• Au travail !

     

    Introduction.

    Quelques instants avant que ne débute toute Tenue, le Maître des Cérémonies a souvent pour première tâche de nous indiquer que le Vénérable Maître nous appelle au travail.

    A part le fait de revêtir nos « décors », combien d’entre nous se pénètrent-ils de la nécessité d’avoir dès cet instant une attitude propice au Travail (maçonnique) ? Entrons-nous bruyamment dans la Loge ou nous mettons-nous « en condition » en observant déjà le silence indispensable à la méditation, au travail sur soi ?

    Et lorsque le Vénérable Maître nous invite à prendre place sur les Colonnes, adoptons-nous une posture d’équerre, une réelle droiture dans notre attitude… ? Ou préférons-nous croiser les bras et les jambes tels des grévistes en attente d’une augmentation de salaire ?

    A force d’observer tant d’attitudes profanes sur les Colonnes, il m’a semblé utile de réfléchir davantage à cette notion de travail et de partager le fruit de mes recherches et de mes réflexions à propos de cette notion de « travail » en Franc-maçonnerie et subséquemment quant à notre attitude face au travail.

    Mais le travail n’est pas le propre de la Franc-maçonnerie. Dans la vie profane, pour vivre et survivre, le travail est généralement indispensable, à moins d’être particulièrement fortuné !

     

    Le travail profane.

    Rappelons les grands traits du travail profane : nous avons, pratiquement tous, l’obligation de travailler pour des raisons matérielles, pour acquérir une indépendance, valoriser notre épanouissement personnel par toutes formes d’activités comme la culture, le sport, les loisirs, la religion, satisfaire nos ambitions personnelles et notre besoin d’atteindre des objectifs, des défis personnels.

    Le travail seul n’amène pas de grandes satisfactions, mais plus souvent des frustrations.

    Tous les hommes, Profanes ou Maçons, ont besoin de travailler pour subsister pour ne pas disparaître. Ils doivent se nourrir d’aliments pour grandir, mais également se nourrir de spiritualité pour s’approprier des valeurs nouvelles et développer celles qu’ils possèdent déjà en eux.

    Le travail est un devoir naturel. Le travail nourrit l’homme et sa famille, procure la santé et le bonheur. Mais il apparaît à l’homme comme le résultat d’une punition : car on passe de l’oisiveté à l’obligation de gagner son pain à la sueur de son front.

    Le travail librement accepté, comme le bricolage, le jardinage, les activités associatives, démontre une recherche de satisfaction personnelle, de reconnaissance et de communications avec les autres. Le travail bien adapté à chacun selon ses propres capacités, effectué avec amour, permet par nature à l’homme d’être reconnu et de s’élever.

    Le travail intellectuel permet, lui, de perfectionner la condition humaine pour la rendre le plus proche possible de la morale idéale.

    L’homme ne peut accomplir les gestes les plus ordinaires sans mettre à contribution le travail d’autrui. Notre propre travail représente en retour le paiement d’une dette contractée en profitant du travail des autres.

     

    Notre attitude face au Travail en Loge.

    Notre arrivée en Franc-maçonnerie nous fait généralement prendre conscience qu’il y a d’autres moyens pour trouver un épanouissement personnel que la valeur travail au sens matériel. C’est la dimension spirituelle que nous donnons à notre vie.

    Quel que soit son âge, le Franc-maçon est un artisan, un artisan qui porte un tablier  assimilant le travail manuel au travail intellectuel, celui de sa propre construction. Il se joint à ses Frères dans un endroit précis pour y travailler.

    Mais ne conviendrait-il pas d’adopter une meilleure attitude face au travail en Loge ? Ne devrions-nous pas songer à nous mettre « en condition » quand nous allons entrer en Loge : cesser toute conversation ; penser à la manière dont nous allons prendre place sur notre chaise (en plaçant une équerre virtuelle au niveau du bassin, des genoux, des pieds… ; en posant nos mains sur nos genoux ; en faisant passer virtuellement le Fil à plomb au niveau de la nuque et des jambes) ?

    Le Franc-maçon me semble alors en bonne condition pour apprivoiser son corps, pour ouvrir son esprit, pour être réceptif aux rituels. Par la répétition assidue du rituel d’Ouverture des Travaux essentiellement, l’Apprenti est conduit à assimiler des techniques du corps par ses facultés à imiter et à répéter. Il n’y a pas de progrès moral sans un travail sur son corps, sur son comportement, son attitude, c'est-à-dire sans progrès corporel. L’esprit ou le corps demandent un entretien constant des techniques de soi.

    Certes, cette attitude suggérée ci-dessus n’est pas des plus confortables, mais c’est une position propice au travail, pas à la grève !

     

    Que venons-nous réellement faire en Loge ?

    Dans une planche précédente, j’’avais déjà tenté d’apporter des éléments de réponse à cette question. (Voir la planche intitulée « Que venons-nous faire en Loge ? » - Lien URL)

    J’en rappelle les principales pistes de réflexion.

    Combattre nos vices et faire des progrès dans la Franc-maçonnerie : telles sont, rituellement, les raisons pour lesquelles nous sommes en Loge. Cela signifie d'abord que le Franc-maçon sait qu'il a des défauts et des faiblesses qu'il doit corriger. Il éprouve donc le besoin de s'améliorer. Pour cela, il doit prendre conscience de ses défauts, s'efforcer de les combattre et de devenir meilleur en travaillant sur lui-même au moyen des outils symboliques que la Loge met à sa disposition.

    Le devoir d'un Franc-maçon n’est-il pas de fuir les vices et de pratiquer les vertus en préférant à toutes choses la Justice et la Vérité ? Et c'est dans la Loge que nous, Francs-maçons, effectuons ce travail. Pour cela, nous devons être assidus et persévérants, participer aux Travaux en Loge et apporter notre modeste contribution chaque fois que cela est possible. La présence en Loge est nécessaire ; elle est même indispensable, mais elle n'est pas suffisante. Par son travail, chacun de nous doit devenir « une colonne vivante du Temple ».

    Le Franc-maçon doit d'abord travailler pour son propre perfectionnement. Il doit également persister sans relâche dans la recherche de la Vérité, en étant toujours plus exigeant vis-à-vis de lui-même et tolérant à l’égard de ses Frères. Cela veut donc dire qu'avant d'envisager toute action sociale, le Franc-maçon doit entreprendre une action individuelle.

    Le travail est la notion-clé de la Franc-maçonnerie puisqu’elle le sacralise. Le Frère s'y voue corps et âme. Pour les Francs-maçons que nous sommes, le travail est avant tout un moyen de perfectionnement, un instrument pour la recherche de la Vérité.

    Souvenons-nous de cette autre planche à propos de ce qui se passait avant la Maçonnerie spéculative. (Voir la planche intitulée « Avant les loges spéculatives » - Lien URL)

     

    Le travail des maçons opératifs au Moyen-Âge.

    Les Maçons réguliers ont coutume de qualifier d’« opératives » les origines de la Franc-maçonnerie moderne, c’est-à-dire en rapport avec les métiers de la construction. La Franc-maçonnerie actuelle est dite « spéculative », c’est dire que les valeurs opératives ont été assimilées pour pouvoir s’appliquer à toutes les professions, à tous les types de métiers qu’ils soient manuels ou intellectuels. Dans nos rituels et traditions nous pouvons retrouver des traces de ces anciennes valeurs des maçons opératifs, le plus souvent bâtisseurs de cathédrales mais aussi de monastères et d’ouvrages civils.

    Au temps de la franc-maçonnerie opérative, le rayonnement du travail du maçon dans le monde profane était assez évident et bien visible car ses ouvrages dominaient la ville par leur majesté : une cathédrale, un château, un pont...

    L’objectif de la présente planche est d’essayer de montrer que le Franc-maçon spéculatif contemporain est aussi capable d’un rayonnement dans le monde profane et que ce rayonnement peut prendre appui sur le travail réalisé en Loge. Je tenterai également de montrer qu’il n’y a pas de rupture entre le monde maçonnique et le monde profane et que la véritable pratique de la Maçonnerie ne s’effectue pas qu’en Loge mais aussi et peut-être même surtout à l’extérieur de la Loge, dans la vie de tous les jours.

    Opératif d'abord, avec les constructeurs de cathédrales, puis spéculatif depuis Anderson, le travail du Franc-maçon est d’abord rituel et intellectuel avant d’être social et s'effectue essentiellement en Loge mais aussi à l'extérieur.

    Par ses recherches, le Frère s'interroge sur la vie extérieure et sur sa vie intérieure. En tant qu'élément d'un ensemble, son but est à la fois son propre progrès et celui de la société.

    Travailler, c'est mettre en œuvre, c'est édifier (au sens maçonnique). Et cela demande un travail constant. Et c'est pourquoi les Frères n'aspirent pas au repos.

    Travailler ne signifie point s'agiter beaucoup, en dépensant brutalement ses forces.

    Examinons dès lors le travail comme nous pouvons le percevoir dans la formation du Maître Maçon.

    Dans nos Loges, le travail est au centre de l’enseignement maçonnique. Cet attachement des Maçons au travail apparaît à plusieurs endroits dans nos rituels :

    • N’affirme-t-on pas qu’il est nécessaire de « Travailler sans relâche à notre perfectionnement intellectuel et moral » ?
    • Les Francs-maçons ne considèrent-ils pas « le travail comme le devoir primordial de l’être humain et l’honorent sous toutes les formes » ?

    Ce travail doit être mené avec méthode. Comme un certain rituel nous le rappelle, « La règle à 24 divisions symbolise la journée du maçon, dont toutes les heures doivent être utilement employées ; la laie permet de réduire les aspérités de la pierre brute, symbolise la volonté de perfectionnement qui doit nous animer ; enfin, le ciseau activé par le maillet, qui vient parfaire l’œuvre, en rendant la pierre tout à fait conforme à son emploi, symbolise la méthode maçonnique ».

    Le Travail en Loge s’opère entre l’Ouverture et la Fermeture des Travaux, symboliquement entre midi et minuit, ce qui correspond à l’espace-temps que nous devons consacrer à notre Travail. Néanmoins, le symbole représenté par la Règle à 24 divisions nous rappelle que notre travail de Franc-maçon ne s'arrête pas aux 12 heures consacrées au Travail en Loge, mais bien aux 24 heures de chaque journée.

    Il s’agit donc initialement d’un travail sur soi-même, un travail qui a une utilité et une finalité. Ne perdons pas de vue cette définition de la Franc-maçonnerie : « une alliance universelle d’hommes éclairés, groupés pour travailler en commun au perfectionnement intellectuel et moral de l’humanité ». Relevons-y les termes « perfectionnement intellectuel et moral ».

    La Franc-maçonnerie nous impose une méthode initiatique de Travail en Loge, mais avant tout, elle nous assigne un but : celui d‘extérioriser hors de la Loge ce que nous y apprenons lors des Tenues. Cela signifie que le Travail en Loge doit enrichir chaque Frère afin que nous soyons à même de pouvoir agir dans la société grâce au travail effectué en Loge. Sans cette perspective, le Travail en Loge deviendrait stérile. Préparer les Frères de l’Atelier à extérioriser notre méthode maçonnique est le devoir et le but de tout réel Travail en Loge. Cela est certes d’une grande exigence, mais la Franc-maçonnerie, sans cette perspective, ne serviraient à rien.

     

    Le Travail en Loge est d’abord une démarche intellectuelle.

    Apprendre à mieux penser est l'enjeu majeur du travail au sein de nos Loges. En son sein, et dans le cadre occasionnel de la présentation de planches, de « Morceaux d’architecture », il s'agit d'exposer une pensée individuelle à une collectivité, de soumettre une réflexion construite à la discussion. Il s'agit donc de passer du travail individuel, introspectif, à un travail collectif.

    Cette démarche intellectuelle se caractérise par :

    • la pratique de l’introspection (le silence de l’Apprenti, la réception de la convocation qui nous permet de nous préparer à entendre toute intervention en Loge et notamment en se posant des questions à propos du sujet annoncé) ;
    • le rituel qui nous permet de nous mettre dans un état de réception pour commencer mais aussi pour finir le Travail en Loge ;
    • les symboles de la Loge qui sont autant de sollicitations pour notre imagination, notre intuition, notre réflexion ;
    • les travaux réalisés en Loge, les planches accompagnant les demandes d’augmentation de salaire, c’est-à-dire l’avancement dans les grades, les travaux des Frères conférenciers (planches, morceaux d’architecture).

    Dans tous ces cas, le Travail en Loge n’est que l’aboutissement du travail réalisé en dehors de la Loge pour le préparer. Il nécessite un sérieux effort personnel en amont, sans lequel la fréquentation de la Loge ne présenterait que peu d’intérêt.

     

    Le travail préparatoire avant les Tenues.

    Le travail préparatoire est tout aussi important pour la qualité du Travail en Loge qui sera mené. La préparation de planches de qualité est la condition sine qua non à l'épanouissement de chacun. C'est ainsi que le pré-travail en Loge fait partie intégrante du travail de chaque Maçon. 

     

    Le travail est une démarche morale.

    Le Travail maçonnique doit se faire dans un esprit d’ouverture. Une phrase du rituel nous y incite : « Que la Concorde, la fraternité et la charité guident nos pas et nos œuvres ! ».

    Comme dans toute démarche de nature spirituelle, nous ne devons pas porter de jugement sur les autres. Nous devrions simplement être suffisamment ouverts pour recevoir et assimiler. Ce n’est que dans cet état d’esprit qu’il nous est possible de construire cette entité harmonieuse que nous appelons « la Loge ». Cela ne signifie pas que nous devons abandonner notre propre personnalité, notre propre intérêt, notre propre recherche qui, de fait, ne peuvent pas être partagés… mais nous allons pouvoir trouver dans l’écoute des autres, dans leurs expériences… de nouveaux axes de recherches, d’études, de découvertes qui vont nous permettre de progresser. Aussi longtemps que l’apport de chacun des frères sera positif, il y aura un véritable intérêt à participer aux Tenues.

     

    La fréquentation assidue des Tenues devient une source d’enrichissements constants et progressifs :

    • sur le plan humain car il est permis de rencontrer des hommes d’exception toujours dans des domaines différents ;
    • sur le plan initiatique car la Franc-maçonnerie permet de faire le lien entre les différents courants d’éducation, de spiritualité, de pratique, de croyance… en fonction des origines, des passés, des attirances, des recherches… des participants afin de découvrir que la gloire du bel ouvrage est largement partagé ;
    • sur le plan spirituel car notre symbolisme du travail nous permet de prendre conscience qu’il n’y a pas de séparation entre le matériel et le spirituel, entre le spéculatif et l’opératif et que notre véritable épanouissement est certainement dans le bien faire quotidien.

     

    Prendre son temps en Maçonnerie est essentiel pour différentes raisons :

    • La Franc-maçonnerie est une voie de connaissance par opposition aux voies mystiques et il nous faut du temps pour apprendre.
    • La Franc-maçonnerie fait partie des priorités dans la conduite de notre vie :
      • La première priorité consiste à préserver notre santé car sans elle rien n’est possible ;
      • La seconde priorité concerne notre travail car il est l’élément indispensable à la vie sociale ;
      • La troisième priorité est en liaison avec notre famille et le respect de nos responsabilités et engagements envers ses membres ;
      • Enfin, la Maçonnerie fait partie du reste, et il nous faut la traiter comme telle et ne pas s’engager plus avant si les priorités précédentes ne sont pas couvertes.
    • La Franc-maçonnerie est un lieu d’expérimentation exceptionnelle où nous avons l’opportunité de tester de multiples facettes de nos capacités. Lors de l’installation du collège des Officiers Dignitaires de la Loge, chacun d’eux reçoit une charge, une fonction, une véritable mission. Toutes les fonctions se retrouvent dans la direction d’une entreprise du monde profane. Les pratiquer en Maçonnerie permet au préalable d’en mesurer les composants, les difficultés, les avantages en fonction de sa propre personnalité et de ses propres dispositions naturelles. La Franc-maçonnerie est, en ce sens, un lieu unique de formation et d’expérimentation des relations sociales et professionnelles.
    • L’expérience maçonnique peut et doit aussi être négative. Nous aurons dans notre vie maçonnique à rencontrer de mauvais frères, de faux frères, des Vénérables Maîtres ou des Surveillants tyranniques, dilettantes, incapables… Nous aurons des frustrations quant à nos augmentations de salaires, nos nominations à tel ou tel poste… Tout cela constitue des expériences négatives si nous ne les acceptons pas et des expériences positives si nous les acceptons. Quelle est la valeur de notre petit moi par rapport à la vie de la Loge, de la société, de l’univers ? Ces désagréments doivent nous permettre de dépasser nos propres restrictions et limites et nous permettre d’évoluer dans un contexte plus large dont nous n’avons pas la maîtrise.

    Vue ainsi, la Franc-maçonnerie n’est-elle pas un bon enseignement pour la conduite de notre vie ? Ne favorise-t-elle pas l’esprit de découverte ?

     

    Le travail nous permet une expérimentation sociétale.

    Le symbolisme nous oblige à sortir de ses cadres de référence, comme une nouvelle naissance, c’est-à-dire à reprendre l’esprit de découverte de notre enfance pour voir le monde différemment et non pas au travers des archétypes que l’éducation, la culture et la société nous ont inculqués.

    Retrouver l’esprit de découverte, n’est-ce pas prendre conscience que nous sommes capables de penser, d’appréhender, de juger par nous-même sans faire référence aux autres ? Cela veut dire que nous sommes devenus autonomes donc adultes. Sans cette liberté d’agir, nous vivrions encore dans des huttes et nous ne disserterions pas de Franc-maçonnerie en ce moment. 

    Cette liberté de créer est comme la trace de l’impulsion initiale donnée au vivant. Cette liberté, utilisée avec un sens moral dans le monde profane, fait effectivement progresser l’humanité. Elle s’inscrit dans la tradition pour faire évoluer la tradition. Une tradition qui n’évolue pas entraîne la mort des entités qui s’y rattachent.

     

    Le Travail maçonnique nous offre des moments de concentration.

    Le rituel d’Ouverture des Travaux nous permet de passer du monde profane au monde maçonnique. C’est un élément de rupture qui apaise la production de pensée et favorise la concentration. La participation aux cérémonies (Initiation, augmentation de salaire, Élévation…), l’écoute des planches du jour, les déambulations en Loge avec leurs formalismes… sont autant d’exercices de concentration qui incitent à «être présent dans le présent».

    Bien faire ce que nous faisons, complètement et sans restriction, constitue, à mon sens, une démarche spirituelle qui n’est liée ni aux dogmes, ni aux croyances, mais uniquement à l’expérience. C’est la grande expérience de la Franc-maçonnerie.

     

    Le Travail maçonnique.

    La voie qui mène à la Lumière, à la Vérité, nous est ouverte, mais nous n’y accédons pas par le simple fait de revêtir un cordon, un tablier et une paire de gants blancs à l’entrée de la Loge. Ce n’est ni un droit, ni une faculté que les membres de notre Ordre acquièrent par le paiement de leur seule cotisation mais c’est le fruit d’un réel effort. L’accession à la Lumière n’est en effet pas un dû mais une récompense légitime à un processus dans lequel nous nous sommes engagés aux côtés de nos Frères sur la voie de l’Initiation.

    C’est un mécanisme psychique, spirituel mais sans doute aussi physique afin qu’enfin, comme lors de notre Chaîne d’Union, loin de tout souci matériel s’ouvre pour nous le vaste domaine de la pensée et de la spiritualité, faisant que la Vie n’est rien, la mort non plus, puisque seul le Travail est quelque chose : il justifie l’un et ennoblit l’autre. C’est cela le Travail maçonnique !

     

    L’assiduité.

    L’assiduité aux Travaux de Loge est une des premières vertus en Maçonnerie. Elle est indispensable compte tenu de l’importance du vécu en Loge.

    Nul ne peut devenir Maçon s’il n’est assidu, car c’est par le travail qu’on devient Maçon, comme dans le monde profane où c’est à l’école de l’apprentissage où l’on apprend son métier, chacun selon ses capacités matérielles et mentales.

    Pour œuvrer à l’amélioration spirituelle de la société, pour réaliser nos intentions de Francs-maçons, notre démarche peut être orientée selon six axes bien distincts, chaque axe pouvant être développé par chaque Frère, selon le temps et ses propres intérêts, toujours dans le cadre de l’Initiation.

     

    Le premier axe du travail est l’aspect fraternel, celui qui repose sur la tolérance d’autrui.

    Etre tolérant, c’est d’abord  l'être avec soi-même ; c’est savoir que chacun a des opinions, des avis, des idées propres à soi et quelquefois, pour ne pas dire le plus souvent, des idées différentes des autres. Cela peut poser un problème personnel si quelqu’un n’est pas suffisamment tolérant avec ses propres idées. C’est la première des tolérances.

    Ensuite c’est d’être tolérant avec l’autre, avec les autres Frères. C’est la seule façon de permettre d’abord à l’autre d’être lui-même, de lui accorder le droit à la liberté de conscience, de lui donner la possibilité de vous apporter quelque chose de différent, de vous enrichir, de vous donner une idée de plus, une idée différente, qui puisse vous faire évoluer, … grandir.

    Etre tolérant avec l’autre, c’est l’accepter comme il est, c’est lui permettre de le laisser s’exprimer complètement, profondément, même et surtout si on n’est pas d’accord avec ses idées ; c’est mieux l’observer, mieux le laisser vivre, lui offrir la possibilité d’évoluer… à lui aussi, comme à nous d’ailleurs, bref, c’est  mieux le comprendre, c’est donc l’aimer. 

    Dans notre recherche du perfectionnement, il est important de trouver un ensemble de personnes sur le même chemin pour échanger ses expériences, se soutenir les uns les autres et expérimenter les vertus de la tolérance. C'est pourquoi la Franc-maçonnerie est une fraternité à la fois comme conséquence de ce travail en commun et comme moyen d'avancer chacun sur sa route. Cette fraternité est le lien profond qui nous unit aux autres hommes, qu'ils soient Francs-maçons ou non.

     

    Le deuxième axe du travail est l’étude du symbolisme, la pratique du rituel.

    Pour améliorer le travail des Frères, il est utile d’étudier non seulement les symboles maçonniques, mais aussi de rechercher comment fonctionne le langage des symboles et comment le rituel agit sur l’Initié. L’étude des symboles eux-mêmes, la recherche sur leur interprétation et la quête intellectuelle de leur signification, est utile mais tout cela ne fait pas un Initié.

    Pour bien pratiquer la Maçonnerie, il faut donc avoir tous ses sens en éveil. Si l’on veut que le symbolisme initiatique remplisse son rôle, agisse efficacement, deux conditions sont nécessaires. D’une part, il faut en Loge que les Frères soient à l’écoute avec tout leur être, à la fois concentrés et sereins.

    L’ouverture au monde des symboles facilite l’écoute de soi-même et la compréhension des événements de notre vie. En Loge, le travail mérite de faire une large place au symbolisme, non seulement par la pratique des rituels, mais aussi par une instruction sérieuse des Frères de tous les grades. L’étude du symbolisme devrait naturellement porter sur les différents symboles propres à la Franc-maçonnerie ainsi que sur les rituels, en s’efforçant d’en dégager le sens profond et d’en tirer un message concret pour les Frères.

     

    Le troisième axe, à savoir le travail au progrès de l’humanité, c’est la dimension sociale.

    Notre devoir de Franc-maçon est aussi d’agir dans le monde profane. En poursuivant l’accomplissement de notre travail au-delà des limites de la Loge, l’homme nouveau, ou tout au moins transformé, doit rayonner dans la société civile en pratiquant au dehors les vertus d’une reconnaissance équitable du travail, d’une reconnaissance de la place de chacun dans l’édifice social qui puisse être apaisante, fraternelle, constructive.

    Ce troisième axe est donc celui du rejaillissement de nos réflexions en Loge vers la société. Le retour du Travail maçonnique vers la société civile se fait par le comportement de tous les jours des Maçons dans la société. Comportement aussi bien dans la vie professionnelle, associative, familiale que citoyenne.

    En effet un parcours « maçonnique » qui ne serait tourné que vers son enrichissement intellectuel sans retour vers les autres n’aurait aucun sens ou plutôt serait un non-sens !

    L’Histoire fourmille de Francs-maçons qui ont, depuis le siècle des lumières, marqué « positivement » l’évolution de l’Humanité sur le continent européen puis dans d’autres régions du monde.

     

    Le quatrième axe, celui du travail sur soi.

    Le travail sur soi permet, en écoutant les autres Francs-maçons, en confrontant les arguments avancés, de parfaire sa propre conviction sur des sujets divers d’ordre philosophique ou symbolique. Ce travail sur soi est primordial pour éliminer les « scories » classiques qui viennent souvent polluer les débats dans la société profane. Le « paraître » doit s’effacer pour ne laisser que l’essentiel des arguments. Une règle fondamentale est le respect absolu des intervenants et donc l’écoute de toutes les opinions exprimées. C’est ce brassage de points de vue qui permet à chacun de nous enrichir de nos différences et diversités.  Ce travail sur soi se fait donc par la participation à nos réunions, par des contributions plus personnelles qui sont des sujets présentés par un Franc-maçon sur un sujet donné, par la réflexion et l’introspection suite aux échanges. Le travail sur soi-même libère des chaînes de l’ego et de la psyché afin d’acquérir la maîtrise du Métier d’Homme.

     

    Le cinquième axe concerne l’aspect philosophique et pour une grande majorité d’entre nous l’aspect spirituel.

    Pour réussir le pari de la diversité en harmonie, la Franc-maçonnerie traditionnelle fait appel à un Principe supérieur qui transcende la réalité matérielle, sociale et religieuse, Etre suprême que certains appelleront « Dieu » et que nous appelons « Grand Architecte de l'Univers » pour ne pas entrer dans des débats stériles. La combinaison de la foi en un Principe supérieur et d’une démarche de perfectionnement de soi-même en fait donc une démarche spirituelle au sens large.

     

    Le sixième et dernier axe du Travail en Atelier concerne la vie de l’Atelier, son maintien et son administration.

    Une Loge maçonnique est une micro-société très particulière, administrée et hiérarchisée au plan des responsabilités assumées par un Collège d'Officiers, qui assume le rôle d'un vrai Conseil d'Administration.

    Ce Conseil d’administration – que nous nommons « Commission des Officiers Dignitaires – est présidé par le Vénérable Maître en chaire et règle toutes les questions inhérentes au fonctionnement de l'association des Frères composant la Loge.

    La particularité de son système est que personne n'y possède un pouvoir temporel absolu. De même, personne n'y détient de pouvoir spirituel. Ainsi cette société ne tient sa souveraineté et sa puissance que d'elle-même. En ceci, une Loge est un modèle unique en son genre.

    Au sein de la Loge, les Frères sont égaux dans leur travail. C’est le fruit que nous partageons comme un cadeau offert à nous-même et aux autres. Le besoin de reconnaissance valorisé dans le monde profane n’existe pas en Maçonnerie, car tous les Frères sont égaux. Ce travail / salaire qui est comme une monnaie d’échange est une nécessité, un devoir fraternel pour le Franc-maçon qui, en le faisant évoluer, fait évoluer la Loge. Pour le Franc-maçon, le salaire est toujours le même, c'est-à-dire sa joie d’avancer sur le chemin et surtout partager.

    Notre travail personnel nous permet à chacun d’avancer, mais profite également au groupe formé par la Loge. La progression est donc collective.

     

    La glorification du Travail.

    Le travail du Franc-maçon est sans limite. Les Frères sont invités à le porter vers une gloire rayonnante, à le pratiquer comme une religion dans une démarche de sacralisation. Le Travail maçonnique consiste à se libérer : il exige des efforts et de la patience. Il s’agit d’abord d’une conquête de soi pour arriver à la maîtrise de soi, de ses passions, ses désirs et ses faiblesses.

    Il est donc nécessaire de relier les Frères entre eux, de relier le matériel au spirituel, de relier notre monde sacré au monde profane, et aussi de faire ce travail de relecture incessant qui nous permet de tendre vers une recherche plus authentique de ce que nous croyons connaître. Si la Maçonnerie est une religion du travail, la glorification du Travail n’est qu’une invocation, pas une prière.

     

    Le travail d’un Maçon ne s’arrête jamais.

    Le rituel de Fermeture ou de Clôture des Travaux comporte cette phrase étrange qui donne une vraie dimension au travail maçonnique. « Le travail d’un Maçon ne s’arrête jamais, Vénérable Maître : ce qui est cherché en Loge se continue dans le monde et le devoir d’un Maçon est de répandre à l’entour la Lumière qu’il a entrevue dans les opérations de la Loge de Saint-Jean ».

    Elle comporte deux aspects : « ce qui est cherché en Loge se continue dans le monde » c’est-à-dire que la recherche maçonnique et la recherche profane sont de même nature, la curiosité développée en Loge, le désir de perfectionnement intellectuel et moral ne se partage pas, ils font un tout. Un bon Maçon est avant tout un bon professionnel parfaitement intégré dans la société civile à laquelle il met à disposition les capacités qu’il a pu développer et expérimenter en Loge.

    La deuxième partie de la phrase « le devoir d’un Maçon est de répandre à l’entour la lumière qu’il a entrevue dans les opérations de la Loge de Saint-Jean » montre que les valeurs développées à l’intérieur de la Loge doivent être portées à l’extérieur.

    Parmi ces valeurs, celle qui nous semble la plus essentielle concerne notre capacité à « être présent dans le présent ». C’est-à-dire, à un instant donné, être totalement sans limitation dans l’acte de l’instant. De cette fusion du moi et de l’action découle l’excellence qui a permis la construction des cathédrales et qui, liée à notre créativité retrouvée, nous permet de tenir notre rôle de contributeur opératif dans la société civile.

    Le Travail en Loge implique un nombre certain d'exigences. Il a pour but d'exporter au dehors du Temple ce que l'on y apprend au-dedans grâce au travail de polissage en Loge. Il doit aussi être précédé d'un travail préparatoire et d'introspection pour tracer toute planche et apporter des réflexions pertinentes au Frère conférencier pour autant que la Loge organise des débats.

    Chaque planche doit permettre l'élévation de chacun d'entre nous. Loin de nous contraindre, ces exigences nous aident à progresser sur notre chemin initiatique. Ce travail collectif nous conduit parfois à atteindre une symbiose. C'est ce qui fait une des particularités de notre Travail en Loge.

    En travaillant de la sorte, nous continuerons à cultiver cette particularité et serons entendus pour avoir une quelconque influence positive sur les affaires de la société. Nous agissons dans la société, enrichis de ce que ce que notre Travail en Loge nous enseigne.

    R:. F:. A. B.

     

    Bibliographie

    Ambelain Robert

    L'Alchimie spirituelle

    Editions Bussière, 2000

     

    Bandler Richard

    Un cerveau pour changer : Comprendre la PNL 

    Interéditions, 1993 – Poche, 2008


    Ligou Daniel

    Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    P.U.F., 1991

     

    Durozoi Gérard et Roussel André

    Dictionnaire de Philosophie

    Editions Nathan, 1993


    Wirth Oswald

    La Franc-Maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome II « Le Compagnon »

    Editions Dervy, 1979


    Wirth Oswald

    Le Symbolisme Hermétique dans ses rapports avec la Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, 1993


    Bouvier Pierre

    Le Travail

    Que-sais-je ?

    Presses universitaires de France, 1991

     

    Sitographie

     

    http://latolerance.blogspot.be/2005/03/le-travail.html

    http://intuition.blog.lemonde.fr/2007/02/27/operatif-speculatif/

    http://www.ledifice.net/6005-H.html

    http://www.temple-parvis.com/images/CDAcompagnons/horg-travail-comp.pdf

    http://www.gadlu.info/le-symbolisme-base-du-travail-maconnique

    http://www.masonica-gra.ch/symbolisme_augier

    http://hautsgrades.over-blog.com/article-le-symbolisme-base-du-travail-maconnique-122831824.html

    http://www.franc-maconnerie-godf-cannes.org/la-loge-au-travail/les-trois-niveaux-du-travail-maconnique/

    http://laurentremise.typepad.fr/artsgraphiques/2011/04/le-travail-en-loge.html

     


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  • Les mots qui composent le titre de cette planche - « Construire son Temple intérieur » - me donnent le fil conducteur de ma réflexion :

    • Comment faut-il comprendre l’expression « temple » dans notre univers maçonnique ?
    • Quel est le sens du mot « construction » ?

    Je tenterai ensuite de répondre à la question principale :

    • Que représente pour moi la construction du temple maçonnique ?

    J’évoquerai enfin, de manière très personnelle, comment je pense que nous pouvons construire notre propre temple intérieur.

    Introduction

    Commençons par un constat : le Temple est omniprésent dans la Franc-maçonnerie. Il en est un des arcanes majeurs et dans tous les rites, sa description, ses dimensions, son mobilier, sa décoration et son symbolisme sont longuement évoqués.

    La première signification qu’il faut retenir fait évidemment référence à la légende mythique de la construction du Temple de Salomon, telle qu’elle est décrite dans les livres bibliques des Rois et des Chroniques. Selon la légende biblique, le Temple de Salomon est assimilé à la Jérusalem Céleste annoncée dans l’Apocalypse.

    Dérivé du latin templum, l’origine du mot « temple » est spécifiquement romaine. Ce mot désignait à l’origine le secteur du ciel délimité par l’augure romain à l’aide d’un bâton, dans lequel étaient observés soit des phénomènes naturels, soit le passage d’oiseaux. Plus tard, le mot templum a désigné le lieu ou l’édifice sacré où se pratiquait cette observation du ciel et a donné en français le mot « temple ».

    Les temples maçonniques

    Les temples maçonniques, constitués de la manière la plus traditionnelle, se réfèrent principalement à la description du Temple de Salomon, puis parfois à celle du temple construit par Zorobabel. Les autres temples antiques paraissent méconnus.

    Le symbolisme qui se dégage des textes bibliques a marqué considérablement les constructeurs médiévaux : triangles, équerres, compas, dimensions et proportions, les deux colonnes J et B... entrent dans la construction des églises et cathédrales médiévales. Ces deux Colonnes sans architrave ne consolident pas l’édifice mais servent uniquement à la décoration.

    Dans les trois religions abrahamiques, c’est-à-dire le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam, le Temple réalisé par Salomon tient une très large place. Par ailleurs, l’étude des Anciens Devoirs met bien en évidence que le Temple de Salomon, ses colonnes et la symbolique qui s’y rattache ne font pas partie du fonds maçonnique ancien. Ce n’est vraisemblablement qu’au 18ème siècle que ces thèmes ont commencé à s’agréger au corpus maçonnique.

    Depuis le début du 18ème siècle, le Compagnonnage et la Franc-maçonnerie ont exploité le symbolisme d’un cadre légendaire en visant l’aspect cosmique du Temple.

    Les Old Charges, ou Vieux Devoirs, ont fait apparaître l’importance du Temple de Salomon comme modèle de la loge, ont repris et développé le thème de sa construction. Selon le Manuscrit Dumfries (1710), la loge doit s’étendre, tout comme le Temple de Jérusalem, d’est en ouest. En traçant un historique fort libre des origines de la Franc-maçonnerie, les Constitutions d’Anderson ont idéalisé Salomon.

    Tout temple maçonnique, carré long, se situe sous la voûte cosmique. Pour bien matérialiser ce fait, le plafond de nos loges est souvent constellé d’étoiles et, parfois, les signes du zodiaque situent les membres sous des influences planétaires. La voûte étoilée suggère l’infini, la progression spirituelle, le toit du monde. La voûte azurée constitue le toit naturel du Temple de Salomon à ciel ouvert.

    Si toute cérémonie se déroule dans une loge, certains rituels se basent sur des événements ou des légendes relatifs à la construction des temples du mont Moriah. Dans ce lieu consacré, répondant aux décors établis par Salomon sur l’ordre divin, les jeunes Maçons, aux premier et deuxième degrés, se réfèrent aux rites de métier, en exaltant la puissance des outils ou instruments : maillet, ciseau, règle, levier, niveau, fil à plomb.

    Les rituels d’Apprenti et de Compagnon ont été influencés par le Compagnonnage. C’est à partir du deuxième degré – au Rite moderne – que la Maçonnerie fait appel au symbolisme du Temple tant décrit dans la Bible. Le troisième degré, qui débute une longue quête, confère la plénitude des droits maçonniques au Franc-maçon.

    Carré long recouvert de la voûte cosmique, le temple maçonnique est un lieu symboliquement orienté, un centre du monde. Enceinte fermée sur l’espace profane, à l’abri des rumeurs de la ville, bénéficiant de la pénombre propre à la réflexion, éclairée par des luminaires aux flammes vivantes, cet îlot sensible est symboliquement étranger aux préoccupations du monde et du temps profane.

    Le temple maçonnique qui possède toutes ces caractéristiques, peut être installé en n’importe quel lieu tout en étant sacré. Ce lieu est bien celui de la contemplation, comme le suggère le terme templum. En effet, faut-il le rappeler, le mot latin templum désigna tout d’abord un vaste espace découvert de toutes parts, d’où la vue pouvait observer attentivement tout le champ d’horizon alentour.

    Contempler, c’est viser le Ciel depuis le temple définissant le champ de la vision. Ainsi, l’idée de contemplation introduit celle de consécration. Le terme désigna en effet particulièrement le champ du ciel, l’espace du Ciel découvert, où l’on peut observer le vol des oiseaux, pour l’interpréter. Sans doute l’idée du temple cosmique serait-elle à inscrire dans cette perspective ? Ainsi sacralisé, le mot templum a désigné finalement le sanctuaire, l’édifice sacré connu sous le nom de temple, lieu d’une Présence divine et de sa contemplation.

    Dans le contexte des bâtisseurs médiévaux, la loge fut considérée, et l’est encore d’une certaine manière, comme un lieu éclairé et régulier où la Lumière divine peut se manifester à l’écart du monde extérieur et chaotique.

    Dieu lui-même est le temple des croyants, et réciproquement, les croyants sont eux-mêmes le temple de Dieu. C’est tout le motif de l’homme – temple, de la communauté – temple.

    Quel terme devons-nous privilégier : temple ou loge ?

    Selon les instructions très précises contenues dans les préliminaires du Rite (belge) Moderne, il faut utiliser le vocable « loge » et non celui de « temple ». La loge n'étant pas le temple, il faut en effet éviter de parler du « temple », de « la porte du temple », etc. Le mot « Temple » ne doit donc être utilisé que lorsqu'il est effectivement fait allusion au Temple de Salomon, à la reconstruction du Temple ou à la construction de son propre temple intérieur.

    Pour René Guénon, le temple est le lieu de manifestation de la présence réelle de la Divinité. Les passages de l’Ecriture où il en est question sont ceux où il s’agit de l’institution d’un centre spirituel : la construction du Tabernacle, l’édification des temples de Salomon et de Zorobabel. Un tel centre, constitué dans des conditions régulièrement définies, devait être en effet le lieu de la manifestation divine, toujours représentée comme Lumière. La Franc-maçonnerie a conservé cette expression de « lieu très éclairé et très régulier » qui semblerait bien être un souvenir de l’antique science sacerdotale qui présida à la construction des temples.

    Le Temple de Salomon, depuis longtemps disparu, représente donc plutôt, au plan maçonnique, le prototype du Temple comme image du Centre suprême dont Jérusalem est, plus largement, l’une des projections majeures.

    Reconstruire le temple, c’est organiser harmonieusement l’humanité. Après la désacralisation c’est, à partir des principes traditionnels, restaurer l’homme dans sa dignité originelle en le faisant participer à une vie collective. Il y a alors régénération tant matérielle que spirituelle. Symboliquement, la destruction du Temple, la perte du Paradis, correspondent à notre entrée dans le monde matériel qui est exil et désacralisation. Or nous avons la nostalgie du Paradis : le Temple représente ce lieu sacré situé dans l’intemporel, dans le vaste espace d’où nous pouvons tout observer, tout ressentir, à la jonction de la terre et du ciel.

    Notre participation à la construction du Temple

    Le Temple achevé concrètement est sans doute celui du monde accompli. Mais nous pouvons espérer davantage : rêvons à ce Temple que nous portons en nous et qui ne peut être achevé.

    Mais entretemps tout Franc-maçon doit participer activement à la construction du temple : tâche spirituelle infinie, écrasante, puisque c’est rechercher le véritable centre de l’union. Le temple du Franc-maçon s’étend de l’Orient à l’Occident, du Septentrion au Midi, du Nadir au Zénith, ce dont il est déduit que la Franc-maçonnerie est universelle.

    Cette notion d’universalité ne doit pas être confondue avec l’idée d’une expansion mondiale de l’Ordre ni avec celle de son rayonnement. La référence à l’image de la croix montre davantage en quel sens la loge se déploie dans l’espace suivant les axes et les directions fondamentales qui, à l’échelle du cosmos, procèdent du Point géométrique originel. Ce dernier, que Dante identifie à Dieu lui-même, est donc le centre à l’intérieur duquel la loge se constitue.

    Ce temple infini et indéfini, qui embrasse l’univers est cependant clos et couvert. C’est un temple qui jamais ne pourra se terminer mais qu’il faut cependant construire un peu plus chaque jour.

    Malgré le fait qu’elle s’inscrive dans un espace concret, la Loge maçonnique n’a en effet de sens que par la rencontre des individualités qui la composent et qui forment une communauté – temple. Etre homme – temple, c’est être soi-même espace de contemplation, et partant, espace consacré.

    Bien qu’elle possède des affinités avec le Temple de Jérusalem, la Loge maçonnique est plutôt une image de l’Homme – Temple virtuellement incarné par les Maçons eux-mêmes lorsqu’ils se rassemblent. Mais que viennent-ils faire en Loge ?

    La raison d’être d’un Maçon en Loge est clairement définie dans le Recueil précieux de la Maçonnerie Adonhiramite de Guillemain de Saint Victor datant de 1766. Nous pouvons y relever que la notion de liberté est indissociable de celle de bonnes mœurs qui est assimilée à la compagnie des êtres vertueux quelle que soit leur condition sociale : 

    • Que fait-on à la loge de Saint Jean ?
    • On y élève des Temples à la vertu et l’on y creuse des cachots pour les vices.
    • Qu’apportez-vous ?
    • Salut, prospérité et bon accueil à tous les Frères.
    • Que venez-vous faire ici ?
    • Vaincre mes passions, soumettre ma volonté et faire de nouveaux progrès dans la Maçonnerie.
    • Qu’entendez-vous par Maçonnerie ?
    • J’entends l’étude des sciences et la pratique des vertus.
    • Dites-moi ce que c’est qu’un Maçon ?
    • C’est un homme libre, fidèle aux lois, le frère et l’ami des Rois et des bergers lorsqu’ils sont vertueux. 

    Demeure de la divinité, le temple occupe une large place dans l’esprit de l’homme. Il appartient cependant à une période récente de notre vie et n’est matérialisé que lorsque commence la sédentarisation, lorsque la tribu, le peuple commence à se préoccuper de réaliser une demeure fixe.

    Bien que le Franc-maçon d’aujourd’hui ne soit plus un constructeur de cathédrales, il reste cependant l’héritier de l’Art royal, cet art de bâtir, plein de secrets dont Salomon avait instruit les tailleurs de pierre du Temple de Jérusalem, qu’ils avaient eux-mêmes transmis à leurs successeurs sous le sceau d’une inviolable discrétion. Ce terme d’Art royal est devenu, au 18ème siècle, synonyme de Franc-maçonnerie.

    Comment pouvons-nous construire notre temple intérieur ?

    Sous toutes les latitudes, un temple représente un lieu de jonction entre le ciel et la terre. Projection du ciel sur la terre, le temple matérialise ce qui est invisible. Qu’il soit maya, égyptien, hindou ou gothique, le temple émerge des plans subtils et se manifeste sur un plan concret mais il est en parfaite correspondance avec l’homme.

    Tout temple, reflet de l’univers et du monde divin, est aussi conçu à notre image, selon nos proportions. Il reproduit la création du monde et se trouve donc lié à la cosmogonie, le système de formation de l’univers. Il devient la porte d’un autre monde. En quelque sorte résumé du macrocosme, le temple est aussi l’image du microcosme, car il est à la fois le Monde et l’Homme.

    En effet, par extension symbolique, le temple, c’est aussi l’homme. Telle pourrait être une deuxième acception du terme. Lorsqu’il entre en Franc-maçonnerie, l’homme s’engage à construire son propre temple intérieur. Il peut également appliquer cette dynamique d’enrichissement profond à la société dans laquelle il vit. Il vise alors à améliorer celle-ci et nous pouvons alors parler de « Temple de la Fraternité ».

    Dans la Franc-maçonnerie spéculative, le Maçon est devenu symboliquement la pierre brute qu’il faut tailler pour qu’elle s’insère harmonieusement dans le temple extérieur que l’humanité est censée devenir et dans le temple intérieur qui demeure à construire en chaque homme avec toutes les pierres dont il doit reconnaître en lui-même la qualité et les défauts.

    La construction symbolique du Temple intérieur est en réalité l’unique objectif. Cette construction n’est jamais finie. Le temple ne compte pas mais chaque Frère doit être conscient que, responsable de l’héritage initiatique qu’il a reçu, il doit le faire fructifier et le transmettre sans perdre de temps.

    L’enseignement traditionnel qui se rattache à l’étude du Temple n’est pas archéologiquement parfait mais il ne doit pas pour autant être censuré car c’est la nature de cet enseignement qui fait la Franc-maçonnerie d’aujourd’hui et qui nous vient de la « nuit des temps ».

    Pour moi, construire son temple intérieur, c’est vivre pleinement son Initiation, remplir ses devoirs de Maçon. « Etre Franc-maçon est un privilège ; participer aux Tenues et séminaires de sa Loge est un devoir » disait mon parrain. Le mot « devoir » est une fois de plus prononcé !

    Pour moi, en Franc-maçonnerie, en tant qu’Apprentis, Compagnons et Maîtres, nous avons tous le droit de participer à la meilleure Tenue possible chaque fois que notre Loge se réunit. En tant qu’Apprentis, Compagnons et Maîtres, nous avons aussi droit à l’organisation de séminaires de qualité. Tout le reste n’est qu’une longue liste de devoirs.

    Je pense qu’un de nos premiers devoirs, c’est de méditer les enseignements du rituel afin d’y conformer notre conduite. C’est là notre devoir par excellence. Ce seul devoir comprend tous les autres. Mais quels sont-ils ? Rappelons-nous tout d’abord de cinq prescriptions contenues dans l’obligation que nous avons prêtée : nous taire devant les Profanes ; chercher la Vérité ; vouloir la Justice ; aimer nos Frères et nous soumettre à la Loi.

    Les devoirs spécifiques des Apprentis

    Les principaux et très nombreux devoirs de l’Apprenti sont pour moi les suivants :

    • Etre sincère.

    La sincérité qui nous est demandée implicitement à nous montrer tels que nous sommes, est une des conditions primordiales qui rendront valable ou non notre Initiation.

    • Apprendre à se connaître.
    • Etre bienveillant envers les autres.
    • Méditer.
    • Etre discret.

    Dans son sens maçonnique, la discrétion implique un devoir de réserve et de silence mais surtout de ne pas dévoiler nos Frères, de ne pas révéler les détails de nos rituels, le caractère sacré de nos Tenues étant par ailleurs difficilement communicable.

    • Pratiquer la tolérance.

    Ne cherchons pas à imposer notre manière de voir mais amenons les autres à découvrir ce que nous avons trouvé nous-mêmes. Pensons et faisons penser !

    • Etre à la recherche du Vrai.

    En conséquence, si nous voulons tirer le meilleur profit du symbolisme, il me semble que nous devrions collectionner des réponses et les comparer car la comparaison permet de construire du sens.

    • Etre assidu.

    On fait souvent de l’assiduité une obligation. Mieux, c’est une discipline, comme la mise à l’ordre, la marche, les batteries et la prise de parole. L’assiduité, c’est notre présence régulière aux Tenues comme aux séminaires. Elle est primordiale car, pour progresser, il me paraît indispensable de suivre un rythme de travail et de rencontres. Sans assiduité, le travail à opérer sur soi-même me semble difficile car il implique le concours et l’aide de nos Frères.

    Le Travail maçonnique, c’est l’intériorisation des pratiques, des actes accomplis en Loge ; c’est la méditation sur les symboles et le rituel.

    Le Travail maçonnique se partage. Les Frères y participent d’une manière enthousiaste. Ils reçoivent un salaire et des augmentations de salaire car le chantier est ouvert depuis longtemps et restera encore ouvert longtemps.

    Le « Travail » ainsi annoncé est en réalité cette transformation qui s’accomplit en chacun d’entre nous par la recherche de l’équilibre entre l’individu et le groupe que constitue la Loge.

    Le travail symbolique a une grande importance, sans doute, mais il ne serait qu’une lettre morte s’il n’avait pas pour effet de faire travailler l’esprit des Maçons en dehors de leurs réunions périodiques. Le Travail maçonnique est en fait l’activité de l’homme en soi, la conquête de son identité, la maîtrise de ses passions, la reconnaissance de ses faiblesses et de ses vertus.

    • Pratiquer la fraternité.
    • Pratiquer l’altruisme.
    • Participer aux travaux opératifs.

    La participation aux travaux opératifs est une phase très importante dans le parcours maçonnique. Elle rappelle les conditions des Apprentis dans le contexte des bâtisseurs de cathédrales. Elle contribue grandement à l’apprentissage de l’humilité et à la concrétisation de la fraternité.

    • Pratiquer la bienfaisance.

    Tous, nous pouvons être utiles les uns aux autres. Chacun a besoin de tous. Il me semble que celui qui refuserait de secourir son semblable s’exclurait lui-même de la communion des Initiés par ce seul fait.

    • Réagir, devenir homme « libre ».

    L’homme libre est l’idéal du moi proposé par la voie « initiatique ». Celle-ci associe l’introspection à la pédagogie. Elle conduit en principe à une transformation de l’être. Pour y parvenir, celui qui s’engage dans cette voie pratique le symbolisme.

    • Pratiquer le symbolisme.

    Pratiquer le symbolisme est aussi un de nos devoirs. C’est regarder tout ce qui existe comme une grande écriture chiffrée. C’est penser la pensée et parler du langage.

    • Etudier les symboles.

    L’enjeu de l’approche du symbole est l’éveil de facultés endormies justement par l’apprentissage de la conformité dans le monde profane.

    • Rechercher la Vérité.
    • Pratiquer la rectification.

    La rectification est une remise en question de ce qui semble acquis, une interrogation sur le processus de la pensée, une révision des outils de la pensée.

    • Tirer profit de la taille de la Pierre brute.

    Pour tirer profit de la taille de la Pierre brute, il nous faut adopter un comportement à la fois critique et bienveillant. En quelque circonstance que ce soit, un Maçon se doit à lui-même de ne pratiquer que la tolérance, de ne priser que la vertu et de ne respecter que l’intelligence et le talent.

    Tels sont les devoirs rigoureux que nous devrions assumer vis-à-vis de nous-mêmes pour nous rendre dignes de la confiance que nos Frères ont mise en nous… pour finalement, découvrir le sens de notre Initiation.

    Ce n’est qu’à la faveur du long silence qui nous est imposé tout au long de notre apprentissage que nous pourrons faire cet indispensable retour sur nous-mêmes qui nous affranchira définitivement de l’influence pernicieuse de notre existence antérieure et nous fera découvrir, en même temps, que la Lumière que nous sommes venus chercher dans le Temple se trouve déjà en nous.

    Les devoirs des Compagnons

    Comme je l’ai mis en évidence pour les Apprentis et tout Maçon qui se respecte, il me semble que les Compagnons ont des devoirs encore plus importants : l’assiduité et la ponctualité, le travail, la tolérance, le silence, la domination de soi-même et le devoir de voyager

    A propos de silence, dans la Loge, le Compagnon a désormais le droit de parler, pour s’exercer à l’expression juste et à l’échange courtois, tout en poursuivant le silence intérieur. Mais la parole est si précieuse qu’il vaut mieux ne pas la gaspiller ! Le silence du Compagnon est une nécessité pour assurer la confiance que l’on peut avoir en lui. De nos jours, l’enseignement du Compagnon s’articule encore autour des notions de voyage et de travail. C’est l’invitation à aller au-delà du paysage familier, à rompre avec les habitudes et à créer.

    Les devoirs des Maîtres

    Enfin, celui qui devient Maître contracte l’engagement de travailler, surtout pour autrui. Il doit en effet aux Apprentis et aux Compagnons la lumière indispensable à l’accomplissement de leur tâche. Ce n’est donc pas pour nous reposer que nous atteignons le degré de Maître. Nous devons redoubler d’efforts constants afin que rien de ce qui concerne l’Art ne reste obscur pour nous.

    Donnons en permanence l’exemple à suivre car nous sommes tous au service de notre Loge, surtout lorsque nous y avons une fonction d’Officier Dignitaire à remplir. Mais lorsque nous n’avons aucune fonction particulière à exercer, soyons toujours à l’écoute de nos Frères, qu’ils soient Apprentis, Compagnons ou Maîtres.

    Car nous ne sommes tous là que pour travailler, sur nous-mêmes en priorité, pour le bien de la Loge et le développement de l’Obédience. Plus que quiconque, nous devons être assidus. Mais notre assiduité doit être désirée : c’est une assiduité de conviction. Enfin, outre les devoirs antérieurs de l’Apprenti et du Compagnon que nous faisons nôtres, nous avons de surcroît le devoir d’être vigilant au recrutement et celui de transmettre aux plus jeunes les éléments de la Tradition maçonnique.

    Pour conclure

    Pour conclure, du moins provisoirement mais de manière très personnelle… je me dis que, si la Lumière luit effectivement dans les Ténèbres, elle est aussi présente en nous, dans notre cœur. Au centre du Pentagramme étoilé, Léonard de Vinci a recouvert la Lettre G par un Homme stylisé, bras et jambes écartés.

    En associant la Lettre G et cet Homme idéal, ne peut-on pas penser que dans tout homme luit une parcelle de Lumière, une étincelle de divinité qu’il nous faut protéger ? A nous d’entretenir cette flamme, cette petite étincelle divine.

    Dès lors notre devoir de Maçon ne consiste-t-il pas à rayonner dans le monde profane, à poursuivre l’œuvre toujours inachevée du Grand Architecte de l’Univers ? N’est-ce pas cela, finalement, construire son propre Temple ?

    R:. F:. A. B.

     


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  • Novembre 2009

     

    Introduction

    Il m’est venu l’idée d’exprimer ma conception personnelle de la Franc-maçonnerie, c’est-à-dire comment je conçois de la vivre au service de notre Obédience, des Loges et de tous mes Frères.

    Dans cette planche, je donnerai mon point de vue sur les conditions principales et les critères plus subjectifs pour pouvoir être admis au sein de notre Obédience ; sur les caractéristiques de la régularité maçonnique à laquelle j’adhère pleinement ; sur nos serments prêtés sur un livre sacré ; sur la spécificité de la croyance qui nous est demandée ; sur le concept de Grand Architecte de l’Univers, etc.

    Les conditions essentielles pour devenir Franc-maçon

    Je souhaiterais tout d’abord rappeler les conditions qui nous ont été imposées pour pouvoir être admis en Franc-maçonnerie régulière.

    Pour être admis et reconnu comme Franc-maçon, il est indispensable de pouvoir affirmer sa foi en Dieu, quel que soit le nom qui puisse lui être donné.

    L'admission est accordée à tout homme, de quelque race ou religion qu'il soit, pourvu qu'il remplisse cette condition première, et qu'il jouisse de la réputation exemplaire d'être un homme d'honneur et de conviction, empreint de spiritualité.

    Il se doit aussi d'adhérer aux grands principes et aux règles que la Grande Loge Régulière de Belgique adopte.

    Je songe notamment aux trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie qui doivent toujours être exposées pendant les Travaux de la Grande Loge et des Loges placées sous son contrôle.

    Tous les Initiés doivent prêter leur Obligation sur le Volume de la Loi Sacrée, Livre sacré dans lequel est exprimée la Révélation d’En Haut.

    Ceci étant, nos Loges sont souveraines et peuvent avoir d’autres critères, souvent subjectifs, pour accepter ou refuser un candidat.

    Caractéristiques de la Franc-maçonnerie traditionnelle et régulière

    La Franc-maçonnerie traditionnelle et régulière, celle que nous pratiquons à la G.L.R.B., n'est ni une religion, ni le substitut d'une religion.

    En effet :

    • elle ne nous impose pas de doctrine théologique et elle refuse tout débat religieux dans ses Loges ;
    • elle n'administre aucun sacrement ;
    • elle ne prétend nullement conduire au salut mais seulement aider ses membres à se réaliser dans le respect de la foi qui leur est propre.

    Contrairement à certaines idées reçues, la Maçonnerie régulière ne prêche aucun anticléricalisme. Elle est compatible avec toutes les religions et, loin de les contredire, elle leur marque un profond respect. Elle n'écarte que l'athéisme forcené, contraire à la conception qui, de temps immémorial, a été la sienne du Grand Architecte de l'Univers. Elle n'interfère pas dans la pratique personnelle de ses membres, mais attend d'eux qu'ils restent fidèles à leur foi. C'est la raison pour laquelle elle les oblige à prêter serment sur ou en présence de la Bible ou du livre tenu pour sacré par eux [1], et qui est ouvert durant toutes les Tenues.

    Notre Maçonnerie régulière est-elle dogmatique ?

    On ne peut donc, à mes yeux, qualifier de « dogmatique » la Maçonnerie régulière installée dans notre pays. Les candidats doivent avoir la foi en Dieu mais c’est librement qu’ils adhèrent aux huit règles relatives à la régularité maçonnique.

    La Franc-maçonnerie traditionnelle est pratiquée par de nombreuses Grandes Loges indépendantes de par le Monde. Elles obéissent toutes aux principes formulés en une règle en huit points précisée ci-après. Ces Grandes Loges sont dites régulières, car respectueuses des « Anciens Devoirs » et des traditions spécifiques de l'Ordre.

    Elles sont pour cette raison, reconnues par la Grande Loge Unie d'Angleterre, Grande Loge Mère de toutes les Loges du Monde, et, par les autres Obédiences de la Maçonnerie Universelle tenues pour régulières par elle.

    Quelle est cette règle en huit points ?

    1. Croyance en DIEU, Grand Architecte de l'Univers.

    Une Grande Loge Régulière ne peut admettre comme membres que ceux qui professent clairement cette croyance.

    2. Serment sur le Volume de la Loi Sacrée.

    Une Grande Loge Régulière doit exiger que tout nouveau membre prenne son obligation sur le Volume de la Loi Sacrée, correspondant à sa croyance, de façon que la conscience de tout nouvel Initié se trouve liée par la révélation d'En-Haut.

    3. Travail en présence des Trois Grandes Lumières.

    Une Grande Loge Régulière et les Loges placées sous sa juridiction ne doivent travailler « maçonniquement » qu'en présence du ou des Volumes de la Loi Sacrée (par exemple, la Bible, la Torah, le Coran,…), de l’Équerre et du Compas.

    4. Discussions politiques et religieuses.

    Une Grande Loge Régulière doit interdire formellement de telles discussions au cours des Travaux maçonniques des Loges placées sous sa juridiction.

    5 Masculinité.

    Une Grande Loge Régulière et les Loges placées sous sa juridiction ne doivent admettre et recevoir que des hommes. Ces Loges ne doivent entretenir aucune relation maçonnique avec des Loges mixtes ou des organismes admettant l'adhésion de femmes.

    6. Souveraineté.

    Une Grande Loge Régulière doit avoir une juridiction souveraine sur les Loges placées sous son contrôle. Elle doit être un organisme responsable, indépendant, autonome, seul qualifié pour diriger l'Ordre et les degrés symboliques de son Obédience (Apprenti, Compagnon et Maître). Elle ne doit ni être subordonnée à un Suprême Conseil ou autre Puissance revendiquant un contrôle ou une autorité sur ces degrés, ni partager son autorité avec de tels organismes.

    7. Traditionalisme.

     Une Grande Loge Régulière doit faire strictement respecter, dans son Obédience, les « Landmarks », les anciens règlements, us et coutumes de la Franc-maçonnerie de Tradition.

    8. Régularité d'origine.

    Une Grande Loge Régulière doit avoir été fondée soit par une Grande Loge Régulière déjà constituée, soit par au moins trois Loges, régulièrement consacrées par une Grande Loge Régulière.

    Notons, pour mémoire, que nos Frères, membres de la G.L.N.F. en France, ont une règle en douze points à propos de la régularité.

    Qu’entend-on par « Landmarks » ?

    Notre groupement, à vocation initiatique, œuvre en observant des règles qui lui sont propres et demeure en symbiose avec le respect de la Tradition et des buts de l’acte initiatique. En Franc-maçonnerie, ces Règles sont appelées « Landmarks ».

    Les « Landmarks » trouvent leurs origines dans les « Anciens Devoirs » (Old Charges) et précisent :

    • les délimitations qui situent la Franc-maçonnerie par rapport à toute autre société ;
    • les bornes de la Tradition du Métier de Maçon ;
    • la délimitation de lieu où s’accomplit la transmission du Métier ;
    • les invariants qui sont les garants de la régularité d’une Grande Loge.

    Les principes des « Landmarks » ou « Anciens Devoirs », coutumes et usages du « Métier de Maçon » doivent être strictement observés. Les « Landmarks », Règles immuables, sont les limites de l’espace dans lequel nous nous trouvons en Franc-maçonnerie régulière et à l’extérieur duquel nous nous en séparons. Ces Règles sont le substrat de l’Ordre. Elles ne sont concevables et acceptables que reconnues de temps immémoriaux.

    Ils mettent en évidence les critères de régularité au premier rang desquels on trouve la croyance en Dieu, Grand Architecte de l’Univers, et en sa volonté révélée. La Franc-maçonnerie œuvre donc à la gloire de Dieu, connu sous son attribut de Créateur et sous le nom de Grand Architecte de l’Univers.

    Les « Landmarks » ne sont pas des dogmes car la Franc-maçonnerie ne se réclame pas d’une révélation spécifique à une religion déterminée. Elle rappelle seulement qu’en Occident, l’ensemble des révélations relève de la tradition biblique.

    Le principe de l’interdiction des « intervisites »

    Nombreux sont les Frères qui se demandent pourquoi les visites dans des Loges d’autres obédiences sont interdites.

    Les raisons généralement invoquées pour justifier l’interdiction des « intervisites » relèvent essentiellement de notre loyauté, de notre fidélité à notre engagement. Lors de notre Initiation, nous nous sommes tous engagés par notre serment à respecter la Constitution et le règlement général de notre Obédience qui prévoient cette interdiction de manière explicite.

    Pour mieux comprendre les raisons de l’interdit des « intervisites », il nous faut retourner à l’essentiel, c’est-à-dire à la définition même de la Franc-maçonnerie traditionnelle.

    Qu’est-ce que la Franc-maçonnerie ?

    Pour nous, la Franc-maçonnerie traditionnelle est un ordre initiatique, un organisme auquel nous avons pu accéder par notre initiation, c’est-à-dire par la révélation, le partage d’un savoir philosophique, d’une méthode et d’une atmosphère propice au respect de l’individu et de son épanouissement.

    Qu’est-ce qu’un ordre initiatique ?

    Pour transmettre leurs connaissances ésotériques, les groupements initiatiques utilisent un canevas commun. Les candidats doivent subir et surmonter des épreuves emblématiques qui les amènent à passer de leur état profane à une disposition de perception du sacré. Les récipiendaires reçoivent les outils qui leur permettent de se modifier, de passer de la conscience à la supra-conscience. Pour ce faire, de tout temps, les rituels se sont articulés autour d’une mort symbolique, sollicitation à surpasser la condition profane. Les sociétés initiatiques visent à déclencher un choc émotionnel chez chacun des postulants par leur participation active à leur mort symbolique.

    Par leur participation assidue et répétitive aux cérémonies et par les méditations qui s’en suivent, les néophytes, devenant des initiés virtuels, sont en mesure d’assimiler la perception de l’immortalité en l’affirmant en eux-mêmes.

    Si l’initiation aboutit, elle opère une métamorphose de l’individu lorsque se réalise en lui une compréhension personnelle des symboles qui activent sa recherche de sa vie intérieure.

    La Franc-maçonnerie traditionnelle propose donc à ses membres des enseignements secrets au moyen de rituels propres à chaque degré. Ces degrés sont nécessaires car la vérité, qui existe au plus profond de chaque homme, ne se révèle et ne se concrétise que par étapes. Celles-ci forgent l’acquisition progressive de la connaissance véritable de soi.

    Les Rites forment un tout cohérent. C’est pourquoi les enseignements de la Franc-maçonnerie n’évoluent pas, ne peuvent évoluer et demeurent fidèles à son Expression. Aussi, au sein de la Tradition, la source est intrinsèquement transcendante. Les rites et les mythes qui y sont inclus traduisent l’intervention d’un principe extérieur et supérieur à la nature humaine.

    La Tradition et la transmission

    La Tradition ouvre une possibilité de dépassement de soi à condition d’adhérer à une de ses expressions authentiques.

    La transmission initiatique s’exprime entre autres par l’importance accordée dans divers rituels maçonniques au symbolisme du Temple.

    Tradition et transmission sont étroitement liées, indissociables parce que le symbolisme et l’ésotérisme sont conservés et dispensés aux néophytes par les Maîtres Maçons initiables et initiants dans le respect de l’infaillibilité traditionnelle.

    La Tradition ne peut être confondue avec les notions de conformisme et de conservatisme. Par conséquent une transmission régulière est nécessaire, inconditionnellement. En d’autres termes, sans transmission régulière, il n’y a pas d’initiation possible.

    Une société à vocation initiatique œuvre en observant des règles qui lui sont propres mais qui doivent toujours demeurer en symbiose avec le respect de la Tradition et des buts de l’acte initiatique.

    Tel est le cas de la G.L.R.B. et d’elle seule en Belgique !

    Le G. A. D. L’U. et la Grande Loge Régulière de Belgique

    La fidélité aux principes de la Franc-maçonnerie régulière implique donc la reconnaissance de Dieu, Etre Suprême que la Franc-maçonnerie appelle traditionnellement le « Grand Architecte de l’Univers ».

    Les Grandes Loges régulières sont dans la logique de leurs objectifs initiatiques lorsqu’elles requièrent de leurs membres, avec la croyance en l’Etre Suprême, une option spirituelle dans un sens qui n’est ni défini, ni explicité : chacun se fait du Grand Architecte de l’Univers, c’est-à-dire de Dieu, une conception qui peut être purement personnelle ou même s’identifier à celle d’une religion.

    Notre Maçonnerie authentique garantit à ses membres la totale liberté de l’esprit en s’interdisant de définir Dieu et en laissant à chacun le droit et le soin d’interpréter, de définir ou de ne pas définir ce qu’est pour lui le Grand Architecte de l’Univers.

    Le Grand Architecte se place dans la lignée des grands fondateurs de l’humanité. En fait il les rassemble tous dans une même symbolique, dans une même essence. Il est un transformateur de matière en lumière avec la différence, par rapport à Osiris, Dionysos, Shiva ou le Christ, que sa transformation est entre les mains de l’homme. C’est l’homme qui accepte de recevoir les outils du ciel et de les utiliser pour construire sur terre une cité nouvelle, calquée sur l’image qui nous est restée de notre passage dans l’Eden. Nous avons en nous l’archétype de la cité de lumière, et il nous appartient de la ressusciter entre Équerre et Compas, c’est-à-dire en lui imprimant notre sensibilité et notre créativité humaines.

    Il ne faut pas confondre le Grand Architecte avec un Dieu anthropomorphe ou appartenant à une religion dogmatique. Le Grand Architecte est l’initiateur du plan. Il est la totalité de tous les tracés possibles.

    L’invocation du Grand Architecte de l’Univers, au début et à la fin des Travaux en Loge, constitue une notion essentielle à laquelle certains Maçons n’accordent pas toujours assez d’attention pour en ressentir une véritable résonance en eux. Elle contient une vérité qui nous éclaire sur le sens de notre démarche. La pensée maçonnique écossaise affirme reconnaître l’existence de valeurs morales telles que la liberté, la justice, la fraternité, mais aussi celle de valeurs éternelles de l’Esprit incarné dans l’homme telles que l’amour inconditionnel, l’équité, l’acte juste.

    Tout cela est contenu dans la notion de Grand Architecte de l’Univers qui ne peut être un dogme, ni une loi exotérique car la recherche transcende la vie courante, la vie matérielle, le domaine spatio-temporel. Le mystère de l’Etre en nous se fait plus présent.

    Que l’on accepte ou non qu’il puisse exister un principe organisateur, c’est sur la compatibilité entre le monde inanimé et notre conscience que l’on ne peut qu’être d’accord. L’Initiation apprend à l’homme à ne pas se laisser accaparer par l’apparence des choses. Derrière ce qui est apparent se cache le sens réel des choses, et c’est cette recherche qui constitue la « quête » maçonnique que nous appelons la recherche de la Vérité ou la voie de la Connaissance.

    Le but de l'Initiation maçonnique, c’est passer de la vérité que l’on croit détenir à la vérité que l’on est. Par l’apport de ses rituels, la Franc-maçonnerie donne la possibilité à chacun de se dépasser et d’accéder à un niveau supérieur.

    Le Grand Architecte de l’Univers n’est ni une image anthropomorphe, ni un dieu voyeur qui nous suit partout, ni une idole, ni un objet de croyance, ni un dogme. C’est une idée qui a valeur d’analogie. C’est l’émanation d’un principe, d’une source d’énergie et de lumière. C’est la Parole, au sens d’une intelligence créatrice qui  nous dépasse et que nous portons en nous, que nous cherchons à expérimenter.

    Alors, « travailler à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers » ne revient-il pas à exprimer une grande espérance et souhaiter que cette source d’énergie et de Lumière éclaire les échanges entre les hommes ?

    Quant au mot « gloire », je pense le comprendre comme le poids d’une présence invisible mais réelle, souvent décrite dans la Bible comme la Lumière, symbole de Connaissance suprême.

    Puisque la Loge se réunit en son nom, elle souhaite que le Grand Architecte de l’Univers en tant que « symbole de réalité ultime » éclaire ses Travaux et oriente les pensées de tous les Frères qui y participent. Rendre gloire, c’est alors replacer les choses et les êtres dans l’ordre universel, à la source de la Lumière éternelle. Tel est le sens que je donne à nos Travaux en Loge.

    Invoquer le nom du Grand Architecte de l’Univers, c’est faire mémoire qu’au milieu de notre vie ordinaire, il y a une présence qui nous fait vivre l’instant, que certains appellent éclairs de Lumière, dans un autre monde qui pourtant est déjà là.

    Le « Grand Architecte de l’Univers », est donc une notion qui me paraît essentielle du Rite auquel nous travaillons. Elle laisse à chacun de nous la plus grande liberté de pensée et n’impose aucune limite dans cette recherche de compréhension du principe de vie, non seulement de la vie physique ou de la transmission de la vie, d’une façon rationnelle, mais aussi de la vie spirituelle.

    Ce n’est pas dans la réalité apparente de notre moi que nous trouverons les fondements de notre être et de notre devenir mais dans le symbole du Grand Architecte de l’Univers perçu, non comme un être mystérieux qui préside d’une façon lointaine à la destinée du monde, mais comme une énergie créatrice universelle à la fois transcendante et immanente qui l’habite et lui fait prendre conscience de la réalité intérieure du souffle qui l’anime. Dès lors, la vie spirituelle est une manière d’être face à l’absolu qui est au fond de nous-mêmes et des autres.

    Les Francs-maçons du Moyen Age se considéraient comme les collaborateurs de Dieu dans l’œuvre de création. Mais ils n'avaient pas la prétention de connaître l'ineffable puisqu’Il est inconnaissable. Cependant ils avaient la certitude de pouvoir découvrir Sa Loi à travers Ses œuvres. C'est pourquoi les Francs-maçons proclamaient leur foi en Dieu, Créateur de l'Univers. Lorsque j’ai été reçu Franc-maçon, j'ai proclamé, à mon tour, ma foi en Dieu, Grand Architecte de l'Univers.

    Certes, l'Ordre maçonnique véritable laisse à chacun la liberté de croire ou de ne pas croire en un Dieu personnel ou impersonnel, transcendant ou immanent, créateur, rédempteur ou juge car la religion est affaire de croyance personnelle. Chacun reste donc libre, selon l'éducation reçue, selon la Tradition, selon son imagination personnelle de donner au Grand Architecte de l'Univers la forme et les attributs qu'il imagine.

    La seule condition foncièrement nécessaire à l'entreprise d'une ascèse maçonnique efficace, c'est la constatation que l'Univers (l'ensemble du monde réel, où les choses et les idées, la matière et l'esprit sont étroitement associés) obéit à la Loi qui préside aussi bien aux phénomènes de l'esprit qu'aux phénomènes de la matière. C'est là la seule manifestation visible et intelligible du Créateur, Grand Architecte de l'Univers.

    Ce que je suis venu chercher dans la Loge, c'est la connaissance de cette Loi afin de vivre en elle et de la faire vivre en moi.

    C'est par notre connaissance de cette Loi et notre adhésion à elle que nous pourrons accéder à la liberté qui consiste à pouvoir choisir et agir. En effet, le Grand Architecte de l'Univers nous a voulus libres. Il nous laisse à tout instant choisir entre le bien et le mal. Nous refusons de nous résigner à subir le mal. Nous combattons le mal et nous voulons le faire disparaître de la Terre.

    C'est ainsi que je comprends le caractère inachevé du Temple. Je crois en effet en un monde en perpétuelle création, en évolution continue vers sa perfection ; je crois que tout homme est améliorable, peut-être même perfectible à très long terme, mais la perfection ne semble pas être de ce monde !

    En tant que Franc-maçon, je pense avoir reçu, comme tous mes Frères, la mission - désirée - de collaborer à cette évolution, à cette amélioration du monde, de tout ce qui le compose et à commencer par moi-même, par nous-mêmes.

    L'essentiel à présent est de ne pas rester inactif et immobile. A chaque Tenue, le Vénérable nous invite d'ailleurs au travail. L'idée de travail englobe plusieurs domaines de l'activité humaine : l'instruction et la réflexion, la recherche et l'expérimentation, la méditation et l'action.

    Depuis l’époque où ont été écrits les Manuscrits Dumfries, le Masonry Dissected de Prichard puis les Constitutions d’Anderson, la Franc-maçonnerie travaille « à la gloire du Grand Architecte de l’Univers » et exige de ceux qui veulent participer à ce travail la croyance en Dieu et en sa volonté révélée. C’est le premier et le principal des « Landmarks » qui définisse la régularité.

    Supprimer cette exigence, sous prétexte d’associer à l’œuvre maçonnique les hommes de bonne volonté qui ne partagent pas cette croyance, c’est ruiner les fondements de cette œuvre et en dénaturer l’esprit. On peut en dire autant de l’attitude qui consiste à conserver la formule du Grand Architecte de l’Univers mais à la vider de son contenu en considérant que chacun peut y mettre ce qu’il veut.

    Vue dans la perspective de l’authentique Tradition maçonnique, l’appellation « Grand Architecte de l’Univers » est, au contraire, pleine d’un sens très précis et très riche.

    Les trois premiers articles de notre Constitution

    Notre Constitution comprend dix articles qui doivent être relus au moins une fois l’an, et notamment lors de l’Installation du Vénérable Maître de la Loge. Par rapport au sujet de la présente planche, je me limiterai à n’en citer que les trois premiers :

    1. La Franc-maçonnerie affirme l'existence de Dieu, Etre Suprême qu'elle désigne sous le nom de Grand Architecte de l'Univers. Elle requiert de tous ses adeptes qu'ils admettent cette affirmation. Cette exigence est absolue et ne peut faire l'objet d'aucun compromis, ni d'aucune restriction. La Franc-maçonnerie ne définit pas l'Etre Suprême et laisse à chacun la liberté de le concevoir.

    2. La Franc-maçonnerie est une association initiatique qui, par son enseignement symbolique, élève l'homme spirituellement et moralement et contribue ainsi au perfectionnement de l'humanité par la pratique d'un idéal de paix, d'amour et de fraternité.

    3. Tout travail maçonnique se fait « A La Gloire du Grand Architecte de l'Univers» et en présence des trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie : le Volume de la Loi Sacrée sous l’Équerre et le Compas, sur lesquels sont prêtés tous les serments et obligations.

    C’est pourquoi les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie doivent toujours être exposées pendant les Travaux de la Grande Loge et des Loges placées sous son contrôle. Tous les Initiés doivent prêter leur Obligation sur le Livre de la Loi Sacrée dans lequel est exprimée la Révélation d’En Haut.

    Certains de nos Frères ont parfois eu difficile à admettre la formulation de l’ancienne déclaration de croyance que nous avons pratiquement tous signée :

    Je déclare reconnaître formellement l’existence de Dieu, Grand Architecte de l’Univers, qui est une des bases essentielles de la Franc-maçonnerie. J’ai pris connaissance de la Constitution de la Grande Loge Régulière de Belgique. Je m’engage à l’observer, ainsi que son Règlement Général, ses décrets et le règlement particulier de la Loge « X »  n° Y à l’Or:. de Z.

    Cette ancienne version avait été assez bien contestée par un certain nombre de Frères à l’époque où le Règlement général de notre Obédience a été revu. Cette disposition administrative a alors été remplacée par le texte suivant :

    Je déclare avoir pris connaissance de la Constitution et du Règlement Général de la Grande Loge Régulière de Belgique et pouvoir y souscrire sans réserve. Au cas de mon acceptation dans l’Ordre, je promets de les respecter intégralement, ainsi que les décrets de la Grande Loge Régulière de Belgique et le règlement particulier de la R. Loge « X »  n° Y à l’Or:. de Z.

    Nos serments successifs

    Lors de notre Initiation, lors de notre Passage au degré de Compagnon, lors de notre Élévation à la maîtrise, lors de notre engagement comme Officier Dignitaire, nous nous sommes tous engagés par notre serment à respecter la Constitution et le Règlement général de notre Obédience.

    Prêté la main droite dégantée et posée sur le Volume de la Loi Sacrée afin que nous nous engagions sur ce qu’il y a de plus sacré, notre serment nous enjoint :

    • de garder le secret;
    • de rester fidèle et discret, c’est-à-dire de ne trahir ni l’Ordre maçonnique ni nos Frères ;
    • de persévérer dans le perfectionnement, c’est-à-dire de marcher sur le chemin de l’Initiation.

    Dans les pays occidentaux, ce Volume de la Lois Sacrée a toujours été la Bible mais aujourd’hui un candidat Franc-maçon, dont les racines religieuses personnelles ne se reconnaissent pas dans la Bible, peut prêter son serment d’engagement sur le livre de son choix tel le Coran ou la Torah qu’il n’est pas rare de voir sur l’autel des Loges maçonniques en plus de la Bible.

    Je suis pleinement conscient d’avoir prêté mes serments successifs sur la Bible. Depuis toujours, les Francs-maçons prêtent serment sur ce Livre considéré comme sacré et qui donne à leurs engagements un caractère solennel et irrévocable.

    Par tout serment solennel, l’homme renonce à une certaine part de sa liberté, ce qu’il fait devant une autorité qui a le pouvoir en tous lieux et en tout temps de connaître un manquement à cette renonciation et de le punir.

    Le mot « serment » vient du mot latin « sacramentum » ; « Sacramentum » est lié au mot « sacer » qui signifie sacré ou ce qui appartient au monde divin.

    En Franc-maçonnerie, le serment consiste en une promesse solennelle faite par le Néophyte qui s’engage à garder les secrets de la Maçonnerie et à se conformer en toutes choses aux règlements de l’Ordre, conformes aux lois en vigueur dans le pays.

    Le serment est empreint d’un caractère solennel, de la gravité d’un pacte, du sérieux extrême de l’engagement indissoluble entre celui qui le prête et celui qui le reçoit. Ce serment initiatique a aussi un caractère antique et sacré. Il est prononcé de la libre volonté du Récipiendaire, sans contrainte et devant une assemblée de Maçons témoins qui vont devenir ses Frères et en présence du principe de l’Ordre.

    Ce serment spécifique se décompose en trois parties : une invocation, une promesse, une imprécation. Le plus souvent, et en tout cas dans notre Obédience régulière, l’invocation est faite à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers.

    Le serment est prêté le plus souvent sur la Bible, ouverte au prologue de l’Évangile de saint Jean. Je considère que tous nos serments ont un caractère d’alliance cosmique avec l’Éternel. C’est une obligation réciproque consentie librement entre l’Ordre et le Néophyte qui est accepté en qualité de nouveau maillon de la chaîne initiatique. Cette promesse au caractère solennel engage l’être tout entier à être fidèle à sa promesse.

    Il y a bien longtemps, je me suis demandé pourquoi j’avais prêté mon premier serment sur la Bible que le rituel désigne par l’expression « Volume de la Loi sacré » car ce Livre a fait l'objet de maintes controverses.

    Sous l'influence prédominante de l'idée chrétienne en Occident, nos aînés ont cru devoir choisir la Bible pour perpétuer au sein de la Maçonnerie le souvenir d'un enseignement que l'on pourrait synthétiser comme ceci : l'homme est un pont et non un but ; il est un passage et un déclin : le maillon d'une chaîne infinie.

    Pour les Anglo-Saxons, c'est la Bible qui doit se trouver ouverte sur l'autel.

    Pourquoi la Bible ?

    Si cette règle n'était pas observée, l'obédience réfractaire serait déclarée « irrégulière ». En imposant la Bible, les Anglo-Saxons précisent bien qu'il s'agit de l'Ancien Testament. Mais dans nos Loges, la Bible est ouverte à la première page de l’Évangile de Saint-Jean, qualifié souvent d’Évangile de l'Esprit.

    La Bible en soi, en tant qu'accessoire rituel, ne se prête à aucune interprétation. Sa présence dans l'Atelier ne se justifie que par le désir de ne pas laisser s'estomper l'annonce par Saint Jean de l'approche de la Lumière.

    C'est parce que le Volume de la Sainte Loi symbolise la loi elle-même qu'elle figure sur l'Autel. Etant la Loi, il me semble normal qu'elle occupe une position «centrale» pendant nos Tenues.

    Nous utilisons l'expression « Volume de la Loi sacrée » mais c'est bien un livre qui se trouve sur l'autel.  Le mot « Volume » veut dire « rouleau ». C'est une référence à des rouleaux traditionnels, une référence aux rouleaux de la Bible chrétienne qui ont été précédés par les rouleaux de la Loi juive. Ces rouleaux étaient un support fait de parchemin spécialement traité : l'objet le plus saint des objets du culte pour les Juifs, un objet qu'on ne touche jamais avec les mains nues.

    De la première à la dernière lettre, son contenu c'est la Parole divine. C'est le Sepher Torah, le Livre de la Loi où est inscrit le « plan du monde, le code génétique de la création ». Ce contenu, c'est la Loi.

    Mais qu'est-ce que la Loi ?

    Le mot « Loi » correspond à bien des termes bibliques, qu'ils soient hébreux ou grecs. Il peut s'agir des principes de la nature qui émanent du Créateur ou des règles imposées aux hommes. Toutes ces lois sont l'expression d'une seule Loi, qui est la volonté divine transmise par l'écriture, « la parole divine qui gît dans le cœur de l'homme ».

    La croyance en Dieu

    La croyance en Dieu, Grand Architecte de l’Univers et en sa volonté révélée, est une condition impérativement nécessaire pour l’admission de nouveaux membres dans une de nos Loges. En effet, la Franc-maçonnerie affirme l’existence de Dieu, Etre Suprême qu’elle désigne sous le vocable de Grand Architecte de l’Univers. La Franc-maçonnerie ne définit pas l’Etre Suprême. Elle laisse à chacun la liberté absolue de le concevoir mais elle requiert de tous ses membres qu’ils admettent cette affirmation. Cette exigence est absolue et ne peut faire l’objet d’aucun compromis ni d’aucune restriction. Il ne s’agit absolument pas d’un dogme puisque l’Initiation a pour but la réalisation intérieure de l’individu, laquelle ne peut évidemment s’effectuer si l’on est soumis à quelque dogme que ce soit. La croyance en Dieu, Grand Architecte de l’Univers, demeure, pour toutes les grandes loges indépendantes du monde, le critère essentiel de régularité et de fidélité aux « anciens devoirs ».

    La Franc-maçonnerie universelle invoque le Grand Architecte de l’Univers et professe la croyance en l’immortalité de l’âme mais elle n’impose aucun précepte. Aucun culte n’y est enseigné. Aucune vérité n’y est révélée. Société initiatique à base philosophique, elle admet la liberté de conscience et la tolérance mutuelle. Le symbole du Grand Architecte de l’Univers se retrouve dans les principes de base et caractéristiques de la plupart des différentes obédiences, avec quelques nuances qu’il convient de préciser.

    Le Grand Architecte de l’Univers est une notion fondamentale dans le Rite Écossais Ancien et Accepté. C’est aussi le premier des principes de la spécificité de la Grande Loge de France, de la Grande Loge Nationale Française et de la Grande Loge Régulière de Belgique. C’est une notion assez subtile et souvent mal assimilée. Le Grand Architecte de l’Univers est un symbole majeur de toutes les confréries de bâtisseurs depuis l’Antiquité.

    Qu’est-ce que Dieu ?

    Le mot « Dieu » vient du latin deus, qui dériverait du sanskrit deiwo, lumineux. Ecrit avec une majuscule, Dieu est le nom du dieu unique des religions monothéistes ou des philosophes. Le concept de Dieu prend des formes extrêmement variées selon les religions. Leur point commun : Dieu (ou un Dieu) est supérieur à l'homme, plus puissant et complet que lui.

    Dieu est une entité suprême, unique, immatérielle, dotée d'une puissance surnaturelle et d'une perfection absolue. Le mot prend une majuscule lorsque Dieu est considéré comme le créateur du monde.[

    Pour les monothéismes (judaïsme, christianisme, islam), Dieu représente l'Etre suprême, transcendant, unique et créateur du monde. Ses principaux attributs sont : l’infinité, l’omniprésence, l’omnipotence, l’omniscience, l’immuabilité, l’immatérialité, la perfection, l’universalité, la sagesse, la justice, la bonté... Dieu a établi les lois générales qui gouvernent le monde.

    Différentes attitudes sont possibles par rapport à cette définition.

    Voici les principales formes de croyances ou d'attitudes relatives à Dieu :

    • Les théistes croient en Dieu à travers des religions qui prétendent avoir connaissance de la nature et des desseins de la divinité qui s’est révélée à elles.
    • Les déistes croient à un Dieu, souvent proche de celui des philosophes, qui n’interagit pas avec le monde et ne s’est pas fait connaître aux hommes.
    • Les panthéistes considèrent que Dieu est dans tout, dans la nature même des choses (immanence).
    • Les agnostiques pensent qu'il n'est pas possible de prendre position quant à l'existence ou non de Dieu.
    • Les athées ne croient pas en Dieu, considérant qu'il s'agit là d'une invention humaine.

    Rappelons que :

    Le théisme est une doctrine qui affirme l'existence d'un Dieu unique, créateur du monde (par opposition à l'athéisme). Le théisme désigne la croyance en un Dieu unique (monothéisme), créateur de l'Univers, dont il est extérieur, mais qui agit sur lui et se manifeste en permanence. Il est généralement décrit de manière humaine, comme une personne animée d'une volonté propre, qui aime, récompense, punit.

    La religion chrétienne s'exprime de manière théiste : Dieu y est présenté comme un Etre céleste, qui apprécie les louanges, écoute les confessions, révèle sa volonté et appelle à une vie spirituelle en communion avec lui.

    Le déisme est une croyance ou une doctrine qui affirme l'existence d'un Dieu et son influence dans l'univers, tant dans la création que dans le fonctionnement de ce dernier. Pour la pensée déiste, certaines caractéristiques de Dieu peuvent être comprises par les facultés intellectuelles de l'homme. La relation de l'homme avec Dieu est directe (notamment par la prière spontanée ou la réflexion). Le Déisme prône une « religion naturelle » qui se vit par l'expérience individuelle et qui ne repose pas sur une tradition particulière.

    Quelle est la différence entre le théisme et le déisme ?

    Le déisme équivaut à une croyance en Dieu qui reste volontairement imprécise.

    Etre déiste, c’est croire en l’existence de Dieu mais sans référence à une révélation.

    Le déiste ressent Dieu de manière intuitive et ne cherche pas à se le représenter. Pour lui, la religion est souvent ramenée à la morale.

    Le terme « déiste » est plutôt utilisé dans le langage théologique pour désigner de manière péjorative ou avec mépris ceux qui se disent croyants mais ignorent les prescriptions religieuses et ne pratiquent pas de culte.

    Le théisme accorde à la raison le pouvoir de démontrer l'existence de Dieu et de déterminer sa nature créatrice par analogie avec la nature créée.

    Etre théiste, c’est affirmer l’existence personnelle et unique de Dieu, cause du monde, Créateur de l’Univers, Etre Suprême.

    Qu’est-ce qu’un athée et qu’est-ce que l’athéisme ?

    Un athée est une personne qui ne croit à l’existence d’aucune divinité.

    En d’autres termes, être athée, c’est nier l’existence de Dieu.

    L’athéisme est une attitude ou une doctrine qui ne conçoit pas l’existence ou affirme l’inexistence de quelque dieu, divinité ou entité surnaturelle que ce soit, contrairement, par exemple, au déisme, au théisme et au panthéisme qui soutiennent ces existences, ou à l’agnosticisme qui considère qu’on ne peut répondre à ces questions.

    Plus simplement, disons que l’athéisme est une attitude qui consiste à ne pas croire en l'existence de Dieu ou de toute autre divinité.

    L'athéisme ne se contente cependant pas de rejeter purement et simplement l'idée de Dieu. Il essaie de comprendre l’origine et l'universalité du phénomène religieux et d’expliquer autrement ce que les religions prétendent éclairer. Les domaines à explorer touchent à de nombreuses sciences humaines : sociologie, psychologie, neurologie, économie, politique...

    Dans l'Antiquité, l'athéisme tel qu'on l'entend actuellement était peu connu. Nier l'intervention des dieux dans les affaires humaines pouvait être assimilé à de l'athéisme. Bien plus tard, la remise en question des croyances en vigueur pouvait être qualifiée également d'athéisme.

    A présent que nous avons mieux cerné le concept de Dieu, envisageons quelques délicates questions : « Dieu existe-t-il ? » ; « Y a t-il des preuves de l'existence de Dieu ? » ; « Peut-on croire encore que Dieu ait créé le monde ? »…

    Dieu existe-t-il ou Dieu est-il ?

    La Bible nous dit que la nature porte la signature du Dieu unique, créateur du monde et de la vie : « les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l'œil nu depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages » (Lettre de l'apôtre Paul aux Romains ch. 1 verset 20).

    Dire que Dieu est Créateur ne veut pas dire que les croyants cachent derrière Lui tout ce qu'on ne peut expliquer. Cela voudrait dire aussi que les scientifiques chrétiens mettraient leur raison de côté pour certains aspects des origines, ce qui n'est pas le cas. Ils répondent simplement à leur manière à la question à laquelle la science ne peut de toute façon pas répondre : « Qui est à l'origine du vivant, le hasard ou Dieu ? » Se prononcer dans un sens ou dans un autre est en réalité un choix philosophique, et non un argumentaire scientifique.

    Comment comprendre le verbe « exister » ?

    Le verbe « exister » vient du latin « existere » ou « exsistere », composé de « ex » et de « sistere », forme dérivée de « stare », « être debout, être stable ».

    « Dieu est le seul être qui, pour régner, n'ait même pas besoin d'exister. » nous dit Charles Baudelaire. « Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer. » nous dit Voltaire.

    La Bible affirme à de nombreuses reprises que Dieu est en dehors du temps. Il est éternel, sans commencement ni fin. Il est infini! Il connaît également toutes choses, étant infiniment intelligent.

    Dieu n’existe pas car un Etre plus grand, plus puissant que Lui aurait dû le créer, l’inventer ! En conséquence, ne pourrions-nous pas dire plus simplement : « Dieu est ! » ?

    En fonction de toute cette analyse, je me suis demandé quels Frères ont leur place à la G.L.R.B. ? Certainement pas les hommes qui se disent athées ! Certainement plus les Frères qui seraient devenus athées à la suite de leurs réflexions, même parfois au bout d’un très long parcours maçonnique ! Ils seront sans doute plus heureux dans d’autres obédiences !

    Etre théiste ou déiste, voire panthéiste, relève des convictions toutes personnelles mais ce qui me semble avoir beaucoup plus d’importance pour se maintenir au sein de notre obédience régulière, c’est d’affirmer sa foi, sa croyance en Dieu, Grand Architecte de l’Univers, sachant que nous avons encore la liberté de définir ou de ne pas définir l’Etre Suprême.

    Pour moi, seuls ont (encore) leur place au sein de notre Obédience régulière, les Frères qui peuvent affirmer leur foi en Dieu, Grand Architecte de l'Univers, quel que soit le nom qu’ils désirent ou ne désirent pas lui donner.

    De cette prise de position je déduis qu’un Frère qui, au cours de son parcours maçonnique, ne croirait plus en Dieu, ne pourrait plus se permettre d’exercer la moindre charge dans une de nos Loges car, poser la main sur les trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie pour prêter serment le placerait immédiatement dans la position du parjure.

    Avant de conclure cette planche par l’exposé de ma façon de vivre la Franc-maçonnerie, je voudrais encore préciser ce que j’entends par Franc-maçon, par Frère, par fraternité et surtout par fraternité initiatique.

    Franc-maçon – Fraternité – Fraternité initiatique

    Qu'est-ce qu'un Franc-maçon ?

    Un Franc-maçon est un homme qui se réalise dans la fidélité aux devoirs qu'il a librement contractés. Sans jamais déroger à ses obligations familiales ou de citoyen, il contribue, par son exemple, au perfectionnement moral et spirituel de l'humanité, aux fins de mettre en œuvre un idéal de paix, de tolérance et de fraternité entre tous les hommes. J’aimerais ressembler à ce portrait idéal !

    Qu’est-ce qu’un Frère ?

    Pour moi, un Frère, c’est un Profane qui, comme moi, a eu la chance d’être choisi puis parrainé, un être qui a reçu l’Initiation et qui, reconnu par nous tous, a accepté d’être placé au début d’un cheminement spirituel qui lui sera propre, dans la quête de la Lumière et de la fraternité, en travaillant sur lui-même d’abord pour tenter de se connaître et de s’améliorer au contact de ceux qui, apparemment, ont choisi le même idéal.

    Qu’entend-on par « fraternité », par « fraternité initiatique » ?

    La G.L.R.B. nous dit que « pour les Francs-maçons en général, la fraternité désigne surtout le lien privilégié qui unit les Maçons et les oblige particulièrement ».

    Cette fraternité des Francs-maçons procède d’abord d’un choix libre, celui qui pousse le Profane à entrer en Maçonnerie. Par la suite, l’Initiation en fera un des buts essentiels qu’il poursuivra dans sa quête. Mais si la fraternité est la base de la Franc-maçonnerie, celle-ci ne crée pas de manière spontanée la fraternité, pas plus que la fraternité ne se décrète. Le Franc-maçon chemine vers la fraternité et ne peut y parvenir que par le Travail.

    Cette fraternité, le Maçon la rencontre à trois niveaux :

    • dans les origines de la Maçonnerie ;
    • dans son symbolisme, c’est-à-dire ce qui rassemble les Maçons et tout particulièrement celui du rituel et de l’architecture du Temple où se réunit la Loge, avec son Pavé mosaïque, les lacs d’amour de la corde qui orne ses murs, avec la Chaîne d’union que pratiquent ses membres ;
    • et enfin dans l’action du Maçon en dehors de la Loge.

    « Pour la Maçonnerie régulière », et c’est la G.L.R.B. qui l’affirme, « la fraternité maçonnique est essentiellement source initiatique ». En effet, elle n'a pas son fondement dans une communauté d'opinions ou d'intérêts, encore moins dans quelque convention sociale qui ferait que les membres du groupe s'efforceraient de se conduire mieux avec leurs « frères » qu'avec ceux qui ne font pas partie de la société maçonnique ».

    La fraternité trouve sa source dans le fait que chacun, par l'Initiation qu'il a reçue, s'engage dans une voie commune de recherche et de progrès spirituel. Chacun se trouve uni aux autres Maçons par l'expérience partagée d'un symbolisme vécu et éprouvé, par le désir de tous de former une communauté initiatique. En recevant le nom de « Frère », l'Apprenti devient un maillon de la chaîne ininterrompue reliant tous les Initiés, ceux d'hier, ceux d'aujourd'hui et ceux de demain.

    La fraternité initiatique repose sur le fait d’aimer son prochain comme soi-même, ce qui demande à l’Initié de s’être réconcilié au préalable avec lui-même, pour entreprendre une démarche volontaire, altruiste, fondée sur l’amour et la notion que tous les êtres sont issus d’une même origine, d’un Principe qui est leur source et leur force.

    Ma conception de la Franc-maçonnerie

    Depuis mon admission dans la grande famille maçonnique, je ne crois surtout pas que tout est fini et qu’il m’est loisible de reprendre ma vie de Profane là où je l’ai laissée ! En effet, si l’Initiation au premier des trois degrés de la Maçonnerie symbolique ne m’a conféré que fort peu de droits, elle m’a astreint par contre à de nombreux devoirs.

    En quelque circonstance que ce soit, un Maçon se doit à lui-même de ne pratiquer que la tolérance, de ne priser que la vertu et de ne respecter que l’intelligence et le talent. Tels sont les devoirs rigoureux que j’ai assumés vis-à-vis de moi-même pour me rendre digne de la confiance que mes Frères ont mise en moi.

    Notre Constitution m’enjoint, nous enjoint « d’étendre à tous les membres de l’humanité les liens fraternels qui unissent les Francs-maçons sur toute la surface du globe ». Elle nous recommande aussi « la propagande par l’exemple ».

    Initié au Premier degré de la Franc-maçonnerie régulière, j’ai prêté - nous avons tous prêté - un serment solennel et juré de mettre en pratique, en toutes circonstances, la grande loi de solidarité humaine qui est la doctrine morale de la Franc-maçonnerie. J’ai juré  - nous avons tous juré - de pratiquer l’assistance envers les faibles, la justice envers tous et la dignité envers moi-même.

    La relativité est l’essence même de la vie. Aussi je ne crois jamais aux vérités absolues. Je dois me rappeler régulièrement, par exemple, que les lois scientifiques ne sont qu’un instantané du relatif pris dans un point du temps et de l’espace. De même, je ne nie jamais rien avec véhémence car peut-être n’ai-je pas compris ce qui me semble faux. Aussi, une de mes règles de vie c’est de fuir autant les dogmes que le sectarisme.

    Comme l’écrivit le grand Littré dans son travail d’Apprenti qu’il présentait à ses Frères en 1876 :

    « Le principal devoir de l’homme envers lui-même est de s’instruire ; le principal devoir de l’homme envers ses semblables est de les instruire ».

    C’est donc par l’accomplissement strict de mes devoirs envers moi-même que j’espère me rendre apte, un jour, à collaborer utilement au Grand Œuvre de l’Ordre maçonnique.  

    Ce que l’Initiation au degré de Compagnon m’a sans doute suggéré, c’est d’œuvrer dans toutes les directions. Certains Frères peuvent croire que leur mission est l’action positive dans des réalités concrètes. D’autres Maçons peuvent imaginer la nécessité d’acquérir des connaissances sur la façon dont les hommes ont résolu les difficultés de la vie en commun et des rapports entre l’homme et ce qui le dépasse. Certains peuvent encore s’élever jusqu’à pouvoir percer le mystère de la connaissance et recevoir la dernière lumière susceptible d’éclairer l’esprit humain. C’est une question tout à fait personnelle quant à l’adhésion et à l’adoption concernant tel ou tel point de vue. Mais, au moins, sachons apprécier la richesse des solutions apportées par les hommes au cours de leur longue marche de la nuit au jour, de la haine à la fraternité, de la nécessité à l’amour.

    Dès mon Initiation au grade d’Apprenti, l’accent a été mis sur le fait de garder le secret, d’être obéissant et de rester fidèle. Car la fidélité est une clé essentielle dans le cheminement initiatique. Elle permet de rester en accord avec tous les engagements que j’ai – que nous avons – contactés dans l’Ordre :

    • fidélité envers soi-même (en suivant ce que l’on croit juste et conforme à sa propre vérité en prenant pour guide la seule voix de sa conscience) ;
    • fidélité envers ses Frères car la fidélité est une des bases de la fraternité ;
    • fidélité vis-à-vis de l’ensemble de ses Frères, c’est-à-dire envers sa Loge et par extension envers les Frères de notre Obédience, envers les Frères de l’Ordre tout entier, facteur de l’œuvre d’édification du temple ;
    • fidélité à la Tradition.

    En guise de conclusion provisoire

    D’une manière plus pratique d’abord, voici comment je conçois la Franc-maçonnerie au quotidien.

    Après avoir beaucoup voyagé, lorsque j’étais Apprenti puis Compagnon, j’ai visité de nombreux Ateliers de la G.L.R.B. puis j’ai choisi de travailler dans plusieurs Loges. C’est un choix personnel que seule ma conscience peut apprécier.

    Depuis mon accession à la maîtrise, de nombreuses responsabilités m’ont été confiées et j’essaie de me mettre chaque jour à la disposition de tous les Frères sans exception.

    Les mots qui guident mes pas quotidiens sont « assiduité », « travail » et « devoirs ».

    En effet, la méthode initiatique ne peut porter ses fruits qu’en étant très régulièrement présent, assidu, actif aux Tenues et aux séminaires de formation.

    Au moment où une Tenue va commencer, le Vénérable Maître nous appelle au travail. Ce n’est jamais à ce moment qu’il faut songer à se reposer des fatigues de la journée. Notre attitude est aussi très importante sur le siège qui nous est offert. N’est-ce pas le moment idéal pour intégrer l’Équerre à plusieurs endroits de notre corps ?

    Je ne reprendrai pas ici la liste des très nombreux devoirs qui nous incombent à des degrés divers. Les Apprentis comme les Compagnons en ont déjà de nombreux. Mais ce sont surtout les Officiers Dignitaires qui ont des responsabilités énormes pour que la méthode initiatique porte ses fruits.

    N’avons-nous pas tous droit à des Tenues et à des séminaires de qualité ? N’avons-nous pas alors le devoir de donner le maximum de nous-mêmes à tous nos Frères pour la réussite de nos Tenues et de nos séminaires ?

    Pour les mêmes raisons, nous avons aussi le devoir de nous former en permanence. Et pour cela il convient, me semble-t-il, de se poser énormément de questions à propos de nos symboles, de nos rituels.

    Tout en restant en permanence à l’écoute de nos Frères, prêts à répondre à leur attente, à leurs besoins affectifs ou matériels, il me paraît aussi utile de s’informer par la lecture. A ce propos, je suis frappé par le nombre de publications à caractère maçonnique qui ont été diffusées depuis plus de vingt ans.

    D’une manière plus philosophique à présent : que suis-je venu faire en Franc-maçonnerie ?

    Si le but suprême de la Franc-maçonnerie est la recherche de la Lumière, encore faut-il donner un sens plus personnel à cette expression.

    Que suis-je venu faire parmi mes Frères ? Chercher la Lumière ? Pourtant je n'ignore pas qu'elle ne se confère point ! Que peut-elle être ? Certains y croient et l'appellent « Dieu ».D'autres pensent la détenir et l'appellent « Raison ». Enfin certains la devinent ou la cherchent : ils l'appellent « la Vérité ».

    La Lumière, n’est-ce pas avant tout la connaissance de soi ?

    Je pense que c'est en nous-mêmes qu'elle se trouve et qu'elle apparaîtra une fois que nous serons sortis des Ténèbres. Ce qui importe donc, finalement, c'est de chercher, donc de se poser régulièrement des questions à propos de nos symboles et de nos rituels.

    Ne perdons jamais de vue que si devenir Franc-maçon est un privilège, assister, participer activement et avec assiduité aux Tenues de sa Loge est un devoir.

    Pour pouvoir travailler en vue de notre élévation spirituelle, il nous faut construire nos connaissances par nos recherches personnelles, par l'introspection, par l'écoute attentive des points de vue exprimés par nos Frères plus anciens, par l’expression de leur expérience et par les ajustements appropriés de nos Surveillants.

    Pour pouvoir participer à l'amélioration du Monde et des Hommes en particulier, il nous faut en premier lieu songer à notre perfectionnement personnel, à devenir une Pierre bien taillée, adaptable dans l'édification du Temple idéal dont nous devrions devenir les pierres parfaites.

    Chacune des étoiles de la voûte de notre Temple ne symbolise-t-elle pas une victoire de la lumière sur l'obscurité et du savoir sur l'ignorance ? C'est pourquoi nous, Francs-maçons, dans notre trajectoire initiatique tournée vers l'éveil et la recherche de la pureté, nous pouvons nous apparenter ou nous identifier à l'une d'elles. Chacun d'entre nous n'est qu'un individu isolé, qui brille de sa propre lumière. Mais tous les Maçons réunis dans leur fraternité forment un ciel constellé de lumières qui sont autant de luminaires pour éclairer le monde.

     

    R:. F:. A. B.

     

    [1] La Torah ou le Coran pour ne citer que deux exemples.

     


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  • Introduction

    Nous sommes à peu près tous convaincus que la Franc-maçonnerie vise au bonheur de l’Humanité par le perfectionnement des personnes, que notre Institution travaille à l’amélioration de l’Homme par la réflexion personnelle, en lui offrant une ambiance et des outils symboliques d’un usage universel.

    La présente planche se veut une réflexion sur la manière dont ces objectifs peuvent se réaliser par le biais du Travail en Loge. Dès lors, la question fondamentale qui se pose, c’est : « Que venons-nous faire en Loge ? ».

    Vous pourriez simplement me répondre que nous venons nous initier, essayer de devenir individuellement meilleur, avec l’espoir d’un peu de progrès pour l'Humanité. Mais la Franc-maçonnerie n’est qu’une voie de perfectionnement parmi d'autres.

    Il nous faut donc trouver une réponse plus précise. Certains d’entre vous me répondront cette fois : « Vaincre nos passions, soumettre nos volontés, et faire de nouveaux progrès en Franc-maçonnerie », réponse que l’on trouve dans les anciens catéchismes de la Franc-maçonnerie spéculative.

    Alors permettez-moi de vous offrir une piste de réflexion parmi d’autres : l'objet premier de la Franc-maçonnerie n’est-il pas la recherche de la Lumière, la quête de la Connaissance ? Le rituel de la cérémonie d’Initiation nous le confirme : ce que nous venons chercher en Loge, c’est effectivement la Lumière ! Mais tentons d’être encore plus précis !

    Mais que venons-nous réellement faire en Loge ?

    Combattre nos vices et faire des progrès dans la Franc-maçonnerie : telles sont, rituellement, les raisons pour lesquelles nous sommes en Loge. Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela signifie d'abord que le Franc-maçon sait qu'il a des défauts qu'il doit corriger et des faiblesses pour lesquelles il doit fournir des efforts. Il éprouve donc le besoin de s'améliorer. Pour cela, il doit prendre conscience de ses défauts, s'efforcer de les combattre et de devenir meilleur en travaillant sur lui-même au moyen des outils symboliques que la Loge met à sa disposition.

    Le devoir d'un Franc-maçon – notre devoir, mes Frères – est de fuir les vices et de pratiquer les vertus en préférant à toutes choses la Justice et la Vérité. Et c'est dans la Loge que nous, Francs-maçons, effectuons ce travail. Pour cela, nous devons être assidus et persévérants, participer aux Travaux en Loge et apporter notre modeste contribution chaque fois que cela est possible. La présence en Loge est nécessaire ; elle est même indispensable, mais elle n'est pas suffisante. Par son travail, chacun de nous doit être « une colonne vivante du Temple ».

    Le Franc-maçon doit d'abord travailler pour son propre perfectionnement. Il doit également persister sans relâche dans la recherche de la Vérité, en étant toujours plus exigeant vis-à-vis de lui-même et tolérant à l’égard de ses Frères.

    Cela veut donc dire qu'avant d'envisager toute action sociale, le Franc-maçon doit entreprendre une action individuelle. Il doit s'imposer une discipline rigoureuse, celle de travailler sur lui-même au moyen des rites et des symboles, tout en s'appuyant sur le soutien de ses Frères en Loge. Il doit travailler à la taille de sa pierre, pour en ôter inlassablement les aspérités, l'équarrir pour la rendre parfaite en vue de sa destination finale. Il doit s’efforcer de combattre ses défauts pour occuper sa juste place dans la Loge et, par-delà, dans la société.

    Le plus difficile, mais en même temps le plus important, ce n'est point d'ambitionner de changer le monde ; c'est davantage de s’efforcer de se changer soi-même et d'abord en apprenant à se connaître. Être un Franc-maçon, c'est se connaître et se situer avant de vouloir tout changer. En effet, il ne manque pas de personnes qui sont prêtes à changer le monde, mais combien de réformateurs ou de révolutionnaires ont-ils été capables de réaliser leurs objectifs dans la durée, faute d'avoir fait ce travail sur eux-mêmes ?

    La Franc-maçonnerie nous dit aussi que nous devons nous efforcer de construire le temple de l'humanité, c'est-à-dire de réaliser une société meilleure, plus juste et surtout plus humaine.

    Les « Constitutions d'Anderson », nous indiquent que le Maçon doit œuvrer pour la paix et le bien-être de la Nation. Mais avant de vouloir réformer la société, ou en même temps, le Franc-maçon doit s'auto-réformer, se changer lui-même. Un des aspects de cette auto-réforme, c'est d'accepter que les autres ont autant de valeurs que nous, que les qualités intrinsèques de chacun de nous n'ont rien à voir avec les différences de statut social ; que quelque soit notre rang ou notre fortune, nous sommes l'égal de l'autre et l'autre est l'égal de nous.

    Poussons la réflexion plus en avant encore et tentons de comprendre pourquoi nous sommes devenus Francs-maçons.

    Pourquoi suis-je Franc-maçon ?

    Nous sommes Francs-maçons parce qu’un jour nous avons frappé à la porte du Temple et que la porte nous a été ouverte ! Nous avons ensuite demandé la Lumière et des Frères nous l'ont accordée ou plus exactement ils nous ont donné les outils nécessaires pour la rechercher. Nous avons donc été initiés, c'est-à-dire que nous avons accepté de nous soumettre à un ensemble de rites d'initiation qui nous ont permis d'entrer dans la fraternité maçonnique.

    Nous sommes des Francs-Maçons parce que nous sommes en quête de Lumière, celle qui guide notre chemin obscur vers la vérité humaine, notamment la prise de conscience de la valeur intrinsèque de tout être humain. Sur le vaste chantier de l'humanité, nous sommes des ouvriers dispersés qui travaillent à l'édification du Grand Œuvre. La Franc-maçonnerie nous permet de nous connaître, de nous reconnaître, de nous assembler et d'espérer ainsi réaliser un monde meilleur, à la condition que nous travaillions inlassablement sur nous-mêmes.

    Mes Frères me reconnaissent pour Franc-maçon. Je suis donc Franc-maçon parce qu'un jour j'ai décidé de demander à le devenir, sans savoir au préalable en détails ce que cela impliquerait comme contrainte et obligation.

    Il s'agit donc d'une démarche réfléchie, mûrement réfléchie. Je suis devenu Franc Maçon, un homme libre et de bonnes mœurs dans une Loge libre.

    Cette démarche « libre » est cependant fondée sur une croyance, une utopie, un pari. Qu'elle soit par cooptation ou par candidature spontanée, l'adhésion à la Franc-maçonnerie est fondée sur un pari. Elle repose sur la conviction a priori que la Franc-maçonnerie est un lieu où l’on peut se cultiver ; un lieu où l’on cultive ce que les philosophes anciens appelaient la vertu, c'est-à-dire que nous apprenons à vivre avec les autres, dans la différence et la tolérance. Car la Franc-maçonnerie est une  « communauté de contacts où cohabitent le bon et le mauvais ».

    Mais pourquoi avons-nous décidé de franchir ce pas pour devenir Francs-maçons ? C'est sans doute parce que les possibilités qu'offre la vie profane sont limitées et parce que la vie symbolisée par l'acquisition des biens matériels est insatisfaisante.

    Il y a donc une recherche de quelque chose de plus, une recherche de ce que certains appellent un supplément d'âme, quelque chose que ni la religion ni la politique ne permettent de réaliser. Ce quelque chose c'est l'unité de l'Être, le Centre de l'Union. Nous venons en Loge chercher ce que la vie profane ne peut nous donner : l'intégration de l'Être et la participation au tout de l'universel.

    A travers les systèmes politiques, les doctrines et les religions, les sociétés nous offrent des clivages et des visions opposées de la vie. Division entre gauche et droite, entre catholiques et protestants, entre musulmans, chrétiens et juifs, entre religieux et athées, entre religieux et laïcs, etc. Autant de divisions constitutives de l'identité des groupes sociaux, mais insatisfaisantes pour celui qui cherche autre chose, insuffisantes pour l'homme de bonne volonté qui cherche à transcender les divisions pour aller vers l'Union.

    Si les divisions sont socialement nécessaires à la vie profane, nous savons qu'elles sont insatisfaisantes si l'on raisonne au niveau des individus dans une perspective universelle et transcendantale.

    N'avons-nous pas tous fait, une fois ou l'autre, l'expérience que des individus, que bien des choses auraient pu séparer ou opposer, trouvent des points communs leur permettant de transcender leurs différences statutaires ou sociales et de travailler ensemble par-delà leurs divergences ? La Franc-maçonnerie ne vise-t-elle pas à réunir ce qui est épars ?

    La Franc-maçonnerie nous offre la possibilité d'expérimenter d'autres modes du vivre ensemble, d'autres manières de concevoir les relations sociales ; d'autres conceptions de l'homme qui placent au centre les qualités intrinsèques de chacun.

    A notre manière, nous expérimentons en Loge – probablement le seul lieu actuellement possible – un mode d'organisation égalitaire. Chacun de nous, indépendamment de ses capacités, de son statut ou de ses richesses éventuelles, est l'égal de l'autre du point de vue des droits et des devoirs et du point de vue du Travail maçonnique. Aucun n'est destiné à faire une chose ou une autre ; aucun n’est destiné à commander ou à obéir. Nous sommes tous appelés à tour de rôle à assumer des responsabilités, à diriger mais aussi à obéir.

    C'est cette possibilité que la Franc-maçonnerie nous donne de vivre et d'expérimenter un mode de relations horizontales, qui est à la base de notre adhésion et la raison pour laquelle nous avons frappé à la Porte du Temple.

    C'est donc parce que nous étions insatisfaits de ce que la vie profane nous offre, que nous sommes venus chercher ce qu'aucune organisation profane ne peut offrir : la possibilité de travailler sur soi au moyen d'outils symboliques pour nous améliorer et œuvrer par là-même à l'amélioration du temple universel de l'humanité.

    La Franc-maçonnerie est, avant tout, un Ordre initiatique, non doctrinal. Elle ne nous impose pas une pensée. Elle nous propose une méthode de réflexion fondée sur les symboles et l’analogie. La fonction première d’une Loge maçonnique régulière est de pratiquer des rituels initiatiques et de consacrer ses efforts à l’Initiation.

    A présent que nous avons mieux cerné l’objet de nos Travaux, tentons de préciser ce qu’est une Loge maçonnique !

    Qu’est-ce qu’une Loge maçonnique ?

    Dans la terminologie maçonnique, on appelle « loges » ou « ateliers » les groupes de base de la Franc-maçonnerie. Les Loges se caractérisent par un titre distinctif, souvent un numéro d'ordre et un Orient, c'est-à-dire le lieu où se réunit la loge.

    Le terme « loge » recouvre en fait un certain nombre de notions. Ce peut être :

    • le local où les Francs-maçons tiennent habituellement leurs Tenues ;
    • l’assemblée des Maçons réunis rituellement pour accomplir ensemble un travail d’ordre initiatique ;
    • l’entité qui prend corps au cours des cérémonies.

    Il n’existe pas de loge sans membres, sinon elle tombe en sommeil ou disparaît. Inversement, il n’existe pas de Francs-maçons actifs sans Loge. Chaque Loge a sa spécificité, sa personnalité, reflet constitutif de l’ensemble des membres qui la composent. Creuset privilégié du travail maçonnique, sa fonction essentielle est de transmettre en initiant de nouveaux maillons.

    Le « temple » peut parfois désigner le local qui abrite le travail des Maçons, alors que la « Loge » peut représenter le groupement vivant qui se réunit dans ce lieu appelé « temple », mais la valeur intrinsèque du mot « loge » est l’entité qu’elle illustre.

    Traditionnellement, quand on parle du Temple, il ne peut s’agir que du Temple de Jérusalem, et plus particulièrement du Temple construit par Salomon. Il n’y a sur ce point aucun doute possible.

    Les Francs-maçons étant les ouvriers occupés à construire « le Temple », la Loge ne peut, par définition, être appelée Temple. Cette appellation impliquerait de plus qu’il s’y déroule des cérémonies religieuses, ce qui n’est absolument pas le cas !

    Bien que la quasi-totalité des rituels d’origine soient sans ambiguïté, une confusion s’établit quelquefois du fait qu’on est amené, pour des raisons pratiques, à donner pour nom au local où se déroulent les Tenues et que l’usage a consacré celui de Temple.

    Soyons attentifs aux instructions très précises contenues dans les préliminaires du Rite (belge) Moderne selon lesquelles il faut utiliser le vocable « loge » et non celui de « temple ».

    La loge n'étant pas le temple, il faut éviter de parler du « temple », de « la porte du temple », etc. Le mot « Temple » ne doit donc être utilisé que lorsqu'il est effectivement fait allusion au Temple de Salomon.

    En théorie, une loge ne peut être ouverte qu'avec au moins sept membres. Certaines obédiences exigent dans ce cas qu'ils possèdent tous les sept le grade de Maître. Seules les loges disposent du pouvoir, essentiel en Franc-maçonnerie, d'initier de nouveaux membres.

    La Franc-maçonnerie est, avant tout, un Ordre initiatique, non doctrinal. Elle ne nous impose pas une pensée. Elle nous propose une méthode de réflexion fondée sur les symboles et l’analogie. La fonction première d’une Loge maçonnique régulière est de pratiquer des rituels initiatiques et de consacrer ses efforts à l’Initiation. Le premier objectif d’une Loge maçonnique est donc d’initier des Profanes.

    Dès lors une nouvelle question se pose :

    Qu’est-ce que l’Initiation ?

    L’initiation est le facteur qui met l’individu sur cette voie de réflexion que nous propose la Franc-maçonnerie. C’est une méthode non directive, personnelle, dans le cadre d’une progression organisée. La voie de l’initiation renvoie continuellement l’individu à lui-même. Elle le conduit à se poser des questions et à chercher des réponses personnelles sur la voie du célèbre adage socratique « connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et ses dieux ». Celui-ci résume le sens et la raison de l’Ordre maçonnique dont la mission est d’unir l’homme intérieur à l’homme social et à l’univers. Cette mission est inscrite dans les constitutions de l’Ordre et est véhiculée par ses traditions.

    L’Initiation est à la fois la chose la plus difficile et la plus simple. La plus difficile car elle exige de tout individu qui la reçoit, humilité et persévérance. La plus simple, car il suffit, si l’on peut dire, de vouloir l’initiation de tout son être pour que les portes s’ouvrent. De tout son être, autrement dit, en totale simplicité, de manière que la vie en esprit emplisse réellement l’être qui devient « simple en esprit ». Mais que d’efforts pour y parvenir !

    Venant du latin « initium » qui se traduit par « commencement », le mot « initiation » évoque donc étymologiquement le début de cycle, l’apprentissage d’un savoir nouveau. Mais pour un jeune Apprenti, son Initiation est, avant tout, le début d’une vie nouvelle et d’une nouvelle manière d’envisager l’existence.

    Par l’Initiation, le Néophyte entre dans un monde particulier en découvrant un autre aspect de lui-même. L’Initiation est donc un départ sur la voie mais c’est aussi la voie elle-même car l’Initiation induit un processus continu. Ce concept implique l’idée que la Vie est régie par des lois que notre entendement ne peut pénétrer de façon immédiate ni évidente. Y accéder suppose une participation de l’être par son intellect et sa sensibilité. Cet effort est le témoignage d’un désir et ne peut s’exprimer que dans le cadre d’une méthode transmise par l’effet d’un rituel.

    Peut-on parler de l’Initiation sans évoquer le symbole ? Ne devrait-on pas dire que l’Initiation est la voie symbolique et que celle-ci conduit à l’Initiation ?

    Par le rite, l’Initiation met le symbole en action puisque celui-ci nous relie à la partie invisible de nous-mêmes.

    L’Initiation est donc une nouvelle naissance et celle-ci est symbolique. Il nous faut, à ce stade, rencontrer et vivre le symbole au plus profond de nous-mêmes.

    Lorsque des Frères vivent l’Initiation en Loge, ils se créent les uns par les autres et ils découvrent des paysages de l’esprit que seule une authentique communion fraternelle permet d’atteindre.

    Notre Initiation a donc pour but de construire, ce qui n’exclut ni la méditation, ni l’accomplissement individuel. Réunis à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, nous tentons d’édifier une œuvre qui dépasse nos existences et qui ne nous appartient pas.

    L'Initiation marque pour celui qui la vit le passage d'un monde à un autre, de l'obscurité à la clarté, de l'inculte à la culture, de l'ignorance au savoir et du profane au sacré.

    La Réception au premier degré de la Franc-maçonnerie n’est que la première étape d’une quête. Chaque étape procède de la précédente et prépare la suivante. Les faits et gestes de chaque cérémonie sont destinés à sensibiliser la réflexion du candidat sur un nouveau sujet ou une nouvelle manière d’aborder un sujet qui se renouvelle. Le but du travail sur cette voie passe par la réalisation de soi-même.

    Un jeune Apprenti peut probablement s’apercevoir très vite que cet esprit qui anime la Maçonnerie peut rivaliser avec la plus belle et la plus altruiste des philosophies parce que la Maçonnerie veut mettre toutes les croyances sur pied d’égalité, pourvu qu’elles soient non dogmatiques, c’est-à-dire indulgentes et sincères.

    Il ne tardera pas à sentir que le code d’honneur des Maçons est vraiment l’un des plus beaux, l’un des plus limpides. Le respect du code d’honneur implique, bien sûr, des devoirs, des devoirs de respect des lois maçonniques, des devoirs de fraternité, de solidarité et de tolérance entre Frères et à l’égard des personnes qui les entourent dans la vie quotidienne.

    Si cela ne fait pas de nous des anges, au moins la Maçonnerie nous apprend à nous débarrasser peu à peu de nos plus gros défauts. C’est ce que nous appelons « tailler notre Pierre ».

    Chacun poursuit ensuite son propre chemin initiatique. A condition de ne jamais s’arrêter de progresser, donc d’aller le plus loin possible, il procure au moins de sérieuses victoires sur soi-même.

    Voilà un des plus grands secrets de la Franc-maçonnerie : c’est une initiation poursuivie sans relâche ; c’est le voyage lui-même qui compte et non pas son but.

    Nous sommes donc des Francs-maçons. Qu’est-ce à dire ?

    Qu’est-ce qu’être Maçon ?

    Etre Maçon, c’est donc être profondément humain dans la bonté, la justice et la tolérance, dans l’amour du Bien et du Vrai. C’est ce secret que nous sommes venus chercher ici, tous étant ce que nous sommes ; c’est ce secret que nous espérons que tout nouvel Initié nous aidera à chercher, pour son bien…  comme pour le nôtre.

    Ce n’est pas en quelques instants qu’on devient plus sage et meilleur ; c’est par un travail continu parmi ses Frères, avec eux, mais surtout, par un travail opiniâtre sur lui-même que le jeune Apprenti pourra accéder à une connaissance plus grande et plus complète d’abord de lui-même, puis d’autrui. Car c’est en jugulant le repos complaisant et confortable des habitudes égoïstes qu’on perçoit ce qu’on peut apporter à d’autres, peut-être moins favorisés. En les aidant, en leur tendant une main secourable, en les guidant s’ils le demandent, le Maçon augmente la richesse et la perfection dans son cœur.

    Personne ne peut être poussé vers le Bien et le Beau s’il ne désire ardemment y accéder. De sa propre impulsion, il devra s’y engager résolument, car ce ne sont ni des mots ni des gestes rituels qui font de lui un Maçon : c’est un devenir continu et persévérant. C’est un travail permanent et de longue haleine que de tailler et polir la Pierre brute, sa Pierre brute.

    La Maçonnerie est profondément imprégnée d’un esprit fraternel que le jeune Maçon découvrira au contact de ses Frères. Cet esprit ne s’obtient réellement que par un travail incessant. Et c’est une joie pour eux de le voir dès cet instant prendre en main leurs outils symboliques. Mais …

    Qu’est-ce qu’un Frère ?

    Pour moi, un Frère, c’est un Profane qui, comme moi, a eu la chance d’être choisi puis parrainé, un être qui a reçu l’Initiation et qui, reconnu par nous tous, a accepté d’être placé au début d’un cheminement spirituel qui lui sera propre, dans la quête de la Lumière et de la fraternité, en travaillant sur lui-même d’abord pour tenter de se connaître et de s’améliorer au contact de ceux qui ont choisi le même idéal.

    Puisque nos Frères nous reconnaissent comme tels, nous sommes donc membres à part entière de cette grande fraternité qu’est la Franc-maçonnerie. Reste à préciser à présent ce que nous entendons par « fraternité maçonnique ».

    Qu’est-ce que la fraternité ?

    La Grande Loge Régulière de Belgique nous dit que « pour les Francs-maçons en général, la fraternité désigne surtout le lien privilégié qui unit les Maçons et les oblige particulièrement ».

    Cette fraternité des Francs-maçons procède d’abord d’un choix libre, celui qui pousse le Profane à entrer en Maçonnerie. Par la suite, l’Initiation en fera un des buts essentiels qu’il poursuivra dans sa quête.

    Mais si la fraternité est la base de la Franc-maçonnerie, celle-ci ne crée pas de manière spontanée la fraternité, pas plus que la fraternité ne se décrète. Le Franc-maçon chemine vers la fraternité et y parvient par le Travail.

    Cette fraternité, le Maçon la rencontre à trois niveaux :

    • dans les origines de la Maçonnerie ;
    • dans son symbolisme, c’est-à-dire ce qui rassemble les Maçons et tout particulièrement celui du rituel et de l’architecture du Temple où se réunit la Loge, avec son Pavé mosaïque, les lacs d’amour de la corde qui orne ses murs, avec la Chaîne d’union que pratiquent ses membres ;
    • et enfin dans l’action du Maçon en dehors de la Loge.

    « Pour les Francs-maçons réguliers, le terme « fraternité » implique d'abord que tous les hommes sont frères et qu'à ce titre, ils ont droit à notre respect et à notre aide. Mais ainsi conçue, la fraternité ne se distingue pas d'autres notions générales telle la fraternité chrétienne, la fraternité des armes ou la fraternité universelle, valeur issue de la Révolution française » (G.L.R.B.).

    En réalité la fraternité trouve sa source dans le fait que chaque Franc-maçon régulier, par l'Initiation qu'il a reçue, s'engage dans une voie commune de recherche et de progrès spirituel. Chacun se trouve uni aux autres Maçons par l'expérience partagée d'un symbolisme vécu et éprouvé, et par le désir de tous de former une communauté initiatique. En recevant le nom de « Frère », l'Apprenti devient un maillon de la chaîne ininterrompue reliant tous les Initiés, ceux d'hier, ceux d'aujourd'hui et ceux de demain.

    Par des voies souvent très différentes, les Francs-maçons vont vers la Lumière : mais c'est leur souci commun. Il paraît évident que sur cette base naissent et se développent des amitiés personnelles très fortes, que les Maçons s'accordent – ou devraient s’accorder – à faire régner entre eux un climat de respect et d'affection réciproques.

    La présence du vrai Maçon aux Tenues de son Atelier apporte à ses Frères un concours inappréciable d’énergie psychique. Il contribue à charger cette pile de dynamisme humain dont les membres réellement actifs d’une Loge sont les éléments constitutifs. Si chacun prend la Maçonnerie à cœur, s’il s’inspire de son idéal et s’enthousiasme pour son œuvre, chacun des membres de la Loge y puisera une force immense. Mais tout cela suppose évidemment une fréquentation assidue de la Loge.

    On fait souvent de l’assiduité une obligation. Mieux, c’est une discipline, comme la mise à l’ordre, la marche, les batteries et la prise de parole. Nous ne venons pas en Loge uniquement parce que nous sommes simplement intéressés par ce qui s’y passe ou ce qui s’y dit : ce serait une erreur. Nous confondrions la Loge avec un « service-club ».

    C’est pourquoi la fréquentation de la Loge représente une obligation afin que se forge la fraternité et pour que s’élabore cette relation complexe entre tous les Frères rassemblés par un désir commun, par une volonté partagée et inspirés par une même aventure spirituelle. Ne désigne-t-on pas nos réunions par l’expression «Tenues d’obligation» ?

    La fréquentation de la Loge est liée au travail. Certes nous y trouvons le plaisir des retrouvailles mais Maîtres et Compagnons doivent montrer en tout temps l’exemple et prendre part aux travaux de l’Atelier avec une scrupuleuse assiduité.

    L’assiduité, c’est la présence régulière aux Tenues comme aux séminaires. Elle est primordiale car, pour progresser, il est indispensable de suivre un rythme de travail et de rencontres. Sans assiduité, le travail à opérer sur soi-même semble difficile car il implique le concours et l’aide de tous les Frères.

    Certains se font chercheurs, d’autres assument la responsabilité de la transmission ; d’autres encore se soucient des ressourcements nécessaires ; d’autres enfin plongent sans doute dans le mystère de la méditation.

    Le moment me semble venu de conclure, du moins provisoirement…

    Pour conclure, du moins provisoirement

    Si le but suprême de la Franc-maçonnerie est la recherche de la Lumière, encore faut-il donner un sens plus personnel à cette expression et de chercher des réponses de plus en plus précises aux questions suivantes :

    • Que suis-je venu faire parmi mes Frères ?
    • Chercher la Lumière ? Pourtant je n'ignore pas qu'elle ne se confère point !
    • Que peut-elle être ? Certains y croient et l'appellent « Dieu ».

    D'autres pensent la détenir et l'appellent « Raison ». 

    Enfin certains la devinent et la cherchent : ils l'appellent « la Vérité ».

    • La Lumière, n’est-ce pas avant tout la connaissance de soi ?

    Je pense que c'est en nous-mêmes qu'elle se trouve et qu'elle apparaîtra une fois que nous serons sortis des Ténèbres. Ce qui importe donc, finalement, c'est de chercher.

    Pour pouvoir travailler en vue de notre élévation spirituelle, il nous faut construire nos connaissances par nos lectures, par nos recherches personnelles, par l'introspection, par l'écoute attentive des points de vue exprimés par nos Frères plus anciens, par l’expression de leur expérience et par les ajustements appropriés de nos Surveillants.

    Pour pouvoir participer à l'amélioration du Monde et des Hommes en particulier, il nous faut en premier lieu songer à notre perfectionnement personnel, à devenir une Pierre bien taillée, adaptable dans l'édification du Temple idéal dont nous devrions devenir les pierres parfaites.

    Le Franc-maçon peut trouver dans l’écoute des autres, dans leurs expériences… de nouveaux axes de recherches, d’études, de découvertes qui vont le faire progresser. Tant que l’apport est positif chacun des Frères a un véritable intérêt à participer aux Tenues.

    La fréquentation assidue de sa Loge devient donc pour le Franc-maçon une source d’enrichissements constants et progressifs sur trois plans :

    • sur le plan humain, car il lui est permis de rencontrer des hommes d’exception dans des domaines différents ;
    • sur le plan initiatique, où la Maçonnerie permet de faire le lien entre les différents courants d’éducation, de spiritualité, de pratique, de croyance… en fonction des origines, des passés, des attirances, des recherches… des participants afin de découvrir que la gloire du bel ouvrage est largement partagée ;
    • sur le plan spirituel, où notre symbolisme du travail permet de prendre conscience qu’il n’y a pas de séparation entre le matériel et le spirituel, entre le spéculatif et l’opératif et que notre véritable épanouissement est certainement dans le bien-faire quotidien.

     

    R :. F :. A. B.


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