d’aller en fraternité vers les autres hommes pour tourner ensemble leur regard vers la Lumière. Et l’homme sait bien que la liberté ne se conçoit pas sans sagesse, car c’est en respectant celle des autres, c’est-à-dire en admettant leur différence, qu’il édifie sa propre liberté, et que sans liberté il n’y a pas de paix possible entre les hommes.

    Il n’y a pas non plus de fraternité sans égalité car comment se dire « frères », comment être vraiment le frère d’un autre être si nous le jugeons inégal à nous-mêmes, c’est-à-dire, en fait, inférieur à nous ? L’égalité donne à la chaîne des hommes sa force harmonieuse et invincible ; elle y fait naître la joie.

    Enfin, il n’y a pas de fraternité sans générosité. Mais qu’avons-nous de plus précieux à offrir que notre temps, que le Temps créateur de toute chose et de tout être, Temps universel, tout puissant, omniprésent et pourtant invisible ?

    Alors, tout compte fait, la fraternité est-elle une réalité dans nos Loges ? N’est-elle pour certains qu’une utopie ? Au risque de décevoir certains d’entre vous, la réponse ne peut être exprimée de façon généralisée. La vérité réside dans le cœur et la conscience de chaque Frère. C’est sans doute cela aussi le secret maçonnique !

     

    R:. F:. A. B.

     

    Bibliographie

    Grande Loge Régulière de Belgique

    La Franc-maçonnerie Traditionnelle et Régulière

    (La petite brochure bleue remise à tout candidat Franc-maçon)

     

    Réponses aux questions les plus fréquentes sur la Franc-maçonnerie

    Site Internet de la G.L.R.B. : http://www.glrb.org

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Sentiers de la Tradition

    Bruxelles, 1999, Editions l’Etoile

     

    Dangle Pierre - Le Livre de l’Apprenti

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 1999

     

    Ducluzeau Francis - Ethique, sagesse et spiritualité dans la Franc-maçonnerie

    Editions du Rocher, Monaco, 2002

     

    Furetière Antoine - Dictionnaire universel

    Paris, Le Robert, 1978

     

    Lhomme Jean – Maisondieu Edouard – Tomaso Jacob

    Dictionnaire thématique illustré de la Franc-maçonnerie

    Editions du Rocher, Monaco, 1993

     

    Marion Pierre - Mes bien-aimés Frères !

    Histoire et dérive de la Franc-maçonnerie

    Editions Flammarion, 2001

     

    Pion Etienne - Une fois le bandeau enlevé

    Editions maçonniques de France, 2000

     

    Pozarnik Alain - A la lumière de l'Acacia

    Editions Dervy, Paris, 1995

     


  • Commentaires

    1
    BBlairon
    Samedi 27 Juin 2015 à 11:08

     

     

     

     

    La fraternité n'est pas innée. Cela est bien écrit dans cette planche: elle fait partie du chemin initiatique.

     

    A la fin de la conclusion provisoire, il est écrit : "... Il n'y a pas de fraternité sans liberté ...".

     

    Ma question est la suivante: la fraternité (car il est fait mention des lois de la fraternité dans cette planche)  n'entrave-t-elle pas ma liberté ?

     

     

    2
    M. Edmundo Anaclet
    Samedi 4 Novembre à 14:46

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      M. Edmundo Anacleto

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