• * Approche du symbolisme de l’épreuve de la Terre

    INTRODUCTION

    Je me revois souvent dans le Cabinet de réflexion, livré à mes pensées profanes,  m’apprêtant soit à répondre par écrit à trois questions, soit à rédiger ce qu’il est convenu d’appeler mon « testament philosophique ». Cette dernière expression ne me conduisait nullement à manifester un regret quelconque car j’avais ardemment désiré cet instant tout comme la nouvelle vie que mes Frères allaient sans doute me permettre de vivre au sein de leur Très Respectable Assemblée !

    Un « testament philosophique » ? N’était-ce pas là une expression un peu pompeuse pour un profane qui voulait et veut toujours rester modeste dans sa démarche et rechercher la simplicité dans ses comportements, la pureté voire la perfection dans son attitude ?

    C’est lors de mon second séjour dans ce Cabinet de Réflexion que mon regard a eu l’occasion, comme chacun d’entre nous, de faire le tour rapide de tous les objets, de tous les dessins et des sentences qui décoraient ce local exigu. Pourquoi étais-je là ? Qu’est-ce que tout cela signifiait ? Par où commencer ? Il y avait déjà tant de sujets à méditer, tant d’objets et de représentations qui pouvaient susciter ma réflexion !

    Après que le Maître chargé de m’accueillir m’eut fait descendre un escalier étroit, j’ai rapidement perçu que je me trouvais dans un lieu particulièrement peu accueillant : les murs étaient nus, à l’exception des quelques sentences qui y étaient accrochées ; il n’y avait qu’une très vieille table et une chaise pour seul mobilier.

    Sur la table j’ai constaté la présence d’un morceau de pain, d’une cruche d’eau, d’une bougie allumée, d’un sablier. J’y disposais également d’une feuille de papier, la première fois pour répondre à trois questions relatives à mes devoirs, la seconde fois pour rédiger ce fameux « testament ».

    Aujourd'hui, je ne me souviens plus de l’ordre dans lequel j’ai tenté de prendre ces différents objets en considération car j’étais davantage préoccupé par le travail rédactionnel. Aussi, dans la présente planche, je me propose de procéder avec ordre et méthode et de commencer par une réflexion à propos du local en lui-même.

    * Approche du symbolisme  de l’épreuve de la Terre

    LE CABINET DE RÉFLEXION

    Le profane, tant avant son interrogatoire sous le bandeau qu’avant son Initiation, est introduit dans le Cabinet de réflexion. C’est une sorte de réduit, théoriquement peint intérieurement en noir. Sur la table sont placés notamment des ossements, un crâne humain et un sablier, du pain, une cruche d’eau, une coupe contenant du sel et une autre contenant du soufre (celle-ci n’est parfois que dessinée !). Sur un tableau noir, un coq, une faux… Au mur, quelques sentences. Elles auraient pu me donner froid dans le dos si je n’avais pas été sincère ! De même que l’inscription «V.I.T.R.I.O.L.» ainsi que des dessins symboliques : un coq surmontant une banderole portant les mots « Vigilance et Persévérance ».

    L’éclairage n’y était fourni que par un flambeau.

     

    SE RÉFLÉCHIR ET S’ANALYSER

    Jules Boucher écrit qu’il s’agit d’un « cabinet de réflexion » au singulier. D’accord avec G. Persigout qui avait produit en 1946 un ouvrage considérable à ce sujet, Jules Boucher explique que « le profane, isolé dans ce cabinet, ne se livre pas à des réflexions mais qu’il opère une réflexion, au sens de « renversement » sur lui-même, en voie de renaitre à nouveau ».

    En d’autres termes, dit Raoul Berteaux, le candidat « se réfléchit ». « Il est invité à s’analyser et à méditer sur le résultat de son introspection ».

    « Ce cabinet de réflexion correspond à une partie des rites initiatiques pratiqués en tous temps et en tous lieux. En effet, l’Initiation est à la fois une pédagogie et une thérapeutique, nous dit Daniel Beresniak. Il s’agit d’améliorer l’homme, de le transformer… L’Art Royal se propose de créer un homme nouveau, débarrassé des contraintes d’un inconscient qu’il ne contrôle pas. L’introspection dirigée par des symboles s’effectuera d’autant plus facilement qu’il sera à l’abri de son milieu ambiant familier. De plus, cette séparation constitue une rupture génératrice d’un choc physique bénéfique. Le Cabinet de Réflexion est donc, pour l’essentiel, la forme moderne et adaptée à nos mœurs de l’antique cabane initiatique ».

    Cette cellule étroite m’est donc apparue comme le lieu d’une transition, d’un passage et d’une préparation. Candidat à l’Initiation, j’y éprouvais la sensation d’être comme arraché à ma quotidienneté familière. J’étais surpris par la présence et la disposition de choses qui m’étaient connues et que je pouvais nommer sans difficulté.

    J’étais surpris, non pas parce que ces choses étaient mystérieuses, mais parce que leur disposition et leur association se présentaient à mes yeux comme les éléments d’un rébus dont la lecture pouvait sans doute me révéler des vérités essentielles. Je me sentais donc invité à faire un retour sur moi-même, à m’interroger sur les finalités et le sens de la vie.

    Mon regard se posa une nouvelle fois sur les lettres « V.I.T.R.I.O.L. ». Chacune étant séparée par un point, je savais qu’il s’agissait de l’abréviation d’une expression latine relative à une formule alchimique. L’alchimie est un domaine que j’avais jusqu’à présent considéré avec une réelle méfiance, sans doute à cause de mes préjugés !

    Que peut-on en penser ?

     

    V.I.T.R.I.O.L. ET L’ALCHIMIE DANS LA TRADITION MAÇONNIQUE

    Ces lettres évoquent une formule alchimique exprimée en latin : « Visita Interiora Terrae, Rectificando Invenies occultam lapidem », ce qui signifie « Visite l’intérieur de la Terre, en rectifiant tu trouveras la pierre cachée ». Parfois deux lettres sont ajoutées : U.M. pour former le signe « V.I.T.R.I.O.L.U.M. ». Elles signifient « Veram Medicinam », « médecine de vérité ». Tous les auteurs précisent que ce sigle était la devise des anciens Rose-Croix. Faisons appel à ceux qui ont largement développé cette question.

    Selon Ambelain, auteur de la Symbolique des outils dans l’Art Royal, les Rose-Croix auraient pénétré sciemment les loges maçonniques aux 17ème et 18ème siècles et y auraient introduit l’hermétisme et l’alchimie.

    « Cette formule invite à approcher la pensée alchimiste. L’alchimie irrigue la tradition maçonnique et son approche permet de se libérer de certaines idées reçues qui gênent la pensée. L’alchimie a aussi été regardée comme un ensemble de techniques artisanales pré-chimiques ayant pour objet la composition des teintures, la fabrication synthétique des gemmes et des métaux précieux ».

    Au siècle dernier, Marcelin Berthelot, qui fut le premier à entreprendre la publication et la traduction de collections manuscrites, ne voyait dans les opérations alchimiques que des expériences de chimie dont la finalité était la recherche de la synthèse de l’or. « Les alchimistes ont eu l’intuition de l’unité de la matière ».

    « En explorant la matière, la science, aux 18ème et 19ème siècles, est arrivée à une opinion opposée. Les molécules qui identifient un corps sont composées de corps simples, indivisibles : les atomes. Les physiciens du 20ème siècle ont décomposé ce corps simple et vérifié ainsi la théorie alchimique traditionnelle de l’unité de la matière ».

    La littérature alchimique, fort ancienne, remonte à une époque où la pensée n’était pas libre. La vérité était perçue comme analogue à une chose déjà dite clairement (la « révélation ») et dont l’explication et la transmission étaient le monopole d’une caste de clercs. Seule la hiérarchie cléricale était autorisée à produire du sens, à dire ce qui est vrai, bien et beau et elle disposait d’un « bras séculier » pour châtier les déviants. Toute idée neuve était donc considérée comme subversive parce qu’elle était neuve et non conforme au déjà dit.

    Dans une société libre, la parole est libre et chacun s’exprime clairement. Dans une société totalitaire, il faut habiller ses idées de manière à ne pas provoquer de suspicion du censeur, créer un langage à double sens pour avoir de quoi se défendre si le censeur perçoit des propos susceptibles de déranger les certitudes obligatoires.

    La littérature alchimique est donc à décrypter dans le contexte d’une orthodoxie obligatoire. L’alchimie, déjà tenue en grande suspicion chez les chrétiens comme chez les musulmans, était quand même un refuge pour les penseurs libres. Elle procurait des métaphores et des légendes propres à voiler, et en même temps à montrer ce que l’Initié doit lire.

    Ceci étant, Daniel Béresniak nous invite à situer l’alchimie dans le contexte des structures et des valeurs des civilisations de son temps et de ses lieux, et se garder de l’interpréter selon notre façon actuelle de penser. «Elle ressemble à une science physico-chimique mais elle est aussi et surtout une expérience mystique : elle relie la matière et l’esprit, observe les relations entre la vie des métaux et l’âme universelle».

    « La littérature alchimique parle de la matière et des métamorphoses à lui faire vivre au moyen des opérations. Cette matière est une métaphore pour l’esprit et les opérations alchimiques sont des métaphores pour signifier les expériences de la psyché ».

    « Le Grand Œuvre alchimique et la Construction du Temple sont en réalité des allégories en miroir. Ils se projettent l’un dans l’autre. Ils signifient l’art de faire de l’homme aliéné, esclave de ses passions, un homme libre de ses actes, capable de distinguer l’action de la réaction. La finalité de l’alchimie est donc de sauver l’homme de sa servitude ».

    « V.I.T.R.I.O.L. » nous invite donc à regarder en nous-mêmes et à trouver en nous la pierre cachée, celle qui manque à l’édifice pour s’accomplir et tenir debout. La terre est une allégorie de l’homme. En effet, en hébreu, le mot « terre », en tant que matière, se dit Adamah et dérive de Adam, l’homme.

     

    RECTIFIER

    « En rectifiant » signifie nécessairement qu’à un moment donné de la « visite », il y a une opération intellectuelle à effectuer. Cette opération intellectuelle, qui consiste à modifier le cours normal des choses, le sens de la visite, n’est concevable que si elle s’appuie sur des connaissances acquises, susceptibles de servir de références pour juger un état de fait. « En rectifiant » implique par conséquent pour moi la nécessité de posséder un savoir suffisamment étendu. Ce n’est pas la pierre cachée qui procure ce savoir, mais c’est ce savoir qui me permettra de la trouver. La pierre cachée est donc la conclusion, la récompense et la finalité d’un effort dont l’efficacité est rendue possible par le savoir.

    Il conviendra donc que je m’interroge régulièrement sur le processus de ma pensée, sur ce qui conduit des questions aux réponses, essentiellement dans le rituel des Tenues, sur l’induction et la déduction. Je devrai me regarder penser, apprendre à m’étonner, même de ce qui parait évident.

    La rectification m'apparaît donc comme une remise en question de ce qui semble acquis, une interrogation sur le processus de la pensée, une révision des outils de la pensée.

    La rectification nous rappelle que chercher la vérité, c’est observer, supposer, généraliser et corriger sans cesse. La rectification est donc l’opération essentielle qui autorise la progression du savoir : c’est reconnaître l’erreur.

     

    Laissons quelques auteurs tirer quelques conclusions.

    Pour Edouard Plantagenet, « l’épreuve de la terre, c’est le passage dans le Cabinet de réflexion ».

    Pour Raoul Berteaux, l’inscription « V.I.T.R.I.O.L. » concerne la « descente dans la terre » que le candidat est censé accomplir en descendant dans le Cabinet de Réflexion. Celui-ci est à considérer comme « un donné potentiel » offert à celui qui va se séparer du « vieil homme » et qui est reçu sous le signe de la « terre », en attendant d’être reçu dans le temple sous les signes de « l’air », de « l’eau » et  du   « feu ».

    Pour Jules Boucher, l’expression désignée par les lettres «V.I.T.R.I.O.L.» est « une invitation à la recherche de l’Ego profond, qui n’est autre que l’âme humaine elle-même, dans le silence et la méditation ».

    Enfin, pour Oswald Wirth, « pour apprendre à penser, il faut s’exercer à s’isoler et à s’abstraire. On y parvient en rentrant en soi-même, en regardant au-dedans, sans se laisser distraire par ce qui se passe au dehors. Le profane soumis à l’épreuve de la Terre est appelé à mettre en jeu les énergies latentes qu’il porte en lui-même. L’Initiation a pour but de favoriser la pleine expansion de son individualité ».

    Après avoir suffisamment médité sur l’expression « V.I.T.R.I.O.L. », il me semblait urgent de me mettre à rédiger ! Par contre, le peu de temps qu’il me restait ensuite pour méditer au sujet des objets, des représentations symboliques et des sentences accrochées au mur, m’incite à présent à tenter d’approfondir leur signification.

     

    LE PAIN ET L’EAU

    Mon regard s’était posé sur le morceau de pain et la carafe d’eau. J’y décelai une complémentarité : ce pain ne pouvait exister que grâce à l’eau, au feu et à l’homme qui avait pu s’en servir. La récolte du blé pour fabriquer ce pain n’avait été possible qu’à condition que l’eau féconde la terre. Le pain est en effet le résultat d’une création réalisée grâce au travail, à l’observation, à l’ingéniosité de l’homme, à la maîtrise du feu.

    Pour travailler, l’homme a besoin de force, de nourriture. Sa nourriture, l’homme ne peut l’obtenir que grâce à un certain savoir acquis. Et le savoir ne peut se développer que si la nourriture est assurée !

    Associé à l’eau, le pain me faisait aussi penser à l’idée de privation, de renonciation. Pain et eau ne sont-ils pas les deux éléments nutritifs indispensables pour vivre ? Ne sont-ils pas les seuls éléments nutritifs que l’on trouve à la table du pauvre ? Pain et eau ne symboliseraient-ils pas non plus le repas sans plaisir ?

    « Si le symbolisme de l’eau renvoie à la fécondité, aux origines, à la purification, si les divers aspects de l’eau suggèrent des associations nombreuses, nous dit Daniel Béresniak, le cabinet de réflexion présente cet élément sous une forme particulière, celle de l’eau contenue dans une cruche. Ce récipient est l’un des objets les plus anciens et le plus utile fabriqués par l’homme. La cruche d’eau renvoie plus à l’art du potier qu’au symbolisme de l’eau en général ».

    « Comme la cruche, le pain est le fruit d’un effort et d’un savoir-faire qui ne s’improvise pas mais s’acquiert au cours d’un apprentissage. Le pain, fait de farine, est le premier et le principal aliment cuit. Il témoigne pour la grande révolution qui a permis l’élaboration de la civilisation. Cette révolution a permis le passage de la chasse et de la cueillette à l’élevage et à l’agriculture. Elle s’est déroulée lentement, au cours de nombreux siècles. Mais ce passage peut être qualifié de révolution car il a entraîné des changements profonds dans les mœurs. De là nous vient la notion de travail comme valeur sur laquelle se fonde une éthique. Le pain est donc le symbole de la grande révolution agricole à partir de laquelle ont été élaborés les mythes et les valeurs que les Francs-maçons cultivent aujourd'hui y reconnaissant le « levain » nécessaire au progrès et au bonheur. La fabrication du pain implique la maîtrise du feu. La cuisson situe le froment dans un nouveau processus élaboré exclusivement par l’homme. Le pain est, dans notre civilisation, la nourriture spirituelle et intellectuelle. Le processus de la vie du blé procure des métaphores pour raconter les étapes de l’évolution intérieure ».

    Oswald Wirth précise aussi que « le pain et l’eau sont présents dans le Cabinet de Réflexion pour nous rappeler que la nourriture du corps est indispensable mais qu’elle ne doit pas être le but de la vie ».

     

    LE COQ, LE SEL ET LE SOUFRE

    Mes yeux s’étaient ensuite posés sur la représentation de deux sortes de soucoupes qui, d’après mes premières lectures, devaient contenir du sel et du soufre. Si le sel symbolise la stérilité mais aussi l’indestructibilité et l’incorruptibilité, le soufre a généralement un sens néfaste. Ces deux substances ont souvent une connotation négative. Cependant n’étaient-elles pas là pour me pénétrer du fait qu’aucune chose n’est bonne ou mauvaise en soi mais que seul l’homme rend la chose bonne ou mauvaise selon l’usage qu’il en fait. Ainsi, sans le sel, le pain n’aurait certes pas la même saveur !

    C’était ensuite l’image du Coq qui m’incitait à la réflexion suivante : n’était-il pas le signe de l’avènement de la lumière initiatique ? Je pensais que cette représentation était là pour me rappeler que dans ce Cabinet de Réflexion je vivais le prélude à mon Initiation.

    Je me préparais donc à ma mort de profane, à une renaissance, c’est-à-dire à ma naissance en tant qu’Apprenti-maçon. Ce fut alors le moment de me redemander pourquoi j’avais souhaité devenir Franc-maçon, ce que je pourrais apporter à la Franc-maçonnerie mais surtout si j’avais des qualités suffisantes pour y entrer.

    Mais que disent les auteurs au sujet de la présence de ces trois dernières représentations symboliques dans le Cabinet de réflexion ?

    Selon Jules Boucher, «les trois principes hermétiques figurent dans le Cabinet de Réflexion. Le soufre, symbole de l’esprit, et le sel, symbole de la sagesse et de la science, chacun dans une coupe ; le mercure, sous forme du Coq, attribut d’Hermès».

    Selon Jean-Pierre Bayard, « les trois principes fondamentaux donnés par l’alchimie, le soufre, le sel et le mercure, sont les trois éléments principaux du corps de l’homme. Le soufre ou feu irradie le sang, le sel fixe l’eau, le mercure correspond à la terre ».

    Albert Poisson associe ces éléments au Triangle, symbole de l’équilibre absolu ; au premier rang le signe du soufre, symbole de la Force ; au second rang, le signe du mercure, la Matière ; au troisième rang, le signe du sel, le Mouvement

     

    LE SABLIER

    Instrument de mesure du temps parfois bien utile en cuisine, je me demandais si la présence d’un sablier ne devait pas évoquer le temps qui passe, la fuite du temps, l’éphémère et la vanité.

    * Approche du symbolisme  de l’épreuve de la Terre

    Ce sablier, je pouvais le retourner. Cette action m’amenait à l’idée du renversement du temps, à la possibilité du retour dans le temps, du retour aux origines.

    Ce sablier a une forme tout à fait singulière : si je le retourne, sa forme ne change pas ! Le haut et le bas se confondent. La forme du sablier me montre donc l’analogie entre le haut et le bas. En retournant ce sablier, j’interviens pour faire varier l’écoulement du sable, pour changer le cours de ce phénomène. Pourtant cette variation tient compte de lois qui régissent le monde, et dans ce cas précis, les lois de la gravitation et de la pesanteur notamment, des lois qui marquent les limites de mes pouvoirs mais qui m’aident à changer le cours des événements si je fais l’effort de les respecter et de bien m’en servir.

    Le sablier représente la durée disponible, une provision de temps présent. Je le retourne pour consommer cette provision. Je peux regarder s’écouler le sable à travers l’étroit goulot et méditer, comme Lamartine, sur la « chute éternelle » du temps.

    Le sablier est donc un outil conçu pour mesurer une durée déterminée. Mais la durée ne se confond pas avec le temps. Elle n’en est qu’une modalité parmi d’autres : simultanéité, succession, passé, présent, avenir.

     

    LE CRANE ET LA FAUX

    Je m’apprêtais ainsi à une vie nouvelle. Mais pour y accéder, il me fallait symboliquement mourir de ma vie de profane. Voilà sans doute ce que me suggérait d’une part le crâne humain, symbole de la mortalité humaine mais aussi de tout ce qui survit après la mort et, d’autre part, ce dessin symbolique, ce squelette qui manie la faux, cette allégorie de la mort. Celle-ci m’indiquait que la mort est le lot de tous et que nous sommes tous égaux devant elle. La faux égalise en effet tout ce qui vit. Qu’importe donc de posséder plus ou moins que les autres ! Ce crâne n’était-il pas là aussi pour me suggérer qu’il m’est possible de m’approprier la pensée et l’expérience des Anciens ?

    * Approche du symbolisme  de l’épreuve de la Terre                                                                                 * Approche du symbolisme  de l’épreuve de la Terre

    Pour Oswald Wirth, « les emblèmes funèbres du Cabinet de Réflexion doivent nous rappeler la fin nécessaire des choses, la fragilité de la vie humaine et la vanité des ambitions terrestres », tandis que pour Daniel Béresniak, « les symboles du Cabinet de Réflexion sont à regarder comme les références de toute civilisation : comment l’homme se situe dans l’univers, évocation de la mort, comment l’homme perçoit son propre destin, son pouvoir sur la nature et sur lui-même et les éléments alchimiques, comment tout cela autorise un savoir-faire, son rapport au temps et à la durée. Ainsi, ces références sous les yeux, le postulant, le candidat aux mystères, écrira son propre testament philosophique ».

    Ma mort était donc proche. Je me rendais compte que je n’étais que bien peu de choses.

    R :. F :. A. B.

    BIBLIOGRAPHIE

    Béresniak Daniel - Rites et Symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome I : « Les Loges Bleues »

    Editions Detrad, Paris, 1997 - Pages 20 à 39

     

    Béresniak Daniel - L’apprentissage maçonnique, une école de l’éveil ?

    Editions Detrad, Paris - Pages 117 à 129

     

    Cités par Daniel Béresniak, sans précisions quant aux Maisons d’édition :

    Albert Poisson - Théories et symboles des alchimistes - 1891

    Jean-Pierre Bayard - Le symbolisme maçonnique Traditionnel

    Robert Ambelain - La symbolique des outils dans l’Art Royal

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d’Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 80 à 83

     

    Boucher Jules - La Symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Page 42

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en loge d’Apprentis

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 52 à 59

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « l’Apprenti » Pages 126 à 131

     


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