• * Au travail !

    Au travail !

     

    Introduction.

    Quelques instants avant que ne débute toute Tenue, le Maître des Cérémonies a souvent pour première tâche de nous indiquer que le Vénérable Maître nous appelle au travail.

    A part le fait de revêtir nos « décors », combien d’entre nous se pénètrent-ils de la nécessité d’avoir dès cet instant une attitude propice au Travail (maçonnique) ? Entrons-nous bruyamment dans la Loge ou nous mettons-nous « en condition » en observant déjà le silence indispensable à la méditation, au travail sur soi ?

    Et lorsque le Vénérable Maître nous invite à prendre place sur les Colonnes, adoptons-nous une posture d’équerre, une réelle droiture dans notre attitude… ? Ou préférons-nous croiser les bras et les jambes tels des grévistes en attente d’une augmentation de salaire ?

    A force d’observer tant d’attitudes profanes sur les Colonnes, il m’a semblé utile de réfléchir davantage à cette notion de travail et de partager le fruit de mes recherches et de mes réflexions à propos de cette notion de « travail » en Franc-maçonnerie et subséquemment quant à notre attitude face au travail.

    Mais le travail n’est pas le propre de la Franc-maçonnerie. Dans la vie profane, pour vivre et survivre, le travail est généralement indispensable, à moins d’être particulièrement fortuné !

     

    Le travail profane.

    Rappelons les grands traits du travail profane : nous avons, pratiquement tous, l’obligation de travailler pour des raisons matérielles, pour acquérir une indépendance, valoriser notre épanouissement personnel par toutes formes d’activités comme la culture, le sport, les loisirs, la religion, satisfaire nos ambitions personnelles et notre besoin d’atteindre des objectifs, des défis personnels.

    Le travail seul n’amène pas de grandes satisfactions, mais plus souvent des frustrations.

    Tous les hommes, Profanes ou Maçons, ont besoin de travailler pour subsister pour ne pas disparaître. Ils doivent se nourrir d’aliments pour grandir, mais également se nourrir de spiritualité pour s’approprier des valeurs nouvelles et développer celles qu’ils possèdent déjà en eux.

    Le travail est un devoir naturel. Le travail nourrit l’homme et sa famille, procure la santé et le bonheur. Mais il apparaît à l’homme comme le résultat d’une punition : car on passe de l’oisiveté à l’obligation de gagner son pain à la sueur de son front.

    Le travail librement accepté, comme le bricolage, le jardinage, les activités associatives, démontre une recherche de satisfaction personnelle, de reconnaissance et de communications avec les autres. Le travail bien adapté à chacun selon ses propres capacités, effectué avec amour, permet par nature à l’homme d’être reconnu et de s’élever.

    Le travail intellectuel permet, lui, de perfectionner la condition humaine pour la rendre le plus proche possible de la morale idéale.

    L’homme ne peut accomplir les gestes les plus ordinaires sans mettre à contribution le travail d’autrui. Notre propre travail représente en retour le paiement d’une dette contractée en profitant du travail des autres.

     

    Notre attitude face au Travail en Loge.

    Notre arrivée en Franc-maçonnerie nous fait généralement prendre conscience qu’il y a d’autres moyens pour trouver un épanouissement personnel que la valeur travail au sens matériel. C’est la dimension spirituelle que nous donnons à notre vie.

    Quel que soit son âge, le Franc-maçon est un artisan, un artisan qui porte un tablier  assimilant le travail manuel au travail intellectuel, celui de sa propre construction. Il se joint à ses Frères dans un endroit précis pour y travailler.

    Mais ne conviendrait-il pas d’adopter une meilleure attitude face au travail en Loge ? Ne devrions-nous pas songer à nous mettre « en condition » quand nous allons entrer en Loge : cesser toute conversation ; penser à la manière dont nous allons prendre place sur notre chaise (en plaçant une équerre virtuelle au niveau du bassin, des genoux, des pieds… ; en posant nos mains sur nos genoux ; en faisant passer virtuellement le Fil à plomb au niveau de la nuque et des jambes) ?

    Le Franc-maçon me semble alors en bonne condition pour apprivoiser son corps, pour ouvrir son esprit, pour être réceptif aux rituels. Par la répétition assidue du rituel d’Ouverture des Travaux essentiellement, l’Apprenti est conduit à assimiler des techniques du corps par ses facultés à imiter et à répéter. Il n’y a pas de progrès moral sans un travail sur son corps, sur son comportement, son attitude, c'est-à-dire sans progrès corporel. L’esprit ou le corps demandent un entretien constant des techniques de soi.

    Certes, cette attitude suggérée ci-dessus n’est pas des plus confortables, mais c’est une position propice au travail, pas à la grève !

     

    Que venons-nous réellement faire en Loge ?

    Dans une planche précédente, j’’avais déjà tenté d’apporter des éléments de réponse à cette question. (Voir la planche intitulée « Que venons-nous faire en Loge ? » - Lien URL)

    J’en rappelle les principales pistes de réflexion.

    Combattre nos vices et faire des progrès dans la Franc-maçonnerie : telles sont, rituellement, les raisons pour lesquelles nous sommes en Loge. Cela signifie d'abord que le Franc-maçon sait qu'il a des défauts et des faiblesses qu'il doit corriger. Il éprouve donc le besoin de s'améliorer. Pour cela, il doit prendre conscience de ses défauts, s'efforcer de les combattre et de devenir meilleur en travaillant sur lui-même au moyen des outils symboliques que la Loge met à sa disposition.

    Le devoir d'un Franc-maçon n’est-il pas de fuir les vices et de pratiquer les vertus en préférant à toutes choses la Justice et la Vérité ? Et c'est dans la Loge que nous, Francs-maçons, effectuons ce travail. Pour cela, nous devons être assidus et persévérants, participer aux Travaux en Loge et apporter notre modeste contribution chaque fois que cela est possible. La présence en Loge est nécessaire ; elle est même indispensable, mais elle n'est pas suffisante. Par son travail, chacun de nous doit devenir « une colonne vivante du Temple ».

    Le Franc-maçon doit d'abord travailler pour son propre perfectionnement. Il doit également persister sans relâche dans la recherche de la Vérité, en étant toujours plus exigeant vis-à-vis de lui-même et tolérant à l’égard de ses Frères. Cela veut donc dire qu'avant d'envisager toute action sociale, le Franc-maçon doit entreprendre une action individuelle.

    Le travail est la notion-clé de la Franc-maçonnerie puisqu’elle le sacralise. Le Frère s'y voue corps et âme. Pour les Francs-maçons que nous sommes, le travail est avant tout un moyen de perfectionnement, un instrument pour la recherche de la Vérité.

    Souvenons-nous de cette autre planche à propos de ce qui se passait avant la Maçonnerie spéculative. (Voir la planche intitulée « Avant les loges spéculatives » - Lien URL)

     

    Le travail des maçons opératifs au Moyen-Âge.

    Les Maçons réguliers ont coutume de qualifier d’« opératives » les origines de la Franc-maçonnerie moderne, c’est-à-dire en rapport avec les métiers de la construction. La Franc-maçonnerie actuelle est dite « spéculative », c’est dire que les valeurs opératives ont été assimilées pour pouvoir s’appliquer à toutes les professions, à tous les types de métiers qu’ils soient manuels ou intellectuels. Dans nos rituels et traditions nous pouvons retrouver des traces de ces anciennes valeurs des maçons opératifs, le plus souvent bâtisseurs de cathédrales mais aussi de monastères et d’ouvrages civils.

    Au temps de la franc-maçonnerie opérative, le rayonnement du travail du maçon dans le monde profane était assez évident et bien visible car ses ouvrages dominaient la ville par leur majesté : une cathédrale, un château, un pont...

    L’objectif de la présente planche est d’essayer de montrer que le Franc-maçon spéculatif contemporain est aussi capable d’un rayonnement dans le monde profane et que ce rayonnement peut prendre appui sur le travail réalisé en Loge. Je tenterai également de montrer qu’il n’y a pas de rupture entre le monde maçonnique et le monde profane et que la véritable pratique de la Maçonnerie ne s’effectue pas qu’en Loge mais aussi et peut-être même surtout à l’extérieur de la Loge, dans la vie de tous les jours.

    Opératif d'abord, avec les constructeurs de cathédrales, puis spéculatif depuis Anderson, le travail du Franc-maçon est d’abord rituel et intellectuel avant d’être social et s'effectue essentiellement en Loge mais aussi à l'extérieur.

    Par ses recherches, le Frère s'interroge sur la vie extérieure et sur sa vie intérieure. En tant qu'élément d'un ensemble, son but est à la fois son propre progrès et celui de la société.

    Travailler, c'est mettre en œuvre, c'est édifier (au sens maçonnique). Et cela demande un travail constant. Et c'est pourquoi les Frères n'aspirent pas au repos.

    Travailler ne signifie point s'agiter beaucoup, en dépensant brutalement ses forces.

    Examinons dès lors le travail comme nous pouvons le percevoir dans la formation du Maître Maçon.

    Dans nos Loges, le travail est au centre de l’enseignement maçonnique. Cet attachement des Maçons au travail apparaît à plusieurs endroits dans nos rituels :

    • N’affirme-t-on pas qu’il est nécessaire de « Travailler sans relâche à notre perfectionnement intellectuel et moral » ?
    • Les Francs-maçons ne considèrent-ils pas « le travail comme le devoir primordial de l’être humain et l’honorent sous toutes les formes » ?

    Ce travail doit être mené avec méthode. Comme un certain rituel nous le rappelle, « La règle à 24 divisions symbolise la journée du maçon, dont toutes les heures doivent être utilement employées ; la laie permet de réduire les aspérités de la pierre brute, symbolise la volonté de perfectionnement qui doit nous animer ; enfin, le ciseau activé par le maillet, qui vient parfaire l’œuvre, en rendant la pierre tout à fait conforme à son emploi, symbolise la méthode maçonnique ».

    Le Travail en Loge s’opère entre l’Ouverture et la Fermeture des Travaux, symboliquement entre midi et minuit, ce qui correspond à l’espace-temps que nous devons consacrer à notre Travail. Néanmoins, le symbole représenté par la Règle à 24 divisions nous rappelle que notre travail de Franc-maçon ne s'arrête pas aux 12 heures consacrées au Travail en Loge, mais bien aux 24 heures de chaque journée.

    Il s’agit donc initialement d’un travail sur soi-même, un travail qui a une utilité et une finalité. Ne perdons pas de vue cette définition de la Franc-maçonnerie : « une alliance universelle d’hommes éclairés, groupés pour travailler en commun au perfectionnement intellectuel et moral de l’humanité ». Relevons-y les termes « perfectionnement intellectuel et moral ».

    La Franc-maçonnerie nous impose une méthode initiatique de Travail en Loge, mais avant tout, elle nous assigne un but : celui d‘extérioriser hors de la Loge ce que nous y apprenons lors des Tenues. Cela signifie que le Travail en Loge doit enrichir chaque Frère afin que nous soyons à même de pouvoir agir dans la société grâce au travail effectué en Loge. Sans cette perspective, le Travail en Loge deviendrait stérile. Préparer les Frères de l’Atelier à extérioriser notre méthode maçonnique est le devoir et le but de tout réel Travail en Loge. Cela est certes d’une grande exigence, mais la Franc-maçonnerie, sans cette perspective, ne serviraient à rien.

     

    Le Travail en Loge est d’abord une démarche intellectuelle.

    Apprendre à mieux penser est l'enjeu majeur du travail au sein de nos Loges. En son sein, et dans le cadre occasionnel de la présentation de planches, de « Morceaux d’architecture », il s'agit d'exposer une pensée individuelle à une collectivité, de soumettre une réflexion construite à la discussion. Il s'agit donc de passer du travail individuel, introspectif, à un travail collectif.

    Cette démarche intellectuelle se caractérise par :

    • la pratique de l’introspection (le silence de l’Apprenti, la réception de la convocation qui nous permet de nous préparer à entendre toute intervention en Loge et notamment en se posant des questions à propos du sujet annoncé) ;
    • le rituel qui nous permet de nous mettre dans un état de réception pour commencer mais aussi pour finir le Travail en Loge ;
    • les symboles de la Loge qui sont autant de sollicitations pour notre imagination, notre intuition, notre réflexion ;
    • les travaux réalisés en Loge, les planches accompagnant les demandes d’augmentation de salaire, c’est-à-dire l’avancement dans les grades, les travaux des Frères conférenciers (planches, morceaux d’architecture).

    Dans tous ces cas, le Travail en Loge n’est que l’aboutissement du travail réalisé en dehors de la Loge pour le préparer. Il nécessite un sérieux effort personnel en amont, sans lequel la fréquentation de la Loge ne présenterait que peu d’intérêt.

     

    Le travail préparatoire avant les Tenues.

    Le travail préparatoire est tout aussi important pour la qualité du Travail en Loge qui sera mené. La préparation de planches de qualité est la condition sine qua non à l'épanouissement de chacun. C'est ainsi que le pré-travail en Loge fait partie intégrante du travail de chaque Maçon. 

     

    Le travail est une démarche morale.

    Le Travail maçonnique doit se faire dans un esprit d’ouverture. Une phrase du rituel nous y incite : « Que la Concorde, la fraternité et la charité guident nos pas et nos œuvres ! ».

    Comme dans toute démarche de nature spirituelle, nous ne devons pas porter de jugement sur les autres. Nous devrions simplement être suffisamment ouverts pour recevoir et assimiler. Ce n’est que dans cet état d’esprit qu’il nous est possible de construire cette entité harmonieuse que nous appelons « la Loge ». Cela ne signifie pas que nous devons abandonner notre propre personnalité, notre propre intérêt, notre propre recherche qui, de fait, ne peuvent pas être partagés… mais nous allons pouvoir trouver dans l’écoute des autres, dans leurs expériences… de nouveaux axes de recherches, d’études, de découvertes qui vont nous permettre de progresser. Aussi longtemps que l’apport de chacun des frères sera positif, il y aura un véritable intérêt à participer aux Tenues.

     

    La fréquentation assidue des Tenues devient une source d’enrichissements constants et progressifs :

    • sur le plan humain car il est permis de rencontrer des hommes d’exception toujours dans des domaines différents ;
    • sur le plan initiatique car la Franc-maçonnerie permet de faire le lien entre les différents courants d’éducation, de spiritualité, de pratique, de croyance… en fonction des origines, des passés, des attirances, des recherches… des participants afin de découvrir que la gloire du bel ouvrage est largement partagé ;
    • sur le plan spirituel car notre symbolisme du travail nous permet de prendre conscience qu’il n’y a pas de séparation entre le matériel et le spirituel, entre le spéculatif et l’opératif et que notre véritable épanouissement est certainement dans le bien faire quotidien.

     

    Prendre son temps en Maçonnerie est essentiel pour différentes raisons :

    • La Franc-maçonnerie est une voie de connaissance par opposition aux voies mystiques et il nous faut du temps pour apprendre.
    • La Franc-maçonnerie fait partie des priorités dans la conduite de notre vie :
      • La première priorité consiste à préserver notre santé car sans elle rien n’est possible ;
      • La seconde priorité concerne notre travail car il est l’élément indispensable à la vie sociale ;
      • La troisième priorité est en liaison avec notre famille et le respect de nos responsabilités et engagements envers ses membres ;
      • Enfin, la Maçonnerie fait partie du reste, et il nous faut la traiter comme telle et ne pas s’engager plus avant si les priorités précédentes ne sont pas couvertes.
    • La Franc-maçonnerie est un lieu d’expérimentation exceptionnelle où nous avons l’opportunité de tester de multiples facettes de nos capacités. Lors de l’installation du collège des Officiers Dignitaires de la Loge, chacun d’eux reçoit une charge, une fonction, une véritable mission. Toutes les fonctions se retrouvent dans la direction d’une entreprise du monde profane. Les pratiquer en Maçonnerie permet au préalable d’en mesurer les composants, les difficultés, les avantages en fonction de sa propre personnalité et de ses propres dispositions naturelles. La Franc-maçonnerie est, en ce sens, un lieu unique de formation et d’expérimentation des relations sociales et professionnelles.
    • L’expérience maçonnique peut et doit aussi être négative. Nous aurons dans notre vie maçonnique à rencontrer de mauvais frères, de faux frères, des Vénérables Maîtres ou des Surveillants tyranniques, dilettantes, incapables… Nous aurons des frustrations quant à nos augmentations de salaires, nos nominations à tel ou tel poste… Tout cela constitue des expériences négatives si nous ne les acceptons pas et des expériences positives si nous les acceptons. Quelle est la valeur de notre petit moi par rapport à la vie de la Loge, de la société, de l’univers ? Ces désagréments doivent nous permettre de dépasser nos propres restrictions et limites et nous permettre d’évoluer dans un contexte plus large dont nous n’avons pas la maîtrise.

    Vue ainsi, la Franc-maçonnerie n’est-elle pas un bon enseignement pour la conduite de notre vie ? Ne favorise-t-elle pas l’esprit de découverte ?

     

    Le travail nous permet une expérimentation sociétale.

    Le symbolisme nous oblige à sortir de ses cadres de référence, comme une nouvelle naissance, c’est-à-dire à reprendre l’esprit de découverte de notre enfance pour voir le monde différemment et non pas au travers des archétypes que l’éducation, la culture et la société nous ont inculqués.

    Retrouver l’esprit de découverte, n’est-ce pas prendre conscience que nous sommes capables de penser, d’appréhender, de juger par nous-même sans faire référence aux autres ? Cela veut dire que nous sommes devenus autonomes donc adultes. Sans cette liberté d’agir, nous vivrions encore dans des huttes et nous ne disserterions pas de Franc-maçonnerie en ce moment. 

    Cette liberté de créer est comme la trace de l’impulsion initiale donnée au vivant. Cette liberté, utilisée avec un sens moral dans le monde profane, fait effectivement progresser l’humanité. Elle s’inscrit dans la tradition pour faire évoluer la tradition. Une tradition qui n’évolue pas entraîne la mort des entités qui s’y rattachent.

     

    Le Travail maçonnique nous offre des moments de concentration.

    Le rituel d’Ouverture des Travaux nous permet de passer du monde profane au monde maçonnique. C’est un élément de rupture qui apaise la production de pensée et favorise la concentration. La participation aux cérémonies (Initiation, augmentation de salaire, Élévation…), l’écoute des planches du jour, les déambulations en Loge avec leurs formalismes… sont autant d’exercices de concentration qui incitent à «être présent dans le présent».

    Bien faire ce que nous faisons, complètement et sans restriction, constitue, à mon sens, une démarche spirituelle qui n’est liée ni aux dogmes, ni aux croyances, mais uniquement à l’expérience. C’est la grande expérience de la Franc-maçonnerie.

     

    Le Travail maçonnique.

    La voie qui mène à la Lumière, à la Vérité, nous est ouverte, mais nous n’y accédons pas par le simple fait de revêtir un cordon, un tablier et une paire de gants blancs à l’entrée de la Loge. Ce n’est ni un droit, ni une faculté que les membres de notre Ordre acquièrent par le paiement de leur seule cotisation mais c’est le fruit d’un réel effort. L’accession à la Lumière n’est en effet pas un dû mais une récompense légitime à un processus dans lequel nous nous sommes engagés aux côtés de nos Frères sur la voie de l’Initiation.

    C’est un mécanisme psychique, spirituel mais sans doute aussi physique afin qu’enfin, comme lors de notre Chaîne d’Union, loin de tout souci matériel s’ouvre pour nous le vaste domaine de la pensée et de la spiritualité, faisant que la Vie n’est rien, la mort non plus, puisque seul le Travail est quelque chose : il justifie l’un et ennoblit l’autre. C’est cela le Travail maçonnique !

     

    L’assiduité.

    L’assiduité aux Travaux de Loge est une des premières vertus en Maçonnerie. Elle est indispensable compte tenu de l’importance du vécu en Loge.

    Nul ne peut devenir Maçon s’il n’est assidu, car c’est par le travail qu’on devient Maçon, comme dans le monde profane où c’est à l’école de l’apprentissage où l’on apprend son métier, chacun selon ses capacités matérielles et mentales.

    Pour œuvrer à l’amélioration spirituelle de la société, pour réaliser nos intentions de Francs-maçons, notre démarche peut être orientée selon six axes bien distincts, chaque axe pouvant être développé par chaque Frère, selon le temps et ses propres intérêts, toujours dans le cadre de l’Initiation.

     

    Le premier axe du travail est l’aspect fraternel, celui qui repose sur la tolérance d’autrui.

    Etre tolérant, c’est d’abord  l'être avec soi-même ; c’est savoir que chacun a des opinions, des avis, des idées propres à soi et quelquefois, pour ne pas dire le plus souvent, des idées différentes des autres. Cela peut poser un problème personnel si quelqu’un n’est pas suffisamment tolérant avec ses propres idées. C’est la première des tolérances.

    Ensuite c’est d’être tolérant avec l’autre, avec les autres Frères. C’est la seule façon de permettre d’abord à l’autre d’être lui-même, de lui accorder le droit à la liberté de conscience, de lui donner la possibilité de vous apporter quelque chose de différent, de vous enrichir, de vous donner une idée de plus, une idée différente, qui puisse vous faire évoluer, … grandir.

    Etre tolérant avec l’autre, c’est l’accepter comme il est, c’est lui permettre de le laisser s’exprimer complètement, profondément, même et surtout si on n’est pas d’accord avec ses idées ; c’est mieux l’observer, mieux le laisser vivre, lui offrir la possibilité d’évoluer… à lui aussi, comme à nous d’ailleurs, bref, c’est  mieux le comprendre, c’est donc l’aimer. 

    Dans notre recherche du perfectionnement, il est important de trouver un ensemble de personnes sur le même chemin pour échanger ses expériences, se soutenir les uns les autres et expérimenter les vertus de la tolérance. C'est pourquoi la Franc-maçonnerie est une fraternité à la fois comme conséquence de ce travail en commun et comme moyen d'avancer chacun sur sa route. Cette fraternité est le lien profond qui nous unit aux autres hommes, qu'ils soient Francs-maçons ou non.

     

    Le deuxième axe du travail est l’étude du symbolisme, la pratique du rituel.

    Pour améliorer le travail des Frères, il est utile d’étudier non seulement les symboles maçonniques, mais aussi de rechercher comment fonctionne le langage des symboles et comment le rituel agit sur l’Initié. L’étude des symboles eux-mêmes, la recherche sur leur interprétation et la quête intellectuelle de leur signification, est utile mais tout cela ne fait pas un Initié.

    Pour bien pratiquer la Maçonnerie, il faut donc avoir tous ses sens en éveil. Si l’on veut que le symbolisme initiatique remplisse son rôle, agisse efficacement, deux conditions sont nécessaires. D’une part, il faut en Loge que les Frères soient à l’écoute avec tout leur être, à la fois concentrés et sereins.

    L’ouverture au monde des symboles facilite l’écoute de soi-même et la compréhension des événements de notre vie. En Loge, le travail mérite de faire une large place au symbolisme, non seulement par la pratique des rituels, mais aussi par une instruction sérieuse des Frères de tous les grades. L’étude du symbolisme devrait naturellement porter sur les différents symboles propres à la Franc-maçonnerie ainsi que sur les rituels, en s’efforçant d’en dégager le sens profond et d’en tirer un message concret pour les Frères.

     

    Le troisième axe, à savoir le travail au progrès de l’humanité, c’est la dimension sociale.

    Notre devoir de Franc-maçon est aussi d’agir dans le monde profane. En poursuivant l’accomplissement de notre travail au-delà des limites de la Loge, l’homme nouveau, ou tout au moins transformé, doit rayonner dans la société civile en pratiquant au dehors les vertus d’une reconnaissance équitable du travail, d’une reconnaissance de la place de chacun dans l’édifice social qui puisse être apaisante, fraternelle, constructive.

    Ce troisième axe est donc celui du rejaillissement de nos réflexions en Loge vers la société. Le retour du Travail maçonnique vers la société civile se fait par le comportement de tous les jours des Maçons dans la société. Comportement aussi bien dans la vie professionnelle, associative, familiale que citoyenne.

    En effet un parcours « maçonnique » qui ne serait tourné que vers son enrichissement intellectuel sans retour vers les autres n’aurait aucun sens ou plutôt serait un non-sens !

    L’Histoire fourmille de Francs-maçons qui ont, depuis le siècle des lumières, marqué « positivement » l’évolution de l’Humanité sur le continent européen puis dans d’autres régions du monde.

     

    Le quatrième axe, celui du travail sur soi.

    Le travail sur soi permet, en écoutant les autres Francs-maçons, en confrontant les arguments avancés, de parfaire sa propre conviction sur des sujets divers d’ordre philosophique ou symbolique. Ce travail sur soi est primordial pour éliminer les « scories » classiques qui viennent souvent polluer les débats dans la société profane. Le « paraître » doit s’effacer pour ne laisser que l’essentiel des arguments. Une règle fondamentale est le respect absolu des intervenants et donc l’écoute de toutes les opinions exprimées. C’est ce brassage de points de vue qui permet à chacun de nous enrichir de nos différences et diversités.  Ce travail sur soi se fait donc par la participation à nos réunions, par des contributions plus personnelles qui sont des sujets présentés par un Franc-maçon sur un sujet donné, par la réflexion et l’introspection suite aux échanges. Le travail sur soi-même libère des chaînes de l’ego et de la psyché afin d’acquérir la maîtrise du Métier d’Homme.

     

    Le cinquième axe concerne l’aspect philosophique et pour une grande majorité d’entre nous l’aspect spirituel.

    Pour réussir le pari de la diversité en harmonie, la Franc-maçonnerie traditionnelle fait appel à un Principe supérieur qui transcende la réalité matérielle, sociale et religieuse, Etre suprême que certains appelleront « Dieu » et que nous appelons « Grand Architecte de l'Univers » pour ne pas entrer dans des débats stériles. La combinaison de la foi en un Principe supérieur et d’une démarche de perfectionnement de soi-même en fait donc une démarche spirituelle au sens large.

     

    Le sixième et dernier axe du Travail en Atelier concerne la vie de l’Atelier, son maintien et son administration.

    Une Loge maçonnique est une micro-société très particulière, administrée et hiérarchisée au plan des responsabilités assumées par un Collège d'Officiers, qui assume le rôle d'un vrai Conseil d'Administration.

    Ce Conseil d’administration – que nous nommons « Commission des Officiers Dignitaires – est présidé par le Vénérable Maître en chaire et règle toutes les questions inhérentes au fonctionnement de l'association des Frères composant la Loge.

    La particularité de son système est que personne n'y possède un pouvoir temporel absolu. De même, personne n'y détient de pouvoir spirituel. Ainsi cette société ne tient sa souveraineté et sa puissance que d'elle-même. En ceci, une Loge est un modèle unique en son genre.

    Au sein de la Loge, les Frères sont égaux dans leur travail. C’est le fruit que nous partageons comme un cadeau offert à nous-même et aux autres. Le besoin de reconnaissance valorisé dans le monde profane n’existe pas en Maçonnerie, car tous les Frères sont égaux. Ce travail / salaire qui est comme une monnaie d’échange est une nécessité, un devoir fraternel pour le Franc-maçon qui, en le faisant évoluer, fait évoluer la Loge. Pour le Franc-maçon, le salaire est toujours le même, c'est-à-dire sa joie d’avancer sur le chemin et surtout partager.

    Notre travail personnel nous permet à chacun d’avancer, mais profite également au groupe formé par la Loge. La progression est donc collective.

     

    La glorification du Travail.

    Le travail du Franc-maçon est sans limite. Les Frères sont invités à le porter vers une gloire rayonnante, à le pratiquer comme une religion dans une démarche de sacralisation. Le Travail maçonnique consiste à se libérer : il exige des efforts et de la patience. Il s’agit d’abord d’une conquête de soi pour arriver à la maîtrise de soi, de ses passions, ses désirs et ses faiblesses.

    Il est donc nécessaire de relier les Frères entre eux, de relier le matériel au spirituel, de relier notre monde sacré au monde profane, et aussi de faire ce travail de relecture incessant qui nous permet de tendre vers une recherche plus authentique de ce que nous croyons connaître. Si la Maçonnerie est une religion du travail, la glorification du Travail n’est qu’une invocation, pas une prière.

     

    Le travail d’un Maçon ne s’arrête jamais.

    Le rituel de Fermeture ou de Clôture des Travaux comporte cette phrase étrange qui donne une vraie dimension au travail maçonnique. « Le travail d’un Maçon ne s’arrête jamais, Vénérable Maître : ce qui est cherché en Loge se continue dans le monde et le devoir d’un Maçon est de répandre à l’entour la Lumière qu’il a entrevue dans les opérations de la Loge de Saint-Jean ».

    Elle comporte deux aspects : « ce qui est cherché en Loge se continue dans le monde » c’est-à-dire que la recherche maçonnique et la recherche profane sont de même nature, la curiosité développée en Loge, le désir de perfectionnement intellectuel et moral ne se partage pas, ils font un tout. Un bon Maçon est avant tout un bon professionnel parfaitement intégré dans la société civile à laquelle il met à disposition les capacités qu’il a pu développer et expérimenter en Loge.

    La deuxième partie de la phrase « le devoir d’un Maçon est de répandre à l’entour la lumière qu’il a entrevue dans les opérations de la Loge de Saint-Jean » montre que les valeurs développées à l’intérieur de la Loge doivent être portées à l’extérieur.

    Parmi ces valeurs, celle qui nous semble la plus essentielle concerne notre capacité à « être présent dans le présent ». C’est-à-dire, à un instant donné, être totalement sans limitation dans l’acte de l’instant. De cette fusion du moi et de l’action découle l’excellence qui a permis la construction des cathédrales et qui, liée à notre créativité retrouvée, nous permet de tenir notre rôle de contributeur opératif dans la société civile.

    Le Travail en Loge implique un nombre certain d'exigences. Il a pour but d'exporter au dehors du Temple ce que l'on y apprend au-dedans grâce au travail de polissage en Loge. Il doit aussi être précédé d'un travail préparatoire et d'introspection pour tracer toute planche et apporter des réflexions pertinentes au Frère conférencier pour autant que la Loge organise des débats.

    Chaque planche doit permettre l'élévation de chacun d'entre nous. Loin de nous contraindre, ces exigences nous aident à progresser sur notre chemin initiatique. Ce travail collectif nous conduit parfois à atteindre une symbiose. C'est ce qui fait une des particularités de notre Travail en Loge.

    En travaillant de la sorte, nous continuerons à cultiver cette particularité et serons entendus pour avoir une quelconque influence positive sur les affaires de la société. Nous agissons dans la société, enrichis de ce que ce que notre Travail en Loge nous enseigne.

    R:. F:. A. B.

     

    Bibliographie

    Ambelain Robert

    L'Alchimie spirituelle

    Editions Bussière, 2000

     

    Bandler Richard

    Un cerveau pour changer : Comprendre la PNL 

    Interéditions, 1993 – Poche, 2008


    Ligou Daniel

    Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    P.U.F., 1991

     

    Durozoi Gérard et Roussel André

    Dictionnaire de Philosophie

    Editions Nathan, 1993


    Wirth Oswald

    La Franc-Maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome II « Le Compagnon »

    Editions Dervy, 1979


    Wirth Oswald

    Le Symbolisme Hermétique dans ses rapports avec la Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, 1993


    Bouvier Pierre

    Le Travail

    Que-sais-je ?

    Presses universitaires de France, 1991

     

    Sitographie

     

    http://latolerance.blogspot.be/2005/03/le-travail.html

    http://intuition.blog.lemonde.fr/2007/02/27/operatif-speculatif/

    http://www.ledifice.net/6005-H.html

    http://www.temple-parvis.com/images/CDAcompagnons/horg-travail-comp.pdf

    http://www.gadlu.info/le-symbolisme-base-du-travail-maconnique

    http://www.masonica-gra.ch/symbolisme_augier

    http://hautsgrades.over-blog.com/article-le-symbolisme-base-du-travail-maconnique-122831824.html

    http://www.franc-maconnerie-godf-cannes.org/la-loge-au-travail/les-trois-niveaux-du-travail-maconnique/

    http://laurentremise.typepad.fr/artsgraphiques/2011/04/le-travail-en-loge.html

     


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