• * Les quatre éléments : terre, air, eau & feu

    Introduction

    Le domaine des éléments présente des différences selon qu’on le considère dans sa conception orientale ou occidentale.

    Conception orientale

    L’Asie retient cinq éléments. En Chine, une tradition vieille de plusieurs millénaires fait état de cinq éléments : l’eau, le feu, le bois, le métal et la terre. Notons que l’air est absent. On les retrouve parmi les fondements du système astrologique chinois où leur symbolisme se situe dans le temps et l’espace en parfaite harmonie avec la nature et l’activité terrestre de l’homme à travers les phases cosmiques ou cycles de vie. L’Inde ajoute l’éther. Les cinq éléments se conjuguent dans le « microcosme ». Le sage est celui qui fait vivre le « microcosme » en harmonie avec le « macrocosme ».

    Conception occidentale

    Les systèmes de pensée occidentaux divisent le cosmos en quatre éléments de base : le feu, l’air, l’eau et la terre. Les stoïciens estimaient que ces quatre éléments s’équilibraient dans le monde grâce à la puissance et la volonté d’un esprit divin.

    Si pour l’occident, les diverses traditions font état de quatre éléments, l’eau, l’air, la terre et le feu, également constitutifs du système astrologique usité, un vieil averti remarque cependant vite qu’un cinquième élément, implicite, participe en fait des quatre autres, c’est l’éther, la quintessence ou cinquième « essence », qui revêt une valeur considérable dans le cheminement initiatique.

    Plus près de nous, Paracelse, au 16ème siècle, faisait habiter les éléments par des créatures que l’on retrouve dans de nombreuses mythologies ou légendes. Les ondines peuplent les eaux, les sylphes l’air, les gnomes les entrailles de la terre, la salamandre le feu.

    Pour l’école néo-pythagoricienne, l’univers est divisé en deux hémisphères. L’air et le feu appartiennent au monde supérieur, la terre et l’eau au monde inférieur.

    Il existe une coutume que l’on rencontre quasiment partout où l’on considère qu’il existe quatre éléments : elle consiste à créer deux couples de contraires : feu - eau et air - terre.

    La filiation entre l’initiation aux mystères antiques et l’initiation maçonnique est incontestable. Nous pouvons aisément suivre la trace de ce que nous savons des mystères de Bacchus, de Mithra, de Cérès et de Cybèle. Nous pouvons constater une certaine analogie, bien que si les épreuves étaient jadis « physiques » et « réelles », elles ne sont plus en maçonnerie moderne que purement symboliques.

     

    Les quatre éléments et les rites maçonniques

    Avec des variantes d’un Rite à l’autre, la Franc-maçonnerie met le néophyte au contact des éléments soit dès le séjour dans le Cabinet de Réflexion soit uniquement dans le Temple, au cours de la cérémonie d’Initiation.

    Lors de celle-ci, tous les rites maçonniques font accomplir au récipiendaire trois voyages. Entre chaque voyage, le postulant subit une épreuve au contact de chacun des quatre éléments : l’épreuve de l’air, l’épreuve de l’eau et l’épreuve du feu. Quant à l’épreuve de la terre, elle a le plus souvent été vécue auparavant : c’est le séjour dans le Cabinet de Réflexion.

    Les quatre éléments, air, eau, feu, terre, renvoient à la physique des anciens et nous instruisent sur les commencements de notre rapport avec la réalité. La Franc-maçonnerie retient principalement ces éléments alors que d’autres écoles de pensée y ajoutent le bois et le métal. La Franc-maçonnerie utilise bien sûr ces deux derniers, mais de façon moins systématique et moins approfondie.

    La Franc-maçonnerie attache à l’eau, à l’air et au feu une notion de purification progressive afin de faire parvenir le cherchant à un état d’élévation. Les rituels articulent leur cérémonie d’initiation sur cette base élémentaire et quaternaire.

    Tentons de comprendre ce qui se passe au Rite moderne tel qu’il est pratiqué dans de nombreuses Loges de la Grande Loge régulière de Belgique.

     

    Les épreuves des quatre éléments au Rite moderne

    Les plus anciens Rituels maçonniques font état de la purification par les quatre éléments,  probable résidu d’une symbolisation totémique du développement de la vie à l’aide et à travers ces entités élémentaires primordiales.

    Le premier élément est la terre, le domaine souterrain où se développent les germes et les semences. Elle est figurée par le Cabinet de Réflexion où est enfermé le Récipiendaire.

    Le premier voyage se rapporte à l’air, le second à l’eau, le troisième au feu.

    Les commentaires que donne Jean-Marie Ragon de Bettignies à ce propos n’apportent aucune explication valable, me semble-t-il, et peuvent même fausser le jugement des néophytes.

    Les commentaires d’autres auteurs maçonniques, comme Oswald Wirth, toujours inclinés vers un « moralisme » assez bénin, ne varient guère. Certains font correspondre aux quatre éléments les quatre périodes de la vie humaine : enfance, adolescence, âge mûr et vieillesse. D'autres les font correspondre aux quatre points cardinaux, aux quatre saisons, aux quatre âges du monde : âge d’or, âge d’argent, âge d’airain, âge de fer. Toutes ces comparaisons sont assez banales et n’aident guère l’intelligence des symboles.

    Les écrivains Maçons se fourvoient dans leurs explications parce qu’ils n’évitent pas la grave cause de confusion qui consiste à vouloir expliquer l’une par l’autre la philosophie, la religion et l’initiation. S’il est possible d’affronter et de comparer entre elles les initiations, il est par contre impossible d’expliquer la philosophie par la religion, ou l’initiation par la philosophie. Leurs plans de pensée ne sont pas les mêmes, leur langage est différent et le résultat de telles tentatives amène à une incohérence totale.

    Les philosophies parlent à la raison ; les religions touchent le cœur ; l’initiation émeut la partie spirituelle de l’être et permet l’accession à la compréhension métaphysique la plus haute du sens de la vie. La plupart des religions confèrent à leurs adeptes leur première initiation par un baptême d’eau purificateur. La Franc-maçonnerie n’impose aucun dogme religieux ou philosophique. En cela elle se montre conséquente avec les plus antiques initiations. Peu lui importe les religions et les philosophies puisqu'elle se situe au delà et en dehors d’elles.

    Dans l’Initiation maçonnique, le récipiendaire sort d’abord de la terre. Il est ensuite, successivement, purifié par l’air, par l’eau et par le feu. Il s’affranchit par paliers de la vie matérielle, de la philosophie et de la religion et parvient à l’initiation pure.

    Les rites de purification sont aussi anciens que les systèmes religieux et philosophiques eux-mêmes. En Franc-maçonnerie, les purifications se justifient car le postulant est remonté de la terre – du Cabinet de Réflexion – premier stade de sa renaissance où il a subi une putréfaction de la graine. L’épreuve de la terre est un emblème qui signifie la mort du vieil homme indispensable à la germination de l’homme nouveau. Ainsi, en certaines circonstances, l’impur vient de la terre.

     

    Les épreuves des quatre éléments dans d’autres Rites

    Le Rite Français fait subir au Récipiendaire une triple purification par l’eau ; une double purification par l’air et une seule purification par le feu. Il semble ainsi donner, implicitement, le nombre quatre à l’élément terre et réaliser la « Tetraktys » pythagoricienne. La Tetraktys, qu’il ne faut pas confondre avec le nombre quatre, est la série des quatre premiers nombres dont la somme est égale à dix. Elle avait, chez les pythagoriciens, un caractère sacré. Considérée en elle-même, la Tetraktys, par les nombres qui la composent, résume tous les enseignements relatifs au monde créé :

    • l’esprit créateur
    • la matière
    • l’union de l’esprit et de la matière
    • la forme créée.

    En réalité, le Récipiendaire n’accomplit pas trois voyages mais quatre. Le premier est celui qui le mène du Cabinet de Réflexion à la porte du Temple. Arrivé à cette porte il est virtuellement deux fois né. En sortant du Temple sera-t-il vraiment en possession de la nouvelle naissance symbolique ? Lui seul est capable de répondre, car lui seul est capable de « vouloir » sincèrement qu’il en soit ainsi.

    Au Rite Écossais Rectifié, on estime que l’épreuve de l’air est vécue par le néophyte au cours de ses pérégrinations dans le Temple.

    En se référant aux trois premiers jours de la Création, on s’aperçoit que le premier jour a eu lieu la séparation des ténèbres et de la lumière (feu). Le deuxième jour se produit la séparation des eaux (eau). Enfin le troisième jour apparaissent les continents (terre). C’est vraisemblablement dans cet esprit que le Rite Écossais Rectifié a choisi les éléments et leur ordre dans les voyages.

    A l’inverse, dans d’autres rites, qui présentent les éléments air, eau et feu, on pense que l’épreuve de la terre se vit dans le Cabinet de Réflexion et là uniquement. Ainsi, au Rite Écossais Ancien Accepté on considère que l’élément terre fait partie du monde profane. Le candidat fait son travail d’introspection avant son entrée dans le lieu sacré qu’est la Loge.

    Pour le Rite Écossais Rectifié, le candidat n’est plus tout à fait un profane car il a franchi la porte du Temple.

    Malgré les divergences apparentes, le message de l’élément terre est le même pour tous les rites maçonniques : il convient d’effectuer un mouvement vers soi, vers l’intérieur, afin de pouvoir trouver sa vraie nature. Il faudra alors s’en dépouiller pour renaître à une nouvelle vie.

    Au Rite Écossais rectifié, comme le postulant ne subit pas l’épreuve de la terre, il est accueilli dans une Chambre de Préparation. Il accomplit les trois voyages dès son entrée dans la Loge. Lors du premier, il a la qualité de Cherchant et est purifié par le feu. Au deuxième voyage, il est considéré comme Persévérant et est purifié par l’eau. C’est pourquoi, lors du troisième voyage, il est invité à palper de la terre friable contenue dans un vase. On lui explique que le grain mis en terre reçoit la vie mais que par contre le grain altéré subit la putréfaction. Cette mise en garde lui enseigne la polarité positive et négative incluse dans tout symbole ou combinaison symbolique.

     

    Tentons à présent d’approcher le symbolisme de ces différents éléments.

     

    Le symbolisme de la terre

    Universellement, la terre est une matrice qui conçoit les sources, les minerais, les métaux. La terre est vue comme un creuset d’où émerge le règne végétal, puis viennent les autres formes de vie.

    A l’âge d’or, les hommes naissent de la terre, comme les blés dans un champ creusé de sillons.

    La terre symbolise la fonction maternelle. Elle donne et reprend la vie. Très tôt, la terre a été assimilée à la femme, et de nombreuses sociétés établissent des analogies entre le travail de la terre et la procréation. Assimilée à la mère, la terre est un symbole de fécondité et de régénération.

    Selon les rites auxquels l’un et l’autre existent, la terre et le Cabinet de Réflexion sont un seul symbole ou des symboles séparés.

    La terre dont il s’agit est le minéral et non la planète.

    Lorsque le passage dans le Cabinet de Réflexion se substitue à l’épreuve de la terre (palper de la terre ou s’agenouiller dessus), il est le symbole de la terre dans la mesure où son étroitesse, la couleur noire de ses murs sans fenêtre, la durée pendant laquelle le futur Apprenti y est enfermé avec une bougie pour éclairage unique, concourent à faire de cet espace sombre et caverneux un lieu de séjour souterrain propice à l’introspection, à la concentration mentale ou, plutôt, une matrice favorisant la gestation féconde d’un être nouveau, régénéré, qui entreprend une longue descente en soi, qui commence un immense chemin initiatique.

    Plus impressionnant pour le candidat que de toucher un peu de terre, le Cabinet de Réflexion le prépare, sans qu’il s’en rende compte, à explorer son moi en un parcours vertical.

    En sa qualité d’élément, de principe fondateur, la terre – Cabinet de Réflexion symbolise les ténèbres de l’inconscient qu’une faible lueur éclaire pourtant : celle encore occultée de la Conscience – Energie dont le profane, enfoui dans cette prison tellurique, va devoir peu à peu augmenter en lui le rayonnement. Ne faut-il pas que le grain « meurt » en terre pour y germer puis s’épanouir sous la lumière du jour ?

     

    Le symbolisme de l’air

    Dès les premiers mots, la Genèse exprime l’idée que la Création est imminente. Elle parle de tohû et de bohû, le désert et le vide, des ténèbres qui couvrent l'abîme, et d’un vent de Dieu qui tournoyait sur les eaux. Ainsi donc, tout vient du souffle de Dieu qui permet au chaos de s’organiser.

    Le sixième jour, Yahvé crée l’homme. Là encore, c’est le souffle de Dieu qui est créateur. L’air est l’élément qui permet la transmission. Les ondes sonores se meuvent dans l’air et agissent sur l’ouïe. L’air permet la relation entre le ciel et la terre, et entre la terre et le ciel. En ce sens, sa symbolique rejoint celle de la colonne.

    L’air évoque la légèreté, la grâce. Il s’oppose à la pesanteur, à la gravitation, au terrestre et au matériel.

    L’air est par excellence l’élément léger, libre et immatériel. Rien d’étonnant, par conséquent, qu’il soit comparé à la finesse, à la subtilité de « l’esprit », d’un état d’être spirituel, intangible, impalpable.

    Pour quelques symbolistes, quand Dieu souffle dans la narine de l’homme, il ne lui communique pas seulement la vie, il lui donne en outre la faculté, le pouvoir de rêver, c’est-à-dire la possibilité de quitter le réel.

    Pas plus qu’un être humain n’a jamais vu Dieu, personne n’a jamais vu l’air physique ou même ses manifestations : vent, souffle, courant, son, parfum… mais seulement les effets de ses manifestations, des mouvements pour la plupart, arbres qui bougent, frissons sur la peau, vols d’oiseaux ou d’avions, vibrations auditives, autrement dit des déplacements provoqués par des énergies omniprésentes sur terre et dans le cosmos mais indécelables telles quelles.

    C’est pourquoi on peut se demander si l’air n’est pas le symbole le plus fidèle de toutes ces énergies, le symbole de la Lumière dynamique.

    Le Rite français et le Rire Écossais Rectifié ne procèdent pas à la purification par l’air. Cette purification accomplie dans la plupart des autres rites est considérée comme une faute initiatique née d’amalgames résultant d’altérations des rituels au 19ème siècle. Faute, car l’air est de Dieu soi-même. Il est la manifestation perceptible du souffle vital porteur de l’influence immatérielle de la force qui inspire, anime et crée.

    Le souffle est l’esprit de Dieu qui couve sur les eaux primordiales de la Genèse. Souffle et Verbe sont indissociables en ésotérisme. L’un véhicule l’autre. C’est pourquoi, lors de la fermeture des travaux, on éteint les bougies à l’aide d’un éteignoir et en aucun cas on ne les souffle ! Par sa nature le souffle humain est impur et souille ce qu’il touche.

     

    Le symbolisme de l’eau

    Le symbolisme de l’eau est présent et très riche dans toutes les civilisations traditionnelles, non seulement à cause de l’importance de l’eau pour la vie mais aussi à cause de ses multiples aspects. Les significations symboliques de l’eau peuvent se réduire à trois thèmes dominants : source de vie, moyen de purification, centre de régénérescence.

    Le symbolisme de l’eau est maintes fois évoqué dans la Bible où elle est présentée sous différentes formes : rosée, pluie, déluge, source, torrent, puits, fontaine, fleuve, mer. A chacune de ces formes correspond une symbolique.

    Dans la Genèse, l’eau est source de vie. L’eau est à l’origine de la Création. Toute vie est issue d’elle. Elle est la mère avant l’émergence de la terre. Indispensable à la vie terrestre, l’eau de mer semble avoir été, d’après les recherches scientifiques les plus sérieuses, à l’origine des premières cellules biologiques.

    Dans les traditions juives et chrétiennes, l’eau symbolise d’abord l’origine de la création. Symbole de pureté et de vertu, elle est un don de Dieu en tant que source de vie. Les Orientaux ont regardé l’eau comme un symbole de bénédiction car elle permet la vie. Mais elle est aussi l’emblème de la sagesse en tant que principe de la création. Avant tout symbole de vie dans l’Ancien Testament, l’eau est devenue symbole de l’Esprit dans le Nouveau Testament.

    Cet élément liquide suscite diverses interprétations. L’eau est aussi ce qui permet la vie de continuer, de s’organiser. A son aspect vital s’ajoutent les aspects purificateur (eau lustrale) et régénérateur (eau de pluie) ou générateur (eau de source), voire destructeur (inondation, noyade, déluge).

    Dans le rituel maçonnique, l’eau purificatrice, en tant qu’élément fécondant de l’âme, introduit à l’approche de l’Un, dont chacun de nous est par delà sa « momentanéité » terrestre un fragment. La purification par l’eau rappelle aussi au postulant celle de la matrice maternelle d’où émerge spirituellement pour vivre une nouvelle naissance.

    Presque toutes les religions font appel à l’eau pour les rites de purification : par libation, aspersion, simple contact, ablution ou immersion.

    Dans l’épreuve de l’eau que nous subissons lors de notre Initiation, ce sont plutôt ses significations purificatrice et régénératrice qu’il faut considérer car elles complètent les interprétations de la terre.

     

    Le symbolisme du feu

    Le feu est devenu symbole de purification et toutes les religions, dans leurs rites, font appel à cette symbolique souvent associée à celle de l’eau pour signifier la présence divine. La purification par le feu est complémentaire de celle par l’eau.

    On ne peut cependant ignorer que les rapports entre l’homme et le feu sont ambigus. Positivement, il est source de chaleur bienfaisante pour notre corps et l’aide à se nourrir par la cuisson de certains aliments. Aveugle, il devient incendie répandant le malheur sur son passage. L’imagerie chrétienne associe d’ailleurs le supplice des flammes éternelles à l’enfer. Donc, modéré, il vivifie ; violent, il tue.

    Il existe deux types de feu : le feu naturel contenu dans la matière et le feu contre nature obtenu par des moyens de combustion. C’est pourquoi la bougie utilisée pour la purification devrait être en cire d’abeilles et allumée au cierge du haut flambeau représentant le Maître de la Loge.

    Lors de la purification par le feu, au cours du troisième voyage, le postulant devrait prendre conscience de la dualité positive et négative de cet élément. Il comprendrait alors que le combat le plus pénible est celui que l’on entreprend contre soi-même.

    La purification par le feu, tel le soleil par ses rayons, symbolise l’action fécondante et illuminatrice. D'où l’importance implicite du feu dans le symbolisme maçonnique.

    Dans le rite initiatique, la purification par le feu est en rapport avec le feu intérieur, symbole de l’énergie mentale, qui anime la volonté de l’initié de se perfectionner. Symbole des flammes incendiaires qui libèrent le Maçon de ses vices les plus contraignants et qui détruisent ses passions, le feu allume dans le cœur du postulant l’amour de ses semblables. Ce feu intérieur nait de l’étincelle produite par le contact de la flamme sous la paume de la main.

    Le feu est la vraie connaissance, la vraie lumière. Ce feu est celui qui anime l’épée flamboyante et l’étoile flamboyante. Il est allumé par l’Initiation et nourri par l’enseignement des symboles et le vécu maçonnique. Dans la Loge, le feu incarne la présence du Grand Architecte. Bien qu’éteint entre chaque tenue, il est toujours le même, car allumé à l’Orient.

     

    Une interprétation du sens des quatre éléments

    Dans les pages qui suivent, j’ai synthétisé l’interprétation d’Alain Pozarnik au sujet du sens des quatre éléments, un des rares auteurs Maçons à l’avoir exprimée avec autant de développement. Je laisse à chacun la liberté d’apprécier cette interprétation.

    Pour découvrir le mystère immuable de la vie, la voie maçonnique considère, avec toutes les autres traditions, qu'il suffit de contempler la vie à l’œuvre en soi. Dans son fond l'homme dévoile la paix et l'amour. Pour percevoir la lumière de la vie en soi, il faut être silencieusement en contact avec son être ; si l'on est silencieux, l'attention éveille la conscience du soi infini. C'est au-dedans de lui-même, dans sa caverne secrète que se trouve son être et c'est dans cet être que brille la lumière.

    Le travail de l'Apprenti consiste à descendre en lui pour observer les obstacles qui emprisonnent son être, à voir comment naît le monde factice qui pollue son esprit, à préparer l'éveil de son être.

    La Franc-maçonnerie présente une voie aux sédiments traditionnels, intuitivement intelligible. La transmission par symboles englobe le monde rationnel et éveille une connaissance omnisciente qui pénètre le cœur de la vie et révèle l'essence ordinairement inaccessible par la simple analyse des choses.

    Le rituel d'initiation au grade d'apprenti reprend la vieille théorie grecque des quatre éléments pour indiquer au récipiendaire qu'il doit désormais s'efforcer de connaitre la nature quaternaire de la matière qui le constitue.

    Les quatre voyages de l'Apprenti sont :

    • la Terre, symboliquement le corps,
    • l'Air, symboliquement l'intellect,
    • l'Eau, symboliquement les fonctions instinctives,
    • le Feu, symboliquement l'affect.

    L'étude de soi en vue de se connaitre commence par un voyage d'étude des quatre fonctions principales que sont :

    • la fonction motrice du corps physique,
    • les fonctions intellectuelles,
    • les fonctions instinctives,
    • les fonctions affectives (ou émotionnelles).

     

    Connaissance du corps

    Le point de départ de tout chemin spirituel est donc tout naturellement la connaissance du corps dans lequel l'Apprenti cherchera peut-être un jour la trace du souffle divin. La connaissance de soi peut conduire à la rencontre consciente de l'éternité et de l'éphémère.

    Pour le Maître « parfait », s’il existe, se connaitre, c'est posséder la dimension universelle, la sentir vivre en soi, en son cœur par delà les limites du monde de la multiplicité et de la dualité.

    L'initiation n'est pas une réflexion théorique sur la vie mais une attitude intérieure de vie, une perception, un contact direct avec la vie qui peut, après maturation, favoriser la réflexion mais pas l'inverse.

    Prendre conscience de la vie en s'appuyant sur la perception de la vie dans le corps éduque l'attention à se tourner vers l'intérieur, à se diviser entre le pôle extérieur et le pôle intérieur, c'est proprement apprendre à avancer sur la Voie Royale qui conduit au centre.

    Le corps physique et ses fonctions remplissent le rôle d'un pont entre lui et l'être intérieur qui remplit à son tour le rôle de pont entre lui et l'homme de Lumière. C'est ce cheminement qui constitue la voie initiatique.

    Établie au centre de l'homme de Lumière, la conscience se relie au centre de tout être et de toute vie sur terre. L’initié‚ devient alors un homme d'amour objectif, baigné‚ par la lumière incréée. C'est ce chemin que l'Apprenti entreprend à travers son corps pour espérer rejoindre un jour son essence absolue.

    Une part importante du travail initiatique consiste à effacer les souvenirs inconscients qui blessent le corps afin de lui donner une parfaite disponibilité, une parfaite transparence, une parfaite ouverture, pour vivre consciemment le moment présent.

    Assis à sa place, silencieux, l'Apprenti poursuit l'observation de son corps et imprime volontairement un relâchement à ses muscles pour laisser son regard pénétrer de plus en plus profondément en lui-même. L'Apprenti commence à percevoir enfin les circulations d'énergie en son corps qui devient habité.

    En définitive, le regard sur le corps en vue de se connaitre n'a pas pour but l'amélioration du fonctionnement du corps mais la connaissance et l'amélioration de ses fonctionnements en vue d'un  dépassement de ses limites pour sentir vivre les énergies cosmiques. Ces énergies concrètement ressenties équilibrent et libèrent le corps physique en l'irradiant d'une force consciente.

    L’œuvre de l'initié, qui a correctement accompli sa tâche d'Apprenti, est de réaliser consciemment la transparence du corps et de ses sens pour que vive l'âme intérieure alors qu'il est encore en pleine possession de tous ses moyens. L'initié concrétise consciemment le parcours d'un chemin naturel que le temps lui fera de toute manière parcourir.

     

    L'épreuve de l’air

    La deuxième étape lors de l'initiation, conduit le récipiendaire à traverser l'épreuve de l'air, symboliquement liée à l'esprit, à l'intellect, au mental.

    La difficulté de se connaitre en connaissant son mental, réside dans le fait que c'est l'intellect qui cherche à se connaitre. La pensée qui s'observe ne peut pas s'analyser, et si jamais elle tentait de le faire, elle serait limitée par ses propres capacités. Aller à la recherche de son mental exige dans une première observation, de voir de quoi est faite notre pensée ordinaire.

    L'Apprenti qui observe avec vigilance et neutralité sa pensée, voit ses fonctionnements tels qu'ils sont et non tels qu'il aimerait qu'ils soient ou tels que le regard des autres lui fait croire qu'ils sont ; l'Apprenti remarque que sa pensée est conditionnée et qu'en s'identifiant à elle, il devient lui aussi conditionné. La réalité du monde manifesté échappe à notre entendement au profit du monde créé par le mental.

    Le simple fait d'accepter ce qui existe, ce que notre regard intérieur voit, lui permet de ne pas s'accrocher, de ne pas refuser et de descendre un peu plus profondément pour éclairer la réalité. La tolérance au grade de l'Apprenti n'a pas d'autre but.

    Tolérer, c'est reconnaître ce qui est et non tout accepter même le pire. L'Apprenti a besoin d'un esprit intelligent et vigilant qui préserve son but. La tolérance sur son chantier maçonnique actuel n'a pas le sens mondain ou philosophique usuel mais veut dire connaitre sans réagir pour approfondir la cause, porter un regard tolérant et bienveillant sur l'objet de sa recherche pour voir, vraiment voir et seulement voir.

    En s'exerçant à la manipulation du compas, outil des Maîtres Maçons, l'Apprenti constate que l'ouverture de son esprit est limitée par les conditionnements sociaux, familiaux et éducatifs dans lesquels il a vécu.

    En ouvrant davantage encore les branches du compas, en élargissant le cercle de ses investigations sur le fonctionnement de son mental, l'Apprenti découvre qu'il est le jouet d'un autre conditionnement sournois : la propension à la comparaison. Cette manie de la confrontation agite l'esprit. Elle enfante la jalousie, l'intolérance et l'agressivité ; elle défigure la réalité et fragmente le rythme de la vie. Les pensées ainsi générées conditionnent les attitudes comportementales de l'Apprenti, tuent l'amour et détruisent le pouvoir créatif.

    La critique engendre généralement une fermeture et une vision superficielle de la situation. Quant à l'autocritique, il convient de ne pas l'assimiler au travail d'observation de soi de l'Apprenti. L'autocritique engendre un jugement et une comparaison qui bloquent le processus de vision de l'ego.

    C'est au moment où le mental de l'Apprenti lui souffle des raisons valables d'abandonner ou de dévier son travail initiatique qu'il est nécessaire de persévérer pour progresser.

    Le premier travail que l'Apprenti peut effectuer pour tailler son mental, lorsqu'il a clairement vu ses mécanismes de fonctionnement, est un travail de pacification pour le conduire vers le silence qui règne dans son champ opératoire. Il se rend compte alors qu'il n'a aucun pouvoir pour diriger sa pensée. L'Apprenti ne tient pas encore avec suffisamment de science son ciseau et son maillet.

    L'art du regard initiatique au grade d'apprenti n'est pas de créer ce qui n'existe pas, mais au contraire, de voir sans perturbation, les fonctions vitales.

    Notre mental fractionne la réalité. Par ce fractionnement automatique, le cerveau fractionne notre perception de l'espace et du temps en une multitude de réalités antinomiques qui nous éloignent de la perception de l'unité cosmique universelle.

    S'il veut aller trop vite, s'élever au-dessus de la matière sans l'avoir sérieusement observée, comprise et dominée, l'Apprenti risque de n'avoir pas assez d'éléments de connaissance de soi pour atteindre la conscience de soi.

    Savoir sans expérimenter accroît la confusion et l'illusion. Si l'attention ne transforme pas radicalement sa pensée, l'Apprenti pourra exprimer de merveilleuses idées mais son comportement dissocié demeurera toujours non conforme à sa pensée.

    Pour l'Apprenti ou pour le Maître qui œuvrent sans relâche, la dysharmonie entre la façon de vivre et le produit de la pensée est une vision intime du chemin qu'il leur reste à parcourir.

    La vérité, si l'on observe le mental, c'est qu'il mène sa propre existence, produit ses propres illusions et crée son propre monde chimérique. Tel quel, il nous éloigne toujours de la réalité. Pourtant l'intellect est l'outil de connaissance par excellence. Aussi devons-nous connaitre l'état actuel de cet élément pour le purifier et le rendre apte à remplir son vrai rôle dans notre initiation finale.

     

    L'épreuve de l’eau

    La troisième étape de l'initiation conduit à l'épreuve de l'eau, symbole des fonctions instinctives qui se manifestent en nous.

    Nos fonctions instinctives se nourrissent directement à la source du Grand Architecte de l'Univers et s'ordonnent conformément aux lois naturelles de cet univers.

    Nos organes vitaux puisent leurs énergies à l'arbre de vie qui leur dispense le rythme cosmique sans que nous ayons à intervenir.

    Ordinairement, dans la société occidentale actuelle, la spontanéité est considérée comme une vertu. Pour l'Apprenti qui commence à comprendre les différents niveaux de réalité, être spontané c'est devenir capable d'être toujours et partout en harmonie avec les lois d'amour des forces universelles pour être automatiquement leur porte-parole.

    Cela mérite quelque prudence et l'observation attentive de l'expression de la spontanéité la plus élevée ou plus simplement de la manifestation de « l'instinctivité » de notre fonctionnement organique.

    L'évolution spirituelle nécessite une lente progression plutôt que le rêve d'une action spectaculaire qui n'arrivera jamais.

    Aller à la recherche de la sagesse et de la connaissance exige une lente pénétration dans le monde parce que c'est dans le monde que se cache la lumière.

    Le cheminement maçonnique de l'Apprenti au Maître s'effectue en se dirigeant de la lumière matérielle vers la lumière spirituelle. La lumière naturelle de départ est d'une extrême importance, elle constitue la réalité sur laquelle le regard se pose pour s'élever progressivement vers la lumière immanente.

    Dès que l'Apprenti marche vers la lumière, il comprend qu'il ne peut accepter que sa bonne ou sa mauvaise humeur dépende de ses idées ou du fonctionnement automatique d'un organe. Il lui appartient de corriger une tendance comportementale qui ne correspond en aucune manière à l'être qu'il sent parfois vivre en lui. L'Apprenti assume la lumière lorsqu'il combat les ténèbres.

    L'édifice maçonnique repose sur le même ensemble logique que la pyramide cellulaire, du plus simple au plus complexe. A la base, nous trouvons l'homme, engendré par la multiplicité et perdu dans la temporalité, ensuite la loge, réunion ou assemblage de plusieurs hommes où chacun a une fonction précise pour que le temple vive, enfin l'obédience, gardienne de la lumière, qui œuvre pour qu'en bas, dans la loge, chacun des frères puisse édifier son temple intérieur universel.

    L'énergie de l'obédience se manifeste par l'énergie de chacun des frères, comme l'énergie de chacun des frères se manifeste par l'énergie cosmique en chacun de ses organes.

    Nous avons besoin d'une attitude droite, axée sur la colonne vertébrale comme un fil à plomb.

    Dans le temple, lors de ses déplacements scrupuleusement codifiés, l'Apprenti peut garder une attention sur ses organes, sur les attitudes automatiques de son corps et les rectifier en fonction de la perception des énergies qu'il sent circuler en lui. Il s'agit de laisser l'être intérieur trouver sa place, ce qui générera une attitude juste.

    Il y a là toute une conscience nouvelle à acquérir dans nos maintiens et déplacements. Cette prise en considération de la vie intérieure est une attitude d'amour et de respect qui s'exprime vis-à-vis de nous-mêmes mais surtout vis-à-vis des énergies naturelles en action. Une telle préoccupation exerce au discernement et conduit à la sagesse.

    Grâce à sa présence régulière, à son écoute qu'ensemence la parole de ses frères en son cœur, grâce à son attention vigilante exercée dans le temple et à l'extérieur, l'Apprenti, passé Compagnon, puis élevé Maître, sentira dans la sphère énergétique des lieux organiques, un point de jonction entre le matériel et le spirituel, alors, et alors seulement, il comprendra ce qu'est la connaissance puis la conscience de ses fonctions instinctives qui coulent en lui comme l'eau universelle.

     

    L’épreuve du feu

    Le Récipiendaire, à la dernière étape de son voyage initiatique, subit l'épreuve du feu, quatrième élément qu'il doit affronter, connaitre et transcender.

    Le feu, c'est la force évolutive, la lumière et l'esprit qui créent. Le feu anime, purifie,  transforme et dresse vers le ciel. Il est à la fois énergie de l'âme et nature de l'âme. Le feu qui anime le corps et le mental de l'homme ordinaire brûle dans le centre émotionnel.

    Pour le pèlerin engagé sur le chemin de la Vérité, comprendre comment le feu alimente les forces négatives qui ravagent son mental et assèchent son cœur devient une nécessité s'il veut espérer, un jour, canaliser la seule force capable de transformer ses émotions en des sentiments qui lui ouvriront la porte de l'initiation. Mais la possession de sentiments n'a rien à voir avec l'explosion automatique des émotions.

    Pour tailler la Pierre brute de ses émotions et les éroder en douceur mais avec fermeté, l'Apprenti utilise le Maillet et le Ciseau, outils que la Franc-maçonnerie met à sa disposition. Avant de donner son premier coup de Maillet, l'Apprenti observe attentivement les constituants de son bloc de pierre ; il devine leur force de résistance pour déterminer l'action à entreprendre et adapter son travail de rectification à la solidité des obstacles.

    Attaquer ses émotions ne veut pas dire entrer en conflit avec soi-même, refuser ce qui existe et le condamner brutalement au profit d'un idéal. Le but est de nous voir et de nous réconcilier avec nous-mêmes, avec ce que nous sommes, tels que nous sommes, en toute simplicité‚ dans une nouvelle perspective, celle de l’accès à l'homme authentique, à notre essence fondamentale.

    L'Apprenti tente de passer du bon sens profane à la réalisation d'une aspiration profonde et s'engage avec résolution dans l’œuvre initiatique. Parce qu'il a cru sentir en lui-même la présence d'une autre dimension, il cherche comment domestiquer le feu de ses émotions pour que ce feu serve à lutter contre le feu et alimente sa propre flamme.

    Pour connaitre notre centre affectif et ne plus être esclaves de son fonctionnement impulsif, la première décision à prendre est de le désirer de toutes nos forces et de toute notre âme, puis de rassembler toute la conscience dont nous pouvons disposer pour prendre le risque de douter et de remettre en cause toutes nos idées et toutes leurs justifications.

    En comprenant de manière très consciente, avec une attention excessivement vigilante le mécanisme d'une peur ou d'un désir, nous pouvons éliminer toutes les peurs et tous les désirs, car le mécanisme est toujours le même, chaque peur contient toutes les peurs, chaque désir contient tous les désirs, chaque colère contient toutes les colères.

    L'Apprenti qui veut vraiment voir le mécanisme de ses émotions demeure silencieux face à sa colère ou face à toute autre émotion. Dans ce long face à face, il découvre la source d'un conflit entre deux éléments intérieurs.

    D'une manière générale, la dualité émotionnelle naît lorsque l'on compare ce qui est présent, ce qui existe avec ce dont notre mental nous souffle qu'il devrait exister. L'émotion prend sa source dans le refus.

    Au cœur de la Loge, le Pavé mosaïque symbolise - en partie du moins - la dualité, dualité de nos pensées, de nos émotions, de notre corps, mais aussi dualité de la création.

    Parmi ses Frères, l'Apprenti peut travailler efficacement à la connaissance de soi sans se laisser emporter par ses émotions négatives.

    La Loge est un espace privilégié où chacun vient librement et sans en attendre quelques avantages. Il n'y a pas de compétitions durcies par le désir de l'avoir, et la règle tacite veut qu'il y règne une ambiance chaleureuse et fraternelle. C'est dire qu'il n'y a pas de place pour l'expression des émotions négatives.

    Les vrais sentiments viennent du cœur, de l'espace intérieur où la sphère du cœur de l'homme rencontre la sphère du cœur invisible du cosmos. Les relations humaines sont une communion directe de cœur à cœur.

    Lorsque l'intelligence du cœur ordonne, c'est uniquement pour le bien de l'autre, pour que soit respect‚ l'ordre universel ici et maintenant, dans le présent immédiat.

    Tel est le point de vue d’Alain Pozarnik au sujet du sens des épreuves initiatiques réunies au cours des trois – ou quatre – voyages symboliques de la cérémonie d’Initiation. Les épreuves initiatiques de la terre, de l’air, de l’eau et du feu ont pour fonction de purifier le profane de tout ce qui jusqu'alors n’était pas en accord avec l’éthique maçonnique (conceptions, pensées, passions, penchants, pulsions…). Il s’agit d’une rupture franche et profonde avec ce qu’était son existence jusqu'à présent : c’est le passage de l’obscurité profane à la lumière sacrée.

     

    Il est temps de conclure, du moins provisoirement, car la présente recherche peut à tout moment être remise en question.

     

    Pour conclure, du moins provisoirement

    La terminologie maçonnique emploie généralement le terme « élément » pour désigner l’un des quatre principes essentiels qui président à la vie de l’homme et qui sont : l’air, l’eau, le feu, la terre. Par le biais de notre Initiation, puis au long des travaux en loge qui dureront toute notre vie de Franc-maçon nous apprenons à connaitre et découvrir ces différents éléments. Nous sommes également amenés à reconnaître leur valeur symbolique et la dimension ésotérique de chacun d’eux. Puisse la présente recherche y avoir contribué, du moins ouvert la voie.

    Les épreuves sont les étapes physiques et symboliques par lesquelles nous avons dû passer en recevant l’Initiation avant d’être accepté dans notre loge comme Frère Maçon. Ces épreuves, par les conditions de réflexion qu’elles suscitent, ont pour fonction de nous mettre dans un état de réceptivité maximale pour nous amener à transcender et projeter spirituellement notre existence, d’abord dans le cadre de notre loge maçonnique puis dans tous les autres compartiments de notre vie.

    Il me semble que le message symbolique des épreuves initiatiques réside en ceci : il faut avoir « vécu » les éléments pour pouvoir s’en affranchir et les dépasser. Cela ne veut pas dire que le matériel, la philosophie, la religion n’existent plus. Nous ne les renions pas. Nous avons conscience de leur utilité, mais nous agissons désormais sur un autre plan.

    Nous qui voulions recevoir la Lumière et accéder au plan d’une vie supérieure, nous devions être purs comme l’enfant qui vient de naître. En nous prêtant à l’épreuve de la terre, nous avons manifesté que telle était notre ambition la plus chère et c’est pourquoi nous avons demandé à être reçu Maçon. Mais la Vraie Lumière, celle qui éclaire l’esprit et réchauffe le cœur, ne se confère point ; il nous faut la conquérir. Mais au préalable, nous devions nous purifier de la vie.

    Lors de notre Initiation, nous avons donc subi des épreuves purificatrices. L’épreuve de l’air, qui est associé symboliquement à l’approche philosophique et à l’intellectualité, a pour fonction de nous aider à devenir maitre de notre esprit pour accéder aux plus hautes sphères de la compréhension et de la spiritualité. En subissant l’épreuve de l’eau, nous avons été symboliquement lavés de nos imperfections, de nos égarements.

    Dans le cadre maçonnique, le feu est présent par sa relation avec la maîtrise nécessaire pour le dompter et surtout la lumière qu’il prodigue. La Lumière étant assimilée à la Connaissance, le feu devient instrument de connaissance et acquiert ainsi une dimension symbolique de toute première valeur. Il est celui qui éclaire, qui illumine, qui transforme les ténèbres en champ lumineux, qui permet de voir, donc de savoir. C’est un révélateur de l’essence des choses à part entière. Quant à  l’épreuve du feu, elle a probablement pour but nous faire comprendre que l’adolescent que nous étions est devenu homme, que le Compagnon est devenu Maître, que les symboles ont parlé et que la vérité éclaire notre conscience.

    R:. F:. A. B.

    Bibliographie

     

    Alban Gilbert - Guide de l’Apprenti

    Editions Detrad, Paris, 1996

     

    Béresniak Daniel - L’apprentissage maçonnique, une école de l’éveil ?

    Editions Detrad, Paris, 1983

     

    Béresniak Daniel - Rites et symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome I : « Les Loges Bleues » - Editions Detrad, Paris, 1997

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Sentiers de la Tradition - Editions L’Etoile, Bruxelles, 1999

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995

     

    Chevalier Jean et Gheerbrant Alain - Dictionnaire des symboles

    Editions Robert Laffont – Jupiter, Paris, 1999

     

    Ferré Jean - Dictionnaire des symboles maçonniques

    Editions du Rocher, Monaco, 1997

     

    Ferré Jean - Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, Paris, 1994

     

    Guigue Christian - La formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1995

     

    Pozarnik Alain - A la lumière de l’Acacia, du profane à la maîtrise

    Editions Dervy, Paris, 1995

     


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