• * Planche d'instruction du grade à l'occasion de l'Initiation d'A. V.

    Vénérable Maître,

    Mes très chers Frères,

     

    Notre Loge « Les 7 P » se réjouit car elle célèbre ce jour une nouvelle entrée en Maçonnerie. Notre Loge a revêtu ses plus beaux atours et pris son air de fête pour te recevoir mon Frère André. C’est donc à toi principalement que s’adresse ce message de bienvenue.

    Lorsque le bandeau qui couvrait tes yeux t’a été enlevé, la Lumière s’est répandue dans ce Temple et tu auras sans doute ressenti, un peu confusément, que la réception d’un Frère Apprenti est un événement important dans la vie d’une Loge maçonnique.

    Tu viens, en effet, de commencer à prendre ta part de travail des Maçons, travail symbolique qui ambitionne de construire le temple de la Vérité et de la Sagesse.

    Car nous avons un Idéal, mon Frère André, un idéal qui ne s’appuie sur aucun dogme auquel nous serions tenus d’obéir et de croire aveuglément. Cet Idéal, nous le poursuivons sans préoccupations intéressées, non pas dans l’espoir d’une récompense sur Terre ou dans un autre monde, ni dans la crainte d’un châtiment si nous nous en écartions. Nous nous attachons à cet Idéal parce que nous estimons que la justice dans l’égalité, la sagesse dans la bonté sont des devoirs humains, et même naturels, et que la pratique de ces vertus porte en elle sa récompense la plus directe et la plus effective.

    Je ne sais, mon Frère André, si tu le perçois déjà, mais ton accession à la Maçonnerie est bien une forme de privilège qui permet d’être en droit d’éprouver un sentiment de fierté légitime. A cette fierté correspond d’ailleurs la joie de ceux qui t’accueillent ce jour, pour toujours.

    La Maçonnerie est profondément imprégnée de l’esprit maçonnique que tu découvriras parmi nous. Cet esprit ne s’obtient réellement que par un travail opiniâtre et incessant. Et c’est une joie pour nous de te voir aujourd’hui prendre en main nos outils symboliques.

    Te voilà donc initié ! Tu viens d’être créé, consacré et reçu Franc-maçon. Pourtant cette cérémonie ne suffit pas pour faire de toi un Maçon. Il te faudra sans doute toute une vie maçonnique pour entrevoir une réponse non dogmatique à la question « qu’est-ce que cette Initiation que je viens de vivre ? ». Permets-moi de lever quelque peu le voile sur ce mystère.

    L’Initiation est à la fois la chose la plus difficile et la plus simple. La plus difficile car elle exige de toi, comme de tout individu qui la reçoit, humilité et persévérance. La plus simple, car il suffit, si l’on peut dire, de vouloir l’initiation de tout ton être pour que les portes s’ouvrent. De tout ton être, autrement dit, en totale simplicité, de manière que la vie en esprit emplisse réellement l’être qui devient « simple en esprit ». Mais que d’efforts pour y parvenir !

    Le mot « initiation » vient du latin initium, « commencement », et pour l’Apprenti, que tu es et que nous restons tous, quel que soit notre grade, l’initiation est, en effet, le début d’une vie nouvelle et d’une nouvelle manière d’envisager l’existence.

    Cela ne signifie pas que la quête initiatique est un simple commencement et le début d’une aventure ; en réalité, l’initiation se situe au début de toutes choses, dans le principe, dans le commencement, dans cette « première fois » des anciennes traditions qui exprimaient ainsi la création en esprit.

    Rechercher l’initiation, c’est tenter de se situer à la naissance de toutes choses, au cœur même de la vie.

    Cette quête commence le jour où nous prenons conscience que nous ne pouvons plus continuer à vivre comme des automates, comme des individus conditionnés par l’air du temps. Au plus profond de nous-même, nous ressentons le besoin impérieux de découvrir une vie en esprit, au-delà des dogmes, des vérités toutes faites, des sectarismes de tous ordres, qu’ils soient intellectuels, religieux ou politiques.

    La quête initiatique n’a d’autres bornes que celles que se fixe l’être en recherche, puisqu'une Loge initiatique symbolise l’univers sans limitations et offre donc au Franc-maçon une multiplicité de chemins de connaissance.

    L’initiation est une formidable découverte et elle le demeure tout au long d’une vie en Loge à condition que l’on se remette sans cesse en question et que l’on ne s’arrête pas en chemin.

    Un Maître Maçon a dit un jour que « la vérité n’existe que dans la recherche de la vérité » ce qui m’autorise à dire également que l’initiation n’existe que dans la recherche de l’initiation.

    L’Initiation ne vise ni à prouver, ni à démontrer, ni à convertir, mais à vivre en conscience le mystère de la création. Et l’Initiation maçonnique se fonde aussi sur un constat : seul, isolé, on débouche dans une impasse. Mais lorsque des Frères vivent l’initiation en Loge, ils se créent les uns par les autres, et ils découvrent des paysages de l’esprit que permet d’atteindre une authentique communion fraternelle.

    Notre initiation a pour but de construire. Cela n’exclut ni la méditation, ni l’accomplissement individuel, mais il ne faut jamais oublier que nous sommes réunis à la gloire du Grand Architecte de l’Univers pour tenter d’édifier une œuvre qui dépasse nos existences et ne nous appartient pas.

    C’est grâce aux Frères qui nous ont précédés et qui nous ont transmis l’initiation que nous pouvons continuer à la vivre. Aussi cette initiation, chaque jour à recommencer, se nourrit-elle de la Tradition. J’aimerais précisément, ce midi, t’entretenir brièvement de la Tradition dont nous nous nourrissons.

    Comme l’indiquent plusieurs textes maçonniques, tel le manuscrit Regius datant de 1390, la tradition initiatique dont s’inspire la Franc-maçonnerie est née en Egypte, un pays que tu commences à connaître, mon cher Frère André, puisque tu y as déjà séjourné deux fois.

    La spiritualité pharaonique a offert un nombre impressionnant de rites et de symboles que l’on retrouve aujourd’hui dans les Loges initiatiques, et l’étude approfondie des textes comme de l’iconographie permet de mieux en percevoir la portée.

    Pendant trois millénaires, les confréries de bâtisseurs égyptiens ont créé des œuvres extraordinaires qui nous fascinent encore de nos jours. Et c’est aussi en Egypte que Pachôme, « le fils du dieu Khnoum » créa la première communauté de moines bâtisseurs, dotés d’une règle inspirée de celle des temples égyptiens, et qui donnera naissance à la « Règle du Maître » d’où dérive directement la Règle de Benoît.

    C’est l’alliance entre les moines et les confréries artisanales qui a rendu possible la grande épopée des cathédrales où la tradition égyptienne est d’ailleurs fort présente.

    Puis, à la fin du Moyen Age, eut lieu la grande cassure entre les « opératifs », les manuels, et les « spéculatifs », les penseurs. Les intellectuels formèrent les loges maçonniques, les manuels celles du Compagnonnage. Aujourd’hui, si chaque branche a éclaté à son tour en diverses obédiences et associations, cette réalité désolante n’a pas pour autant détruit la tradition initiatique qui reste encore bien présente dans la plupart de nos Loges régulières.

    Au-delà de cet aspect historique, la tradition initiatique possède une toute autre dimension. Elle est un ensemble de forces créatrices où la spiritualité se recrée en permanence. Notre Tradition est celle du Verbe et c’est la raison pour laquelle notre Loge fait référence à Jean l’Évangéliste et à sa célèbre formulation : « Dans le principe est le Verbe », qui est d’ailleurs une adaptation d’un très ancien texte égyptien. Ce Verbe n’est pas enfermé dans un livre figé qui imposerait une vérité définitive, comme celle des religions dogmatiques, mais il se transmet par des symboles et des rites qui sont autant de paroles vivantes.

    Ainsi, mon très cher Frère André, l’initiation que tu viens de vivre, te relie à la tradition des bâtisseurs. Elle est porteuse des éléments nécessaires pour que soit transmis l’esprit du métier.

    Les œuvres que les Anciens ont créées témoignent de leur amour de la vie en esprit et de leur capacité à la formuler en vivant le métier et son mystère. Quel que soit le matériau choisi, concret et abstrait, construire est un acte sacré fondé sur l’amour de l’œuvre.

    Sur le chantier, dans la Loge, chacun doit être à sa juste place pour qu’aucune énergie ne soit gaspillée. Apprendre son métier consiste, pour l’Apprenti, à découvrir de quelle manière il sera le plus utile sur le chantier afin de participer pleinement à l’œuvre entreprise.

    Si tu sais entendre ce qui est formulé, tu découvriras une méthode, une façon de faire pour t’intégrer à la construction comme une pierre vivante.

    A la fois spéculative et opérative, la tradition des bâtisseurs nous apprend à lier la pensée à l’acte, l’esprit à la main, car participer à une construction nécessite de « poigner » la matière pour mettre à jour l’esprit qui gît en elle.

    Un tel travail, il est vrai, n’est pas compatible avec la complaisance envers soi-même ; il faut sans cesse combattre la vanité pour faire grandir l’amour de l’œuvre.

    En découvrant la tradition initiatique pratiquée dans Ta Loge, tu prendras conscience de la force du lien de vie qui te rattache à tes Frères et tu feras croître ton désir de participer à l’incarnation de cette tradition.

    Jaillissant à chaque instant de l’Orient éternel, la tradition initiatique est toujours à redécouvrir. Loin d’appartenir à un passé révolu, elle est plutôt l’éternel présent de la conscience qui renaît à chaque formulation ; elle n’est pas d’un temps, mais de tous les temps, car si sa forme change, sa nature demeure immuable. Née de la lumière, elle en transmet le secret sans jamais s’épuiser. La tradition initiatique n’appartient pas à l’histoire. Elle naît à chaque instant. Quand une Loge parvient à l’incarner, esprit et matière vivent en paix et le temple s’édifie.

    Mon Frère André, tu t’apercevras probablement très vite que l’esprit qui anime la Maçonnerie peut rivaliser avec la plus belle et la plus altruiste des philosophies parce que la Maçonnerie veut mettre toutes les croyances sur pied d’égalité, pourvu qu’elles soient non dogmatiques, c’est-à-dire indulgentes et sincères.

    Tu ne tarderas pas à sentir que le code d’honneur des Maçons est vraiment l’un des plus beaux, l’un des plus limpides. Le respect du code d’honneur implique, bien sûr, des devoirs, des devoirs de respect des lois maçonniques, des devoirs de fraternité, de solidarité et de tolérance entre nous et à l’égard des personnes qui nous entourent dans la vie quotidienne. Si cela ne fait pas de nous des anges, au moins la Maçonnerie nous apprend à nous débarrasser peu à peu de nos plus gros défauts. C’est ce que nous appelons « tailler sa Pierre ».

    Chacun poursuit ensuite son propre chemin initiatique. A condition de ne jamais s’arrêter de progresser, donc d’aller le plus loin possible, il procure au moins de sérieuses victoires sur soi-même.

    Voilà un des plus grands secrets de la Franc-maçonnerie : c’est une initiation poursuivie sans relâche, c’est le voyage lui-même qui compte et non pas son but.

    Etre maçon, c’est donc être profondément humain dans la bonté, la justice et la tolérance, dans l’amour du bien et du vrai. C’est ce secret que nous sommes venus chercher ici, tous étant que nous sommes ; c’est ce secret que nous espérons que tu nous aideras à chercher, pour ton bien…  comme pour le nôtre.

    R:. F:. A. B.

    Orateur

     


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