• * La Franc-maçonnerie : fille du compagnonnage ?

    La Franc-maçonnerie : fille du compagnonnage ?

    L'origine compagnonnique de la Franc-maçonnerie est une des thèses répandues par les historiens. De fait, on retrouve dans la Franc-maçonnerie la plupart des symboles utilisés pendant plus de mille ans par les compagnons du Devoir. Les grades sont restés longtemps les mêmes : apprentis, compagnons et maîtres. La légende des origines est identique : les Francs-maçons se disent «Enfants de la Veuve», car ils s'identifient à Hiram, maître architecte du Temple de Salomon et fils d'une veuve de Tyr. Le meurtre d'Hiram par des mauvais compagnons deviendra d'ailleurs le mythe fondateur de la philosophie maçonnique. Quant aux symboles, l'Équerre et le Compas sont les insignes des deux Fraternités.

     

    De la Franc-maçonnerie « opérative » à la Franc-maçonnerie « spéculative ».

    Cependant, l'origine compagnonnique de la Franc-maçonnerie est controversée et de récentes études penchent pour d'autres hypothèses.

    André Combes, historien et Franc-maçon, pense que la maçonnerie de métier a disparu sur le continent européen à la fin du Moyen Age. Il n'aurait plus subsisté que quelques loges allemandes de tailleurs de pierre à l'aube du 13ème siècle. Selon cet historien, la maçonnerie professionnelle aurait survécu en Angleterre et en Ecosse. Elle se serait adaptée à son époque après la construction des dernières cathédrales.

    Pour survivre, les loges auraient admis en leur sein des bourgeois et des nobles. Ces notables étaient désireux de percer les « secrets » du métier. Ils vont transformer la Franc-maçonnerie opérative, celle de la pierre, en Franc-maçonnerie spéculative celle de la philosophie. Les ouvriers appellent les nouveaux membres issus de la bourgeoisie les maçons acceptés.

    Ces Francs-maçons d'un nouveau genre vont s'efforcer de construire une société meilleure selon les plans du Grand Architecte de l'Univers, leur guide spirituel. Les secrets de la Franc-maçonnerie qui étaient liés aux métiers de tailleur de pierre ou d'architecte vont être remplacés par les mystères en vogue. Les « maçons acceptés » vont introduire l'alchimie, la kabbale, les principes réformateurs de la Rose-Croix (ordre ésotérique allemand inventé par un homme de lettres mystérieux dénommé Christian Rosencreutz) et d'autres doctrines hermétistes. La philosophie maçonnique s'enrichit et la loge devient un lieu de rencontre en vogue. Les catholiques y côtoient les protestants et les déistes qui croient en un dieu non révélé : le Grand Architecte de l'Univers.

    A la suite de ces réformes, quatre Loges londoniennes se réunissent en 1717 pour former la Grande Loge de Londres. Les Francs-maçons élisent un Grand-Maître : Anthony Sayer en 1717. En 1719, Jean-Théophile Désaguliers, physicien et fils de huguenot français est le nouveau Grand-Maître. Désaguliers et le pasteur James Anderson rédigent ensemble les Constitutions d'Anderson (1723). Ces constitutions forment le manifeste de la Franc-maçonnerie spéculative. En ce qui concerne la religion, les constitutions sont révolutionnaires car elles tolèrent toutes les opinions particulières et inventent une nouvelle « croyance » : l'amitié qui s'exprime par la sincérité et la bonté :

    Un Maçon est obligé, en vertu de son Titre, d'obéir à la Loi morale et s'il entend bien l'Art, il ne sera jamais un Athée stupide, ni un Libertin sans Religion. Dans les anciens Temps, les Maçons étaient obligés dans chaque pays de professer la religion de leur patrie ou nation quelle qu'elle mais aujourd'hui, laissant à eux-mêmes leurs opinions particulières, on trouve plus à propos de les obliger seulement à suivre la religion, sur laquelle tous les hommes sont d'accord. Elle consiste à être bons, sincères, modestes et gens d'honneur, par quelque dénomination ou croyance particulière qu'on puisse être distingué. D'où il s'ensuit que la Maçonnerie est le Centre de l'Union et le moyen de concilier une sincère amitié parmi des personnes, qui n'auraient jamais pu sans cela se rendre familières entre elles.

    Les Constitutions ne sont donc pas les lois d'une église quelconque puisqu'elles transcendent toutes les religions. On n’oblige nullement le Maçon à être positivement un croyant. Il est indiqué que s'il entend bien l'art, le Maçon ne sera pas un incroyant mais un déiste.

    Cette réforme est tellement révolutionnaire qu'elle sera éliminée en 1738. Les Maçons anglais institueront la croyance en un Dieu unique révélé et refuseront de reconnaître pour leurs Frères tous les Maçons athées ou agnostiques d'où qu'ils viennent. De ce principe traditionaliste (on dit également « Landmarks ») les Francs-maçons anglais se proclameront les garants et distribueront les patentes de régularité ou d'irrégularité aux Loges du monde entier selon la position qu'elles adopteront. Ainsi, toute obédience qui reconnaît la liberté absolue de conscience est « mise à l'index » par la Grande Loge Unie d'Angleterre.

    Les réformes noachites des Constitutions de 1738 sont jugées par les Francs-maçons modernistes comme une régression dogmatique. Les maçons conservateurs tentent d'expliquer les prescriptions des Constitutions de 1738 par le souci d'intégrer à la Franc-maçonnerie des profanes qui seraient israélites ou musulmans ce qui est sans aucun doute une belle idée. Il est regrettable qu'en l'an 2000, la branche traditionaliste (majoritaire) de la Franc-maçonnerie exclue les athées et les femmes tout en déclarant vouloir rassembler ce qui est épars. N'est-ce pas contradictoire ?

     

    La Franc-maçonnerie : création des rosicruciens et des hermétistes ?

    La thèse la plus récente quant à l'origine de la Franc-maçonnerie a été lancée par Jean-Michel Mathonière, spécialiste du Compagnonnage. Selon lui la Franc-maçonnerie aurait été créée de toutes pièces au 18ème siècle par des hermétistes, des rosicruciens et des kabbalistes, passionnés d'architecture. Exit la théorie de la transition des maçons de métiers aux Francs-maçons de pensée. La thèse de Mathonière s'appuie sur les textes rosicruciens. La Rose-Croix, philosophie germanique issue de la Réforme, décrivait dès le 17ème siècle, une société harmonieuse, dirigée par un cercle d'initiés. On trouve des traces de cette philosophie dans le manifeste rose-croix Fama fraternitatis (1614) rédigé par Christian Rosencreutz et également dans la Nova Atlantis (1627) de Francis Bacon.

    La Nova Atlantis est un roman utopique qui évoque le rêve d'une société idéale. La trame est assez simple mais révèle la philosophie humaniste qui imprégna Bacon : des naufragés guidés par une croix céleste parviennent à l'île de Bensalem.

    Ils y trouvent une société initiatique idéale. A la suite d'une série d'entretiens avec les bensalemiens, puis avec le juif Joabin, cabaliste, les naufragés tombent amoureux de cette île paradisiaque. Au sein de Bensalem se trouve une société secrète dont les membres recherchent les causes et les vertus cachées de la nature, afin de développer l'esprit humain. Les dirigeants de cette société secrète s'appellent les Marchands de Lumière. Ils se réunissent régulièrement afin de mieux connaître la nature humaine. Indubitablement, la société bensalémienne ressemble à la Franc-maçonnerie. Les Marchands de Lumière peuvent être aisément comparés aux Fils de la Lumière, une des nombreuses dénominations qui caractérisent les Francs-maçons.

    Il existe donc trois hypothèses quant à l'origine de la Franc-maçonnerie, la seconde semble la plus plausible. En effet, on imagine mal la Franc-maçonnerie, société complexe par excellence, créée de toutes pièces par un groupe d'hermétistes. Il a vraisemblablement fallu plusieurs siècles pour que les maçons de métiers abandonnent leurs outils au profit de spéculations philosophiques. Quant à la thèse établissant une filiation entre la Franc-maçonnerie et le compagnonnage, elle ne respecte pas le sens logique. En effet, si le compagnonnage avait donné naissance à la Franc-maçonnerie, il aurait été appelé à disparaître.

    Si la Franc-maçonnerie descendait du compagnonnage, comment peut-on expliquer la pérennité de l'institution compagnonnique ? Les compagnons auraient logiquement dû disparaître et tel n'est pas le cas.

    Source : http://alnr.chez.tiscali.fr/histo.html

     

     

     


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