• * Approche du symbolisme des deux Colonnes

    Introduction

    Tout Récipiendaire ou Franc-maçon qui entre dans n’importe quelle Loge maçonnique doit impérativement passer entre deux colonnes situées à l’Occident. Ces colonnes marquent une séparation entre le monde profane et le monde sacré ainsi que la limite entre les Parvis et la Loge.

    Les plus anciens catéchismes écossais font déjà mention des deux colonnes. Citons par exemple cet extrait de « L’Examen d’un maçon » datant de 1723 :

    • Où se tient la première loge ?
    • Dans le porche (ou entrée du Temple) de Salomon ; les deux colonnes étaient nommées Jachin et Boaz.

     

    Au grade de Compagnon, dans la « Maçonnerie disséquée » de Samuel Prichard datant de 1730, on trouve aussi la mention des deux colonnes :

    • Qu’avez-vous vu en entrant par le porche ?
    • Deux grandes colonnes.
    • Comment s’appelaient-elles ?
    • B., c’est-à-dire Jachin et Boaz.
    • Quelle est leur hauteur ?
    • Dix-huit coudées.
    • Quelle est leur circonférence ?
    • Douze coudées.
    • Comment étaient-elles décorées ?
    • Avec deux chapiteaux.
    • De quelle hauteur étaient les chapiteaux ?
    • Cinq coudées.
    • Comment étaient-ils décorés ?
    • De réseaux et de grenades.

     

    Deux passages de la Bible font mention des colonnes : dans le Livre des Rois (1 Rois 7, 15 – 17) et les Chroniques (2 ch.3 : 15 – 17) mais leurs mesures varient.

    Les deux Colonnes « B » et « J » sont les premiers symboles entre lesquels se trouve placé tout candidat à l’Initiation. De même l’Apprenti, puis le Compagnon, sont placés entre les colonnes pour recevoir leur salaire. Ces Colonnes synthétisent les deux polarités de rigueur et de miséricorde, de force et de beauté.

     

    La Porte de la Loge et les deux Colonnes

    Ce qui caractérise la Porte d’une Loge maçonnique, c’est la présence de deux Colonnes. Elles devraient, en principe, être indestructibles. On ne devrait pas pouvoir les fondre, ni les brûler. C’est sur elles que nous devrions trouver les traces de la science de l'Initiation. Sur elles, en effet, précise le Manuscrit Cooke (283-4), sont inscrits tous les arts et tous les métiers ainsi que la science de Pythagore et d’Hermès (323-5).

    Pour que les Colonnes soient visibles et servent d’éléments de rituel, les Maçons les ont placées à l’intérieur de la Loge, de chaque côté de la porte. Les Colonnes maçonniques sont donc dans le Temple, derrière la porte, alors qu’elles devraient logiquement se situer devant.

    Ces deux Colonnes nous offrent la première perception de la dualité créatrice. Tout ce qui se manifeste se fonde sur cette dualité originelle dont les deux Colonnes forment le symbole. Ne s’agirait-il pas de l’expression la plus abstraite du mouvement vital, de la représentation du démembrement de l’unité qui se fractionne et se dualise pour engendrer la création ?

    Les deux Colonnes évoquent pour moi les deux pôles de l’énergie créatrice qui, lorsqu'ils sont unis par un troisième terme engendrent le foisonnement de la vie manifestée.

    Semblables à d’immenses végétaux pétrifiés dans la pierre, n’évoqueraient-elles pas  avec justesse l’univers de croissance et de verdoyance qui est celui du Temple, construit pour attirer et faire rayonner l’énergie divine ? En elles monte et descend sans cesse la sève originale qui concrétise le lien qui unit la terre du temple au ciel des causes. Transmise par les Colonnes, l’énergie primordiale irrigue et nourrit le lieu de la construction.

    Afin de trouver la plénitude de notre nature terrestre et céleste, nous avons pénétré dans la Loge dont la porte s’est ouverte pour notre Initiation. Lorsque nous sommes passés entre les deux Colonnes, et chaque fois que nous les franchissons en entrant en Loge, nous quittons le monde profane qui repose sur les deux Colonnes du « oui » et du « non », du conflit et de la contradiction. Dans le monde, nous sommes séparés, égoïstes, limités. Au-delà de la dualité stérile, du oui et du non, de notre manière habituelle de penser discursive, nous constatons qu’il n’y a plus ni extérieur ni intérieur, mais simplement une obscurité sans nom ni forme.

    Nous entrons, en conscience, dans un lieu qui n’est pas un lieu ordinaire mais celui de la liberté car il s’agit d’un lieu hors du temps, avant que rien n’existe, avant tout conditionnement, au lieu même où tout est possible. Et nous percevons que ce vide est une plénitude qui contient tous les univers possibles. Un feu nait, un soleil se lève. Et nous saurons, un jour, que la lumière provient de trois autres piliers. Nous comprendrons alors que les deux Colonnes interagissent et que ce qui compte, c’est le courant qui passe de l’une à l’autre.

    Après être passés entre les deux Colonnes, nous avons devant nous une allée infinie de Colonnes. Tel est le temple, … en construction permanente.

     

    Les Colonnes du Temple de Salomon

    En consultant la Sainte Bible, il semble assez difficile de concevoir l’aspect physique des deux Colonnes placées devant le Temple de Salomon.

    Le Premier Livre des Rois en donne une description au chapitre VII :

    « Le roi Salomon envoya chercher Hiram de Tyr. Il était fils d’une veuve de la tribu de Nephtali, mais son père était Tyrien et travaillait l’airain. Il était rempli de sagesse, d’intelligence et de savoir pour faire toutes sortes d’ouvrages d’airain ; il vint auprès du roi Salomon, et il exécuta tous ses ouvrages ».

    « Il fabriqua les deux colonnes en airain ; la hauteur d’une colonne était de dix-huit coudées et un fil de douze coudées mesurait la circonférence de la deuxième colonne. Il fit deux chapiteaux d’airain fondu, pour les placer sur les sommets des colonnes ; la hauteur d’un chapiteau était de cinq coudées et la hauteur du deuxième chapiteau était de cinq coudées. Il y avait des treillis en forme de réseaux, des festons en forme de chaînettes, aux chapiteaux qui surmontaient le sommet des colonnes, sept à un chapiteau, sept au deuxième chapiteau. Il fit deux rangs de grenades autour d’un des treillis, pour couvrir le chapiteau qui surmontait l’une des colonnes ; et de même fit-il pour le second chapiteau. Les chapiteaux qui étaient sur le sommet des colonnes, dans le portique, figuraient des lis ayant quatre coudées de hauteur. Les chapiteaux placés sur les deux colonnes étaient entourés de deux cents grenades, en haut, près du renflement qui était au-delà du treillis. Il y avait aussi deux cents grenades rangées tout autour sur le second chapiteau. Il dressa les colonnes au portique du Temple ; il dressa la colonne de droite et la nomma Jachin ; puis il dressa la colonne de gauche et la nomma Boaz. Et il y avait sur le sommet des colonnes un travail figurant des lis. Ainsi fut achevé l’ouvrage des colonnes ».

    Comme pour le Temple, les détails donnés pour les deux Colonnes semblent peu clairs et ne nous donnent pas la possibilité d’en établir une reconstitution figurée exacte. Les répétitions alourdissent le texte et le rendent encore plus inintelligible.

    Monseigneur Leadbeater ne semble nullement embarrassé à ce sujet : « les auteurs sont loin de s’accorder et les détails donnés sont si confus que les écrivains maçonniques ne s’entendent que pour les caractères principaux ».

     

    Les dimensions des colonnes et leur nature ont une signification non négligeable.

    Ragon écrit à ce sujet « Les deux colonnes sont censées avoir 18 coudées de hauteur, 12 de circonférence, 12 à leur base et leurs chapiteaux 5 coudées ; total 47, nombre pareil à celui des constellations et des signes du zodiaque, c’est-à-dire du monde céleste. Leurs dimensions sont contre toutes les règles de l’architecture, pour nous avertir que la sagesse et la puissance du divin Architecte sont au-dessus des dimensions et du jugement des hommes. Elles sont d’airain pour résister au déluge, c’est-à-dire à la barbarie ; l’airain est ici l’emblème de l’éternelle stabilité des lois de la nature, base de la doctrine maçonnique. Elles sont creuses, pour renfermer nos outils qui sont les connaissances humaines ; enfin, c’est auprès d’elles que nous payons les ouvriers et les renvoyons contents par la communication des sciences ».

    Au sujet des dimensions des colonnes, « contre toutes les règles de l’architecture », Jules Boucher pense, au contraire, que « ces dimensions sont fort bien adaptées à des colonnes isolées. Le diamètre étant alors d’un peu moins de 4 coudées et la hauteur de 23, le module employé est égal à 6 ; tandis que dans l’art grec le module de la colonne dorique, la plus robuste de toutes, est égal à 8 ».

    La Kabbale permet une approche d’une richesse prodigieuse à propos des données chiffrées relatives aux colonnes du Temple de Salomon. Il y a là, pour tout Maçon qui désire progresser, matière à recherche et réflexion.

    Je ne citerai que deux exemples :

    • Chaque colonne, ornée de son chapiteau fait 18 + 5 soit 23. 2 + 3 = 5. Cinq qui est le nombre de l’homme, de l’union, du Compagnon.
    • L’initiale J de Jakin est YOD qui vaut 10 ; B, initiale de Boaz est BETH qui vaut 2. La somme de J et B donne 12, comme les douze fils de Jacob qui donneront les douze tribus d’Israël.

     

    Dans son ouvrage « La Voie Symbolique », Raoul Berteaux commente les nombres qui caractérisent la structure du Temple de Salomon. Les deux colonnes placées à l’extérieur du temple, de part et d’autre de la porte d’entrée, semblent bien avoir une origine de repérage astronomique.

    Lorsque Ragon dit des colonnes qu’elles « sont d’airain pour résister au déluge », Jules Boucher rétorque qu’à ce jour on n’a retrouvé aucun vestige des colonnes et qu’il n’y a point eu de déluge après leur réalisation !

    Quand Ragon dit que les colonnes étaient « creuses pour y mettre les outils », la Bible n’en fait pas des armoires et n’indique pas de portes ! Or Monseigneur Leadbeater y place trois portes superposées, « invisibles par devant » et qui fermaient des placards « où l’on serrait les archives, les livres de la Loi et autres documents » !

    Tous ces commentaires sont semblables à ceux d’autres Maçons de la même époque. Il fallait cependant les citer à titre d’exemple et de curiosité, mais sans les considérer comme une autorité en la matière.

    Si Ragon avance l’hypothèse selon laquelle les colonnes du Temple étaient creuses, des archéologues ont affirmé que cette particularité était impossible à réaliser au temps de Salomon, les techniques de fonderie ne permettant pas de fabriquer des colonnes creuses de cette dimension. Il semble toutefois possible qu’Hiram Abif en possédait le secret car Hiram de Tyr ne tarissait pas d’éloges à son égard, sur son talent, son art et son intelligence.

    Jean Ferré se demande pourquoi Hiram aurait voulu que les colonnes fussent creuses. Peut-être pour des raisons pratiques et économiques. Pleines, elles auraient pesé chacune environ 270 tonnes. Creuses, avec une épaisseur d’environ 7,5 cm, leur poids était de 40 tonnes, ce qui est déjà énorme, compte tenu du prix de l’airain et des moyens de transport de l’époque. Peut-être voulait-on y déposer des invocations et des dédicaces ? En effet, il était, et il est toujours d’usage, de placer un message sacré dans une pierre creuse ou dans une cavité aménagée, lors de la construction d’un édifice religieux ou lors de sa consécration.

    La Bible ne parle pas de piédestaux et il est probable que ceux-ci n’existaient pas. Jules Boucher en déduit que les colonnes ont dû être posées simplement en terre sur une assise de pierre.

    Au terme de ce chapitre relatif aux colonnes du Temple du Roi Salomon, il convient de retenir qu’elles ne supportaient pas le toit et qu’elles étaient purement ornementales.

     

    Les divers sens du mot « Colonne »

    La colonne est l’un des éléments de base de l’architecture. Elle assure la solidité et la stabilité en soutenant l’édifice. Elle est comparable à l’arbre qui est à la fois pilier et colonne, puisqu'il est l’élément végétal médian entre le ciel et la terre. Les colonnes verticales entre terre et ciel sont le soutien de la création, dont elles marquent également les bornes. Ceci nous rappelle que le UN manifesté se dédouble en DEUX.

    Le mot « colonne » est fréquemment employé dans le langage maçonnique. En premier lieu car il appartient au vocabulaire ancien des bâtisseurs ; ensuite, parce que dans toute architecture sacrée les colonnes soutiennent le temple ; enfin, plus concrètement, on lui attribue plusieurs définitions qu’il est important de distinguer.

     

    Les colonnes sont des rangées de canons c’est-à-dire de verres alignés sur une table lors des banquets maçonniques ou Travaux de Table.

    Lors de la célébration du Solstice de la Saint-Jean d’hiver, le Vénérable Maître dit, par exemple : 

    • « Mes Frères, veuillez charger et aligner ! »

    ou

    • « Chargez les colonnes ! »

    pour signifier qu’il faut remplir les verres. Ce mot, comme celui de « canon », « poudre forte » ou « poudre rouge » (vin), est issu des Loges militaires qui se sont multipliées tout au long du 18ème siècle.

     

    Le mot « colonne » en Franc-maçonnerie ne désigne pas seulement celles qui se trouvaient devant le porche du temple de Salomon, car il est dit aussi qu’un Maçon est « sur » les Colonnes. « Etre sur les Colonnes », c’est prendre place en Loge.

    Les Colonnes désignent donc aussi les rangées des Frères qui participent à la Tenue. Nous entendons fréquemment le Vénérable Maître prononcer les paroles suivantes :

    • Les Colonnes sur leur base ! (Pour inviter les Frères à s’asseoir). 

    Ou le Frère Premier Surveillant dire :

    • Les deux Colonnes sont muettes, Vénérable Maître ! (Lorsque les Frères n’ont plus rien à exprimer !)

     

    Les Colonnes désignent, dans le Temple, les deux groupes de Maçons assistant à la Tenue, l’un positionné le long du côté nord (les Apprentis), l’autre près du côté sud (les Compagnons). On parlera ainsi de la Colonne du Midi et de la Colonne du Nord.

    A la fin de la cérémonie d’Initiation, quand le nouvel Apprenti a travaillé sur sa pierre brute, le Vénérable Maître dit (selon le rite) :

    • Frère Maître des Cérémonies, veuillez conduire le nouvel Apprenti sur la Colonne du Nord, réservée aux Frères de son grade.

    La Colonne du Midi est celle des Compagnons. Certains auteurs ajoutent qu’elle est aussi celle des Maîtres, le premier rang étant réservé à ces derniers, les autres rangées aux Compagnons. Cependant, si la symbolique veut que les Maîtres siègent sur la Colonne du Midi, il est généralement admis que les Maîtres peuvent, selon leurs affinités, se placer sur l’une ou l’autre Colonne.

    Notons que le Rite Écossais Rectifié est moins permissif et impose une mise en place dans le Temple :

    Les Frères en tout grade, soit membres de la Loge, soit visiteurs, sont placés sur les banquettes formant deux Colonnes, l’une au Nord, l’autre au Midi, chacun suivant son rang en grade et alternativement de chaque côté, en commençant à former la Colonne du côté de l’Orient par les Frères des plus hauts grades, en les continuant vers l’Occident par les Maîtres et Compagnons.

    A l’extrémité de la Colonne du Midi, du côté de l’Occident, sont placés tous les Compagnons suivant l’ordre de leur ancienneté dans le grade, et tous les Apprentis sont de même, vis-à-vis, à l’extrémité de la Colonne du Nord.

     

    Le mot « colonne » désigne aussi parfois les trois Piliers qui entourent le Pavé mosaïque. Bien que certains rituels emploient le mot « colonne », il est toutefois préférable de les appeler « piliers » pour éviter toute confusion.

     

    Une autre définition du mot « colonne » dans l’univers maçonnique est sans conteste la plus connue : c’est celle qui s’apparente, selon la légende, aux deux colonnes d’airain – Jakin et Boaz – d’après les noms de personnages de la Bible, coulées par Hiram lors de la construction du Temple de Salomon.

    • Le mot sacré ne peut jamais être prononcé, il ne peut que s’épeler. Vous en voyez la première lettre sur cette Colonne qui est celle du Septentrion.

     

    Dans nos Loges maçonniques, bien que leur place varie quelquefois selon le rite accompli, les Colonnes sont généralement situées dans le vestibule et encadrent la Porte d’Occident.

     

    La « Colonne d’harmonie »

    L’expression « Colonne d’Harmonie » est le nom donné au 18ème siècle aux formations musicales qui jouaient les musiques nécessaires aux diverses phases des cérémonies d’admission ou de passage à un degré supérieur.

    La « Colonne d’Harmonie » s’est vue remplacée de nos jours par les chaînes stéréophoniques.

    La Colonne d'Harmonie pourrait se définir ainsi : « La Colonne d'Harmonie est constituée de l'ensemble de la musique diffusée au cours des Tenues ; elle doit s'inscrire harmonieusement dans les rituels ».

    La Colonne d’Harmonie doit accompagner le rituel et le servir de manière adaptée à ses besoins en restant en parfaite adéquation avec lui, d’où la difficulté de la tâche impartie à celui qui en a la responsabilité.

     

    Un Officier entre les deux Colonnes

    Pendant les phases d’Ouverture et de Clôture des Travaux, le Frère Couvreur se tient debout à l’Occident, devant la porte d’accès, un peu en retrait par rapport aux plateaux des Surveillants, face au Vénérable Maître. Il se configure ainsi, abstraitement, en corrélation avec les places respectives des Frères Surveillants, Secrétaire et Orateur, deux triangles entrecroisés formant le sceau de Salomon, lequel est une des représentations de la pensée hermétique.

    Sans approfondir davantage la symbolique du sceau de Salomon, son interprétation gnostique, selon Chevalier et Gheerbrant, lui attribue « le moyen mystérieux qui assure à l’âme remontant vers la lumière supérieure, la traversée des mondes inférieurs ».

     

    Approche du symbolisme de la colonne

    Élément essentiel de l’architecture, la colonne est avant tout un support. Elle représente l’axe de la construction et relie ses différents niveaux. Les colonnes garantissent la solidité de l’édifice. Les ébranler, c’est menacer l’édifice tout entier. C’est pourquoi elles sont souvent prises pour le tout. Elles symbolisent la solidité d’un édifice, qu’il soit architectural ou qu’il soit social ou personnel.

    La colonne, avec la base et le chapiteau qui généralement l’accompagnent, symbolise l’arbre de vie.

    La colonne pourrait aussi être le symbole des supports de la connaissance.

    L’art gréco-romain ne limite pas la colonne à un rôle purement architectonique. Il connait aussi les colonnes votives et triomphales, ceinturées de reliefs ou d’inscriptions gravées ou dorées, qui retracent les exploits glorieux des héros. Ces colonnes symbolisent les relations entre le ciel et la terre, évoquant à la fois la reconnaissance de l’homme envers la divinité et la divinisation de certains hommes illustres. Elles manifestent la puissance de Dieu en l’homme et la puissance de l’homme sous l’influence de Dieu. La colonne symbolise la puissance qui assure la victoire et l’immortalité de ses effets.

    Les colonnes indiquent des limites et généralement encadrent des portes. Elles marquent le passage d’un monde à un autre.

    Arbre de vie, arbre cosmique, arbre des mondes, la colonne relie le haut et le bas, l’humain et le divin.

    Les colonnes du Temple de Salomon ont donné lieu à d’innombrables interprétations. Ces colonnes étaient en bronze ou en airain, métal sacré, signe de l’alliance indissoluble du ciel et de la terre, garantie de l’éternelle stabilité de cette alliance.

    Pour Christian Guigue, « toute colonne dressée est un support. Sa finalité reste physique, en architecture, puisque sa fonction consiste à soutenir l’édifice, à l’instar de la colonne vertébrale qui dresse le corps à la verticale, mais elle devient emblématique lorsqu’elle se trouve en relation avec le sacré et le royaume initiatique ».

    La colonne relie l’inférieur au supérieur, le terrestre au céleste, la créature à la création et au créateur. En tant que « bornes » délimitant une  frontière, les colonnes indiquent le franchissement d’un monde à un autre, ce qui se trouve souligné par le fait qu’elles encadrent une ouverture, une porte. En ce cas, la colonne devient elle-même une « porte symbolique », la marque d’un « passage », d’un accès à un autre univers, royaume, niveau de conscience ou révélation initiatique.

     

    La Colonne du Septentrion et la Colonne du Midi

    D'après la Bible, les deux Colonnes étaient situées dans le parvis du Temple de Salomon : « Jachin » à droite et « Boaz » à gauche, érigées pour représenter conjointement le Binaire, car dès qu’il y a manifestation il y a dualité ou dédoublement de l’Unité. Le binaire est constitué de toutes paires d’opposées, qui sont considérées, à un niveau supérieur, comme complémentaires.

    Il convient de bien s’orienter : la droite et la gauche se déterminent en regardant vers l’est. En entrant dans la Loge, le nord est donc bien à notre gauche et le sud à notre droite !

    Situées dans le prolongement symbolique des Colonnes du Temple, nous pouvons alors dire que la Colonne du Nord ou du Septentrion est le domaine privilégié des Apprentis tandis que la Colonne du Sud ou du Midi appert aux Compagnons. Quant aux Maîtres de l’Atelier, ils  peuvent s’installer sur l’une ou l’autre Colonne.

    La Colonne du Septentrion est placée sous l’autorité du Second Surveillant, celle du Midi sous celle du Premier Surveillant. Les Apprentis doivent y adopter une attitude digne, réservée, respectueuse, en observant attentivement ce qui se passe durant le travail pour découvrir le rituel et percevoir ce qu’il recouvre. Toute distraction et bavardage apparaîtraient déplacés et choquants. Au besoin, le Second Surveillant aurait soin de rappeler à l’ordre tout Frère distrait ou manquant aux usages.

    Cette dénomination de « Colonnes » pour les rangées de sièges où s’asseyent les Frères vient de ce que derrière les Surveillants, de part et d’autre de la porte d’accès à la Loge, se dressent les deux Colonnes hiramiques. Les colonnes ont de tout temps été liées à la pensée symbolique et mystique. En Loge, ce sont celles attribuées à Hiram Abif.

    Au Rite Ecossais Ancien Accepté, la position des Colonnes est conforme à ce qu’en dit la Bible : la Colonne « B » est à gauche en entrant dans la Loge ; la Colonne « J » est à droite en entrant dans la Loge.

    L’expression « Colonne du Nord » désigne aussi bien la Colonne située à gauche en entrant dans la Loge (c’est-à-dire au nord-ouest symbolique de la Loge), que la colonne de Frères qui siègent du même côté. Il convient d’éviter la confusion entre ces deux Colonnes qui, pourtant, présentent bien des affinités.

    Les Apprentis siègent sur cette « Colonne du Nord » ou « du Septentrion ». C’est un nord purement symbolique car la Loge est intrinsèquement orientée. Le Vénérable Maître siège à l’est, ou Orient. Le nord, ou Septentrion, est donc toujours situé à gauche en entrant par l’Occident.

    Il est dit clairement, dans l’instruction au grade d’Apprentis, que ceux-ci siègent au nord car c’est la région la moins éclairée et qu’ils ne sont pas en état de supporter une trop grande lumière !

    Jean-Claude Mondet émet une critique très judicieuse à ce sujet. Tous les campagnards et les montagnards savent que le côté nord est exposé au midi et que c’est lui qui reçoit le maximum de soleil !

    Si nous observons attentivement le Tableau de la Loge, nous remarquons que le Septentrion reçoit la lumière de la fenêtre située au Midi, à laquelle les Apprentis font face ! Ce sont donc eux qui peuvent le mieux suivre la marche apparente du soleil, depuis son lever dans la fenêtre orientale, sa plénitude dans la fenêtre méridionale, et son coucher dans la fenêtre occidentale.

    Contrairement à ce que dit le rituel d’Ouverture des Travaux, les Apprentis seraient ceux qui recevraient en réalité le plus de lumière, mais ils n’en émettent pas ! De même, la lumière solaire ne vient pas du nord. Le Tableau de la Loge n’indique d’ailleurs pas de fenêtre de ce côté.

    Au Rite Écossais Ancien Accepté, le Second Surveillant, placé au Midi pour observer le soleil au méridien, devrait être bien embarrassé pour le faire puisqu'il tourne le dos à la fenêtre adéquate ! Sans doute, pour effectuer malgré tout sa mission, s’aide-t-il des ombres portées. Le soleil est à son méridien quand l’ombre de la Colonne du Midi recouvre la Colonne « B » et que leurs deux ombres se recouvrent, dans le prolongement l’une de l’autre…

    Dans nos cathédrales et grandes églises, orientées réellement vers l’est, les côtés gauches sont souvent très sombres. Cela est dû au fait que ce sont des collatéraux, bas et qui ne peuvent recevoir la lumière des hautes verrières de la nef. Les bâtisseurs ont souvent accentué cet effet en raréfiant ou en supprimant les fenêtres du collatéral nord.

    Le collatéral sud est très éclairé par de nombreuses fenêtres. Mais cela ne modifie pas la thèse de Jean-Claude Mondet qui est que les Apprentis, confinés sur la Colonne du Septentrion, y reçoivent un maximum de lumière tout au long de leur « journée de travail ». C’est tout à fait logique et dans leur rôle, passif, de réceptivité.

    Ceux qui siègent au Midi, côté actif, émettent une certaine lumière. C’est le cas, tout particulièrement, du Second Surveillant dont le rôle est justement d’éclairer les Apprentis.

    Jean Reyor soulève deux questions : les Loges maçonniques opératives ont-elles toujours été orientées comme elles le sont dans la Maçonnerie spéculative, et pourquoi la Loge est-elle orientée à l’inverse du temple de Salomon. 

    Dans le domaine de la manifestation, la dualité est nécessaire à toute compréhension. Elle donne une base de comparaison. L’Absolu est indiscernable, homogène et total. Il ne peut être saisi : la lumière totale, comme la nuit totale rendent également aveugle.

    Pour être perçu et réalisé, l’Absolu doit se scinder en deux ou en parties constituantes qui, en s’opposant, s’affirment… La matière et l’esprit, comme les Ténèbres et la Lumière, semblent former la première dualité discernable.

    Il est probable qu’à l’origine ces deux colonnes avaient une raison astronomique, car elles devaient être orientées sur les lignes solsticiales du lieu de telle façon que leur ombre respective passe sur le seuil orienté à l’est à chacun des deux solstices. Ainsi, sur un plan d’orientation terrestre, les deux Colonnes « J » et « B » peuvent être assimilées aux deux portes solsticiales : « BOAZ » pour le solstice d’hiver, la nuit la plus longue avec la lune qui correspond à Jean l'Évangéliste ; « JAKIN » pour le solstice d’été le joue le plus long avec le soleil qui correspond à Jean le Baptiste, fin juin.

    Dans les Loges pratiquant le Rite Écossais Ancien Accepté, la Colonne du Septentrion porte la lettre « B ». Il est dit à l’Apprenti que c’est la représentation de l’une des deux Colonnes qui se trouvaient à l’entrée du temple du roi Salomon, à l’extérieur. Il suffit de se reporter à la Bible pour avoir tous les détails (I Rois, VI, 15 – 22 et 2 Ch., III, 15 – 17). On y apprend en particulier que la Colonne de gauche avait pour nom « BOAZ ».

    Comme son pendant de droite, elle ne supporte rien mais porte un chapiteau entouré de grenades qui est souvent représenté dans la Loge maçonnique. La Colonne « B », dédiée à l’Apprenti, est comme un poteau indicateur et une œuvre élevée à la gloire du Créateur. Il s’agit d’une perpendiculaire mais, au lieu d’inviter à descendre en soi, elle s’appuie sur la terre et s’élève vers le ciel. Comme les autres symboles de ce type, c’est une invitation à s’élever. Selon nos convictions personnelles, nous pouvons y voir la représentation d’un lien créature – créateur, sachant que les édifices religieux, dont le temple de Salomon est le modèle, ont pour fonction de permettre aux hommes de rencontrer leur Dieu.

    L’Apprenti doit s’interroger sur cette Colonne qui est la sienne et l’incite à l’élévation spirituelle. Elle est de tradition hébraïque et biblique. La lettre « B » portée par cette Colonne est évidemment l’initiale de son nom, BOAZ. B est l’équivalent du Beth hébreu, deuxième lettre de cet alphabet après l’Aleph. Cette lettre n’est pas du tout anodine.

    Beth est la première lettre de la Bible et donc du premier mot de celle-ci : « Bereschit » que l’on traduit généralement par « Au commencement ». Ensuite vient la Genèse, récit allégorique de la création du monde à partir du chaos initial.

    Pour un hébraïsant, le Beth de « Bereschit » est porteur de l’énergie du mot, comme l’est la première lettre de chaque mot. Le retrouver sur la Colonne de l’ombre de laquelle travaillent les Apprentis place ceux-ci sous l’égide de ce commencement, de cette Genèse. Venant du chaos extérieur, ils commencent par séparer passif-actif, lumière-ténèbres, sec-humide, puis ils nomment et identifient. C’est la méthode utilisée par la Genèse pour organiser le chaos. C’est également celle qu’utiliseront les Apprentis pour organiser chacun leur propre chaos intérieur, ce qui aboutira à la création des hommes nouveaux qu’ils sont appelés à devenir. Cette œuvre se termine, dans la Bible, par la réconciliation de la matière et de l’esprit, sous la forme de la descente sur terre de la Jérusalem céleste, dernière image du dernier livre de la Bible, l’Apocalypse de Jean.

     

    Le sens de « Jakin » et de « Boaz »

    Il semble certain que les deux colonnes étaient semblables mais que seules leurs positions à droite et à gauche et les noms qui leur furent donnés les différenciaient. Les traductions du nom de chaque colonne sont, elles aussi, très nombreuses. Selon les experts de l’Ecole Biblique de Jérusalem, l’origine de Jakin et Boaz est obscure.

    Tous les auteurs se fondant sur les textes des différents rites traduisent JAKIN par « qu’il établisse », « qu’il affermisse », « fermé », « stable » et BOAZ par « dans la force ». A partir de ces significations, chacun associe et symbolise. Or l’approche du symbolisme exige que l’on commence par chercher d’où viennent ces traductions et pourquoi les colonnes du temple ont ainsi été nommées. Ces questions s’imposent d’autant plus que ces noms, en hébreu, n’existent pas comme noms communs et il faut comprendre comment ils ont été traduits.

    1. JAKIN pourrait vouloir dire « elle est solide » et BOAZ « avec force ». Au Rite moderne, le nom donné à la colonne de droite évoque en effet en hébreu l’idée de solidité et de stabilité (Yakin) tandis que celui de la colonne de gauche suggère celle de force (Boaz).
    1. Pour Jean Ferré, il semble généralement admis que Jachin, ou Jakin, ou Yakin signifie « J’établis » et que Booz ou Boaz veut dire « en force ». Cela pourrait signifier que celui qui passe entre les colonnes est transformé, est « créé » par une puissance, par une force émanant des lieux. N’est-ce pas là toute la démarche initiatique qui est suggérée par les deux Colonnes ?
    1. Pour le chanoine Crampon, JACHIN – que l’on prononce « Jakinn » – signifie « il établira » et « BOOZ » – en hébreu BOAZ – signifie « dans la force ». Les deux mots réunis signifient que « Dieu établit dans la force, solidement, le temple et la religion dont il est le centre ».
    1. Oswald Wirth a écrit que « La Bible nous apprend que les deux colonnes d’airain, œuvre du fondeur tyrien Hiram, furent érigées à l’entrée du temple de Salomon, l’une à droite sous le nom de JACHIN et l’autre à gauche sous le nom de BOOZ. Il n’y eut jamais de contestation sur le sexe symbolique de ces deux colonnes, la première étant suffisamment caractérisée comme masculine par le IOD initial qui la désigne communément. Ce caractère hébraïque correspond, en effet, à la masculinité par excellence. BETH, la deuxième lettre de l’alphabet hébreu, est considéré, d’autre part, comme essentiellement féminine, car son nom signifie maison, habitation, d’où l’idée de réceptacle, de caverne, d’utérus, etc. La Colonne J\ est donc bien masculine – active et la Colonne B\ féminine – passive. Le symbolisme des couleurs exige, en conséquence, que la première soit rouge, et la seconde blanche ou noire. »

    Notons que Christian Guigue reproche à ceux qui fantasment sur les caractères sexuels des colonnes en supputant à partir de détails (grenades, lys) de s’égarer en privilégiant l’accessoire et en négligeant de consacrer leur attention ou le but de leur recherche à l’essentiel.

    Guy Boisdenghien donne l’interprétation suivante du nom des colonnes hiramiques. Il cite la Bible :

    Hiram dressa les colonnes au portique du Temple : il dressa la colonne droite et la nomma J. puis il dressa la colonne gauche et il la nomma B. (Rois, 7).

    La Colonne « J » peut se traduire par « Il établira » ou « Qu’il établisse ». Cette colonne est associée au Second Surveillant et est située à droite lorsque nous la regardons de l’Orient.

    La Colonne « B » peut se traduire par « dans la force » ou « en lui est la force ». Elle est associée au Premier Surveillant et est posée à gauche vue de l’Orient. Au Rite Ecossais Ancien Accepté, la position des colonnes est inversée : « B » est à gauche ; « J » est à droite.

    Lorsque les noms des deux colonnes hiramiques sont reliés, ils peuvent se comprendre par « C’est par la force qui est en Dieu qu’il établira ».

    Jules Boucher a aussi exprimé son opinion au sujet de l’étymologie des deux noms : le mot JACHIN s’écrit en hébreu avec les lettres IOD, CALPH, IOD, NOUN. Pour éviter une erreur dans la prononciation, on écrit parfois JAKIN.

    Le mot BOAZ s’écrit avec les lettres BETH, AÏN (lettre qui ne peut se traduire phonétiquement que par une aspiration sonore, par l’esprit rude du grec), ZAÏN. On écrit souvent BOOZ au lieu de BOAZ et pourtant cette dernière orthographe est plus conforme à l’hébreu.

    1. Selon de nombreux auteurs maçonniques, le J est considéré comme signe de l’énergie spirituelle; à B, ils donnent comme sens le fondement.
    2. Un fait intéressant est à noter. JACHIN et BOAZ sont des personnages de la Bible ! Joakin est roi de Juda. Selon la généalogie de Matthieu, il figure dans la lignée du Christ. Booz, de par Ruth, sa femme, est le bisaïeul de David et donc lui aussi un ancêtre du Christ.
    3. Pour Daniel Béresniak, BOAZ s’orthographie BEITH, AÏN, ZAÏN. La traduction « dans la force » s’explique du fait que le BEITH est un préfixe qui signifie « dans » ou « avec » et Oz (AÏN, ZAÏN) signifie « force ». Mais il s’agit aussi d’un nom propre, celui du fils de Salmah, arrière-grand-père du roi David, donc le trisaïeul de Salomon.
    4. Pour ce qui concerne JAKIN, orthographié IOD, CALPH, IOD, NOUN, la première lettre peut être lue comme le préfixe du temps futur à la troisième personne, tout ce que l’on peut en dire est qu’il est un nom propre masculin. Le IOD, préfixe du futur, est aussi la première lettre du tétragramme sacré, IOD, HE, VAV, HE, qui désigne Dieu.

     

    Ceci nous amène à approcher un peu plus en profondeur le symbolisme des Colonnes du Temple.

     

    Approche du symbolisme des Colonnes du Temple

    Après avoir franchi la Porte, les Colonnes du Temple se présentent sous l’aspect de stèles verticales et cylindriques dont le sommet, en général, est surmonté d’une reproduction de grenades entrouvertes, fruits du grenadier. Malgré ce que pourrait laisser croire l’aménagement de certains temples, elles ne sont ni solidaires du mur d’Occident ni soutènement de la Voûte Étoilée qui orne le Zénith.

    Les interprétations symboliques des Colonnes sont très diverses.

    L’implantation horizontale, de part et d’autre de la ligne médiane qui joint implicitement l’Orient à l’Occident marque notre passage d’activités non maçonniques, exotériques en quelque sorte, à des activités maçonniques, ésotériques et vice versa. En d’autres termes, elles marquent symboliquement la transition entre le monde profane et l’univers des initiés, induisant la transformation de celui qui franchit cette limite, ce qui est le propre de la démarche initiatique.

    Leur élévation verticale, du Nadir vers le Zénith, marque le passage entre « ce qui est en bas » et « ce qui est en haut », c’est-à-dire un échange, une liaison, une union entre la terre et le ciel, entre le corps et l’esprit, entre la matière et l’énergie, et vice versa.

    Les rares auteurs maçonniques ayant traité des colonnes du Temple de Salomon ont omis d’étudier un point essentiel : la couverture zodiacale des colonnes. L’une B, couvre l’aire Orient / Septentrion et l’autre J, la zone Orient / Midi. Boaz et Jakin seraient donc des portes solsticiales. Ainsi, B, la Colonne du Nord et J, celle du Midi, correspondent respectivement au solstice d’hiver et à celui d’été.

    Selon la Bible, les colonnes d’airain du Temple de Salomon marquaient le point où se rencontraient, où fusionnaient, l’homme et le divin, le profane et le sacré, donnant à tout cherchant sincère la matière et les valeurs propres à sa quête spirituelle.

    Pour Jean Ferré, les Colonnes, en tant que symboles dans la Loge, matérialiseraient le point où s’interpénètrent l’homme et le divin, le profane et le sacré.

    De plus, il ne faut pas oublier que les Colonnes situent également l’endroit où les ouvriers reçoivent leur salaire.

    • Frère Second Surveillant, où les ouvriers reçoivent-ils leur salaire ?
    • A la Colonne J., Vénérable Maître. (Au R.E.A.A., la réponse est « B »).
    • Frère Premier Surveillant, les ouvriers sont-ils contents et satisfaits ?
    • Ils le sont sur les deux Colonnes, Vénérable Maître.

    Dans ce cas, le salaire désigne un enrichissement intellectuel et moral, voire spirituel dans le meilleur des cas.

    Pour Raoul Berteaux, les colonnes ne sont pas destinées à supporter un appareillage de maçonnerie afin de créer une baie. Il s’agit de deux sortes de piliers placés côte à côte pour former une porte que l’on dénomme « Porte de la Vie » ou « Porte des Cieux » ou « Portail de l'Éternité ».

    Il fait remarquer que des colonnes ont souvent été placées de part et d’autre de la porte d’entrée des lieux sacrés. Ce modèle binaire formé de deux piliers est fréquemment un symbole corrélatif de la « Porte ». L’image des deux piliers s’insère dans un domaine de caractère général comportant les jumeaux, le double lion, les deux horizons, les deux montagnes du monde, les mots bisyllabiques, les doubles lettres.

    A ce propos, C.G. Jung écrit que « toute image double renforce en la multipliant la valeur symbolique de l’image, ou en la dédoublant montre les divisions internes qui l’affaiblissent ».

    Raoul Berteaux nous propose simplement de retenir que les deux Colonnes identiques qui se trouvent à l’entrée de la Loge forment un modèle binaire de type gémellaire. L’une des Colonnes porte la lettre « J » et l’autre la lettre « B ». Si l’on fait appel au symbolisme des couleurs, la Colonne « J » devrait être rouge tandis que la Colonne « B » devrait être blanche ou noire.

    Mais si l’on s’en tient au texte biblique, comme le propose Jules Boucher, les deux Colonnes étaient en airain et toutes deux de la couleur naturelle de ce métal. Pour les différencier certains ont voulu y ajouter des couleurs mais cette adjonction est arbitraire et discutable.

    En effet, pour Christian Guigue, « la pseudo-tradition qui veut que la Colonne « J » soit peinte en rouge et associée au soleil et la Colonne « B » en blanc rattachée à la lune ne repose sur rien de bien sérieux. Le texte biblique demeure précis sur ce point : il n’y a pas d’autre couleur que celle du métal coulé ».

    L’apparition des colonnes dans les Loges maçonniques est sans aucun doute une résurgence de celles que, d’après l’Ancien Testament, Hiram avait fait dresser devant le vestibule du sanctuaire, dans le temple de Salomon, à Jérusalem, et auxquelles il avait donné le nom de Jakin (ou Yakin) pour l’une, Boaz ou Booz pour l’autre.

    Quant à l’origine des lettres « J » et « B », Raoul Berteaux pense qu’il s’agit d’une transposition des lettres hébraïques JOD et BEITH.

     

    Conclusion provisoire

    Le symbolisme des Colonnes maçonniques ainsi que leurs noms, Jakin et Boaz se réfèrent à la Bible. L’approche du symbolisme exige que le cherchant commence par se renseigner d’où viennent les traductions et pourquoi les colonnes du temple ont ainsi été nommées. Sur l’origine des noms Jakin et Boaz, les chercheurs restent partagés.

    Les deux plus anciens manuscrits connus de la Franc-maçonnerie, le Regius (1390 environ) et le Cooke (1410 environ) présentent deux attitudes opposées. Mais entre le Manuscrit Regius et l’apparition du suivant, les temps ont changé, la Réforme et l’intérêt pour l’Ancien Testament étaient en chemin.

    Aux 19ème et 20ème siècles, sous l’influence des mouvances occultistes, le symbolisme des colonnes a été alimenté par des associations notamment avec les couleurs, pas du tout expliquées mais affirmées comme une évidence !

    Alors qu’habituellement il a souvent proposé un éclairage précieux, Oswald Wirth s’est laissé aller à la mode occultiste et il faut déplorer que son discours à propos du symbolisme des colonnes du Temple ait été ingurgité comme « parole d’évangile » par des milliers d’Apprentis et servilement régurgité en Loge. On ne fait pas du symbolisme en mémorisant des affirmations dogmatiques et en renonçant à l’esprit critique. Le propos du symbolisme est d’éveiller. Il faut le pratiquer pour se dépouiller des idées reçues et pour apprendre à associer. Il faut donc chercher, comparer, lire et relire.

    Ce qu’il me semble essentiel à retenir de cette étude, c’est qu’en franchissant pour la première fois la porte de notre Loge, la présence des Colonnes « J. » et « B. » se justifiaient pour bien marquer notre passage dans un lieu de liberté, un lieu hors du temps profane.

    Par ailleurs, chaque fois que nous les franchissons, à chaque Tenue, les Colonnes « J. » et « B. » sont là pour nous rappeler que nous quittons le monde profane pour entrer dans le monde sacré et vice versa.

    Quant au salaire que nous sommes censés recevoir à la Colonne « J » (ou à la Colonne « B » au R.E.A.A.), je retiens qu’il symbolise l’enrichissement intellectuel et moral que chaque Tenue devrait normalement nous apporter, voire spirituel si la rigueur et l’amour y ont eu la meilleure place.

     

     

    R :. F :. A. B.

    Bibliographie

    Alban Gilbert - Guide de  l’Apprenti

    Editions Detrad, Paris, 1996

    Pages 61à 64 ; 203

     

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995

    Pages 42 à 44

     

    Béresniak Daniel - Rites et Symboles de la Franc-maçonnerie

    Editions Detrad, Paris, 1995

    Pages 70 à 79

     

    Berteaux Raoul - La Symbolique au grade d’Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986

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    Berteaux Raoul - La Voie Symbolique

    Editions Edimaf, Paris, 1995

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    Boisdenghien Guy - La Vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999

    Pages 47 à 50

     

    Boucher Jules - La Symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995

    Pages 108, 133 0 142

     

    Cabut Jean-Jacques - Les symboles de la Franc-maçonnerie

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    Editions Dervy, Paris, 2008

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    Chevalier Jean et Gheerbrant Alain - Dictionnaire des Symboles

    Editions Robert Laffont – Jupiter, Paris, 1982

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    Dangle Pierre - Le livre de l’Apprenti

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 1999

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    Ferré Jean - Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, Paris, 1994

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    Ferré Jean - Dictionnaire des symboles maçonniques

    Editions du Rocher, Monaco, 1997

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    Guigue Christian - La Formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1995

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    Mainguy Irène - La symbolique maçonnique du troisième millénaire

    3ème édition revue et augmentée

    Editions Dervy, Paris, 2006

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    Mondet Jean-Claude - La Première Lettre

    L’Apprenti au Rite Ecossais Ancien et Accepté

    Editions du Rocher, Monaco, 2007

     

    Négrier Patrick - Les Symboles Maçonniques d’après leurs sources

    Editions Télètes, Paris, 1998

    Pages 53 à 54

     

    Ragon J.M. - Rituel de l’Apprenti Maçon

    1860

     

    Traduite et présentée par Chouraqui André

    La Sainte Bible

    Editions Desclée De Brouwer

    Premier Livre des Rois : 7, 15 à 22

    Deuxième Livre des Rois : 25, 17

    Deuxième Livre des Chroniques : 3, 15 à 17 ; 4, 12 et 13

     


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