• * Approche du symbolisme du Temple

    Le temple et ses différentes significations

    Différentes significations sont attribuées au mot « temple » selon le contexte dans lequel il est employé. C’est le cas de nombreux mots communs appartenant initialement au langage quotidien en entrant dans le vocabulaire de la Franc-maçonnerie.

    Le Temple est omniprésent dans la Franc-maçonnerie. Il en est un des arcanes majeurs et dans tous les rites, sa description, ses dimensions, son mobilier, sa décoration et son symbolisme, sont longuement évoqués.

    La première signification que nous retiendrons fait évidemment référence à la légende mythique de la construction du Temple de Salomon par Hiram, telle qu’elle est décrite dans les livres bibliques des Rois et des Chroniques. Selon la légende biblique, le Temple de Salomon est assimilé à la Jérusalem Céleste annoncée dans l’Apocalypse.

    Dérivé du latin templum, l’origine du mot temple est spécifiquement romaine. Ce mot désignait à l’origine le secteur du ciel délimité par l’augure romain à l’aide d’un bâton, dans lequel étaient observés soit des phénomènes naturels, soit le passage d’oiseaux. Plus tard, le mot templum a désigné le lieu ou l’édifice sacré où se pratiquait cette observation du ciel et a donné en français le mot temple.

    Chez les Romains, le temple était un lieu découvert d’où la vue pouvait s’étendre, et que l’on faisait consacrer par les augures. A l’origine, il fut le lieu où s’assemblaient les sénateurs. Comme le sénat ne pouvait s’assembler légalement que dans un lieu consacré par les augures, auquel fut donné pour cette raison le nom de temple, le Sénat devint donc un temple parmi d’autres dévolus, eux, à tel dieu ou à telle déesse.

    Sous toutes les latitudes, un temple représente un lieu de jonction entre le ciel et la terre. Projection du ciel sur la terre, le temple matérialise ce qui est invisible. Qu’il soit maya, égyptien, hindou ou gothique, le temple émerge des plans subtils et se manifeste sur un plan concret mais il est en parfaite correspondance avec l’homme. Tout temple, reflet de l’univers et du monde divin, est aussi conçu à notre image, selon nos proportions. Il reproduit la création du monde et se trouve donc lié à la cosmogonie, le système de formation de l’univers. Il devient la porte d’un autre monde. En quelque sorte résumé du macrocosme, le temple est aussi l’image du microcosme, car il est à la fois le Monde et l’Homme.

    En effet, par extension symbolique, le temple, c’est aussi l’homme. Telle pourrait être une deuxième acception du terme. Lorsqu’il entre en Franc-maçonnerie, l’homme s’engage à construire son propre temple intérieur. Il peut également appliquer cette dynamique d’enrichissement profond à la société dans laquelle il vit. Il vise alors à améliorer celle-ci et nous pouvons alors parler de « Temple de la Fraternité ».

    Demeure de la divinité, le temple occupe une large place dans l’esprit de l’homme. Il appartient cependant à une période récente de notre vie et n’est matérialisé que lorsque commence la sédentarisation, lorsque la tribu, le peuple commence à se préoccuper de réaliser une demeure fixe.

    Plus concrètement, le temple peut aussi désigner le local qui abrite le travail des Maçons, alors que la loge représente le groupement vivant qui se réunit dans ce lieu appelé temple. Ainsi, le troisième sens du mot temple, c’est le lieu consacré où se réunissent les Francs-maçons d’une loge pour leurs tenues.

    Dans le cas de cette troisième signification, une formulation traditionnelle définit ce lieu en précisant que « sa longueur va de l’Orient à l’Occident, sa largeur du Septentrion au Midi et sa hauteur du Zénith au Nadir ».

    Microcosme à l’image du cosmos, le temple est à la fois fermé aux regards extérieurs des non-initiés mais aussi ouvert sur l’univers tout entier dont il se veut la reproduction. C’est un lieu sacré dans lequel chacun peut venir s’abreuver à la Lumière, source de tous les savoirs et de la Connaissance suprême.

    Le temple est le trait d’union entre le concret et l’abstrait, la matière et l’esprit, le temporel et l’intemporel. Il est le lieu de tous les espoirs mais il peut aussi être celui de toutes les réussites pour que l’homme se dépasse lui-même, retrouvant ainsi, dans son parcours initiatique, la dimension sacrée qu’il porte au plus profond de lui-même.

    Le temple maçonnique est une hiérophanie – lieu sacré ou sacralisé – uniquement pendant la durée des travaux rituels. C’est une différence de nature avec une église, qui reste toujours un lieu sacré, tant qu’elle n’est pas profanée ou abandonnée.

    En Franc-maçonnerie, le temple sert d’abri, de lieu couvert, fermé chaque fois que des Francs-maçons s’y réunissent pour y pratiquer le rituel, accomplir certains gestes accompagnés de certaines formules, dans un état d’esprit particulier réalisé par les participants d’une tenue, durant l’espace d’un temps sacré.

    Bien que le Franc-maçon d'aujourd'hui ne soit plus un constructeur de cathédrales, il reste cependant l’héritier de l’art royal, cet art de bâtir, plein de secrets dont Salomon avait instruit les tailleurs de pierre du Temple de Jérusalem, qu’ils avaient eux-mêmes transmis à leurs successeurs sous le sceau d’une inviolable discrétion. Ce terme d’art royal est devenu, au 18ème siècle, synonyme de Franc-maçonnerie. Dans la Franc-maçonnerie spéculative, le Maçon est devenu symboliquement tout à la fois la pierre brute qu’il faut tailler pour qu’elle s’insère harmonieusement dans le temple extérieur que l’humanité est censée devenir, et dans le temple intérieur qui demeure à construire en chaque homme avec toutes les pierres dont il doit reconnaître en lui-même la qualité et les défauts. La construction symbolique du Temple intérieur est en réalité l’unique objectif. Cette construction n’est jamais finie. Le temple ne compte pas mais chaque Frère doit être conscient que, responsable de l’héritage initiatique qu’il a reçu, il doit le faire fructifier et le transmettre sans perdre de temps.

    L’enseignement traditionnel qui se rattache à l’étude du Temple n’est pas archéologiquement parfait mais il ne doit pas être pour autant censuré car c’est la nature de cet enseignement qui fait la Franc-maçonnerie d'aujourd'hui et qui nous vient de la « nuit des temps ».

     

    Temple ou Loge ?

    Dans le Manuscrit Graham, datant de 1726, apparaît dans une instruction une définition très intérieure de la loge :

    • Où avez-vous été reçu Franc-maçon ?
    • Dans une loge juste et parfaite.
    • Qu’est-ce qu’une loge juste et parfaite ?
    • Le centre d’un cœur sincère.

    Le terme « loge » recouvre en fait un certain nombre de notions :

    • le local où les Francs-maçons tiennent habituellement leurs tenues ;
    • l’assemblée des Maçons réunis rituellement pour accomplir ensemble un travail d’ordre initiatique ;
    • l’entité qui prend corps au cours des cérémonies.

    Il n’existe pas de loge sans membres, sinon elle tombe en sommeil ou disparaît. Inversement, il n’existe pas de Francs-maçons actifs sans loge. Chaque loge a sa spécificité, sa personnalité, reflet constitutif de l’ensemble des membres qui la composent. Creuset privilégié du travail maçonnique, sa fonction essentielle est de transmettre en initiant de nouveaux maillons.

    Le temple peut parfois désigner le local qui abrite le travail des Maçons, alors que la loge peut représenter le groupement vivant qui se réunit dans ce lieu appelé temple, mais la valeur intrinsèque du mot loge est l’entité qu’elle illustre.

    Traditionnellement, quand on parle du Temple, il ne peut s’agir que du Temple de Jérusalem, et plus particulièrement du Temple construit par Salomon. Il n’y a sur ce point aucun doute possible.

    Les Francs-maçons étant les ouvriers occupés à construire « le Temple », la loge ne peut, par définition être appelée Temple. Cette appellation impliquerait de plus qu’il s’y déroule des cérémonies religieuses, ce qui n’est absolument pas le cas !

    Bien que la quasi-totalité des rituels d’origine soient sans ambiguïté, une confusion s’établit quelquefois du fait qu’on est amené, pour des raisons pratiques, à donner pour nom au local où se déroulent les tenues et que l’usage a consacré celui de Temple.

    Selon les instructions très précises contenues dans les préliminaires du Rite (belge) Moderne, il faut utiliser le vocable « loge » et non celui de « temple ». La loge n'étant pas le temple, il faut éviter de parler du « temple », de « la porte du temple », etc. Le mot « Temple » ne doit donc être utilisé que lorsqu'il est effectivement fait allusion au Temple de Salomon.

    Pour René Guénon, le temple est le lieu de manifestation de la présence réelle de la Divinité. Les passages de l’Ecriture où il en est question sont ceux où il s’agit de l’institution d’un centre spirituel : la construction du Tabernacle, l’édification des temples de Salomon et de Zorobabel. Un tel centre, constitué dans des conditions régulièrement définies, devait être en effet le lieu de la manifestation divine, toujours représentée comme Lumière. La Franc-maçonnerie a conservé cette expression de « lieu très éclairé et très régulier » qui semblerait bien être un souvenir de l’antique science sacerdotale qui présida à la construction des temples.

     

    Le Temple de Salomon et la Tradition

    La réalité biblique, historique, archéologique nous apporte un éclairage primordial dans l’étude du Temple. Les seules sources dont nous disposons pour cette étude sont la Bible, et tout particulièrement les livres des Rois et des Chroniques, le Talmud et les écrits de Flavius Josèphe. A ces sources, depuis quelques années, viennent s’ajouter les Rouleaux de la mer Morte, écrits considérés actuellement comme ceux d’une communauté d’Esséniens vivant à Qumrân, dans les derniers siècles qui ont précédé notre ère.

    L’archéologie a puissamment contribué à exhumer l’antique civilisation hébraïque. De nos jours, les grandes nations envoient des missions d’étude en Terre Sainte. C’est à partir des résultats obtenus récemment par ces chercheurs dans les « Ecoles bibliques » permanentes de Jérusalem qu’il est devenu possible de décrire le site sur lequel repose Jérusalem, l’esplanade en son état actuel, le Temple de Salomon, ses proportions, son agencement, son mobilier, son décor…

    Il existe un grand nombre d’écrits bibliques et de parchemins égarés, puis retrouvés, qui confirment la construction et l’aménagement du Temple réalisé par Salomon. Ainsi, le Rouleau du Temple, trouvé dans la grotte XI de Qumrân est un document de première importance. Il aurait été composé entre 134 et 104 avant Jésus-Christ et il comprend la description de la magnificence du temple et des objets du culte ainsi que des bâtiments auxiliaires à étages et des parvis. Des valeurs numériques précises donnent les dimensions de toutes ces constructions, confirmant celles mentionnées dans I Rois.

    Conçu par David d’après la parole divine et réalisé par son fils Salomon, l’auteur des proverbes, de l’Ecclésiaste et du Cantique des cantiques, le temple aurait été construit en sept ans, mille ans avant notre ère. Mais, si la réalisation du Temple semble avoir duré sept ans, il faut remarquer que d’autres sources indiquent 6 ans 5 mois et 21 jours, précision assez surprenante mais qui donne un total de 77 mois que l’on peut écrire 7 fois 11 en y ajoutant 3 fois 7 jours. Il s’agit bien là de symbolisme numérique ! La construction du Temple et celle du palais de Salomon ensemble auraient débuté vers 967 avant notre ère et duré en tout une vingtaine d’années.

    La description du Temple se retrouve également dans l’étonnante prophétie d’Ézéchiel jusqu'au verset 48. Dans les chapitres 41 et 42 nous retrouvons les dimensions données au Temple de Salomon. Ce temple célèbre n’aurait cependant été que de petites dimensions : 30 mètres de longueur sur 20 mètres de largeur et d’une hauteur de 20 mètres également, avec des colonnes de 9 mètres. Ce qu’il faut retenir de ces dimensions, c’est le souci de donner des dimensions exactes à partir d’un étalon.

    Notons aussi que le style des colonnes a été inspiré des colonnes et obélisques qui précèdent les temples égyptiens et qui représentent des papyrus et des lotus. L’ornementation de ce petit temple aurait été luxueuse : placages de boiseries en cèdre avec des sculptures, des chérubins en bois d’olivier rehaussés d’or. Le Temple n’était en effet pas seulement fait de pierre mais aussi de bois

    Dans le récit biblique, il  est précisé que les pierres étaient taillées dans la carrière, équarries, sculptées, marquées et numérotées sur place et que de même, le bois de construction était abattu et préparé dans la forêt du Liban, sculpté, marqué et numéroté. C’est pourquoi la hache, outil spécifique du travail du bois, se justifie dans certains rites.

    Nous ne connaissons cet édifice que par les descriptions qui en ont été faites dans la Bible car il n’a pas laissé de traces identifiables par les archéologues. Jérusalem, espace réduit, est cependant connu du monde entier.

    Lorsque les Hébreux se sont installés sur leur terre tant promise, ils ont eu le désir de fixer la demeure de leur Dieu contribuant ainsi à garder le peuple sur place. Pour construire ce temple, cet édifice consacré au culte de Yahvé, les Hébreux ont dû faire appel à des spécialistes étrangers car ils n’avaient pas la main-d’œuvre qualifiée.

    Ce temple avait des dimensions précises. Abritant l’esprit saint, ce centre du monde reflétait le cosmos. Il était soumis à des radiations, à des influx. Il était ainsi orienté par rapport aux astres et plus particulièrement au soleil et à la lune.

    A la magnificence du bâtiment, il faut ajouter ses proportions, l’équilibre de ses masses qui avaient une influence sur le comportement des fidèles car dans cet édifice, tout était rythme, musique et harmonie des sphères.

    Tous les travaux ont été entrepris pour y installer l’Arche de l’Alliance symbole de l’alliance entre Dieu et son peuple, Arche qui, par les soins des prêtres, fut transférée au Débir, c’est-à-dire au Saint des Saints.

    Le Tabernacle a été réalisé par Moïse selon les prescriptions de l'Eternel. Les travaux d’édification du temple ont été confiés à Maître Hiram qui semble avoir joué un rôle particulièrement important dans cette réalisation. La légende s’est emparée de cet artisan qui fondit aussi les deux colonnes ornementales qui flanquaient la porte d’entrée. Hiram s’est inspiré des constructions de son époque et notamment du motif égyptien. Maître Hiram a marqué les constructeurs médiévaux. Le Compagnonnage puis la Franc-maçonnerie se sont emparés de ce mythe qui sert aux mystères initiatiques. En dehors du symbolisme du Temple, l’apport de ce drame humain rejoint une cosmogonie universelle.

    Du Temple de Salomon il ne reste rien. La description minutieuse qui en est faite dans le Livre des Rois n’a permis que des reconstitutions bien imaginaires que les fouilles archéologiques n’ont su accréditer. Quant au temple idéal d’Ezéchiel, il n’est qu’imaginaire, rêvé par un prophète venu cinq siècles après Salomon.

     

    Le site du Temple

    Bien que nous ne disposions d’aucune base vraiment sérieuse concernant la construction réalisée sous Salomon et,  surtout, pas le moindre vestige, il semble en tout cas certain que le Roi Salomon ait fait construire un temple à Jérusalem. Le nom de cette ville signifie « Ville de paix ». Mais pour mieux comprendre le symbolisme du site du temple de Jérusalem, nous devons nous rapporter au fait que d’après plusieurs versets de la Bible, le nom primitif de Jérusalem était Yebous, précision qui nous renvoie directement à un passage du second livre des Chroniques.

    « Salomon commença à bâtir la Maison de l’Etre éternel à Jérusalem, sur le mont Morîyah, où l’Etre éternel était apparu à David son père, à l’endroit que David avait fixé sur l’aire d’Ornan le Yebousî ».

    D’après ce passage, le site du temple était chargé d’un double passé historique : il était d’une part le site du sacrifice d’Isaac, et d’autre part le site où l’Etre éternel était apparu à David sur l’aire d’Ornan le Yebousî.

    Le récit du sacrifice de son fils Isaac par Abraham avait plusieurs sens :

    • avoir suffisamment de détachement vis-à-vis de sa famille pour pouvoir accorder la primauté à Dieu et à ses commandements ;
    • transmettre les mystères de la foi aux jeunes générations ;
    • passer de la lettre qui fait mourir à l’esprit qui fait vivre.

    Le site sur lequel repose Jérusalem est constitué d’un amalgame de collines aux pentes souvent rapides, sillonné de vallées sinueuses. La plus connue de ces collines est le mont Moriah (aussi orthographié Morîyah) sur lequel se dressait le Temple de Salomon. Le mont Moriah se prolonge au sud par la colline de l’Ophel (le doigt), moins haute et de forme allongée. L’Ophel fut occupée bien avant le Moriah : c’est la Cité conquise par David.

    Il semble que le choix du mont Moriah par Abraham et David pour y élever un autel soit plus probablement motivé par la disposition générale du site, face au mont des Oliviers que par la recherche d’un lieu qui serait le plus élevé de l’environnement.

    C’est dans un paysage tourmenté, grandiose, que s’est construite Jérusalem. C’est là que fut érigé le Temple et ses parvis dont il ne reste presque rien.

     

    L’origine égyptienne du plan tripartite du Temple de Salomon

    Les Livres des Rois et des Chroniques nous précisent que le Temple de Salomon était entouré d’au moins deux parvis et flanqué au sud d’un ensemble architectural comprenant un palais, la maison appelée « Forêt du Liban », le vestibule à colonnes (un portique, un porche ou tout simplement une cour entourée de portiques), le vestibule du trône, la maison de la fille de Pharaon.

    Le Temple de Salomon était distribué en trois salles, en trois parties successives :

    • l’Oulam (parfois aussi orthographié Ulam) : vestibule, parvis, porche ou portique qui mesurait approximativement dix mètres sur cinq ;
    • l’Hêkal: sanctuaire ou salle de la prière qui mesurait vingt mètres sur dix ;
    • le Débir (parfois aussi orthographié dvir) : Saint des Saints de forme carrée de dix mètres de côté.

    Ce plan tripartite est d’origine égyptienne :

    • la mer de bronze de l’Oulam du temple ne faisait que reproduire sous une forme en partie nouvelle le modèle fourni par les lacs sacrés qui se trouvaient devant les temples égyptiens ;
    • les colonnes Yakin et Boaz qui encadraient la porte de l’Hêkal dérivaient des pylônes qui entouraient la porte des temples égyptiens du nouvel empire ;
    • l’Hêkal correspondait à la salle hypostyle des temples égyptiens ;
    • le Débir, qui contenait sous la forme des deux kerouvîm ailés une représentation de la Trinité, correspondait à la chapelle des temples égyptiens, qui contenait une représentation du dieu.

    Il est donc permis d’affirmer que le plan tripartite des temples égyptiens du nouvel empire servit bien de modèle au plan tripartite du Temple de Salomon. La Bible elle-même le confirme en faisant dériver le Temple de Salomon du sanctuaire de l'exode, sanctuaire édifié par Moïse dont il est dit qu’il fut instruit dans toute la sagesse des égyptiens, formule qui inclut entre autres choses la connaissance de la symbolique propre à l’architecture des temples égyptiens. Avec sa division tripartite, le temple répondait à un symbolisme cosmique.

    Tout autour de cet ensemble, sur trois côtés plus exactement, se trouvaient des chambres, sur trois étages.

    Si l’on tient compte des épaisseurs des murs – fort épais en ce temps-là – le Temple apparaît comme un bâtiment d’environ 60 coudées sur 100, soit environ 30 mètres sur 50.

     

    Un modèle de sanctuaire

    De nombreux détails montrent que l’architecture du temple de Jérusalem se conformait à celle du sanctuaire de l’époque de Moïse. Plusieurs versets de la Bible attestent que le sanctuaire de cette époque reproduisait lui-même un modèle divin révélé à Moïse sur le mont Sinaï. Mais le seul modèle de sanctuaire que Moïse eut pu avoir sous les yeux, c’était la forme du ciel. Ainsi, le sanctuaire de l’époque de Moïse était une copie de la forme du ciel. Dès lors, le Temple de Salomon, qui reprenait certains éléments du sanctuaire mosaïque, était donc lui aussi une copie de la forme du ciel, d’un ciel étoilé. Il reproduisait la structure de la sphère céleste.

     

    Le temple en ses diverses acceptions

    Le Temple de Jérusalem et les temples humains.

    D’après I Rois 5, 19 le roi Salomon s’apprêtait à bâtir « une Maison au nom de l’Etre éternel qui ne fait qu’un avec mes vertus ». Le temple de Jérusalem n’était pas la seule demeure de l’Etre éternel : celui-ci devait habiter également en Salomon et dans le peuple israélite.

    En d’autres termes, parallèlement à la construction du temple de Jérusalem, Salomon devait en outre édifier une postérité biologique, une descendance royale, qui soit aussi une postérité spirituelle à l’image, comme le temple, du symbolisme éthique et ontologique des constellations.

    Cette double valeur sémantique de la Maison, à la fois architecturale (elle désigne alors un temple) et anthropologique (elle désigne alors la postérité biologique et spirituelle de Salomon) avait déjà été exprimée par les Egyptiens qui appelaient leur roi « Pharaon », transcription du mot égyptien pir-ô signifiant « grande maison ».

    Le temple architectural, le temple céleste et le temple spirituel.

    C’est le fils de David, le roi Salomon, qui fit bâtir le temple de l’Etre éternel à Jérusalem. Le prophète Isaïe avait cependant effectué une nette distinction entre ce temple architectural et le temple céleste. Il existe effectivement un lien entre ces deux temples puisque le premier (le temple de Jérusalem) reproduisait dans son plan la structure du second (le temple céleste). Le firmament étoilé (voûte céleste) était traditionnellement regardé comme un sanctuaire en raison du symbolisme éthique des constellations zodiacales et arctiques. Et c'est parce que ces constellations symbolisaient les vertus qu'elles constituaient un modèle tout indiqué pour servir de plan au temple de Jérusalem.

    Si Isaïe eut le mérite de distinguer le temple de Jérusalem du temple céleste, le prophète Jérémie eut pour sa part le mérite de distinguer le vrai temple spirituel (les vertus symbolisées par le temple de Jérusalem) du faux temple qu’étaient la conduite et les actions impies des juifs de son temps.

     

    Les protagonistes

    David avait eu onze enfants, dont Salomon conçu avec Bethsabée. Bien que Adonias devait être l’héritier légitime, le roi David avait fait oindre Salomon de son vivant afin de légitimer son choix. Adonias se révolta mais fut finalement mis à mort.

    Dans une vision du futur temple, le prophète Ézéchiel avait aperçu un être surnaturel, tenant une canne à mesurer qu’il donna au prophète en même temps que sa description générale toutes les mesures de l’édifice.

    David donna à Salomon les plans qu’il avait reçus de Dieu et qui devaient présider à la construction du nouveau temple.

    Le règne de Salomon fut principalement marqué par la construction du Temple consacré à Yahvé. Celle-ci eut lieu lors de la quatre cent quatre-vingtième année après la sortie des Israélites d’Egypte. Sur le mont Moriah surplombant la vallée du Cédron, s'édifia le Temple à la gloire de Dieu et non plus un temple à la gloire de l'homme ou de l'humanité.

    Pour ce faire, le roi Salomon envoya quérir un certain Hiram, fils d’une veuve de la tribu de Nephtali et d’un père Tyrien, artisan en airain. Il était rempli de sagesse, d’intelligence, de science pour faire toute œuvre en airain. Hiram vint donc chez le roi Salomon et devint le chef des travaux.

    Le nom « Hiram » est connu de tous les Francs-maçons du monde pour avoir été celui de l’homme qui construisit le Temple de Salomon. Mais si ce nom apparaît à plusieurs reprises dans les pages de la Bible, il faut cependant faire la distinction entre Hiram, roi de Tyr, qui aurait régné sur Tyr de 968 à 935, et Hiram Abi, que ce même roi a envoyé auprès de Salomon pour construire son Temple. Autant le premier n’est guère intéressant, si ce n’est par le fait qu’il a fourni à Salomon du bois pour les constructions, autant le second, dans son rôle de Maître – Architecte, est au cœur même du rituel maçonnique ! C’est la raison pour laquelle, dans toutes les Obédiences de par le monde, l'Élévation au sublime degré de Maître Maçon repose en majeure partie sur Hiram et l’accession à son savoir infini.

     

    La construction du Temple de Salomon

    Les offrandes de matériaux et de main d’œuvre

    Hiram Abi aurait eu sous ses ordres plus de cent septante mille ouvriers. Pour les documents bibliques, ce fondeur n’était qu’un artisan libre, détenteur de grands savoirs techniques. Principalement glorifié par le livre des Chroniques, la légende s’est rapidement emparée du personnage. Hiram Abi est devenu une figure – clef des rites compagnonniques et maçonniques.

    Le roi Hiram de Tyr offrit à Salomon des bois de cèdre, de cyprès, des maçons, cependant que l’artisan bronzier Hiram Abi façonna tous les objets de bronze.

    Participer de bon cœur à la construction d’un sanctuaire consacré à l’Etre éternel accompagnait le désir de devenir soi-même un sanctuaire de l’Etre éternel. C’est pourquoi tous les Israélites qui, de bon cœur, avaient prélevé sur leurs propres biens des matériaux pour les offrir en vue de la construction du sanctuaire témoignaient par ce sacrifice personnel leur désir sincère de devenir eux-mêmes un sanctuaire de l’Etre éternel.

    Le chantier

    La Bible nous indique que le bois réservé à la construction provenait du Liban : ses cèdres et cyprès étaient justement renommés. Ils étaient acheminés par flottaison jusqu'à la mer, chargés sur des barques à fond plat. Le bois était déchargé à Jaffa puis transporté sur environ 40 km et monté à environ 750 mètres. Avant son emploi, il fallait aussi le laisser sécher.

    Par ailleurs, il semble que des carrières de pierre se trouvaient à proximité du chantier où furent trouvés des blocs de 80 à 100 tonnes. Leur transport, leur levage ont sans aucun doute posé des problèmes qui font toujours notre admiration. Tous les matériaux étaient taillés avant leur arrivée sur le chantier.

    Proportions et numérologie

    En prenant connaissance des textes bibliques, les descriptions et dimensions du Temple de Salomon paraissent fort précises, bien que l’épaisseur des murs ne soit pas mentionnée. Le Debir est cubique, de 20 coudées de côté. En dehors de sa porte d’accès, il n’y a pas d’ouverture. C’est un lieu sombre. L’autel des holocaustes a un plan carré de 20 coudées de côté et une hauteur de 10 coudées. L’Ulam a une largeur de 20 coudées, sa hauteur étant de 30 coudées. Cependant d’après II Chroniques, la hauteur serait de 120 coudées. Le Hekal est établi sur un double carré, nommé aussi «carré long », donc 20 X 40 coudées et une hauteur de 30 coudées. Rapportée à notre système métrique, la coudée pourrait être comprise entre 49,5 cm et 52,5 cm.

    Aussi bien dans les dimensions de l’Arche de l’Alliance que dans les dimensions de l’édifice, la proportion 0,6 apparaît. La divine proportion semble rythmer la construction. Cette architecture répondait à un rythme, à une profonde loi harmonique qui lie chaque partie au tout. Cet édifice était de petites dimensions mais il est vrai que l’office devait se dérouler à l’extérieur pour une population fort réduite. Le Temple avait été conçu pour conserver en un lieu fixe l’Arche d’Alliance et ainsi maintenir le peuple sur sa terre.

    S’il intervient essentiellement comme demeure du dieu, la fonction du temple se limite généralement à abriter son image ou sa présence. Le peuple n’est pas autorisé à y pénétrer. Il ne peut accéder qu’aux aires dévolues aux sacrifices. Dans le cas du temple de Salomon, le Grand Prêtre n’y venait que très exceptionnellement, en de rares occasions codifiées, c'est-à-dire une à deux fois l'an.

    Les colonnes du Temple de Salomon

    Les documents bibliques apportent d’étonnantes précisions sur les colonnes. Cette minutieuse description doit sans doute évoquer un symbolisme particulier puisque ces deux piliers ne supportaient rien. Ils ne paraissaient pas avoir de fonction architecturale. On peut les considérer dans leur valeur ornementale, comme des obélisques à l’entrée du temple. Hiram a flanqué de deux colonnes le temple qu’il venait de faire édifier : l’une d’or, dédiée au soleil, l’autre d’émeraude, dédiée au vent. Ces deux colonnes hautes et majestueuses du Temple de Salomon signalaient ainsi la richesse d’un édifice établi à la gloire de Yahvé.

    D'après Jérémie, ces colonnes d’airain étaient creuses et l’épaisseur du métal était de quatre doigts, soit environ huit centimètres. Le Livre des Rois et les Chroniques ne donnent pas les mêmes dimensions. Dans le premier cas elles avaient une hauteur de dix-huit coudées (soit environ neuf mètres) et d’après le second document, trente-cinq coudées (soit environ dix-huit mètres).

    Jérémie indique également trente-cinq coudées, dimension qui semblerait logique puisque les chapiteaux faisant cinq coudées, la hauteur totale était de quarante coudées, nombre que nous retrouvons dans maintes parties de la construction soumise au symbolisme numérique.

    Hiram dressa la colonne de droite et l’appela Yakin. Il dressa la colonne de gauche et l’appela Boaz. Cette orientation paraît conforme à la description faite par Ézéchiel qui indique l’orientation du temple prescrit par Dieu et qui s’ouvrait à l’orient.

    Cet élément important d’après sa description faite dans la Bible, prend un grand intérêt pour les maçons opératifs du Moyen Age et plus tard dans la Franc-maçonnerie spéculative. Les commentateurs des rituels maçonniques se demandent si la droite et la gauche sont vues en entrant ou en sortant du temple. La position des colonnes J et B sont alors inversées et, en fait, ces dispositions diffèrent suivant les obédiences et les rites maçonniques.

    Boaz signifierait « en lui est la force ». Yakin ou Jakin signifierait « qu’il établisse ». Bien qu’aucun texte hébreu permette de rapprocher ces deux noms afin d’en faire une phrase, divers commentateurs ont formé des propositions comme « Il établit dans la force ». Guy Boisdenghien estime quant à lui que, reliés ensemble, les deux noms des colonnes hiramiques peuvent se comprendre par « C’est par la force qui est en Dieu qu’il établira ».

    Les trois étages

    Le Temple de Salomon comprenait trois étages qui reprenaient le modèle fourni par les trois étages de l’arche de Noë. Le Temple de Salomon renvoyait aussi à la stèle dressée par Jacob, stèle qui elle-même était censée représenter la structure du ciel étoilé vue par Jacob.

    Cette structure céleste était l’axe polaire entouré des constellations zodiacales et arctiques. Or cette structure se compose effectivement de trois étages : le rez-de-chaussée de la sphère céleste étant composé des constellations australes, le premier étage du ciel comprend les constellations zodiacales comprises entre le tropique du Capricorne et l’équateur ; le second étage du ciel comprend les constellations zodiacales comprises entre l’équateur et le tropique du Cancer ; le troisième étage du ciel comprend les constellations arctiques situées au-dessus du tropique du Cancer.

    Ces trois étages de la sphère céleste, représentés par les trois étages de l’arche de Noë et par ceux du Temple de Salomon, se retrouvent mentionnés dans le récit de la baisse des eaux du déluge.

    Le Livre des Rois ne donne aucune indication sur le nombre et la disposition des fenêtres dans le Temple de Salomon. Sur les anciens tableaux maçonniques, ces fenêtres n’étaient pas grillagées. Une confusion peut être décelée ici entre la loge et le temple car une loge opérative, lieu de travail, nécessitait effectivement d’être très éclairée, ce qui va à l’encontre du fait que leur lumière soit obscurcie par un grillage.

    L’escalier du temple

    L’escalier en colimaçons du temple reprenait le modèle fourni par l’escalier céleste. Cet escalier, c’est l’axe polaire qui, dans la Bible, a un double symbolisme ontologique et royal. La Genèse affirme que l’Etre éternel se trouve posté sur l’axe polaire, signe que l’axe polaire symbolise dans la Bible l’Etre éternel.

    En qualité de représentation de l’axe polaire, l’escalier du temple symbolisait non seulement l’Etre éternel, mais encore sa personnification qu’est sur terre le roi ou la fonction royale et qui est celle de tout chef de communauté dans la Bible, gouvernement qui implique l’obéissance corollaire des subordonnés.

    L’escalier du temple n’était pas qu’un symbole. Il y avait aussi un rôle purement instrumental : il conduisait au troisième étage. Et il y a tout lieu de croire que l’escalier du Temple de Salomon donnait accès au toit en terrasse où les prêtres montaient pour observer les constellations et méditer sur leur symbolisme.

    Le deuxième temple

    Le Temple de Salomon avait été édifié en environ sept ans par une main d’œuvre étrangère pratiquant des rites religieux désavoués par Yahvé. Cela n’avait pas été accepté par le peuple juif. Salomon, qui s’était laissé abuser par l’amour des femmes, avait laissé pratiquer d’autres rites religieux que le roi David n’aurait sans aucun doute jamais acceptés. Un temple construit par celui qui pratiquait l’idolâtrie ne pouvait être pur et il s’avérait nécessaire de détruire ce qui avait été édifié par le démon.

    Salomon avait fait bâtir un temple à la gloire du Très Haut mais avait-il le droit d’enfermer Dieu dans un édifice réalisé par l’homme ? Dans de nombreuses civilisations, la maison de pierre représente un linceul dur et étouffant, une prison qui retient le corps. De même la pierre, qui contient la divinité, ne peut être taillée : les Saintes Écritures reviennent à maintes reprises sur cette interdiction de tailler la pierre, ce qui rend naturellement impossible la construction ordonnée d’un édifice important.

    Sur le plan matériel, c’est Nabuchodonosor, roi de Babylone, qui, à la tête des Chaldéens, a détruit le temple de Salomon en 587 avant Jésus-Christ. Même sur le plan matériel, le temple détruit nous enseigne et nous laisse un message.

    Grâce aux fouilles archéologiques il a été possible de retrouver le climat des plus anciennes civilisations. Avec les ruines supposées du Temple de Salomon, nous pouvons découvrir un sens plus concret donné aux légendes. C’est ainsi que les Templiers sont devenus les gardiens de cette pensée spirituelle alors qu’ils n’ont occupé que quelques annexes du second temple, mais cette pensée est mieux exprimée par une très belle légende dans les Hauts Grades du Rite Écossais Ancien et Accepté.

    Le plus petit vestige peut nous mettre sur la voie, nous rattacher à un passé en nous communiquant quelque éclat d’une pensée originelle. Nous avions sans doute déjà cette pensée en notre esprit mais il suffit du plus petit incident pour déclencher en nous une émotion, un souvenir qui nous permettent de renouer avec une tradition que nous créons à chaque instant.

    Reconstruction du Temple

    Si le temple humain n’a qu’une vie éphémère, sa reconstruction s’impose : avec ténacité l’homme reconstruit, relève les ruines en affirmant à nouveau sa foi. Et c’est bien d’une restauration cosmique dont il s’agit.

    Ainsi, les Juifs ont décidé la reconstruction du Temple. Yahvé éveilla l’esprit de Cyrus qui en décréta la réfection, lors de la deuxième année du règne de Darius. Josué et Zorobabel reconstruisirent le Temple entre 520 et 515. Ces travaux n’ont duré que quatre ans.

    Ce second temple, qui ne paraît pas avoir eu la richesse de celui de Salomon, fut appelé le Temple de Zorobabel, du nom du prince qui gouvernait alors le pays. Mais le Saint des Saints était vide : l’Arche d’Alliance n’existait plus depuis la destruction du temple précédent. Ce second temple subit attaques et pillages dont ceux de Pompée et de Crassus.

    Le troisième temple

    Une restauration s’imposait. Elle fut entreprise par Hérode le Grand en l’an 37 avant notre ère. Grâce à de très importants travaux de soutènement et de remblayages, le roi put augmenter la surface du temple et de ses dépendances, couvrant ainsi une surface de 25 hectares. Son fils Hérode Agrippa continua les travaux entre 24 et 64 de notre ère. Malgré ces travaux importants et la magnificence de la décoration, ce troisième temple est fort peu évoqué.

    La destruction du Temple avait été prédite par Jésus. C’est ainsi que les légions romaines l’ont incendié et pillé en 70 de notre ère. Mais avec la ruine de Jérusalem correspondit l’avènement du règne messianique : à l’ancienne Alliance succéda le message du Christ. Cette nouvelle alliance fut ratifiée par le sang de Jésus.

    En annonçant « Je peux détruire le sanctuaire de Dieu et le rebâtir en trois jours » (Matthieu XXVI, 61), Jésus soutient toujours la même pensée : plus qu’un temple matériel qui sera détruit, c’est un temple immatériel qu’il nous faut construire en nous-même, temple immatériel qui, lui, sera toujours vivant tant que nous conserverons notre foi. La destruction du Temple est une catastrophe car c’est revenir à nos origines terrestres, à la perte du paradis. La restauration de la Maison de Dieu ne peut ainsi se concevoir que sur le plan cosmique.

    La Jérusalem céleste

    Le châtiment imposé par Dieu à son peuple élu ne fut cependant que transitoire : une Jérusalem céleste dont Abraham eut la vision sera instaurée : un Temple archétype. La Jérusalem céleste figure dans l’Apocalypse de Jean (XXI, 10 – 23). Elle paraît circulaire alors que sur terre elle est carrée. Les deux mondes, ciel et terre, sont donc intimement associés et nous pouvons songer à la quadrature du cercle, image que nous retrouvons avec le dôme qui recouvre le plan carré des églises, un carré ou carré long.

    Pour le prophète Ézéchiel, le monde est à l’image du Temple céleste et la création reflète le Temple de Dieu. C’est pourquoi la divinité précise et indique comment son Temple doit être réalisé. Le Temple d'Ézéchiel n’a jamais été réalisé d’une manière concrète. Il reste à l’état visionnaire, tout en étant éternel dans sa projection hors de notre monde, alors que le temple de Salomon en devenant concret marque la fin d’un temps.

    La prophétie est une réalisation concrète mais elle s’établit dans le monde spirituel de l’âme, une réalité secrète que nous ne pouvons voir qu’avec les yeux de l’âme, en dehors de l’expérience sensorielle.

    Le cercle étant l’image de la perfection, la Jérusalem céleste a été représentée sous forme circulaire alors que l’Apocalypse (XXI, 16) nous révèle que « sa longueur, sa largeur et sa hauteur sont égales », ce qui conduit à songer à un cube avec ses six faces. Cela signifierait-il qu’il faille inclure ce cube dans une sphère ?

    Réalisations de l’édifice sacré

    Réalisations matérielles

    Tout nous permet de penser que les premiers lieux de culte, demeures des divinités, ont été des endroits naturels, élevés, où règne une bonne température et d’où les bruines et brouillards sont absents. C’est le cas de bois, de rochers ou de cavernes, exposés ni aux grandes chaleurs ni aux grands froids. Des cavernes, qui ont souvent abrité des personnages illustres, ont été aménagées pour rendre un culte aux divinités et sont devenues des sanctuaires.

    Les exemples sont multiples en Egypte, en Turquie, en Inde, en Ethiopie. La caverne est la première forme du temple. Dans son atmosphère humide et mystérieuse, nous découvrons la déesse – mère, la vierge noire, force vitale d’une royauté céleste, qui a la couleur du commencement du Grand Œuvre.

    La simplicité du culte rendu dans la nature même, aux forces de la nature, ne conduit pas forcément à la création d’un édifice aux caractéristiques rigoureusement définies, dépendant d’un art sacré qui serait régi par un dogme. Ainsi, le temple celtique n’existe pas sous forme de construction comme un templum romain mais le nemeton est un lieu naturel, sacré, où se rassemblent les fidèles. Faut-il aussi rappeler que c’est dans les souterrains de Rome, à l’abri des regards, que les chrétiens pourchassés ont établi leur culte ?

    Le sentiment du sacré diffère d’une religion à l’autre, reflétant des particularités et des modalités de diverses célébrations rituelles. Chez les chrétiens, il s’agit de déterminer un endroit de rassemblement, un espace matériel où il est possible de pratiquer le sacrifice de l’Eucharistie, de rompre le pain et de boire le même vin : cela paraît réalisable dans n’importe quel local à condition cependant que l’orientation et les courants magnétiques lui soient bénéfiques.

    La synagogue, du simple lieu de rassemblement où les croyants prient en faisant la lecture des textes sacrés, est devenue la synthèse de formes fonctionnelles. La mosquée n’est qu’un mur abritant une niche orientée vers La Mecque, le mihrab. Pour recevoir des fidèles de plus en plus nombreux, les religions ont recherché des édifices plus importants, décorés de manière permanente, où les fidèles pouvaient se rassembler à tout moment. C’est ainsi qu’il existe une grande variété de mosquées, de synagogues et d’églises, chacune d’elles possédant ses propres rituels.

    Seul le Temple de Jérusalem paraît avoir été réglementé par Dieu qui a fourni un plan à observer strictement. Le symbolisme du temple pourrait être un pont jeté entre les Ténèbres et la Lumière, entre le haut et le bas. Le temple, cet édifice archétype, reproduit l’architecture de l’Univers, la base correspondant à la terre, l’espace intermédiaire à l’air et le toit à la voûte céleste. Tout édifice sacré est conçu à l’image du monde.

    Lieux sacrés

    Un lieu sacré est un espace naturel dont le caractère le singularise : montagne, forêt, grotte, source, île… Un lieu sacré peut également être un espace aménagé : calvaire, autel, église, temple. Dans chacun des cas, une consécration cérémonielle s’y déroule afin de perpétuer le souvenir : ce sont des pèlerinages, des processions, des fêtes. Ces lieux sacrés ont leur temps propre : le temps sacré diffère du temps profane. En Franc-maçonnerie, les travaux ont lieu symboliquement de Midi à Minuit.

    Les lieux sacrés ne sont jamais choisis par l’homme. Il les découvre, tout simplement. Un haut lieu est ainsi investi d’un pouvoir que nous discernons avec difficultés car en ce lieu règnent les forces de la vie occulte.

    Ces espaces sacrés, soumis à une hiérophanie – lieu sacré ou sacralisé – où se manifestent des forces qui nous demeurent inconnues, font naître l’idée d’un centre, lieu localisé où se produit, avec plus d’intensité, la rupture des niveaux de l’entendement. Ainsi, la montagne, dans le symbolisme traditionnel, joue un rôle capital car elle possède les trois mondes : ciel, terre et enfer. Le mont Meru en Inde est assimilé au centre et à l’axe du monde autour duquel gravite tout le système cosmique. Piliers, poteaux, pyramides deviennent des axes du monde. Les habitations et les temples représentent la montagne céleste.

    Tout espace sacré doit être matérialisé en s’organisant autour d’un centre, un point reconnu par celui qui est en communication avec le Divin. Les qualités subtiles du lieu doivent être reconnues par l’astrologie, par la géomancie. A partir du centre, matérialisé par un mât, les quatre angles sont déterminés en effectuant une orientation rigoureuse qui se réfère aux points cardinaux car il faut canaliser toutes les énergies. Sur un cercle dessiné au sol, sur une surface plane, l’ombre portée au lever, au zénith et au coucher du soleil est notée à partir d’une simple tige verticale. Ce gnomon fait paraître les deux axes, est – ouest ou decumanus et nord – sud ou cardo. Le carré qui s’inscrit dans le cercle initialement tracé peut ainsi être établi. En général, la porte se situe à l’est et l’axe de l’édifice s’oriente de l’est à l’ouest.

    Dans cette simple figure, tous les éléments de l’architecture sacrée sont déjà présents : cercle, croix, carré, avec leur orientation à partir du système solaire. Au cercle – le ciel – s’associe le carré – la terre – : l’esprit pénètre la matière et c’est là le processus de la création. En liant le carré au cercle on établit la quadrature du cercle. Tout le symbolisme du temple découle de cette première figure.

    Le mât, pilier central, axe du monde, crée le centre qui paraît immobile. Même lorsque ce pilier est invisible, son principe n’en reste pas moins déterminant et c’est lui qui conditionne la fonction du temple. C’est à partir de lui que s’établit le Saint des Saints, le chœur, le lieu où le mystère peut s’accomplir.

    Le rite de fondation du temple comporte souvent un sacrifice, une offrande. Le rite catholique honore les fondations : le prêtre asperge d’eau bénite les massifs de base afin d’en chasser les mauvais esprits, pose la première pierre sur laquelle une croix est gravée. Le nouveau sanctuaire est le plus souvent édifié à l’emplacement d’un ancien édifice religieux, donc sur un lieu déjà consacré. De nos jours, des appareils de détection confirment la présence des radiations, des courants de forces, mais la présence de cours d’eau a aussi son importance.

    Le rite de consécration d’un temple maçonnique présente des similitudes : lors de l’érection des colonnes, de l’eau, de l’huile et du blé sont offerts au Grand Maître qui procède à la consécration du local où se dérouleront les Tenues.

    Le temple, qui est relié aux forces terrestres, dépend également des puissances cosmiques. La construction d’un temple a le plus souvent été solidaire du mythe cosmogonique.

    Tout comme l’Univers visible se développe à partir d’un Centre et s’étend vers les quatre points cardinaux, le temple se constitue lui aussi autour d’un croisement.

    Généralement, toute église reproduit la structure du cosmos. Elle est ronde ou carrée, comme la Jérusalem céleste. Pour la construire, il faut utiliser le compas, le cordeau et l’équerre. Cet édifice, dans le culte catholique, ressemble aussi au corps humain. La tête reçoit le sanctuaire avec son autel ; les transepts sont les bras ; le corps recouvre la nef. Cercle ou carré, cube ou sphère, en réalité ces deux formes sont toutes deux parfaites. Le cercle, sans commencement ni fin, avec des points situés à égale distance du Centre est bien à l’image de Dieu, illimité dans son infinité. Le carré, figure stable, est à l’image de la terre qui reçoit l’influence du ciel, le cercle. Il faut faire entrer la terre dans le ciel, le carré dans le cercle, le cube dans la sphère.

    Tel est le fondement de la quadrature du cercle, problème que l’on ne peut résoudre s’il s’agit de surfaces mais que les anciens et les Compagnons ont su traiter en établissant un carré dont le périmètre est égal à celui d’un cercle donné. On passe ainsi du carré au cercle, du cube à la sphère, comme le Maçon passe de l'Équerre au Compas.

    Le plan des églises est établi en fonction du culte et du symbolisme religieux. Dans l’antiquité, par contre, les temples étaient généralement conçus sous la forme d’un rectangle, avec trois salles principales d’inégales dimensions. C’est là le plan adopté en Egypte notamment mais aussi au Liban et chez les Assyriens et les Phéniciens. Le Temple de Salomon a été réalisé sur les mêmes dispositions.

    Le christianisme a innové : le plan rectangulaire est devenu une croix latine et le toit traité en terrasse s’est inspiré de la coque d’un bateau renversé ou d’une coupole, ce qui correspond mieux à notre climat.

    Temples antiques, mégalithes, pyramides et tumuli ont presque toujours été orientés suivant un axe est – ouest, allant du soleil levant au soleil couchant en donnant toute son importance à l’orient qui est observé à partir de la porte. Tous les fidèles bénéficient ainsi du rayonnement de ce lieu très saint marqué par les quatre points cardinaux.

    Réalisations architecturales

    Pour l’établissement de son temple, Dieu avait donné des indications précises. Aussi bien David, Salomon qu’Ézéchiel ont confirmé ce désir d’une architecture dépendant d’une harmonie basée sur la numérologie, s’intégrant dans une représentation cosmique. Ce fait fut encore confirmé lorsque l'Eternel confondit Job et révéla sa sagesse créatrice (XXXVIII, 2 à 7). Ainsi Dieu, Architecte de l’Univers, est le plus parfait des architectes sur terre. Platon en a fait le Grand Géomètre car tout est mesure dans la nature et les cinq polyèdres réguliers sont l’expression de la perfection formelle.

    Le temple initialement défini par Yahvé a une forme rectangulaire et correspond à l’architecture pratiquée à cette époque. Ézéchiel, lors de sa vision, décrivit le temple futur et en donna les dimensions : toujours mêmes proportions d’un archétype céleste que l’on désire reproduire.

    L’église spirituelle a pris comme symbole une église de pierre : depuis la pose de la première assise jusqu'à la dédicace, un rituel naît pour aboutir à l’image de la Jérusalem céleste. La construction d’un temple est un don de Dieu. Les textes bibliques insistent sur les pierres vivantes qui réalisent la construction la plus sacrée, unies par un ciment, l’amour.

    En analysant les dimensions du temple, il est possible d’y découvrir les figures géométriques simples, divers aspects triangulaires, des rapports entre le carré et le cercle ou ceux du carré long. Les mesures sont le plus souvent des multiples simples de coudées tout en respectant des valeurs symboliques. La divine proportion s’y retrouve également comme elle existe partout dans la nature et plus particulièrement dans le corps humain. On y retrouve des nombres mystiques comme 3, 6, 7, 11 et 12 notamment. Sachons simplement reconnaître que les édifices anciens possédaient une harmonie numérique.

    Le nombre, qu’il ne faut pas confondre avec les chiffres, est un langage. La puissance créatrice en est l’expression. Le nombre est rythme, condensation de la pensée et se manifeste par une force active créatrice de toutes les formes. Il est la base de l’harmonie et traduit la cohésion de l’univers.

    Le Temple, demeure de Dieu, sacralise tout l’espace. Lieu privilégié, il est un centre du monde car de là tout rayonne et le chaos s’ordonne. En ce point précis, très particulier puisque la présence de Dieu y a été décelée, passe l’axe du monde qui relie directement la terre au ciel. Cet axe qui permet la communication de deux mondes peut être matérialisé par un arbre, une montagne. Dolmens, chapelles, temples délimitent ainsi cet espace. Qu’importe sa forme puisqu'en son centre tous les influx peuvent circuler.

    Représentations artistiques

    En dehors des rituels, les artistes appartenant à la Franc-maçonnerie, ont souvent repris le thème de la construction du Temple de Salomon. Plus particulièrement les décors maçonniques et compagnonniques aiment représenter le Temple de Jérusalem, un temple imaginé avec un nombre symbolique de marches représentant souvent un degré d’initiation. Des tabliers fort brodés sont ainsi souvent exposés.

    Les temples maçonniques qui pratiquent des rites basés sur cette construction ont aussi souvent voulu en reproduire le décor.

    Réalisations spirituelles : Temple et Franc-maçonnerie

    Les temples maçonniques, constitués de la manière la plus traditionnelle, se réfèrent principalement à la description du Temple de Salomon, puis parfois à celle du temple construit par Zorobabel. Les autres temples antiques paraissent méconnus.

    Le symbolisme qui se dégage des textes bibliques a marqué considérablement les constructeurs médiévaux : triangles, équerres, compas, dimensions et proportions, les deux colonnes J et B entrent dans la construction des églises et cathédrales médiévales. Ces deux colonnes sans architrave ne consolident pas l’édifice mais servent uniquement à la décoration.

    Dans les trois religions abrahamiques, c’est-à-dire le Judaïsme, le Christianisme et l’Islamisme, le Temple réalisé par Salomon tient une très large place. Par ailleurs, l’étude des Anciens Devoirs met bien en évidence que le Temple de Salomon, ses colonnes et la symbolique qui s’y rattache ne font pas partie du fonds maçonnique ancien. Ce n’est vraisemblablement qu’au 18ème siècle que ces thèmes ont commencé à s’agréger au corpus maçonnique.

    Il semble bien que ce soit la diffusion de l’ouvrage « La Nouvelle Atlantide » de Francis Bacon en 1627 qui ait été l’élément moteur de cette transformation. Dans cet ouvrage, on assiste à la découverte par des navigateurs, d’une île merveilleuse où s’est développée une civilisation parfaite, basée sur « la » Connaissance, Connaissance de la science, des hommes, des arts… pour approcher la vérité. Il y est également dit que les sages de cette société travaillent à  cette approche dans le cadre d’une assemblée se réunissant dans la « Maison de Salomon ». Cette Maison de Salomon, Temple de la Sagesse, de la Connaissance était dans l’esprit du temps, comme un nouvel idéal dépassant de loin tout ce que la philosophie et les religions mettaient au service des hommes.

    Quand les savants anglais se réunirent quelques dizaines d’années plus tard pour fonder la « Royal Society », ils se considéraient comme créateurs d’une « Maison de Salomon », de « La » Maison de Salomon. Or, parmi les fondateurs de la Maçonnerie de 1717, nombreux étaient les Frères qui appartenaient à la fois à la Maçonnerie et à la « Royal Society ». C’est ainsi que le Temple, la Maison de Salomon devint une des pierres fondamentales de la Franc-maçonnerie. Depuis le début du 18ème siècle, le Compagnonnage et la Franc-maçonnerie ont exploité le symbolisme d’un cadre légendaire en visant l’aspect cosmique du Temple.

    Les Old Charges, ou Vieux Devoirs, ont fait apparaître l’importance du Temple de Salomon comme modèle de la loge, ont repris et développé le thème de sa construction. Selon le Dumfries (1710), la loge doit s’étendre, tout comme le Temple de Jérusalem, d’est en ouest. En traçant un historique fort libre des origines de la Franc-maçonnerie, les Constitutions d’Anderson idéalisent Salomon.

    La porte du temple est le lieu d’accès qui marque la limite entre l’enceinte sacrée et le monde profane ou la limite entre les parvis et le temple. Elle est située à l’occident, là où le soleil disparaît, entre les Colonnes J et B. Tout récipiendaire ou Franc-maçon qui entre dans une loge maçonnique doit passer obligatoirement entre ces deux colonnes.

    La porte basse est un passage obligé pour le récipiendaire dûment préparé, ni nu ni vêtu. Tous les profanes franchissent la porte du temple dans la même situation de simplicité et sur un pied d’égalité. Pour certains récipiendaires, franchir la porte basse est probablement difficile car ils sont ainsi mis en situation d’humilité.

    Dans la Maçonnerie Disséquée, datant de 1730, due à Samuel Prichard, un bref dialogue du premier grade considère le pavé mosaïque aussi bien comme le plancher d’une loge que comme le dallage du Temple :

    • Avez-vous des meubles dans votre loge ?
    • Qu’est-ce ?
    • Le pavé mosaïque qui couvre le sol de la loge, l’étoile flamboyante au centre et la bordure dentelée autour.

    Au grade de Maître, les questions suivantes étaient posées :

    • Quels sont les bijoux du Maître ?
    • L’entrée du Temple, les fenêtres et le pavé d’équerre.
    • Veuillez les expliquer.
    • L’entrée conduit au Saint des Saints, les fenêtres laissent entrer la lumière, le pavé d’équerre le sol du Temple.

    Remarquons qu’Alex Horne considère que la définition du Pavé mosaïque comme élément architectural du Temple est mythique et qu’il n’existe aucune preuve archéologique ou biblique susceptible de confirmer le bien fondé de cette définition.

    Le temple maçonnique, carré long, se situe sous la voûte cosmique. Pour bien matérialiser ce fait, le plafond est souvent constellé d’étoiles et parfois les signes du zodiaque situent les membres sous des influences planétaires. La voûte étoilée suggère l’infini, la progression spirituelle, le toit du monde. La voûte azurée constitue le toit naturel du temple de Salomon à ciel ouvert.

    Dans ce lieu consacré, répondant aux décors établis par Salomon sur l’ordre divin, les jeunes Maçons, aux premier et deuxième degrés, se réfèrent aux rites de métier, en exaltant la puissance des outils.

    Les rituels d’Apprenti et de Compagnon ont été influencés par le Compagnonnage. C’est à partir du troisième degré que la Maçonnerie fait appel au symbolisme du Temple tant décrit dans la Bible. Carré long recouvert de la voûte cosmique, le temple maçonnique est un lieu symboliquement orienté, un centre du monde.

    Enceinte fermée sur l’espace profane, à l’abri des rumeurs de la ville, bénéficiant de la pénombre propre à la réflexion, éclairée par des luminaires aux flammes vivantes, cet îlot sensible est symboliquement étranger aux préoccupations du monde et du temps profane. Le temple maçonnique qui possède toutes ces caractéristiques, peut être installé en n’importe quel lieu tout en étant sacré.

    Ce lieu est bien celui de la contemplation, comme le suggère le terme templum. En effet, faut-il le rappeler, le mot latin templum désigna tout d’abord un vaste espace découvert de toutes parts, d’où la vue pouvait observer attentivement tout le champ d’horizon alentour. Contempler, c’est viser le Ciel depuis le temple définissant le champ de la vision. Ainsi, l’idée de contemplation introduit celle de consécration. Le terme désigna en effet particulièrement le champ du ciel, l’espace du Ciel découvert, où l’on peut observer le vol des oiseaux, pour l’interpréter. Sans doute l’idée du temple cosmique serait-elle à inscrire dans cette perspective ? Ainsi sacralisé, le mot templum a désigné finalement le sanctuaire, l’édifice sacré connu sous le nom de temple, lieu d’une Présence divine et de sa contemplation.

    Dans le contexte des bâtisseurs médiévaux, la Loge fut considérée, et l’est encore d’une certaine manière, comme un lieu éclairé et régulier où la Lumière divine peut se manifester à l’écart du monde extérieur et chaotique.

    Dieu lui-même est le temple des croyants, et réciproquement, les croyants sont eux-mêmes le temple de Dieu. C’est tout le motif de l’homme – temple, de la communauté – temple. Malgré le fait qu’elle s’inscrive dans un espace concret, la loge maçonnique n’a en effet de sens que par la rencontre des individualités qui la composent et qui forment une communauté – temple. Etre homme – temple, c’est être soi-même espace de contemplation, et partant, espace consacré.

    Bien qu’elle possède des affinités avec le Temple de Jérusalem, la loge maçonnique est plutôt une image de l’Homme / Temple virtuellement incarné par les Maçons eux-mêmes lorsqu'ils se rassemblent. Mais que viennent-ils faire en Loge ?

    La raison d’être d’un Maçon en Loge est clairement définie dans le Recueil précieux de la Maçonnerie Adonhiramite de Guillemain de Saint Victor datant de 1766. En effet, dans l’introduction se trouve le précepte suivant : « … souvenez-vous que pour les vrais Maçons, les richesses et l’orgueil ne sont que des chimères. Enfants du même Dieu, tous les mortels sont Frères, le vice seul est bas, la vertu fait le rang, et l’homme le plus juste est aussi le plus grand ».

    Nous pouvons y relever que la notion de liberté est indissociable de celle de bonnes mœurs qui est assimilée à la compagnie des êtres vertueux quelle que soit leur condition sociale :

    • Que fait-on à la loge de Saint Jean ?
    • On y élève des Temples à la vertu et l’on y creuse des cachots pour les vices.
    • Qu’apportez-vous ?
    • Salut, prospérité et bon accueil à tous les Frères.
    • Que venez-vous faire ici ?
    • Vaincre mes passions, soumettre ma volonté et faire de nouveaux progrès dans la Maçonnerie.
    • Qu’entendez-vous par Maçonnerie ?
    • J’entends l’étude des sciences et la pratique des vertus.
    • Dites-moi ce que c’est qu’un Maçon ?
    • C’est un homme libre, fidèle aux lois, le frère et l’ami des Rois et des bergers lorsqu'ils sont vertueux

    Le Vénérable occupe la chaire du roi Salomon. La référence à Salomon est le signe qu’une relation étroite a existé entre les générations de Maçons qui se sont succédé en Terre Sainte pour apporter plus tard l’Art royal en Europe et la tradition mystique juive à laquelle ce dernier est directement lié. L’importance des hébraïsmes en Maçonnerie ne saurait s’expliquer autrement. Le Temple de Salomon, depuis longtemps disparu, représente donc plutôt, au plan maçonnique, le prototype du Temple comme image du Centre suprême dont Jérusalem est, plus largement, l’une des projections majeures.

    Reconstruire le temple, c’est organiser harmonieusement l’humanité. Après la désacralisation c’est, à partir des principes traditionnels, restaurer l’homme dans sa dignité originelle en le faisant participer à une vie collective. Il y a alors régénération tant matérielle que spirituelle.

    Symboliquement, la destruction du Temple, la perte du Paradis, correspondent à notre entrée dans le monde matériel qui est exil et désacralisation. Or nous avons la nostalgie du Paradis : le Temple représente ce lieu sacré situé dans l’intemporel, dans le vaste espace d’où nous pouvons tout observer, tout ressentir, à la jonction de la terre et du ciel.

    La destruction du Temple qui a entraîné la perte de la connaissance chez les Hébreux, correspond à la destruction physique de maître Hiram. Son corps est assimilable au Temple de Salomon, puisque sa mort a pour conséquence la perte du mot de maître.

    La parole perdue représente aussi le secret de l’initiation véritable, et la recherche du corps du maître, celle de la tradition perdue dans son intégralité. Quand le corps est retrouvé, la tradition est rétablie, bien qu’amoindrie, par le remplacement du mot sacré par un mot substitué.

    Le Temple achevé concrètement est sans doute celui du monde accompli. Mais nous pouvons espérer davantage : rêvons à ce Temple que nous portons en nous et qui ne peut être achevé. Alors le temple d’Ézéchiel devient l’archétype de notre désir et il règne dans l’éternité.

    Quelques rituels maçonniques des Hauts Grades nous mettent en garde contre la destruction du temple, signe de la désacralisation du monde. Tout Franc-maçon doit participer activement à la construction du temple : tâche spirituelle infinie, écrasante, puisque c’est rechercher le véritable centre de l’union.

    Le temple du Franc-maçon s’étend de l’Orient à l’Occident, du Septentrion au Midi, du Nadir au Zénith, ce dont il est déduit que la Franc-maçonnerie est universelle.

    Cette notion d’universalité ne doit pas être confondue avec l’idée d’une expansion mondiale de l’Ordre ni avec celle de son rayonnement. La référence à l’image de la croix montre davantage en quel sens la loge se déploie dans l’espace suivant les axes et les directions fondamentales qui, à l’échelle du cosmos, procèdent du Point géométrique originel. Ce dernier, que Dante identifie à Dieu lui-même, est donc le centre à l’intérieur duquel la loge se constitue.

    Mais la manifestation de ce Point à travers les trois dimensions de la sphère cosmique s’effectue par les six branches de la croix, symbole du Verbe et de l’Homme Universel. En tant que Principe de l’Existence, celui-ci synthétise la totalité des états de l’être. A la fois Lumière et Parole, il préside à la régénération initiatique et représente le but suprême de la réalisation spirituelle.

    Ce temple infini et indéfini, qui embrasse l’univers est cependant clos et couvert. C’est un temple qui jamais ne pourra se terminer mais qu’il faut cependant construire un peu plus chaque jour.

    Synthèse en guise de conclusion

    Depuis les temps les plus reculés, on s’accorde à dire que tous les véritables temples représentent le cosmos. C’était déjà vrai pour les temples égyptiens. La tradition égyptienne s’est transmise au temple chrétien en passant par celui de Jérusalem.

    Dans le plan du temple de Louxor s’inscrivait parfaitement le corps d’un homme. C’est pourquoi le temple est devenu le symbole de l’homme comme être spirituel, et le symbole de l’humanité.

    Pour les religions, temples et églises sont les demeures de Dieu sur Terre. Ce sont donc des lieux privilégiés pour le prier, pour entrer en relation avec lui. Pour le constructeur, construire un temple ou une église était à la fois construire une demeure à Dieu et se construire soi-même.

    La Franc-maçonnerie, héritière de diverses Traditions dont celle des constructeurs, nous apprend à nous construire, c’est-à-dire à nous réordonner et à retrouver notre place dans l’univers. Le modèle qu’elle nous propose, éprouvé et patiné par les siècles, est la construction du temple de Salomon, assimilé au temple de l’homme et au temple de l’univers.

    Sur cet énorme chantier, l’Apprenti a un rôle modeste. A l’écart dans la carrière, il taille sa Pierre, qui sera pierre de fondation et pierre de parement tout à la fois. Il ne doit ni se décourager devant l’ampleur de sa tâche, ni se démotiver par sa place à l’écart et son rôle en apparence restreint.

    R :. F :. A. B.

     

    Bibliographie

     

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 153 à 154

     

    Bayard Jean-Pierre - La Symbolique du Temple

    Editions Edimaf, Paris, 1991

     

    Berteaux Raoul - La Voie symbolique

    Editions Edimaf, Paris, 1988

     

    Chalvon-Demersay Guy - Le symbolisme du temple et le nouveau temple

    Recherches de science religieuse, 1994

    Tome 82 - Pages 165 à 192

     

    Congar Yves - Le mystère du temple

    Editions du Cerf, Paris, 1958

     

    Corbin Henry - Temple et contemplation

    Editions Flammarion, Paris, 1981 - Pages 285 à 422

     

    Ducluzeau Francis - Ethique, sagesse et spiritualité dans la Franc-maçonnerie

    Editions du Rocher, Monaco, 2002

     

    Dumas Pierre - Le Temple de Jérusalem

    Editions Belisane, Nice, 1983

     

    Geay Patrick - Mystères et significations du Temple maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1997

     

    Guénon René - Le Roi du Monde

    Editions Gallimard, Paris, 1973

     

    Guigue Christian - Les Planches du Maître

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 2002

     

    Hani Jean - Le symbolisme du temple chrétien

    Editions Trédaniel, 1978

     

    Horne Alex - Le Temple de Salomon et la tradition maçonnique

    Editions du Rocher, Monaco, 1990

     

    Lhomme Jean – Maisondieu Edouard – Tomaso Jacob

    Dictionnaire thématique illustré de la Franc-maçonnerie

    Editions du Rocher, Monaco, 1993

     

    Lhomme Jean – Maisondieu Edouard – Tomaso Jacob

    Ésotérisme et spiritualité maçonniques

    Editions Dervy, Paris, 2002

     

    Mainguy Irène - La symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy, Paris, 2001

     

    Mondet Jean-Claude

    La Première Lettre - L’Apprenti au Rite Écossais Ancien et Accepté

    Editions du Rocher, Monaco, 2005

     

    Négrier Patrick - Le Temple de Salomon et ses origines égyptiennes

    Editions Télètes, Paris, 1996

     

    Parrot André - Le Temple de Jérusalem

    Editions Delachaux et Niestlé, Neuchâtel, 1954

     

    Poznanski Lucien - La chute du Temple de Jérusalem

    Editions Complexe, Paris, 1991

     


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