• Saint Jean et le Solstice d'hiver

    L’importance de la lumière est bien connue pour les bâtisseurs, et notamment pour les bâtisseurs de cathédrales. C’est elle qui décidait de la percée des ouvertures dans les murs des édifices religieux et de l’emplacement de leurs vitraux. En ce qui concerne précisément la lumière solaire, deux jours de l’année présentent une particularité intéressante : ce sont les deux solstices.  Le solstice d’hiver, le jour le plus court de l’année qui correspond à la fête de saint Jean l’Évangéliste, et le solstice d’été, le jour le plus long, qui correspond à celle de saint Jean le Baptiste. C’est avec le solstice d’hiver que nous fêtons ce Midi, que commence la phase ascendante du cycle annuel.

    1. Ma première réflexion de ce Midi concernera précisément le sens des solstices. Faut-il rappeler que les solstices sont des phénomènes naturels de l’univers, que l’homme a découverts très tôt. Le mot « solstice » vient du latin « sol » qui signifie « soleil », et « stare » qui se traduit par « s’arrêter ». Les rites des fêtes solsticiales sont très anciens.

    Le solstice est le moment, qui se répète donc deux fois par an, moment où le soleil se trouve à son plus grand éloignement angulaire du plan de l’équateur. Là, aux yeux des hommes, il semble alors s’arrêter car il reste pendant trois jours dans le 23ème degré de déclinaison avant de commencer à redescendre ou à remonter vers le plan de l’équateur.

    Logiquement, la fête de saint Jean l’Évangéliste aurait dû être fixée au 25 décembre, mais cette date avait déjà été attribuée à la naissance du Christ. C’est pourquoi, les théologiens ont imposé deux jours de décalage. La concordance de la fête de la Nativité et celle de saint Jean l’Évangéliste qui annonce une ère nouvelle, celle de la naissance d’une nouvelle humanité, est symboliquement explicite.

    La vie des anciens était très liée au rythme des jours et des nuits et au rythme des saisons car leurs ressources et leur mode d’existence étaient eux-mêmes tributaires de la culture et des produits de la terre. Chaque événement de la nature donnait lieu à des fêtes, à des cultes aussi, à des célébrations solennelles où la superstition n’était pas toujours absente, et à des sacrifices divers. Il fallait s’attirer la bonne grâce des dieux pour être assuré de survivre. La mythologie égyptienne, avec la déification du Nil, et la mythologie grecque, en sont des témoignages. Même si c’est là l’interprétation qu’en donnent les historiens des religions, il ne faut pas oublier que les hommes de l’époque avaient aussi une approche symbolique des phénomènes naturels. Ce sont les anciens qui nous ont transmis les bases principales de notre initiation.

    Les mystères célébrés dans le temple consacré à la déesse Déméter, déesse du blé et de la germination, ont montré comment l’homme apprenait le rythme de la vie : naître dans la joie et mourir dans l’espérance. Avec le premier champ de blé, la vie organisée commença sur la terre. Le pouvoir supra humain qui fait germer les semences a été attribué à une déesse et non à un dieu.

    Nous retrouvons ici suggérée l’image de la graine enfouie dans la terre – mère, le ventre de la mère. La fête de Déméter se célébrait au moment des moissons. Mais après la moisson, la terre s’engourdit, s’endort. Chaque année le changement se produit sous les yeux des hommes.

    L’alternance des saisons lui a permis de fixer des points de repère et de fêter ces moments de mort apparente et de renouveau : ce sont les fêtes solsticiales, de décembre et de juin. Ces fêtes rituelles ont toujours été celles de la fécondité, de la vie, de la lumière et de l’espérance de l’homme dans son alliance avec la nature. En répétant l’acte de création, elles assignaient à l’homme sa place naturelle dans le temps sacré, ordonnancé, cosmique. Dès lors, il n’est pas impossible que les fêtes des deux saints Jean aient perpétué le lien avec les mystères païens qui sacralisaient en quelque sorte le travail de l’homme.

     

    2. A l’occasion de la célébration de ce Solstice d’hiver, nous avons choisi de nous réunir en ce lieu historique particulièrement remarquable, un site gallo-romain, intéressant à plus d’un titre [1]. Ce choix n’est pas innocent car, bien avant les fêtes de saint Jean, aux deux solstices, les Romains célébraient la fête de Janus qui « ouvre » et qui « ferme » les portes du cycle annuel, Janua signifiant « porte, accès ». Et de Janus, il est notamment question dans notre rituel de ce Midi, ce qui m’amène à ma deuxième réflexion !

    Curieusement, Janus était représenté avec deux visages, celui d’un vieillard tourné vers le passé et ainsi vénéré comme le dieu des origines de toutes les choses et l’autre, d’un adolescent tourné vers l’avenir. A ce titre, Janus était craint et respecté comme le maître du temps qui détruit ce qu’il produit mais aussi comme le gardien des portes célestes qui détient les clefs des étapes du chemin vers la Lumière, symbole de l’immortalité de l’Esprit. Les expressions « porte des hommes » et « porte des dieux » en découlent. Les noms de « porte de l’enfer » et « porte du ciel » leur ont aussi été donnés.

    Janus, dieu romain, était le dieu des portes de la ville. Il faut se souvenir que les villes romaines étaient circulaires et coupées en quatre – d’où le terme de « quartier » – par deux voies principales, l'une nord - sud appelée « cardo », l'autre est – ouest appelée « decumanus ».

    Janus gouvernait les deux portes symboliquement principales, c'est-à-dire la porte Nord (porte des Enfers) et la porte Sud (porte du Ciel).

    Dieu des portes, Janus était aussi le dieu des « commencements » : « Initiare »  signifiant « commencer », Janus était le dieu de l'initiation. C'est lui qui ouvrait le cycle des campagnes militaires.

    C'est lui également qui ouvrait et fermait le cycle annuel. Janus a été remplacé par les deux Jean. Jean le Baptiste, ouvrant la Porte du Ciel, est devenu le patron des Francs-maçons et de tous les Initiés.

    Après la christianisation des mythes païens, les deux Jean prirent la place de Janus aux deux visages. Ce fut Jean le Précurseur, dit le Baptiste, celui qui baptisait d’eau et annonçait la venue de celui qui baptiserait de feu, puis ce fut Jean l’Évangéliste, le « confirmateur », témoin de cet amour fusionnel et symbolique du feu et de l’eau. Le feu est un symbole très présent aux solstices. Vous l’aurez remarqué en venant en ce lieu !

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    3. Ma troisième réflexion de ce Midi, mes Frères, portera sur les raisons de l’appellation  « Loge de Saint-Jean » et de l’importance que les Maçons ont toujours accordée à cet Évangéliste.

    La tradition maçonnique de célébrer la Saint-Jean est attestée antérieurement à 1717, notamment par le Manuscrit « Dumfries ». L’usage de la Bible ouverte à l’Évangile de saint Jean est une coutume maçonnique qui remonte pour le moins aux tout premiers commencements de la Maçonnerie spéculative comme en témoigne aussi le Manuscrit des Archives d’ Édimbourg, datant de 1696.

    L’usage de prêter serment sur l’Évangile de saint Jean appartenait également à la Maçonnerie anglaise – qui l’a transmis à la France – et à la Maçonnerie écossaise du 17ème siècle, Maçonnerie de transition entre la Maçonnerie opérative et la Maçonnerie spéculative.

    L’édition des Constitutions de 1738 rapporte que c’est à l’occasion de la Saint Jean Baptiste de 1717, le 24 juin, jour de la fête rattachée au solstice d’été, jour de plus grande lumière, que les quatre premières loges maçonniques de Londres se sont réunies pour fonder la première obédience de la Franc-maçonnerie spéculative et élire le premier Grand Maître.

    Dans les loges françaises et continentales en général, la Bible est ouverte au premier chapitre de l’Évangile de saint Jean. C’est donc sur le Prologue de cet Évangile que tout récipiendaire prête son serment. Cet usage était déjà celui de la Maçonnerie du 18ème siècle qui prévoyait l’installation du Vénérable et des Officiers Dignitaires au moment de la Saint-Jean d’été, comme le montrent abondamment les « livres d’architecture » des loges.

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    4. Enfin, mes très chers Frères, il ne paraît pas concevable de célébrer la Saint-Jean sans évoquer brièvement le Prologue de l’Évangile de Jean qu’il serait bon de relire chaque année.

    Et ce Midi, ma quatrième et dernière réflexion concernera cette courte phrase, extraite précisément du Prologue et que le Vénérable Maître énonce en clôturant nos Travaux à chaque Tenue.

    Cette phrase qui, selon notre rituel officiel de la G.L.R.B., ne doit être prononcée qu’à moitié pour éviter les différentes interprétations possibles de sa seconde partie.

    Il s’agit du verset « La Lumière luit dans les Ténèbres et les Ténèbres ne la reçoivent pas » (ou « ne l’ont pas comprise » ou « ne l’ont pas reçue », etc.).

    Ce verset serait incompréhensible en l’abordant autrement que par la symbolique. En voici une interprétation : la Lumière qui brille dans les Ténèbres est la Vérité éternellement présente en tous lieux et en toutes circonstances, même lorsqu'elle est bafouée par les hommes. Les Ténèbres sont le symbole des hommes qui ne peuvent être pénétrés par la Lumière tant les voiles de toutes sortes qui masquent la nature essentielle sont épais. Ces voiles sont ceux de l’ignorance, des passions et de la dualité.

    R:. F:. A. B.

     Planche tracée dans le cadre de ma charge d'Orateur au sein de la R:. L:. "La Lumière des Ardennes" n° 24 à l'Or:. de Forrières

    [1] La villa gallo-romaine de Malagne fut un des grands centres agricoles de la Gaule du Nord dès le premier siècle après J.C. Avec ses caves et ses thermes sur hypocauste, Malagne fut certainement le lieu de résidence d’un personnage important de l’Empire Romain. Le site actuel s’étend sur plusieurs hectares. Autour des vestiges de la villa (corps de logis, annexes, écuries, forge et maison du forgeron), Malagne reconstitue les activités d’une ferme gallo-romaine : travail de la terre (poterie, argile dans la construction : torchis, pisé...), artisanat (métier à tisser, corderie, vannerie...), travail du fer : bas fourneau et forge, cultures et élevage de races anciennes de façon artisanale, cuisson du pain dans un four gallo-romain.


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  • Vénérable Maître,

    Mes très chers Frères,

     

    La Tradition veut qu’en Loge nous nous vouvoyions et que dès notre retour dans le monde profane nous nous tutoyions. Ce Midi, mon très cher Frère L., je vais quelque peu déroger à cette règle en m’adressant à toi un peu plus familièrement.

    Notre Respectable Loge « Les Vrais Amis » célèbre ce jour dans la joie ton entrée en Franc-maçonnerie. C’est donc à toi principalement que s’adresse ce message de bienvenue. Lorsque le bandeau qui couvrait tes yeux a été enlevé, la Lumière s’est répandue dans ce Temple et tu auras sans doute ressenti, un peu confusément, que la Réception d’un Frère Apprenti est un événement important dans la vie d’une Loge maçonnique.

    Tu viens, en effet, de commencer à prendre ta part de travail des Maçons, travail symbolique qui ambitionne de construire le temple de la Vérité et de la Sagesse. Car nous avons un idéal, mon Frère Lucien, un idéal qui ne s’appuie sur aucun dogme auquel nous serions tenus d’obéir et de croire aveuglément. Cet idéal, nous le poursuivons sans préoccupations intéressées, non pas dans l’espoir d’une récompense sur Terre ou dans un autre monde, ni dans la crainte d’un châtiment si nous nous en écartions. Nous nous attachons à cet Idéal parce que nous estimons que la justice dans l’égalité et la sagesse dans la bonté sont des devoirs humains, et même naturels, et que la pratique de ces vertus porte en elle sa récompense la plus directe et la plus effective.

    Je ne sais, mon Frère L., si tu le perçois déjà, mais ton accession à la Maçonnerie est bien une forme de privilège qui permet d’être en droit d’éprouver un sentiment de fierté légitime. A cette fierté correspond d’ailleurs la joie de ceux qui t’accueillent ce jour, pour toujours.

    La Franc-maçonnerie est profondément imprégnée de l’esprit maçonnique que tu découvriras parmi nous. Cet esprit ne s’obtient réellement que par un travail opiniâtre et incessant. Et c’est une joie pour nous de te voir aujourd’hui prendre en main nos outils symboliques, et essentiellement pour toi : le Maillet et le Ciseau.

    Te voilà donc initié ! Qu’est-ce à dire ? Tu viens d’être créé, consacré et reçu Franc-maçon. Pourtant cette cérémonie ne suffit pas pour faire de toi un Maçon. Il te faudra sans doute toute une vie maçonnique pour entrevoir une réponse non dogmatique à la question « qu’est-ce que cette Initiation que je viens de vivre ? ». Permets-moi de lever quelque peu le voile sur ce mystère.

    L’Initiation est à la fois la chose la plus difficile et la plus simple. La plus difficile car elle exige de toi, comme de tout individu qui la reçoit, humilité et persévérance.

    La plus simple, car il suffit – si l’on peut dire – de vouloir l’initiation de tout ton être pour que les portes s’ouvrent. De tout ton être, autrement dit, en totale simplicité, de manière que la vie en esprit emplisse réellement l’être qui devient « simple en esprit ». Mais que d’efforts pour y parvenir !

    Le mot « initiation » vient du latin « initium » qui signifie « commencement ». Et pour l’Apprenti que tu es et que nous restons tous, quel que soit notre grade, l’Initiation est, en effet, le début d’une vie nouvelle et d’une nouvelle manière d’envisager l’existence.

    Cela ne signifie pas que la quête initiatique est un simple commencement et le début d’une aventure ! En réalité, l’Initiation se situe au début de toutes choses, dans le principe, dans le commencement, dans cette « première fois » des anciennes traditions qui exprimaient ainsi la création en esprit.

    Rechercher l’initiation, c’est tenter de se situer à la naissance de toutes choses, au cœur même de la vie. Cette quête commence le jour où nous prenons conscience que nous ne pouvons plus continuer à vivre comme des automates, comme des individus conditionnés par l’air du temps. Au plus profond de nous-même, nous ressentons le besoin impérieux de découvrir une vie en esprit, au-delà des dogmes, des vérités toutes faites, des sectarismes de tous ordres, qu’ils soient intellectuels, religieux ou politiques.

    La quête initiatique n’a d’autres bornes que celles que se fixe l’être en recherche, puisqu’une Loge initiatique symbolise l’univers sans limitations et offre donc au Franc-maçon une multiplicité de chemins de connaissance.

    L’Initiation est une formidable découverte et elle le demeure tout au long d’une vie en Loge à condition que l’on se remette sans cesse en question et que l’on ne s’arrête pas en chemin. L’Initiation ne vise ni à prouver, ni à démontrer, ni à convertir, mais à vivre en conscience le mystère de la création. Et l’Initiation maçonnique se fonde aussi sur un constat : seul, isolé, on débouche dans une impasse. Mais lorsque des Frères vivent l’initiation en Loge, ils se créent les uns par les autres, et ils découvrent des paysages de l’esprit que permet d’atteindre une authentique communion fraternelle.

    Notre initiation a pour but de construire. Cela n’exclut ni la méditation, ni l’accomplissement individuel, mais il ne faut jamais oublier que nous sommes réunis à la gloire du Grand Architecte de l’Univers pour tenter d’édifier une œuvre qui dépasse nos existences et ne nous appartient pas.

    C’est grâce aux Frères qui nous ont précédés et qui nous ont transmis l’Initiation que nous pouvons continuer à la vivre. Aussi cette Initiation, chaque jour à recommencer, se nourrit-elle de la Tradition, notamment de la tradition des bâtisseurs. Elle est porteuse des éléments nécessaires pour que soit transmis l’esprit du métier.

    Les œuvres que les Anciens ont créées témoignent de leur amour de la vie en esprit et de leur capacité à la formuler en vivant le métier et son mystère. Quel que soit le matériau choisi, concret et abstrait, construire est un acte sacré fondé sur l’amour de l’œuvre.

    Sur le chantier, dans la Loge, chacun doit être à sa juste place pour qu’aucune énergie ne soit gaspillée. Apprendre son métier consiste, pour l’Apprenti, à découvrir de quelle manière il sera le plus utile sur le chantier afin de participer pleinement à l’œuvre entreprise. Si tu sais entendre ce qui est formulé, tu découvriras une méthode, une façon de faire pour t’intégrer à la construction comme une pierre vivante.

    A la fois spéculative et opérative, la tradition des bâtisseurs nous apprend à lier la pensée à l’acte, l’esprit à la main, car participer à une construction nécessite de « poigner » la matière pour mettre à jour l’esprit qui gît en elle. Un tel travail, il est vrai, n’est pas compatible avec la complaisance envers soi-même ; il faut sans cesse combattre la vanité pour faire grandir l’amour de l’œuvre.

    En découvrant la Tradition initiatique pratiquée dans ta Loge, tu prendras conscience de la force du lien de vie qui te rattache à tes Frères et tu feras croître ton désir de participer à l’incarnation de cette tradition.

    Jaillissant à chaque instant de l’Orient éternel, la Tradition initiatique est toujours à redécouvrir. Loin d’appartenir à un passé révolu, elle est plutôt l’éternel présent de la conscience qui renaît à chaque formulation ; elle n’est pas d’un temps, mais de tous les temps, car si sa forme change, sa nature demeure immuable. Née de la lumière, elle en transmet le secret sans jamais s’épuiser. La Tradition initiatique n’appartient pas à l’histoire. Elle naît à chaque instant. Quand une Loge parvient à l’incarner, esprit et matière vivent en paix et le temple s’édifie.

    Mon Frère L., tu t’apercevras probablement très vite que l’esprit qui anime la Maçonnerie peut rivaliser avec la plus belle et la plus altruiste des philosophies parce que la Maçonnerie veut mettre toutes les croyances sur pied d’égalité, pourvu qu’elles soient non dogmatiques, c’est-à-dire indulgentes et sincères.

    Tu ne tarderas pas à sentir que le code d’honneur des Maçons est vraiment l’un des plus beaux, l’un des plus limpides. Le respect du code d’honneur implique, bien sûr, des devoirs, des devoirs de respect des lois maçonniques, des devoirs de fraternité, de solidarité et de tolérance entre nous et à l’égard des personnes qui nous entourent dans la vie quotidienne. Si cela ne fait pas de nous des anges, au moins la Franc-maçonnerie nous apprend à nous débarrasser peu à peu de nos plus gros défauts. C’est ce que nous appelons « tailler sa Pierre ». Chacun poursuit ensuite son propre chemin initiatique. A condition de ne jamais s’arrêter de progresser – donc d’aller le plus loin possible – il procure au moins de sérieuses victoires sur soi-même.

    Voilà un des plus grands secrets de la Franc-maçonnerie : c’est une initiation poursuivie sans relâche, c’est le voyage lui-même qui compte et non pas son but. Etre Maçon, c’est donc être profondément humain dans la bonté, la justice et la tolérance, dans l’amour du Bien et du Vrai. C’est ce secret que nous sommes venus chercher ici, tous étant que nous sommes ; c’est ce secret que nous espérons que tu nous aideras à chercher, pour ton bien…  comme pour le nôtre.

    R:. F:. A. B.

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  • Vénérable Maître,

    mes très chers Frères,

    mon très cher Frère P.,

     

    Il me revient ce Midi de te donner ta première instruction maçonnique. Mais est-ce bien la première ? Depuis que tu as posé délibérément ta candidature à la G.L.R.B., plusieurs mois se sont écoulés au cours desquels, par tes lectures, tes recherches et tes réflexions, tu as réussi à te forger une première idée de notre Ordre, de notre Obédience et des Loges qui la composent.

    La Loge qui t’accueille ce Midi, c’est « La L. D. A. », ta Loge. Inscrite sous le numéro « XXIV » au Tableau des Loges de la G.L.R.B., elle est – historiquement parlant – la première loge luxembourgeoise et travaille à l’Orient de F :., comme nous disons dans notre jardon maçonnique. Vois comme elle a revêtu ses plus beaux atours pour te recevoir aujourd’hui !

    Tu demandais la Lumière… tu viens de la recevoir. Tu souhaitais devenir Franc-maçon et la cérémonie que tu as vécue ce Midi t’en a déjà donné le nom. Dorénavant, si quelqu’un t’interroge et te demande « Etes-vous Maçon ? », tu n’auras pour seule réponse : « Mes Frères me reconnaissent comme tel ! ».

    Mais ne nous trompons pas, mon Frère P., cette cérémonie n’aura pas fait de toi un Maçon accompli. D’ailleurs, qui peut prétendre être déjà un véritable Maçon ? La cérémonie t’a tout simplement placé au début de ta route, au commencement de ton chemin, au début d’une voie qui t’est toute personnelle. C’est à présent à toi de travailler, de te poser des milliers de questions à propos de tout ce que tu verras, entendras et vivras au cours de nos Tenues et des Tenues auxquelles tu assisteras quand tu visiteras d’autres Loges.

    Attention, mon Frère Pascal, notre Tradition est avant tout orale. Essaie donc de te concentrer suffisamment afin de bien entendre ce qui sera dit ici. Mais ne sois pas craintif : tes Frères seront là pour t’aider, pour tenter de chercher avec toi des réponses souvent provisoires et pour t’aider à faire des progrès dans ce que nous appelons « l’Art Royal ». Tu auras des tâches opératives à effectuer, des recherches et des travaux de réflexions à mener, sous la conduite de ton Frère Second Surveillant, celui qui dirige la Colonne des Apprentis, la Colonne du Nord ou du Septentrion. Tu pourras aussi compter sur le soutien de tous tes Frères et en particulier celui de Chr., un Frère Apprenti à peine un peu plus ancien que toi. Et puis, tu le sais, tu pourras aussi compter sur l’appui de ton parrain que tu as appris à connaître au lendemain de la formulation de ta demande.

    Mais revenons quelques instants à cette cérémonie que tu viens de vivre, cérémonie o combien complexe et riche en symboles. Je te sens encore bien perturbé par ces trois voyages, par ces épreuves que tu viens de subir. Le trouble a certainement dû s’installer dans ton esprit mais rassure-toi : ce rituel perturbant a été voulu. C’est ainsi que l’Initiation se passe dans la Maçonnerie Traditionnelle et Régulière.

    Autour de toi, bien des jeunes Maîtres n’en ont pas encore perçu tous les apports, n’y ont pas encore décelé tous les aspects symboliques.

    Voilà donc le mot « symbole » prononcé ! Ici, mon très cher Frère Pascal, sache que tout est symbole ! Et ce Midi, pour ne pas trop t’encombrer l’esprit de propos savants, je ne me permettrai qu’une seule petite séquence d’enseignement. Je dirai tout simplement que « le symbole est un ensemble qui réunit plusieurs éléments, de manière à ce que le tout soit plus et autre chose que la somme des parties. C’est du rassemblement de ces facettes et des multiples aspects du symbole que naissent les lumières qui éclairent la Loge ».

    « Si nous voulons connaître la nature d’un symbole, il nous faut étudier tout particulièrement son nom et la raison qui se trouve à l’origine de cette attribution, en ne manquant pas d’analyser sa forme, son nombre et même son son, ce qui conduit à chercher sa fonction ».

    Tu as toute la vie devant toi pour chercher ! Car c’est bien cela que nous sommes venus faire en Franc-maçonnerie : nous cherchons et parfois nous trouvons (sous entendu des réponses partielles à nos questions) ; nous avons demandé (sous-entendu l’entrée dans une Loge) et l’on nous a donné (sous-entendu la Lumière) ; nous avons frappé (sous entendu à la Porte de la Loge) et l’on nous a ouvert (pour que nous puissions venir y travailler). N’oublie pas, mon très cher Frère Pascal, nous sommes ici pour travailler, chacun dans notre voie.

    Pour t’intégrer utilement parmi nous, tu dois fournir un effort continu de recherche. Mais nous reconnaissons en toi un terrain fertile, que ton parrain et les enquêteurs ont, les premiers, observé en toi.

    N'attends pas de nous que nous te présentions des solutions toutes faites. La Franc-maçonnerie n’a pas pour but de nous offrir des réponses aux mystères que l'humanité tente de pénétrer depuis toujours mais elle peut nous aider car elle est une méthode initiatique.

    Ce Midi, au nom de tous, je suis tout simplement chargé d’une mission bien agréable, celle de te souhaiter la bienvenue et de te dire que nous espérons de tout cœur que tu seras heureux parmi nous. Mon Frère P., nous t’aimons déjà, très fraternellement !

    R:. F:. A. B.

    Orateur


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  • Vénérable Maître,

    Mes très chers Frères,

     

    Notre Loge « Les 7 P » se réjouit car elle célèbre ce jour une nouvelle entrée en Maçonnerie. Notre Loge a revêtu ses plus beaux atours et pris son air de fête pour te recevoir mon Frère André. C’est donc à toi principalement que s’adresse ce message de bienvenue.

    Lorsque le bandeau qui couvrait tes yeux t’a été enlevé, la Lumière s’est répandue dans ce Temple et tu auras sans doute ressenti, un peu confusément, que la réception d’un Frère Apprenti est un événement important dans la vie d’une Loge maçonnique.

    Tu viens, en effet, de commencer à prendre ta part de travail des Maçons, travail symbolique qui ambitionne de construire le temple de la Vérité et de la Sagesse.

    Car nous avons un Idéal, mon Frère André, un idéal qui ne s’appuie sur aucun dogme auquel nous serions tenus d’obéir et de croire aveuglément. Cet Idéal, nous le poursuivons sans préoccupations intéressées, non pas dans l’espoir d’une récompense sur Terre ou dans un autre monde, ni dans la crainte d’un châtiment si nous nous en écartions. Nous nous attachons à cet Idéal parce que nous estimons que la justice dans l’égalité, la sagesse dans la bonté sont des devoirs humains, et même naturels, et que la pratique de ces vertus porte en elle sa récompense la plus directe et la plus effective.

    Je ne sais, mon Frère André, si tu le perçois déjà, mais ton accession à la Maçonnerie est bien une forme de privilège qui permet d’être en droit d’éprouver un sentiment de fierté légitime. A cette fierté correspond d’ailleurs la joie de ceux qui t’accueillent ce jour, pour toujours.

    La Maçonnerie est profondément imprégnée de l’esprit maçonnique que tu découvriras parmi nous. Cet esprit ne s’obtient réellement que par un travail opiniâtre et incessant. Et c’est une joie pour nous de te voir aujourd’hui prendre en main nos outils symboliques.

    Te voilà donc initié ! Tu viens d’être créé, consacré et reçu Franc-maçon. Pourtant cette cérémonie ne suffit pas pour faire de toi un Maçon. Il te faudra sans doute toute une vie maçonnique pour entrevoir une réponse non dogmatique à la question « qu’est-ce que cette Initiation que je viens de vivre ? ». Permets-moi de lever quelque peu le voile sur ce mystère.

    L’Initiation est à la fois la chose la plus difficile et la plus simple. La plus difficile car elle exige de toi, comme de tout individu qui la reçoit, humilité et persévérance. La plus simple, car il suffit, si l’on peut dire, de vouloir l’initiation de tout ton être pour que les portes s’ouvrent. De tout ton être, autrement dit, en totale simplicité, de manière que la vie en esprit emplisse réellement l’être qui devient « simple en esprit ». Mais que d’efforts pour y parvenir !

    Le mot « initiation » vient du latin initium, « commencement », et pour l’Apprenti, que tu es et que nous restons tous, quel que soit notre grade, l’initiation est, en effet, le début d’une vie nouvelle et d’une nouvelle manière d’envisager l’existence.

    Cela ne signifie pas que la quête initiatique est un simple commencement et le début d’une aventure ; en réalité, l’initiation se situe au début de toutes choses, dans le principe, dans le commencement, dans cette « première fois » des anciennes traditions qui exprimaient ainsi la création en esprit.

    Rechercher l’initiation, c’est tenter de se situer à la naissance de toutes choses, au cœur même de la vie.

    Cette quête commence le jour où nous prenons conscience que nous ne pouvons plus continuer à vivre comme des automates, comme des individus conditionnés par l’air du temps. Au plus profond de nous-même, nous ressentons le besoin impérieux de découvrir une vie en esprit, au-delà des dogmes, des vérités toutes faites, des sectarismes de tous ordres, qu’ils soient intellectuels, religieux ou politiques.

    La quête initiatique n’a d’autres bornes que celles que se fixe l’être en recherche, puisqu'une Loge initiatique symbolise l’univers sans limitations et offre donc au Franc-maçon une multiplicité de chemins de connaissance.

    L’initiation est une formidable découverte et elle le demeure tout au long d’une vie en Loge à condition que l’on se remette sans cesse en question et que l’on ne s’arrête pas en chemin.

    Un Maître Maçon a dit un jour que « la vérité n’existe que dans la recherche de la vérité » ce qui m’autorise à dire également que l’initiation n’existe que dans la recherche de l’initiation.

    L’Initiation ne vise ni à prouver, ni à démontrer, ni à convertir, mais à vivre en conscience le mystère de la création. Et l’Initiation maçonnique se fonde aussi sur un constat : seul, isolé, on débouche dans une impasse. Mais lorsque des Frères vivent l’initiation en Loge, ils se créent les uns par les autres, et ils découvrent des paysages de l’esprit que permet d’atteindre une authentique communion fraternelle.

    Notre initiation a pour but de construire. Cela n’exclut ni la méditation, ni l’accomplissement individuel, mais il ne faut jamais oublier que nous sommes réunis à la gloire du Grand Architecte de l’Univers pour tenter d’édifier une œuvre qui dépasse nos existences et ne nous appartient pas.

    C’est grâce aux Frères qui nous ont précédés et qui nous ont transmis l’initiation que nous pouvons continuer à la vivre. Aussi cette initiation, chaque jour à recommencer, se nourrit-elle de la Tradition. J’aimerais précisément, ce midi, t’entretenir brièvement de la Tradition dont nous nous nourrissons.

    Comme l’indiquent plusieurs textes maçonniques, tel le manuscrit Regius datant de 1390, la tradition initiatique dont s’inspire la Franc-maçonnerie est née en Egypte, un pays que tu commences à connaître, mon cher Frère André, puisque tu y as déjà séjourné deux fois.

    La spiritualité pharaonique a offert un nombre impressionnant de rites et de symboles que l’on retrouve aujourd’hui dans les Loges initiatiques, et l’étude approfondie des textes comme de l’iconographie permet de mieux en percevoir la portée.

    Pendant trois millénaires, les confréries de bâtisseurs égyptiens ont créé des œuvres extraordinaires qui nous fascinent encore de nos jours. Et c’est aussi en Egypte que Pachôme, « le fils du dieu Khnoum » créa la première communauté de moines bâtisseurs, dotés d’une règle inspirée de celle des temples égyptiens, et qui donnera naissance à la « Règle du Maître » d’où dérive directement la Règle de Benoît.

    C’est l’alliance entre les moines et les confréries artisanales qui a rendu possible la grande épopée des cathédrales où la tradition égyptienne est d’ailleurs fort présente.

    Puis, à la fin du Moyen Age, eut lieu la grande cassure entre les « opératifs », les manuels, et les « spéculatifs », les penseurs. Les intellectuels formèrent les loges maçonniques, les manuels celles du Compagnonnage. Aujourd’hui, si chaque branche a éclaté à son tour en diverses obédiences et associations, cette réalité désolante n’a pas pour autant détruit la tradition initiatique qui reste encore bien présente dans la plupart de nos Loges régulières.

    Au-delà de cet aspect historique, la tradition initiatique possède une toute autre dimension. Elle est un ensemble de forces créatrices où la spiritualité se recrée en permanence. Notre Tradition est celle du Verbe et c’est la raison pour laquelle notre Loge fait référence à Jean l’Évangéliste et à sa célèbre formulation : « Dans le principe est le Verbe », qui est d’ailleurs une adaptation d’un très ancien texte égyptien. Ce Verbe n’est pas enfermé dans un livre figé qui imposerait une vérité définitive, comme celle des religions dogmatiques, mais il se transmet par des symboles et des rites qui sont autant de paroles vivantes.

    Ainsi, mon très cher Frère André, l’initiation que tu viens de vivre, te relie à la tradition des bâtisseurs. Elle est porteuse des éléments nécessaires pour que soit transmis l’esprit du métier.

    Les œuvres que les Anciens ont créées témoignent de leur amour de la vie en esprit et de leur capacité à la formuler en vivant le métier et son mystère. Quel que soit le matériau choisi, concret et abstrait, construire est un acte sacré fondé sur l’amour de l’œuvre.

    Sur le chantier, dans la Loge, chacun doit être à sa juste place pour qu’aucune énergie ne soit gaspillée. Apprendre son métier consiste, pour l’Apprenti, à découvrir de quelle manière il sera le plus utile sur le chantier afin de participer pleinement à l’œuvre entreprise.

    Si tu sais entendre ce qui est formulé, tu découvriras une méthode, une façon de faire pour t’intégrer à la construction comme une pierre vivante.

    A la fois spéculative et opérative, la tradition des bâtisseurs nous apprend à lier la pensée à l’acte, l’esprit à la main, car participer à une construction nécessite de « poigner » la matière pour mettre à jour l’esprit qui gît en elle.

    Un tel travail, il est vrai, n’est pas compatible avec la complaisance envers soi-même ; il faut sans cesse combattre la vanité pour faire grandir l’amour de l’œuvre.

    En découvrant la tradition initiatique pratiquée dans Ta Loge, tu prendras conscience de la force du lien de vie qui te rattache à tes Frères et tu feras croître ton désir de participer à l’incarnation de cette tradition.

    Jaillissant à chaque instant de l’Orient éternel, la tradition initiatique est toujours à redécouvrir. Loin d’appartenir à un passé révolu, elle est plutôt l’éternel présent de la conscience qui renaît à chaque formulation ; elle n’est pas d’un temps, mais de tous les temps, car si sa forme change, sa nature demeure immuable. Née de la lumière, elle en transmet le secret sans jamais s’épuiser. La tradition initiatique n’appartient pas à l’histoire. Elle naît à chaque instant. Quand une Loge parvient à l’incarner, esprit et matière vivent en paix et le temple s’édifie.

    Mon Frère André, tu t’apercevras probablement très vite que l’esprit qui anime la Maçonnerie peut rivaliser avec la plus belle et la plus altruiste des philosophies parce que la Maçonnerie veut mettre toutes les croyances sur pied d’égalité, pourvu qu’elles soient non dogmatiques, c’est-à-dire indulgentes et sincères.

    Tu ne tarderas pas à sentir que le code d’honneur des Maçons est vraiment l’un des plus beaux, l’un des plus limpides. Le respect du code d’honneur implique, bien sûr, des devoirs, des devoirs de respect des lois maçonniques, des devoirs de fraternité, de solidarité et de tolérance entre nous et à l’égard des personnes qui nous entourent dans la vie quotidienne. Si cela ne fait pas de nous des anges, au moins la Maçonnerie nous apprend à nous débarrasser peu à peu de nos plus gros défauts. C’est ce que nous appelons « tailler sa Pierre ».

    Chacun poursuit ensuite son propre chemin initiatique. A condition de ne jamais s’arrêter de progresser, donc d’aller le plus loin possible, il procure au moins de sérieuses victoires sur soi-même.

    Voilà un des plus grands secrets de la Franc-maçonnerie : c’est une initiation poursuivie sans relâche, c’est le voyage lui-même qui compte et non pas son but.

    Etre maçon, c’est donc être profondément humain dans la bonté, la justice et la tolérance, dans l’amour du bien et du vrai. C’est ce secret que nous sommes venus chercher ici, tous étant que nous sommes ; c’est ce secret que nous espérons que tu nous aideras à chercher, pour ton bien…  comme pour le nôtre.

    R:. F:. A. B.

    Orateur

     


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  • Vénérable Maître, mes très chers Frères, et surtout toi, mon très cher Frère D., nouvellement initié, 

     

    C’est un monde étrange dans lequel tu viens de pénétrer. Prends le temps de t’y habituer. Ici tout est symbole ! Tu entendras encore souvent cette expression. Nous t’invitons à réfléchir sur le sens de tous les mots que tu entendras ici. Ecouter n’est bien sûr pas un problème d’audition, mais une disposition favorable à recevoir, à assimiler, afin de pouvoir réfléchir, traduire, interpréter.

    Tu le sais probablement : notre Tradition est avant tout orale. Essaie donc de te concentrer afin de bien entendre tout ce qui sera dit en ce lieu sacré.

    Mais tout d’abord, sache que tu es cordialement le bienvenu ici. Notre Loge se réjouit car elle célèbre ce jour une nouvelle entrée en Maçonnerie. C’est pourquoi elle a revêtu ses plus beaux atours et pris son air de fête pour te recevoir, mon Frère.

    Tous ici depuis un certain temps, nous t’attendions. Nous avons vécu avec toi ton approche de notre Loge en écoutant comment tu as été préparé par des conversations, tout d’abord avec celui qui devient ce Midi ton parrain ; ensuite avec nos Frères enquêteurs, puis par les interrogatoires écrit et oral que tu as subis. Sache que nous étions de tout cœur avec toi dans toutes les épreuves auxquelles tu as été soumis : ton séjour dans le Cabinet de Réflexion, que nous désignons par « l’Épreuve de la Terre », ainsi que ta traversée purificatrice des éléments Air, Eau et Feu.

    Nous avons vécu tout cela avec toi, à tes côtés, parce que nous nous sommes tous souvenus de notre propre Initiation, tous avec notre propre sensibilité, avec notre propre personnalité. Ce moment, nous le gardons dans notre cœur, dans notre mémoire où qu’il se situe par rapport au temps.

    Mon très cher Frère D., avec la modeste expérience que j’ai moi-même acquise depuis ma propre Initiation, je ne puis que te commenter bien imparfaitement ce rituel que tu viens de vivre, rituel d’une richesse extrême et qui contient tant d’éléments qu’il faut des années pour le pénétrer lentement. Ne te décourage pas ! Tu as tout le temps ! Et le temps profane ne compte pas en Franc-maçonnerie.

    Ce Midi, au nom de tous, je veux te dire que nous espérons de tout cœur que tu seras heureux parmi nous.

    Bien sûr, ne t’attends pas à ce que la Franc-maçonnerie t’offre des réponses toutes faites aux mystères que l’humanité tente de pénétrer depuis toujours. Tu devras, pour t’intégrer utilement parmi nous, faire un effort continu de recherche. Mais nous reconnaissons en toi un terrain fertile, que ton parrain a, le premier, observé en toi.

    Te voilà donc Initié, mon très cher Frère Daniel ! Tu viens d’être créé, consacré et reçu Franc-maçon. Pourtant, au risque de te décevoir, cette cérémonie n’aura pas suffi pour faire de toi un Franc-maçon.

    En effet, il te faudra sans doute toute une vie maçonnique pour entrevoir une réponse non dogmatique à la question « qu’est-ce que cette Initiation que je viens de vivre ? ».

    La véritable Initiation est difficile car elle exige de tout individu qui la reçoit humilité et persévérance. Mais elle est aussi simple en ce sens qu’il suffit de vouloir l’Initiation de tout son être pour que les portes s’ouvrent. Mais que d’efforts pour y parvenir !

    L’Initiation devrait être pour toi une formidable découverte et elle devrait le demeurer tout au long de ta vie en Loge à condition que tu te remettes sans cesse en question et que tu ne t’arrêtes pas en chemin.

    L’Initiation ne vise ni à prouver, ni à démontrer, ni à convertir, mais à vivre en conscience le mystère de la création.

    Cette Initiation est un commencement ; c’est le moment où, sortant des Ténèbres, tu as rencontré la Lumière ; c’est le moment où l’homme ancien en toi doit s’effacer pour laisser la place à l’homme nouveau, celui qui, grâce à la Lumière, pourra voir ce qui était présent, mais qu’il n’avait pas encore observé.

    L’Initiation maçonnique a pour but de construire. Cela n’exclut ni la méditation, ni l’accomplissement individuel. N’oublie pas que nous sommes réunis, ici, à la gloire du Grand Architecte de l’Univers, pour tenter d’édifier une œuvre qui dépasse nos existences et qui ne nous appartient pas.

    En découvrant la Tradition initiatique pratiquée dans ta Loge, tu prendras conscience de la force du lien qui te rattache à tes Frères et tu feras croître ton désir de participer à l’incarnation de cette Tradition.

    Te voilà donc un Frère, mon Frère, notre Frère !

    A ce sujet, je voudrais encore te dire quelques mots au sujet de cette fraternité que tu espères découvrir chez nous. Nous pouvons la concevoir en quatre éléments, un peu comme les Piliers que tu vois là, entourant ce Tapis de Loge désignés sous les vocables « Sagesse », « Force » et « Beauté » disposés de telle manière qu’une place est laissée libre pour un quatrième pilier afin de soutenir la voûte de notre temple :

    • dans la Fraternité, on pourrait reconnaître une attraction immédiate, un facteur non rationnel voisin de l’amour, de l’amitié ;
    • un second facteur peut être l’estime ou en tout cas, une certaine forme d’admiration ;
    • un troisième facteur peut être une sorte de tendresse qui conduit à l’acceptation de l’autre tel qu’il est ;
    • le quatrième facteur, non définissable, aussi lourd qu’un secret, est ce partage de tous les moments vécus ensemble, de toute cette expérience maçonnique éprouvée, qu’il est impossible d’exprimer en paroles, mais qui se définit le mieux dans le regard et dans le geste.

    Finalement, mon très cher Frère D., ce que nous te souhaitons,

    • c’est de te retrouver un jour, à Midi, dans la Chaîne d’union, qui rassemble tous les Frères et d’y rencontrer le regard de l’un d’entre nous qui t’exprime son approbation, sa véritable reconnaissance ;
    • c’est de te retrouver assis sur la Colonne du Septentrion, qui est à présent la tienne, aux côtés d’un Frère qui t’exprime sa chaude connivence par le contact du genou, de l’épaule ou de la main ;
    • c’est que tu puisses aussi reconnaître, dans un Frère qui te fera face, toute sa conviction, son dévouement sans bornes, qui s’exprime par la mise à l’ordre et le signe qui conjugue l’horizontale et la verticale ;
    • c’est aussi que tu comprennes la disposition du Volume de la Loi sacrée, ouvert au Prologue de l’Évangile de saint Jean, sous la correction par l’Equerre et le Compas, et sur lequel tu as pris ton engagement ;
    • c’est, enfin, que tu saches que tu es Franc-maçon, tout simplement parce que tes Frères te reconnaissent comme tel !

     

    R :. F :. A. B.

    Orateur


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