• * A propos du temps

    Introduction

    L’homme est conscient du temps de sa propre vie car il a une mémoire. Il se rapporte à l’histoire de sa vie, de son pays, et sait aussi qu’au bout du « chemin » il y a la mort. Indépendamment de nous, le temps existe-t-il ? Non : tandis que les animaux et les plantes vivent dans l’instant, c’est notre conscience d’être humain qui fait le temps. Le temps n'est-il pas ce qui permet l'existence, à l'être d'être, sans être lui-même ? Même quand il ne se passe rien, pendant ce temps, le temps passe !

    La présente planche tentera d’apporter quelques éléments de réponses aux questions suivantes à propos du temps :

    • On dit que le temps passe, mais qu’est-ce que le temps ?
    • Le temps passe-t-il vite ? Trop vite ?
    • Le temps s’accélère-t-il ? S’agit-il d’une réalité ou d’une illusion ? 
    • Le temps est-il linéaire ou cyclique ?
    • Quelle différence y-a-t-il entre le temps historique et le temps subjectif ?
    • Y a-t-il un commencement au temps ?
    • Peut-on concevoir la fin du temps ?
    • Peut-on penser l’éternité ?

    Cette première partie se prolongera par une réflexion à propos du temps maçonnique.

    L’expression « le temps passe »

    Cette expression métaphorique – « le temps passe » – nous la devons au philosophe Héraclite. Nous l’utilisons parce que nous constatons des changements. Le temps passe comme un fleuve coule. Héraclite avait déjà remarqué que « l'on ne se baignait jamais deux fois dans le même fleuve », à cause de l'écoulement du fleuve lui-même d'une part, mais surtout à cause de notre perception du fleuve, qui évolue avec la mémoire de nos différents bains. La reproduction exacte d'un geste ou d'une action, en termes d'environnement comme de perception de l'acteur, nous semble donc difficile à concevoir.

    On ne voit pas le temps ! Ce que nous percevons, ce sont les phénomènes physiques. Le temps passe ; les gens changent mais les souvenirs restent...

    Ce sont nos souvenirs qui font de nous ce que nous sommes. Et ce sont nos rêves qui feront de nous ce que nous deviendrons. Ce qui est passé a fui, ce que nous espérons est absent, mais le présent est à nous !

    « On dit que le temps change les choses, mais en fait le temps ne fait que passer et nous devons changer les choses nous-mêmes ». (Andy Warhol).

    Qu’est-ce que le temps ?

    Nous pouvons tenter de définir le temps : dire qu'il est ce qui passe quand rien ne se passe ; qu'il est ce qui fait que tout se fait ou se défait ; qu'il est l'ordre des choses qui se succèdent ; qu'il est le devenir en train de devenir ; ou, plus plaisamment, qu'il est le moyen le plus commode qu'a trouvé la nature pour que tout ne se passe pas d'un seul coup. Mais toutes ces expressions présupposent ou contiennent déjà l'idée du temps. Elles n'en sont que des métaphores, impuissantes à rendre compte de sa véritable intégrité.

    Les physiciens sont parvenus à faire du temps un concept opératoire sans être capables de définir précisément ce mot.

    Le temps est relatif aux choses qui passent : le temps des horloges est un temps astronomique (celui du déplacement de la Terre) ; le temps est donc le temps de notre système solaire. Le temps est relatif : si l’on vivait par exemple sur la planète Jupiter (dont la période de révolution sidérale est de presque douze ans), nos montres ne seraient pas valables. Le temps est indépendant des phénomènes physiques.

    La mesure du temps a rapidement été une préoccupation importante, notamment pour organiser la vie sociale, religieuse et économique des sociétés. C’est dès la plus haute antiquité que l’homme a senti le besoin de mesurer le temps. Cela a toujours été une des préoccupations majeures de l’humanité dès qu’elle a réussi à organiser des institutions religieuses, sociales et économiques

    Que ce soit avec un gnomon ou un cadran solaire [1], avec la clepsydre [2] des Égyptiens ou les cadrans solaires des Romains, avec une horloge ou un sablier [3] ou encore avec nos montres devenues digitales, nous ne mesurons pas le temps mais une durée.

    En fait, le temps est la mesure des phénomènes physiques : le temps que la Terre met pour faire un tour sur elle-même (période de rotation) et pour tourner autour du Soleil (période de révolution). Le temps est une grandeur physique. De nos jours son unité légale est la seconde. Le temps est un phénomène périodique qui se reproduit identique à lui-même à intervalles de temps réguliers : l’attraction de la Lune autour de la Terre ; la rotation de Terre sur elle-même ; la rotation de la Terre autour du Soleil.

    • Pour Aristote, « le temps est le nombre du mouvement selon l’avant et l’après».
    • Pour Platon, « le temps est une image mobile de l’éternité immobile».
    • « Le temps, c’est ce qui passe quand rien ne se passe» pense Jean Giono.
    • Le temps est isochrone : sa périodicité est régulière.
    • Le temps est irréversible : on ne peut pas revenir en arrière, contrairement à l’espace dans lequel on peut aller et venir.

    Ces quelques phrases et citations ont-elles défini le temps ? Non : elles sont tautologiques.

    Pour Kant, le temps n’est pas une substance ou une chose mais une forme de la connaissance humaine. Elle est un principe d’organisation de toutes les expériences (extérieures et intérieures) que fait l’homme. C’est une forme a priori car elle précède les données sensibles et s’appliquent à elles. C’est une forme sensible car elle se donne comme intuition et non conceptualisation.

    Pour Bergson, la conception physico-mathématique, quantitative, du temps faisant de celui-ci une suite d’instants identiques et extérieurs les uns aux autres est insatisfaisante. Il lui substitue une conception qualitative fondée sur les vécus psychiques qui montre que le temps est durée, chaque état de conscience étant inséparable des précédents, en ce sens qu’il les conserve tout en y ajoutant quelque chose.

    Le temps linéaire et le temps cyclique

    Temps linéaire

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    Exemples : de la naissance à la mort, succession d’événements…

    Temps circulaire (temps cyclique)

    Exemples : alternance jour / nuit, les mois, les saisons...

    Le temps linéaire est en fait un temps historique.

    Nous sommes des êtres historiques. Le sens de notre rapport historique au temps est donné par des événements fondateurs d’une ère nouvelle (cf. les religions ou, par exemple, le calendrier révolutionnaire).

    La fin du temps est la fin physique du monde (de la Terre et de l’espèce humaine).

    Le thème du commencement du temps suppose un temps 0.

    Comment concevoir le commencement du temps sans événement physique ?

    Le temps historique est découpé en trois périodes :

    • Le passé qui désigne ce qui n’est plus, avant le présent.
    • Le présent qui désigne entre le passé qui n’est plus, et le futur ce qui n’est pas encore.
    • Le futur qui désigne ce qui n’est pas encore, après le présent.

    Lorsqu'on parle de temps cyclique, on imagine plutôt un temps ayant la forme d’un cercle. Cependant ce n’est qu’en partie vrai. Certes, il existe bien l'idée d’un temps « circulaire » recommençant éternellement, chaque acte accompli l'ayant déjà été des milliers de fois et visant à être accompli de nouveau. Mais Il existe également une autre forme de temps cyclique, ayant la forme d’une spirale. 

    La conception d’un temps cyclique ayant la forme d’une roue s’est rapidement développée dans diverses civilisations, sans doute par analogie avec les différents cycles de saisons, des lunaisons, du jour et de la nuit…

    Claude Levi-Strauss et Lucien Levy-Bruhl ont décrit la « mentalité primitive ». Ils ont expliqué que certaines sociétés primitives percevaient un « temps du mythe » qui était en opposition avec l’idée linéaire du temps. En effet, ces tribus considéraient que le temps du mythe était sacré, ce qui leur inspirait crainte et respect. Ils n’ont par conséquent eu aucune envie « d’avancer dans la vie » au risque de s’éloigner du temps mythique qui leur apparaissait comme parfait.

    En reproduisant régulièrement des rituels millénaires, ils avaient l’impression de renouer avec leurs ancêtres qui accomplissaient déjà les mêmes gestes, de rentrer dans quelque chose qui les dépassait, de transcendant, de participer à la bonne marche du monde.

    C’est cette notion que Mircea Eliade nommait « Le mythe de l’éternel retour » et qui impliquait que les membres de ces tribus vivaient dans le présent plutôt que d’espérer sans cesse l’avenir.

    En réalité on remarque que la plupart des sociétés non-occidentales ont une perception plus cyclique que linéaire du temps. Cependant toutes n’ont pas la forme d’un cercle.

    Aujourd'hui encore, temps circulaire et linéaire s'opposent, tout comme diffèrent les perceptions individuelles du temps et s'affrontent temps perçu et temps mesuré. La mesure du temps serait-elle une quête circulaire ?

    Les critiques que les défenseurs du temps linéaire font au temps cyclique sont principalement basées sur l’impossibilité d’un recommencement exact des actes produits, que ce soit de façon physique ou philosophique.

    En effet, en physique, il existe bien un théorème expliquant qu’un gaz se déplaçant de façon aléatoire finira toujours par être aussi proche que voulu de sa position initiale, à condition d’attendre suffisamment longtemps ; cependant il ne dit rien au sujet d’actes accomplis par des êtres vivants. De plus, étant donné le nombre de particules dans l’Univers, il faudrait attendre un nombre d’années impossible à imaginer pour les voir toutes revenir à leur position initiale.

    La théorie de la spirale du temps a l’avantage de passer outre cet argument. En effet cette théorie, surtout présente dans la religion indienne, combine celle du retour circulaire avec à chaque fois un léger décalage linéaire dû aux spires. Le temps ne reste donc pas figé, les actes ne se reproduisent donc pas exactement. De plus elle fait référence à des durées immenses jusqu'à son terme, la fin de l’Univers.

    Face à ces durées immenses il est extrêmement difficile de prouver ou d’infirmer cette théorie. En effet, de notre point de vue, le temps semble être linéaire. Cependant il est très facile d’imaginer qu’avec le peu de recul dont nous disposons nous ne percevions qu'un infime morceau d'une spirale géante dont nous ne serions pas capables de concevoir la forme. L’Histoire ne serait ainsi qu’un point de cette spirale, et la droite que nous imaginons, une tangente de cette courbe.

    Le propre de la conscience humaine est de se projeter vers le futur. Or, la conscience de notre mortalité se pose comme une limite à nos projections dans le futur. La conséquence de cette prise de conscience, selon Heidegger, c’est le souci, autrement dit la préoccupation quant au sens que nous allons donner à notre existence. C’est ce souci qui nous fait pleinement humains : les animaux n’ont pas ce souci du sens qu’ils vont donner à leur existence.

    Le temps subjectif ou temps psychologique

    Le temps subjectif, c’est le temps vécu. Ce temps est beaucoup plus fluide que le temps objectif, celui des montres. « Le temps psychologique serait comme une sorte de second temps, le deuxième temps qui évoluerait en marge du temps physique ».

    Le temps subjectif de la naissance à la mort : la conscience du temps s’accroît-elle avec le vécu, l’expérience du temps ? Le temps est-il lié au poids de la mémoire et à ce que l’on a fait ?

    Pour Sigmund Freud, l’inconscient ignore le temps. Notre personnalité est fixée : elle revient toujours sur les mêmes événements (mémoire) ; elle répète les mêmes passions sans l’intervention du temps.

    Le temps est un concept développé par l'homme pour appréhender le changement dans le monde. Le questionnement s’est porté sur sa « nature intime » : propriété fondamentale de l'Univers, ou plus simplement produit de l'observation intellectuelle et de la perception humaine ? La somme des réponses ne suffit pas à dégager un concept satisfaisant du temps. Mais l’examen minutieux de chacune d’entre elles et de leurs relations peut apporter d’intéressantes réponses.

    Toutes ne sont pas théoriques : la « pratique » changeante du temps par les hommes est d’une importance capitale. Il n'existe pas de mesure du temps comme il existe, par exemple, une mesure de la charge électrique.

    L'histoire de la mesure du temps écoulé entre deux évènements a évolué à travers les âges et cela ne fut pas sans conséquence sur l’idée que les hommes en eurent au fil de l’histoire. De rudimentaire qu’elle était, sa mesure a gagné aujourd’hui une précision reposant sur l’atome. Ses progrès irréguliers sont donc à relier directement aux transformations du concept de temps. Ses retombées ont affecté bien plus que la simple estimation des durées : la vie quotidienne des hommes s’en est trouvée changée bien sûr, mais aussi et surtout la pensée, qu’elle fût de nature scientifique, philosophique ou encore religieuse.

    L’étymologie peut-elle nous aider à définir le temps ?

    Le mot temps provient du latin tempus, de la même racine que grec τεμνεῖν, temnein, couper, qui fait référence à une division du flot du temps en éléments finis. Temples (templum) dérive également de cette racine et en est la correspondance spatiale (le templum initial est la division de l’espace du ciel ou du sol en secteurs par les augures). Enfin, « atome » (insécable), du grec ἄτομος (non coupé, indivisible) dérive également de la même racine.

    Le temps vécu

    Bergson définit le temps comme « une donnée immédiate de la conscience ». 

    La principale caractéristique du temps, c’est donc d’être vécu.

    C’est pourquoi Bergson distingue le temps homogène du physicien, qui constitue la réalité objective du temps, de la durée psychologique, celle qui est éprouvée par la conscience.

    Le temps est-il en train d'exister ?

    Dans un passage célèbre de ses Confessions [4] , saint Augustin (IVème siècle après J.-C.) donne deux définitions du temps :

    • le temps tend à n’être plus : « le temps à l’être seulement parce qu’il tend au néant » ;
    • l’être du temps n’existe que dans notre âme, dans notre pensée. Autrement dit, il relève de notre idéalité (par opposition à la réalité). Le passé, le présent et le futur (les trois temps) n’existent que parce que nous sommes capables de les penser. Pour les physiciens, au contraire, le temps a une réalité objective (cf. la théorie de la relativité d’Einstein).

    L’homme pense le temps à partir de trois mots : le passé, le présent et le futur.

    • Le passé est un temps qui a été mais qui n’est plus et qui est donc irrémédiablement révolu. Cette partie du temps que nous nommons le « passé » n’a donc plus d’être.
    • Le futur est un temps fondamentalement contingent. On ne peut que faire le pari qu’il existera. Cette partie du temps que nous nommons le « futur » n’a donc pas encore d’être.
    • Le présent est un temps dont l’être est d’être mais qui, dès qu’il est, n’est plus (il devient immédiatement passé).

    Dans ce texte, saint Augustin définit la mémoire comme une représentation de la réalité passée, faite par des images ou des mots. Le mode d’enregistrement des souvenirs passe ainsi aussi bien par les sens que par la pensée, elle-même structurée par la maîtrise d’une langue (ce qui explique que nous n’ayons pas de souvenirs de la période où nous ne parlions pas).

    Saint Augustin arrive finalement à la conclusion qu'il n’existe qu’un seul temps dont nous faisons l’expérience : le présent. Ni le passé, ni le futur n’existent (par là même, saint Augustin critique le langage : « il est impropre de dire : il y a trois temps, le passé, le présent, l'avenir »).

    Saint Augustin préfère parler de ces trois instances qui n’existent que dans notre âme :

    • le présent au sujet du passé (relatif à la mémoire) ;
    • le présent au sujet du présent (relatif à la perception) ;
    • le présent au sujet de l'avenir (relatif à l’attente).

    La question de l’objectivité du passé

    Dans le présent, grâce à la mémoire, nous pouvons penser une réalité passée. Mais le souvenir ne correspond jamais exactement à l’événement tel que nous avons vécu. Nos souvenirs sont toujours des interprétations, des reconstructions.

    Cependant, ce qui importe dans le souvenir, ce n’est pas de se souvenir exactement d’un événement mais plutôt de lui donner un sens selon ce que la vie a fait de nous. Évoquer le passé, c’est donc toujours lui donner un sens. Evidemment, le passé en soi ne change pas, c’est l’interprétation que nous en faisons qui peut évoluer en fonction de notre présent, de notre futur. Cela montre bien l’unité de notre existence : nous pensons notre présent comme résultant de notre passé et s’ouvrant sur notre futur. Il y a donc bien un lien entre l’existence et le temps.

    Nous sommes constitués par notre mémoire : nous ne pouvons faire table rase de notre passé. En revanche, l’homme est libre en ce qu’il interprète librement son passé. Il peut toujours décider d’en faire un appui positif. Cette conservation du passé par la mémoire, aussi subjective soit-elle, nous constitue. Cela signifie aussi accepter la complexité de la vie : il n’existe pas de vérité une et stable, la valeur d’un événement, le sens qu’il prend peuvent évoluer au cours de notre vie.

    Temps et mouvement

    La notion de temps est un corollaire de la notion de mouvement : le mouvement se fait dans la durée et si le temps venait à s’arrêter plus rien ne bougerait. Ainsi, selon Aristote, le temps est le nombre du mouvement selon l’antérieur et le postérieur. A contrario, le temps semble ne plus faire sens quand l’idée de mouvement disparaît, car le temps suppose la variation.

    L’homme constate en effet trivialement que des « objets » de toutes sortes sont altérés par des « événements » et que ce processus prend place dans un temps partagé par tous ceux qui ont conscience de son cours. Ces objets, ou du moins leur substance, sont cependant censés demeurer les mêmes, numériquement, malgré les changements qu’ils subissent. Le temps semble donc supposer à la fois changement et permanence. Il a comme corrélat la notion de substance, que Descartes avait assimilée à l’espace en ce qui concerne les choses matérielles.

    Ces constatations amènent encore à un autre couple de notions essentielles quant à l’étude du temps :

    • la simultanéité (ou synchronie), qui permet d’exprimer l’idée qu’à un même moment, des événements en nombre peut-être infini se déroulent conjointement, a priori sans aucun rapport les uns avec les autres ;
    • en corrélation se trouve la notion de succession, ou diachronie, (et par-là, l’antériorité et la postériorité) : si deux événements ne sont pas simultanés, c’est que l’un a lieu après l’autre, de sorte que d’innombrables événements simultanés semblent se suivre à la chaîne sur le chemin du temps.

    Deux moments ressentis comme différents sont ainsi nécessairement successifs. De ces deux considérations, il est appris que le temps, si difficile à imaginer et à conceptualiser de prime abord, ne peut être examiné que sous l’angle de l'expérience individuelle universelle : l’avant, l’après et l’en-même temps.

    Néanmoins, de la simple succession, ou de la simultanéité, la durée ne peut être déduite. En effet, quand un même film est projeté à une vitesse plus ou moins grande, l’ordre des événements y est conservé, mais pas la durée. Remarquons aussi que la projection à l’envers ne correspond à rien dans l’expérience du temps, qui est, lui, irréversible.

    Ces notions font notamment appel à la mémoire : le classement des événements dans un ordre quelconque ne peut se faire que si l’observateur se souvient. De façon opposée, la mémoire se construit grâce au fait que certains événements se répètent, autorisant ainsi l’apprentissage.

    De façon plus générale, il semble que le temps puisse être considéré (et considérer n’est pas connaître) sous deux aspects :

    • l’aspect cyclique :cycle des jours, des saisons, de la vie…
    • l’aspect linéaire : évolution, transformation irréversible, passage de la naissance à la mort…

    Au commencement du temps

    L'écoulement du temps a-t-il des extrémités ? Cette question, qui renvoie aux croyances innombrables sur la genèse et la fin du monde, a été posée par de nombreux chercheurs et penseurs.

    Selon la théorie du Big Bang, l'Univers a eu un début, il y a environ 13,7 milliards d'années. C'est là que le temps aurait commencé, et que l'espace et la matière seraient apparus. Plusieurs observations permettent de valider cette théorie. Citons par exemple le décalage vers le rouge du spectre lumineux émis par les étoiles lointaines, ainsi que l'existence d'un rayonnement cosmique provenant de toutes les directions de l'univers, correspondant à un rayonnement du corps noir de température 2,73 kelvin.

    Et « avant » ? Si l'Univers a connu un instant primordial, initial, il ne s'appuie sur aucun phénomène physique, l'Univers n'existant pas encore à cet instant primordial. De plus, outre le point de vue scientifique, comment imaginer le fait que le temps ait eu un début, et que la question « qu'y avait-il avant le début du temps ? » n'ait pas de sens ? Difficile !…

    Tous ces questionnements posent la question de la définition d'un temps cosmique : le temps général prévalant dans l'Univers. Plusieurs modèles liés à la théorie du Big Bang semblent probables, en offrant les meilleures formalisations d'un temps cosmique et en permettant d'étudier l'évolution de l'Univers [5] .

    Le temps et la Création

    Si l’on veut considérer la création du monde comme un événement, cela implique de la situer au sein de l’écoulement du temps, de lui assigner une date. Si l’on conçoit le temps comme une entité linéaire, comme c’est le cas en Occident, on est alors inévitablement amené à s’interroger sur l’existence et la signification d’un « avant ».

    Mais si le temps existait avant la création du monde, il ne fait pas lui-même partie du monde. Conception difficile à soutenir…

    Les penseurs médiévaux qui déjà s’étaient penchés sur ce paradoxe avaient donc dû opter pour une création simultanée du monde et du temps. Ainsi, saint Ambroise, évêque de Milan au 4ème siècle, écrit dans son Hexaméron : « C’est au commencement du temps que Dieu a créé le Ciel et la Terre. Car le temps existe depuis qu’existe ce Monde, il n’existait pas avant le Monde ».

    Au début du 13ème siècle, Guillaume d’Auvergne approfondit le raisonnement en s’appuyant sur des considérations analogues concernant l’espace : « De même que le Monde n’a pas de dehors, n’a pas d’au-delà, puisqu'il contient et embrasse toute chose, de même le temps, qui a commencé à la création du Monde, n’a pas d’auparavant ni de précédemment, puisqu'il contient en lui tous les temps qui sont ses parties.

    Celui qui pose cette question : « Avant le commencement du temps, y a-t-il eu quelque chose ? » alors que le mot avant implique l’idée de temps, fait exactement comme s’il demandait : « Dans le temps qui a précédé le commencement du temps, quelque chose a-t-il existé ? ».

    Ces interrogations sont restées les mêmes aujourd'hui, et les questions : « Qu’y avait-il avant le Big Bang ? » et « Dans quoi l’Univers se dilate-t-il ? », reviennent plus simplement à demander : « Y avait-il du temps avant le temps ? » et « Y a-t-il un espace en dehors de l’espace ? ». La physique moderne, en identifiant l’Univers avec l’espace-temps, lève toute ambiguïté : la création du monde ne peut être envisagée comme un phénomène temporel.

    Mais jusqu'aux premières versions de la cosmologie quantique, la plupart des réflexions cosmogoniques ne pouvaient être menées que dans une perspective temporelle. C’est le cas par exemple, dans le contexte chrétien, d’une question fondamentale, corollaire de celle de la Création : Dieu a-t-il créé le monde instantanément ou par étapes successives ? Là encore, les différents récits des Écritures invitent à deux interprétations possibles. La plus répandue découpe la Création en six jours, l'hexaméron [6] auxquels s’ajoute un jour de repos.

    L’autre interprétation, celle d’une Création instantanée, fut notamment soutenue par Philon le Juif, contemporain de Jésus, et par Origène au 3ème siècle, tous deux d’Alexandrie. Comment la course du temps pouvait-elle avoir commencé avant que n’apparaissent, au quatrième jour, les deux « horloges astronomiques » que sont le Soleil et le Lune ?

    Certains philosophes chrétiens tentèrent de concilier ces deux points de vue apparemment antagonistes. Saint Thomas d’Aquin, par exemple, avança que Dieu aurait créé la substance des choses en un instant, mais qu’il aurait mis six pleines journées pour accomplir le travail plus lent de séparation, de mise en forme et d’ornementation. Là encore, cette conception semble anticiper les visions modernes puisque les divers modèles de « big bang » font commencer l’histoire de l’Univers avec l’apparition d’une entité matière-espace-temps, suivie d’une phase de différenciation (matière et rayonnements, interactions fondamentales…).

    À partir de là, les théories cosmologiques rendent compte de la lente et progressive structuration de la matière, depuis une « soupe de quarks » indifférenciée jusqu'à la formation d’objets complexes (galaxies, étoiles, planètes…), mais elles reconnaissent leur impuissance à parler de l’origine primordiale.

    Origines et limites du temps

    Ces questions cosmologiques agitent encore aujourd'hui bien des esprits, dans un cadre conceptuel néanmoins très différent, celui des modèles de « Big bang ». Ceux-ci sont souvent considérés – à tort – comme décrivant l’origine de l’Univers. En réalité, s’ils en décrivent l’évolution depuis un passé très reculé puisqu'on l’évalue à une quinzaine de milliards d’années, ils ne prétendent pas y voir un « temps zéro », ni a fortiori une origine ou une création. Les conditions extrêmes dans lesquelles la genèse de l’espace, du temps, de la lumière et de la matière aurait pu se dérouler restent inaccessibles à l’investigation scientifique.

    La reconstitution du passé cosmique se heurte tout d’abord aux limites de l'observation, due à la non-transparence de l’Univers durant son premier million d’années.

    Les scientifiques peuvent néanmoins reconstituer cette époque primitive en s’appuyant notamment sur les connaissances acquises dans le domaine des particules élémentaires. Les grands accélérateurs fournissent en effet une information sur le comportement de ces particules aux énergies très élevées correspondant aux conditions de l’Univers primordial. On peut en effet recréer en laboratoire les conditions qu’a connues l’Univers un millième de milliardième de seconde (100-12 s) après le début de son expansion, quand il se présentait comme une « soupe » de quarks et d’électrons.

    Mais les accélérateurs, et la physique qu’ils mettent à l’épreuve, rencontrent évidemment une limite expérimentale. Pour reconstituer les époques encore plus primitives, les physiciens ne peuvent que tenter d’imaginer le comportement des particules à très haute énergie. Il s’agit alors de spéculations plus que de théories, dont on ne peut tester, en l’absence d’expériences, que la cohérence logique.

    Un éventuel « temps zéro », qui correspondrait à une température infinie, reste inaccessible. La physique est totalement impuissante à décrire les phénomènes pour des températures dépassant une limite de 1032 degrés, appelée « température de Planck ». À cette température, les énormes énergies mises en jeu produisent des effets au cœur même de la structure de l’espace et du temps, rendant tout calcul physique impossible dans le cadre des théories actuellement développées.

    Cette limite théorique, véritable « barrière » de la connaissance, interdit d’accéder à un passé trop lointain. L’histoire « intelligible » du monde ne débute donc pas au temps zéro, mais à la fin de cette « ère de Planck », soit 10-43 seconde (un cent millionième de milliardième de milliardième de milliardième de milliardième de seconde) plus tard. D'avant ce « temps de Planck », au-dessus de la température de Planck, la physique ne peut rien dire.

    Si le temps a commencé, finira-t-il un jour ? En d’autres termes, peut-on concevoir la fin du temps ?

    La disparition du temps

    Le philosophe mathématicien Leibniz, contemporain de Newton, s’est élevé contre les idées d’espace et de temps en tant qu’entités absolues prônées par ce dernier. Par des arguments d’ordre philosophique, il a soutenu que l’espace et le temps n’existaient qu’en relation avec la matière.

    Deux siècles plus tard, le philosophe Ernst Mach a repris les idées de Leibniz, et c’est en partie sous son influence qu’Einstein a bâti l’édifice de la relativité générale où espace, temps, matière et lumière sont inextricablement liés.

    Aujourd'hui, certains physiciens cherchent à éliminer purement et simplement le temps de leurs théories. Car le temps c’est le changeant, le variable, tandis que la physique prétend à l’immuable, à l’invariant. Son but n'est-il pas, en effet, d'extraire des lois éternelles, c'est-à-dire affranchies du temps, à partir de phénomènes passagers ?

    La fin des temps ou temps de la fin est une expression désignant la Fin du monde dans la Bible. C’est le mythe eschatologique. Cette expression de « fin des temps » figure six fois dans le livre du prophète Daniel. Elle désigne une période marquant l’achèvement d’un système de choses et aboutissant à sa destruction. Il fut donné au prophète Daniel de voir par avance des évènements qui devaient se produire dans un avenir lointain.

    Peut-on penser l’éternité ?

    Spinoza affirme que puisque la nécessité, l’essence, la vérité ne sont pas soumises aux vicissitudes du temps (le vrai ne pouvant avoir été ou devenir faux), nous sommes nous-mêmes aptes à nous sentir éternels et à faire l’expérience de l’éternité lorsque nous nous attachons à la compréhension des choses nécessaires, universelles et donc intemporelles.

    L’éternité

    L'éternité est un état censé être indépendant du temps et n’avoir donc ni début, ni fin.

    Dans le langage religieux, en tout cas chrétien, il s’agit d’une soustraction à l’emprise du temps. À ce titre, elle n’a ni commencement ni fin, ces termes n’y ayant pas même de sens. Elle est donc à distinguer de l’immortalité, qui a un début et pas de fin.

    Thomas d'Aquin distingue dans la Somme théologique quelque chose qui est distinct de l'éternité comme de l'immortalité, et qu'il nomme l'aevum : l'éternité n'a ni commencement, ni fin, l'aevum un commencement et pas de fin, le temps un commencement et une fin (la fameuse fin des temps). Dieu est alors dans l'éternité, ses créatures dans l'aevum et le monde matériel dans le temps.

    Dans certaines religions, Dieu est dit « éternel » puisque son existence n'a pas de commencement. Chez les chrétiens protestants, on appelle souvent Dieu : l'Éternel. Ce mot est aussi celui qui revient le plus dans l'Ancien Testament, comme chacun peut le vérifier.

    Dans la religion catholique, s'il faut en croire des docteurs de l'Église comme saint Augustin et Thomas d'Aquin, le temps est une création de Dieu au même titre que l'espace, et est lié à ce dernier. Dieu est appelé « l'éternelle Trinité ».

    Dans la religion mormone (Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours) distinction est faite entre l'immortalité, donnée à tous les hommes quels qu'ils soient, et la vie éternelle qui est de vivre éternellement en présence de Dieu, accordée à ceux qui auront accepté l'Évangile de Jésus-Christ.

    Comment représente-t-on le temps ?

    La représentation du temps

    La régularité de certains événements a permis d’établir très tôt une référence de durée (calendrier, horloge…) et donc de quantifier le temps.

    « Quantifier le temps », c’est lui associer un nombre et une unité, en effectuer une mesure. Toutefois, cette connaissance est au mieux celle d’une substance du temps : elle n’apprend rien sur sa nature intime, car la mesure n’est pas le temps. Il faut du temps pour établir une mesure. Et bien que l’intuition du cours du temps soit universelle, définir le temps en lui-même semble au-delà de nos capacités.

    Cela inspira une célèbre boutade à saint Augustin dans ses Confessions. Voici ce qu’il écrit à propos de la définition du temps : « Ce mot, quand nous le prononçons, nous en avons, à coup sûr, l’intelligence et de même quand nous l’entendons prononcer par d’autres. Qu'est-ce donc que le temps? Si personne ne m'interroge, je le sais ; si je veux répondre à cette demande, je l'ignore. ».

    Il est vrai que décrire le temps ne semble possible que par une analogie, notamment au mouvement, qui suppose de l’espace. Imaginer le temps c’est déjà se le figurer et, en quelque sorte, le manquer.

    Il faut donc distinguer la problématique de la représentation du temps de sa conceptualisation, tout comme il faut établir ce qu'on sait du temps par l’expérience pour mieux s’en détacher. Au fil des siècles, ces penseurs ont essayé d’évaluer le temps au travers de la méditation, du mysticisme, de la philosophie ou encore de la science. Il en ressort en fait que bien qu'il puisse être supposé avec raison que tous les hommes ont la même expérience intime du temps – une expérience universelle – le chemin vers le concept de temps n’est pas universel. Ce n’est donc qu’en détaillant ces modèles intellectuels et leurs évolutions historiques que l’on peut espérer saisir les premiers éléments de la nature du temps.

    Le temps est souvent représenté de façon linéaire (frises chronologiques). Cependant, des représentations en spirales, voire en cercles (le temps est un éternel recommencement) peuvent être trouvées marquant ici l'aspect cyclique et répétitif de l'histoire des hommes.

    Dans presque toutes les cultures humaines le locuteur se représente avec le futur devant et le passé derrière lui. Ainsi, en français, on dit : « se retourner sur son passé » et « avoir l'avenir devant soi ». Cependant, le peuple aymara (originaire de la région du lac Titicaca au croisement de la Bolivie, du Pérou, de l'Argentine et du Chili) inverse cette direction du temps : le passé, connu et visible se trouve devant le locuteur alors que le futur, inconnu et invisible, se trouve derrière lui.

    Deux conceptions du temps qui passe peuvent être perçues : soit l'individu est en mouvement par rapport à l'axe du temps (« se diriger vers la résolution d'un conflit... »), soit ce sont les évènements qui se dirigent vers un individu statique (« les vacances approchent... »). La première est plus fréquente en français.

    Le temps est orienté : il coule du passé au futur. Grâce au profond sentiment de durée, l’Homme peut agir, se souvenir, imaginer, mettre en perspective… si bien que le temps lui est essentiel, et par-là… banal. Le niveau de complexité du rapport au temps est assez bien traduit par le langage, quoique imparfaitement : certaines cultures primitives ont peu de mots porteurs d’un sens temporel, et se situent essentiellement dans le présent et le passé.

    Pour les peuples anciens de Mésopotamie, par exemple, le futur est « derrière » et le passé, connu, est placé « devant ». Dès lors qu’un peuple s’intéresse à l’avenir, toutefois, cet ordre intuitif s’inverse : on attend du temps qu’il nous apporte le moment suivant. Ce qui constitue une première confusion entre temps et mouvement. La simplicité de ce rapport s’estompe rapidement : bientôt, l’homme essaye de se jouer du temps. « Perdre son temps » ou « prendre son temps », ou toutes autres expressions de quelque langue que ce soit, traduisent la volonté séculaire de gagner un contrôle sur ce temps subi. Somme toute, c’est encore d’une conception faussement spatiale qu’il s’agit : pouvoir agir sur notre flèche du temps intime, la tendre, la distordre, l’infléchir. Mais le temps reste fidèle à lui-même, et sa dimension rigide est également exploitée avec ténacité, par la quête de la mesure juste et précise.

    Quantifier, voilà une autre façon de décrire le temps qui fut engagée très tôt. Bien que privilégiée des sciences, elle n’en est pas moins source d’amalgames et de tromperie toujours renouvelées. Ainsi, compter le temps n’est pas le saisir en soi, car l’action de compter le temps, présuppose du temps.

    Quel est donc ce « vrai » temps qui mesure le temps, celui invoqué par la boutade « laisser le temps au temps » ? Cette question a laissé muettes des générations entières de penseurs ; les disciplines modernes tentent d’y répondre en exhibant un temps pluriel, physique, biologique, psychologique, mais le temps de la vérité évidente ne semble pas encore venu.

    Pour réfléchir au concept du temps, l’homme s’appuie sur son langage ; mais les mots sont trompeurs et ne nous disent pas ce qu’est le temps ! Pire, ils viennent souvent nous dicter notre pensée et l’encombrer de préjugés sémantiques. La dimension paradoxale du langage temporel n’est pas très complexe : il suffit de s’attarder sur une simple expression courante comme « le temps qui passe trop vite » pour s’en rendre compte. Cette expression désigne un temps qui s’accélérerait.

    Mais l’accélération, c’est bien encore une position (spatiale) dérivée (deux fois) par rapport au temps : voilà que resurgit le « temps-cadre » immuable ! Le temps n’est ni la durée, ni le mouvement : en clair, il n’est pas le phénomène temporel. Ce n’est pas parce que des évènements se répètent que le temps est nécessairement cyclique. Cette prise de recul, distinction entre temps et phénomène, sera relativement effective au cours de l’histoire en sciences et peut-être moins en philosophie, parfois victime des apparences sémantiques.

    Toutefois, en distinguant ainsi le temps et les évènements portés par lui surgit une dualité embarrassante : dans quelle réalité placer ces phénomènes qui surviennent, si ce n’est dans le temps lui-même ? Le sage dira, dans le « cours du temps ». Cette scène animée des phénomènes est séduisante et juste, mais il faut prendre garde au piège sémantique.

    Le cours du temps, c’est ce que beaucoup ont figuré dans leurs cahiers d’écolier par la droite fléchée : au-delà de l’amalgame trompeur avec le mouvement, il y a l’idée de la causalité, et aussi de la contrainte. Le cours du temps illustre la sensation de chronologie imposée, qui est une propriété du temps pour lui-même. Rien ici n’indique encore l’idée de changement ou de variation.

    Il s’agit véritablement d’un cadre, du Chronos, du devenir rendu possible par Kronos. L’homme, pour sa part, devient, et les phénomènes, eux, surviennent. C’est là l’affaire de la flèche du temps, qui modélise les transformations au cours du temps, ou plutôt, « au cours du cours du temps ». Elle est une propriété des phénomènes.

    Ces deux notions sont importantes et non intuitives : elles sont mélangées et brouillées par le langage en un seul et même tout, une fausse idée première du temps. La science, notamment, s’est appuyée sur elles pour édifier plusieurs visions successives du temps au fil de ses progrès.

    L’instant est le produit de la projection du présent dans la série successive des temps, c’est-à-dire que chaque instant correspond à un présent révolu. Le présent lui-même est cependant à son tour une abstraction, puisque personne ne vit un présent pur, réduit à une durée nulle. Le passé est l’accumulation, ou plutôt l’organisation des temps antérieurs, selon des rapports chronologiques (succession) et chronométriques (les durées relatives). Le futur est l’ensemble des présents à venir. Seuls les contenus à venir, les événements futurs, sont susceptibles d’être encore modifiés. C’est ce qui fait que l’avenir n’est pas encore.

    L'existence et le temps

    Pour Pascal, le temps est un terme premier qui fait l’objet d’une intuition immédiate. Les hommes expérimentent tous le temps de la même manière. Le temps est tellement lié au sentiment de notre existence que toute explication est inutile.

    Le mot « existence » désigne le fait d'être, par exemple le fait d'être d'une manière absolue, le fait d'être donné pour la perception, ou encore pour la conscience.

    L’existence s'oppose à la fois à l'essence (le « ce que c'est ») et au néant qui est sa négation.

    Peut-on finalement définir ce qu'est le temps ?

    • Il est impossible de définir le temps dans ses trois dimensions (passé, présent et avenir) ; définir le temps, ce serait dire : « le temps, c'est… ». Or, on ne peut demander ce qu'est le passé (qui n'est plus) ou l'avenir (qui n'est pas encore) : seul le présent est, mais le présent n'est pas la totalité du temps.
    • Plus qu'une chose à définir, le temps est la dimension de notre conscience, qui se reporte à partir de son présent vers l'avenir dans l'attente, vers le passé dans le souvenir et vers le présent dans l'attention (Saint Augustin).

    En quoi la conscience est-elle temporelle ?

    • Husserla montré comment la conscience est toujours conscience intime du temps. Si je regarde à l'intérieur de moi, je n'y trouve pas une identité fixe et fixée d'avance, mais une suite de perceptions sans rapport entre elles (le chaud puis le froid, le dur puis le lisse par exemple).

    C'est alors la conscience du temps qui me permet de poser mon identité : la conscience du temps me permet de comprendre que dans cette suite de perceptions, ce n'est pas moi qui change, mais c'est le temps qui s'écoule. Mon identité est donc de part en part temporelle.

    • Surtout, la perception suppose que ma conscience fasse la synthèse des différents moments perceptifs : j'identifie la table comme table en faisant la synthèse des différentes perceptions que j'en ai (vue de devant, de derrière, etc.). Or, cette synthèse est temporelle : c'est dans le temps que la conscience se rapporte à elle-même ou à autre chose qu'elle.

    Si le temps n'est pas une chose, qu'est-il ?

    • Selon Kant, le temps n'est ni une intuition(une perception), ni un concept, mais plutôt la forme même de toutes nos intuitions : cela seul explique que le temps soit partout (tout ce que nous percevons est dans le temps) et cependant nulle part (nous ne percevons jamais le temps comme tel).
    • Nous ne pouvons percevoir les choses que sous forme de temps et d'espace ; et ces formes ne sont pas déduites de la perception, parce que toute perception les suppose. La seule solution consiste donc, pour Kant, à faire du temps et de l'espace les formes pures ou a priori de toutes nos intuitions sensibles : le temps n'est pas dans les choses, il est la forme sous laquelle notre esprit perçoit nécessairement les choses.

    La solution proposée par Bergson

    • Ni le passé, ni l'avenir ne sont: seul l'instant présent existe réellement, et le temps n'est que la succession de ces instants ponctuels de l'avenir vers le passé. Quand nous essayons de comprendre le temps, nous le détruisons en en faisant une pure ponctualité privée d'être.
    • Bergson montre ainsi que notre intelligence comprend le temps à partir de l'instant ponctuel : elle le spatialise, puisque la ponctualité n'est pas une détermination temporelle, mais spatiale. Le temps serait alors la succession des instants, comme la ligne est une succession de points. Notre intelligence comprend donc le temps à partir de l'espace : comprendre le temps, c'est le détruire comme  À ce temps spatialisé, homogène et mesurable, il faut donc opposer notre vécu interne du temps ou « durée ».
    • A ce temps spatialisé, homogène et mesurable, il faut donc opposer notre vécu interne du temps ou « durée » : la durée, c'est le temps tel que nous le ressentons quand nous ne cherchons pas à le comprendre. Elle n'a pas la ponctualité abstraite du temps : dans la durée telle que nous la vivons, notre passé immédiat, notre présent et notre futur immédiat sont confondus.

    Tout geste qui s'esquisse est empreint d'un passé et gros d'un avenir : se lever, aller vers la porte et l'ouvrir, ce n'est pas pour notre vécu une succession d'instants, mais un seul et même mouvement qui mêle le passé, le présent et l'avenir. La durée n'est pas ponctuelle, elle est continue, parce que notre conscience dans son présent se rapporte toujours à son passé et se tourne déjà vers son avenir. La durée non mesurable, hétérogène et continue est donc le vrai visage du temps avant que notre intelligence ne le décompose en instants distincts.

    Sous quel signe le temps place-t-il notre existence ?

    • Non seulement le temps place notre existence sous le signe de l'irréversible, mais il éveille en nous la possibilité d'une conscience morale : je me reproche mon passé parce que je ne peux rien faire pour annuler les erreurs que j'ai commises.
    • Parce que le temps est irréversible, je crains mon avenir et je porte le poids de mon passé ; parce que mon présent sera bientôt un passé sur lequel je n'aurai aucune prise, je suis amené à me soucier de ma vie.

    Selon Heidegger, c'est même parce qu'il est de part en part un être temporel que l'homme existe.

    Les choses sont, mais seul l'homme existe (au sens étymologique) : l'homme est jeté hors de lui-même par le temps. Être temporel, ce n'est donc pas simplement être soumis au temps : c'est être projeté vers un avenir, vers du possible, avoir en permanence à se choisir et à répondre de ses choix (ce que Heidegger nomme le souci).

    Le temps fait-il de la mort notre horizon ?

    • Si je ne savais pas d'avance que je vais mourir un jour, si je n'étais pas certain de ne pas avoir tout le temps, je ne me soucierais pas de ma vie. Ce n'est donc pas la mort qui nous vient du temps, mais le temps qui nous vient de la mort [7].
    • Je ne meurs pas parce que je suis un être temporel et soumis aux lois du temps, au contraire : le temps n'existe pour moi que parce que la perspective certaine de ma mort m'invite à m'en soucier (inconscients de leur propre mort, les animaux ne connaissent pas le temps). Et comme personne ne pourra jamais mourir à ma place, personne ne pourra non plus vivre ma vie pour moi : c'est la perspective de la mort qui rend chacune de nos vies uniques et insubstituables.

    La fin des temps selon l’éthique chrétienne

    La fin des temps et la certitude de son imminence ont occupé, depuis toujours, une large place dans les espérances chrétiennes, et engendré des comportements éthiques parfois très contradictoires.

    La notion de « fin des temps » est une idée qui revient de façon récurrente dans les écrits du Nouveau Testament. 

    Les enjeux de la notion de temps

    Poser la question de ce qu’est le temps, cela semble relever à première vue d’enjeux purement théoriques. En quoi cette question se rattache-t-elle à notre existence, à notre activité pratique ?

    Quelques auteurs ont fourni des réponses si subtiles, si « abstraites » qu’il pourrait sembler que le temps est un objet de connaissance comme les autres dont on peut traiter sans se sentir engagé, impliqué dans la réponse même.

    Mais pourquoi alors le temps a-t-il été un problème fondamental de la pensée philosophique (il serait par exemple aisé de démontrer qu’il a bien plus occupé les philosophes que le problème de l’espace duquel on le rapproche souvent). Ce qu’il faut bien comprendre ici (et qui vaut pour toute réflexion philosophique), c’est qu’une « bonne » abstraction n’est pas ce qui s’oppose au concret mais ce qui donne les moyens d’en rendre compte, de l’expliquer et parfois de le modifier.

    La question du temps est bien ancrée dans des questions d’ordre « existentielles ».

    Tout d’abord, ce que chacun éprouve du temps, c’est son irréversibilité [8].

    Ce qui a eu lieu est irrévocable. Il y a déjà bien des choses dont on inverserait l’ordre qu’avec violence mais, en ce qui concerne le temps, cela est tout simplement impossible. De ceci découle la dimension profondément morale du temps. En effet, si l’acte dès qu’il est réalisé, dès qu’il tombe dans le passé (du plus immédiat au plus lointain) ne peut plus être corrigé, alors, le savoir ou le sentiment moral (selon que l’on définisse la moralité comme une science ou un sentiment) est requise afin de ne pas commettre l’irréparable. On comprend également à quel point la volonté est ici décisive.

    Quoi qu’il en soit, il n’en reste pas moins que chacun de nous aura un passé sur lequel il ne pourra rien (du moins sur les faits puisque chacun peut modifier sa relation à son propre passé), passé qui menace de faire naître le regret ou le remords.

    Comment alors procéder pour que cette irréversibilité ne conduise pas à interdire toute action, toute passivité ? Dire que c’est seulement par « inconscience » des conséquences de leurs actes que les hommes agissent est bien sûr insuffisant. Ce qu’il faut alors rechercher, c’est l’action droite, l’action morale ou plus modestement l’action appropriée à une situation.

    Si le passé échappe au contrôle de l’homme, il en va de même pour au moins une dimension du futur, cette dimension qui se situe après la mort. A ce titre, il n’est pas inintéressant de remarquer que nous sommes bien plus préoccupés par l’après de la mort que par l’avant de la naissance, alors même qu’il n’y a pas de différence entre ces deux moments du point de vue de notre existence.

    De la peur de la mort naît le désir d’immortalité. La majorité des théories de l’âme ont ainsi pensé celle-ci comme éternelle.

    Être éternel, c’est ne plus être soumis au temps et à ces vicissitudes, à la vieillesse du corps ou encore à ce qu’Aristote appelle la corruption des êtres organiques. Même si cela paraîtra évident à chacun, que le temps se laisse penser sous les trois modalités du passé, du présent et du futur, le présent ayant souvent une prééminence sur le passé qui est mémorisé et sur le futur qui est projeté.

    Comprendre les relations qu’entretiennent ces trois modalités du temps, c’est probablement comprendre ce qu’est le temps lui-même.

    Il ne me parait pas concevable de terminer cette réflexion toute provisoire sans évoquer le temps dans notre univers maçonnique.

    Le temps en Franc-maçonnerie

    Qu’entend-on par Temps maçonnique ? Est-ce celui passé en Loge ? Celui du Franc-maçon ou celui de toute sa vie entière d’initié ? Qu’en faire ? A quoi sert-il ? Comment l’occuper ? Dispenser en dehors ce que l’on enseigne à l’intérieur du Temple ? Ne plus être un Profane mais un Initié en terre profane ?

    La notion du temps est un élément très important dans la vie maçonnique. Le temps n'est pas compté. Pas de stress ! Seule l'assiduité est demandée. La Franc-maçonnerie offre le temps nécessaire à chacun pour grandir. Pour un individu, la Franc-maçonnerie sert à prendre le temps de se construire à nouveau.

    Pour le Franc-maçon, le Chantier s’ouvre à Midi et se ferme à Minuit.

    Et le reste du temps que fait-il ?

    Répondre à cette question, c’est considérer que le Franc-maçon se ménage un espace « d’heures sacrées » qui le soustraient de l’emprise de la division mathématique du temps qui rive le commun des mortels au cadran de sa montre, aux feuillets du calendrier.

    Nos Tenues nous permettent de faire une pause dans cet espace-temps profane. Un arrêt pendant lequel nous pouvons réfléchir calmement à notre action future en tirant expérience de notre vécu passé. Le rituel nous met en condition de fusionner le futur et le passé par un juste équilibre dans le présent.

    Sa signification est clairement « être présent dans le présent », c’est-à-dire être totalement en accord avec ce que nous faisons à l’instant où nous le faisons pour fusionner l’esprit, l’action et la matière sur laquelle nous travaillons. L’initié sait que le passé n’existe plus, que rien ne sert de se lamenter sur ses erreurs passées et qu’il ne faut pas appréhender l’avenir. Seul compte le moment présent pour organiser activement sa vie au lieu de laisser le temps s’écouler passivement.

    Bien sûr, comme tout un chacun, le Franc-maçon puise chaque jour les besoins de son existence dans la vie profane mais à cette différence près que le jour passé n’est pas échu et le jour à venir, inexistant.

    Il est habité par le « Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ? » Et il essaie d’y répondre à partir de sa condition d’ « éveillé par initiation » : Mystique par intuition, Philosophe qui s’ignore, Ouvrier de perfection.

    Effectivement, notre rituel nous invite à travailler dans un laps de temps théorique, symbolique, mais quelle est l’utilité de ces principes de fonctionnement s’il n’y a aucune incidence dans la vie profane ?

    Le Franc-maçon doit donc s’affairer à répercuter au-dehors, ce qu’il a acquis au-dedans et ce, en permanence, 24 heures sur 24. A quoi servirait-il de plancher sur des thèmes séduisants comme la tolérance ou le racisme par exemple, si c’est pour ne pas être sensible à ce type de valeurs dans la vie profane ?

    Le Franc-maçon construit. Il a un idéal, qui bien loin d’être atteint, reste une magnifique ambition et une direction à suivre. Son action s’accomplit donc au présent sans ignorer l’apport des devanciers mais tout en considérant l’incertitude de l’avenir.

    Sa conception du temps ne découle pas de la pensée néo-platonicienne :

    • l’éternité, siège de l’intelligence de l’Un,
    • le temps primordial, expliqué par la perpétuelle évolution de l’Âme du monde,
    • le temps physique, basé sur le mouvement des êtres sensibles ;

    ni de la pensée contemporaine :

    • le temps aboli du new-Age,
    • le temps irréversible des astronomes,
    • le temps réversible de la physique quantique et relativiste.

    Alors que peut-on dire du temps ? Le passé est dépassé ; quant au futur, il n’est pas encore advenu. Quand on se souvient des choses ou des personnes passées, la réalité est souvent déformée, idéalisée. Le futur lui, est souvent envisagé avec espoir ou angoisse et donc ne représente pas encore la réalité. Le temps semble être à la fois ce qui fait durer les choses et ce qui fait que rien ne demeure définitivement. Seul le temps présent est objectif, réel et dans lequel on peut agir. Le temps est ce par quoi les choses persistent à être présentes ; mais il est aussi ce renouvellement du présent.

    Lors de chaque Tenue, nous évoquons souvent la notion de temps : nous ouvrons et nous refermons les Travaux. Il y a le temps du Travail et le temps du repos. Entre Ouverture et Fermeture des Travaux se situe le Temps sacré, renouvelé à chaque Tenue. Il est l’image même de cette organisation et déstructuration qu’est celle de l’Univers, et de l’Homme.

    Tout comme les dimensions du Temple sont sans limites réelles, de même nos références chronologiques se situent en dehors du temps profane. C’est ainsi que les Ouvriers que nous sommes travaillent allégoriquement de Midi à Minuit.

    Lorsque le Franc-maçon entend « Il est Minuit ! », c’est l’heure de terminer les Travaux, qui ont commencé à Midi. Pourquoi commencer à Midi et terminer à Minuit, dans une culture moderne de loisirs et d’horaires variables? L’explication historique venant à l’esprit est simple. Les rites maçonniques sont des rites solaires. Midi est l’heure où le mouvement visible du Soleil est suspendu. C’est aussi le moment qui ne varie pas, par rapport au lever et au coucher du Soleil qui se déplace au fil des jours.

    En passant, il faut remarquer que Midi est le moment où l’ombre portée par le corps est minimale ; c’est donc le temps de l’illumination maximale. Quant à Minuit, dans la mesure où le monde profane est celui des Ténèbres, en tout cas par opposition à la Lumière à laquelle accède l’Initié, il est normal que le retour à ce monde profane se fasse à l’heure où règne l’ombre absolue.

    Midi marque le passage symbolique du profane au sacré, et Minuit, le retour au profane. Un temps est aussi nécessaire à notre construction… 

    Notre âge maçonnique nous déconnecte du monde profane et contribue à l’aspect intemporel de la Maçonnerie.

    Le temps en Loge est au-delà du temps. La Loge est une représentation du cosmos, dans l’espace et le temps universels. Dans le Temple, espace sacré, c’est le rituel qui nous plonge dans ce temps mythique. Par sa tradition initiatique et symbolique, la Loge nous permet de prendre la juste mesure du temps grâce aux outils. Le rite sacralise le Temple et le temps, entre la découverte et le recouvrement du Tableau de Loge.

    En tête de chaque planche tracée de notre Frère Secrétaire, une date est donnée dans laquelle les jours et les mois sont indiqués en quantièmes (ex : le 21ème jour du 1er mois de l’an 6014). C’est pour lui une façon de nous situer dans une année de « Vraie Lumière ». 

    Rappelons que les deux Saint-Jean, fêtes reprenant de très anciennes traditions, sont placées aux deux solstices. Alors, le temps maçonnique? Dans certaines Loges, le Cabinet de Réflexion propose au Néophyte un certain nombre de maximes et d’axiomes. Parmi ceux-ci, venus du tréfonds des âges sous des formes différentes selon les penseurs, il en est une qui trouve bien sa place dans cette recherche à propos du temps : « Travaille comme si tu devais atteindre cent ans, et prie comme si c’était ton dernier jour ! ».

    En Tenue nous partageons aussi un temps important : c’est le temps de parole. Il faut savoir attendre, réfléchir, ne pas se précipiter : autant de gages de bonne gestion du temps.

    Professionnellement et spirituellement en prise avec les urgences du présent, le Franc-maçon considère que le passé est constitué des strates de l’expérience humaine dans lesquels il ira puiser des réponses à ses urgences. Encombré de projets (perspectives, projections, prédictions …etc.), il considère que l’avenir se joue sur des probabilités et que, de tous les projets, un seul est viable à ses yeux : mieux habiter le présent.

    Alors que le Profane remet souvent son action à demain, le Franc-maçon prend conscience qu’il est l’heure d’agir et de prendre en main son destin, car bientôt il sera Minuit. Nous ne serons pas satisfaits à l’heure de notre mort. Si nous avons le sentiment de ne pas avoir accompli notre devoir dans le temps qui nous était imparti. Que restera-t-il de nous après être passé à l’Orient Eternel, si ce n’est l’empreinte de nos actes?

    Ce qui nous fait dire que le temps maçonnique n’est pas seulement constitué de « l‘espace d’heures » occupées par le Franc-maçon en Loge, mais aussi du reste de la journée pendant lequel il s’affaire à répercuter au-dehors, ce qu’il a acquis au-dedans. N’est-on pas Maçon toute sa vie ? Chaque jour et à chaque heure du jour ?

    Le temps reste le temps, surtout présent, et on peut le qualifier de « maçonnique » parce que nous avons été initié. Le Franc-maçon doit répondre à tous ses engagements et responsabilités dans ses deux vies totalement liées et qui semblent indissociables. Le temps maçonnique ne serait-il donc pas un éternel présent consigné dans les Tracés des Loges, manuscrits relatant les moments riches de la Franc-maçonnerie intra et extramuros ?

    Pour conclure, du moins provisoirement

    Par définition, le temps humain est fini, et le temps divin infini, ou plutôt, il est la négation du temps, l’illimité. L’un est le siècle, l’autre l’éternité. Il n’existe donc entre eux aucune commune mesure possible. Cette différence de nature, que l’intelligence ne peut normalement concevoir, trouve son contrepoids dans l’intensité d’une vie intérieure, non dans un prolongement indéfini de la durée : sortir du temps, c’est sortir totalement de l’ordre cosmique, pour entrer dans un autre ordre, un autre univers. Le temps est indissolublement lié à l’espace.

    La vie profane est marquée par deux dates rapprochées et qui paraissent en même temps très éloignées : le 31 décembre et le 1er janvier. La première est censée marquer la fin d'une période qui serait définitivement derrière soi, alors que la deuxième signifierait le début d'une nouvelle ère pleine d'espoir et de réjouissances. Si nous penons la peine d'y réfléchir quelque peu, les festivités qui marquent ce non-événement ne sont-elles pas vides de sens et ne ressemblent-elles pas davantage à une fuite en avant qu'à une prise de conscience du temps qui passe ?

    Ces deux dates sont en effet tout ce qu’il y a de plus artificiel. Elles ne correspondent à rien de naturel, au sens propre du mot, ni à rien de symbolique. Ce n'est pas un hasard si les Francs-maçons rythment leur temps selon la cadence des saisons. Les fêtes solsticiales, que nous appelons Fêtes de saint Jean, correspondent au rythme naturel du temps, à la Lumière qui diminue puis se fait plus forte, au temps nécessaire au repos et à la méditation qui précèdera le temps de l'action et de l'effort.

    Dans un temps pas si éloigné que cela, les fêtes de la Saint-Jean étaient l'occasion de réjouissances très marquées dans les campagnes où l'on allumait de grands feux. Dans sa simplicité, le monde rural avait compris l'essentiel sur le temps qui passe et qui se déroule comme un fleuve sans fin. Nous sommes comparables à des navigateurs qui dirigent leur embarcation au milieu du cours. Nous nous approchons quelques fois de la gauche ou de la droite du fleuve, mais nous ne pouvons que suivre son cours sans jamais parvenir à le remonter.

    N’est-il pas temps de revenir à l'essentiel et de nous affranchir des chaînes matérialistes qui nous privent de liberté ? Les fêtes et les réjouissances sont certes indispensables à l'Homme. Il y a tant de raisons de nous réjouir tous ensemble, pour autant que chacun veuille bien retrouver l’autre, l'écouter et le comprendre. Cela vaut-il réellement la peine de chercher des prétextes futiles pour faire semblant de se réjouir ?

    R:. F:. A. B.

     

    « O temps ! suspens ton vol, et vous, heures propices,
    Suspendez votre cours :
    Laissez-nous savourer les rapides délices
    Des plus beaux de nos jours !

     

    [1] Le cadran solaire est considéré comme un des tout premiers objets utilisés par l’homme pour mesurer l’écoulement du temps. La première « horloge », le gnomon, une sorte de cadran solaire rudimentaire, fut créée au 3ème millénaire avant J.-C. Le cadran solaire le plus ancien est égyptien et date de 1500 avant J.-C. Ce système est connu dans toutes les civilisations mais il est imprécis. 

    [2] Une clepsydre (étymologiquement, il s’agit d’une voleuse d’eau), inventée par le grec Ctésibios, est un récipient percé dont de l’eau s’écoule. À l’intérieur du récipient, des graduations permettent de mesurer des intervalles de temps. L’heure était indiquée par le niveau d’un flotteur.

    Parties d’Égypte, en – 1530, les clepsydres se sont répandues chez les Grecs à partir de la seconde moitié du 5ème siècle avant J-C puis chez les Romains en 159 avant J-C. C’est le cadran solaire qui a été utilisé pour les graduer.

    Ces horloges à eau furent les premiers réveils : elles étaient utilisées dans les monastères pour déclencher une sonnerie aux heures de prière. Les Grecs et les Romains l’utilisaient pour limiter le temps de parole dans les tribunaux ou pour limiter des horaires dans les règlements concernant les services publics.

    Elle fut maintes fois perfectionnée jusqu’au 18ème siècle pour donner naissance à de véritables horloges à eau.

    [3] Le sablier était peu pratique pour mesurer des longues durées car il fallait le retourner souvent. Le bulbe rempli de sable qui était constitué de coquilles d’œufs pulvérisées (car utiliser du vrai sable était trop grossier), est placée en haut et par l’effet de la gravité, le sable s’écoule lentement et régulièrement dans l’autre. Une fois que tout le sable est dans le bulbe du bas, on peut retourner le sablier pour mesurer une autre période de temps. Il est fiable, précis et peu coûteux ; c’est l’instrument le plus répandu du 14ème au 18ème siècle. Il est utilisé essentiellement pour des durées courtes (pour des fractions d’heures). Le premier sablier apparaît vers l’an 1000, la légende raconte qu’ils ont été inventés afin de limiter le temps de parole des orateurs trop bavards.

    [4] (Livre XI. Paragraphe: XIV, XVIII, XX)

    [5] Le déroulement du temps y est logique d'après le point de vue humain, car linéaire, unidirectionnel.

    [6] Du grec hexa : six et hhêmera : jour.

    [7] Cf. Heidegger.

    [8] cf. Jankélévitch

    Bibliographie

    Augustin d'Hippone - La Cité de Dieu - Tome 14

    Traduction d’Isabelle Koch - Essai (broché)

    Edité par Cécile Defaut en 2012

     

    Bergson Henri

    Essai sur les données immédiates de la conscience

    Editions F. Alcan, Paris, 1889

     

    Bergson Henri

    Matière et mémoire

    Essai sur la relation du corps à l'esprit 1896

     

    Bergson

    L’Évolution créatrice

    1907

     

    Camus Albert

    Le mythe de Sisyphe

    Essai sur l’absurde

    Éditions Gallimard, Paris, 1942

     

    Gilson Etienne

    L'être et l'essence

    Editions Vrin, « Bibliothèque des Textes Philosophiques », 1994

     

    Hegel

    Encyclopédie des sciences philosophiques

    La science de la logique – Tome 1

    Traduction de Bernard Bourgeois

    Heidelberg, 1817

    Editions Vrin,‎ 1986

     

    Heidegger Martin

    Être et temps

    Traduction par Emmanuel Martineau

    Authentica, hors commerce, 1985 (épuisé)

     

    Husserl Edmund

    Méditations cartésiennes

    Sous-titré « Introduction à la phénoménologie »

    Editions Vrin, 1947 - Editions de Poche 1992

     

    Husserl Edmund

    Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps

    Editions des Presses universitaires de France, 1996

     

    Jankélévitch Vladimir

    L’irréversible et la nostalgie

    Collection : Champs Essais

    Editions Flammarion, 2011

     

    Kant Emmanuel

    Critique de la raison pure

    Editions des Presses universitaires de France, 2001

     

    Leibniz Gottfried

    Opuscules philosophiques choisis

    De la production originelle des choses prise à la racine

    « Bibliothèque des Textes Philosophiques – Poche », 2001

     

    Levy-Bruhl Lucien

    La mentalité primitive 

    Editions Félix Alcan, Paris, 1922

     

    Merleau-Ponty Maurice

    Phénoménologie de la perception

    Editions Gallimard, Paris, 1945

     

    Mircea Eliade

    Le Mythe de l'éternel retour. Archétypes et répétition

    Traduit du roumain par Jean Gouillard et Jacques Soucasse

    Editions, Gallimard, « Les Essais », Paris, 1949

    Nouvelle édition revue et augmentée - « Idées », 1969

     

    Nietzsche Friedrich

    Le gai savoir

    Traduit par Patrick Wotling

    Editions Flammarion, 1998 – Réédition de 2007

     

    Platon

    Timée

    Traduction, notices et notes par Émile Chambry

    La Bibliothèque électronique du Québec. Collection Philosophie

     

    Saint Augustin

    Confessions 

    Introduction et commentaire par Jean-Claude Fraisse

    Philosophie, 1989

     

    Spinoza Baruch 

    Éthique

    Folio, Collection Folio Essais, 1994

     


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