• Plan de la cérémonie d'Initiation au grade d'Apprenti au Rite moderne belge

     

    AVANT LA CÉRÉMONIE

    • Le séjour dans le Cabinet de réflexion.

    Epreuve de la Terre ; dépouillement des métaux ; rédaction du Testament philosophique) puis préparation du Récipiendaire dans un autre local.

    • L’arrivée devant la Loge, « ni nu ni vêtu».

    Paraître ni nu ni vêtu, dépouillé de ses métaux, c’est-à-dire dans sa plus grande simplicité, telle serait donc la perfection « symbolique » demandée au Récipiendaire, au moment où il va recevoir l’Initiation. Il est donc invité à maîtriser toutes ses passions, en particulier celles de la possession, du pouvoir, de la vanité, etc., passions qui sont inhérentes, à des degrés divers, à l’homme commun.

    • La demande d’entrée par trois grands coups.

    Dans le « Tuilage de l’Apprenti », une des questions posées par le F:. Expert est « Comment avez-vous obtenu l’entrée en Loge ? » Et le Profane de répondre « Par trois grands coups ». Demande de précision : « Qui signifient ? ». Réponse : « Cherchez et vous trouverez. Demandez et l’on vous donnera. Frappez et l’on vous ouvrira ».

     

    PENDANT LA CÉRÉMONIE D’INITIATION

     1. Vérifications de la part des Frères Surveillants.

    Qui frappe ainsi en Profane ?

    C’est un profane qui erre dans les ténèbres et qui aspire à la lumière.

    Il a été régulièrement présenté et soumis au scrutin de la loge et vient de sa propre volonté, dûment préparé, solliciter son admission aux mystères et privilèges de la Franc-maçonnerie.

    Est-il prêt à se soumettre aux épreuves qui l’attendent et aux usages de notre ordre ?

    Le Maître des Cérémonie annonce que le Profane est prêt !

    Ce profane est-il digne de la lumière à laquelle il aspire ?

    La condition première pour être digne d’entrer en Franc-maçonnerie est d’être probe et libre. Le Profane déclare qu’il l’est.

    Le Vénérable maître ordonne que l’on donne l’entrée de la Loge au Profane, selon l’antique usage.

    2. Entrée en Loge : Le franchissement de la « Porte basse ».

    Les Frères Surveillants disposent la cane du Frère Maître des Cérémonies horizontalement, à environ un mètre du sol, de sorte que le Profane doivent considérablement s’abaisser pour passer dessous.

    Le Vénérable Maître explique les raisons du bandeau et annonce de nouvelles épreuves.

    3. Les 3 voyages symboliques et la purification par les éléments.

    Les 3 voyages consistent à tourner autour du tableau de Loge dans le sens « horlogique ».

    Le premier voyage est particulièrement mouvementé. Le deuxième un peu plus calme ; le troisième dans le silence le plus complet et en marquant les angles droits.

    Épreuves de l’Air, de l’Eau et du Feu. Un Frère Maître ou, à défaut, un Compagnon, est chargé d’administrer ces trois épreuves. Il utilise un soufflet, asperge le candidat d’un peu d’eau, passe une bougie allumée sous la main du candidat.

    4. Épreuve de la coupe sacrée.

    Le Frère Maître des Cérémonies présente une coupe au Récipiendaire. Cette coupe contient un « digestif » et faire vider le contenu en trois gorgées (symbolisme du Nombre 3 à respecter !). Généralement on utilise de l’Underberg dont les propriétés permettent de distinguer le goût insipide à la première gorgée, le goût amer lors de le deuxième gorgée, et enfin la douceur de la troisième gorgée.

    5. Prestation de serment.

    Pour pouvoir prendre l’engagement solennel que la Franc-maçonnerie impose à ses membres, le Récipiendaire doit d’abord prendre connaissance de la nature de notre Ordre.

    Le Vénérable Maître explique que la Franc-maçonnerie est une association initiatique qui, par son enseignement symbolique, élève l’homme spirituellement et moralement, et contribue ainsi au perfectionnement de l’humanité par la pratique d’un idéal de paix, d’amour et de fraternité.

    Le Récipiendaire apprend la « mise à l’ordre » : main droite sur sa gorge, le pouce en équerre.

    Le Frère Orateur donne lecture de l’engagement de l’Apprenti Maçon.

    Le Frère Maître des Cérémonies prépare le candidat pour sa prestation de serment.

    Le Récipiendaire est amené devant l’autel. Il est placé de sorte qu’il ait le genou droit dans le creux de l’équerre sur le coussin, le genou gauche en équerre, le pied à terre, la main droite sur les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie, un compas ouvert à 90°, tenu de la main gauche, une pointe sur le cœur, l’autre vers le Zénith.

    Le Récipiendaire répète le serment, membre de phrase par membre de phrase.

    6. La Lumière !

    Au troisième coup de Maillet du Vénérable Maître, le Frère Maître des Cérémonies ôte le bandeau couvrant les yeux du Récipiendaire.

    Le Vénérable Maître donne la signification des glaives pointés vers le Récipiendaire.

    7. Apprentissage de la Marche de l’Apprenti.

    Le Frère Maître des Cérémonies guide et montre les pas au Néophyte pendant que le Vénérable Maître donne l’explication de la marche de l’Apprenti.

    8. Investiture.

    Le Récipiendaire est conduit devant l’Autel où il pose le genou droit sur le coussin.

    Le Vénérable Maître et les deux Surveillants forment un triangle dans le plan horizontal avec leur glaive autour du cou du Néophyte et sur ses épaules.

    Le Récipiendaire est créé, consacré et reçu Apprenti Maçon, est invité à se relever et reçoit la première accolade fraternelle du Vénérable Maître.

    Le Nouvel Apprenti est reconduit sur les Parvis afin de réajuster sa vêture.

    Lorsqu’il s’apprête à revenir en Loge, le Frère Maître des Cérémonies entre le premier, de manière rituelle. L’Apprenti s’avance ensuite par les trois pas puis est conduit au Nord-Est, face au Sud pour recevoir ses décors et communication des arcanes du grade.

    9. Remise du Tablier, des Gants, du Bijou, des règlements et restitution des métaux.

    10. Communication des premiers arcanes du grade.

    La Mise à l’ordre, le Signe d’ordre, le Signe de Fidélité, l’Attouchement ; le Mot sacré et le Mot de passe sont communiqués par le Vénérable Maître. Un contrôle est ensuite effectué par le Second Surveillant.

    Le Frère Expert « tuile » un Frère Apprenti qui – entretemps – était sorti discrètement.

    11. Destruction du Testament philosophique.

    Le Frère Secrétaire est invité à détruire par le feu le Testament philosophique du nouvel Apprenti, dont personne n’a pris connaissance.

    12. Le premier Travail de l’Apprenti sur la Pierre brute.

    Le Nouvel Apprenti imite le geste du Frère Maître des Cérémonies en frappant la Pierre brute au rythme de la batterie du grade.

    13. Reconnaissance officielle.

    Le Nouvel Apprenti est reconnu officiellement par tous les Frères.

    Une batterie d’acclamation ponctue cette cérémonie d’Initiation ou de Réception.

    14. Planche d’instruction.

    Le Frère Orateur est invité à communiquer la planche d’instruction qu’il a tracée à l’intention du nouvel Apprenti.

     

     

    R:. F:. A. B.


    2 commentaires
  • LE « TUILAGE » DE L’APPRENTI

     

    Qu’est-ce que le « tuilage » ?

    Le terme « tuilage » vient de « tuiler » qui signifie questionner afin de vérifier quelques connaissances élémentaires.

    Le terme évoque le mot « tuile » et donc le mot « toit ».

    Le Temple est inachevé. Il est en perpétuelle construction et n’a pas de toit.

    Si le toit n’est pas couvert de tuiles, il pleut dans le Temple.

    Lorsque nos Travaux ne sont pas « couverts », nous disons « il pleut » !

    Le « tuilage » contient les arcanes du grade, l’essentiel du grade d’Apprenti, l’essentiel de ce que tout Apprenti doit savoir.

    Le « tuilage » fait revivre l’importance de chaque question, de chaque réponse.

     

    Pourquoi « tuile »-t-on un Apprenti ?

    Un F:. Couvreur peut être amené à « tuiler »

    • pour s’assurer qu’il s’agit bien d’un Frère ;
    • pour s’assurer de ne pas laisser entrer n’importe qui dans la Loge.

    Le « tuilage » sert à démontrer à tous les FF:. qu’on est vraiment Maçon.

     

    Quand « tuile »-t-on ?

    Lors de chaque cérémonie d’Initiation, le F:. Expert tuile généralement le plus jeune des Apprentis pour rappeler à tous les FF:. les arcanes du grade.

    Certaines questions peuvent être posées par le F:. Couvreur à l’entrée de la Loge, avant le début d’une Tenue.

     

    Comment « tuile »-t-on ?

    C’est la tâche du F:. Expert !

    L’extrait de la cérémonie ci-dessous précise la place de l’Expert et les circonstances d’entrée en Loge du plus jeune des Frères Apprentis.

    Par prudence, je ne reproduirai pas le rituel in extenso mais je livrerai mes commentaires.

    Dès que commence la communication des mots, signes et attouchements au néophyte, l'Apprenti le plus récent sort discrètement.

    Le moment venu, le F:. Couvreur  l'avertit, tout aussi discrètement, qu'il peut s'annoncer.

    Le Couvreur ouvre la porte. L'Apprenti entre au signe de Fidélité, à pas libres, il se met à l'ordre, fait les pas de l'Apprenti, salue par le signe le V:. M:., le 1er et le 2nd  Surveillants.

    Le V:. M:. et les Surveillants répondent.

    Ceci fait, l'Apprenti reste entre les Surveillants et le Tableau, face à l'Orient, au signe de Fidélité.

    Le Frère Expert a le droit de se déplacer seul dans la Loge.

    Il vient se placer au Sud-Ouest pour questionner l’Apprenti qui vient d’entrer.

    Le questionnement commence.

     

    Comment reconnaître un Maçon ?

    Remarquons que les trois premières réponses se retrouvent dans le rituel d’Ouverture des Travaux de chaque Tenue au 1er degré !

    Le seul critère pour être Maçon, c’est de se faire reconnaître par ses Frères.

    Cette réponse nous montre la reconnaissance réciproque de tous les participants à la Tenue.

     

    D'où venons-nous ?

    Nous provenons tous d'une Loge de Saint-Jean.

    Une Loge de Saint Jean est une Loge dans laquelle le Livre Sacré a été ouvert au Prologue de l’Évangile de Jean.

    Notre Obédience a choisi la forme la plus poétique, la plus souple, pour rappeler la façon de présenter la création du Monde.

    Cette réponse est un rappel d’une Tradition.

    Nous avons accepté cette expression « Respectable Loge de saint Jean » parce que nous avons choisi l’Évangile de Saint Jean pour décrire l’origine et la création du Monde.

    Cela n’a qu’une valeur symbolique : le Livre de la Loi Sacrée est le symbole de toutes les connaissances que l’Homme a pu acquérir jusqu’à un certain moment. C’est pourquoi nous posons l’Equerre et le Compas sur le Livre, en signe d’adaptation à l’évolution.

     

    A propos de l'âge de l'Apprenti

    Pourquoi l’Apprenti a-t-il trois ans ? Pourquoi « trois ans » ? 

    Il s’agit probablement d’un rappel du symbolisme du Nombre Trois.

    Ici, dans la Loge, nous n’avons plus l’âge civil ; nous sommes en dehors du temps profane.

     

    A propos des qualités que doit présenter la Loge

    Dans une Loge juste et parfaite, les décisions viennent du V:. M:. qui les transmet aux deux Surveillants qui doivent, à leur tour, les répercuter sur les Colonnes du Nord et du Midi.

    Trois « Lumières » dirigent la Loge : le Vénérable Maître et les deux Surveillants.

    Cinq « Lumières » éclairent la Loge : aux trois premiers on ajoute l’Orateur et le Secrétaire. Remarquons cependant que seuls le V\M\, les deux Surveillants et le Maître des Cérémonies sont porteurs de lumières.

    Il est difficile d’expliquer pourquoi l’on considère l’Orateur et le Secrétaire comme autres « Lumières ». Peut-être parce que l’Orateur est le gardien de la Loi, des règlements ? Peut-être parce que le Secrétaire est la mémoire de la Loge ?

    Pour pouvoir procéder à des Initiations, il faut un minimum de sept Maîtres dans la Loge, indépendamment des Apprentis et Compagnons éventuellement présents.

     

    A propos de la forme symbolique d'une Loge

    Nos Loges ont théoriquement la forme d'un rectangle.

    J'en ai vu en forme de trapèze !!! Mais notre tuilage décrit cette forme comme étant un "carré long".

    Le carré long est un rectangle formé par la juxtaposition de deux carrés. Ses propriétés géométriques sont particulières en ce sens que sa diagonale équivaut à la racine carrée de 5  (cf. le Nombre d’or) et partage le rectangle en deux triangles rectangles.

     

    Que savons-nous des dimensions de toute Loge ?

    Les dimensions citées dans le Tuilage (Orient, Occident, Septentrion, Midi, Zénith, Nadir) sont sans limites.

    Les hommes se sont toujours orientés en fonction de la course du Soleil.

    Nos temples sont tous symboliquement orientés vers l’Orient.

    Comme la plupart des cathédrales et de très nombreuses églises, cette orientation est voulue de sorte que, lorsque le Soleil se lève, il donne tout son éclat (cf. les effets lumineux des vitraux des cathédrales).

    Le bâtiment n’a plus aucune limite. Nous sommes en dehors de tout espace et de toute localisation dans le temps.

    Nous nous trouvons au centre d’une sorte de « croix spatiale ».

    De l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud, d’en bas jusqu’en haut : la Franc-maçonnerie est universelle.

     

    A propos de l'obtention de l'autorisation d'entrer dans la Loge

    En frappant sur la porte de la Loge l’Apprenti reçoit la permission d’entrer mais les trois grands coups évoqués dans le Tuilage font avant tout allusion aux efforts à fournir par le Récipiendaire tels que précisés dans la citation suivante extraite de l’Évangile de Luc. Ils peuvent aussi faire allusion aux coups de maillet émis par le Vénérable Maître et les deux Surveillants, ainsi répercutés de l’Orient à l’Occident.

    La réponse de l'Apprenti rappelle que le demandeur fournit un effort, travaille et développe sa propre recherche.

    L’importance symbolique du nombre trois est à nouveau rappelée ici.

     

    Comment comprendre le Nombre trois ?

    • un est l’unité ;
    • deux est un deuxième élément qui a pu sortir de cette unité ; une création, une émanation, une division du un ;
    • trois est un équilibre entre deux forces ; un pivot qui soutient les deux fléaux ; un troisième élément qui peut avoir une relation, une influence sur les deux autres éléments.

     

    A propos de la manière de reconnaître un Frère

    Outre le fait que nous nous reconnaissons mutuellement, nous pouvons encore reconnaître un Maçon au mot de passe qu'il peut nous donner, au mot sacré qu'il ne pourra qu'épeler, à l'attouchement qu'il pourra échanger avec nous.

    Les mots évoquent la transmission orale, la transmission de la Tradition par la parole.

    Les signes évoquent des moments silencieux pendant lesquels nous nous exprimons par des gestes.

    Les attouchements évoquent la communication par le contact physique.

    La réponse telle qu'elle est formulée par l'Apprenti peut être interprétée comme étant une demande de l’Apprenti d’être mis à l’épreuve afin qu’il prouve qu’il est effectivement Maçon.

     

    A propos de la manière dont le Signe s'effectue

    Par Équerre : il s’agit de la façon dont la main est posée sur la gorge (en équerre).

    Ce premier geste rappelle le serment de l’Apprenti (« je préférerais avoir la gorge tranchée plutôt que de faillir à mon engagement »).

    Par Niveau : il s’agit du déplacement horizontal de la main jusqu’à hauteur de l’épaule.

    Par Perpendiculaire : la main retombant le long du corps évoque la verticale.

    Ici il n’est question que du Signe d’ordre.

    Le Mot de passe et le Mot sacré seront demandés après avoir effectué les deux signes.

     

    A propos des deux mots

    Le mot de passe est le nom du premier fondeur de métaux, un personnage biblique.

    Un mot de passe permet d’intégrer un individu dans une société.

    Il est utile pour pénétrer quelque part, pour passer d’un monde à l’autre.

    Le mot sacré dont on aperçoit la première lettre sur la Colonne du Septentrion ne peut jamais être prononcé. Il marque la séparation entre le monde sacré et le monde profane.

    Le mot sacré ne peut que s’épeler. C’est pourquoi l’Apprenti signale son incapacité de lire et d'écrire.

    Puisqu'il ne sait qu'épeler et que ses connaissances maçonniques sont encore assez réduites, il se contentera d'épeler avec l'aide du F:. Expert. C'est ainsi que l'Apprenti ne donne que les voyelles du mot sacré !

    En fait l’Apprenti ne dit rien. Il fait preuve de prudence ; il reconnaît sa faiblesse dans le savoir. Mais l’Apprenti devrait surtout pouvoir compter jusque trois !

     

    A propos des trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie

    Le Livre de la Loi Sacrée, l’Equerre et le Compas sont les trois plus grands symboles de la Franc-maçonnerie. Le Livre sacré représente le savoir passif ; l’Equerre et le Compas sont deux instruments actifs. Rassemblés sur l’Autel des serments, ils forment une complémentarité, une jonction, un équilibre dynamique.

     

    A propos des trois grands Piliers

    Le Pilier de la Sagesse correspond au Vénérable Maître, le Pilier de la Force correspond au Premier Surveillant, celui de la Beauté au Second Surveillant.

    Il n’y en a que trois. Le 4ème Pilier est virtuel. C’est un élément à découvrir.

    Ne sommes-nous pas le 4ème Pilier pour notre propre Temple intérieur ?

    La Loge n’a-t-elle pas besoin de chacun d’entre nous comme 4ème  Pilier ?

     

    Pleut-il ?

    C’est une allusion à la couverture de la loge opérative au temps des cathédrales.

    Lorsque la Loge n’est pas couverte (si par hasard tous ceux qui s’y trouvent ne sont pas des Maçons), il y pleut.

     

    A propos de la batterie

    La batterie du grade s'effectue en respectant le Nombre caractéristique du degré auquel la Loge est ouverte.

    La batterie sourde s’exécute notamment lors de cérémonies funèbres.

     

    A propos du secret

    Quel secret ?

    • Le secret, c’est tout ce qui nous tient ensemble ; le ciment !
    • C’est tout ce que nous ne pouvons pas dévoiler !
    • C’est la Maçonnerie vécue ensemble !
    • Ce sont les joies vécues, les relations créées en Maçonnerie qui sont incommunicables.
    • Le sens profond du texte du tuilage ne peut pas être dévoilé.

     

    R:. F:. A. B.

     

     

     

     

     


    votre commentaire
  • Quelle était la situation ?

    Agenouillé devant le tapis de Loge, je me trouvais en présence de 3 éléments : la Pierre brute, un maillet et un ciseau.

    Invité à imiter le geste du Frère Maître des Cérémonies, je tenais d'une main le ciseau, placé sur la pierre à tailler, et de l'autre, je devais frapper du maillet au rythme de mon grade.

    Analysons tout d'abord ce que représente chacun des éléments en présence.

    Les outils

    Le ciseau et le maillet sont deux outils, deux symboles parmi quelques autres de la Franc-maçonnerie.

    Issus de la Franc-maçonnerie opérative, on les retrouve dans l'ensemble des outils de la construction : niveau, équerre, compas, perpendiculaire, maillet, ciseau, truelle, cordeau, règle, marteau...

    Le Ciseau et le Maillet constituent un couple symbolique qui associe la force et  l'habileté.

    Le ciseau, c'est l'outil qui détermine l'acte efficace, la pénétration au sein des éléments.

    Mal posé sur la pierre brute, une fois frappé par le maillet, le résultat obtenu peut être fâcheux.

    Par contre, bien placé, il peut permettre de tendre vers des formes de plus en plus belles, de plus en plus précises et régulières.

    Le ciseau est l'outil spécifiquement réservé à l'Apprenti.

    C'est par l'action du maillet que le ciseau peut entailler la pierre brute, selon l'impulsion que l'Apprenti va lui donner. Il me semble pour trois raisons que le Maillet est un symbole très important en Franc-maçonnerie :      

    • Trois officiers dignitaires l'utilisent : le Vénérable Maître et les deux Surveillants
    • Signe du travail et de la force, il est devenu l'insigne du Vénérable Maître qui dirige le travail en Loge.
    • Le Maillet représente le pouvoir du Maître.

    Symbole de la force, de la puissance, de la volonté d'action et sa mise en œuvre, il sert à ouvrir et à fermer certains « moments » d'une Tenue, certains temps affectés à telle ou telle activité.

    La pierre brute

    Physiquement, la pierre brute c'est la pierre frustre extraite d'une carrière. C'est le matériau premier de la Maçonnerie qu'il faudra tailler, façonner, appareiller de sorte qu'elle puisse s'incorporer à la Maçonnerie, à l'édifice, au Temple.

    Plusieurs significations peuvent être données à ce  symbole :

    • C'est le symbole de l'Apprenti encore ignorant mais disponible.
    • Ce pourrait être aussi celui de la servitude, de l'esclavage.

    Travail à faire, ignorance à vaincre, il pourrait aussi être le symbole de la liberté : une pierre non façonnée peut encore rouler à peu près n'importe où.  Au contraire, la pierre taillée se trouve à une place bien déterminée dans l'édifice bâti.

    Réflexions en ce qui concerne l'acte accompli

    Mon premier Travail d'Apprenti s'est accompli à l'Occident, au point de départ d'un long chemin qui mène à l'Orient d'où jaillit la Vraie Lumière.

    A l'Orient précisément, au pied de l'autel, j'ai remarqué la présence d'une Pierre taillée, celle qui symbolise le travail effectué, toute chose acquise, vérifiée et exemplaire.

    Le long chemin à parcourir par l'Apprenti, c'est celui du progrès à accomplir sur lui-même ; c'est la connaissance de lui-même.

    Ce que je retiens surtout de ce premier Travail, c'est que l'Apprenti consacre la première partie de sa vie maçonnique à dégrossir cette Pierre brute.

    Le ciseau, mu par le maillet qui le heurte et l'Apprenti conscient qui le dirige, a pour mission de faire disparaître les aspérités de la pierre, c'est-à-dire ses erreurs et ses préjugés.

    La Franc-maçonnerie ne peut viser qu'à délivrer ses membres des servitudes qui les paralysent et des préjugés qui les enchaînent.

    Le Franc-maçon est avant tout un travailleur.

    Ce premier geste était destiné à me faire prendre conscience que le travail est le cœur de mon ascension personnelle vers la Lumière.

    Malheureusement, à ce stade nul ne peut prévoir si l'Apprenti que je suis arrivera au bout de ses peines car le but qu'il s'assigne c'est de transmuer cette Pierre brute en une pierre vivante avec laquelle l'Initié élève des temples.        

     

    Planche rédigée lorsque j'étais jeune Apprenti !

     

                                                                                                                                 R:. F:. A. B.


    votre commentaire
  • Le 13 décembre 1996, date de mon Initiation au grade d’Apprenti, j'ai accompli mon « premier Travail ». La réflexion qui suit serait-elle le second ?

    Réflexions au sujet du «passage sous le bandeau»

    De mon passage ou interrogatoire sous le bandeau, cérémonie qui, je pense, fait  partie du processus initiatique,  je souhaiterais revenir à une des questions qui me furent posées, à savoir si ce n'était pas uniquement la curiosité qui m'avait amené à la Franc-maçonnerie.

    Mes premières approches de la Franc-maçonnerie remontent à 1975 environ. A cette époque, je l'avoue, j'ignorais totalement l'existence de la voie maçonnique et il me parait bien normal que, comme pour toute notion nouvelle à laquelle un Etre humain porte un minimum d'intérêt, la curiosité se manifeste naturellement et se transforme progressivement en un besoin de plus en plus affirmé.

    C'est vers 1983 que j'ai éprouvé le besoin de m'informer davantage par la lecture. J'ai ainsi découvert quelques notions (les obédiences, le rituel, les symboles...) ainsi que les conditions morales pour entrer dans l'ordre : être disponible, avoir une ouverture d'esprit suffisante ainsi que la volonté de se remettre en question.

    Cet idéal vers lequel l'homme peut tendre m'a profondément marqué‚ au point de faire mien cet objectif et de commencer un travail d'amélioration de moi-même. Parce que depuis 1982 j'exerçais une profession difficile aux relations humaines multiples, et probablement parce qu’à cette époque j'ai éprouvé quelques difficultés et sans doute commis des erreurs, il m'a fallu attendre très longtemps pour que les premières démarches concrètes se produisent. J'ai ainsi traversé une longue période que j'ai mise à profit pour réfléchir davantage à cet idéal et poursuivre ce travail de perfectionnement.

    Lorsque j'ai rencontré mon premier parrain (le F:. G. B.) en 1996, j'ai eu l'impression que mon initiation commençait car cette rencontre constituait un réel encouragement à progresser, à travailler sur moi-même, à améliorer toute relation humaine.

    La phase finale de la pré-initiation, à savoir mon passage sous le bandeau, le 11 octobre 1996, m'a permis de ressentir l’atmosphère très particulière d'un lieu sacré dont j'ignorais encore les lois.

    Bien que cette épreuve soit généralement considérée comme assez pénible, il me semble, avec le recul, que l'ensemble des questions qui m'ont été posées m'a permis de faire une nouvelle fois le point quant à la pureté de mes intentions.

    Je pense que ma sincérité a été appréciée puisque me voilà parmi vous.

    Réflexions au sujet de la cérémonie d'Initiation

    La cérémonie vécue le 13 décembre 1996 m'a permis de vivre une initiation virtuelle. En effet, si elle m'a proposé quelques symboles, le temps de travail assidu qui me reste à vivre ne me suffira probablement pas pour découvrir entièrement les quelques paysages spirituels et initiatiques que cette cérémonie m'a à peine dévoilés.

    J'ai découvert mais pas forcément compris le Pavé mosaïque, les deux Colonnes, les trois Piliers, le Tableau de la Loge... J'en connaissais l'existence, sans plus.

    J'avais imaginé les Apprentis siégeant sur la Colonne du Nord et les Compagnons sur celle du Sud. J'ai découvert et apprécié que les Maîtres se répartissent sur les deux Colonnes, ce qui tendait de confirmer l’idée selon laquelle même lorsqu'on est Maître on apprend et s'initie encore et toujours.

    Pour me rendre à cette première Tenue, j'avais reçu comme consigne de revêtir un smoking, ce qui n'était pas une surprise. Par contre, ce qui le fut, c'était de devoir, au seuil de l'espace sacré, me défaire de ma veste, du nœud, d'une chaussure...  J'éprouvai d'abord un sentiment de tristesse de quitter ce que je considérais comme un bel habit, sentiment vite oublié‚ car je me rappelai aussitôt que la vertu n'a pas besoin d'ornements et que c'était pour la même raison que quelques instants auparavant je m'étais dépouillé de mes métaux, c’est-à-dire de ma montre, de mes bagues et de mon portefeuille !

    Cette gêne passagère résultant du sentiment de paraître quelque peu grotesque ainsi accoutré n'a pas eu un effet inhibitif prolongé sur mes facultés. Je savais que mon cœur était à découvert en signe de sincérité et de franchise, que mon genou droit était mis à nu pour marquer un sentiment d'humilité qui doit présider à la recherche du vrai et que mon pied gauche était déchaussé car j'allais fouler pour la première fois les dalles sacrées du Temple.

    Avec le recul de deux semaines environ, j'ai compris que la cérémonie d'initiation repose essentiellement sur les épreuves des quatre Eléments et sur le serment qui me lie dorénavant à la Franc-maçonnerie.

    Cette initiation m'a offert la possibilité de dépasser l'individu limité que j'étais dans le monde profane et de m'ouvrir à d'autres réalités. Elle constitue un premier pas dans un monde nouveau où je vais progressivement découvrir un langage symbolique difficile à percevoir d'emblée, où je vais tenter d'acquérir progressivement la maîtrise de moi-même avant de prétendre modifier mon entourage et contribuer à l'épanouissement d'autres individus.

    J'ai compris que c'est à partir du travail effectué dorénavant avec mes Frères, loin des passions et des désordres du monde extérieur, mais dans le secret de la Loge que je me transformerai d'une manière profonde.

    Le brusque passage de la rue dans le Temple ne suffit donc pas pour faire de moi un Franc-maçon. C'est à moi de savoir ce que je compte faire de l'Initiation que j'ai reçue. Mais l'Initiation ne s'arrête pas à la cérémonie de Réception que j'ai vécue : elle est un processus continu et les épreuves subies n'en sont que l'introduction !

    Mon premier travail

    Par le geste du «premier travail» j'ai compris que je suis assimilé à une pierre brute, une matière qu'il faudra façonner pour lui donner une forme harmonieuse qui pourra s'intégrer dans le Temple en perpétuelle construction.

    Les épreuves que j'ai subies (de la terre, de l'air, de l'eau et du feu) sont des symboles. Cette démarche symbolique vise à transformer ma nature de profane et devrait progressivement provoquer une mutation interne.

    Je n'ai pas considéré l'initiation comme une simple cérémonie. Je pense y avoir mesuré ce qui est exigé de moi : subir un face à face décisif avec moi-même, laisser s'opérer en moi un ébranlement profond, me livrer entièrement pour parvenir à me voir tel que je suis réellement, me mettre en état de percevoir en moi-même un événement fondamental : ma mort au monde profane et ma naissance en tant qu'Apprenti Franc-maçon.

    La cérémonie d'Initiation ne m'a pas fait sourire. Loin de moi aussi l'idée de la considérer comme archaïque ou d'être une apparente puérilité. J'ai pris tout ce cérémonial avec beaucoup de sérieux. Je me souviens n'avoir retrouvé mon sourire que lorsque j'ai découvert deux de mes amis siégeant en face de moi, très heureux de les considérer à présent comme Frères et réciproquement !

    La cérémonie correspondait assez bien à ce que j'avais imaginé au travers de mes premières lectures. J'ai le sentiment d'y avoir été très conscient mais je n'ai pas pu retenir tous les emblèmes ni toutes les allégories et encore moins toutes les formalités rituelles.

    Les étapes successives symbolisées par les quatre épreuves et les trois voyages m'ont invité à prendre conscience que le chemin à parcourir pour devenir un digne Franc-maçon est long, obscur, angoissant et semé d’embûches. Ce n'est qu'avec persévérance, en surmontant les obstacles, en vainquant le doute par la raison que je pourrai peut-être arriver à en percevoir la fin.

    Cependant, ce chemin que le Maître des Cérémonies m'a aidé à parcourir, ne m'a guère éloigné de mon point de départ réel. Il a donc un caractère symbolique qui m'incite à en reconstituer les différentes péripéties, le sens et la raison.

    Ainsi, l'épreuve de la Terre, subie dans le Cabinet de Réflexion, m'a invité à prendre conscience que se connaitre soi-même est un apprentissage long et continu ; que la perfection n'est peut-être pas de notre monde profane mais que seuls les Initiés peuvent y tendre et, qu’enfin, pour accéder à cette vie nouvelle, il me faut symboliquement mourir de ma vie de profane.

    Au seuil du Temple, je m'attendais à devoir franchir une porte basse et étroite. J'ai senti que j'ai dû me baisser très fort pour passer sous une barre. J'ai compris que ce geste correspondait à la mort à la vie profane et à une renaissance à une vie nouvelle à laquelle j'ai accédé comme l'enfant qui vient au monde. Ce geste m'a suggéré que l'humilité et l'effort sont les lois de l'homme qui veut conquérir la Lumière.

    Le bruit provoqué par les sabres n'a pas vraiment provoqué en moi un véritable choc hypnotique. Je pense au contraire être resté bien conscient de ce que le Maître des Cérémonies me faisait faire.

    Avant de recevoir la Lumière symbolique, j'ai dû subir les épreuves de l'air, de l'eau et du feu, toutes purificatrices.

    Le premier voyage m'a fait comprendre que pendant mon apprentissage je serais privé de lumière, inapte à me diriger seul mais avide de connaissance et assoiffé de vérité.

    Revenu au point de départ (à l'Occident), le second voyage accompagné du persistant cliquetis des épées, m'a fait prendre conscience des efforts à soutenir pour préparer sagement mon ascension.

    Le troisième voyage, beaucoup plus calme et silencieux, devait me faire subir l'épreuve du feu mais je l'ai à peine remarquée. Pourtant le feu me fait peur !

    Après avoir bu le calice d'amertume jusqu'à la lie, le bandeau qui couvrait mes yeux a été enlevé. J'ai lu quelque part que lorsque le bandeau me serait retiré se produirait un choc initiatique. Je me dois d'exprimer un profond regret dû au défaut de ma vision : privé de mes verres correcteurs, je n'ai pu percevoir que d'une manière très floue les effets lumineux recherchés ainsi que mes Frères pointant sur moi leur épée, symbole de la sauvegarde, de l'amour et du châtiment.

    Ces épreuves subies n'ont pas fait de moi un Franc-maçon. Elles m'ont implicitement enseigné comment je pourrais le devenir. La qualité de Franc-maçon ne s'acquiert en réalité que petit à petit par un patient effort de perfectionnement individuel.

    Tel me semble le message que suggère la cérémonie de Réception qui détermine les étapes et m'indique le sens de l'action dans lequel je me dois de travailler pour m'élever inconsciemment vers des plans supérieurs.

    Quant au rituel auquel j'ai été invité à me soumettre (les mots, le signe d'ordre, la marche), il me dictera continuellement mon devoir et m'incitera à l'accomplir sans défaillance.

    Dorénavant, avant de franchir la porte du Temple, je revêtirai d'une part un tablier blanc en peau d'agneau, insigne de mon grade d'Apprenti qui me rappellera que le travail, source de joie, est l'objet exclusif des réunions maçonniques, et d'autre part, des gants blancs.

    Le fait de revêtir ces deux emblèmes de pureté et de travail m'aidera à me souvenir que je suis voué aux durs travaux d'édification du Temple de l'Humanité.

    Planche tracée alors que j'étais encore un Apprenti

    R:. F:. A. B.

     


    votre commentaire
  • Introduction

     La présente planche s’articulera donc selon le plan suivant :

    1. Dans quelles circonstances l’Apprenti découvre-t-il le Maillet et le Ciseau ?
    2. Quel sens pouvons-nous donner à notre « premier travail » d’Apprenti ?
    3. Sait-on depuis quand le Maillet et le Ciseau sont apparus dans nos Loges ?
    4. Qu’est-ce qu’un maillet et qu’est-ce qu’un ciseau ?

    Le sujet de cette planche pourrait me laisser supposer que le Maillet et le Ciseau sont réunis en permanence. C’est pourquoi une autre question me paraît pertinente :

    1. Le Maillet et le Ciseau sont-ils toujours associés ?
    2. Quels Maçons dans la Loge se servent d’un Maillet ? Comment le tiennent-ils et dans quelles circonstances ?
    3. Que représentent pour moi le Maillet et le Ciseau du point de vue symbolique ?
    4. Quelle est mon interprétation personnelle de l’association du Maillet et du Ciseau dans la Loge initiatique ?
    5. Quel est l’enseignement moral que je puis retirer de cette association ?

     

    * Le Maillet et le Ciseau

    * Le Maillet et le Ciseau

     

    Découverte du Maillet et du Ciseau

    Lors des enquêtes, la plupart des Profanes interrogés au sujet de leur connaissance éventuelle de l’un ou l’autre symbole maçonnique, mentionnent à 95 % l'Équerre et le Compas. Pratiquement aucun ne signale ce couple formé du Maillet et du Ciseau.

    C’est peu avant de recevoir son tablier blanc que l’Apprenti découvre le Maillet et le Ciseau. En effet, pour reprendre les paroles rituelles du Vénérable Maître, « notre symbolisme représente l’Apprenti sous la forme d’une Pierre brute qu’il convient de dégrossir à l’aide du Maillet et du Ciseau ».

    Les Récipiendaires sont en général bien trop émus et perturbés par l’ambiance de la cérémonie d’Initiation que pour repérer les coups de maillets qui retentissent à des moments précis du rituel : le début de chaque voyage annoncé par le coup de maillet du Vénérable Maître ; la fin de chaque voyage annoncée par le Premier Surveillant, etc.

    Un peu plus tard, vers la fin de la cérémonie d’Initiation, le Maître des Cérémonies vient chercher le nouvel Apprenti pour qu’il effectue son premier travail d’Apprenti à l’aide du Maillet et du Ciseau. Rappelons comment cela se passe et quel sens nous pouvons donner au premier travail de l’Apprenti.

    Le premier Travail de l’Apprenti

    * Le Maillet et le Ciseau

    Le premier Travail de l’Apprenti consiste à donner les trois premiers coups pour commencer à dégrossir sa pierre. Agenouillé à l’angle nord – est du Tableau de Loge, l'Apprenti se trouve en présence de trois éléments symboliques : la Pierre brute, le Maillet et le Ciseau. Invité à imiter le geste du Frère Maître des Cérémonies, l'Apprenti tient d'une main le Ciseau, placé sur la pierre à tailler, et de l'autre, il frappe le Maillet selon le rythme de la batterie de son grade.

    Le premier Travail de l'Apprenti s'accomplit à l'Occident, au point de départ d'un long chemin qui mène à l'Orient d'où jaillit la Vraie Lumière. Par contre, c’est souvent à l’Orient, au pied de la « stalle » de l’Orateur ou parfois au pied du pilier « Force », que se trouve la Pierre taillée, celle qui symbolise le travail effectué, toute chose acquise, vérifiée et exemplaire.

    L’Apprenti Maçon s’identifie à la Pierre brute car ce qu’il a en commun avec la pierre c’est la densité et l’imperméabilité, la densité étant considérée comme un facteur spirituel de retour à l’Unité. Le long chemin à parcourir par l'Apprenti, c'est celui du progrès à accomplir sur lui-même ; c'est la connaissance de lui-même. Il convient de retenir que l'Apprenti consacre la première partie de sa vie maçonnique à dégrossir cette pierre brute, à l’aide du Ciseau et du Maillet.

    Le Ciseau, mu par le Maillet qui le heurte et l'Apprenti conscient qui le dirige, a pour mission de faire disparaître les aspérités de la pierre, c'est-à-dire les erreurs et les préjugés. Le Ciseau pourrait représenter la faculté de discernement et le Maillet la faculté volitive. C’est pourquoi on considère que dans l’ordre opératif, la pierre est l’élément passif, et les outils l’élément actif. Par contre le ciseau, actif à l’égard de la pierre, est passif à l’égard du maillet.

    La Franc-maçonnerie ne peut viser qu'à délivrer ses membres des servitudes qui les paralysent et des préjugés qui les enchaînent. Le Franc-maçon est avant tout un travailleur. Le Vénérable Maître ne nous invite-t-il pas au travail au début de chaque Tenue ?

    Ce premier geste est donc destiné à faire prendre conscience à l’Apprenti que le travail est le cœur de son ascension personnelle vers la Lumière. Malheureusement, nul ne peut prévoir si l'Apprenti arrivera au bout de ses peines car le but qu'il s'assigne, c'est de transmuer cette Pierre brute en une pierre vivante avec laquelle l'Initié élève des temples. Physiquement, la Pierre brute c'est la pierre frustre extraite d'une carrière. C'est le matériau premier de la Maçonnerie qu'il faudra tailler, façonner, appareiller de sorte qu'elle puisse s'incorporer à la Maçonnerie, à l'édifice, au Temple.

    Travailler la Pierre brute, c'est donner des contours précis à la dimension éthique, morale et spirituelle de l'homme ; c'est faire émerger de la matière vulgaire originelle ce qu'il y a de meilleur et de plus fort en elle, par un travail constant qui gomme les imperfections.

    Cette transformation, qui va s'opérer au fil du temps, n'est pas sans rappeler le processus fusionnel de l'alchimie. Finalement, c'est bien de réactions et de modifications en chaîne dont il s'agit, à mesure que le Franc-maçon, aidé de ses instruments de bâtisseur (ciseau, maillet, équerre, niveau, fil à plomb, règle...) peaufine son matériau de base – lui-même – en vue de lui donner une forme parfaite.

    La Pierre brute évoque un commencement, dénué de tout paraître. Elle se caractérise par sa simplicité sans dynamisme propre. Dense, elle est informe, mais si elle n’est pas rejetée, c’est que sa qualité lui permet d’être taillée et de donner naissance ainsi à un chef d’œuvre.

    La Pierre brute, c'est le symbole de l'Apprenti, avec toutes les imperfections de son esprit et de son cœur, qu'il doit s'appliquer à corriger. Par l'Initiation maçonnique qui est une renaissance, il se débarrasse progressivement de tout ce que la société a pu lui apporter d'artificiel et de mauvais. Il retrouve sa liberté de penser. Avec les outils symboliques que la Loge lui procure, notamment le Ciseau et le Maillet, l’Apprenti se met à tailler lui-même sa pierre et espère parvenir à la rendre parfaite à son gré.

    Le maillet

    Le maillet, du vieux mot français « mail » dérivé du latin « malleus » se présente sous la forme d’un marteau de bois à deux têtes, comme un Tau grec.

    Attesté depuis l’Antiquité, classé parmi les outils dits « à percussion lancée », le maillet a été utilisé aux époques de rareté du fer. On n’en trouve aucune trace ni en Grèce, ni dans l’Empire romain sauf dans les représentations du Dieu au maillet.

    Le maillet traditionnel devrait être façonné dans le bois en usage dans la région. En tant qu’outil, il doit en effet répondre aux critères en vigueur dans le métier.

    Idéalement, le maillet devrait avoir été fabriqué dans le même bois que le plateau ou la table du Vénérable Maître et des Frères Surveillants pour que les vibrations et les résonances soient en harmonie, ce qui ne pourrait jamais exister avec des bois de densité différente !

    Cependant, dès l’Antiquité, le buis a été employé dans les rites funéraires. Restant toujours vert, ce bois évoque l’éternité, l’immortalité, plus simplement la pérennité, la persévérance. En ce sens, il est proche de l’acacia. Bois compact, très dur, sonore, le buis est dans le monde végétal ce que l’airain est dans le monde des métaux. C’est pourquoi son emploi semble s’être fort répandu dans la fabrication des maillets utilisés par le Vénérable et des deux Surveillants. Remarquons qu’il existe également des maillets en ivoire qui, pour leur part, symbolisent la pureté.

    Ceux qui voudraient voir le maillet en buis, en ivoire ou en ébène dénatureraient sa fonction d’outil et sa valeur symbolique. Malheureusement, des maillets maçonniques ont souvent été peints en noir pour les faire ressembler à l’ébène !

    Le maillet fut longtemps l’un des deux instruments majeurs, avec le ciseau, des tailleurs de pierre qui participèrent à la construction des cathédrales et autres beffrois au Moyen Age. A ce titre, le maillet était un outil de base de la Maçonnerie opérative. Qu’il s’agisse du Maillet de l’Apprenti, celui du Vénérable ou des deux Surveillants, ils n’ont en commun que leur fonction dynamique qui consiste à frapper.

    Le ciseau

    L’origine de cet outil est très ancienne. Sa présence est attestée dès l’Antiquité en Egypte, dans l’Ancien Empire. Pendant longtemps il a servi à la taille de la pierre tendre. C’est à partir du 6e siècle avant J.C. que son usage s’est répandu en Grèce et s’est étendu à la taille de la pierre dure.

    Le ciseau est un instrument essentiel en ce sens qu’il a pour mission de tailler la pierre brute jusqu'à lui donner une forme parfaite. Le ciseau, du latin « cisellus », substantif de « coedere » couper, se présente sous la forme d’un petit bâton en acier trempé, tranchant par un bout. Le ciseau, c'est l'outil qui détermine l'acte efficace, la pénétration au sein des éléments.

    On retrouve là, symboliquement, le mythe de la Pierre Philosophale auquel se réfère l’histoire de la construction du Temple de Salomon par Hiram.

    Dans la carrière ou sur le chantier, les pierres à bâtir ne se façonnent pas avec UN ciseau et UN maillet. Les ouvriers se servent en réalité de plusieurs ciseaux d’acier qu’ils frappent avec des masses et des marteaux également en acier, c’est-à-dire des outils à tête lourde et non à tête légère comme les maillets !

    Techniquement, l’association du ciseau métallique et du maillet végétal est donc une erreur, ce que ne serait pas, par contre, l’association du ciseau à bois et du maillet ou celle du ciseau à fer et de la masse, voire du marteau d’acier.

    Le Ciseau est l'outil symbolique spécifiquement réservé à l'Apprenti. Sa présence est cependant encore pleinement justifiée au second degré et même plus tard. Ne restons-nous pas Apprentis toute notre vie ?

    Apparition du Maillet et du Ciseau dans la Franc-maçonnerie

    Issus de la Franc-maçonnerie opérative, le maillet et le ciseau se retrouvent dans l'ensemble des outils de la construction : niveau, équerre, compas, perpendiculaire, maillet, ciseau, truelle, cordeau, règle, marteau...

    La présence du Ciseau dans la symbolique maçonnique remonte aux temps des francs mestiers et de la Maçonnerie opérative, lorsque cet instrument était un outil majeur des tailleurs de pierre qui construisaient les cathédrales.

    Le Maillet et le Ciseau ne sont apparus que fort tardivement dans les rituels de la Maçonnerie spéculative. Ces outils sont cités dès 1724 parmi les douze lumières de la Loge : « le Père, le Fils, le Saint Esprit, le Soleil, la Lune, le Maître Maçon, l'Équerre, la Règle, le Fil, le Plomb, le Maillet et le Ciseau » (The Whole Institution of Masonry).

    En 1726, le manuscrit « Graham » précise : « Pour ce qui est de l’équerre, la règle, le plomb, le fil, le maillet et le ciseau, ce sont six bons outils sans la plupart desquels un maçon ne peut accomplir un bon travail ».

    Symbolisme du Maillet et du Ciseau vus séparément

    Au siècle dernier, quelques auteurs Francs-maçons ont formulé quelques commentaires au sujet du symbolisme du Maillet et du Ciseau considérés séparément.

    1. Ainsi, pour Jean-Marie Ragon de Bettignies,  « le Maillet, emblème du travail et de la force matérielle, aide à renverser les obstacles et surmonter les difficultés», tandis que « le Ciseau est l’emblème de la sculpture, de l’architecture et des Beaux Arts. Le Ciseau est l’image du mordant des arguments de la parole avec lesquels on parvient toujours à détruire les sophismes de l’erreur ».
    2. Selon Edouard Plantagenet, « le Maillet est le symbole de l’intelligence qui agit et persévère, qui dirige la pensée et anime la méditation de celui qui, dans le silence de sa conscience, cherche la vérité», tandis que « le Ciseau représente le discernement sans l’intervention duquel l’effort serait vain, sinon dangereux ».
    3. Pour Oswald Wirth, « le Maillet figure la volonté qui exécute. Insigne de commandement que brandit la main droite, côté actif, le Maillet se rapporte à l’énergie agissante et à la détermination morale dont découle la réalisation pratique» tandis que « c’est le Ciseau d’acier qui s’applique sur la Pierre, tenu de la main gauche, côté passif, correspondant à la réceptivité intellectuelle, au discernement spéculatif ».
    4. Pour Jules Boucher, « le maillet symbolise la volonté active de l’Apprenti. Ce n’est pas une masse métallique lourde et brutale car la volonté ne doit être ni obstination ni entêtement ; elle doit être simplement ferme et persévérante. Mais l’homme ne peut agir directement sur la Matière : c’est alors le Ciseau qui servira d’intermédiaire. Celui-ci devra souvent être affûté : c’est-à-dire qu’il faudra sans cesse revoir les connaissances acquises : ne pas les laisser s’émousser. En d’autres termes, « ces connaissances acquises doivent être employées sinon l’intellectualité reste passive».
    5. Pour Raoul Berteaux, plus proche de nous, « l’étude de la symbolique du Maillet décèle trois formes de puissance : la puissance brutale, avec un caractère de primitivité, la puissance créatrice et ordonnatrice avec un caractère divin et la puissance de connaissance avec un caractère relationnel de l’humain au divin ». « Le modèle symbolique formé par la jonction du Maillet et du Ciseau est un signe de puissance créatrice. Basé sur l’image de la taille de la pierre, le sens de ce modèle peut être amplifié en le transférant dans des domaines variés. C’est à ce travail qu’est convié l’Apprenti par la présence des deux outils associés sur le tableau de Loge».

    Comment interpréter de nos jours le symbolisme du Maillet ?

    Le Maillet semble par excellence l’instrument de la volonté humaine : c’est cette dernière qui lui imprime la force, le mouvement et les nuances capables de conférer au ciseau toute son efficacité. C’est par son intermédiaire que se concrétisent le savoir et la maîtrise de celui qui souhaite atteindre la perfection de la Pierre Philosophale.

    Le Maillet à dégrossir représenterait aussi la force de la conscience qui doit abattre toute pensée vaine ou indigne qui pourrait se présenter à notre esprit afin que nos paroles et nos actions puissent s’élever, pures de toute souillure.

    Le Maillet de l’Apprenti pourrait aussi représenter la volonté agissante et créatrice qui lui permet de travailler avec le plus difficile des matériaux, c’est-à-dire lui-même.

    Le Maillet de l’Apprenti devient pour lui le moyen de façonner le monde à la lumière de ses nouveaux acquis initiatiques. Il devient dans le même temps l’instrument de sa volonté et l’expression concrète de son intelligence en éveil, le moyen de trouver sa propre voie sur le long chemin de l’Initiation.

    Le maillet travaille au plan subtil ou vibratoire. En Loge, les trois maillets annoncent l’accès prochain à une lumière ou plan nouveau. Ces maillets vibrent comme autant d’avertissements et d’annonces.

    Pour le Vénérable Maître comme pour l’Apprenti, c’est par le véhicule de l’énergie vibratoire, mise en action à différents plans, que le travail peut s’opérer.

    Outil du changement d’état immédiat et brutal, le maillet réfère tout naturellement au travail de transformation dévolu à l’Apprenti à la condition cependant que ce dernier possède toutes les qualifications requises par la véritable initiation.

    Pour qu’il n’y ait pas de confusion possible entre le Maillet de l’Apprenti et celui du Vénérable et des Surveillants, cet outil n’est jamais mis seul dans les mains de l’Apprenti ou du Compagnon. Il est toujours associé au Ciseau, afin de signifier clairement que l’on est dans le domaine opératif, que l’on attend de celui qui les porte un travail sur lui-même.

    Remarquons également que le Maillet est le prolongement de la main. Il permet le passage de l’Idée au réalisé par l’intermédiaire du Ciseau. Il évoquerait ainsi la volonté humaine qui veut transformer la matière, la détermination qui permet à l’homme de se perfectionner.

    Comment interpréter de nos jours le symbolisme du Ciseau ?

    Pour le Franc-maçon d'aujourd’hui, le Ciseau est devenu le moyen de mettre en œuvre sa volonté et la pureté de ses intentions, de ciseler et peaufiner ses objectifs jusqu'à parvenir au résultat idéal. C'est par l'action du Maillet que le Ciseau peut entailler la pierre brute selon l'impulsion que l'Apprenti va lui donner.

    Le ciseau, comme tous les outils tranchants, découpe, sépare, distingue. Il est le signe de la première opération de l’esprit.

    Soigneusement aiguisé, le ciseau est tenu de la main gauche, le tranchant appuyé contre la pierre. Le résultat de la taille va dépendre de plusieurs facteurs :

    • la connaissance de la matière: l’ouvrier doit savoir avec certitude comment est structurée la roche, deviner les éventuelles inclusions, les veines, les fissures…
    • la connaissance du travail à accomplir: l’ouvrier donne un angle précis au ciseau afin de dégager la quantité de matière qui convient pour respecter les consignes du Maître afin que la pierre puisse aisément trouver sa place dans l’édifice ;
    • la connaissance de soi et de l’outil: la force doit être parfaitement maîtrisée afin de ne pas briser la pierre.

    Appliqués à l’individu, ces facteurs deviennent la prise de conscience de ses imperfections et de ses potentialités, la volonté de travailler sur lui-même, le désir de dominer ses pulsions anarchiques, la connaissance et l’acceptation de ses limites.

    La pointe du Ciseau est appuyée contre la pierre brute. C’est selon l’endroit où elle est placée (connaissance de la matière) et l’angle que lui a donné l’ouvrier (connaissance du travail à accomplir) qui vont faire qu’au coup de maillet, donné avec une intensité et une force parfaitement maîtrisées (connaissance de l’outil et connaissance de soi) que le résultat sera bon ou mauvais.

    Si le ciseau a été mal posé sur la pierre brute, le résultat obtenu peut être fâcheux. Par contre, bien placé, il peut permettre de tendre vers des formes de plus en plus belles, de plus en plus précises et régulières.

    Travailler trop lentement, c’est ralentir la vie du chantier. Vouloir aller trop vite, faire sauter de trop gros éclats, c’est risquer de faire exploser la pierre, et là encore, retarder la construction de l’édifice. Le bon ouvrier devant la pierre brute doit avoir en lui non seulement l’image de ce que sera sa pierre taillée, mais aussi et surtout l’image de la cathédrale achevée.

    Ainsi, la Pierre brute représenterait l’Ego ; le Ciseau, les résolutions que l’on a prises ; le Maillet, la volonté qui agit ; la cathédrale, la Franc-maçonnerie telle qu’on se plaît à l’imaginer !

    La fonction du Maillet et du Ciseau réunis

    Le rôle du Maillet s’affirme dès le premier degré. En effet, l’Apprenti « reçoit » symboliquement un Maillet et un Ciseau dès son arrivée dans l'atelier. Ils lui permettent d’effectuer son premier travail.

    Ces deux instruments lui seront essentiels car ils représentent la première étape de son cheminement initiatique, laquelle consiste, dans l’optique de la construction de son temple personnel dédié à la Connaissance, en un dégrossissage de la « pierre brute » qui sera ensuite longuement travaillée et affinée avant de parvenir à la perfection des formes. Devenu Compagnon, il devra s’instruire de la qualité et de l’emploi des matériaux. Il ne pourra donc pas se dispenser du maniement pénible du Maillet et de la conduite précise du Ciseau.

    Le Maillet et le Ciseau réunis mettent en avant les notions d’enseignement, de formation, de travail sur soi afin que puisse s’opérer la transformation de l’individu. Au premier degré de la Franc-maçonnerie, Pierre brute, Maillet et Ciseau sont indissociables. C’est un aspect qui donne sa vraie grandeur à l’Apprenti-Maçon.

    Symbolisme du Maillet et du Ciseau réunis

    Les symboles « opératifs » liés à l’art de bâtir remontent à la nuit des temps et les maçons, les charpentiers, les tailleurs de pierre représentent les plus anciens métiers en l’art d’élever le plan.

    Le Maillet et le Ciseau sont compatibles, indissociables et même dépendants à raison de ce qu’ils signifient. Et ce signifié justifie pleinement l’unité du couple qu’ils forment chaque fois que ce couple travaille, chaque fois que le Ciseau, sous les coups du Maillet, entame la Pierre pour en « rectifier » la forme, la modeler, l’améliorer, l’embellir.

    Ces deux instruments, qui servent à dégrossir la Pierre brute, ne nous indiquent-ils pas comment nous devons nous corriger de nos défauts, en formant de sages résolutions qu’une détermination énergique met à exécution ?

    L’analogie apparaît alors clairement : le Ciseau figure le discernement et le Maillet la volonté.

    Le discernement, guidé par une vigilance de tous les instants, est le pouvoir de déceler ce qui doit être chassé du mental, soit en priorité (dégrossissage du premier degré), soit un peu plus tard (taille du deuxième degré) : égoïsme, colères, haines, agressivités, hypocrisies, apathies, racismes, autosatisfactions, jalousies, apriorismes, préjugés, duplicité, concepts périmés, fausses valeurs morales, entêtements, étroitesse d’esprit, etc…

    La volonté est l’énergie intérieure qui pousse l’être humain à séparer la paille du grain, à l’image du tailleur ou du sculpteur de pierre qui détache la matière indésirable, morceau après morceau, coup après coup. C’est une œuvre de longue haleine qu’une seule vie humaine ne suffit pas, la plupart du temps, à terminer. Le Ciseau et le Maillet constituent donc un couple symbolique qui associe la force et  l'habileté. Ces deux outils restant indissociables, il convient de les examiner conjointement. Cette paire d’outils impose à la pierre la volonté de l’ouvrier. D'une main, il frappe le ciseau avec le maillet pour tailler et créer une forme à la ressemblance de celle qu’il imagine.

    Pour tailler la pierre, le ciseau ou le maillet seuls sont inefficaces. La complémentarité de l’actif et du passif est évidente dans le symbolisme de cette paire d’outils. Le maillet est, bien évidemment actif puisqu'en frappant le ciseau, il lui procure de la force. Mais, en réfléchissant bien, peut-on vraiment dire que le ciseau est passif ?

    Jusqu'ici, c’est principalement sur le Maillet et le Ciseau de l’Apprenti qu’a porté ma réflexion. Mais, j’y ai déjà fait allusion, le Maillet doit aussi être analysé en tant qu’attribut des trois Lumières de la Loge.

    Le Maillet des trois Lumières

    * Le Maillet et le Ciseau

    Le Maillet est l’attribut du Vénérable et des deux Surveillants qui le font sonner lorsque l’attention des Frères est requise ou quand ils doivent faire preuve d’autorité. Nul ne peut prendre la parole après le coup de maillet du Vénérable.

    Ce symbole est fondamental dans la mesure où il montre qu’un Atelier maçonnique se différencie d’un groupe quelconque de profanes assemblés de manière anarchique et qu’il y règne une autorité partagée sans quoi rien de constructif n’est possible. Les Francs-maçons sont essentiellement des constructeurs et le respect de quelques règles de bonne conduite au sein de la micro-société qu’est une Loge favorise grandement la conduite de chaque Maçon sur le chemin de son Initiation et sur les chemins de sa vie dans la société des hommes.

    La fonction du Maillet des Trois Lumières de la Loge

    Le Maillet est utilisé en diverses occasions :

    1. Quand la couverture extérieure de la Loge est assurée, les deux Surveillants, maillet sur le cœur, parcourent les Colonnes et vérifient l’identité maçonnique des participants. Les Frères doivent se mettre à l’ordre au passage de leur Surveillant respectif. Les Surveillants ont autorité pour faire sortir du Temple celui qui n’a pas la qualité requise.
    2. Le Maillet ponctue le rituel d’Ouverture des Travaux. L’Ouverture de la Loge commence par un coup de maillet du Vénérable, signifiant que tout est en ordre dans le Temple. Tous les membres présents doivent se montrer attentifs car le passage du monde profane au monde sacré est imminent. Le maillet se tient de la main droite, et l’ordre se tient en posant le maillet sur le cœur, le bras et l’avant-bras droits formant équerre.
    3. Les paroles émanant du Vénérable Maître et répétées successivement par les deux Surveillants sont souvent ponctuées par les sons produits par les coups de leur maillet. En Loge, répercutés de l’Orient vers l’Occident, les vibrations sonores produites par les maillets marquent des rythmes chargés de la puissance de l’énergie cosmique. La diffusion des ondes sonores de l’Orient à l’Occident annonce que la Loge est consacrée.
    4. Durant les Tenues, le Maillet est également utilisé pour marquer le passage à un nouveau sujet, pour donner la parole ou la retirer, pour rétablir le silence, pour marquer certains « moments » d'une Tenue, certains temps affectés à telle ou telle activité.
    5. Le Maillet du Vénérable Maître joue un rôle de première importance lors de l’Initiation d’un nouveau Maçon, lorsque le Vénérable crée, consacre et reçoit un nouveau Frère. Des coups de maillet sont frappés rituellement, selon le rythme prescrit par le rite, sur la base des trois épées qui se croisent au-dessus de la tête du Récipiendaire, tenues par les trois Maîtres qui dirigent la Loge. C’est ainsi que le Vénérable fait du Profane un Apprenti, de l’Apprenti un Compagnon, du Compagnon un Maître.
    6. Les trois maillets sont utilisés pour rythmer les batteries (voir ci-après l’expression « maillets battants »).
    7. En fin de Tenue, le Maillet ponctue également la Clôture des Travaux.

    Symbolisme du Maillet des Trois Lumières de la Loge

    Entre les mains du Vénérable et des deux Surveillants, le Maillet symbolise leur pouvoir. Il sert à provoquer des ondes sonores rythmiques. Les Maillets posés sur les plateaux du Vénérable Maître et des Surveillants sont des signes de puissance potentielle, en l’occurrence du pouvoir qui est conféré à ces Officiers Dignitaires.

    Dans l’enceinte du Temple, seules ces trois personnes sont habilitées à utiliser un maillet. Dans leurs mains, cet instrument est le gage de l’autorité, de la parfaite maîtrise initiatique et du droit à commander. Il est l’emblème de leur puissance, de leur pouvoir, de leur autorité. En saisissant en main le Maillet, ils annoncent qu’ils vont faire usage de ce pouvoir. Le Maillet est par conséquent associé à l’autorité, au commandement, à la volonté agissante.

    C’est la présence d’un maillet sur le plateau du Vénérable Maître, du Premier Surveillant et du Second Surveillant qui fait désigner respectivement ces trois officiers sous les noms de Premier Maillet, Deuxième Maillet et Troisième Maillet.

    Le symbolisme du Maillet est clairement exprimé par le Maître Installateur qui dit au nouveau Vénérable Maître de la Loge : « Je vous remets également ce Maillet, emblème du pouvoir temporel qui vous servira à maintenir l’ordre dans la Loge, particulièrement à l’Orient ».

    Dans certains rites, le Vénérable, installant ses Surveillants, leur confie le Maillet et déclare : « Je vous remets ce Maillet, emblème du pouvoir, pour vous habiliter à m’assister à faire régner l’ordre dans la Loge, particulièrement au Midi et au Nord ».

    Les coups de maillet

    Si les coups des maillets battent et rythment le travail rituel en Loge, nous sommes en droit de nous demander la signification de cette nécessité « opérative » et la raison des changements des nombres de coups selon les grades.

    Le maillet, répétons-le, sert à frapper ; à frapper sur une caisse de résonance destinée à augmenter le niveau vibratoire engendré par la frappe.

    Depuis la nuit des temps, les hommes, les initiés, les mages, les prêtres et autres sorciers de toutes les parties du monde ont accordé une importance particulière au fait de faire résonner des tambours, des cloches, des trompes, de toutes formes, tailles et matières. C’est que tout bruit émis par résonance se trouve symboliquement lié à l’émission du Son primordial en rappel de la mise en action de l’énergie principielle lors de la création du monde. Ce qui est l’expression de la manifestation de l'Eternel à travers le mouvement universel en perpétuelle expansion.

    Ainsi, c’est pour que la vie de l’Initié devienne réalité que la vibration du maillet ébranle le nouvel être par la « batterie de création, de constitution et de réception » en un monde nouveau.

    Les différentes rythmiques nous permettent d’accéder à divers niveaux de conscience selon que le rythme s’avère lent ou rapide. La rythmique des batteries maçonniques conduit celui qui s’y laisse porter vers d’autres niveaux de perception s’il sait se mettre en état de réception, s’il s’oublie à lui-même.

    Lorsque l’âme rencontre un rythme vital, elle s’éveille, vibre et le suit. Comme les vibrations des chants grégoriens, les vibrations du maillet sont liées à la vie, au centre du monde.

    L’expression « Maillets battants »

    L’expression « maillets battants » signifie que le Vénérable et les Surveillants usent ensemble de leur maillet en coups alternés et cadencés, selon le Rite pratiqué, lorsque des Dignitaires de l’Ordre font leur entrée dans le Temple.

    Jules Boucher précise que « les coups sont frappés successivement et alternativement par le Vénérable, le Premier Surveillant et le Second Surveillant. Ce « bruit » monotone et régulier réalise le « silence intégral » puisqu'il supprime tout son adventice ».

    A certains rites, ces Dignitaires (le Grand Maître ou son représentant) sont reçus « maillets battants » au rythme de la batterie de 9 fois 3 coups. Cette entrée sonore n’existe ni au Rite Écossais Rectifié ni dans les rites anglais.

    L’expression « sous le Maillet »

    On dit qu’une candidature est placée « sous le maillet » lorsqu'un des deux parrains a déposé une lettre de candidature dans le Sac aux Propositions et que le Vénérable Maître en a pris possession, juste avant la Fermeture des Travaux. D’un Profane on dit aussi qu’il est « sous le Maillet » pour signifier que son Initiation est prochaine ou pressentie. Par ailleurs, un Maçon donnera une information « sous le Maillet » lorsqu'il veut qu’elle soit gardée secrète.

    Lorsque le sac aux Propositions revient à l’Orient, il peut aussi contenir :

    • une demande d’augmentation de salaire (d’un Frère Apprenti qui souhaite passer au grade de Compagnon ; d’un Compagnon qui souhaite être élevé à la maîtrise) ;
    • toute suggestion, question ou courrier confidentiel adressé au Vénérable.

    Ces messages sont aussitôt « placés sous le Maillet », ce qui signifie que le Vénérable Maître les accepte et les examinera ultérieurement.

    L’expression « Maillet en bande »

    La mise du maillet « en bande » concerne les Surveillants et le Vénérable Maître. Ce geste consiste à tenir le Maillet et à le poser à plat, en diagonale, sur le côté gauche de la poitrine, « sur le cœur ». Lors du défilé processionnel, le Vénérable et les Surveillants entrent en Loge en tenant le maillet « en bande », sauf au Rite Écossais Rectifié où le maillet doit se trouver préalablement sur les plateaux. Ils font de même lorsqu'ils prennent la parole en Loge. Cette gestuelle remplace le signe d’ordre usuel chez les autres Frères.

    Conclusion personnelle et provisoire

    Des générations de Maçons ont subi à propos du et du Ciseau des assertions découlant, pour la plupart, de considérations triviales spécifiquement morales et profanes. Les affirmations du type « le ciseau est tenu dans la main gauche, le maillet dans la main droite », « le ciseau est passif et le maillet actif » laissent pantois par leur vide et leur incohérence. Ils révèlent une incompréhension et une méconnaissance symboliques graves.

    Le Ciseau n’est pas passif puisque lui seul permet le choix de l’angle d’attaque de la pierre et ses variations indispensables pour œuvrer d’une manière parfaite. Toute l’intelligence, toute la décision se trouvent dévolues au Ciseau, ce qui s’avère indispensable car c’est lui qui doit parvenir au centre de la pierre, au « cœur de l’être ». Alors que le ciseau peut travailler avec d’autres formes de percuteurs, le maillet ne peut pas se passer du ciseau pour couper, trancher, parfaire la pierre dans l’aplomb.

    Le Maillet apparaît, lui aussi, comme un symbole très important en Franc-maçonnerie :      

    • Trois officiers dignitaires l'utilisent : le Vénérable Maître et les deux Surveillants.
    • Signe du travail et de la force, il est devenu l'insigne du Vénérable Maître qui dirige le Travail en Loge.
    • Représentant le pouvoir du Maître, le Maillet est capable de donner la vie (au premier degré) ou la mort (au troisième degré).
    • Par ses coups qui battent et rythment le Travail rituel en Loge, il contribue à véhiculer l’énergie vibratoire qui peut conduire celui qui s’y laisse porter vers d’autres niveaux de perception, à l’extase, à la fusion avec l’énergie de la Vie.
    • Outil du changement d’état, il permet le travail de transformation dévolu à l’Apprenti.

    Sans le concours du Maillet et du Ciseau, rien ne saurait s’accomplir. L’Initiation ne se contente pas d’enseigner à raisonner correctement et à voir juste ; ce n’est là que la première partie de son programme, celle qui se rapporte plus spécialement au grade d’Apprenti. C’est pourquoi le Compagnon est plus spécialement appelé à s’entraîner à l’action par la culture rationnelle de sa puissance de volonté. Il doit achever de s’éclairer ; il doit apprendre à vouloir. Ces deux outils sont profondément significatifs à cet égard.

    R:. F:. A. B.

    Bibliographie

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 40, 41, 101, 102

     

    Béresniak Daniel - Rites et Symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome I : « Les Loges Bleues » - Editions Detrad, Paris, 1997 - Pages 67, 98, 104 à 106, 141, 188, 194

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d’Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 31 à 34

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade de Compagnon

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 51 à 56

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Sentiers de la Tradition - Editions L’Etoile, Bruxelles, 1999 - Pages 130, 131, 161, 188, 221

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 11, 23

     

    Ferré Jean - Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 71, 167, 168

     

    Ferré Jean - Dictionnaire des symboles maçonniques

    Editions du Rocher, Monaco, 1997 - Pages 287 à 294

     

    Guigue Christian - La formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1996 - Pages 87 à 90 et 205

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 2003 - Pages 178 à 185 et 470 à 471

     

    Login J.P. - Le Compagnon

    Editions Detrad, Paris, 1994 - Pages 15 et 16

     

    Mainguy Irène - La symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy, Paris, 2006 - Pages 347 à 349 ; 357 à 358 ; 385 à 386

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d’Apprentis

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 107 à 108

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en chambre de Compagnons

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Page 128

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en chambre du Milieu

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Page 107

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    1ère partie : «L’Apprenti» - Editions Dervy, Paris, 1994 - Page 212

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    2ème partie : «Le Compagnon» - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 45 à 48 et 123

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    3ème partie : «Le Maître» - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 81, 93 et 104


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique