• * Vade - mecum de l'Apprenti au Rite Moderne (belge)

    Vade-mecum de l’Apprenti au Rite moderne (belge)

    Ce que tout Apprenti devrait savoir

    6ème version, revue et corrigée d’un fascicule initial intitulé « Ici tout est symbole »

    * Vademecum de l'Apprenti au Rite Moderne (belge)

    Sommaire

    Introduction au symbolisme du Premier degré

    Le Temple                                     

    La Loge

    Les « stalles »                                   

    La lumière dans la Loge                            

    Le Soleil et la Lune                               

    Le Pavé mosaïque                               

    La Voûte étoilée                                 

    La Porte et les deux Colonnes                       

    Le Carré long et les trois Piliers                       

    Le Tableau de la Loge au degré d'Apprenti

    Le Triangle

    Le Delta

    Les Grenades                                   

    Les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie

    • La Tradition
    • Le Volume de la Loi Sacré
    • L’Équerre et le Compas
    • Trois symboles réunis sur l’autel
    • Les aspects métaphysiques de ces symboles

    Les trois Pierres                                 

    Le Premier Travail de l'Apprenti                      

    Le Maillet et le Ciseau                             

    La Planche à tracer

    Les trois marches                                

    La Perpendiculaire ou le Fil à plomb                   

    Le Niveau                                     

    La Corde à nœuds

    La Chaîne d’Union                               

    Les grades ou degrés                             

    Les trois Pas ou la Marche de l'Apprenti                

    Les bijoux des officiers et les glaives                   

    Le Travail maçonnique

    Les planches                                   

    Introduction

    Les quelques chapitres qui composent cette planche s'adressent à tous ceux qui souhaitent faire le point sur les symboles essentiels rencontrés au premier degré du Rite moderne (belge), celui d'Apprenti Maçon.

    Les informations qu’ils contiennent devraient principalement intéresser celui qui vient d'accomplir son premier Travail d'Apprenti et qui a déjà exprimé ses premières impressions peu après la cérémonie d'Initiation. Elles devraient en tout cas lui faciliter une observation minutieuse de ce lieu sacré dans lequel il a été créé, consacré et reçu Franc-maçon.

    Comme en témoignent les références bibliographiques insérées à la fin de chaque chapitre, ce travail se présente comme une synthèse de points de vue de plusieurs auteurs mais, à maintes reprises, j’y ai inclus le mien, laissant parfois la place à mes sentiments intimes et mes interprétations personnelles.

    Cette synthèse devrait permettre aux Apprentis – et à tout Franc-maçon – de bénéficier des recherches souvent fastidieuses auxquelles je me suis livré patiemment durant plus de quinze ans dans la littérature maçonnique. Ainsi le travail indispensable de réflexion qu’ils auront à mener tout au long de leur vie maçonnique leur sera facilité et ils pourront dès lors consacrer davantage de temps à la méditation, à l'expression de sentiments personnels et de leur moi profond.

    En achevant provisoirement l’écriture de ce travail, preuve que l’ouvrage doit sans cesse être remis sur le métier, je réitère mes remerciements à tous mes Frères pour les avis constructifs dont ils m’ont fait part en toute fraternité.

    Que les Apprentis, Compagnons et Maîtres, nouveaux lecteurs, qui souhaiteront me faire part de leurs impressions et de leurs critiques visant à l'amélioration de cet outil trouvent ici l'expression de mes remerciements fraternels et sincères.

     R:. F:. A. B.

    Le Temple

    Selon le contexte dans lequel il est employé, le mot « temple » peut prendre différentes significations.

    1. La première d'entre elles fait référence à la légende mythique de la construction du Temple de Salomon par Hiram, telle qu'elle a été décrite dans les livres bibliques des Rois et des Chroniques. En Franc-maçonnerie, le Temple de Salomon est un symbole, rien de plus, mais un symbole d'une ampleur magnifique : celui du temple idéal à jamais inachevé, dont chaque Franc-maçon est une pierre, préparée sans hache ni marteau, dans le silence de la méditation.

    On y monte aux étages par des escaliers à vis, par des spirales qui indiquent à l'Initié que c'est en lui-même, en se retournant sur lui-même, qu'il pourra atteindre la perfection qui est son but.

    Salomon signifie en hébreu « homme paisible ». Le Temple de Salomon est celui de la paix, de la paix profonde vers laquelle tendent tous les Francs-maçons sincères qui se désintéressent de l'agitation du monde profane. C'est en ce sens seulement qu'il faut considérer le Temple de Salomon. Il fut construit en sept ans et sept est l'âge symbolique du Maître Maçon, l’âge de celui qui est parvenu à la plénitude de l'Initiation.

    Avec Jules Boucher, synthétisons cette première signification :

    « Pour les Maçons, le Temple de Salomon n'est considéré ni dans sa réalité historique, ni dans son acception religieuse judaïque, mais seulement dans sa signification ésotérique si profonde et si belle » !

    2. Pour Luc Nefontaine, le temple maçonnique signifie aussi le temple de l'humanité à construire, les Maçons formant les pierres du temple, le temple comme espace sacré,... Mais, par extension symbolique, le temple c'est aussi l'homme !

    3. Le temple est le trait d'union entre le concret et l'abstrait, la matière et l'esprit, le temporel et l'intemporel. Il est le lieu de tous les espoirs. Il peut être également le lieu de toutes les réussites pour que l'homme se dépasse lui-même. Ainsi, comme le précise Bernard Baudouin : « Dans son parcours initiatique, l'homme peut retrouver la dimension sacrée qu'il porte au plus profond de lui-même ».

    En entrant en Franc-maçonnerie, l'homme s'engage à construire son propre temple intérieur.

    4. A partir des valeurs les plus nobles, l'homme peut également appliquer cette dynamique d'enrichissement profond à l'amélioration de la société dans laquelle il vit. On peut alors parler de « Temple de la Fraternité ».

    5. Le temple est un microcosme à l'image du cosmos : il est à la fois fermé aux regards extérieurs des non-initiés mais aussi ouvert sur l'univers tout entier dont il se veut la reproduction. C'est un lieu sacré où chacun peut venir s'abreuver à la Lumière, source de tous les savoirs et de la Connaissance suprême.

    Primitivement, l'initiation se conférait dans des grottes naturelles puis dans des cryptes taillées dans le flanc des montagnes. C'est en souvenir de ces sanctuaires que la Loge n'est éclairée par aucune fenêtre.

    6. Mais trop souvent, le mot « temple » a été confondu avec la Loge maçonnique ou « Atelier », lieu de réunion des Francs-maçons. Dans ce cas, le temple est à considérer comme le lieu consacré où se réunissent les Francs-maçons d'une Loge pour leurs Tenues.

    La Loge

    Selon les instructions très précises contenues dans les préliminaires du Rite (belge) Moderne, il faut utiliser le vocable « loge » et non celui de « temple ». La loge n'étant pas le temple, il faut éviter de parler du « temple », de « la porte du temple », etc. Le mot « temple » ne doit donc être utilisé que lorsqu'il est effectivement fait allusion au Temple de Salomon.

    La Loge serait à l'image d’une partie du Temple de Salomon, l’Oulam, et, par-là, l’image du cosmos. Cependant, tous les temples authentiques sont cosmiques. La tradition égyptienne du temple s'est en effet transmise jusqu'à l'église romane en passant par le Temple de Yahweh construit par Salomon.

    Contrairement à ce que pensent de nombreux Maçons, nous ne nous réunissons pas dans « le Temple » mais sur ses parvis. Ce fait est justifié au moins par quatre éléments :

    • selon le Bible, les colonnes situées de chaque côté de la porte se trouvaient en réalité à l’extérieur ;
    • le Pavé mosaïque qui représente le dallage des parvis ;
    • la voûte étoilée qui nous montre que nous nous réunissons à l’extérieur et non pas dans le Temple ;
    • les deux luminaires qui ne brillent pas à l’intérieur des maisons.

    Non, la Loge n’est pas un temple. Elle ne peut l’être car ce serait réduire à néant le symbole que nous offrent nos anciens avec cette humanité, Temple à achever de construire, cette humanité où nous avons le plus beau rôle à jouer, celui d’architecte – constructeur.

    Supprimons donc les expressions « les Apprentis installent le Temple » ou « rendez-vous au Temple ». Non, la Loge n’est pas un temple !

    Le lieu où se réunissent les Maçons s’appelle la Loge, et sans elle aucun Temple n’aurait vu le jour. C’est dans une baraque de planches que le Temple (ou la cathédrale) naît. Une baraque qui disparaîtra, sans laisser de traces, à la fin du chantier pour réapparaître dans un autre orient et donner naissance à un nouveau chef-d’œuvre.

    C’est bien dans la Loge qu’a lieu la création du Temple (cf. le rituel d’Ouverture des Travaux) et ce ne peut être qu’à la seule et unique condition que la Loge soit à l’extérieur du Temple.

    Le Temple idéal que nous sommes appelés à construire est à l’image du Temple de Salomon. Il se doit d’être la perfection même, et sa surface couvrira la surface de la terre. Selon une formulation traditionnelle reprise dans la plupart des rituels, sa longueur ne va-t-elle pas de l'Orient à l'Occident, sa largeur du Septentrion au Midi, et sa hauteur du Zénith au Nadir ?

    Parcourons cet extrait du Manuscrit des Archives d’Edimbourg (1696) :

    • Où se tint la première Loge ?
    • Dans le porche du Temple de Salomon.

    Nous y découvrons ce qui constitue sans doute le symbole le plus important de la Franc-maçonnerie : en réalité, nous nous réunissons sur les Parvis ! Cela signifie que lorsque nous quittons la Loge, nous entrons dans le Temple !

    Nous travaillons donc sur le Parvis, à l’extérieur. Pour nous en convaincre, il nous suffit de lever la tête et de constater que nous sommes sous la voûte étoilée et que nous pouvons même distinguer les deux grands luminaires : le Soleil et la Lune.

    Pour être plus précis, nous sommes dans la partie du parvis qui se trouve devant la porte et que l’on nomme le porche ou vestibule, en hébreu, l’Oulam.

    En examinant les lettres qui forment le mot « Oulam » en hébreu, nous pouvons déduire que l’Oulam est l’endroit où nous pouvons réunir. Réunir, c’est aussi unir à nouveau, mais c’est aussi rassembler dans le Un. Chercher à ne faire plus qu’un, c’est une belle définition de la Fraternité.

    En préparation du Temple à venir, la Loge aura symboliquement les mêmes dimensions que le Temple idéal. Elle est donc symboliquement une représentation du monde dans lequel s’épanouira l’humanité devenue fraternelle.

    Mais pour en arriver là, les Frères savent qu’ils doivent d’abord édifier leur Temple intérieur. Loin d’être l’occasion d’un repli sur soi, cette démarche  nécessite l’ouverture à l’autre et l’aide des Frères. C’est la principale raison de la fraternité.

    De tout temps, l’homme a cherché à se parfaire, à s’élever, symboliquement d’abord, en cherchant des montagnes sacrées pour y construire le lieu de rencontre avec son dieu.

    Pénétrons à présent dans la Loge qui doit avoir (idéalement) une forme rectangulaire. La décoration et l'arrangement intérieur de ce lieu de réunion doivent exercer une influence marquée sur l'esprit de ceux qui s'y rassemblent. Il suffit dès lors que certaines données symboliques soient constamment rappelées aux Francs-maçons pour qu'elles s'imposent à leurs méditations. En effet, la Loge maçonnique doit être autre chose qu'une simple salle de conférences !

    * Vademecum de l'Apprenti au Rite Moderne (belge)

    Philippe Seringe remarque que « la Loge maçonnique est orientée comme le temple chrétien : elle a, à l'Ouest son entrée, et, à l'Est, une estrade élevée de trois marches où se trouve le siège du Vénérable Maître ».

    La Porte de la Loge doit en effet s'ouvrir à l'Occident, entre deux colonnes creuses, aux chapiteaux ornés de lys égyptiens et couronnés de pommes de grenade entrouvertes.

    « Temple », « Loge » ou « Atelier », ces mots, presque synonymes, ont une coloration symbolique qui tend sans doute à s'effacer devant leur emploi fréquent. Ils évoquent cependant bien l'idée du travail qui préside à tout engagement maçonnique, travail auquel nous nous préparons au travers des pages qui suivent !

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 153 à 154

     

    Berteaux Raoul - La Symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 44 à 46

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 129 à 133

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie

    Editions de l'Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Pages 106 et 109

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy – Livres, Paris, 1988 - Pages 8 et 119 à 124

     

    Quémet André - Le Temple maçonnique et ses mystères

    Editions La Maison de Vie, Paris, 2009

     

    Seringe Philippe - Les symboles dans l'art, dans les religions et dans la vie de tous les jours

    Hélios, Genève, 1985 - Page 320

     

    Tacchella Xavier - Le Temple de Salomon

    Editions La Maison de Vie, Paris, 2014 - Pages 51 à 59 ; page 94 ; pages 101 à 109

     

    Oswald Wirth - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes - Livre I « L’Apprenti »

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 210 à 212

     

    Les « stalles »

    Nous voici donc dans la Loge maçonnique. L'Orient est occupé par une estrade élevée de trois marches sur laquelle prend place, lors de chaque Tenue, le Vénérable Maître assisté de l'Orateur, qui siège vers le Sud, et du Secrétaire, qui siège vers le Nord.

    Les participants prennent place au Nord et au Sud « sur les Colonnes », sur des « stalles », en se faisant face. Notons cependant que ce mot « stalle » est un belgicisme !

    Le Maître des Banquets et le Trésorier siègent à proximité de l'Orateur, donc au Sud, l’Expert et l'Aumônier-Hospitalier près du Secrétaire, au Nord.

    Lors des Travaux de la Loge, les Apprentis occupent une place précise dans l'enceinte de la Loge : ils se tiennent sur la « Colonne du Nord » sous le regard vigilant du Second Surveillant. Les Compagnons se tiennent sur la « Colonne du Midi » sous la surveillance du Premier Surveillant.

    Les Apprentis sont placés au Nord parce qu'ils ont besoin d'être éclairés. Ils reçoivent ainsi la pleine lumière de la fenêtre du Midi ! Mais le rituel précise aussi que c'est « parce qu'ils ne peuvent soutenir qu'une faible lumière » qu'ils siègent sur la Colonne du Nord !

    Les Compagnons, placés au Midi, ont besoin de moins de lumière et l'ombre portée par le mur du Temple les éclaire suffisamment. Les Compagnons se tiennent au Midi parce qu'ils sont assez avancés pour supporter l'éclat du jour. Selon Jules Boucher, « les catéchismes maçonniques précisent que l'Initié du deuxième degré est appelé à devenir lui-même un foyer ardent, source de chaleur et de lumière ».

    Le Vénérable Maître et ses assesseurs reçoivent la seule lumière du couchant. Par contre les Surveillants sont alertés dès l'aurore par la lumière qui vient les frapper.

    Comme marque distinctive de son rang, l'Apprenti porte un tablier blanc dont la bavette est relevée. Le Compagnon porte également un tablier blanc mais dont la bavette est rabattue.

    Récemment intégré dans la Loge, l'Apprenti ne peut encore prendre la parole comme ses Frères Maçons. Seul le Vénérable Maître est habilité à lui accorder ce privilège.

    L'essentiel du travail de l'Apprenti consiste en effet à écouter et regarder afin de s'imprégner au mieux des us et coutumes de la société initiatique dans laquelle il vient d'être admis.

    C'est également ainsi qu'il apprendra peu à peu le langage symbolique de la Franc-maçonnerie avec lequel il aura à s'exprimer tout au long de son parcours maçonnique.


    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Page 19

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 156 et 157

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 211 et 212

     

    La lumière dans la Loge

    La lumière trouve une source naturelle dans les étoiles et les corps célestes naturels que sont les astres. Les étoiles sont des astres qui brillent dans le ciel nocturne. Symboliquement, de tout temps, la lumière a été considérée par essence comme source de vie. Elle est la clarté‚ qui s'oppose à l’obscurité. De nombreuses religions et autant de courants de pensée en ont fait l'expression de la puissance divine.

    Le mot « Lumière » est apparemment devenu synonyme :

    • de force divine pouvant être transmise à l'homme,
    • de connaissance, de spiritualité‚
    • de révélation, dont tout individu peut acquérir les bienfaits à condition qu'il la reconnaisse et s'engage à sa recherche dans une voie d'étude et de respect.

    Dans cette optique, il était inévitable que la lumière prît une place particulière dans l'univers maçonnique.

    Dans les anciens textes, ceux de la maçonnerie opérative, il était question de trois lumières seulement : le Père, le Fils et le Saint Esprit.

    Les lumières de la Franc-maçonnerie moderne se décomposent en :

    • trois Grandes Lumières (le Volume de la Loi sacrée, l’Equerre et le Compas)

    et

    • trois Petites Lumières (le Vénérable Maître, le Soleil et la Lune).

    Dans la Loge, ces dernières sont disposées respectivement à l'est, au sud et à l'ouest : le Soleil pour régner sur le jour, la Lune pour présider à la nuit et le Vénérable Maitre pour gouverner et diriger sa Loge.

    Dans ce contexte précis, le Vénérable Maître est considéré comme dispensateur de la Lumière fraternelle qui permet aux Francs-maçons d'accomplir leurs devoirs maçonniques.

    Les Travaux en Loge sont ouverts symboliquement à Midi quand le Soleil est au Zénith, fermés à Minuit, quand il est au Nadir. A ce moment, la Lune est supposée donner tout son éclat.

    Il existe également une troisième interprétation de l'expression « les trois Lumières de la Loge » qui sont, d'après les anciens rituels, le Soleil, la Lune et le Maître de la Loge. Le Soleil correspond à l'Orateur et la Lune au Secrétaire.

    Dans le langage maçonnique, le mot « Orient » peut avoir différentes significations selon le contexte dans lequel il est employé. Dans son acception la plus commune et profane, il s'agit de la direction d'où vient le Soleil à son lever. Au-delà de la simple orientation cardinale, l'Orient est donc lié symboliquement à l'origine, la naissance de la lumière.

    La lumière étant assimilée au sacré, dans l'univers maçonnique – dont l'Initiation n'est pas sans rappeler certains rites solaires – l'Orient délimite un espace sacré : c'est là, au cœur de tous les symbolismes, que naît l'essentiel ; c'est de là que jaillit la Connaissance, la Vérité.

    Ceci explique que toute Loge maçonnique s'érige de l'Orient à l'Occident.

    Lors des Tenues, c'est là, dans ce périmètre de lumière, véritable «sanctuaire» que siègent le Vénérable Maître, l'Orateur et le Secrétaire, mais aussi les visiteurs de marque.

    Lorsque nous quittons la Loge en fin de Tenue, c'est « l'Orient d'abord » : tous les Officiers Dignitaires qui siègent dans la partie surélevée du temple en sortent les premiers.

    Lors de l'Initiation, nous prêtons serment sur les trois « Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie », déposées sur un autel situé à l'Orient.

    Toute source de lumière n'était jamais isolée mais, au contraire, souvent incluse dans un ternaire comme Soleil, Lune, Maître de Loge.

    De fait, la lumière est omniprésente à plusieurs titres dans le langage des Francs-maçons :

    • d'une manière globale : elle a un caractère sacré ;
    • dans le cadre de l'Initiation, deux formules au moins méritent d'être relevées :

    - « être initié, c'est recevoir la Lumière » ;

    - « C'est un Profane qui erre dans les ténèbres et qui aspire à la Lumière ! »

    Quelques extraits des rituels témoignent de l'importance de la lumière dans l'univers maçonnique :

    • Lors du « tuilage » : « Cinq l'éclairent » ;
    • Dans l'Ouverture des Travaux :

    « Un voile épais me recouvrait les yeux » ;

    « Que la Vraie Lumière éclaire cette Loge ! »

    • Lorsqu'un candidat a été reçu, il a pu voir « Trois Grandes Lumières disposées sur l'autel ». Ces trois grandes Lumières sont le Volume de la Loi Sacrée, l’Équerre et le Compas ;
    • Lors de la Fermeture des Travaux, le Vénérable Maître conclut en disant :

    « La Lumière brille dans les Ténèbres ».

    Dans le langage profane, le mot « luminaire » désigne tout appareil d'éclairage, les lampes, les cierges utilisés dans le culte chrétien, mais aussi le Soleil ou la Lune. Dans le langage maçonnique, le mot « luminaire » désigne trois éléments distincts :

    • Ce sont, d'une part, le Soleil et la Lune, encore appelées «étoiles», placés à l’Orient. Le Soleil est au Nord, la Lune au Midi. Ils sont les yeux du Principe de création et offrent à l’Apprenti deux regards particuliers sur l’œuvre à accomplir, deux modes de vision qui lui sont indispensables pour éclairer le chemin de l’Initiation et percevoir le sens des symboles.

    Construite à l’image du cosmos, la Loge serait incomplète sans la présence de ces deux luminaires qui y introduisent la dimension du temps sacré.

    • Ce sont, d'autre part, les Flambeaux, ces flammes par lesquelles la Loge doit être symboliquement éclairée, ces chandeliers disposés dans la Loge dont les bougies ne doivent jamais être soufflées lorsqu'on les éteint !

    La Loge doit être symboliquement éclairée par des flammes. Le Vénérable Maître et les deux Surveillants pourraient avoir chacun un chandelier sur leur plateau. Au grade d'Apprenti, trois cierges composent le chandelier posé à la « stalle du Vénérable Maître ». Il arrive que les Frères Surveillants disposent chacun d’un chandelier muni d’une seule bougie.

    Le cierge présente un symbolisme ternaire que les écrivains religieux n'ont pas manqué de souligner. Le cierge serait l'image de la trinité : Père, Fils et Saint-Esprit ; la cire représentant le Père, la mèche représentant le Fils, et la flamme le Saint Esprit. Mais le cierge pourrait aussi représenter un autre ternaire : corps, âme, esprit.

    Avant l'Ouverture des Travaux, un seul cierge est allumé : celui qui se trouve sur le plateau du Vénérable Maître. Au cours de l'Ouverture, il « donne la lumière » aux deux Surveillants. Munis de leurs flambeaux, le Vénérable Maître et les deux Surveillants allument les cierges placés au sommet des piliers qui leur sont attribués.

    Le Soleil et la Lune

    Chaque rite, dans ses pratiques quotidiennes, pare la lumière des nuances qui lui conviennent. Le Soleil, écrit avec une majuscule, est l'étoile autour de laquelle gravite la Terre. Il est par conséquent le centre de notre galaxie. Notons cependant qu'il y a des milliards de soleils dans chaque galaxie !

    Depuis toujours semble-t-il, le Soleil a joué un rôle primordial dans la vie de l'homme. En premier lieu car il est synonyme de lumière et de chaleur, mais aussi et surtout, par la valeur hautement symbolique que lui ont accordé les civilisations qui se sont succédé au fil des siècles.

    Le Soleil est devenu un élément majeur de la symbolique maçonnique. C'est pourquoi, il est considéré comme le premier « luminaire » et figure à ce titre sur le Tableau d'Apprenti. Le Soleil est très souvent mentionné dans les rituels, quel que soit le rite pratiqué.

    L'organisation de la vie quotidienne au sein de la Loge maçonnique est calquée sur le rythme solaire. Les Travaux maçonniques commencent officiellement à Midi, lorsque le Soleil est à son zénith en plein ciel et se terminent à Minuit.

    Le positionnement des Apprentis, des Compagnons et celui des Officiers Dignitaires lors des Tenues, ainsi que les divers itinéraires que les participants doivent impérativement suivre dans la Loge, correspondent à une « dynamique solaire » très précise. Ainsi, le Vénérable Maître se tient à l'Orient où se lève le Soleil, et d'où vient la lumière, alors que les Apprentis sont regroupés dans la partie la moins éclairée de la Loge. Cette disposition correspond à leur faible élévation dans la hiérarchie maçonnique.

    Par sa vocation encourageant la vie, l'astre solaire est assimilé à la droite, à l'activité. Il est donc en relation avec la Colonne Jakin et parmi les Officiers de la Loge, il est relié à l'Orateur qui remplit un rôle fondamental dans le maintien de l'éthique maçonnique.

    Dans différentes expressions de la Tradition, le Soleil est une manifestation de la divinité. Ceci explique que le nombre de rayons solaires s’élève à sept, correspondant aux six dimensions de l’espace et à la dimension extra-cosmique figurée par le centre lui-même. Le soleil est en soi l’intelligence cosmique et la lumière diffusée par ses rayons, la connaissance intellective.

    Parmi les astres les plus proches de notre Terre, il convient de remarquer que la Lune est dépourvue de lumière propre : elle ne fait que réfléchir la lumière qu'elle reçoit du Soleil !

    La Lune est l'un des trois luminaires qui figurent en bonne place dans la Loge maçonnique. On la considère à juste titre comme le reflet du Soleil. Alors que le Soleil est synonyme d'expression concrète, la Lune rappelle les forces cachées, profondes, qui sont celles de la maturation, de l'imagination, de la créativité qui génèrent par la suite les formes concrètes. Depuis les temps les plus anciens, la Lune est considérée comme l'astre de la fécondité, de la lente et secrète production de la vie.

    Du point de vue maçonnique, la Lune évoque traditionnellement la passivité et la réceptivité. La Lune est considérée comme l'astre qui donne la lumière dans la nuit. La Lune est de ce fait étroitement liée aux vertus cachées de l'Initiation qui éclairent l'homme vivant dans l'obscurité.

    Tout ceci nous rappelle le symbolisme fort des cultes solaire et lunaire des anciennes civilisations dont la plupart adorèrent l'un ou l'autre de ces astres, voire les deux. Le Soleil est l'astre du jour, la Lune celui de la nuit. L'un est actif, l'autre passif. Ils sont deux expressions différentes de la lumière qui règne sur le monde en permanence. L'un brille dans la clarté du jour, l'autre dans l'obscurité de la nuit, mais toujours avec un rayonnement suffisant pour éclairer les hommes en quête d'évolution sur le chemin de leur devenir.

    Comment peut-on interpréter le sens de la plupart des sources de lumière dans la Loge ?

    Selon Bernard Baudouin, « le Soleil, considéré comme symbole de «l'expir», évoque l'existence extérieure de l'individu. Tandis que la Lune, symbole de «l'inspir», évoque son existence intérieure. C'est donc l'être dans sa globalité qui se retrouverait dans ces deux luminaires ».

    Pour Pierre Dangle, « le couple symbolique formé du Soleil et de la Lune donne à la vie initiatique une dimension cosmique qui est affirmée par toutes les traditions des bâtisseurs. La polarisation de la lumière par ces deux luminaires donne toute sa cohérence au temps rituel qui marque les étapes de la construction du temple, la célébration des mystères et les fêtes traditionnelles ».

    Pour Pierre Dangle toujours, « Portes de lumière, miroirs orientés vers la source de la création, les luminaires sont des points de passage vers l’énergie vitale qui irrigue l’univers ».

    L'Initiation marque, pour celui qui la vit, le passage d'un monde à un autre, de l'obscurité à la clarté, de l'inculte à la culture, de l'ignorance au savoir et du profane au sacré.


    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 97, 98, 99, 116, 146

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 20 et 21

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999 - Page 182

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 178

     

    Dangle Pierre - Le Livre de l’Apprenti

    Editions La Maison de Vie, Paris, 1999 - Page 73

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie - Tome 2

    Editions de l'Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Pages 108 et 109

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 180, 202 et 210

     

    Pour aller plus loin :

    Hover Jean & Vernon Claire - Le Soleil et la Lune

    Les deux luminaires de la Loge

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 2012

     

    Doignon Olivier - La Lumière

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 2007

     

    Le Pavé mosaïque

    Tel qu'il apparaît aux yeux d'un néophyte lors des premières Tenues auxquelles il participe, le Pavé Mosaïque recouvre le sol de la Loge.

    * Vademecum de l'Apprenti au Rite Moderne (belge)

    C'est par cette expression que les Francs-maçons désignent le lieu où l'on étend le Tableau de Loge en début des Travaux maçonniques, l’ensemble des dalles carrées, alternativement blanches et noires, unies par un même ciment et qui forment une espèce de damier de forme rectangulaire. Les dalles de même couleur se touchent par les pointes. Les dalles de couleur différente sont liées par les côtés. Réseau régulier formé de lignes transversales et longitudinales, le Pavé mosaïque semble créer de multiples croix. Le nombre de carrés blancs est égal au nombre de carrés noirs.

    Le Pavé mosaïque ne peut être foulé que par des Initiés :

    • lors de l'interrogatoire sous le bandeau, le Profane est assis à un endroit proche de la Porte de la Loge à peine franchie. Il n'a pas l'occasion de marcher plus loin.
    • Lors de l'Initiation, le pied gauche est déchaussé pour marquer que le Profane va fouler les dalles sacrées du Temple.

    Au cours des ans et selon les rites, le Pavé mosaïque a changé de dimensions ou de place mais sa valeur symbolique n'en a pas été modifiée. En référence au Temple de Salomon, le périmètre occupé par le Pavé mosaïque est considéré comme sacré.

    Pourquoi « mosaïque » ? Le terme viendrait du latin et de l'italien « mosaico ». Cependant le terme latin ancien est « musivium » dont l'étymologie serait le grec « mouseion », temple des Muses et des Arts. Le pavé mosaïque est connu depuis l’Antiquité égyptienne ; on en voit de nombreuses représentations sur les murs des tombes, et le Moyen Age l’a également évoqué dans la sculpture.

    L'appellation « Pavé mosaïque » semble judicieuse pour désigner le recouvrement du sol de la Loge où se pratique ce qui est convenu d'appeler l'Art Royal. Selon Christian Guigue, « pour tenter de percer la signification du Pavé mosaïque, il faut remonter à l’origine de l’adjectif «mosaïque» se rapportant à Moïse car c’est dans l’univers du décalogue et la loi mosaïque qu’il faut rechercher les enseignements, les oppositions, les ruptures, les dépendances ou les potentialités salvatrices.

    Pour faciliter la perception de cet emblème complexe, il convient d’interpréter le symbole en procédant à l’analyse des éléments qui ressortent du Pavé mosaïque : le blanc et le noir, le rapport numérique du pavement, l’échelle et les diversités d’états d’être, le passage axial ou accès au centre de l’univers qui correspond à une projection dans un futur donné du retour de l’Élu à son origine divine ».

    Comme les deux Colonnes, le Pavé mosaïque fait appel à un symbolisme apparemment binaire. De nombreux auteurs ont vu dans le Pavé mosaïque le cheminement du profane et de l’Initié : le profane laissant faire le hasard, par ignorance, pose le pied tantôt sur une case blanche, tantôt sur une case noire. Il va ainsi d’expérience heureuse en échec, menant sa vie avec incohérence. L’Initié, quant à lui, a dépassé les valeurs telles que le Mal et le Bien, et il suit cette « voie étroite » entre le blanc et le noir.

    Le Pavé mosaïque pourrait être l'emblème de la variété du sol terrestre. Le dictionnaire Larousse donne comme exemple « une mosaïque d'Etats » pour illustrer le sens figuré du mot « mosaïque ».

    Du fait que les dalles sont reliées entre elles par le même ciment, le Pavé mosaïque pourrait symboliser l'union de tous les Francs-maçons du globe, malgré la différence de couleurs et d'opinions politiques et religieuses notamment.

    Après avoir analysé de vieux rituels, Edouard Plantagenet a émis l’idée que le Pavé mosaïque pourrait symboliser « l'union étroite qui doit régner entre les Francs-maçons liés entre eux par la vérité ». Mais cette vérité n'est pas uniforme puisqu’elle est symbolisée par une alternance régulière de blanc et de noir. En conséquence, comme le Profane, le Franc-maçon est soumis aux rigueurs de la loi des contrastes, celle qui nous confirme la relativité des vérités qui peuvent se révéler aux néophytes en Loge d'Apprentis.

    On pourrait aussi voir dans le Pavé mosaïque la complémentarité des contraires. Le Pavé mosaïque inviterait-il les Francs-maçons à embrasser d'un seul regard le réel dans ses contradictions, à voir dans les contradictions apparentes les éléments nécessaires et complémentaires de l'ensemble ?

    Dans la conception antique, notre Terre était plate. Le Pavé mosaïque en serait la représentation. Les carrés blancs et noirs alternés représenteraient l’alternance du jour et de la nuit. Nous serions au centre de la Terre et les étoiles tourneraient au-dessus de nos têtes.

    L’alternance des pavés noirs et blancs peut évoquer une opposition entre deux valeurs comme il en existe beaucoup au grade d’Apprenti. Le blanc et le noir seraient-ils une de ces oppositions parmi d’autres ? Raoul Berteaux a déterminé plusieurs types d’oppositions binaires. Il les a fondées sur quatre principes : le principe de séparation, le principe d’opposition, le principe de complémentarité et le principe d’alternance. La juxtaposition des carrés du Pavé mosaïque serait un exemple de complémentarité et non pas d’opposition. C’est leur interaction, leur complémentarité qui crée leur richesse.

    De plus, comme il est possible de percevoir dans chaque carré blanc des éclats de noir et dans chaque carré noir des éclats de blanc, c’est donc le signe que dans chacun des carrés blancs du Pavé mosaïque il y a un carré noir en devenir. Le carré blanc peut devenir noir et réciproquement.

    En marchant alternativement sur ces carrés blancs et noirs, ne sommes-nous pas non plus comme un pavé mosaïque ? Durant toute notre vie tant profane que maçonnique, n’allons-nous pas périodiquement du blanc au noir et du noir au blanc ?

    Le Pavé mosaïque ne lierait-il pas les Ténèbres et la Lumière ? Celles-ci seraient tissées ensemble si l'on considère les rangées de dalles. Les traits virtuels qui les séparent forment un chemin rectiligne, ayant le blanc et le noir tantôt à droite, tantôt à gauche.

    Ces lignes symboliseraient alors la voie de l'Initié qui doit s'élever au-dessus de la morale ordinaire et l'inciteraient sans cesse à se garder de tout ce qui se rapporte à l'éthique. Mais ces lignes n'apparaissent pas aux yeux des Profanes qui ne voient que des dalles blanches et noires.

    Les Profanes ont en effet l'habitude d'opposer le blanc et le noir. En suivant la voie large, la voie exotérique, ils passent alternativement du blanc au noir et du noir au blanc. Ils ont alors, à leur droite, à leur gauche, devant et derrière eux, une couleur opposée à la leur.

    Ainsi se trouveraient marquées les oppositions multiples qui se forment sous leurs pas. Au contraire, l'Initié suit la voie ésotérique, la voie étroite qui passe entre le blanc et le noir qui ne font pas obstacle à sa marche. En d’autres termes, le pas de l’Initié se fait sur la jointure qui relie les carrés noirs aux carrés blancs. L'alternance des dalles blanches et noires pourrait aussi nous donner une image du bien et du mal dont est semé le chemin de la vie.

    On donne au BLANC l'acception courante de « BIEN » et au NOIR celle de « MAL ». Ne serait-il pas plus juste de voir dans l'alternance de ces deux couleurs la complémentarité de la « spiritualité » et de la « matérialité », la matérialité étant tout ce qui rapproche l'homme de l'animal, c'est-à-dire ce qui caractérise une vie purement physiologique ; la spiritualité étant tout ce qui tend à dégager l'homme des liens de la matière ? En d'autres termes, le Pavé mosaïque ne servirait-il pas non plus le symbolisme du Corps et de l'Esprit, unis mais non confondus ?

    Mais l’analyse de l’opposition entre le blanc et le noir, même en tenant compte des principes de séparation, d’opposition, de complémentarité et d’alternance n’est pas suffisante. La résolution de cette opposition entre deux choses constitue souvent une troisième voie. En tant qu’Apprentis, nous avons pu constater que le symbolisme du Pavé mosaïque était apparemment binaire. En réalité, ce symbolisme est trinaire ou ternaire.

    A première vue, les carrés blancs et les carrés noirs, polarités positives et négatives que montre le Pavé, représentent les dualités, les oppositions, les contraires que l’être humain observe ou subit au cours de l’existence quotidienne. Le véritable Initié, digne de ce nom, cherchant toujours l’au-delà des apparences ainsi que la maîtrise de son moi, se rend compte que le blanc n’est que l’aspect complémentaire du noir et qu’il n’y a ni carreaux blancs ni carreaux noirs sur le Pavé mosaïque à partir du moment où il dirige son mental vers les lignes virtuelles que forment les carreaux côte à côte. Médianes, ces lignes sont donc hors de la dualité blanc – noir et leur ensemble compose l’élément trinaire du symbole. Ainsi, le Pavé mosaïque pourrait désigner aux Maçons la droiture de la voie médiane d’une initiation bien conduite, voie grâce à laquelle se résolvent peu à peu les contradictions de la vie profane.

    Si le Pavé mosaïque peut aussi nous rappeler que tous les Francs-maçons répandus sur la terre forment une famille de Frères, les aspects symboliques évoqués jusqu’ici ne s’appuyaient que sur la couleur des pavés. Envisager le symbolisme dû à la forme des pavés parait tout aussi judicieux : pourquoi le Pavé mosaïque est-il composé de pavés carrés et en quoi le carré est-il symbolique ?

    En effet, si le triangle apparaît fréquemment en Loge, le carré semble de façon moins évidente une forme symbolique. Cependant, dans de nombreuses traditions, le carré est la représentation du terrestre, par opposition au cercle représentant le céleste. Le carré, base du Pavé mosaïque, serait donc la représentation du terrestre, par opposition au cercle céleste. Ce n’est donc pas étonnant de trouver sur le sol de nos Loges des carrés représentant le terrestre face à la voûte étoilée.

    La place du Pavé mosaïque est particulière : c'est sur les dalles blanches et noires que les Francs-maçons se déplacent ; ils ne marchent pas sur le carré long où est posé le Tapis ou Tableau de Loge.

    La fonction du Pavé mosaïque est également particulière : le Carré long ordonne la circulation dans la Loge ; elle se fait autour de lui, dans le sens des aiguilles d'une montre.

    Dans nos Loges, toute progression se fait toujours autour du Pavé mosaïque :

    • la marche de l'Apprenti,
    • les évolutions des Frères amenés à se déplacer.

    Comment interpréter le sens, la fonction et la place du Pavé mosaïque dans le Temple ? Tout se passe comme si le Pavé mosaïque prenait son sens de sa position dans la Loge.

    Les Apprentis ne devraient-ils pas s'exercer à réunir ce qui est épars, à percevoir au-delà des contradictions apparentes la nécessité des oppositions, la richesse des avis divergents ? En Loge d'Apprentis, les vérités qui peuvent être révélées sont toutes relatives pour les néophytes. Nos perceptions résultent de contrastes. Mais sans les contrastes qui créent ce qui est constatable, l'uniformité nous échapperait et se confondrait avec le néant.

    Le Pavé mosaïque apparaît comme l'image de l'objectivité, de l'équilibre entre de nombreux antagonismes. Il supporte tout ce qui tombe sous le sens. L'Initié se tient debout et avance dans la vie sur ce damier qui proportionne exactement les satisfactions et les peines, les joies et les douleurs des vivants.

    Le Pavé mosaïque semble aussi rappeler que toute action appelle une réaction qui vient rétablir l'équilibre un instant troublé, ainsi que l'alternance de toutes choses car la vie est un perpétuel balancement entre des idées en constante évolution.

    La vérité est fuyante et insaisissable. Personne ne peut se prévaloir d'avoir des conceptions définitives. Toute connaissance est donc relative. En ce sens, le Pavé mosaïque constituerait une clef pour la réflexion symbolique.

    Le Pavé mosaïque est enfin là pour indiquer au véritable Initié qu'il se doit de découvrir l'étroite ligne droite sur laquelle il devra se maintenir en équilibre constant entre la dalle noire et la dalle blanche et avancer ainsi, sûr de lui vers la lointaine Vraie Lumière.

    La méditation sur le Pavé mosaïque permet d'élargir l'esprit, de libérer et d'élever le niveau de notre réflexion.

    Le Pavé mosaïque nous invite à la recherche de la plus grande objectivité dans nos jugements. Ainsi, en considérant simplement le domaine de la perception, rien n'est jamais absolument tout noir ou tout blanc. La couleur d'un objet est toute relative selon l'intensité de lumière qu'il reçoit, l'orientation de celle-ci par rapport à l'objet ou selon la sensibilité et la particularité des organes de vision de chaque individu.

    Il en va de même par exemple pour les apparences perçues par le toucher, l'odorat, le gout et l'ouïe qui sont toutes relatives selon le degré de sensibilité ou d'acuité perceptrice propre à chaque individu.

    Il s'agit donc de ne plus se laisser émouvoir par les apparences et la violence des contrastes perçus par nos cinq sens mais de prendre conscience de la relativité générale.

    Dès lors, une prise de conscience progressive de cette relativité générale, c'est :

    1. se mettre à réviser les valeurs du monde profane et à rejeter ses préjugés ;
    2. se libérer des enseignements définitifs du présent ;
    3. acquérir une sage pondération en toute chose ;
    4. admettre provisoirement l'existence de vérités tout en cherchant LA Vérité ;
    5. naître enfin à la tolérance, qualité spécifique du Franc-maçon.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 43 et 121

     

    Beresniak Daniel - L'apprentissage maçonnique, une école d'éveil ?

    Editions Detrad, Paris, 1983 - Pages 99 à 102

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 47 et 48

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 148 à 151

     

    Dangle Pierre - Le Livre de l’Apprenti

    Editions La Maison de Vie, Paris, 1999 - Pages 77 à 79

     

    Ferré Jean - Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie  

    Editions Dervy, Paris, 1994

     

    Ferré Jean - Dictionnaire des symboles maçonniques

    Editions du Rocher, 1998

     

    Guigue Christian - La formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1996

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie - Tome 2

    Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Page 108

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy Livres, Paris, 1988 - Pages 139 à 141

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L'Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 197 et 211

     

    Pour aller plus loin :

    Michaud DidierLe Pavé mosaïque

    « La conciliation des contraires »

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 2001

     

    La Voûte étoilée

    Le plafond de la Loge est généralement peint en bleu et parsemé de dessins d’étoiles quand ce ne sont pas carrément des ampoules électriques. Il est parfois en forme de voûte et celle-ci est constellée. Le plus souvent désignée par l'expression «Voûte étoilée», il représente le ciel, la nuit, avec une multitude d'étoiles. Il est fait allusion à la dimension cosmique, aussi bien de l'homme Franc-maçon que de l'Initiation et du Travail maçonnique.

    Selon Guy Boisdenghien, « Visible de l’intérieur de la Loge, la voûte étoilée témoigne du fait que les murs ne s’élèvent pas jusqu’aux cieux. L’absence théorique de plafond permet le passage de l’axe du monde ».

    Bien que rarement mentionnée dans les rituels maçonniques, la voûte est très présente dans la dynamique initiale de la Franc-maçonnerie. Elle appartient en effet à l'univers des bâtisseurs qui furent à l'origine de la Maçonnerie opérative. La plupart des édifices religieux et châteaux d'autrefois furent construits avec ce procédé qui mettait en valeur des lignes de force dont on soupçonne trop peu l'importance. La voûte est l'axe par lequel passe une énergie considérable.

    Pour Jules Boucher, « La Maçonnerie n'a pas eu l'exclusivité des voûtes étoilées ; les temples de l'antiquité ainsi que les églises en étaient décorées ». De tout temps les hommes ont vénéré et respecté les formes voûtées qui les surplombaient. Ces formes voûtées jouaient le rôle de frontière entre le ciel et la terre, frontière derrière laquelle les hommes pouvaient se retrancher lorsque les éléments naturels se faisaient trop pressants, les dangers trop menaçants. C'est pour la protection qu'elles apportaient mais aussi pour la liberté et le secret qu'elles autorisaient que les formes voûtées sont à l'origine des premières pratiques magiques et culturelles.

    Jean-Marie Ragon de Bettignies (1781 - 1862) explique que « la Voûte du Temple est azurée et étoilée comme celle des cieux, parce que, comme elle, elle abrite tous les hommes, sans distinction de rang ni de couleur ».

    Souvent perçue comme un hémisphère de couleur bleu-sombre, la Voûte étoilée surplombe la Terre. Perçue sous la forme d'une figure géométrique quadrangulaire, la Terre est alors figurée sous la forme d'un Temple de quatre côtés.

    Pour Raoul Berteaux, « la Voûte étoilée n'a de valeur symbolique qu'en tant qu'élément complémentaire de l'élément Terre ou de l'élément Temple qui s'y substitue ».

    Pour Luc Nefontaine, « la Voûte étoilée, c'est la voûte céleste, parsemée d'étoiles, symbole du caractère cosmique et universel du Temple et de la Franc-maçonnerie elle-même ».

    La contemplation d'un ciel étoilé nous apporte une grande quiétude et une remarquable sérénité d'esprit. Elle nous incite à la méditation davantage qu'à la rêverie. La Voûte constellée des Loges maçonniques est le symbole de son universalité et, simultanément, celui de sa véritable transcendance.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Page 116

     

    Bernard Baudouin - Le pouvoir des formes qui nous entourent

    Editions Sand & Tchou, 1988

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Page 21

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999 - Pages 52 et 53

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 85 et 86

     

    Ragon de Bettignies Jean-Marie - Rituel de l’Apprenti Maçon

    1860

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie -  Tome 2

    Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Page 109

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Page 211

     

    Pour aller plus loin :

    Figeac François - La voûte étoilée et l’astrologie initiatique

    Editions La Maison de Vie, Paris, 2011

     

    La Porte et les deux Colonnes

    La Porte

    Dans le langage maçonnique, la Porte est doublement importante. Elle désigne concrètement l'entrée de la Loge, mais elle marque surtout la transition entre deux mondes : le monde profane et le monde sacré.

    Quiconque est autorisé à franchir cette limite sent clairement qu'il pénètre dans une enceinte hors du temps et des coutumes de la société à laquelle il appartient.

    Franchir la Porte ne se résume pas seulement à un déplacement dans l'espace : cela devient un acte symbolique qui doit être mûrement réfléchi et accompli en parfaite connaissance de cause.

    Lors des Initiations, le Frère qui souhaite accéder à un grade supérieur à celui qu'il avait jusqu'à présent doit frapper à la porte et demander clairement qu'on lui ouvre.

    La Porte (du Temple ou de la Loge)  joue un rôle primordial dans la détermination des caractères spécifiques du vrai Travail maçonnique. Désignée rituellement sous le nom de « Porte d'Occident », elle doit nous faire souvenir que c'est à son seuil que le Soleil se couche, que la Lumière s'éteint. Au-delà règnent donc les Ténèbres, le monde profane.

    Avant de franchir la Porte d'Occident, le Maçon se débarrasse de ses « métaux », fait taire ses passions et oublie ses intérêts personnels. Il se met à l'ordre. Son geste le purifie ; le cours de ses pensées se modifie. Il n'est plus que solidarité, fraternité‚ et amour. L'heure du Travail va sonner pour les ouvriers du Grand Œuvre. La Porte d'Occident franchie, le Maçon a donc quitté le monde profane.

    Située à l'Occident, la Porte dressée entre les Colonnes Jakin et Boaz délimite nettement la transition entre deux univers. Le Frère Couvreur est là pour en assurer la garde. De part et d'autre se tiennent le Premier et le Second Surveillant.

    Les Colonnes

    Le mot « Colonne » est fréquemment employé dans le langage maçonnique. Il appartient au vocabulaire ancien des bâtisseurs ! De plus, dans toute architecture sacrée, les colonnes soutiennent le temple. Enfin, plus concrètement, on lui attribue plusieurs définitions qu'il est important de distinguer.

    • Dans le Temple et pendant une Tenue, les Colonnes doivent être comprises comme étant les deux groupes de Francs-maçons assistant à la séance, l'un positionné le long du côté Nord (Apprentis), l'autre près du côté sud (Compagnons).

    Les Colonnes désignent donc l'ensemble des Frères qui se trouvent sur les banquettes au Nord et au sud du Temple.

    • Dans l'univers maçonnique, le mot « colonne » désigne, selon la légende, les deux colonnes d'airain, Jakin et Boaz, noms de personnages de la Bible, coulées par Hiram lors de la construction du Temple de Salomon.

    Selon la Bible, les colonnes d'airain du Temple de Salomon marquaient le point où se rencontraient, où fusionnaient l'homme et le divin, le profane et le sacré, donnant à tout chercheur sincère la matière et les valeurs propres à sa quête spirituelle.

    • Dans quelques rituels maçonniques, le mot « colonne » désigne aussi – mais sans doute à tort – chacun des trois Piliers disposés en équerre dans trois angles du Tableau de Loge.
    • Lors des banquets maçonniques, les colonnes désignent les verres alignés sur la table !

    Benuraud et Brugnaux notent que « les Colonnes du Temple jouent un rôle important dans la « géographie » des Travaux d'une Loge. Ainsi, lors d'une Initiation, l'impétrant est placé « entre les Colonnes ».

    Dans le Temple maçonnique, bien que leur place varie quelquefois selon le rite accompli, les Colonnes sont généralement situées dans le vestibule et encadrent la Porte d'Occident. Elles sont surmontées de fleurs de lis et de trois grenades entrouvertes.

    Avec la Porte, elles marquent symboliquement la transition entre le monde profane et l'univers des initiés, induisant la transformation de celui qui franchit cette limite, ce qui est le propre de la démarche initiatique.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 42 à 44

     

    Benuraud A. et Brugnaux C. - Eléments pratiques de formation maçonnique et symbolique

    Les Amis de Tristan Duch, Firminy (France), 1993

     

    Beresniak Daniel - L'apprentissage maçonnique, une école de l'éveil ?

    Editions Detrad, Paris, 1983 - Pages 86 à 92

     

    Berteaux Raoul - La Symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 44 à 46 et 50

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 133 à 142

     

    Geay Patrick - Mystères et significations du Temple maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1997 - Pages 75 à 79

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie

    Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Page 107 et 108

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy – Livres, Paris, 1988 - Pages 119, 125 à 139

     

    Pour aller plus loin :

    Figeac FrançoisLes Deux Colonnes et la Porte du temple

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 2011

     

    Le Carré long et les trois Piliers

    Selon les auteurs, le « carré long » est un double carré, donc un rectangle dont la longueur est le double de la largeur, ou bien un rectangle de proportion dorée ou bien encore un rectangle de côtés 3 et 4 dont la diagonale est 5.

    Examinons tout d’abord l’expression « un Carré Long » en tant que réponse à la question « Quelle est la forme de votre Loge ? » qui se trouve dans la plupart des instructions maçonniques du premier degré.

    La forme de la Loge s’énonce en effet par la formule « un Carré Long ». Qu’est-ce à dire ? D’où vient cette appellation pour le moins étrange de « Carré Long » donnée à un rectangle ? Car si la figure de la Loge s’avère rectangulaire, on n’y voit guère de carré parfait.

    La réponse se trouve liée à la notion de temple. Symboliquement, en effet, le temple est un « carré long », c’est-à-dire un double carré, un rectangle, dont les côtés sont dans le rapport 2 à 1, un rectangle d’or ou de proportion dorée, un rectangle construit d’après le Nombre d’or.

    Dans les anciens systèmes initiatiques, égyptiens (mystères d’Osiris ou d’Isis) puis grecs (mystères Orphiques ou d’Eleusis), la construction des temples devait se faire selon des proportions ou valeurs particulières.

    L’architecture sacrée se manifestait par la « projection » dans le plan de la forme de deux carrés parfaits juxtaposés l’un à l’autre. La figure présentant ainsi quatre côtés isométriques symbolise le cosmos.

    Au plan symbolique, le prolongement du carré, magnifiant la puissance du nombre, annonce la mise en mouvement ou ébranlement de l’énergie qui amorce un mouvement ascensionnel pour parvenir à une forme volumétrique nouvelle : le cube.

    Si le cube va devenir déterminant dans différentes traditions, il transite obligatoirement par le carré qui en constitue la prime étape, la base sur laquelle on va pouvoir élever. C’est ainsi que des églises, bâties en Angleterre aux 11ème et 12ème siècles, le sont sur un plan carré (cf. la cathédrale d’Oxford). Toutes les constructions cisterciennes de Grande-Bretagne comme celles des pays germaniques ont été élevées autour de ce carré central.

    Mais en Loge, le « Carré Long » désigne aussi le rectangle qui s’inscrit entre les trois Piliers ou grands chandeliers qui encadrent le pavé mosaïque. Cet espace sacré est inviolable, infranchissable, sauf à certains moments des cérémonies de Réception de certains rites écossais. 

    * Vademecum de l'Apprenti au Rite Moderne (belge)

    Le « Carré Long » fait office de labyrinthe au cœur de l’enceinte maçonnique, à l’image de ceux que l’on trouve dans certaines églises et cathédrales. Nombre d’ésotéristes émérites se sont penchés sur la signification du « Carré long ». Certains y ont vu la réunion du cercle magique et des principes alchimiques. Dans tous les cas, il s’agit clairement de la désignation et de la délimitation dans un environnement général profane d’un périmètre sacré évoquant tous les rituels de construction – matérielle et immatérielle – dans une dynamique d’initiation aux mystères sacrés de l’Univers et à l’Universalité de l’homme.

    Parfois dénommés « grands flambeaux » ou « grands chandeliers », les Piliers, au nombre de trois – et qu’il ne faut pas confondre avec les Colonnes du Temple – se disposent selon un tracé spécifique au rite.

    Au Rite Moderne et au Rite Français notamment, les trois Piliers sont placés en équerre à trois angles du Tableau de Loge. L’un à l’Orient, côté Midi ; le deuxième à l’Occident côté Nord ; le dernier à l’Occident, côté Midi.

    Au Rite Émulation et au Rite Écossais Ancien Accepté, ils sont placés suivant un tracé circulaire. La Sagesse est à l’Orient, près de l’Autel. La Force se trouve à l’Occident, à gauche de la Porte d’entrée, jouxtant le pupitre du Premier Surveillant. La Beauté trône au Midi, à côté du Second Surveillant. On installe toujours les Piliers à la droite des plateaux.

    Au Rite Écossais Rectifié, les trois Piliers sont disposés en équerre au centre de la Loge. La Sagesse se trouve à l’angle sud-est, la Force à l’angle sud-ouest et la Beauté à l’angle nord-ouest, comme au Rite moderne.

    Chacun des trois Piliers correspond à l’un des trois principaux Officiers de la Loge :

    • Le premier, dénommé « Sagesse» correspond au Vénérable Maître.
    • Le deuxième, dénommé « Force» correspond au Premier Surveillant.
    • Le troisième, dénommé « Beauté» correspond au Second Surveillant.

    D'anciens catéchismes donnent aux trois Piliers la signification suivante :

    Q : Que représentent-ils ?

    R : Trois grands maîtres : Salomon roi d’Israël, Hiram, roi de Tyr et Hiram Abif qui fut tué par trois compagnons.

    Q : Les trois grands maîtres œuvraient-ils à la construction du Temple de Salomon ?

    R : Oui.

    Q : Quelle était leur tâche ?

    R : Salomon trouva les subsides et l’argent pour payer les ouvriers. Hiram roi de Tyr fournit les matériaux de construction, et Hiram Abif accomplit ou dirigea le travail.

    D’autres interprétations méritent d’être signalées. Elles proviennent aussi d’anciens catéchismes.

    Pourquoi le Vénérable Maître représente-t-il le Pilier de la Sagesse ?

    • Parce qu’il donne les ordres aux Maçons pour effectuer leur travail dans la manière accoutumée, en harmonie.

    Pourquoi le Premier Surveillant représente-t-il la Force ?

    • Comme le soleil se couche à l’horizon pour clore le jour, de même le Premier Surveillant se tient à l’Occident pour payer les ouvriers qui sont la force et le soutien du Métier.

    Pourquoi le Second Surveillant représente-t-il le Pilier de la Beauté ?

    • Parce qu’il se tient au Midi, la beauté du jour, pour appeler les ouvriers du travail au repos et veiller à ce qu’ils reprennent à l’heure, afin que le maître puisse en avoir joie et contentement.

    Pourquoi la Loge est-elle soutenue par ces trois grands Piliers ?

    • Parce que la Sagesse, la Force et la Beauté sont l’achèvement de tout travail, et que rien ne peut durer sans elles, parce que la Sagesse est pour inventer, la Force pour soutenir, la Beauté pour orner (cf. Prichard, 1730).

    Tentons de comprendre le point de vue de Jean Ferré, pour qui les trois Piliers devraient idéalement être de styles différents : « Il serait logique d’attribuer le style ionique à la Sagesse, le style dorique à la Force et le style corinthien à la Beauté ».

    Fondé sur le symbolisme du Temple du Roi Salomon dédié au Grand Architecte de l’Univers, le pilier ionique est beau, sans ostentation. Il évoque la simplicité, la mesure, la sagesse qui était la qualité marquante de Salomon. Cette sagesse qu’il a reçue de Dieu est une sagesse pratique : elle ne concerne pas sa propre conduite mais celle du Peuple. Il en est de même de la Sagesse du Vénérable Maître : une sagesse qui signifie réflexion, imagination avant la construction. Cette sagesse s’exerce sur la vie de l’Atelier, sur sa direction, pour le bien de la Franc-maçonnerie en général, et de la Loge en particulier. Le Vénérable Maître qui dirige la Loge, doit utiliser au mieux les compétences de chacun, sans parti pris ni favoritisme.

    La notion de force est omniprésente sur les chantiers des bâtisseurs. Nécessaire à l’Apprenti pour tourner et retourner la Pierre brute afin de la dégrossir, au Compagnon pour la rendre cubique, en vérifier tous les angles et toutes les arêtes, cette force ne doit pas être brutale. Se référant à Hiram, Roi de Tyr et dédié au soutien fidèle au Vénérable Maître dans la conduite de la Loge, le pilier dorique, qui suggère la robustesse, est logiquement celui du Premier Surveillant qui se tient à l’Occident pour payer les ouvriers qui constituent la force et le soutien du Métier.

    Les bâtisseurs avaient à cœur de concilier le solide et le beau. Les constructeurs mettaient un point d’honneur à ce que leur œuvre soit parfaite et suscite l’admiration. Chartres, Amiens, Reims – comme tant d’autres cathédrales – sont encore là pour témoigner de la perfection de leur art.

    La beauté ne peut être acquise que par l’harmonie des proportions et le soin apporté à la réalisation. Se référant à Hiram Abif et dédié au Travail et à la Charité, le troisième pilier, idéalement en style corinthien, est attribué au Second Surveillant, associé à la beauté parce qu’il se tient au Midi qui est la beauté du jour.

    Pour Pierre Dangle, « les trois grands Piliers révèlent le chemin de Lumière et le sens d’une œuvre qui débute par le haut. Grâce à eux, la Lumière secrète de l’Orient devient perceptible. Elle prend une forme harmonieuse qui dévoile la hiérarchie des puissances causales, sans cesse à l’œuvre dans l’univers ».

    Le premier Pilier est celui de la Sagesse qui contient la conception de l’œuvre et donne naissance au plan permettant la construction.

    Le deuxième Pilier est celui de la Force, indispensable aux Maçons pour élever le plan et bâtir l’œuvre à la gloire du Grand Architecte de l’Univers.

    Le troisième Pilier est celui de la Beauté, ou plus exactement de l’harmonie, qui correspond à la plénitude de l’œuvre achevée.

    Chaque pilier possède donc sa signification propre, mais ils forment néanmoins une unité et une structure dynamique indissociable, témoignant des trois regards symboliques qui permettent de vivre et d’harmoniser les éléments de la création.

    Ce modèle ternaire « Force – Sagesse – Beauté » forme donc un tout. Raoul Berteaux insiste : « Il n’y a pas lieu de séparer les éléments structurels, ni de leur attribuer une hiérarchie de valeur ». Du point de vue symbolique, le modèle ternaire des Piliers est basé sur la « complémentarité », principe qui constitue une des bases de l’enseignement initiatique. Le modèle « Force-Sagesse-Beauté » appartient à part entière à la Loge d’Apprenti.

    De plus, chaque pilier est une parfaite synthèse des quatre éléments : la base repose sur la terre, le fût est en rapport avec l’air, les volutes du chapiteau évoquent l’eau, et ils sont consacrés par le feu.

    Les trois grands Piliers offrent à l’Apprenti l’illustration de la démarche fondamentale de son grade : l’apprentissage d’une pensée ternaire, qui lui permettra de pénétrer dans le monde des symboles.

    Selon Oswald Wirth « les anciens Maçons faisaient reposer leur œuvre sur trois grands piliers nommés Sagesse, Force et Beauté, en l’honneur d’antiques déesses auxquelles les imagiers du Moyen Age ont consacré trois des vingt-deux compositions allégoriques du tarot. La Sagesse nous apparaît ainsi sous les traits d’une Impératrice céleste… la Force exécute les conceptions en domptant les énergies rebelles… Tout comme la vérité, la Beauté se montre nue ».

    Raoul Berteaux et Jules Boucher associent ce ternaire à trois des séphiroth de la Kabbale : la Sagesse à Khokhma, la Force à Géburah et la Beauté à Thiphéreth. Sans entrer dans ces détails complexes, référons-nous à Daniel Béresniak qui explique que la sagesse est située, sur l’arbre séphirotique, à côté de l’intelligence. Elle est la maîtrise de la connaissance, l’au-delà du savoir. Le passage du savoir à la connaissance se fait lorsque, les distinctions nécessaires étant accumulées, on entreprend de réunir ce qui est épars, de conceptualiser ce qu’ont en commun les choses et les concepts définis et distingués. Il est donc évident que le sage ne peut faire l’économie du savoir. Mais la connaissance n’est qu’un élément de la sagesse. Celle-ci est aussi une philosophie qui induit un comportement.

    Les textes maçonniques, parmi les sages, honorent, voire exaltent, le roi Salomon. Chez les Maçons, tout comme chez les Juifs et chez les Arabes, Salomon (Soliman pour les musulmans) est le sage par excellence, le maître des maîtres.

    La beauté orne et la force soutient celui qui travaille pour se connaitre, pour connaitre et pour naître avec les dieux, ses modèles. Ainsi le ternaire « Sagesse –Force – Beauté », ce trois en un, est un projet, comme l’indiquent clairement les paroles rituelles prononcées lors de l’Ouverture des Travaux (dans certains rites seulement, dont le R.E.A.A.) en allumant les « étoiles », c’est-à-dire les bougies portées par les piliers :

    • Que la Sagesse préside à la construction de notre édifice !
    • Que la Force le soutienne !
    • Que la Beauté l’orne !

    L’édifice est toujours à construire. Le Maçon est toujours à être.

    Les trois Piliers sont donc investis d’une valeur symbolique correspondant aux trois vertus mises à l’honneur chez les bâtisseurs : la Sagesse (qui est associée au Vénérable Maître), la Force (qui est associée au Premier Surveillant) et la Beauté (associée au Second Surveillant). Certaines pratiques ésotériques laissent entendre qu’il existerait un quatrième pilier, virtuel celui-là, dédié à l’Intelligence.

    Un pamphlet, intitulé « Les Trois Coups Distincts », datant de 1760, précise que « la Loge est soutenue par ces Trois Piliers parce que la Sagesse est pour inventer, la Force pour soutenir et la Beauté pour orner ». Les Trois Piliers sont ceux de l’Art des bâtisseurs, reçus en précieux héritage par le Compagnonnage et la Franc-maçonnerie. Quelle qu’elle soit, une construction ne peut exister véritablement et durer que si ces trois critères sont respectés. Sans la Sagesse, la Force et la Beauté, rien ne peut durer.

    Il y a loin de la Planche à Tracer à l’œuvre proprement dite, au travail finalisé. Il convient donc d’agir avec sagesse et prudence pour ne pas mettre la construction en péril ni compromettre la sécurité des ouvriers. C’est tout ce que tout Vénérable devrait avoir à l’esprit car n’oublions pas que la Loge est un chantier. Donner à un Frère un rôle qu’il ne peut complètement assumer, ce serait mettre en danger l’Atelier tout entier. Ce serait bâtir avec de la pierre friable.

    Voilà sans doute la raison pour laquelle le Pilier « Sagesse » est mis en correspondance avec le Vénérable Maître qui dirige la Loge, commande les Officiers au cours de la Tenue, se tient au courant des progrès réalisés par les Apprentis, les Compagnons et les jeunes Maîtres grâce aux Surveillants. Il doit utiliser au mieux les compétences de chacun, sans favoritisme, sans parti pris.

    Les matériaux ne peuvent être maltraités, sous peine d’être rejetés par les Surveillants lors du contrôle. Le Premier Surveillant a la responsabilité de la discipline dans la Loge. Il doit donc exercer une vigilance sans faille sur sa colonne et faire preuve de rigueur quand les règlements ou les us et coutumes ne sont pas respectés.

    Mais l’autorité du Premier Surveillant ne doit jamais se transformer en autoritarisme. Sa parfaite connaissance des règlements permet d’empêcher toute déviation et d’étouffer dans l’œuf tout problème susceptible de troubler l’harmonie de la Loge.

    Si l’on peut aisément admettre la correspondance Sagesse – Vénérable et Force – Premier Surveillant, il n’en est pas de même pour le troisième pilier. Les anciens catéchismes sont assez évasifs à ce sujet.

    Pour le Maçon d'aujourd’hui, les trois Piliers évoqueraient tout simplement les trois principes de vie dont nous avons fait nos objectifs :

    • Vaincre nos passions (la Sagesse) 
    • Travailler sur nous-même (La Force)
    • Créer un monde meilleur (la Beauté).

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 35, 36 et 124

     

    Béresniak Daniel - Rites et Symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome I : « Les Loges Bleues »

    Editions Detrad, Paris, 1997 - Pages 87 à 93

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 53 à 55

     

    Boisdenghien Guy - La Vocation Initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999 - Page 60, 61 et 130

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 98 à 104

     

    Dangle Pierre - Le Livre de l’Apprenti

    Editions la Maison de Vie, Fuveau, 1999 - Pages 77 à 82

     

    Ferré Jean - Dictionnaire des symboles maçonniques

    Editions du Rocher, Monaco, 1998 - Pages 67 à 77

     

    Ferré Jean - Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 58 à 60

     

    Geay Patrick - Mystères et significations du Temple maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1997 - Pages 71 à 74

     

    Guigue Christian - La Formation maçonnique

    Editons Guigue, Mons-en Baroeul, 1996 - Pages 67 et 68

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie Tome 2

    Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Page 108

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 177 ; 204 à 206 ; 218

     

    Pour aller plus loin :

    Lejeune Alain - Les trois Grands Piliers

    La Maison de Vie, Fuveau, 2003

     

    Le Tableau de Loge au degré d'Apprenti

    Nous, Francs-maçons, sommes très attachés au symbolisme que nous considérons comme un moyen d’accès à la Connaissance.

    Notre Loge maçonnique elle-même n’est pas un espace vide mais est habitée par des symboles.

    Après avoir ouvert les Travaux à la gloire du Grand Architecte de l’Univers, après avoir ouvert le Volume de la Loi Sacrée sous le Compas et l’Equerre sur l’Autel des serments, le Vénérable Maître, qui préside à la vie de la Loge, fait déployer sur le Pavé mosaïque, entre les piliers de la Sagesse, de la Force et de la Beauté, ce que l’on appelle un Tableau ou Tapis de Loge où figurent l’ensemble des symboles qui décorent la Loge.

    La Loge d’Apprenti est figurée sur un « Tableau de Loge » qui a la forme d’un rectangle, dénommé autrefois « Carré Long ». La forme quadrangulaire est utilisée comme modèle d’orientation spatiale : Orient, Midi, Occident, Septentrion.

    La même forme quadrangulaire peut être utilisée pour le repérage du temps : Équinoxe de printemps, Solstice d'été, Équinoxe d'automne, Solstice d'hiver.

    En se référant au cycle diurne – nocturne, lors de la pose du Tableau, le Midi est amené en coïncidence avec le Sud et le Minuit avec le Nord.

    Le Tableau de Loge d’Apprenti peut être considéré comme un modèle spatio-temporel dont les dimensions sont infinies dans l’espace et éternelles dans le temps. Ce modèle figure le Cosmos dans sa totalité. C’est dans cet espace-temps, infini et éternel que l’on va isoler un modèle réduit.

    Placé au point central de l’Atelier, dans l’axe du monde qui traverse le milieu du Pavé mosaïque, le Tableau de Loge est requis pour le travail rituel du degré. Il porte tous les emblèmes et symboles usuels du grade et au Travail maçonnique en général.

    Primitivement n’importe quel local clos et rectangulaire pouvait être très simplement transformé en sanctuaire maçonnique. A cet effet, un fauteuil était placé devant le mur opposé à la Porte et deux sièges de chaque côté de celle-ci. Puis on traçait sur le plancher, un Carré long, à l’intérieur duquel étaient sommairement dessinés les emblèmes essentiels de la Franc-maçonnerie.

    Autrefois en effet, les symboles du Tableau de Loge étaient dessinés sur le sol pour l’Ouverture et effacés à la Clôture. Il entrait dans les attributions du Maître des Cérémonies de tracer le Tableau symbolique à la craie lors de l’Ouverture des Travaux et de l’effacer soigneusement, avec une éponge mouillée, au moment de la Clôture. Une de nos Loges régulières, « La Parfaite Fraternité » à l’Orient de Mons, a maintenu cette tradition.

    Lorsque les Loges construisirent leurs temples et abandonnèrent les tavernes, l’usage du dessin à la craie tomba en désuétude et il fut estimé plus commode de fabriquer un « tapis » une fois pour toutes. On trouva effectivement plus expédient de dérouler sur le parquet de la Loge une toile peinte d’avance. Traditionnellement, les Néophytes devaient accomplir leur voyage autour d’un semblable rectangle mystique, renfermant les symboles proposés à leur méditation.

    Le Tableau devint alors un Tapis de Loge, ce qui correspond parfaitement à l’ancienne observance des Modernes. Cette appellation de « Tapis de Loge » provient du fait qu’au 18ème siècle les symboles étaient peints sur un drap, sur un morceau de tissu déroulé à même le sol. L’apparition de cette application se situe vers 1730. Aujourd’hui encore, de nombreux Ateliers perpétuent cet ancien usage. La transformation du « Tapis » en « Tableau » tient à la permanence des locaux maçonniques et à l’évolution des techniques graphiques.

    De nos jours, au Rite moderne, la plupart des Loges se servent d’une toile peinte que le plus jeune des Apprentis déroule ou découvre lors des Tenues, à l’Ouverture des Travaux. Cette opération est évidemment plus simple que de recréer tout le Tableau. Notons que la R\L\ « Saint Jean Lumière de Lorraine » à l’Orient d’Arlon a opté pour un Tableau en bois sculpté.

    Après la situation et la description du Tableau de Loge, tentons à présent de le définir. Synonyme de « Tableau mystique », le « Tapis » ou « Tableau de Loge » désigne la représentation graphique des symboles d’un grade maçonnique, dans un Rite déterminé, spécialement pour ce qui concerne les trois degrés des Loges symboliques. « Tapis » ou « Tableau », il résume les symboles et enseignements que l’Apprenti, le Compagnon et le Maître doivent connaitre.

    En fonction du Rite pratiqué (Moderne, Écossais Ancien Accepté, Écossais Rectifié, Écossais Philosophique, Français Moderne, Émulation, …) les éléments qui figurent sur le Tableau de Loge peuvent varier, selon qu’ils sont considérés ou non comme essentiellement représentatifs de l’enseignement dispensé à tel ou tel grade ou degré initiatique (degré d’Apprenti, degré de Compagnon, degré de Maître).

    Au-delà du degré de Maître, les « Hauts Grades » font également usage des Tableaux de Loge mais sous une forme symbolique plus épurée, rappelant davantage le degré atteint par rapport à l’Initiation dans sa globalité.

    * Vademecum de l'Apprenti au Rite Moderne (belge)

    Le Tableau de Loge figure un temple. Le temple, en tant que modèle réduit peut être réalisé par une courbe continue tracée sur le sol ou par une barrière formée de poteaux et de cordes ou par tous autres moyens réels ou fictifs. Ce temple est fermé par une corde à nœuds sur les côtés Nord, Est et Sud. Il est ouvert du côté de l’Ouest. C’est de ce côté que se trouve la « Porte » de la Loge.

    Cette figuration est universelle : elle appartient à un lointain passé ; elle appartient à des civilisations éloignées dans l’espace. Fermé sur trois côtés et ouvert sur un quatrième côté correspond aussi à cette double condition d’universalité.

    Pour conférer à cet enclos le caractère « sacré » qui lui revient, certains objets y ont été déposés en des emplacements déterminés. Nos déplacements dans la Loge s’effectuent toujours par une circumambulation autour du Tableau de Loge. Certaines paroles prononcées et des gestes accomplis renforcent le caractère « sacré » de cet enclos.

    Jules Boucher nous propose une énumération sommaire des symboles figurant sur le Tableau de Loge d’Apprenti :

    Ce « Tableau » comporte deux Colonnes, surmontées de Grenades, encadrant une Porte à laquelle conduisent trois Marches ; elles-mêmes suivies d’un Pavé mosaïque. On y voit aussi trois fenêtres, une Pierre brute, une Pierre cubique à pointe. Une corde à trois nœuds encadre ce « Tableau » qui comprend en outre le Soleil et la Lune, les deux Luminaires, l’Equerre et le Compas, la Perpendiculaire et le Niveau, le Maillet et le Ciseau, la Planche à tracer.

    Il y a certainement plusieurs façons d’aborder la lecture du Tableau de Loge. Celle que j’ai choisie part de l’évocation de la Lumière pour aboutir à la construction du Temple, en passant par le symbolisme des outils.

    En premier lieu, au fronton du Temple, c’est le Delta lumineux qui a retenu mon attention. Ensuite j’ai analysé les deux figures astrales, le Soleil et la Lune ainsi que la Voûte étoilée ; puis deux instruments à tracer, l’Equerre et le Compas, qui sont aussi deux des trois grandes Lumières de la Franc-maçonnerie.

    J’ai ensuite souhaité analyser les deux instruments de contrôle que sont le Niveau et la Perpendiculaire, par ailleurs signes distinctifs des deux Surveillants de la Loge.

    J’ai alors étudié les deux outils essentiels de l’Apprenti, le Maillet et le Ciseau, situés vers l’Occident, côté Nord.

    Mon analyse s’est ensuite portée sur les deux pierres en présence : la Pierre brute et la Pierre taillée.

    Enfin, j’ai examiné le sens des deux Colonnes identiques situées à l’Occident : la Colonne B:. et la Colonne J:..

    Ce premier coup d’œil montre que la plupart des images sont associées par paires ; elles constituent des « modèles symboliques binaires ».

    Le Tableau de Loge d’Apprenti fait également appel à des « modèles symboliques ternaires » : ce sont les Trois fenêtres situées à l’Est, au Sud et à l’Ouest, ainsi qu’un escalier de trois marches.

    Voici à présent l’analyse de ces différents emblèmes et symboles du degré d’Apprenti.

    La Lumière est présente

    Commençons, arbitrairement, par nous intéresser au centre du fronton du Temple où nous apercevons un Triangle et à l’intérieur de celui-ci un œil. Ce triangle, ce Delta lumineux et l’œil qui y est inscrit, représentent symboliquement le « Grand Architecte de l’Univers », élément essentiel de la philosophie maçonnique. Des Maçons l’assimilent à Dieu et certains même au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. D’autres l’assimilent à l’Etre Suprême ou à un Principe créateur, et certains à l’Esprit, à la Conscience Universelle. Ce Delta et l’Œil apparaissent comme le symbole de l’Etre, de l’Unité et de la Totalité. De ce Triangle émanent des rayons lumineux : « la Lumière ».

    Le Grand Architecte de l’Univers, Etre Suprême ou Principe créateur a créé le Cosmos puis a créé la Lumière grâce à laquelle il a donné à ce monde un ordre, un sens, une signification.

    Mais sur le Tableau de la Loge figurent aussi les luminaires que sont le Soleil et la Lune. Et il convient de ne pas confondre cette Lumière qui émane du Delta avec celle du Soleil et de la Lune. Celles-ci sont de l’ordre de la nature alors que la Lumière qui émane du Delta est d’un autre « ordre » : elle est de l’ordre de l’Esprit. Et, lorsque le Vénérable Maître nous invite à nous tourner vers la Lumière, il ne s’agit pas d’une lumière naturelle, celle du soleil et de la lune, mais d’une Lumière spirituelle, « celle de l’Esprit et du Cœur ».

    Le Soleil et la Lune

    Pour l’observateur terrestre de l’hémisphère Nord, la course circulaire apparente du soleil émerge à l’orient et s’immerge à l’occident. Aussi l’image du Soleil est-elle associée à la moitié sud de la Loge. Par voie de complémentarité, l’image de la Lune est associée à la moitié nord de la Loge.

    Le Soleil et la Lune, les deux astres les plus visibles, sont souvent associés en un modèle symbolique binaire au sein duquel les deux éléments constitutifs sont liés par le principe de complémentarité.

    Le Soleil est l’astre du jour, la Lune celui de la nuit. L’un est actif, l’autre passif. Ils sont deux expressions différentes de la lumière qui règne sur le monde en permanence. L’un brille dans la clarté du jour, l’autre dans l’obscurité de la nuit, mais toujours avec un rayonnement suffisant pour éclairer les hommes en quête d’évolution sur le chemin de leur devenir.

    Le symbolisme du Soleil et de la Lune est à explorer parce qu’il raconte toutes les attentes et toutes les craintes de l’homme. La perception du temps et de l’espace, la chaleur et la lumière, la fécondité, le rythme des saisons, l’idéal du moi, les dieux, les rites, les mythes fondateurs des religions sont impliqués et éclairés par ce qui est dit et rêvé de ces deux astres. Ils sont les premiers repères de celui qui regarde le ciel. Le travail sur ces symboles est formateur pour les Maçons dont la vocation est de connaitre l’homme et de l’améliorer.

    La Voûte étoilée

    En plus des images de la Lune et du Soleil, le Tableau de Loge présente une constellation d’étoiles avec quelques courbes esquissant des nuages. La Voûte étoilée n’a de valeur symbolique qu’en tant qu’élément « complémentaire » de l’élément Terre ou de l’élément Temple qui s’y substitue. L’ensemble des deux éléments forme un modèle symbolique binaire, corrélatif au modèle Équerre – Compas.

    La Voûte étoilée, c’est en réalité le ciel, la voûte céleste parsemée d’étoiles. Elle est le symbole du caractère cosmique et universel du Temple et de la Franc-maçonnerie elle-même. C’est pourquoi le plafond du Temple, traditionnellement constellé d’étoiles sur un fond bleu, est appelé « Voûte étoilée ».

    La contemplation d’un ciel étoilé nous apporte une grande quiétude et une remarquable sérénité d’esprit. Elle nous incite à la méditation davantage qu’à la rêverie. La Voûte constellée des Loges maçonniques est le symbole de son universalité et, simultanément, celui de sa véritable transcendance.

    Trois fenêtres grillagées

    La lumière est aussi représentée sur le Tableau de Loge par trois fenêtres : la première à l’Orient, la seconde au Midi et la troisième à l’Occident. Il n’y a pas de fenêtre au Nord et les trois fenêtres sont grillagées. En dehors de la symbolique solaire, ces fenêtres interviennent comme des bornes, des limites, des frontières. Si elles sont grillagées, ce n’est peut-être pas pour interdire aux profanes de regarder dans le Temple mais simplement pour en défendre l’accès. Si ce grillage protège ces ouvertures, cela pourrait aussi indiquer que le travail des ouvriers est soustrait à la vue des profanes. Mais remarquons que si le Temple était éclairé intérieurement, un simple grillage ne suffirait pas pour empêcher de voir ce qui s’y passe !

    La Loge est tout simplement isolée du monde profane et le Maçon ne doit avoir aucune tentation de rester un simple spectateur de ce même monde. Au contraire, il faut qu’en sortant du Temple, après y avoir puisé de nouvelles forces, le Maçon redevienne un acteur dans la foule anonyme et y répande, entre autres, la Sagesse qu’il est venu y acquérir.

    La fenêtre du Midi marque le commencement et la fin d’un monde qui se situe hors de portée des hommes. Celle d’Occident reste affectée à la mort symbolique. Quant à la fenêtre d’Orient, elle marque symboliquement le passage par où peuvent s’opérer la hiérophanie et la transfiguration.

    Sur le Tableau de Loge, en matière de lumière, nous découvrons ensuite deux des trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie, l’Equerre et le Compas, deux instruments du Grand Architecte de l’Univers.

    Si la Lumière qui se dégage du Tableau de Loge nous suggère de créer et de bâtir, nous ne pouvons cependant le faire qu’à la condition de savoir utiliser les outils, comme le Grand Architecte, et de les utiliser en fonction de la Loi morale, présente à la conscience de l’homme, ordonnée à une Vérité à découvrir, un Bien à réaliser et une Beauté à conquérir.

    Deux instruments à tracer : l’Equerre et le Compas

    L’Équerre, c’est ce qui sert à rendre les corps carrés. Le Compas, c’est ce qui sert à comparer, à mesurer. Ce sont les outils symboliques utilisés par le Grand Architecte de l’Univers dans son œuvre ordonnatrice. Ce sont les outils qui permettent de tracer le plan du monde. Ils sont associés, unis au Volume de la Loi sacrée, comme des moyens unis à une fin.

    Lorsque ces deux instruments sont associés, ils forment un modèle binaire.

    Le Compas est un outil actif permettant de dessiner des cercles. Cette forme géométrique est un symbole cosmologique.

    Le Compas évoque l’idée de mesure précise mais davantage celle d’ouverture.

    Il représente à la fois le mouvement et donc le temps, mais aussi le dynamisme constructeur, la pensée agissante, la prudence et le pragmatisme dans la recherche de la Vérité. Le Compas est aussi le symbole de l’esprit et de son pouvoir sur la matière.

    L’Équerre est un outil passif, symbole de la matière. L’Équerre peut aussi représenter l’espace car elle a une double propriété caractéristique : l’horizontalité et la verticalité. Oswald Wirth lui assigne un sens d’équité, de justice, de rectitude dans l’action humaine. Si l’un des côtés de l’Equerre est d’une longueur supérieure, l’outil a alors un sens de dynamisme.

    L’Équerre est l’un des symboles fondamentaux de la Franc-maçonnerie : en effet, sans l’Equerre, le Maçon ne pourrait jamais passer de la « pierre brute », qui n’a aucune horizontalité ni verticalité parfaite, à la « pierre cubique », perfection spatiale.

    De l’Equerre émanent plusieurs valeurs morales. La principale, attestée par son angle droit, fixe et immuable, que Pythagore appelait son « angle d’équité », est la rectitude de l’Initié tant dans sa vie maçonnique que dans sa vie profane, une rectitude qui doit inspirer ses pensées, ses paroles et ses actions, une rectitude à laquelle se rattachent l’honnêteté, la sincérité, la franchise et l’intégrité. Autant d’exigences qui distinguent le Maçon de l’homme ordinaire dans l’existence quotidienne ; autant d’exigences réciproques qui s’imposent entre Frères, dans la Loge au cours des Travaux.

    Les Tableaux de Loges placent le Compas ouvert, les deux pointes dirigées vers le haut. Cette disposition semble nous inviter à une investigation bien mesurée des principes abstraits. Elle implique une étude rationnelle, non de la terre ou des faits objectivement constatables, mais bien du ciel.

    Trois bijoux immobiles : les deux pierres et la Planche à tracer

    Sur le Tableau de Loge figurent deux dessins de pierre :

    • le premier est celui de la « Pierre brute » ;
    • le second est celui de la « Pierre cubique à pointe », parfois surmontée d’une hache.

    La pierre brute n’a aucune forme ; la pierre cubique a été taillée. Dans les rituels maçonniques, il est écrit que le Franc-maçon doit s’efforcer de passer de la Pierre brute à la Pierre cubique, c’est-à-dire que si l’on assimile l’homme lui-même à un ensemble sans ordre ni mesure à l’état de nature, il doit par sa réflexion, par son travail apprendre à se discipliner, à mettre un certain ordre en lui-même « en maîtrisant ses passions et en soumettant sa volonté », comme le Grand Architecte lui-même a fait passer le monde du chaos à l’ordre et des Ténèbres à la Lumière.

    La Planche à tracer est aussi présente sur le Tableau de Loge sous la forme d’un rectangle sur lequel figurent deux grilles d’un alphabet maçonnique. Celles-ci sont utilisées pour créer un alphabet dont les lettres sont formées exclusivement par des équerres et des points mais cet alphabet est peu utilisé.

    La Planche à tracer qui figure sur le Tableau de Loge est là pour suggérer au Franc-maçon qu’avant de s’engager dans une action, avant de réaliser une œuvre, il faut la penser, il faut tracer les plans de la construction avant de passer à la construction elle-même et il faut apprendre à se servir des outils propres à la construction d’un édifice.

    C’est sur la Planche à tracer que les Maîtres établissent leurs plans. Mais les Apprentis ne doivent pas ignorer l’emploi de ce symbole. Et c’est parce qu’ils doivent s’exercer à ébaucher leurs idées que ce symbole figure déjà sur le Tableau de la Loge d’Apprenti.

    La Pierre brute, la Pierre cubique et la Planche à tracer associées forment un ensemble de trois symboles connus sous l’appellation de « bijoux immobiles ». Ils correspondent respectivement aux degrés d’Apprenti, de Compagnon et de Maître.

    Le Grand Architecte a donc créé et ordonné le monde ; il a aussi créé la Lumière. Grâce à cette Lumière, il a donné à ce monde un ordre, un sens, une signification. Ce monde, cosmique et naturel est déjà fait. Il est déjà là et c’est à nous, Francs-maçons à l’étudier, à le connaitre si nous voulons le transformer. Mais si le monde de la nature est déjà fait, il n’en est pas de même pour l’homme lui-même. L’homme n’est pas déjà fait, il est à faire, il est à bâtir. L’Initiation consiste à faire le Maçon, à le bâtir avec les outils symboliques, dans la visée du Bien, dans la reconnaissance de la Loi morale.

    Or, le Franc-maçon ne peut le faire qu’à l’aide d’outils symboliques. Ce sont ces outils que nous allons examiner à présent car, eux aussi figurent sur le Tableau de Loge. Ce sont d’une part le Maillet et le Ciseau, et d’autre part le Fil à plomb et le Niveau. Ils permettent au Maçon de bâtir, de construire.

    Les outils de l’Apprenti : le Maillet et le Ciseau

    Le Maillet et le Ciseau forment une association d’outils, d’instruments. Le modèle symbolique formé par la jonction du Maillet et du Ciseau est un signe de puissance créatrice. Basé sur l’image de la taille de la pierre, le sens de ce modèle peut être amplifié en le transférant dans des domaines variés. C’est à ce travail qu’est convié l’Apprenti par la présence des deux outils associés sur le Tableau de Loge.

    Le Maillet est considéré comme le symbole de l’intelligence qui guide la main, qui elle-même tient le Ciseau et l’oriente. Le Maillet serait aussi le symbole de l’intelligence qui agit et persévère, qui dirige la pensée et anime la méditation de celui qui cherche la Vérité dans le silence de sa conscience. Mais il semble aussi être l’emblème du Travail et de la Volonté. Vu sous cet angle, il est inséparable du Ciseau qui représente le discernement sans l’intervention duquel l’effort serait vain.

    Le Ciseau est l’un des symboles du Travail maçonnique mais principalement de celui de l’Apprenti qui, grâce à cet outil tranchant, peut dégrossir sa « pierre brute ».

    Le Ciseau et le Maillet constituent un couple symbolique qui associe la force et l'habileté. Notre intelligence et notre volonté doivent s’appliquer à notre propre perfectionnement avant qu’il nous soit permis d’ambitionner une action plus étendue.

    Outil du Vénérable et des Surveillants, le Maillet revêt aussi un caractère d’autorité et de pouvoir.

    Deux instruments de contrôle : la Perpendiculaire et le Niveau

    Le Fil à plomb est un instrument irremplaçable qui nous vient des bâtisseurs. Il sert à vérifier la verticalité. En matière de construction, il y a lieu de remarquer qu’on s’assure de la perpendicularité grâce à l’Equerre !

    Au plan symbolique, le Fil à plomb représente le domaine au sein duquel opèrent le Ciseau et le Maillet.

    La ligne verticale, matérialisée par le fil que tend une petite masse de plomb, situe l’espace immatériel où se produit le dégrossissage de la Pierre brute, travail essentiel et primordial de l’Apprenti.

    Le Fil à plomb n’a ni sommet ni longueur définis. Il symbolise l’activité ésotérique de l’homme, sa vie intérieure, psychique, mentale. C’est le lieu du moi individuel et le passage entre le haut et le bas de ce moi, c’est-à-dire la connaissance de soi, condition sine qua non de l’Initiation. La connaissance approfondie de soi réclame une volonté, un courage et une persévérance de tous les instants.

    Dans la Maçonnerie moderne, le Niveau se présente en forme de triangle dont l’angle supérieur est de 90°, au faite duquel est attachée une perpendiculaire. Par le fait qu’il indique à la fois l’horizontale et la verticale, il constitue l’instrument idéal pour celui qui veut bâtir, ce qui est le but symbolique de tout Initié puisque celui-ci a pour mission de construire son propre temple intérieur. Niveau et perpendiculaire sont indispensables à toute construction : le niveau sert à vérifier les horizontales, la perpendiculaire sert à vérifier les verticales.

    Par la justesse qu’il permet d’atteindre sur l’un et l’autre plan, le niveau est le garant d’une construction harmonieuse. Il est par excellence un outil de perfection. Appliqué à la progression et à l’évolution de l’homme, il représente l’égalité des valeurs humaines et sociales. Le Niveau serait donc le symbole de l’égalité originelle. Mais il peut aussi indiquer que le Maçon n’a pas à vouloir prouver qu’il a raison mais qu’il a à participer en toute modestie aux Travaux de la Loge qui ont pour but la probe recherche de la Vérité.

    Le Niveau ne symbolise pas l’égalité des hommes devant les lois du monde profane. S’il est vrai que les Maçons en Loge sont égaux devant les lois maçonniques, le Niveau ne semble pas non plus le symbole de cette égalité.

    S’il est également vrai qu’une Tenue a pour objectif, entre autres, d’uniformiser les disparités sociales, culturelles et idéologiques des membres de la Loge, le Niveau n’est pas le symbole d’une uniformisation à tendance égalitariste ou le symbole d’un nivellement par le bas ! Le Franc-maçon est avant tout un homme libre d’avancer, sur la voie initiatique, au rythme qu’il peut soutenir, sans élitisme ni esprit de compétition.

    Lutter contre les inégalités du monde profane est un idéal auquel les Maçons aspirent. Mais cette lutte commence par l’amélioration de soi.

    La Franc-maçonnerie a foi en cette mission qu’elle confie à chacun de ses membres et le Niveau est un des instruments de la perfectibilité humaine. C’est d’elle qu’il est un des symboles. Il semble donc bien à sa place sur le Tableau de la Loge !

    La Perpendiculaire et le Niveau sont attribués respectivement au Second et au Premier Surveillant, ce qui souligne le degré d’importance dans l’instrumenta maçonnique.

    Une représentation du Temple

    Les outils sont utiles, indispensables pour construire symboliquement le Temple. Aussi trouvons-nous sur le Tableau de Loge l’image du Temple qui rappelle le Temple grec ou romain. Il est de forme rectangulaire et surmonté d’un fronton triangulaire.

    Le Pavé mosaïque

    Devant le Temple nous observons une représentation du « Pavé mosaïque ». Il aurait décoré le Temple de Salomon et il décore aujourd’hui encore le sol de toutes les Loges.

    Composé de carrés blancs et noirs alternés, le Pavé mosaïque représente les dualités, les oppositions, les contraires que l’être humain observe et même subit au cours de l’existence quotidienne. Mais au-delà de ce symbolisme apparemment binaire, ces paires ne sont opposées qu’en surface. Un Initié digne de ce nom cherchant toujours au-delà des apparences, se rend compte que le blanc n’est que l’aspect complémentaire du noir. Il n’y a dès lors ni carreaux blancs ni carreaux noirs sur le Pavé mosaïque à partir du moment où l’Initié dirige son mental vers les lignes virtuelles que forment les carreaux côte à côte. Ces lignes médianes, hors de la dualité blanc-noir, et leur ensemble composent l’élément trinaire (ou ternaire) du symbole.

    Les trois Marches

    Pour accéder à l’entrée du Temple, il faut gravir trois marches, ce qui signifie que pour accéder à ce lieu sacré, il faut s’élever, comme pour apercevoir la Lumière.

    Le Tableau de Loge présente un escalier de trois marches devant la porte d’entrée. Le plus souvent cet escalier est reporté vers le fond du temple.

    Certains auteurs présentent un nombre de marches différent de trois : il s’agit là d’écarts destinés à promouvoir l’une ou l’autre thèse chère à l’auteur. Du point de vue de la symbolique des nombres, c’est bien trois qui assume la cohérence numérique du degré d’Apprenti.

    La porte, ses colonnes de soutien et le fronton

    Le Tableau de la Loge présente à l’Ouest un portique formé de deux colonnes soutenant un linteau sur lequel repose le fronton triangulaire déjà évoqué. Les deux colonnes ont ici la fonction de soutien. Il ne faut pas les confondre avec les Colonnes J:. et B:.

    Il s’agit ici d’une porte, au sens architectural du terme, qui contrôle l’entrée dans l’enclos délimité par la corde à nœuds. Lors de la Réception du candidat, la porte est supposée basse et étroite.

    Les Colonnes J:. et B:.

    Les Colonnes J:. et B:. rappellent celles qui étaient situées dans le Temple de Salomon : la Colonne B:. (Boaz) symboliserait la Force (cf. « en lui est la Force ») ; la Colonne J:. (Jakin) signifierait « maintenir en force ». Il s’agit d’établir ; il s’agit aussi de maintenir. Le Franc-maçon, comme l’Architecte, doit bâtir mais il doit aussi maintenir ce qu’il fait, affirmer son œuvre et sa validité et empêcher qu’elle soit détruite par qui que ce soit.

    La Corde à nœuds

    Au grade d’Apprenti, le « Tapis » ou « Tableau de Loge » est entouré d’une corde à nœuds. Ces nœuds entrelacés sont probablement l’image de l’union fraternelle qui lie par une chaîne indissoluble tous les Francs-maçons du globe.

    En suivant le contour du Carré long sur les côtés Nord, Est et Sud, la corde à nœuds délimite un enclos ouvert vers l’Ouest. C’est sur ce dernier côté qu’est figurée la porte, ouvrant le passage dans l’enclos sacré, cerné par la corde. Un tel enclos est dénommé « temenos », c’est-à-dire un lieu séparé et isolé. Ce terme est à l’origine du mot « temple ».

    Certains auteurs y ont vu une représentation de la chaîne d’union. Remarquons cependant que notre chaîne d’union est une boucle « fermée » tandis que la corde à nœuds est « ouverte ».

    Pour Benuraud et Brugnaux, la fonction de la corde à nœuds consiste à maintenir les différents éléments contenus dans l’enceinte du Temple. La corde à nœuds semble en effet bien protéger l’ensemble des outils et symboles représentés sur le Tableau de la Loge.

    Elle reste toujours « ouverte » vers l’Occident mais marque une limite à ne pas franchir en direction de l’Orient. Cette disposition ne nous indiquerait-elle pas que la lumière qui luit à l’Orient est sacrée, intouchable et inaccessible et que, par conséquent, la Vraie Lumière, c’est celle qu’il faut chercher ailleurs, au plus profond de soi-même ?

    Le Tableau de Loge apparaît comme un condensé des symboles essentiels d’un degré et devient ainsi un support efficace pour la réflexion du Franc-maçon à leur sujet. Image réduite des valeurs symboliques et mythiques de la Loge, il condense au centre du Temple, visible de tous par conséquent, l’essentiel de la Maçonnerie : la Lumière, la fraternité, le travail, l’égalité, l’axe et l’équilibre de la recherche initiatique depuis la Pierre brute jusqu’à la Pierre cubique, la protection du monde maçonnique contre le monde profane…

    Durant les Travaux, c’est le Tableau de Loge qui reçoit l’éclairage général de la Loge sans cacher le Pavé mosaïque qui y est dessiné. C’est un lieu sacré. C’est pourquoi nos déplacements s’effectuent tout autour de lui.

    Notre circumambulation autour de cet espace sacré a pour objectif de respecter au sein du Temple intérieur de chaque Initié la Lumière sacrée qui s’y trouve enfouie et qu’il recherche pour la cultiver, pour la faire grandir et pour la faire rayonner autour de soi.

    Nous avons ainsi pu découvrir qu’il y a entre les symboles pris en eux-mêmes, dans leurs rapports les uns avec les autres et dans leur relation à l’ensemble du Tableau, une sorte de lien interne et logique, une analogie, des correspondances. Mais remarquons que les trois Piliers n'y sont généralement pas représentés.

    Cette symbolique semble habitée par une certaine vision globale de l’univers et de l’homme, des relations entre l’univers et l’homme lui-même et dans leur relation avec ce qui dépasse et l’univers et l’homme : le Grand Architecte de l’Univers. Elle exprime une philosophie et peut éclairer le Franc-maçon dans sa réflexion et dans sa conduite.

    Au-delà du rang de Maître, les « Hauts Grades » font également usage des Tableaux de Loge, mais sous une forme symbolique plus épurée, rappelant davantage le degré atteint par rapport à l'Initiation dans sa globalité.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Page 151

     

    Daniel Béresniak - L'apprentissage maçonnique, une école de l'éveil ?

    Editions Detrad, Paris, 1983 - Pages 102 à 109

     

    Daniel BéresniakRites et Symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome I : « Les Loges Bleues » - Editions Detrad, Paris, 1997 - Page 67

     

    Berteaux RaoulLa symbolique au grade d’Apprenti

    Edimaf, Paris, 1986 - Pages 17 à 19

     

    Boucher JulesLa symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Page 129

    Guigue ChristianLa formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1995 - Page 273

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie - Tome 2

    Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Page 109

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy – Livres, Paris, 1988 - Page 39

     

    Tort-Nougues HenriLecture des Tableaux de Loge - Rite écossais

    Guy Trédaniel éditeur, Paris, 1999 - Pages 27

     

    Pour aller plus loin :

    Ariès François - Le Tableau de Loge et le Plan d’Œuvre

    Editions La Maison de Vie, Paris, 2008

     

    Le triangle

    Le positionnement des Officiers lors des Tenues dans le Temple fait apparaître une série de sept triangles virtuels :

    • le triangle de l’autorité (triangle ascendant) :

    Il est formé du Vénérable Maître du 1er Surveillant et du 2nd Surveillant.

    • le triangle de l’organisation de la Loge : (triangle descendant, inversé par rapport à celui de l’autorité)

    Il est formé du Couvreur, du Secrétaire et de l’Orateur.

    • le triangle de la connaissance:

    Il est formé du Vénérable Maître, du Secrétaire et de l’Orateur.

    • le triangle des moyens opérationnels:

    Il est formé du Vénérable Maître, de l’Hospitalier et du Trésorier.

    • le triangle de l’administration de la Loge:

    Il est formé du Vénérable Maître, du Secrétaire et du Trésorier.

    • le triangle de la force:

    Il est formé du Vénérable Maître, du 1er Surveillant et de l’Expert.

    • le triangle de la beauté:

    Il est formé du Vénérable Maître, du 2nd Surveillant et du Maître de la Colonne d’Harmonie.

     

    On nomme également « triangle » la réunion de trois Francs-maçons dont un au moins a le grade de Maître.

    Mais le triangle est avant tout une figure géométrique dont le symbole est très souvent utilisé dans l'univers de la Franc-maçonnerie. En relation très intime avec le Nombre Trois, le triangle est composé de trois côtés, trois angles et trois sommets. Ce systématisme trinitaire rappelle les choix mystiques et ésotériques de nombreuses civilisations avant la nôtre.

    Le triangle est au centre des formes géométriques qui sont utilisées dans la construction, par la simplicité de son principe et de ses particularités ainsi que par ses multiples possibilités d'adaptation et de complémentarité avec d'autres formes. Selon certains spécialistes, « les relations précieuses définissables entre les côtés, les angles, les hauteurs, les diagonales font du triangle un élément fondamental de toute méthode géométrique ».

    Dans la géométrie euclidienne, le triangle est le polygone de sustentation (base) le plus simple. Pour délimiter une portion d'espace, il faut utiliser un compas et tracer un cercle ou, au maximum, tracer trois droites.

    Les propriétés du triangle, la multiplicité de ses relations avec les autres figures, les relations précieuses définissables entre les côtés, les angles, les hauteurs, les diagonales, font du triangle l'élément privilégié de la géométrie. Les triangles peuvent être répartis en deux grandes familles :

    • les triangles isocèles ;
    • les triangles non isocèles, scalènes.

    Les triangles équilatéraux (dont les 3 côtés sont isométriques) sont en réalité des triangles isocèles particuliers.

    Les triangles rectangles peuvent être isocèles ou scalènes, selon les dimensions données à leurs côtés.

    Le triangle de Pythagore est un triangle rectangle dont les côtés sont dans le rapport de 3 à 4, ce qui donne nécessairement 5 pour l’hypoténuse (32 + 42 = 52).

    Le triangle de Pythagore a aussi une progression arithmétique de raison « 1 » : 3, 4, 5. On l'appelle quelque fois « Triangle d'or ».

    On ne peut s'empêcher de rattacher le Triangle à l’Équerre et au Compas qui sont parmi les symboles les plus essentiels de la symbolique maçonnique.

    • Le triangle équilatéral représenterait la forme élémentaire de la terre.
    • Le triangle rectangle représenterait l'esprit de l'eau.
    • Le triangle scalène représenterait l'esprit de l'air.
    • Le triangle isocèle représenterait le feu élémentaire.

    Remarquons que le triangle équilatéral symbolise souvent la trinité divine dans le catholicisme.

    Depuis la plus haute Antiquité, on confère au triangle isocèle une valeur éminemment symbolique. C'est une des raisons pour lesquelles on le retrouve au fronton de la plupart des édifices religieux de l'époque. Ce triangle isocèle doit avoir un angle supérieur de 108° et deux angles à la base ayant chacun 36°. On l'appelle « Triangle Divin ».

    Le Triangle Sublime est celui qui forme la pointe du Pentagramme, dont l'angle au sommet vaut 36° et les 2 angles de base 72° chacun.

    En Maçonnerie on peut faire correspondre les trois côtés du triangle à la formule : « Bien penser, bien dire, bien faire », ou à la devise : « Liberté, Egalité, Fraternité ».

    Les trois points du Triangle, nous dit Jean-Marie Ragon, peuvent aussi signifier « Passé, Présent, Avenir ». Un triangle entier peut désigner Dieu éternel ou l’Éternité.

    Les trois angles signifient encore Sagesse, Force, Beauté, attributs de Dieu. Ils signifient encore Sel, Soufre et Mercure, principes de l’œuvre de Dieu.

    Les côtés du triangle isocèle maçonnique signifieraient Lumière, Ténèbres et Durée. Dans ce ternaire cosmique, la Lumière et les Ténèbres correspondent aux côtés obliques isométriques qui s'équilibrent et se rejoignent au sommet ; le Temps ou la Durée formant la base du triangle.

    L'étude des propriétés du triangle a libéré l'homme de nombreuses contraintes et lui a permis d'accomplir sa mission telle que la définissent les textes bibliques : parfaire la création.

    Les trois points disposés en triangle sont couramment employés en Maçonnerie comme signe d'abréviation. C'est sans doute la raison pour laquelle les Francs-maçons sont souvent désignés sous l'épithète de « Frères Trois Points ». Cette épithète confirme toute l'importance des « trois points » en Maçonnerie : ils représentent le Delta lumineux, ce Triangle qui apparaît, au Rite Écossais Rectifié notamment, derrière et au-dessus du siège du Vénérable Maître, c'est-à-dire à l'Orient.

    Signalons enfin que le « montant du triangle » est une expression correspondant au prix à payer pour participer à un repas, à une conférence,…

    Le Delta

    En Franc-maçonnerie, le triangle est généralement dénommé DELTA, du nom de la lettre grecque en forme de triangle. Le Delta est susceptible de fournir au Franc-maçon les moyens de remporter une victoire sur lui-même car l'homme est quelque chose qui doit être surmonté.

    Le triangle renvoie au Nombre Trois et l’œil à la divinité-qui-voit-tout, au Soleil, source de vie et de lumière, ou à la conscience humaine. En Franc-maçonnerie, selon les obédiences, il est parfois compris comme le symbole du Grand Architecte de l'Univers.

    Delta est le nom de la lettre « d » grecque. Sa forme majuscule D est celle d'un triangle.

    Le Delta lumineux maçonnique porte souvent, en son centre, le Tétragramme sacré « I E V E », en lettres hébraïques YHWH (יהוה), ou bien l’Œil divin.

    * Vademecum de l'Apprenti au Rite Moderne (belge)

    L’œil symbolise :

    • sur le plan physique, le Soleil visible d'où émane la Vie et la Lumière ;
    • sur le plan astral, le Verbe, le Principe créateur ;
    • sur le plan spirituel ou divin, le Grand Architecte de l'Univers.

    Mais le triangle qui évoque l'idée de la trinité n'est pas une conception propre seulement à la religion chrétienne. On retrouve en effet la trinité dans la plupart des religions :

    • dans la Trimourti hindoue : Brahma (créateur), Vischnou (conservateur), Civa (destructeur) ;
    • dans des triades égyptiennes comme la Triade osirienne : Osiris, Isis, Horus.

    « Traditionnellement, nous dit Edouard Plantagenet, le Delta lumineux ou Delta sacré est un symbole composé se présentant sous la forme d'un triangle équilatéral ou rectangle, triangle au centre duquel apparaît un œil ou tétragramme sacré. »

    Quatrième lettre de l'alphabet grec, le Delta correspond à Daleth, 4ème lettre de l'alphabet hébreu et qui se dessine comme une équerre ! Or, Daleth signifie «porte». La porte, d'un point de vue symbolique, est le lieu de passage entre deux états, entre deux mondes, entre le connu et l'inconnu. Si la porte s'ouvre sur le mystère, elle est dynamique car elle indique le passage et invite à le franchir. C'est l'invitation au voyage !

    Dans le symbolisme maçonnique, la Porte du Temple placée entre deux Colonnes s'ouvre dans une façade surmontée d'un fronton triangulaire. Ainsi se trouvent réunis le Triangle qui témoigne pour le savoir et pour les premiers efforts de l'homme pour dominer le monde et la Porte, invitation au voyage, qui témoigne pour le passage de l'état animal à l'état spirituel.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 159 et 160

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 86 à 94

     

    Patrick Geay - Mystères et significations du Temple maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1997 - Pages 50 à 56

     

    Guigue Christian - La formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1996 - Page 279

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie

    Tome 2 - Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Pages 107 et 108 ; 114

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy – Livres, Paris, 1988 - Pages 142 et 143

     

    Tort-Nougues Henri - Lecture des Tableaux de Loge

    Guy Trédaniel Editeur, Paris, 1999 - Pages 28 et 29

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 32 ; 201 et 202 ; 210 et 211

     

    Pour aller plus loin :

    Jumeau OlivierLe Delta, la pensée ternaire

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 2001

     

    Les Grenades

    Il faut un certain temps à tout nouvel Initié pour remarquer la présence des Grenades au sommet des deux Colonnes dessinées sur le Tapis ou Tableau de Loge d'Apprentis puis d'en constater également la présence au sommet des Colonnes à l'entrée de la Loge. C’est déjà plus évident lorsqu’elles sont coloriées en rouge sur le Tapis.

    Luc Nefontaine nous précise que les Grenades se retrouvent au sommet de chaque Colonne et sont liées primitivement au symbolisme de la construction du Temple.

    Exposée dans l'ouvrage de Luc Nefontaine cité en références, la typologie de Raoul Berteaux, limitée aux symboles mis en œuvre lors du tuilage et des Initiations, ne mentionne pas les Grenades.

    Les symboles « graphiques »,  pourtant plus nombreux, et qui font partie du décor de la Loge, ne sont pas mentionnés dans cette typologie. Faudrait-il dès lors accorder moins d'importance à ce symbole ?

    D'après la Bible (Livre des Rois, VII, 18-20), des grenades ornaient les énormes chapiteaux de bronze surmontant les colonnes de ce même métal, à l'entrée du Temple de Salomon.

    Edouard E. Plantagenet nous propose un extrait assez significatif de ce chapitre de la Bible : (Paragraphe 20)

    « Or les chapiteaux étaient sur les deux colonnes ; ils étaient au-dessus, depuis l'endroit du ventre qui était au-delà des rets. Il y avait 200 pommes de grenades, disposées par rangs tout autour ».

    La seule constatation à formuler serait la similitude entre les Colonnes du Temple du Roi Salomon et les Colonnes qui décorent l'entrée des Loges : elles sont surmontées de chapiteaux décorés de lys et de grenades.

    Bernard Baudouin remarque que la Grenade est souvent citée dans les Écritures et qu'on la trouve à plusieurs reprises en référence, au sein du Temple maçonnique, précisément au faite de chaque Colonne où sa forme de vase arrondi est caractéristique.

    Selon Bernard Baudouin, la grenade est un fruit classiquement considéré comme un symbole de fertilité. Elle symboliserait la fécondité et aurait une connotation sexuelle.

    Luc Nefontaine, considérant le mot au pluriel, nous dit que « les Grenades peuvent symboliser le mystère de la génération ». Selon Jean-Marie Ragon, cité par Edouard Plantagenet « un millier de pépins contenus dans un même fruit, un même germe, une même substance, un même asile, image du peuple Maçon, qui, tout multiplié qu'il est, ne fait qu'une seule et même famille. C'est ainsi que la pomme de grenade devient l'emblème de l'harmonie sociale ».

    Wirth Oswald évoque ce symbole par l'expression « Les Grenades de l'amitié ». Cet auteur nous apporte encore une précision à propos du symbolisme des Grenades dans un chapitre à propos du Temple : « La Porte s'ouvrira à l'Occident, entre deux colonnes creuses, aux chapiteaux ornés de lys égyptiens et couronnés de pommes de grenade entrouvertes ; ces fruits aux grains symétriquement rangés rappellent la famille maçonnique, dont tous les membres sont harmonieusement reliés par l'esprit d'ordre et de fraternité ».

    Bien que la grenade ne soit pas citée parmi les exemples de symboles d'origine religieuse par Luc Nefontaine, c'est pourtant son symbolisme religieux que Jules Boucher considère en priorité.

    « Ce fruit dont les grains sont si nombreux, dit le pape saint Grégoire, symbolise la charité qui contient tant de vertus ».

    « La Grenade qui, sous son écorce cache tant de grains succulents, symbolise l'humilité », dit Mgr Barbier de Montault. Ce même auteur en fait aussi l'emblème de la papauté qui exprime l'union de tous les enfants de l'Eglise dans son giron maternel.

    Angélo de Bubernatis a bien pénétré le sens de la Grenade : « Le grand nombre de graines que le fruit du grenadier contient, l'a fait adopter, dans la symbolique populaire, comme le représentant de la fécondité, de la génération et de la richesse ».

    Toujours selon Angélo de Bubernatis,  « on prétend que le fruit donné par Ève à Adam et par Pâris à Vénus n'était pas une pomme mais une grenade et qu'il faut presque toujours sous-entendre la grenade lorsqu'il est fait mention d'une pomme dans les mythes et dans les usages populaires qui se rapportent au mariage ».

    Ce symbolisme sexuel et de fécondité serait à coup sûr le plus exact et c'est celui que retient Jules Boucher avec le plus de certitude.

    « En Franc-maçonnerie nous dit encore Jules Boucher, les graines de la grenade, noyées dans une pulpe transparente, symbolisent les Francs-maçons unis entre eux par un idéal commun ».

    La présence de ce fruit dans l'univers maçonnique est sans aucun doute due au nombre surprenant et surtout à l'ordonnancement symétrique de ses graines. Jules Boucher résume ses propos en disant qu’en Franc-maçonnerie, les Grenades symbolisent la multiplication et l'union.

    Les Grenades constituent un symbole important bien que placées très discrètement au sommet des deux Colonnes. C’est peut-être pour compenser cette discrétion qu'elles ont parfois été coloriées en rouge sur le Tableau de Loge. Si l'écorce de la racine du grenadier est toxique, il nous est par conséquent loisible d'imaginer que la grenade doit nous faire comprendre que les Francs-maçons sont issus d'un monde mauvais par essence et qu'ils doivent s'élever vers la perfection.

    Le nombre impressionnant de graines que renferme la grenade peut ainsi être associé aux très nombreux Francs-maçons qui tentent d'améliorer notre monde en commençant par leur amélioration personnelle.

    Ces graines peuvent évoquer en nous le concept de fraternité, les liens étroits entre tous les Frères, l'idée d'une grande famille et surtout l'esprit solidaire qui doit régner au sein de cette famille qu'est la Franc-maçonnerie. 

    Mais les Grenades entrouvertes au sommet de nos deux Colonnes semblent aussi présentes pour nous encourager à la fécondité de nos Travaux.

    L'ordonnancement des graines de la grenade pourrait également nous faire songer à l'interdépendance des êtres. Comme des atomes dans le déterminisme universel, les graines des grenades peuvent en effet nous aider à comprendre le caractère chimérique et illusoire de l'individualisme à outrance.

    La Grenade pourrait aussi nous apparaître comme une forme naturelle de la solidarité, celle qui résulte des lois de la nature, de l'ordre cosmique.

    Enfin, n'est-il pas utile de rappeler que la Franc-maçonnerie est l'école de la solidarité en voie de réalisation et que son but, à cet égard, c'est que les hommes, connaissant et aimant le lien qui les unit dans la Nature et dans la Société, s'accoutument à se traiter en Frères, à agir chaque jour comme tels.

    Mais la fraternité dans les mots n'a aucune portée si elle n'exprime pas celle des cœurs : rien n'est fait si le Franc-maçon n'a pas pris l'habitude de vivre à l'égard de ses semblables dans un état de sympathie et de bienveillance qui devient le diapason de son caractère car la Franc-maçonnerie ne comporte pas seulement un accroissement de connaissances et de culture intime, elle implique l'amour sincère de tout ce que l'on considère vrai, juste et beau.

    Se traiter réciproquement en amis, en Frères, cela implique qu'on s'aimera les uns les autres !

      

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Page 75

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 142 et 143

     

    de Bubernatis Angélo - Mythologie des plantes

    1882, Tome II, page 167

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie

    Tome 2 - Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Page 108

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy – Livres, Paris, 1988 - Page 125

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 85 et 210

     

    Les trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie

    Les Francs-maçons travaillent dans une Loge où la lumière est présente sous différentes formes et sous différents noms.

    Ce symbole est particulièrement mis en valeur sous la forme des « Trois Grandes Lumières » dont l’identification est fondamentale pour bien préciser la nature de la quête initiatique.

    Le Volume ou le Livre de la Loi sacrée occupe une place éminente dans la spiritualité initiatique de notre Ordre. D'abord il forme avec les outils du métier que sont l’Equerre et le Compas, les « Trois Grandes Lumières » disposées sur l’Autel des Loges et c’est en contractant ses Obligations sur ces « Trois Grandes Lumières » que le profane est reçu Franc-maçon.

    La prise d’Obligation, renouvelée lors du passage des différents grades est, avant toute chose, un acte de fidélité à la Tradition dont le Volume de la Loi sacrée est le témoin.

    Avant l’allumage des cierges, le Vénérable Maître s’arrête devant l’Autel pour ouvrir le Volume de la Loi Sacrée et y disposer l’Equerre et le Compas. Il proclame ensuite « Que la vraie Lumière éclaire cette Loge ! ».

    Dans le respect de la Tradition, tentons de préciser les concepts de « Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie », de « Volume de la Loi sacrée » ainsi que d’Équerre et de Compas, ces deux derniers symboles étant généralement considérés comme les plus connus du monde profane.

    La Tradition

    La Tradition a pour fondement la révélation du Principe Divin transcendant et le terme de révélation contient l’idée de manifestation de ce Principe créateur et ordonnateur. En Franc-maçonnerie, la référence à la Tradition fondée sur la révélation primordiale du Principe transcendant, se fait en dehors de toute exigence dogmatique ou de tout présupposé confessionnel.

    Il ne peut y avoir de Maçonnerie authentique sans la présence du Volume de la Loi sacrée sur l’Autel durant la Tenue. Le Volume de la Loi sacrée peut être soit la Bible, soit tout autre livre inspiré et représentatif d’un grand mouvement mystique (le Coran, les Veda, l’Avesta), soit tout écrit relatant les révélations du Verbe créateur.

    Mais nul ne peut méconnaître à quel point la Bible – et l’Évangile de Jean en particulier – concourent à la construction de l’ésotérisme maçonnique. C’est là que réside tout le symbolisme de la « Parole Perdue » qui rejoint, en différents aspects, le mythe de l’origine et la perfection de la Création.

    Tradition et Volume de la Loi Sacrée sont donc très intimement liés. Celui-ci est le témoin de différentes alliances, et l’une d’entre elles, l’alliance noachite, a permis, dans l’esprit des premiers Maçons spéculatifs de l’Angleterre du début du 18ème siècle, d’inscrire la Franc-maçonnerie et sa finalité spirituelle dans l'alliance la plus large qui ait été contractée entre Dieu et l'homme.

    En inscrivant la Franc-maçonnerie dans la perspective de l’alliance noachite, Anderson et Désaguliers ont fait du Noé biblique, ouvrier de Dieu – Grand Architecte de l’Univers, la figure symbolique de ce que nous aspirons à devenir : des éléments utiles de la construction universelle, des collaborateurs du Grand Œuvre, des pierres vivantes de ce Temple dont la Vérité transcendante, qui inspire et protège les Travaux des Maçons, est la clé de voûte.

    C’est donc bien parce que les outils de la construction, que sont l’Equerre et le Compas, sont liés au Livre de la Loi sacrée, qui renferme la Loi Morale, que nous pouvons édifier notre Temple intérieur, celui de l’esprit, en conformité avec le plan du Grand Architecte.

    La Grande Loge Régulière de Belgique travaille à la gloire du Grand Architecte de l’Univers, Principe transcendant qui fonde et éclaire l’ascèse initiatique. Sans cette affirmation première, il n’y aurait pas de filiation traditionnelle, pas de rattachement à une Loi Morale dont le Livre est le symbole.

    La plus ancienne tradition maçonnique, attestée par les Manuscrits des Anciens Devoirs et les Constitutions d’Anderson, établit très clairement que Dieu est Grand Architecte de l’Univers, le Dieu biblique, le Dieu qui contracte l’alliance avec Noé l’homme juste.

    Cette tradition postule également que toute Initiation régulièrement transmise suppose non seulement l’invocation au Grand Architecte de l’Univers, mais aussi le rattachement à l’Ordre par la prise d’Obligation sur les trois Grandes Lumières, où les outils de la construction, symboles d’édification spirituelle, sont unis au Volume de la Loi Sacrée, véhicule de la Tradition dont le Grand Architecte est le Principe. Ce sont là les bornes de cette Tradition que nous devons maintenir vivante et transmettre à notre tour.

    Le Volume de la Loi sacrée

    Sous l'influence prédominante de l'idée chrétienne en Occident, nos aînés ont cru devoir choisir la Bible pour perpétuer au sein de la Maçonnerie le souvenir d'un enseignement que l'on pourrait synthétiser comme ceci : l'homme est un pont et non un but. Il est un passage et un déclin : le maillon d'une chaîne infinie.

    Pour les Anglo-Saxons, c'est la Bible qui doit se trouver ouverte sur l'Autel. Si cette règle n'était pas observée, l'Obédience réfractaire serait déclarée « irrégulière ».

    En imposant la Bible, les Anglo-Saxons précisent bien qu'il s'agit de l'Ancien Testament. Mais dans certaines Loges, la Bible est ouverte au Prologue de Jean, à la première Page de l'Evangile de Jean, souvent qualifié d'Evangile de l'Esprit.

    L'Évangile de Jean et tout particulièrement les cinq premiers versets du Prologue rappellent l’œuvre du Verbe « existentiateur » : « Tout fut par lui, et rien de ce qui fut ne fut sans lui » (Jean 1-3).

    Ce rappel est essentiel puisque nous cherchons à œuvrer sous l’inspiration de cette Sagesse qui était auprès de Dieu comme Architecte, comme le dit le Livre des Proverbes.

    La Bible en soi, en tant qu'accessoire rituel, ne se prête à aucune interprétation. Sa présence dans l'Atelier ne se justifie que par le désir de ne pas laisser s'estomper l'annonce de l'approche de la Lumière par saint Jean.

    Le Livre ou le Volume de la Loi Sacrée contient la Loi Morale dont les deux colonnes sont la justice et l’amour, Loi Morale qui donne son sens à l’action de l’Equerre, symbole de l’intelligence éclairant l’esprit. Inversement, parce que les relations Équerre – Compas – Livre ne sont pas à sens unique, le Compas, en éclairant l’esprit par l’intelligence, permet une lecture symbolique de la Loi Morale contenue dans le Livre, où la lettre est elle-même un pont pour l’esprit.

    C'est parce que le Volume de la Sainte Loi symbolise la Loi elle-même qu'elle figure sur l'Autel. Etant la Loi, il est normal qu'elle occupe une position « centrale » pendant les Tenues.

    Nous utilisons l'expression « Volume de la Loi sacrée » mais c'est bien un livre qui se trouve sur l'Autel. Le mot « Volume » veut dire « rouleau ». C'est une référence à des rouleaux traditionnels, une référence aux rouleaux de la Bible chrétienne qui ont été précédés par les rouleaux de la Loi juive. Ces rouleaux étaient un support fait de parchemin spécialement traité : l'objet le plus saint des objets du culte pour les Juifs, un objet qu'on ne touche jamais avec les mains nues.

    De la première à la dernière lettre, son contenu c'est la Parole divine. C'est le Sepher Torah, le Livre de la Loi où est inscrit le « plan du monde, le code génétique de la création ». Ce contenu, c'est la Loi. Mais qu'est-ce que la Loi ?

    Le mot « Loi » correspond à bien des termes bibliques, qu'ils soient hébreux ou grecs. Il peut s'agir des principes de la nature qui émanent du Créateur ou des règles imposées aux hommes.

    Toutes ces lois sont l'expression d'une seule Loi, qui est la volonté divine transmise par l'écriture, « la parole divine qui git dans le cœur de l'homme ».

    La Bible porte donc en Loge le nom de « Volume de la Sainte Loi » ou « Volume de la Loi Sacrée ». Avec l’Equerre et le Compas, elle est la première de ce que l’on nomme les « Trois Grandes Lumières » de la Maçonnerie universelle.

    L’Équerre et le Compas

    Ces deux instruments de géomètre sont le plus souvent associés dans le symbolisme maçonnique.

    L’Équerre est l’un des instruments emblématiques les plus souvent cités dès lors qu’on évoque la Franc-maçonnerie. Au même titre que le Compas, elle fait référence aux confréries professionnelles des bâtisseurs de cathédrales et constitue avec elles un lien essentiel.

    Mieux, l’Equerre se veut aussi en relation avec la Grèce antique et le Nombre d’Or de Pythagore, sans oublier certaines pratiques lointaines des constructeurs de pyramides dans l’Egypte ancienne.

    Pour qu’une construction soit solide, il faut éviter les pierres difformes, irrégulières, pour ne garder que les pierres à angles droits.

    Il est donc nécessaire de vérifier ces angles par l’Equerre. Dans la construction de l’édifice maçonnique, l’Equerre vérifie la droiture des angles, quel que soit le principe qui les ancre dans la matière.

    Dans la vie du bâtisseur, l’Equerre est cet outil qui donne ou vérifie sans cesse la même valeur. Elle ne pouvait qu’être utilisée symboliquement pour signifier la justesse puis la justice, la rigueur dans le comportement, l’honnêteté, la probité.

    Symboliquement, l’Equerre est des plus évocatrices, et ce à plusieurs titres. Elle marie harmonieusement le plan vertical et le plan horizontal, réalisant ainsi la synthèse entre deux dimensions ayant souvent des difficultés à se rencontrer.

    L’Équerre traite implicitement de l’attitude et des actes relatifs au comportement moral et physique. D’où l’expression « rectitude morale » ou encore « agir selon l’équerre » qui se rapportent à cet idéal de perfection que doit atteindre le Maçon. Les lignes droites de l’équerre sont en effet l’émanation de la rectitude comme de la droiture, tant du point de vue physique de la plus concrète des manières que sur le plan spirituel. Les axes sont sans équivoque, les lignes tracées avec pureté… autant d’éléments induisant et incitant à une ligne de conduite d’une parfaite clarté et d’une grande luminosité.

    L’Équerre évoque donc la droiture, implique une idée de rectitude, de rigueur, de précision dans la pensée et dans les actes. Avec elle, la discussion ne peut exister. Ou bien l’angle est bon, ou bien il est à refaire. C’est vraisemblablement pour cette raison que l’on fait généralement correspondre l’Equerre à la matière. Cependant, il ne faut pas oublier que le Maçon travaille en priorité sur lui-même, sur son esprit, sur son âme.

    Pour Oswald Wirth, l’Equerre, qui sert à contrôler la justesse du travail, symbolise l'équilibre résultant de l'actif et du passif. Mais, par contre pour Jules Boucher, par son manque de symétrie (contrairement au Tau grec), l'Équerre traduirait plutôt un état actif et dynamique.

    En astrologie, l'Équerre se rapporterait à la Matière qu'elle symbolise, rectifie et ordonne. L’Équerre représenterait l'action de l'Homme sur la Matière et l'action de l'Homme sur lui-même. Se rapportant à la Matière, l’Équerre est passive.

    Le Franc-maçon se doit d’être d’Équerre, c’est-à-dire droit dans ses pensées, ses paroles et ses actes. C’est la Loi Morale maçonnique, symbolisée par l’alphabet secret qui est réalisé à partir de l’Equerre. Nés de celle-ci, les mots ne peuvent prêter à confusion, ayant été soigneusement pesés, mesurés, par celui qui les prononce ou les écrit afin d’être en accord avec la pensée.

    Cette Morale maçonnique est le prolongement de la volonté des bâtisseurs de vivre selon une éthique basée sur le respect des us et coutumes, le respect d’autrui, le sens du secret, la glorification du travail… L’Équerre est ainsi devenue le symbole du Métier.

    L’Apprenti ne peut que dégrossir sa Pierre brute car il n’a pas connaissance de cet instrument. Par son usage dans la vérification de l’angle droit, l’Equerre sert au Compagnon pour s’assurer de la perfection de son ouvrage. Ce n’est que lorsqu’il aura accompli un certain voyage qu’il pourra juger de la rectitude des angles de la pierre cubique et de la perpendicularité de ses faces.

    L’Équerre permet donc au Compagnon de contrôler la coupe des pierres qui doivent être strictement rectangulaires pour s’ajuster entre elles avec exactitude. L’Équerre détermine ainsi symboliquement les conditions de sociabilité.

    Emblème de la sagesse, elle enseigne que la perfection consiste pour l’individu dans la justesse avec laquelle il tient sa place dans la société. L’Équerre nous astreint à nous corriger des défauts qui nous empêcheraient de tenir exactement notre place dans la construction humanitaire.

    Pour Edouard Plantagenet, « l’Equerre permet au Compagnon de donner aux mots leur sens propre afin qu’ils n’expriment plus que des idées précises et que les raisonnements qui s’édifient sur leur base soient aussi solides, aussi rigoureusement justes dans leurs formes, que les pierres du Temple, dont la juxtaposition parfaite est le gage essentiel de l’équilibre de la construction ».

    La Franc-maçonnerie se fixant pour objectif l’édification du Temple de l’Humanité à commencer par l’édification de notre propre temple intérieur, l’Equerre est là pour nous rappeler que nous avons à tailler notre pierre de la manière la plus parfaite possible à l’aide des outils qui nous ont été fournis. C’est dire que notre comportement doit être le meilleur, le plus droit possible.

    Instrument fixe, l'Équerre est indispensable pour transformer la Pierre brute en hexaèdre parfait. Elle symboliserait donc bien la droiture morale, la rectitude dans l'action, l'incitation à parfaire le travail entrepris.

    Par ailleurs, la présence de l’Equerre sur le Volume de la Loi sacrée ne nous rappelle-t-elle pas aussi la finalité – provisoire – de notre travail d'Apprentis : devenir des Pierres bien taillées ? Ne nous incite-t-elle pas tous à bien nous former, à être droits dans nos actions, de sorte que nous soyons aptes à participer à l'édification du Temple idéal dont nous devrions devenir les pierres parfaites ?

    En tant qu'outil, le compas n'est apparu que tardivement. Les architectes égyptiens ne semblaient pas le connaitre en tant que tel car, pour les tracés géométriques, ils employaient un cordeau. Cependant, le compas semble être l'un des instruments les plus anciens que l'homme ait inventé lorsqu'il eut acquis la notion du cercle. Muni de deux pointes sèches, cet outil sert à comparer des grandeurs. Avec une pointe traçante, il peut aussi tracer des cercles, des arcs, des rosaces…

    Le compas est un instrument qui a rendu possible la construction d’arcs de cercle, d’ellipses, de spirales, de labyrinthes. Remarquons qu’il permet de construire des figures qui servent de base aux systèmes de mesure du temps, comme modèles d’unité, comme modèles cosmogoniques et architecturaux.

    Il est aussi utile à qui veut construire des formes géométriques, à prendre et à reporter des mesures avec une très grande précision, à reporter des valeurs du plan à l’ouvrage, d’un lieu à l’autre de l’édifice qu’on bâtit, d’une figure géométrique à une autre figure géométrique.

    Le compas est l'outil de la création, l'outil de traçage par excellence. Il permet d'évoquer, dans la matière d’œuvre, les premières traces des formes à venir et de dessiner les principes du travail futur. Il laisse dans la matière une légère empreinte à partir de laquelle s'effectuera le travail.

    Depuis l’époque lointaine des bâtisseurs de cathédrales, en plus de sa fonction première d’instrument de mesure, le compas s’auréole dans l’univers maçonnique d’une valeur symbolique de première importance. Il le doit d’abord à la variabilité de son utilisation. A ce titre, il se révèle être d’une très grande souplesse et démontre des qualités infinies.

    Par analogie, il exprime symboliquement les multiples capacités de celui qui l’utilise. C’est pourquoi, faisant référence à ses différentes possibilités d’ouverture et de changement d’angle, le monde maçonnique en a fait l’instrument de la raison et, par extension logique, l’instrument de la Sagesse.

    Le Compas est, de nos jours, le bijou du Grand Maître de l’obédience. Autrefois, il constituait un emblème d’une puissance considérable.

    En tant qu’outil utilisé dans l’art de bâtir des chefs d’œuvre élevés à la gloire de l’Éternel, le Compas devint le symbole le plus important du fait de sa correspondance avec la création et le Créateur. Tout naturellement, il fut attribué à Dieu, l’architecte des architectes. Le Moyen Age représentait volontiers Dieu sous la forme d’un architecte tenant dans la main un compas et dessinant le monde.

    Dans la symbolique, le Compas est un élément qui présente des aspects surprenants.

    En piquant l’une des branches de cet outil, il crée le point d’origine de la vie, celui de l’incarnation d’un nouvel homme en quête de perfection dont il circonscrit le destin terrestre en traçant le cercle. Mais le mouvement de cette quête peut être prolongé.

    Dans une évolution continue, le cercle se transforme en une spirale dynamique projetée dans l’espace de sorte que le mouvement circulaire se poursuive jusqu’à ce que l’architecte céleste daigne interrompre cette course incessante vers la Lumière.

    Puisqu’il permet le tracé d’une figure géométrique qui n’a ni commencement ni fin, le Compas peut évoquer l’éternité, les cycles du temps sans cesse renouvelés. Le Maître de la Loge se voit ainsi intégré à une longue chaîne, héritant d’un Atelier construit par ses prédécesseurs et préparant le Travail de ses successeurs.

    En traçant des cercles, le compas tourne autour d'un axe et détermine des figures. Ce faisant, il détermine un espace qu'il enferme. Il devient ainsi le symbole de l'espace lui-même et de tous les aspects liés à l'espace comme par exemple le ciel.

    Par transposition, il devient le symbole de la puissance qui y réside. Il est aussi le symbole de la rigueur par l'aspect clos et simple de la figure ainsi tracée.

    Le Compas est aussi considéré comme l’emblème du savoir. Il est dès lors devenu l’image de la pensée dessinant les cercles du monde. Il est l’attribut des activités créatrices.

    Outil qui permet à l'architecte de manifester sa pensée, le Compas est ainsi devenu le symbole de l'Esprit, de la transcendance, du pouvoir qui agit sur le monde, le symbole de la Connaissance, sa puissance et sa source.

    L’ouverture des branches du Compas est utilisée en Maçonnerie pour exprimer un état de Connaissance.

    Son degré d'ouverture est traditionnellement symbolique de l'étendue du pouvoir sur la matière et par-là de la domination plus ou moins grande que l'on peut y exercer. Il apprend au Néophyte que l’on n’accède à la vérité que par étapes.

    Le Compas est aussi le symbole du Verbe créateur car outil « actif » par excellence. Outil de la création, outil de la rigueur, le Compas symbolise la justesse de l'Esprit, l'Esprit lui-même qui se manifeste, sous l'aspect de la géométrie. Il évoque ainsi la Sagesse qui mesure l’acte et toute pensée à leur juste valeur.

    Selon Jules Boucher, « le Compas est l'image de la pensée dans les divers cercles qu'elle parcourt. Les écartements de ses branches et leurs rapprochements figurent les divers modes du raisonnement ». Pour Oswald Wirth, « le Compas est le symbole du Relatif ».

    Le compas a des limites dans son utilisation : tant que l'écartement de ses branches est inférieur à 180°, il peut nous aider à tracer un très grand nombre de cercles. Arrivé à 180° d'écartement, le compas devient une ligne droite et n'a plus aucune possibilité effective.

    Ce n’est pas un hasard si c’est le compas qui trace la figure géométrique parfaite qu’est le cercle dont les civilisations les plus anciennes ont fait le symbole solaire par excellence.

    Si des écrivains « modernes », comme Jean-Marie Ragon ou Oswald Wirth, ont vu dans le Compas un symbole de l’esprit ou du raisonnement, les Maçons du 18ème siècle donnaient à cet outil une valeur morale, en ce sens où il s’appliquait au comportement du Maçon envers les autres hommes et plus particulièrement envers ses Frères.

    Jean-Marie Ragon a dit du Compas « qu’une de ses branches étant fixée, elle forme un point central autour de laquelle l’autre branche peut, en variant son écartement, décrire des cercles sans nombre, symboles de nos Loges et de la Maçonnerie dont l’étendue peut être indéfinie ».

    Pour Edouard Plantagenet, c’est Oswald Wirth qui en aurait formulé la définition la plus vivante et la plus juste : « Le Compas symbolise la mesure dans la recherche de la vérité ».

    Très intéressante aussi est l’explication d’Amélie Gedalge qui voit dans le cercle centré par le point l'emblème solaire par excellence, repris par l’Astrologie Traditionnelle. Le cercle centré par le point est la première figure qui peut être tracée à l'aide du compas. Cette figure combine le Cercle (infini) avec le point (symbole du début de toute manifestation).

    Le Compas évoque la Géométrie puis par glissement la Connaissance. Il ne s’agit pas ici d’un savoir exotérique, accessible au commun des mortels, mais au contraire d’une connaissance ésotérique, rendue possible par l’Initiation. Le Compas correspond à une connaissance sacrée ou à une connaissance du sacré.

    L’image du Compas, prise isolément, représente aussi la géométrie, l’astronomie, l’architecture, la géographie.

    En iconographie, le Compas est utilisé comme emblème de la prudence, de la justice, de la tempérance, de la véracité, toutes vertus fondées sur l’esprit de mesure.

    Le Compas, permettant de dessiner le cercle, symbole du ciel, va acquérir un caractère céleste, d’où son attribution au Grand Architecte de l’Univers.

    Par ses pointes, le compas indique son emprise sur la matière, du moins tant que l'écartement de ses branches est inférieur à 180°. Mais la Franc-maçonnerie limite l’ouverture des branches à 90°, ce qui peut signifier que l’homme ne peut posséder une connaissance pleine et entière, que son esprit est naturellement prisonnier de la matière et qu’il ne peut s’en libérer totalement. Si l’homme est esprit, il est aussi fait de chair, symboliquement issue de la Terre. La nature humaine ne peut donc et ne doit s’éloigner de la réalité.

    Ouvert à 90°, comme l’Equerre, le Compas signifie l’être évolué qui est parvenu à trouver l’harmonie entre le réel et le spirituel. Entre le 0° de l’ignorance et le 180° de la Connaissance totale, de la Lumière divine, le Compas ouvert à 90° est le Milieu, le refus des extrêmes. Il représente alors la Sagesse.

    Instrument mobile, le Compas pourrait aussi représenter la mesure et la rigueur dans la recherche et dans l'action, la recherche de l'exactitude qui doit désormais régler nos pensées et nos actions. Il symboliserait donc l'acte réfléchi et contrôlé.

    Dès lors, le Compas ne nous incite-t-il pas à agir avec mesure et prudence, à réfléchir avant d'agir ? Plutôt que de l'utiliser symboliquement à tracer des limites autour de nous, ne conviendrait-il pas de songer davantage à son sens d’ouverture et de s'en servir pour élargir le champ de nos relations fraternelles ?

    Trois symboles réunis sur l’Autel des serments

    Lors de l’Ouverture des Travaux, le Vénérable s’arrête donc devant l’Autel pour y disposer correctement les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie. Il ouvre le Volume de la Loi Sacrée et y dépose l’Equerre et le Compas. Sur la Bible ouverte au Prologue de Saint Jean, l’Equerre et le Compas peuvent être placés de trois façons différentes mais le Compas est toujours ouvert à 45°. Ces dispositions évoquent un progrès moral ou une hiérarchie de valeurs. Elles constituent en quelque sorte des sigles distinctifs de chacun des trois degrés et procèdent de l’allégorie.

    * Vademecum de l'Apprenti au Rite Moderne (belge)

    La Bible est couverte de l’Equerre et du Compas juxtaposés. Nous sommes en présence d’un modèle symbolique universel. Dans ce modèle binaire, l’Equerre est associée à la partie matérielle du Cosmos, c’est-à-dire pour nous la Terre, tandis que le Compas est associé au cercle, aux Cieux, à l’esprit. L’Équerre est donc l’emblème de l’homme et le Compas celui du Grand Architecte de l’Univers.

    Au grade d’Apprenti

    Au grade d'Apprenti, l’Équerre couvre les deux branches du Compas. Il semblerait que ce soit pour indiquer qu'à ce grade on ne peut demander plus du Néophyte que SINCÉRITÉ et CONFIANCE, conséquences naturelles de la droiture et de la rectitude.

    Effectivement, on ne peut pas déjà demander à l’Apprenti la Sagesse qu’il n’a pas encore acquise. Sa probité et sa rectitude naturelles sont tout ce que les Maîtres attendent de lui, principalement le Second Surveillant. La matière prime sur l’Esprit.

    Par cette disposition, on signifie à l’Apprenti qu’il œuvre sur la matière. Son rôle consiste à dégrossir la Pierre brute avec les seuls outils dont il dispose, le Maillet et le Ciseau. Il ne sait pas ce que sera l’édifice car il n’a pas eu connaissance des plans.

    Au grade de Compagnon

    Au grade de Compagnon, l’Équerre est entrecroisée, entrelacée avec le Compas. Il semble qu’une des branches du Compas couvre l’Équerre pour indiquer que l'Initié poursuit sa tâche avec SINCÉRITÉ et DISCERNEMENT.

    La Pierre brute s’efface pour laisser place à la Pierre cubique. Tous ses côtés sont isométriques, vérifiés par le Compas. Les angles sont droits, comme l’indique l’Equerre. L’esprit et la matière s’équilibrent.

    Le Compagnon a consulté les plans établis par les Maîtres et peut donc les exécuter. Cependant, il n’est pas encore prêt. Sa formation personnelle n’est pas achevée. Aussi doit-il continuer à tailler sa pierre afin de la rendre cubique pour qu’elle puisse s’intégrer à la construction.

    Au grade de Maître

    Au grade de Maître, l’Équerre se trouve sous le Compas car l'Initié poursuit sa tâche avec DISCERNEMENT et JUSTICE.

    Au troisième degré, le Maître travaille sur la Planche à tracer. Il n’est pas en contact direct avec la matière sauf pour la contrôler. Il utilise la Planche à Tracer pour établir des plans. Il évolue dans le monde des idées. Mais de par ses connaissances acquises, il est capable, sur le papier, de signifier ce que sera la matière. Le Maître ne rejette évidemment pas le matériel : il le domine, l’utilise à bon escient.

    Il faut encore remarquer que les pointes du Compas sont tournées vers le bas et que l’Equerre est toujours ouverte vers le haut. Cela signifie que le Maçon ne doit pas se comporter en pur esprit mais au contraire mettre en application ce qu’il découvre ou apprend. Demeurer dans le domaine purement spéculatif est un comportement stérile, sans réelle utilité. D'autre part, il ne doit pas rester prisonnier de la matière mais il doit s'efforcer de la dominer en s'élevant lui-même afin de vivre en harmonie avec le monde.

    Tel est, en synthèse, le sens moral de ces symboles, proposé à la fois par Edouard Plantagenet et par Jean Ferré.

    Mais quels sont les aspects métaphysiques de ces symboles ?

    Aspects métaphysiques

    Selon Jules Boucher, le Compas symbolise l'Esprit ; l’Équerre symbolise la Matière. Dès lors :

    • au premier degré, la Matière domine l'Esprit ;
    • au deuxième degré, ces deux forces s'équilibrent ;
    • au troisième degré, l'Esprit survole la Matière et la transcende.

    Seulement ouvert à 45°, le Compas indique que la domination de l'Esprit sur la Matière n'est que relative. Du point de vue symbolique, on ne peut accorder une valeur plus grande à l’un des instruments par rapport à l’autre sans briser le symbole.

    L’image de l’Equerre et du Compas entrecroisés est compagnonnique. Toutes les institutions compagnonniques se représentent dans cette image. Elle allégorise le message essentiel de l’enseignement compagnonnique. L’esprit qui conçoit et la main qui fabrique se complètent et sont impuissants séparément. Il s’ensuit que le savoir-faire, l’idéal du Compagnon, est une réalité indissociable. Il est inconcevable, par conséquent, d’admettre la prééminence du savoir sur le faire ou bien du faire sur le savoir.

    « Que la Vraie Lumière éclaire cette Loge ! », dit le Vénérable Maître. Quelle est cette « Vraie Lumière » sinon celle que le démiurge crée, dans la Genèse, avant les deux luminaires du jour et de la nuit ? Il ne s’agit pas ici de la lumière du soleil. Le Maçon reçoit sa Lumière du centre de la Loge, symbolisé par l’œil du Grand Architecte.

    Les trois Grandes Lumières sont à mettre en parallèle avec les trois petites lumières que représentent les luminaires célestes : soleil, lune et étoile.

    Les trois Grandes Lumières sont créatrices comme le Verbe du commencement, ce Verbe qui éclaire, ce Verbe qui est la parole perdue de certains rituels. Et si nous l’avons perdue, c’est la conséquence de notre chute dans le temps, chute qui a entraîné notre aveuglement.

    Cette « Vraie Lumière » est celle qui donne la vie à tous ceux qui la reçoivent. « Recevoir la Lumière », c’est recevoir le Verbe et sa volonté d’amour.

    Si beaucoup de Maçons se détournent du Grand Architecte, c’est sous prétexte qu’il est un symbole et que l’on peut lui donner n’importe quel contenu. Mais en vertu du premier article de la Constitution de notre Obédience régulière, le Grand Architecte et Dieu ne font qu’un, dans une même Lumière, cette Lumière trinitaire que le Maçon reconnait dans l’œil de l’Architecte, l’œil du Créateur. Cette triple Lumière prend d’ailleurs la forme de l’équerre par les trois candélabres qui entourent le Tableau de Loge, l’équerre devient lumière par le tracé du carré long.

    Les trois Grandes Lumières du Maçon sont les balises de sa longue pérégrination dont la Loge est l’espace privilégié, l’Equerre et le Compas, ses outils fondamentaux, et le Maître de la Loge, le guide indispensable.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 97 à 99

     

    Behaeghel Julien - Symboles et Initiation maçonnique

    Editions du Rocher, Monaco, 2000 - Pages 59 à 66

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 22 à 25

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999 - Page 128

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 3, 5, 23 et 123

     

    Dangle Pierre - Le Livre de l’Apprenti

    Editions La Maison de Vie, 1999 - Pages 91 à 93

     

    Geay Patrick - Mystères et significations du Temple maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1997 - Pages 63 à 67

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie Tome 2

    Editions de l'Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Pages 105 et 114

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy – Livres, Paris, 1988 - Pages 88 à 94

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 32, 47, 144, 172, 173, 202 et 203

     

    Les trois pierres

    De tout temps la pierre a été investie d'une valeur symbolique très importante dans l'univers maçonnique, que ce soit en référence à la lointaine Maçonnerie opérative des bâtisseurs de cathédrales ou par son aspect brut autorisant le travail de l'homme.

    C'est par la pierre que les civilisations anciennes et lointaines nous ont transmis leur savoir et les acquis de leur temps. On peut voir la confirmation du rôle essentiel de ce matériau dans le rapport entre les hommes et l'origine naturelle du report de ce rôle au plan de l'individu lui-même.

    En Franc-maçonnerie spéculative, on distingue : la Pierre brute, la Pierre cubique et la Pierre cubique à pointe.

    En étant assimilé à la pierre, l'homme reste malléable ; on peut le travailler, lui apporter des corrections, rectifier certaines erreurs : la progression reste possible et même souhaitable ! Cela en est assez pour expliquer concrètement et alimenter la démarche maçonnique.

    Physiquement, la Pierre brute c'est la pierre frustre extraite d'une carrière. C'est le matériau premier de la Maçonnerie qu'il faudra tailler, façonner, appareiller de sorte qu'elle puisse s'incorporer à la Maçonnerie, à l'édifice, au Temple.

    Travailler la Pierre brute, c'est donner des contours précis à la dimension éthique, morale et spirituelle de l'homme ; c'est faire émerger de la matière vulgaire originelle ce qu'il y a de meilleur et de plus fort en elle, par un travail constant qui gomme les imperfections.

    Cette transformation, qui va s'opérer au fil du temps, n'est pas sans rappeler le processus fusionnel de l'alchimie. Finalement, c'est bien de réactions et de modifications en chaîne dont il s'agit, à mesure que le Franc-maçon, aidé de ses instruments de bâtisseur (ciseau, maillet, équerre, niveau, fil à plomb, règle...) peaufine son matériau de base – lui-même – en vue de lui donner une forme parfaite.

    * Vademecum de l'Apprenti au Rite Moderne (belge)

    Plusieurs significations peuvent être données à la Pierre brute.

    1. C'est le symbole de l'Apprenti encore ignorant mais disponible.
    2. Ce pourrait être aussi celui de la servitude, de l'esclavage.
    3. Travail à faire, ignorance à vaincre, elle pourrait aussi être le symbole de la liberté : une pierre non façonnée peut encore rouler à peu près n'importe où. Au contraire, la pierre taillée se trouve à une place bien déterminée dans l'édifice bâti.

    La Pierre brute, c'est le symbole de l'Apprenti, avec toutes les imperfections de son esprit et de son cœur, qu'il doit s'appliquer à corriger. Par l'Initiation maçonnique qui est une renaissance, il se débarrasse progressivement de tout ce que la société a pu lui apporter d'artificiel et de mauvais. Il retrouve sa liberté de penser. Avec les outils que la Loge lui procure, notamment le Ciseau et le Maillet, il se met à tailler lui-même sa pierre et espère parvenir à la rendre parfaite à son gré.

    La Pierre brute que travaille l’Apprenti n’est pas seulement lui-même : elle est aussi un élément qui porte le secret de la construction, et cette construction est d’origine céleste. Cette Pierre brute, si modeste en apparence, ne contient-elle pas toute l’harmonie du Temple ?

    Si la Pierre brute est la matière de base qui va permettre à l'Apprenti d'accomplir sa tâche pour donner une forme à la matière inerte, la Pierre cubique est, en revanche, l'aboutissement du travail du Compagnon.

    La Pierre cubique, par son aspect fini, est assimilée à la parfaite maîtrise intellectuelle et à la plus haute élévation morale.

    A l'aide de l'équerre et de la règle, la forme obtenue, avec ses lignes de taille et ses angles, est désormais susceptible de participer à la construction de l'édifice. Outre son aspect fonctionnel en tant que matériau de construction, la forme cubique revêt également un caractère éminemment symbolique. Ses surfaces égales, ses angles identiques, ses lignes similaires concourent à la création du cube, qui, par excellence, est une forme parfaite en termes de symétrie, d'harmonie et d'équilibre.

    Le cube serait le solide le plus parfait, du moins pour le grade d'Apprenti. S'il possède six faces, huit sommets et douze arêtes, il convient de remarquer qu'il est impossible de voir plus de trois faces à la fois et que le cube a trois axes de symétrie.

    La Pierre cubique ou hexaèdre est le chef d’œuvre que l’Apprenti Maçon doit réaliser avec le Maillet, le Ciseau et l’Équerre.

    Tel un phare, cette Pierre cubique est là pour éclairer l'Apprenti dans sa progression quotidienne.

    La Pierre cubique serait la représentation de la perfection intellectuelle et spirituelle que l'Apprenti devra s'efforcer de réaliser en lui dès que possible, mais surtout une fois parvenu au grade de Compagnon. Elle pourrait donc être un guide, une borne, en tout cas un point de ralliement.

    Tout au long de sa trajectoire initiatique, l’Apprenti ne va cesser de tailler, polir, affiner la Pierre brute qu'il était lui-même en tant que Profane, avec pour ambition de parvenir à la Pierre cubique. Par les connaissances, la persévérance et l'application que nécessite sa réalisation, la Pierre cubique annonce le savoir-faire et la maîtrise du Maître. Elle laisse entrevoir l'élévation intellectuelle et spirituelle vers laquelle, au-delà des Loges Bleues, les « Hauts Grades » conduiront ensuite l'Initié dans sa recherche de la Perfection.

    Pour Oswald Wirth, « la Pierre cubique est la base de certitudes que chacun doit chercher en lui-même afin de posséder la pierre angulaire de la construction intellectuelle et morale qui constitue le Grand Œuvre ».

    Dans le Temple maçonnique, la pierre tient donc une place prépondérante à la vue de tous. Il est d'usage dans la plupart des Loges, de poser deux pierres près du Tableau de Loge ou sur l'estrade à l'Orient, l'une au pied de la « stalle » du Frère Secrétaire, l'autre au pied de la « stalle » de l'Orateur.

    • La première est censée représenter la matière première, de caractère passif ; elle est taillée par l'Apprenti qui, selon l'expression consacrée, « dégrossit la Pierre brute ».
    • La seconde est un cube à pointe affiné par le travail du Compagnon.
    • La Pierre cubique à pointe est une pierre cubique dont la face supérieure se termine en pointe comme une pyramide. Cette pierre évoque concrètement une clef de voûte. Par les quatre lignes qui convergent depuis les angles supérieurs vers un point de force central, la Pierre cubique à pointe se veut être la projection vers l'espace. C'est ainsi une autre dimension donnée à la matière maîtrisée par le Compagnon : symboliquement, le parfait conduit à l'élévation ; la répartition cohérente des énergies crée un mouvement ascendant de la matière vers l'esprit, du profane vers le sacré. 

    * Vademecum de l'Apprenti au Rite Moderne (belge)

    Sur le Tableau de Loge, tant sur celui de l'Apprenti que sur celui du Compagnon, figurent deux dessins : le premier, celui de la « Pierre brute » et le second, celui de la « Pierre cubique à pointe » parfois surmontée d'une hache.

    La Pierre cubique surmontée d'une pyramide et d'une hache représenterait l'idéal maçonnique.

    Cet instrument pourrait aussi indiquer qu'il faut ouvrir la pierre, la fendre afin d'arriver à son contenu, à son ésotérisme.

    L'interprétation selon laquelle l'Apprenti doit « dégrossir la Pierre brute » et tendre à se transformer en « Pierre taillée » relève de l'allégorie qui exprime un progrès dans le temps, par l'éducation, vers un état de perfection.

    La Pierre brute est un signe de l'Inaccompli, tandis que la Pierre cubique à pointe, œuvrée par l'homme, est un signe de l'Accompli.

    Pour agir sur la matière, sur la Pierre brute, c'est-à-dire sur lui-même,

    l'Apprenti utilise deux outils essentiels : le Maillet et le Ciseau.

    Lors de son Initiation, le nouvel Apprenti a l'occasion de commencer son Travail !

    Le premier Travail de l'Apprenti

    Rappelons-nous la situation. Agenouillé devant le Tableau de Loge, l'Apprenti se trouve en présence de trois éléments symboliques : la Pierre brute, le Maillet et le Ciseau. Invité à imiter le geste du Frère Maître des Cérémonies, l'Apprenti tient d'une main le Ciseau, placé sur la pierre à tailler, et de l'autre, il frappe le Maillet au rythme du signe de son grade.

    Le premier Travail de l'Apprenti s'accomplit à l'Occident, au point de départ d'un long chemin qui mène à l'Orient d'où jaillit la Vraie Lumière.

    A l'Orient précisément, au pied de l'Autel, se trouve la Pierre taillée, celle qui symbolise le travail effectué, toute chose acquise, vérifiée et exemplaire.

    Le long chemin à parcourir par l'Apprenti, c'est celui du progrès à accomplir sur lui-même ; c'est la connaissance de lui-même.

    Il convient de retenir que l'Apprenti consacre la première partie de sa vie maçonnique à dégrossir cette Pierre brute.

    Le Ciseau, mu par le Maillet qui le heurte et l'Apprenti conscient qui le dirige, a pour mission de faire disparaître les aspérités de la pierre, c'est-à-dire les erreurs et les préjugés.

    La Franc-maçonnerie ne peut viser qu'à délivrer ses membres des servitudes qui les paralysent et des préjugés qui les enchaînent.

    Le Franc-maçon est avant tout un travailleur. Ce premier geste est destiné à lui faire prendre conscience que le travail est le cœur de son ascension personnelle vers la Lumière. Malheureusement, nul ne peut prévoir si l'Apprenti arrivera au bout de ses peines car le but qu'il s'assigne, c'est de transmuer cette Pierre brute en une pierre vivante avec laquelle l'Initié élève des temples.


    BIBLIOGRAPHIE

    Bédarride Armand - Le travail sur la Pierre brute

    Editions Télètes, Paris, 1992

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d’Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 31 à 43

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999 - Page 161

     

    Dangle Pierre - Le Livre de l’Apprenti

    Editions La Maison de Vie, 1999 - Pages 99 à 103

     

    Geay Patrick - Mystères et significations du Temple maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1997 - Pages 128 à 130

     

    Pour aller plus loin :

    Doignon Olivier - La Pierre Brute

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 2003

     

    Lapidus Michel - La Pierre cubique

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 2003

     

    Leroy Jeanne - La Pierre cubique à pointe

    Synthèse de la Connaissance

    Editions La Maison de Vie, Paris, 2010

     

    Le Maillet et le Ciseau

    Issus de la Franc-maçonnerie opérative, le maillet et le ciseau se retrouvent dans l'ensemble des outils de la construction : niveau, équerre, compas, fil à plomb, maillet, ciseau, truelle, cordeau, règle, marteau...

    Le Maillet et le Ciseau ne sont apparus que fort tardivement dans les rituels de la Maçonnerie spéculative. Ces symboles sont cités dès 1724 parmi les douze lumières de la Loge : « le Père, le Fils, le Saint Esprit, le Soleil, la Lune, le Maître Maçon, l’Equerre, la Règle, le Fil, le Plomb, le Maillet et le Ciseau » (The Whole Institution of Masonry).

    En 1726, le « Graham » précise : « Pour ce qui est de l’équerre, la règle, le plomb, le fil, le maillet et le ciseau, ce sont six bons outils sans la plupart desquels un maçon ne peut accomplir un bon travail ».

    Le maillet, du vieux mot français « mail » dérivé du latin « malleus » se présente sous la forme d’un marteau de bois à deux têtes, comme un Tau grec.

    Le maillet traditionnel devrait être taillé dans du chêne. En tant qu’outil, il doit en effet répondre aux critères en usage dans le métier. Ceux qui veulent le voir en buis, ivoire ou ébène dénaturent sa fonction d’outil et sa valeur symbolique.

    Souvent les maillets maçonniques sont peints en noir et ressemblent ainsi à l’ébène.

    Cependant, dès l’Antiquité, le buis a été employé dans les rites funéraires. Restant toujours vert, ce bois évoque l’éternité, l’immortalité, plus simplement la pérennité, la persévérance. En ce sens, il est proche de l’acacia. Bois compact, très dur, sonore, le buis est dans le monde végétal ce que l’airain est dans le monde des métaux. C’est pourquoi son emploi semble s’être généralisé dans la fabrication des maillets utilisés par le Vénérable et des deux Surveillants.

    Remarquons qu’il existe également des maillets en ivoire qui, pour leur part, symbolisent la pureté.

    Le maillet fut longtemps l’un des deux instruments majeurs, avec le ciseau, des tailleurs de pierre qui participèrent à la construction des cathédrales et autres beffrois au Moyen Age. A ce titre, le maillet était un outil de base de la Maçonnerie opérative. Qu’il s’agisse du maillet de l’Apprenti, celui du Vénérable ou des deux Surveillants, ils n’ont en commun que leur fonction dynamique qui consiste à frapper.

    Alors que concrètement il permettait de tailler la pierre brute, la symbolique qui s’y rattache aujourd’hui est encore très forte. Au siècle dernier, quelques auteurs maçons ont formulé à son sujet quelques commentaires.

    Ainsi, pour Jean-Marie Ragon, « le Maillet, emblème du travail et de la force matérielle, aide à renverser les obstacles et surmonter les difficultés ».

    Selon Edouard Plantagenet, « le Maillet est le symbole de l’intelligence qui agit et persévère, qui dirige la pensée et anime la méditation de celui qui, dans le silence de sa conscience, cherche la vérité ».

    Pour Oswald Wirth, « le Maillet figure la volonté qui exécute. Insigne de commandement que brandit la main droite, côté actif, le Maillet se rapporte à l’énergie agissante et à la détermination morale dont découle la réalisation pratique ».

    Pour Raoul Berteaux, plus proche de nous, « l’étude de la symbolique du Maillet décèle trois formes de puissance : la puissance brutale, avec un caractère de primitivité, la puissance créatrice et ordonnatrice avec un caractère divin et la puissance de connaissance avec un caractère relationnel de l’humain au divin ».

    « Le modèle symbolique formé par la jonction du Maillet et du Ciseau est un signe de puissance créatrice. Basé sur l’image de la taille de la pierre, le sens de ce modèle peut être amplifié en le transférant dans des domaines variés. C’est à ce travail qu’est convié l’Apprenti par la présence des deux outils associés sur le Tableau de Loge ».

    Comment interpréter le symbolisme du Maillet ?

    Le Maillet est par excellence l’instrument de la volonté humaine : c’est cette dernière qui lui imprime la force, le mouvement et les nuances capables de conférer au Ciseau toute son efficacité. C’est par son intermédiaire que se concrétisent le savoir et la maîtrise de celui qui souhaite atteindre la perfection de la Pierre Philosophale.

    Le Maillet à dégrossir représente la force de la conscience qui doit abattre toute pensée vaine ou indigne qui pourrait se présenter à notre esprit afin que nos paroles et nos actions puissent s’élever, pures de toute souillure.

    Le Maillet de l’Apprenti représente la volonté agissante et créatrice qui lui permet de travailler avec le plus difficile des matériaux, c’est-à-dire lui-même.

    Le Maillet de l’Apprenti devient pour lui le moyen de façonner le monde à la lumière de ses nouveaux acquis initiatiques. Il devient dans le même temps l’instrument de sa volonté et l’expression concrète de son intelligence en éveil, le moyen de trouver sa propre voie sur le long chemin de l’Initiation.

    Le Maillet travaille au plan subtil ou vibratoire. En Loge, les trois Maillets annoncent l’accès prochain à une lumière ou plan nouveau. Ces Maillets vibrent comme autant d’avertissements et d’annonces.

    Pour le Vénérable comme pour l’Apprenti, c’est par le véhicule de l’énergie vibratoire mise en action à différents plans que le Travail peut s’opérer.

    Outil du changement d’état immédiat et brutal, le maillet réfère tout naturellement au travail de transformation dévolu à l’Apprenti à la condition cependant que ce dernier possède toutes les qualifications requises par la véritable Initiation.

    Pour qu’il n’y ait pas de confusion possible entre le Maillet de l’Apprenti et celui du Vénérable et des Surveillants, cet outil n’est jamais mis seul dans les mains de l’Apprenti ou du Compagnon. Il est toujours associé au Ciseau, afin de signifier clairement que l’on est dans le domaine opératif, que l’on attend de celui qui les porte un travail sur lui-même.

    Remarquons également que le Maillet est le prolongement de la main. Il permet le passage de l’Idée au réalisé par l’intermédiaire du Ciseau. Il évoque la volonté humaine qui veut transformer la matière, la détermination qui permet à l’homme de se perfectionner.

    Le ciseau est un instrument essentiel en ce sens qu’il a pour mission de tailler la pierre brute jusqu’à lui donner une forme parfaite. Le ciseau, du latin « cisellus », substantif de « coedere » couper, se présente sous la forme d’un petit bâton en acier trempé, tranchant par un bout. Le ciseau c'est l'outil qui détermine l'acte efficace, la pénétration au sein des éléments.

    On retrouve là, symboliquement, le mythe de la Pierre Philosophale auquel se réfère l’histoire de la construction du Temple de Salomon par Hiram.

    Le ciseau est l'outil spécifiquement réservé à l'Apprenti. Sa présence est cependant encore pleinement justifiée au second degré et même plus tard. Ne restons-nous pas Apprentis toute notre vie ?

    Dans la carrière ou sur le chantier, les pierres à bâtir ne se façonnent pas avec UN ciseau et UN maillet. Les ouvriers se servent en réalité de plusieurs ciseaux d’acier qu’ils frappent avec des masses et des marteaux également en acier, c’est-à-dire des outils à tête lourde et non à tête légère comme les maillets !

    Techniquement, l’association du ciseau métallique et du maillet végétal est donc une erreur, ce que ne serait pas, par contre, l’association du ciseau à bois et du maillet ou celle du ciseau à fer et de la masse, voire du marteau d’acier.

    S’agissant du symbolisme des outils, il en va différemment, leur fonction y étant bien plus signifiante que les outils eux-mêmes.

    La présence du Ciseau dans la symbolique maçonnique remonte aux temps des francs mestiers et de la Maçonnerie opérative, lorsque cet instrument était un outil majeur des tailleurs de pierre qui construisaient les cathédrales.

    Résumons à nouveau les commentaires de certains auteurs maçonniques du siècle dernier. Selon Jean-Marie Ragon, « le Ciseau est l’emblème de la sculpture, de l’architecture et des Beaux-Arts. Le Ciseau est l’image du mordant des arguments de la parole avec lesquels on parvient toujours à détruire les sophismes de l’erreur ».

    Selon Edouard Plantagenet, « le Ciseau représente le discernement sans l’intervention duquel l’effort serait vain, sinon dangereux ».

    Pour Oswald Wirth, « c’est le Ciseau d’acier qui s’applique sur la Pierre, tenu de la main gauche, côté passif, correspondant à la réceptivité intellectuelle, au discernement spéculatif ».

    Pour Jules Boucher, « le Ciseau devra souvent être affûté, c’est-à-dire qu’il faudra souvent revoir les connaissances acquises, ne pas les laisser s’émousser. Ces connaissances acquises doivent être employées sinon l’intellectualité reste passive ».

    Le Ciseau, comme tous les outils tranchants, découpe, sépare, distingue. Il est le signe de la première opération de l’esprit.

    Comment interpréter le symbolisme du Ciseau ?

    Pour le Franc-maçon d'aujourd’hui, le Ciseau est devenu le moyen de mettre en œuvre sa volonté et la pureté de ses intentions, de ciseler et peaufiner ses objectifs jusqu’à parvenir au résultat idéal. C'est par l'action du Maillet que le Ciseau peut entailler la pierre brute selon l'impulsion que l'Apprenti va lui donner.

    Soigneusement aiguisé, le Ciseau est tenu de la main gauche, le tranchant appuyé contre la pierre. Le résultat de la taille va dépendre de plusieurs facteurs :

    • la connaissance de la matière: l’ouvrier doit savoir avec certitude comment est structurée la roche, deviner les éventuelles inclusions, les veines, les fissures…
    • la connaissance du travail à accomplir: l’ouvrier donne un angle précis au ciseau afin de dégager la quantité de matière qui convient pour respecter les consignes du Maître afin que la pierre puisse aisément trouver sa place dans l’édifice ;
    • la connaissance de soi et de l’outil: la force doit être parfaitement maîtrisée afin de ne pas briser la pierre.

    Appliqués à l’individu, ces facteurs deviennent la prise de conscience de ses imperfections et de ses potentialités, la volonté de travailler sur lui-même, le désir de dominer ses pulsions anarchiques, la connaissance et l’acceptation de ses limites.

    Soigneusement aiguisée, la pointe du ciseau est appuyée contre la pierre brute. C’est selon l’endroit où elle est placée (connaissance de la matière) et l’angle que lui a donné l’ouvrier (connaissance du travail à accomplir) qui vont faire qu’au coup de maillet, donné avec une intensité et une force parfaitement maîtrisées (connaissance de l’outil et connaissance de soi) que le résultat sera bon ou mauvais.

    Si le ciseau a été mal posé sur la pierre brute, le résultat obtenu peut être fâcheux. Par contre, bien placé, il peut permettre de tendre vers des formes de plus en plus belles, de plus en plus précises et régulières.

    Travailler trop lentement, c’est ralentir la vie du chantier. Vouloir aller trop vite, faire sauter de trop gros éclats, c’est risquer de faire exploser la pierre, et là encore, retarder la construction de l’édifice.

    Le bon ouvrier devant la pierre brute doit avoir en lui non seulement l’image de ce que sera sa pierre taillée, mais aussi et surtout l’image de la cathédrale achevée.

    La Pierre brute représente l’Ego ; le Ciseau, les résolutions que l’on a prises ; le Maillet, la volonté qui agit ; la cathédrale, la Franc-maçonnerie telle qu’on se plait à l’imaginer.

    Le rôle du Maillet s’affirme dès le premier degré. En effet, l’Apprenti « reçoit » symboliquement un Maillet et un Ciseau dès son arrivée dans l'Atelier. Ils lui permettent d’effectuer son premier Travail.

    Ces deux instruments lui seront essentiels car ils représentent la première étape de son cheminement initiatique, laquelle consiste, dans l’optique de la construction de son temple personnel dédié à la Connaissance, en un dégrossissage de la « Pierre brute » qui sera ensuite longuement travaillée et affinée avant de parvenir à la perfection des formes. Devenu Compagnon, il devra s’instruire de la qualité et de l’emploi des matériaux. Il ne pourra donc pas se dispenser du maniement pénible du Maillet et de la conduite précise du Ciseau.

    Le Maillet et le Ciseau réunis mettent en avant les notions d’enseignement, de formation, de travail sur soi afin que puisse s’opérer la transformation de l’individu. Au premier degré de la Franc-maçonnerie, Pierre brute, Maillet et Ciseau sont indissociables. C’est un aspect qui donne sa vraie grandeur à l’Apprenti Maçon.

    Les symboles « opératifs » liés à l’art de bâtir remontent à la nuit des temps et les maçons, les charpentiers, les tailleurs de pierre représentent les plus anciens métiers en l’art d’élever le plan.

    Le Maillet et le Ciseau sont compatibles, indissociables et même dépendants à raison de ce qu’ils signifient. Et ce signifié justifie pleinement l’unité du couple qu’ils forment chaque fois que ce couple travaille, chaque fois que le Ciseau, sous les coups du Maillet, entame la Pierre pour en « rectifier » la forme, la modeler, l’améliorer, l’embellir.

    Ces deux instruments qui servent à dégrossir la Pierre brute nous indiquent comment nous devons nous corriger de nos défauts, en formant de sages résolutions qu’une détermination énergique met à exécution.

    L’analogie apparaît alors clairement : le Ciseau figure le discernement et le Maillet la volonté.

    Le discernement, guidé par une vigilance de tous les instants, est le pouvoir de déceler ce qui doit être chassé du mental, soit en priorité (dégrossissage du premier degré), soit un peu plus tard (taille du deuxième degré) : égoïsme, colères, haines, agressivités, hypocrisies, apathies, racismes, autosatisfactions, jalousies, apriorismes, préjugés, duplicité, concepts périmés, fausses valeurs morales, entêtements, étroitesse d’esprit, etc.

    La volonté est l’énergie intérieure qui pousse l’être humain à séparer la paille du grain, à l’image du tailleur ou du sculpteur de pierre qui détache la matière indésirable, morceau après morceau, coup après coup. C’est une œuvre de longue haleine qu’une seule vie humaine ne suffit pas, la plupart du temps, à terminer. Le Ciseau et le Maillet constituent donc un couple symbolique qui associe la force et l'habileté. Ces deux outils restant indissociables, il convient de les examiner conjointement. Cette paire d’outils impose à la pierre la volonté de l’ouvrier. D’une main, il frappe le ciseau avec le maillet pour tailler et créer une forme à la ressemblance de celle qu’il imagine.

    Pour tailler la pierre, le ciseau ou le maillet seuls sont inefficaces. La complémentarité de l’actif et du passif est évidente dans le symbolisme de cette paire d’outils. Le maillet est, bien évidemment actif puisque, en frappant le ciseau, il lui procure de la force. Mais, en réfléchissant bien, peut-on vraiment dire que le ciseau est passif ?

    Cette force est dirigée par le ciseau. Jules Boucher écrit : « Le maillet symbolise la volonté active de l’Apprenti. Ce n’est pas une masse métallique lourde et brutale car la volonté ne doit être ni obstination ni entêtement ; elle doit être simplement ferme et persévérante. Mais l’homme ne peut agir directement sur la Matière : c’est alors le Ciseau qui servira d’intermédiaire. Celui-ci devra souvent être affûté : c’est-à-dire qu’il faudra sans cesse revoir les connaissances acquises : ne pas les laisser s’émousser ».

    Le Maillet est un attribut de chacune des trois Lumières de la Loge : le Maillet est l’attribut du Vénérable et des deux Surveillants qui le font sonner lorsque l’attention des Frères est requise ou bien quand ils doivent faire preuve d’autorité. Nul ne peut prendre la parole après un coup de Maillet du Vénérable.

    Ce symbole est fondamental dans la mesure où il montre qu’un Atelier maçonnique se différencie d’un groupe quelconque de profanes assemblés de manière anarchique et qu’il y règne une autorité partagée sans quoi rien de constructif n’est possible. Les Francs-maçons sont essentiellement des constructeurs et le respect de quelques règles de bonne conduite au sein de la micro-société qu’est une Loge favorise grandement la conduite de chaque Maçon sur le chemin de son Initiation et sur les chemins de sa vie dans la société des hommes.

    Le Maillet des Trois Lumières de la Loge est utilisé en diverses occasions.

    • Quand la couverture extérieure de la Loge est assurée, les deux Surveillants, maillet sur le cœur, parcourent les colonnes et vérifient l’identité maçonnique des participants. Les Frères doivent se mettre à l’ordre au passage de leur Surveillant respectif. Les Surveillants ont autorité pour faire sortir du Temple celui qui n’a pas la qualité requise.
    • Le Maillet ponctue le rituel d’Ouverture des Travaux. L’Ouverture de la Loge commence par un coup de Maillet du Vénérable, signifiant que tout est en ordre dans le Temple. Tous les membres présents doivent se montrer attentifs car le passage du monde profane au monde sacré est imminent. Le maillet se tient de la main droite, et l’ordre se tient en posant le maillet sur le cœur.

    L’énoncé des trois devises « Force » « Sagesse » « Beauté » est ponctué par les sons produits par les coups de Maillet du Vénérable et des deux Surveillants. En Loge, répercutés de l’Orient vers l’Occident, les vibrations sonores produites par les maillets marquent des rythmes chargés de la puissance de l’énergie cosmique. La diffusion des ondes sonores de l’Orient à l’Occident annonce que la Loge est consacrée.

    • Durant les Tenues, le Maillet est également utilisé pour marquer le passage à un nouveau sujet, pour donner la parole ou la retirer, pour rétablir le silence, pour marquer certains « moments » d'une Tenue, certains temps affectés à telle ou telle activité.
    • Le Maillet du Vénérable Maître joue un rôle de première importance lors de l’Initiation d’un nouveau Maçon, lorsque le Vénérable crée, consacre et reçoit un nouveau Frère. Des coups de maillet sont frappés rituellement, selon le rythme prescrit par le rite, sur la base des trois épées qui se croisent au-dessus de la tête du Récipiendaire, tenues par les trois Maîtres qui dirigent la Loge.

    C’est ainsi que le Vénérable fait du Profane un Apprenti, de l’Apprenti un Compagnon, du Compagnon un Maître.

    • Les trois Maillets sont utilisés pour rythmer les batteries (cf. ci-dessous l’expression « maillets battants »).
    • En fin de Tenue, le Maillet ponctue également la Fermeture des Travaux.

    Comment interpréter le symbolisme du Maillet des Trois Lumières de la Loge ?

    Entre les mains du Vénérable et des deux Surveillants, le maillet symbolise leur pouvoir. Il sert à provoquer des ondes sonores rythmiques. Les maillets posés sur les plateaux du Vénérable Maître et des Surveillants sont des signes de puissance potentielle, en l’occurrence du pouvoir qui est conféré à ces Officiers Dignitaires.

    Dans l’enceinte du Temple, seules ces trois personnes sont habilitées à utiliser un maillet. Dans leurs mains, cet instrument est le gage de l’autorité, de la parfaite maîtrise initiatique et du droit à commander. Il est l’emblème de leur puissance, de leur pouvoir, de leur autorité. En saisissant en main le Maillet, ils annoncent qu’ils vont faire usage de ce pouvoir. Le Maillet est par conséquent associé à l’autorité, au commandement, à la volonté agissante.

    C’est la présence d’un maillet sur le plateau du Vénérable Maître, du Premier Surveillant et du Second Surveillant qui fait désigner respectivement ces trois officiers sous les noms de Premier Maillet, Deuxième Maillet et Troisième Maillet.

    Le symbolisme du Maillet est clairement exprimé par le Maître Installateur qui dit au nouveau Vénérable Maître de la Loge : « Je vous remets également ce Maillet, emblème du pouvoir temporel qui vous servira à maintenir l’ordre dans la Loge, particulièrement à l’Orient ».

    Le Vénérable, installant ses Surveillants, leur confie le Maillet et déclare : « Je vous remets ce Maillet, emblème du pouvoir, pour vous habiliter à m’assister à faire régner l’ordre dans la Loge, particulièrement au Midi et au Nord ».

    Si les coups des maillets battent et rythment le travail rituel en Loge, nous sommes en droit de nous demander la signification de cette nécessité « opérative » et la raison des changements des nombres de coups selon les grades.

    Le maillet, répétons-le, sert à frapper ; à frapper sur une caisse de résonance destinée à augmenter le niveau vibratoire engendré par la frappe.

    Depuis la nuit des temps, les hommes, les initiés, les mages, les prêtres et autres sorciers de toutes les parties du monde ont accordé une importance particulière au fait de faire résonner des tambours, des cloches, des trompes, de toutes formes, tailles et matières. C’est que tout bruit émis par résonance se trouve symboliquement lié à l’émission du Son primordial en rappel de la mise en action de l’énergie principielle lors de la création du monde. Ce qui est l’expression de la manifestation de l’Éternel à travers le mouvement universel en perpétuelle expansion.

    Ainsi, c’est pour que la vie de l’Initié devienne réalité que la vibration du maillet ébranle le nouvel être par la « batterie de création, de constitution et de réception » en un monde nouveau.

    Les différentes rythmiques nous permettent d’accéder à divers niveaux de conscience selon que le rythme s’avère lent ou rapide. La rythmique des batteries maçonniques conduit celui qui s’y laisse porter vers d’autres niveaux de perception s’il sait se mettre en état de réception, s’il s’oublie à lui-même.

    Lorsque l’âme rencontre un rythme vital, elle s’éveille, vibre et le suit. Comme les vibrations des chants grégoriens, les vibrations du maillet sont liées à la vie, au centre du monde.

    L’expression « maillets battants » signifie que le Vénérable et les Surveillants usent ensemble de leur maillet en coups alternés et cadencés, selon le Rite pratiqué, lorsque des Dignitaires de l’Ordre font leur entrée dans le Temple.

    Jules Boucher précise que « les coups sont frappés successivement et alternativement par le Vénérable, le Premier Surveillant et le Second Surveillant. Ce « bruit » monotone et régulier réalise le « silence intégral » puisqu’il supprime tout son adventice ».

    A certains rites, ces Dignitaires (le Grand Maître ou son représentant) sont reçus « maillets battants » au rythme de la batterie de 9 fois 3 coups. Cette entrée sonore n’existe ni au Rite Écossais Rectifié ni dans les rites anglais.

    On dit qu’une candidature est placée « sous le Maillet » lorsqu’un des deux parrains a déposé une lettre de candidature dans le Sac aux Propositions et que le Vénérable Maître en a pris possession, juste avant la Fermeture des Travaux. D’un profane on dit aussi qu’il est « sous le Maillet » pour signifier que son Initiation est prochaine ou pressentie. Par ailleurs, un Maçon donnera une information « sous le Maillet » lorsqu’il veut qu’elle soit gardée secrète.

    La mise du Maillet « en bande » concerne les Surveillants et le Vénérable Maître. Ce geste consiste à tenir le maillet et à le poser à plat, en diagonale, sur le côté gauche de la poitrine, « sur le cœur ». Lors du défilé processionnel, le Vénérable et les Surveillants entrent en Loge en tenant le maillet « en bande », sauf au Rite Écossais Rectifié où le maillet doit se trouver préalablement sur les plateaux. Ils font de même lorsqu’ils prennent la parole en Loge. Cette gestuelle remplace le Signe d’ordre usuel chez les autres Frères.

    Des générations de Maçons ont subi à propos du Maillet et du Ciseau des assertions découlant, pour la plupart, de considérations triviales spécifiquement morales et profanes. Les affirmations du type « le ciseau est tenu dans la main gauche, le maillet dans la main droite », « le ciseau est passif et le maillet actif » laissent pantois par leur vide et leur incohérence. Elles révèlent une incompréhension et une méconnaissance symboliques graves.

    Le Ciseau n’est pas passif puisque lui seul permet le choix de l’angle d’attaque de la pierre et ses variations indispensables pour œuvrer d’une manière parfaite. Toute l’intelligence, toute la décision se trouvent dévolues au Ciseau, ce qui s’avère indispensable car c’est lui qui doit parvenir au centre de la pierre, au « cœur de l’être ».

    Alors que le ciseau peut travailler avec d’autres formes de percuteurs, le maillet ne peut pas se passer du ciseau pour couper, trancher, parfaire la pierre dans l’aplomb.

    Le Maillet apparaît, lui aussi, comme un symbole très important en Franc-maçonnerie :    

    • Trois officiers dignitaires l'utilisent : le Vénérable Maître et les deux Surveillants.
    • Signe du travail et de la force, il est devenu l'insigne du Vénérable Maître qui dirige le Travail en Loge.
    • Représentant le pouvoir du Maître, le Maillet est capable – symboliquement évidemment – de donner la vie (au premier degré) ou la mort (au troisième degré).
    • Par ses coups qui battent et rythment le travail rituel en Loge, il contribue à véhiculer l’énergie vibratoire qui peut conduire celui qui s’y laisse porter vers d’autres niveaux de perception, à l’extase, à la fusion avec l’énergie de la Vie.
    • Outil du changement d’état, il permet le travail de transformation dévolu à l’Apprenti.

    Sans le concours du Maillet et du Ciseau, rien ne saurait s’accomplir. L’Initiation ne se contente pas d’enseigner à raisonner correctement et à voir juste ; ce n’est là que la première partie de son programme, celle qui se rapporte plus spécialement au grade d’Apprenti. C’est pourquoi le Compagnon est plus spécialement appelé à s’entraîner à l’action par la culture rationnelle de sa puissance de volonté. Il doit achever de s’éclairer ; il doit apprendre à vouloir. Ces deux outils sont profondément significatifs à cet égard.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 40, 41, 101, 102, 122 à 124

     

    Daniel BéresniakRites et Symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome I : « Les Loges Bleues » - Editions Detrad, Paris, 1997 - Pages 67, 98, 104 à 106, 141, 188 et 194

    Berteaux RaoulLa symbolique au grade d’Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 31 à 37

     

    Berteaux RaoulLa symbolique au grade de Compagnon

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 51 à 56

    Boisdenghien GuyLa vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Sentiers de la Tradition - Editions L’Etoile, Bruxelles, 1999 - Pages 130, 131, 161, 188 et 221

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 11, 23, 157, 159 à 166

     

    Ferré JeanDictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 71, 167 et 168

     

    Ferré JeanDictionnaire des symboles maçonniques

    Editions du Rocher, 1997 - Pages 287 à 294

     

    Guigue ChristianLa formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1996 - Pages 87 à 90 et 205

     

    Login J. P. - Le Compagnon

    Editions Detrad, Paris, 1994 - Pages 15 et 16

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie

    Tome 2 - Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Pages 113 et 114

    Plantagenet Edouard E.Causeries initiatiques pour le travail en Loge d’Apprentis

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 107, 108 à 112

     

    Plantagenet Edouard E.Causeries initiatiques pour le travail en chambre de Compagnons

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Page 128

    Plantagenet Edouard E.Causeries initiatiques pour le travail en chambre du Milieu

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Page 107

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    1ère partie : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 183, 212 et 215

     

    Wirth OswaldLa Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    2ème partie : « Le Compagnon » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 45 à 48 ; 123

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes 

    3ème partie : « Le Maître » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 81, 93 et 104

     

    La Planche à tracer

    Tout comme la Pierre cubique, qui est un symbole de perfection vers laquelle les Francs-maçons veulent tendre, la Planche à tracer est présente sur le Tableau de Loge d'Apprentis pour éveiller leur attention :

    • sur la nécessité d'élaborer soigneusement un plan ;
    • sur l'avantage de réfléchir, de méditer avant d'agir ;
    • sur l'obligation de se préparer, de se perfectionner, de rechercher la Lumière qui est en eux afin de contribuer à l'édification de leur propre Temple puis celle du Temple de l'Humanité.

    La Planche à tracer est une planche rectangulaire sur laquelle sont tracés les signes secrets, des schémas qui constituent la clef de l'alphabet maçonnique. 

    * Vademecum de l'Apprenti au Rite Moderne (belge)

    La Planche à tracer reproduite sur le Tableau de la Loge d'Apprentis présente deux signes # et X qui permettent de situer 18 lettres de l'alphabet de la langue française entre les « branches » du premier signe et 4 entre celles du deuxième signe. Les lettres K, J, V et W manquent. On les remplace par C, I, U.

    L'origine de l'alphabet maçonnique n'est pas connue. D'aucuns ont prétendu que cet alphabet imitait la forme des lettres de l'alphabet hébraïque.

    Le signe # donnant le schéma des dix-huit premières lettres et le signe X donnant les quatre dernières, forment précisément le développement de la Pierre cubique à pointe. Cette « Pierre » est ainsi mise à plat sur la « Planche à tracer » et sur cette «planche» on ne saurait faire autre chose qu'un « plan ».

    La Planche à tracer revêt une importance particulière dans la Franc-maçonnerie du point de vue symbolique.

    La Planche à tracer se rapporte au grade de Maître, la Pierre cubique à celui de Compagnon et la Pierre brute à celui d'Apprenti.

    C'est en effet l'un des attributs du grade de Maître, qui lui sert à tracer les plans et bâtir les projets, illustrant par sa maîtrise du trait, la connaissance qui est la sienne, et lui permettant ainsi de guider ses Frères Maçons dans l'édification de leur Temple personnel.

    C'est sur la Planche à tracer que le Maître établit ses plans ; mais l'Apprenti et le Compagnon n'en doivent pas ignorer l'emploi et doivent s'exercer à ébaucher leurs idées. C'est pourquoi ce symbole figure déjà dans le Tableau d'Apprenti.

    Le schéma alphabétique qui figure sur la planche à tracer rappelle au Franc-maçon qu'il doit toujours traduire sa pensée d'une façon maçonnique en œuvrant avec rectitude. Les lettres maçonniques sont toutes formées par des équerres et des points.

    La forme de l’Équerre se rapporte à la Matière. On n'y voit point de Cercle, symbole de l'Esprit, car ce dernier ne peut être visible. Le Franc-maçon se trouve ainsi invité à se dégager de la lettre pour aborder l'esprit.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Page 124

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Page 25

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 175 et 176

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie - Tome 2

    Editions de l'Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Page 105

    Pour aller plus loin :

    Figeac François - La Planche à Tracer

    Editions La Maison de Vie, Paris, 2014

     

    Les trois Marches

    Parmi les symboles qui sont représentés sur le Tableau de la Loge d'Apprentis, nous avons remarqué la présence de trois marches. Mais ces trois marches devraient également se retrouver symboliquement sur le sol, avant de franchir la Porte de la Loge. Elles sont également présentes à l'Orient, devant le siège du Vénérable Maître.

    Le Tableau de la Loge d'Apprentis présente un escalier de trois marches devant la Porte d'entrée. Le plus souvent, cet escalier est reporté vers le fond de la Loge ; il donne accès à un palier sur lequel se trouvent les « stalles » du Vénérable Maître, de l'Orateur et du Secrétaire.

    Certains auteurs présentent un nombre de marches différent de trois. Il s'agit là d'écarts destinés à promouvoir l'une ou l'autre thèse chère à l'auteur. Ainsi, Jean-Marie Ragon parle de sept degrés (parce qu’autrefois l’apprentissage durait sept ans !), mais Vuillaume n’en fait figurer que trois dans son dessin ; Edouard Plantagenet fait de même. Seul Oswald Wirth propose un Tableau où ne figure aucune marche. L'unanimité est donc loin d'être réalisée sur ce sujet ! Mais du point de vue de la symbolique des nombres, c'est bien le Nombre Trois qui assume la cohérence numérique du degré d'Apprenti.

    Pour Jules Boucher, le passage du monde profane au plan initiatique ne peut s'accomplir de plain-pied et les trois marches symboliques sont nécessaires : elles signent l'Initié, c'est-à-dire l'Apprenti.

    Ces trois marches représenteraient successivement le plan physique ou matériel, le plan intermédiaire dit « astral » et le plan psychique ou mental. Ces trois plans correspondraient à la division ternaire de l'être humain en corps, âme et esprit.

    Les trois degrés du Temple maçonnique au grade d'Apprenti montrent les efforts que celui-ci doit faire pour se dégager du plan physique d'abord, du plan « astral » ensuite qu'il doit dépasser, et enfin son accession aux plans supérieurs.

    L'Initié arrivant sur la troisième marche se trouve en présence d'une porte fermée qui s'ouvre d'elle-même devant lui s'il en est digne.

    En gravissant ces trois marches, l'Apprenti est censé réaliser son ascension vers les cimes de la spiritualité. Cette ascension est constante, bien que nul ne puisse se flatter d'y atteindre complètement.

    L'Apprenti doit limiter son ambition aux trois marches. S'il les gravit véritablement en esprit, il peut considérer qu'il a déjà accompli une tâche immense. Ces trois degrés n'existent pas matériellement dans les Temples maçonniques ; ils sont indiqués sur le Tableau de la Loge où ils devraient logiquement précéder le seuil.

    Par contre, les plateaux du Vénérable Maitre, de l'Orateur et du Secrétaire sont situés sur une plate-forme surélevée de trois marches. Ces trois nouveaux degrés indiquent le nouvel effort qu'il faut faire pour parvenir jusqu'au sanctuaire.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 50 et 51

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 146 et 147

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie

    Tome 2 - Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Page 109

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy, Paris, 1988 - Page 34

     

    Ragon de Bettignies Jean-Marie - Rituel de l'Apprenti Maçon

    1860 - Page 23

     

    Le Tuileur de Vuillaume - Manuel maçonnique (datant de 1820)

    Editions Dervy, Paris, 1975 - Planche 1

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome 1 : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1996 - Page 179

     

    La Perpendiculaire ou le Fil à plomb 

    Ce que nous appelons communément « perpendiculaire », dans notre langage imagé, n’est autre que le fil à plomb des anciens bâtisseurs de cathédrales qui furent les premiers Maçons opératifs. La Perpendiculaire sert à contrôler la verticalité, tout comme le Fil à Plomb. Cependant ces deux instruments n’ont pas le même rôle. Tentons d’y voir un peu plus clair.

    Comme son nom le laisse entendre immédiatement, le fil à plomb semble n’être qu’un bout de fil ou de corde muni à une extrémité d'une masse de plomb servant à matérialiser la verticale.

    Pourtant, d’après l’Encyclopédie, « le Fil à Plomb est un petit morceau de bois sur lequel on enveloppe un cordeau ou une ligne, espèce de ficelle qu’on appelle fouet, au bout de laquelle pend un petit cylindre de cuivre, de plomb ou de fer appelé plomb, qui sert à prendre des aplombs, niveaux et alignements. Le chat est une mince petite plaque de fer ou de cuivre, du même diamètre que le plomb et que l’on appuie le long du mur pour former, avec la ligne du mur, deux parallèles qui font juger si le mur est d’aplomb ».

    Le Wilkinson MS (1727) dit du Plomb qu’ « il sert à élever des perpendiculaires », tandis que le Prichard (1730), le citant en tant que bijou mobile, affirme que « le fil à plomb sert à contrôler toutes les verticales ».

    Le fil à plomb est l’expression d’un outil matériel soumis à la pesanteur pour identifier la position de la perpendiculaire par rapport à notre espace contingent.

    Lorsque l'on suspend cette masse de plomb en tenant le fil par son autre extrémité, la masse métallique, par la force d'attraction terrestre, nous indique la direction du centre de la Terre.

    Ce phénomène physique permit jadis aux bâtisseurs de cathédrales de vérifier si les murs et les colonnes en construction s'élevaient bien droits. Cet instrument devait empêcher toute inclinaison, toute déviation qui auraient immanquablement conduit à un échec dans l'édification de ces édifices religieux. De nos jours les maçons qui construisent nos habitations ont encore recours à cet instrument précieux.

    Par contre, une perpendiculaire peut géométriquement être projetée dans une infinité de directions, chacune déterminée par un angle de 90° en référence à une coordonnée. Par sa taille et ses dimensions, la perpendiculaire a pour fonction première de vérifier la rectitude d’un plan vertical et l’aplomb des matériaux de construction. Elle est davantage destinée à la vérification d’une pierre, d’un élément de maçonnerie alors que le fil à plomb, plus long, peut s’appliquer à des parois tout entières, à des murs.

    La perpendiculaire se compose d’une planche présentant des avancées qui permettent de décaler le fil pour faciliter la visée, ou un trou, dans lequel le plomb peut se mouvoir.

    Le fil à plomb représente donc un cas particulier de la définition d’une perpendiculaire. Mais ces deux instruments sont liés à la verticalité, à sa vérification.

    Le fil à plomb a, de plus, un autre usage, symboliquement très intéressant. Il permet de descendre un aplomb, c’est-à-dire de trouver le point exactement à la verticale d’un point pris comme référence. C’est ainsi que l’on peut déterminer sur le sol d’une cathédrale le point correspondant au centre de la clef de voûte.

    En matière de symbolisme, les verticales ont une signification jointive : elles relient un haut et un bas, un sommet et un fond, et vice versa.

    S’agissant d’états de conscience relevant de la vie intérieure du Maçon, ces profondeurs et ces hauteurs induisent tout naturellement des mouvements de descente et de montée du moi sans qu’il soit possible de délimiter la « hauteur » de cette montée ou de cette descente de ce moi.

    La verticale et ses points constitutifs se fondent en un axe rigide et central. Chaque point symbolise un degré de conscience. L’axe symbolise à son tour l’intégralité de la conscience humaine.

    Au Franc-maçon qui travaille réellement sa Pierre, à l’Apprenti qui la dégrossit, la verticalité axiale du Fil à Plomb montre le chemin rectiligne de l’Initiation que leur conscience doit parcourir pour atteindre, autant que possible, la connaissance intime, affinée, subtile, des êtres et des choses, c’est-à-dire leur vérité, à commencer par la connaissance de soi et la vérité sur soi.

    Mais cette exploration verticale du moi n’a rien à voir avec de savantes spéculations intellectuelles et des examens de conscience plus ou moins profonds. Le champ de cette aventure intérieure se situe bien moins dans le cerveau que dans le cœur de l’Initié.

    Par sa fonction première, la Perpendiculaire évoque la précision et la rigueur, qui seules permettent d’édifier correctement un mur. Symboliquement, cet outil est intimement lié à la droiture autant qu’à la profondeur de l’être ; il évite tout ce qui risquerait d’être anormalement oblique ou penché : c’est un instrument contre les déviations qui pourraient se produire dans l’assemblage des multiples pierres de la Connaissance. En Maçonnerie, on la représente souvent pendant au centre d’un arceau.

    Cette notion de verticalité, cette idée de direction vers le centre de la Terre et celle de vouloir aller vers les profondeurs de la Terre peut engendrer aussi en nous l'idée d'observations et de recherches en profondeur ainsi que le désir de comprendre toujours de plus en plus profondément les symboles que nous offre la Franc-maçonnerie.

    Par son action « verticale », la Perpendiculaire symbolise aussi l'adaptation permanente que doit effectuer l'esprit du Franc-maçon vis-à-vis des sujets qu'il aborde dans sa recherche initiatique : vers le bas, pour rectifier les erreurs et s'adapter au quotidien ; vers le haut, dans des visées plus épurées et spirituelles.

    Les associations moralisantes auxquelles ont aimé se laisser aller les auteurs suivants relient la Perpendiculaire à la rectitude du jugement.

    Dans son « Rituel de l'Apprenti Maçon » datant de 1860, Jean-Marie Ragon nous explique que « la Perpendiculaire signifie que le Maçon doit posséder une rectitude de jugement qu'aucune affection d'intérêt ou de famille ne doit détourner ».

    Auteure d'un dictionnaire et d'un manuel interprétatif du Symbolisme maçonnique, Amélie Gedalge parle du Fil à Plomb comme étant « l'emblème de la recherche en profondeur de la vérité, de l'aplomb, de l'équilibre. Il semble nous montrer le chemin qui mène à la Chambre du Milieu ».

    Jules Boucher, auteur de « La Symbolique maçonnique » datant de 1948, s’insurge contre ce type d’association. Pour lui, « la Perpendiculaire est le symbole de la profondeur de la Connaissance et de sa rectitude ; elle prévient toute déviation oblique ». Pour cet auteur dont les initiales (J. B.) évoquent curieusement nos Colonnes, « c'est en partant d'assises stables et bien établies que le Maçon peut et doit travailler en vue de son élévation spirituelle ».

    Pour Oswald Wirth, auteur d'un « Livre de l'Apprenti » datant de 1931, « la Perpendiculaire détermine la verticale qui sollicite l'esprit à descendre et à monter. En approfondissant, nous découvrons nos propres défauts et en nous élevant au-dessus de la platitude commune, nous excusons ceux des autres ».

    Le Fil à Plomb tenu en main peut aussi symboliser la rectitude dans tout jugement, la sérénité, le bon usage de nos facultés, la vérification et la profondeur dans l'observation mais surtout la maîtrise de soi.

    L'expression « Vaincre nos passions » ne résumerait-elle pas tout ce que la Perpendiculaire nous suggère ?

    Pour le Rite Écossais Rectifié, « La Perpendiculaire est l’emblème de la solidité des ouvrages maçonniques. Il est donné au Frère Second Surveillant qui doit veiller à ce que tous les Frères observent fidèlement les lois et préceptes de l’Ordre ».

    Au Rite Écossais Ancien Accepté, au cours de l’installation du Second Surveillant, le Vénérable dit : « Recevez ce sautoir portant le Fil à Plomb, symbole de la recherche de la Vérité dans les profondeurs où elle se cache, ainsi que de l’élévation des sentiments maçonniques vers les hauteurs. En haut comme en bas, vous découvrirez la beauté de l’esprit et du cœur ».

    Au Rite Émulation, « La Perpendiculaire sert à vérifier et à dresser les montants pour les fixer sur des bases correctes… Elle nous enseigne l’équité et la droiture de notre vie et de nos actions ».

    La Perpendiculaire est donc là pour nous empêcher de dévier ou du moins pour nous rappeler régulièrement la nécessité de la droiture de notre comportement et de nos jugements. Elle nous incite surtout à descendre au plus profond de nous-mêmes pour y chercher la Lumière, pour y découvrir ce que nous sommes vraiment. Elle pourrait aussi nous indiquer que nos actions doivent toujours être dirigées par la Sagesse du Grand Architecte de l’Univers.

    La Perpendiculaire est l'attribut du Second Surveillant, celui qui comprend les débutants, celui qui a la responsabilité de leur formation, celui qui pardonne les erreurs, aide à apprendre et à progresser dans la voie du perfectionnement personnel. Nous retrouvons ce symbole sur le plateau de cet Officier Dignitaire mais aussi sous forme de bijou suspendu à l'extrémité du sautoir qu’il porte lors des Tenues.

    Le moins que se doive un Franc-maçon à lui-même et aux autres, c’est d’être un homme de réflexion, de remise en cause, qui prend garde à ce qui va de soi pour tout un chacun ! Il nous parait donc opportun de nous interroger à propos du bijou que porte le Second Surveillant. S’agit-il de la reproduction d’un Fil à plomb ou d’une Perpendiculaire ?

    Au cours de l’installation des Surveillants et plus précisément du Second, les rituels du Rite Écossais Ancien Accepté et du Rite Écossais Rectifié font état d’un fil à plomb alors que ceux du Rite Français Moderne et du Rite Émulation font état d’une perpendiculaire, c’est-à-dire d’un outil de constructeur et d’une figure géométrique. Tout en admettant que notre Ordre est l’héritier de la maçonnerie de métier où l’on se servait de fils à plomb et où l’on traçait des perpendiculaires – ce que les architectes et les ouvriers du bâtiment font encore aujourd’hui – nous pouvons mettre en doute le fait qu’il y ait similitude totale entre les premiers et les seconds, même s’il existe de grandes ressemblances.

    Le fil à plomb, qui s’appelait autrefois « perpendicule », est un instrument manuel, ce que n’est pas la perpendiculaire malgré l’image que les fabricants de bijoux maçonniques lui donnent. Ces fabricants ont probablement inventé cette image parce qu’ils croient à tort qu’un simple fil lesté ne saurait constituer un pendentif pectoral esthétique. De plus, l’armature ajoutée au fil à plomb par les bijoutiers n’ajoute rien à son symbolisme fondamental.

    Quand il est à la fois en service et en équilibre, le fil à plomb ne peut être dessiné schématiquement que par une droite verticale de longueur indéfinie alors qu’une perpendiculaire, si sa direction n’est pas précisée, est une droite orthogonale à une autre tout en lui étant sécante et peut donc être tracée dans une infinité de directions ! Certes, la perpendiculaire maçonnique est toujours représentée en élévation verticale afin d’imiter le mieux possible le fil à plomb.

    L’origine du nom « perpendiculaire » est plus intéressante que sa définition géométrique. En effet « perpendiculum » veut bien dire autre chose que « ce qui pend » ou « ce qui pend à la verticale ». « Perpendere » signifie peser attentivement, apprécier avec exactitude, évaluer avec précision !

    Finalement, la forme du bijou du Second Surveillant importe moins au plan du symbole que la prise en considération exclusive du fil rigide qui en est l’élément essentiel et de l’état d’équilibre parfait de celui-ci.

    Axial et pendulaire, le symbolisme du bijou du Second Surveillant le met en devoir de se comporter, en Loge comme ailleurs, en maître irréprochable, estimé de ses pairs quels que soient leurs degrés et qualités.

    La réflexion suivante, de Jules Boucher, va nous amener à une analyse du Niveau.

     « Lorsque l'Apprenti devient Compagnon, le rituel dit qu'il passe de la Perpendiculaire au Niveau, c'est-à-dire qu'ayant suffisamment approfondi les éléments de la Connaissance, il devient capable d'envisager ceux-ci dans leurs relations avec le Monde, avec le Cosmos. Ces relations sont indiquées par le triangle qui constitue l'armature du Niveau ».

    Le Niveau

    Quand l’Apprenti devient Compagnon, le rituel précise effectivement qu’il passe de la Perpendiculaire au Niveau : il quitte le Second Surveillant pour aller se mettre aux ordres du Premier Surveillant dont l’attribut, le Niveau, permet de vérifier l’alignement horizontal des pierres de l’édifice. C’est ainsi que le Premier Surveillant est responsable de la discipline générale et est le garant de l’harmonie entre les Maçons qui décorent les colonnes.

    Voici comment l’Encyclopédie définit le niveau : « Avec le secours d’une grande règle pour opérer plus juste, le niveau sert à poser les pierres de niveau à mesure que le mur s’élève ».

    La fonction du niveau est de déterminer l’horizontale, laquelle ne peut toutefois être bien établie que par référence avec le fil à plomb. Le niveau est un instrument qui sert à vérifier si un plan est horizontal.

    Instrument de bâtisseur, le niveau à fil est très ancien. Il est constitué par un triangle au sommet duquel est fixé un fil à plomb. Le Niveau doit être formé par une équerre juste, c'est-à-dire que l'angle au sommet doit être de 90°.

    Le premier élément qui compose un niveau est un fil à plomb suspendu au sommet d’un chevalet en bois ayant la forme d’un v renversé : Ù

    Le second élément est le chevalet lui-même qui comprend deux côtés isométriques issus du sommet et reliés près de leur pied par une traverse. A mi-longueur de cette traverse, un trait vertical est tracé : c’est la ligne de foi. Lorsque le fil devient bissectrice de l’angle sommital, il recouvre exactement la ligne de foi.

    Le Niveau est un des symboles essentiels du Franc-maçon. Sa présence au nombre des références matérielles de l’Initié remonte au temps de la Maçonnerie opérative où il était de fait un instrument de base des bâtisseurs de cathédrales.

    Abandonné après l’invention du niveau à bulle d’air, le niveau à fil fut judicieusement conservé par la Franc-maçonnerie en qualité d’outil symbolique, probablement à cause de sa forme triangulaire.

    Ayant aussi la forme d’une équerre, il servait alors à déterminer la rectitude de plans horizontaux par le biais de visées très précises, ainsi que la variabilité des hauteurs. C’est pourquoi on l’associait quasiment en permanence au fil à plomb. L’instrument que manie l’ouvrier est en réalité l’union de la règle – car la base est fort longue – et de la perpendiculaire. Malgré sa précision, ce type de niveau a été délaissé sur les chantiers au profit du niveau de type pendulaire. Celui-ci servait à la fois d’équerre et de perpendiculaire.

    Le Niveau n’apparaît que très tardivement dans la symbolique maçonnique.

    The Whole Institution (1724) ainsi que le Graham MS (1726) évoquent le fil et le plomb, ce qui est pour le moins ambigu. L’outil est nommé dans le Wilkinson MS (1727) comme faisant partie des trois bijoux mobiles.

    Le Prichard (1730) cite le Niveau parmi les bijoux mobiles pour « vérifier toutes les horizontales ».

    Jean-Marie Ragon, dans son Rituel de l’Apprenti Maçon, datant de 1860, explique que « le Niveau symbolise l'égalité sociale, base du droit naturel ».

    Pour Edouard Plantagenet (1929), « le Niveau est le symbole de l'égalité originelle mais il n'implique en aucun sens le « nivellement » des valeurs ; il nous rappelle qu'il faut considérer toutes choses avec une égale sérénité ».

    Mais l'égalité que ces auteurs veulent rattacher au Niveau est une entité abstraite. La nature toute entière montre en effet qu'elle est un leurre car les hommes ne sont égaux ni physiquement, ni intellectuellement.

    Ces deux citations soulignent les préoccupations relatives à une morale sociale des Francs-maçons de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle. Les rituels maçonniques du 18ème siècle mettaient davantage l’accent sur la vertu, pratiquée à titre individuel. Les outils de la Loge apparaissent comme des emblèmes, bien qu’erronément appelés symboles. Les explications relatives aux outils présentent un caractère rationnel, à dominante intellectuelle.

    Publiés vers 1931, les ouvrages d’Oswald Wirth marquent un tournant et annoncent un retour vers une forme plus spirituelle de l’enseignement maçonnique. Wirth voit dans la forme du Niveau « le rappel du signe alchimique du soufre, substance dont la combustion entretient le feu central de tout foyer d'activité. Le Premier Surveillant est le gardien de cette ardeur laborieuse qu'il stimule dès qu'elle diminue ».

    Le Niveau indique l'Horizontale mais il est muni lui-même de la Verticale, la Perpendiculaire. Le Niveau est donc un instrument plus complet que la Perpendiculaire. C'est pourquoi il est l'insigne du Premier Surveillant, seul qualifié pour prendre la place du Vénérable Maître en cas d'absence de celui-ci.

    Pour Jules Boucher, le Niveau, c'est non seulement l'Horizontale mais encore la Croix, la réunion de la Verticale et de l'Horizontale.

    Le Niveau nous donne la ligne droite en équerre à un point donné avec la perpendiculaire. Il nous montre que la Connaissance doit être rapportée au «plan terrestre», le seul qui puisse intéresser directement l'être humain.

    Pour le Rite Écossais Rectifié, « le Niveau est l’emblème de la régularité. Le Frère Premier Surveillant en est décoré comme Inspecteur des Travaux que font les Frères dans le Temple qu’ils élèvent à la Vertu ».

    Au Rite Français Ancien, le Niveau ne figure pas parmi les outils de passage ! Il est cependant expliqué comme suit : « Le Niveau nous avertit qu’il doit régner une parfaite égalité entre tous les Maçons ».

    Au Rite Émulation, « Le Niveau sert à poser les surfaces planes et à vérifier les lignes horizontales… Il nous enseigne l’égalité ».

    Au Rite Écossais Ancien Accepté, lors de la Tenue d’installation des Officiers Dignitaires, le Vénérable Maître dit au Premier Surveillant : « Je vous revêts du sautoir portant le Niveau, symbole de notre soumission à la loi qui s’impose à tous et devant laquelle nous sommes tous égaux ».

    Au Rite Français Moderne, le Niveau rappelle que tous les hommes sont Frères, qu’ils sont nos semblables, qu’ils sont tous faits du même limon et que si certains sont moins bien doués par la Nature, ils n’en ont pas moins droit à la vie, au bonheur.

    « Par son dessin, nous dit Jean Ferré, le Niveau est l’association du triangle (feu, lumière, homme) et de la croix (union de l’horizontalité et de la verticalité). Ce qui signifie qu’il est à la fois l’homme dans le quotidien, vivant dans le monde terrestre et matériel, et l’esprit qui cherche à s’élever, générant une pensée constructive et les actes qui en émanent ».

    Dans la Maçonnerie moderne, le Niveau tient toujours une place importante. On le représente par un triangle dont l’angle supérieur est de 90°, au faîte duquel est attachée une perpendiculaire.

    Par le fait qu’il indique à la fois l’horizontale et la verticale, c’est l’instrument idéal pour qui veut bâtir, ce qui est le but symbolique de tout Initié dont la mission première est de reconstruire son propre Temple.

    Dans la Loge, le Niveau est associé au Premier Surveillant, responsable des Compagnons et, par voie de conséquence, au symbolisme du deuxième degré.

    Le sens général du Niveau est la mise en œuvre correcte des connaissances. Par la justesse qu’il permet d’atteindre, sur l’un et l’autre plan, le Niveau est le garant d’une construction harmonieuse. Il est par excellence un outil de perfection. En ce sens, appliqué à la progression et l’évolution de l’homme, il représente l’égalité des valeurs humaines et sociales, l’équilibre entre les forces des divers plans, le respect des aspirations de chacun au bien-être. Par extension, c’est donc l’emblème de l’égalité sociale.

    Mais la Franc-maçonnerie n’a pas la naïveté de croire en une égalité naturelle. Le Niveau évoque une égalité construite, bâtie par le travail, un travail effectué sur le monde environnant, certes, mais surtout sur soi-même !

    Cette égalité est vécue dans la Loge car tout Maçon laisse ses métaux à la porte du Temple. Il est là en tant qu’homme, en tant qu’individu, non pas en tant qu’élément d’une caste, d’un groupe socioprofessionnel plus ou moins favorisé.

    En Maçonnerie, l’horizontalité induit la solidarité, l’aide fraternelle, la philanthropie, le travail collectif au sein de la Commission des Officiers et autres groupes de la Loge. Au Premier Surveillant, l’horizontalité du Niveau dicte son aptitude à conduire correctement des travaux d’équipes, animer des groupes d’étude, ne serait-ce que celui qui est constitué par les Compagnons.

    Vis-à-vis de ces derniers, elle lui dicte encore vigilance, rigueur et fraternité. Elle l’invite à réveiller les endormis, à encourager les fatigués, à corriger des erreurs chez les uns, à apaiser des mésententes chez d’autres, à harmoniser les dissemblances de tous, à expliquer un symbole mal compris, à aider un ouvrier en difficulté.

    Le Niveau, en tant que bijou, place parfaitement le Premier Surveillant dans la hiérarchie des officiers de la Loge, entre la Perpendiculaire du Second Surveillant et l’Equerre du Vénérable Maître dont il est pratiquement l’adjoint. Il est dès lors évident que, face à ses pairs, le Premier Surveillant, Deuxième Lumière de la Loge, ne peut qu’être irréprochable du point de vue maçonnique.

    Par une ascèse appropriée, telle la répétition rituelle, grâce à notre assiduité en Loge, nous pouvons arriver à voir le modèle « Perpendiculaire / Niveau ». Tout comme les Compagnons taillant la pierre dans la carrière, nous pouvons vérifier et corriger la pose de la pierre sur le chantier du temple grâce à ces deux instruments associés.

    Le modèle symbolique qu’ils forment nous présente un plan horizontal percé par un axe vertical. Le plan horizontal figure l’état de l’être, le niveau atteint dans un domaine déterminé. Il varie pour chaque être mais aussi pour un même être au cours de sa vie. L’axe vertical peut être parcouru vers le haut ou vers le bas en partant du plan.

    Le balayage horizontal pourrait représenter nos activités profanes, relationnelles et sociales, l’aspect extensif de notre existence quotidienne. Le fil à plomb représenterait alors l’aspect intensif de l’exploration verticale de notre moi et l’équilibre que nous tentons de maintenir entre notre vie de citoyen et notre vie intérieure d’homme à la recherche de notre véritable identité, de notre intégration optimale à l’univers.

    L’horizontalité du Niveau induit le travail en équipe, le partage équitable des tâches, chacun selon ses talents, sa technicité, ses forces, son courage. Elle illustre l’intégration de l’homme dans la société des hommes, dans les règnes de la nature, dans l’univers. Elle suggère la coopération des hommes à des réalisations communes ainsi que leur solidarité envers les pauvres, les malades et les populations frappées par la guerre ou des catastrophes naturelles.

    A condition que nous nous déplacions réellement le long du Fil à Plomb, nous pourrons capter des éclairages psychiques sur nous-mêmes, ce qui nous permettra d’améliorer ici nos points de vue, de développer là notre intuition et de perdre ailleurs quelques défauts.

    Nous pourrons être amenés ainsi plusieurs fois à repenser notre manière de vivre, à changer nos comportements, à délaisser des occupations au profit d’autres, à niveler nos habitudes passées, jusqu’au jour où notre vie intérieure prendra plus d’importance que notre vie extérieure.

    Nous deviendrons des hommes que l’on écoute avec attention, des hommes que l’on respecte et que l’on aime mieux qu’auparavant parce que l’on apprécie leur équité, leur lucidité, leur sagesse.

    La Perpendiculaire représente la connaissance des matériaux, la connaissance matérielle. La Perpendiculaire est l’instrument complémentaire du Niveau qui, lui, permet de vérifier l’alignement sur un plan horizontal. Les deux instruments sont absolument nécessaires pour la pose des pierres, notamment des pierres d‘angle.

    Ainsi, il n’est pas bon de séparer le travail du Premier Surveillant de celui du Second. Ils doivent travailler ensemble sous la direction du Vénérable Maître afin qu’ils puissent, avec les matériaux dont ils disposent, bâtir une construction solide et durable. Ils devront parfois faire intervenir la Truelle (symbole absent du Rite moderne !) pour effacer des inégalités, carence ou surabondance, et permettre la cohésion de tous les éléments dont ils disposent.

    Le Niveau représente la connaissance sublimée. La synthèse est assurée par l’Equerre du Vénérable Maître. Le Niveau évoque en outre l’égalité. Les métaux ayant été abandonnés à la Porte de la Loge, tous les Maçons sont égaux dans l’enceinte sacrée, principalement devant la Loi Maçonnique.

    Perpendiculaire et Niveau doivent être utilisés conjointement par le Maçon car ils sont complémentaires. En effet la Maçonnerie n’a pas pour but un nivellement par la base car cela lui ôterait tout son caractère initiatique. Au contraire, elle implique une recherche sur soi, une plongée dans les profondeurs de l’être, alliées à une volonté de s’élever, de progresser, qui permettent l’ascension et la faculté d’entraîner autrui dans la voie du perfectionnement.

    BIBLIOGRAPHIE

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    Berteaux RaoulLa symbolique au grade d’Apprenti

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    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

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    Boucher JulesLa symbolique maçonnique

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    Ferré Jean - Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

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    Ferré Jean - Dictionnaire des symboles maçonniques

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    Guigue Christian - La formation maçonnique

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    Login J. P.Le Compagnon

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    Plantagenet Edouard E.Causeries initiatiques pour le travail en Loge d’Apprentis

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Page 106

     

    Plantagenet Edouard E.Causeries initiatiques pour le travail en chambre de Compagnons

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 131 et 132

     

    Pozarnik AlainA la Lumière de l’Acacia - Du profane à la maîtrise

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 85 à 105 et 165 à 190

     

    Spaeth Marcel - Le Tracé du Compagnon

    Editions A.V.S., Paris, 1991 - Pages 19 à 21

     

    Wirth OswaldLa Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    1ère partie : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 203 et 210

     

    Wirth OswaldLa Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    2ème partie : « Le Compagnon » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 164, 165 et 167

     

    Wirth OswaldLa Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    3ème partie : « Le Maitre » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Page 81

     

    Pour aller plus loin :

    Noyer JosephLe Fil à plomb et la perpendiculaire

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 2006

     

    La Corde à nœuds 

    Pour de nombreux auteurs, l'usage a consacré une expression qui semble impropre : « Houppe dentelée » ne conviendrait pas comme synonyme de  « Corde à nœuds ». Pourtant, l'expression « Houppe dentelée » désigne souvent la Corde à nœuds ou même la Chaîne d’Union ! En ouvrant le Dictionnaire de la Franc-maçonnerie à l'expression « Corde à nœuds », Bernard Baudouin renvoie le lecteur à la « Chaîne d’Union ».

    L'usage veut qu'on donne le nom de « Houppe dentelée » à cette « Corde à nœuds » qui entoure le Tableau d'Apprenti et le Tableau de Compagnon. Il s'agit bien d'une corde formant des nœuds – mais appelés à tort des « lacs d'amour » – et terminée par une houppe à chaque extrémité.

    Les premiers Maçons ont donné aux nœuds la forme de lacs d'amour. Mais le recours à l'étymologie nous permet déjà de déceler une erreur. Le mot latin « laqueus » signifie en réalité « lacet » ou « nœud coulant », et « piège » au sens figuré.

    Ces nœuds sont assez faciles à faire : on forme d'abord une boucle ou anneau et on y introduit l'extrémité de la corde. Schématiquement, la figure ainsi obtenue ressemble au chiffre huit couché qui représente l'infini en mathématique. En formant ce nœud, on figure les organes mâle et femelle ! Ce choix parmi toutes les formes de nœuds n'est probablement pas arbitraire mais il convient de remarquer que c'est aussi possible avec la plupart des autres nœuds.

    Jules Boucher, se référant à l'héraldique, précise que le « lac d'amour » est un «cordon entrelacé dont les bouts traversent le centre et ressortent par le bas à dextre et à senestre, en forme de houppe».

    « La cordelière de soie noire et blanche dont les veuves entourent leur écu est faite de lacs d'amour. On sait en effet que les veuves reprenaient leur écusson de jeune fille, en forme de losange, et l'entouraient d'une cordelière pour indiquer non pas qu'elles avaient été liées, mais qu'elles étaient déliées. De même, les armoiries des cardinaux, des évêques et des abbés comportent, en dessous d'un chapeau, une cordelière formée de lacs d'amour et terminée par des houppes ».

    Au grade d'Apprenti comme au grade de Compagnon, le Tableau de Loge est entouré par la Corde à nœuds. Certains auteurs pensent que l'origine de la Corde à nœuds dans la Loge est tout simplement le cordeau dont se servait l'arpenteur ou le Compagnon, chargé par le Maître d’œuvre, de fixer l'implantation du temple.

    Jules Boucher rappelle que les arpenteurs égyptiens se servaient d'une corde à nœuds pour tracer des angles droits ; de même, les nœuds du cordeau étaient des points de repère. C'est à l'aide du cordeau opératif qu'on alignait les éléments de l'ouvrage et qu'on vérifiait les distances. Les nœuds faits au cordeau indiquaient opérativement des distances fixées sur sa longueur, pour un travail particulier de report de ces distances.

    La houppe qui orne les extrémités, c'est opérativement l'élargissement final pour la prise en main solide que nécessite l'usage du cordeau.

    Les premiers Maçons spéculatifs ont apparemment remplacé le cordeau opératif par un cordon ornemental et ont donné tout naturellement à ce cordon des nœuds en forme de lacs d'amour, parce que ces sortes de nœuds figuraient dans les armoiries et que le Tableau de la Loge renfermait les symboles essentiels de la Maçonnerie et pouvait être considéré comme l'Armorial maçonnique. Selon cette hypothèse, les Maçons spéculatifs auraient donc faussé le sens primitif de la corde à nœuds, ce qui parait bien le cas lorsque celle-ci prend le nom de « Houppe dentelée » et le nœud le nom de « lac d'amour ».

    Assez curieusement le nombre de nœuds varie selon les auteurs. Vuillaume fait sept nœuds à la Houppe dentelée du grade d'Apprenti et neuf à celle de Compagnon. Edouard Plantagenet en fait également sept à celle du grade d'Apprenti mais ne précise pas le nombre de nœuds relatifs au grade de Compagnon. Oswald Wirth ne donne que trois nœuds aux deux grades. Jean-Marie Ragon n'en indique pas le nombre !

    Jules Boucher, qui semble se référer aux plus anciennes représentations, souhaiterait faire figurer une corde à trois nœuds au grade d'Apprenti et une corde à cinq nœuds au grade de Compagnon mais la pratique ne semble pas lui donner raison puisque sept nœuds apparaissent le plus souvent sur le Tableau au grade d'Apprenti.

    Si le nombre de nœuds de la corde ou de la Houppe dentelée diffère selon les auteurs, les définitions qu'ils en donnent restent sensiblement les mêmes. Ainsi, pour Jean-Marie Ragon, ces nœuds entrelacés sont l'image de l'union fraternelle qui lie par une chaîne indissoluble tous les Francs-maçons du Globe.

    Instrument de construction, la corde nouée est aussi un instrument de mesure. La mesure est faite par le nombre de nœuds. La souplesse de l'instrument permet de passer des figures rectilignes aux figures curvilignes. La corde permet donc la figuration de lignes droites comme de lignes courbes.

    Cette propriété nous donne la clef du symbolisme du nœud. En effet le nœud est une figure géométrique formée par deux boucles dans laquelle l'aire d'une boucle est en relation avec l'aire d'un carré. Le nœud représente alors le passage du carré au cercle, de la terre au ciel, du matériel au spirituel.

    La présence des nœuds dans le Tableau de Loge donne tout son sens aux Travaux maçonniques et cette présence signifie que la Loge devrait être le lieu de passage d'un état inférieur à un état de conscience supérieur.

    D’après W. Nagrodski, « les outils employés par le Maçon symbolique correspondent exactement à l'équipement normal d'un Compagnon maçon opératif. Ils portent les mêmes noms et un ouvrier quelconque les reconnaîtrait aisément sur le Tableau des grades d'Apprenti et de Compagnon. Il serait seulement étonné de constater que le cordeau, outil tout à fait indispensable dans le métier, a reçu dans la Maçonnerie symbolique le nom de « Houppe dentelée» avec des « lacs d'amour » devant représenter la « Chaîne d’Union » reliant tous les Maçons ».

    Ce symbolisme très touchant du cordeau de Maçon est tiré par les cheveux en raison du dilettantisme sentimental des Maçons « acceptés ». Ceux-ci ne savaient pas que toute construction devait être « implantée » sur le terrain avant d’être commencée et que le cordeau jouait un grand rôle dans cette opération qui, en elle-même, contient un symbolisme beaucoup plus profond que celui des « lacs d'amour » qui ne riment techniquement à rien.

    L'importance de l'implantation d'un édifice devient particulièrement grande quand il s'agit d'un temple, et, déjà en ancienne Egypte, cette opération avait été exécutée par les « tendeurs de cordeau » professionnels et accompagnés de rites semblables à notre pose contemporaine de pierre de fondation.

    L'opinion de Nagrodski est à retenir. Il parait à peu près certain que les Maçons spéculatifs, en transposant un symbole opératif, ont faussé le sens primitif.

    Symboliquement, le cordeau, c'est le temps d’arrêt pour la réflexion, le retour sur soi-même, la supputation sur le travail fait et celui qui reste à accomplir. Tandis que les houppes qui ornent les extrémités de la corde, c'est le but final : la splendeur de la Connaissance acquise, sa perfection, l'usage de la force, la constance.

    Pour Luc Nefontaine, « la Corde à nœuds symboliserait les liens entre le ciel et la terre. La Corde à nœuds est la Houppe dentelée représentée sur les murs de certaines Loges ou figurant à l'Orient. Souvent, la Corde à nœuds est faite de douze entrelacs symbolisant les douze signes du zodiaque. En héraldique et en décoration, les « lacs d'amour » sont considérés comme des figures classiques. La Corde à nœuds rappelle aussi la Chaîne d’Union que forment les Maçons ». Mais en est-elle pour autant la représentation symbolique ?

    Pour Benuraud et Brugnaux, « la fonction de la Corde à nœuds consiste à maintenir les différents éléments contenus dans l'enceinte du temple, de façon à former un tout ordonné‚ et harmonieux où chaque chose est véritablement à sa place, car, comme tout édifice sacré, le temple maçonnique est une représentation de l'univers ».

    Ainsi, pour certains, les nœuds représenteraient la fraternité mais en même temps évoqueraient le symbolisme stimulant véhiculé par la Franc-maçonnerie.

    Pour Oswald Wirth, cette corde se noue en entrelacs et représente la Chaîne d’Union reliant tous les Francs-maçons. Les nœuds peuvent être au nombre de douze pour correspondre aux signes du Zodiaque. Mais cet ornement est improprement appelé « Houppe dentelée ».

    Pour Edouard Plantagenet, « la Houppe dentelée symbolise la Fraternité qui unit tous les Francs-maçons et, à ce titre, elle est une reproduction matérielle et permanente de la Chaîne d’Union ».

    Mais pour Jules Boucher la Corde à nœuds porte à tort le nom de « Chaîne d’Union ». En effet, la « Chaîne d’Union » est un rite, une action alors que la « Corde à nœuds » est un élément graphique du Tableau de la Loge aux grades d'Apprenti et de Compagnon.

    Etant donné que la Corde à nœuds trouve son origine dans le cordeau des Maçons opératifs, il n'y a effectivement pas lieu de désigner ce symbole par l'expression «Houppe dentelée» qui devrait garder sa place en héraldique.

    De même, l'expression « lacs d'amour » ne semble pas avoir sa place en Franc-maçonnerie car ce terme appartient également à l'héraldique. Cependant si les nœuds peuvent symboliser les liens de fraternité et de solidarité qui doivent exister entre tous les Frères, les nœuds pourraient aussi symboliser l'amour fraternel.

    Quant au nombre de nœuds que la corde devrait comprendre, il me semblerait plus adéquat d'en faire figurer trois sur le Tableau de la Loge au premier degré et cinq sur celui de la Loge au second degré en correspondance avec « l'âge » des Frères de ces degrés respectifs. Quelques Tapis de Loge en comprennent sept, nombre qui rappelle celui des Maîtres indispensables pour pouvoir procéder à des Initiations !

    La Corde à nœuds n’apparaît pas nécessairement aux murs de tous les Respectables Ateliers.

    Mais, finalement, que peut-on penser de la présence de ce symbole sur le Tapis de Loge ?

    La Corde à nœuds ne représente pas la Chaîne d’Union car celle-ci est «fermée» lorsqu'elle est bien pratiquée. Tandis que la Corde à nœuds, qui semble bien protéger l'ensemble des outils, reste toujours « ouverte » vers l'Occident mais marque une limite à ne pas franchir en direction de l'Orient.

    Cette disposition ne nous indiquerait-elle pas que la Lumière qui luit à l'Orient est sacrée, intouchable et inaccessible et que, par conséquent, la Vraie Lumière, c'est celle qu'il faut chercher ailleurs, au plus profond de soi-même ?

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 38, 49 et 80

     

    Behaeghel Julien - Symboles et initiation maçonnique

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    Béresniak Daniel - Rites et Symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome I : « Les Loges Bleues » - Editions Detrad, Paris, 1997 - Pages 93 et 94

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 49 et 50

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

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    Ferré Jean - Dictionnaire des symboles maçonniques

    Editions du Rocher, Monaco, 1997 - Pages 53 à 54

     

    Ferré Jean - Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

    Editions du Rocher, Monaco, 1994 - Page 63

     

    Guigue Christian - La formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1996 - Pages 70 à 72

     

    Guigue Christian - Les Planches de l’Apprenti

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1996 - Pages 33 à 49

     

    Lhomme Jean, Maisondieu Edouard et Tomaso Jacob

    Dictionnaire thématique illustré de la Franc-maçonnerie

    Editions du Rocher, Monaco, 1993 - Pages 89 à 90

     

    Login J. P. - L’Apprenti ou le mythe de la pierre brute

    Editions Detrad - Page 38

     

    Mainguy Irène - La symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy, Paris, 2001 - Pages 82 à 84 et 142

     

    Nagrodski W. - L'Outil méconnu : Le symbolisme

    1933 - Page 127

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie, Tome 2

    Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Pages 107 et 110

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'apprentis

    Editions Dervy, Paris, 1988 - Pages 95 et 96

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I « l'Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Page 211

     

    Pour aller plus loin :

    Lapidus Michel - La Corde des Francs-maçons

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 2012

     

    La Chaîne d'union

    Souvent les Francs-maçons terminent leurs Travaux et leurs cérémonies en formant entre eux une longue chaîne sans fin, appelée « Chaîne d’Union ». C’est une pratique dont l'origine remonte aux temps lointains de la Franc-maçonnerie opérative. Ce rite évoque symboliquement la fraternité et la solidarité entre les Francs-maçons. Il prend particulièrement toute sa valeur lorsque la Loge vient de s’enrichir d’un nouveau Frère.

    Pour la réaliser, tous les Frères présents lors d'une Tenue se réunissent en cercle autour du Pavé mosaïque et se tiennent par la main, dégantée, les bras croisés, le bras droit sur le bras gauche et font en sorte qu'ils aient également un contact par les pieds pour mieux prendre conscience de la présence d’un autre Frère tant à sa gauche qu’à sa droite. Ils demeurent ainsi en silence et se concentrent pour transmettre par la main droite le magnétisme qu'ils reçoivent de la main gauche. Idéalement, deux doigts de chaque main devraient aller percevoir le pouls du Frère voisin.

    Ainsi formée, la Chaîne d’Union rituelle devient le véhicule de l'influence spirituelle. Elle est aussi une technique pour la transmission de l'énergie, technique efficace à condition d'être bien pratiquée.

    Pour que chacun tire profit de ce magnétisme, il faut qu'un amour fraternel, profond et sans réserve réunisse tous les participants sans exception. L'absence de cette condition rend inefficace, inutile et absurde le rite de la Chaîne d’Union.

    Afin de concrétiser davantage cette chaîne d'harmonie, le Vénérable Maître recommande souvent que tous les esprits des Frères présents se concentrent sur une même idée.

    Symboliquement, la Chaîne d’Union évoque les liens très étroits qui unissent tous les éléments qui régissent notre planète, aussi bien matériellement que spirituellement. Par-là, elle se veut la réunion de toutes les volontés, de toutes les énergies, en une force unique capable de transcender les épreuves les plus terribles et de réaffirmer à chaque instant la maîtrise de l'esprit et la dimension sacrée de l'homme.

    Selon Edouard Plantagenet, « elle symbolise l'Universalité de l'Ordre et rappelle à chacun que tous les vrais Maçons, quelle que soit leur patrie, ne forment qu'une seule famille de Frères, répandus sur la surface de la terre. Il semble en effet que la Chaîne d’Union rapproche les cœurs en même temps qu'elle ranime dans les consciences le sentiment de la solidarité qui nous unit et de l'interdépendance qui nous lie ».

    Tout Frère qui participe consciemment et sans réticences à la Chaîne d’Union rituelle en ressent lui-même les effets suggestifs et réconfortants.

    Ce cérémonial semble préparer heureusement l'ambiance propice pour faire de la Fermeture des Travaux bien autre chose qu'une simple formalité !


    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 38, 49 et 80

     

    Béresniak Daniel - L'apprentissage maçonnique, une école de l'éveil ?

    Editions Detrad, Paris, 1983 - Pages 106 et 107

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 49 et 50

     

    Benuraud A. et Brugnaux C.

    Eléments pratiques de formation maçonnique et symbolique

    Les Amis de Tristan Duch, Firminy (France), 1993

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999 - Page 164

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 169 à 175

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie Tome 2

    Editions de l'Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Page 107

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy – Livres, Paris, 1988 - Pages 95 et 96

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Page 211

     

    Pour aller plus loin :

    Onofrio Jean - La Chaîne d’Union

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 2006

     

    Les grades ou degrés 

    Quels que soient son âge, son ancienneté, son poste,... tout Frère se doit de manifester en permanence sa volonté de perfectionnement par sa quête intellectuelle et spirituelle. Cette quête de perfection se fait par paliers, par étapes, par «augmentations de salaire». Les grades sont les degrés successifs de perfection auxquels un Franc-maçon peut espérer parvenir tout au long de sa trajectoire initiatique.

    Les Loges Bleues ou Ateliers Symboliques constituent le plus souvent les trois premiers niveaux dans la hiérarchie d'une Loge. Elles comptent trois grades ou degrés : Apprenti, Compagnon, Maître.

    Le profane qui vient d'être initié, créé, consacré et reçu Apprenti Franc-maçon, passe ainsi au moins une année de silence à attendre, à se mettre sur la voie de vérités nouvelles qui modifieront son mode de pensée s'il est capable de les discerner et de les comprendre.

    Pour Edouard Plantagenet, « c'est par l'accomplissement strict de ses devoirs envers lui-même que l'Apprenti se rend apte à collaborer plus tard et utilement au Grand Œuvre de l'Ordre maçonnique ».

    « Ce n'est qu'à la faveur de ce long silence que l'Apprenti peut faire cet indispensable retour sur lui-même qui l'affranchira définitivement de l'influence de son existence antérieure et lui fera découvrir que la Lumière qu'il est venu chercher en ce Temple se trouve déjà en lui. C'est ainsi que la Lumière se révélera à sa raison et illuminera sa pensée. Au fur et à mesure, il comprendra les enseignements qui se dégagent, pour celui qui cherche vraiment, de l'interprétation des symboles et du travail rituel ».

    Cette tâche remplit toute la vie d'un Franc-maçon. Ce sont les progrès accomplis   qui lui permettront d'accéder successivement au degré de Compagnon puis à celui de Maître.

    Chaque Obédience, selon le rite pratiqué, développe ensuite une série de grades supérieurs que l'on nomme « Hauts grades ». Hormis les grades de perfection, du quatrième au quatorzième degré (Ateliers verts ou Loges de Perfection), qui contribuent à solidifier l'édifice maçonnique et à en structurer les Travaux, il existe des grades plus spécifiques, tels les grades chevaleresques, philosophiques et administratifs regroupés en Chapitres (ou Ateliers Rouges), du quinzième au dix-huitième degré ; en Aréopages ou Ateliers Philosophiques, du dix-neuvième au trentième degré ; en Tribunaux, en Consistoires et en un Suprême Conseil, du trente-et-unième au trente-troisième degré.

    Le Rite Écossais Ancien Accepté comprend actuellement trente-trois degrés. Les Hauts Grades ont fait l'objet de maintes critiques. Les titres de ces grades peuvent en effet paraître prétentieux et donner lieu à de fausses interprétations mais il ne faut pas oublier qu'ils trouvent leur origine à l'époque de la chevalerie.

    Selon Ed. Quartier La Tente, « la plupart des adeptes de l'Art royal se contentent de recevoir les grades symboliques mais ils ne les possèdent jamais effectivement. Ils détiennent un trésor mais ils en ignorent la valeur et n'en tirent aucun parti. Les Hauts Grades ont pour mission de faire progressivement saisir l'ésotérisme des trois degrés fondamentaux de la Franc-maçonnerie. Ils n'ont pas la prétention de révéler de nouveaux secrets. Toute leur ambition se limite au contraire à bien la faire comprendre, à la mettre en valeur dans l'esprit de ses membres à qui il importe de faire faire effectivement leur apprentissage, afin qu'ils puissent devenir de réels Compagnons, capables d'aspirer à la Maîtrise véritable. Ce degré ultime correspond à un idéal qui est proposé à l'Initié, un idéal auquel il doit tendre mais dont la réalisation n'est pas dans ses moyens ! Le Temple ne sera jamais achevé ! »

    Les Hauts Grades ne sont que le développement et l'ampliation des trois premiers. Pour Jules Boucher, leur utilité n'est cependant pas contestable s'ils créent chez les Francs-maçons une émulation profitable à l'Ordre maçonnique tout entier.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Page 74

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 188 à 202

     

    Quartier La Tente Ed. - Les Grades et les Rites maçonniques

    Berne, 1915 - Page 10

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 70, 76, 93, 94, 123, 171, 182

     

    Les trois Pas ou la Marche de l'Apprenti

    De même qu’il possède ses attributs, sa batterie ou ses signes de reconnaissance, tout grade maçonnique a sa « marche ». Celle-ci consiste en un certain nombre de pas et sert essentiellement à pénétrer dans le Temple de manière rituelle.

    Le pas est par essence ce qui définit la marche d’un individu. Or, on sait que chaque élément du comportement d’un Franc-maçon en Loge a son importance symbolique. C’est pourquoi un nombre précis de pas correspond à chaque grade et doit être effectué lors de l’entrée dans le Temple. C’est également le moyen de vérifier que celui qui pénètre dans le lieu sacré dédié à la Franc-maçonnerie est bien habilité à être présent dans cette assemblée.

    Chaque degré de la Maçonnerie symbolique se caractérise par une marche différente que l’on évoque par l’expression « faire les pas » et qui s’avère obligatoire lors de l’entrée individuelle en Loge. La marche, accompagnée des signes spéciaux à chaque degré, est obligatoire pour tous les Maçons qui pénètrent dans une Loge lorsque les Travaux sont ouverts. « Pratiquement, nous dit Jules Boucher, ceux-ci le sont presque toujours au grade d’Apprenti ; les marches de Compagnon et de Maître ne sont utilisées ou mieux « remémorées » que lors des initiations à ces degrés ».

    Le pas constitue le mouvement de base. Il ne s’opère pas identiquement pour tous les rites. Ainsi, on entre :

    • du pied gauche au Rite Écossais Rectifié, au Rite Écossais Ancien Accepté,
    • du pied droit au Rite français moderne, au Rite belge moderne, au Rite Émulation.

    Faire les pas, c’est mettre les deux pieds en équerre, avancer d’un pas, se remettre en équerre. Le nombre de pas fait pendant au nombre mystérieux du grade. Les Surveillants ont pour devoir de vérifier avec un soin tout particulier que les Apprentis et Compagnons maîtrisent totalement cette gestuelle de base en matière d’entrée en Loge.

    Quel que soit le rite suivi, l’entrée en Loge se fait dans le respect des usages anciens codifiés d’après des normes rigoureuses. Ainsi, l’entrée dans une Loge demeure rigoureusement identique aujourd’hui à celle qui se pratiquait en 1778.

    Lorsqu’un Frère arrive en retard et que les Travaux se trouvent commencés, il vient frapper à la porte de l’Atelier suivant la batterie de son degré où les Travaux sont ouverts.

    Le retardataire doit attendre avec patience que l’entrée lui soit accordée, ce qui peut se produire tardivement si une cérémonie est commencée !

    Lorsque le Vénérable Maître donne l’ordre d’admettre le Frère en Loge, le Couvreur ouvre la porte et accueille le nouveau venu. L’arrivant doit attendre que le Vénérable Maître le regarde pour procéder à l’entrée rituelle, c’est-à-dire faire les pas, suivis du salut.

    Tout Maçon pénétrant dans le Temple après l’Ouverture des Travaux doit marcher rituellement. A chaque pas, le second pied vient rejoindre le pied placé en avant, en équerre.

    • Dans un premier temps, le Frère place ses pieds en équerre.
    • Dans un second temps, il se met à l’ordre.
    • Au troisième temps, il effectue les pas du grade.
    • Au quatrième temps, il fait le Signe d’ordre ou salut.

    Quelques auteurs jugent la marche écossaise peu conforme à la symbolique, du fait qu’elle démarre du pied gauche. Il est à noter cependant que si l’on part du pied gauche, on ouvre le côté droit du corps, on l’oriente vers le Pavé mosaïque.

    L’Ecossisme « attaque » les pas du pied gauche, la plupart des autres rites les commencent du pied droit.

    Comme pour l’analyse d’autres symboles, gestes et attitudes, de nombreux auteurs Francs-maçons ont pris, à ce sujet, des positions parfois proches, parfois divergentes. Cherchons la Lumière !

    «Aucune raison, bonne ou mauvaise, dit Oswald Wirth, n’a été jusqu’ici mise en avant en faveur du pied gauche. Quant à la marche du pied droit, elle se justifie par le fait que la droite figure l’activité, l’initiative, le raisonnement, alors que la passivité, l’obéissance et le sentiment se rapportent à la gauche. C’est donc le pied droit qui, logiquement, doit se porter en avant, appuyé par la gauche dont le rôle est de suivre».

    Edouard Plantagenet abonde dans le même sens : « La marche du pied gauche nous parait inexplicable ; il n’est point convenable qu’en Maçonnerie il puisse y avoir, à quelque degré de la hiérarchie que ce soit, une passivité aveugle ou un abandon absolu aux réactions affectives justifiant le symbolisme de la gauche. Nous savons, au contraire, que la fécondité même de l’Initiation repose entièrement sur l’intensité du travail personnel, conscient, délibéré. La marche s’affirme, d’ailleurs, comme inconciliable en soi avec le départ du pied gauche et dès lors on ne voit pas comment on pourrait justifier rationnellement cette prescription ».

    « Il ne fait aucun doute, dit-il encore, que cette altération des enseignements traditionnels propage une erreur flagrante : la marche écossaise prescrit le départ du pied gauche, côté de l’affectivité passive et sentimentale ».

    Pour Jules Boucher, au contraire, « la marche du pied gauche se justifie aisément parce que précisément alors on s’appuie sur la droite, la raison qui reste stable tandis que la gauche, le sentiment, est seule mobile. Inversement, en partant du pied droit, on lance en avant la raison et le point d’appui étant le pied gauche semblerait montrer qu’on s’appuie sur l’affectivité « passive et sentimentale ». Le pied droit venant s’appliquer sur le pied gauche « rectifie » les erreurs que la gauche a pu commettre ».

    On voit qu’il est facile de réfuter les arguments « rationnels » des adversaires de la marche partant du pied gauche. Ces arguments sont d’ailleurs purement sentimentaux !

    L’usage des trois pas effectués à certains moments des cérémonies remonte à l’époque de la Maçonnerie opérative mais pour nous aider à les situer dans la pratique moderne, il nous faut nous référer aux anciennes « exposures » anglaises.

    Ainsi, le « Manuscrit Wikinson » (1727) et Samuel Prichard (1730) nous indiquent que les candidats doivent avancer par trois pas vers l’autel avant de prendre leur obligation sur la Bible. Cette façon de procéder relève d’une nécessité symbolique mais ces documents ne nous fournissent aucune explication sur la manière de les faire.

    Un document plus tardif, daté de 1760, le « Three Distinct Knocks », signale que « le candidat avance seulement d’un pas au 1er degré, de deux au Second degré, de trois pas au 3e degré ». Ce qui énonce en l’occurrence que le premier pas régulier en Franc-maçonnerie est celui qui va se traduire par la prise de l’obligation qui entérine définitivement la réception dans la fraternité car c’est l’engagement qui fait le Maçon. Sans serment sur la Bible, il n’y a point de Maçon.

    Le premier pas régulier en Franc-maçonnerie, effectué à partir des pieds mis en équerre avec les talons joints, remonte au moins vers 1700 puisque nous en trouvons la mention dans le manuscrit Sloane. La Grande Loge des « Moderns » le modifia avec l’adoption des trois pas tandis que la Grande Loge des « Antients » le maintint.

    Certains rituels précisent que les pas ne doivent pas être d’égale longueur, le premier étant un petit pas, le deuxième un peu plus grand, le troisième encore un peu plus grand !

    La marche de trois pas est celle de l’Apprenti. Serait-ce trahir un secret que de révéler ici que la marche du Compagnon est celle de l’Apprenti à laquelle viennent s’ajouter deux autres pas et que celle du Maître est celle du Compagnon à laquelle viennent s’ajouter trois pas spécifiques ? Le plus important n’est-il pas de découvrir, au moment adéquat, la manière de les effectuer et de les « vivre » au moment de la cérémonie de Passage au grade de Compagnon ou de l’Élévation à la Maîtrise ?

    Au grade d’Apprenti, il s’agit d’accomplir trois pas.

    Placée comme d’autres symboles du Premier degré sous le règne du Nombre Trois, la marche d’Apprenti se pratique en réalité peu souvent. Accompagnée du Signe d’Ordre, elle a seulement lieu lorsqu’un Frère arrive très tard en cours de Tenue ou bien lors de l’introduction rituelle d’une délégation de visiteurs ou de dignitaires. Elle est toujours remémorée au cours de la cérémonie de l’Initiation d’un profane.

    Pour Guy Boisdenghien, « la marche consiste à effectuer trois pas en avant, les pieds en équerre, dirigés vers l’Orient. Geste ternaire de jambes, la marche symbolise l’avancée de l’Apprenti sur le chemin de l’Initiation. Le premier pas est un essai en tant qu’image de l’ignorance native. Le deuxième pas permet de prendre conscience de la nécessaire Prudence que nous devons toujours garder à l’esprit en raison de l’imperfection du langage. Le troisième pas est celui de l’Attention. Ainsi, tous les sens sont tendus vers la compréhension de l’instruction initiatique ».

    Pour Gilbert Alban, les trois pas doivent être assez petits, égaux et surtout glissés et prudents afin de bien rappeler la marche intérieure du néophyte quand il pénètre pour la première fois dans les ténèbres de son moi. Cependant ces pas hésitants ne sauraient être exagérés à cause de la volonté et du courage requis de l’Apprenti pour dégrossir sa Pierre.

    Pour Jules Boucher, la marche de l’Apprenti est rectiligne et se fait à l’aide de l’Equerre parce qu’il a été mis dans la « voie droite », parce qu’il a été « initié ». Sa marche lui rappelle les difficultés qu’il va rencontrer et la nécessité où il se trouve de ne pas s’écarter de son chemin.

    Edouard Plantagenet juge pénible cette marche rituelle : « brutalement coupée par trois arrêts, elle brise notre élan. A chaque fois, elle nous contraint à un nouvel effort pour repartir » !

    La marche ne s’est pas introduite dans notre rituel par hasard. Il ne s’agit pas d’une invention ni un symbole construit de toutes pièces à la faveur de l’heureuse inspiration d’un esprit familiarisé avec les abstractions ! En effet, la marche et ses trois étapes semblent correspondre, comme rythme et signification, avec les trois premiers signes du zodiaque qui sont, faut-il le rappeler, le Bélier, le Taureau et les Gémeaux et qui répondent aux mois de mars, avril, mai et juin, c’est-à-dire au printemps, et sont en concordance avec l’année maçonnique qui commence le premier jour de mars !

    L’astrologie nous apprend que le Bélier est sous l’influence de la planète Mars et évoque par conséquent l’idée de lutte qui est confirmée par le renouveau solaire. Le Taureau, qui inspire le second pas, exprime le travail persévérant et désintéressé. Quant aux Gémeaux, qui sont sous l’influence planétaire de Mercure, ils sont considérés comme le signe de la fraternité.

    Faut-il accepter ou rejeter ce symbolisme astrologique sur lequel Edouard Plantagenet s’étend complaisamment ? Il nous est loisible de l’accepter dans la mesure où tous les symbolismes vrais se recoupent et se vérifient l’un l’autre.

    De plus, si l’on s’en rapporte aux Eléments, le Bélier est signe de FEU, le Taureau signe de TERRE et les Gémeaux signe d’AIR. Le premier pas indiquerait alors l’ardeur, le second la concentration et le troisième l’intelligence.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Alban Gilbert - Guide de l’Apprenti

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    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

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    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

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    Boisdenghien Guy - La Vocation Initiatique de la Franc-maçonnerie

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    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

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    Docteur Chauvet - Esotérisme de la Genèse

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    Ferré Jean - Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 170 à 172

     

    Geay Patrick - Mystères et significations du Temple maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1997 - Pages 119 à 121

     

    Guigue Christian - La formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1995 - Pages 147 à 149 ; 206 ; 225 et 226

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie Tome 2

    Editions de l'Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Page 112

     

    Négrier Patrick - Les symboles maçonniques d’après leurs sources

    Editions Télètes, Paris, 1998 - Pages 108 et 109

     

    Pérau Gabriel-Louis - Le secret des Francs-maçons

    Editions Slatkine, Genève, 1980

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy – Livres, Paris, 1988 - Pages 75 à 81, 146 et 147

     

    Pour aller plus loin :

    Audureau Pierre - Le Nombre Trois et ses mystères

    Editions Maison de Vie, Paris, 2013

     

    Les bijoux des Officiers et les glaives

    Il existe plusieurs sortes de bijoux maçonniques.

    Les bijoux fixes

    Les bijoux fixes, purement symboliques, sont au nombre de trois et figurent parmi les éléments de base de tout rituel maçonnique.

    Pour Jules Boucher, ces bijoux immobiles correspondent respectivement aux degrés d'Apprenti, Compagnon et Maître. Ces objets précieux doivent figurer dans chaque Loge.

    • la Pierre brute :

    - elle correspond au grade d'Apprenti

    - elle repose au bas de l'autel, côté Nord, parfois au pied du Tableau de Loge

    • la Pierre cubique à pointe :

    - elle est associée au grade de Compagnon

    - elle a sa place au pied de l'autel, côté sud, parfois au pied du Tableau de Loge

    • la Planche à tracer :

    - elle est étroitement liée au grade de Maître

     - elle est placée devant le Vénérable Maître

    Les bijoux mobiles

    Les bijoux mobiles sont attribués pour un certain temps à des Dignitaires. Ce sont les attributs distinctifs portés en sautoir par les Officiers d'une Loge. Ce sont l’Équerre, le Niveau et la Perpendiculaire. Ces bijoux ornent les sautoirs du Vénérable Maître et des deux Surveillants. Ces bijoux sont mobiles parce qu'ils peuvent passer d'un Frère à l'autre, selon les fonctions qui leur sont dévolues.

    La forme de ces bijoux maçonniques varie suivant la fonction et le grade de ceux qui les portent. Ces bijoux évoquent d'anciennes coutumes de la Maçonnerie opérative.

    Certains bijoux rappellent le caractère chevaleresque de certains ateliers d'autrefois.

    Ainsi, les glaives peuvent se présenter sous deux formes :

    • L'épée flamboyante est utilisée par le Vénérable Maître pour consacrer les Récipiendaires. On l'appelle aussi « Épée de Feu ».

    Selon Marius Lepage, cité par Jules Boucher, l'Épée flamboyante évoquerait :

       1°) la création, par l'intermédiaire du Verbe, du Son et de la Lumière ;

       2°) la purification et l'expiation.

    • Les épées droites sont utilisées à deux reprises pendant le cérémonial de Réception (ou Initiation) :

    1°) pendant les voyages, frottées l’une contre l’autre, elles provoquent les bruits qui évoquent les combats et les luttes ;

    2°) au moment où le candidat reçoit la Lumière, elles sont toutes dirigées vers lui.

    Les épées droites témoignent de l'aide qui sera apportée au Récipiendaire reçu Franc-maçon et du châtiment qui lui serait imposé en cas de parjure. Ces explications sont empreintes d'allégories de caractère romantique.

    Les bijoux des Officiers Dignitaires sont les attributs que chacun d'entre eux porte sur le sautoir. Ils sont en relation directe avec la fonction que ces Officiers exercent dans la Loge. Les sautoirs, réservés aux Dignitaires d'une obédience, aux Officiers d'une Loge et aux Maçons des degrés supérieurs, sont de couleur variable et les motifs brodés varient également.

    Le Vénérable Maître, qui préside la Loge, porte une Équerre.

    Le Frère Premier Surveillant, qui dirige la Colonne du Midi, porte le Niveau.

    Le Frère Second Surveillant, qui dirige la Colonne du Nord, porte la Perpendiculaire.

    Le bijou porté par le Frère Orateur, est composé d'un livre ouvert ainsi que du mot « Loi », précisément parce qu'il est le gardien de la constitution maçonnique.

    Deux plumes croisées constituent le bijou du Frère Secrétaire, mémoire de la Loge.

    Le Frère Expert porte un bijou formé de deux glaives croisés, insigne de sa vigilance.

    Le Frère Maître des Cérémonies porte un bijou formé de deux cannes croisées. Muni d'une canne, il accompagne dans le Temple les Frères qui doivent se déplacer.

    Le Frère Trésorier, qui tient les comptes, règle les dépenses de fonctionnement et encaisse les cotisations, porte deux clefs croisées, parfois une seule clef.

    Une bourse-aumônière constitue le bijou du Frère Aumônier-Hospitalier (au Rite moderne), de l'Hospitalier (au R.E.A.A.), parfois aussi appelé « Eléémosynaire » (au R.E.R.), Officier Dignitaire que l'on considère comme le cœur de la Loge.

    Le Frère Couvreur, qui garde l'entrée de la Loge et qui « tuile », c'est-à-dire vérifie la qualité maçonnique des visiteurs, porte un glaive vertical, poignée en bas.

    « Si l'on voulait accorder le métal des bijoux mobiles avec le symbolisme planétaire, nous dit Jules Boucherl’Équerre du Vénérable Maître devrait être en étain (Jupiter), le Niveau du Premier Surveillant en acier (Mars) et la Perpendiculaire du Second Surveillant en cuivre (Vénus) ».

    D'une façon générale, ces bijoux sont le plus souvent en cuivre doré !

    Au lieu d'attributs brodés sur leurs sautoirs, les autres Officiers peuvent également porter des bijoux sur lesquels sont gravés les mêmes attributs.

    Tout Dignitaire d'une Obédience porte un pentacle qui brise les influences magnétiques émanant de l'assemblée et auxquelles les Officiers doivent résister puisqu'ils sont chargés de la direction de la Loge.

    « Le point sensible de l'organisme humain est situé dans la région de l'épigastre. C'est pourquoi, nous précise Jules Boucher, le bijou des Officiers suspendu au sautoir a une efficience réelle que n'a pas le bijou des Maîtres ».

    Selon les Obédiences où il existe, le bijou des Maîtres est formé d'un Compas, ouvert à 45°, posé sur une Équerre, avec, au milieu, l'Etoile Flamboyante et la lettre G et quelquefois entouré de branches d'Acacia.

    Au-delà du grade de Maître, chacun des Hauts Grades possède théoriquement son bijou.

    Le symbolisme parlant des bijoux dont se parent les Officiers, les outils qui ornent le plateau du Vénérable Maître et dont un grand nombre de formules rituelles soulignent le sens, indiquent clairement aux Apprentis le moyen de se mouvoir dans le champ du Travail maçonnique, à condition qu'ils ne s'en tiennent pas à la lettre et s'appliquent à dégager l'esprit qui se dissimule sous la forme apparente, matérielle de ces objets.

    Il ne faut pas inclure au nombre des bijoux maçonniques les breloques, boutons de manchettes et autres épingles de cravate portés par des Francs-maçons qui n'hésitent pas à extérioriser leur appartenance maçonnique !

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 29 et 30

     

    Béresniak Daniel - L'apprentissage maçonnique, une école de l'éveil ?

    Editions Detrad, Paris, 1983 - Pages 78 à 79

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 52, 53 et 74

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 310 à 313

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie Tome 2

    Editions de l'Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Pages 114 et 115

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy – Livres, Paris, 1988 - Pages 105 à 109

     

    Le Travail maçonnique

    Au terme de ce tour d'horizon de la Loge et de la plupart de ses symboles au grade d'Apprenti, nous voilà prêts à travailler. Encore faut-il s'entendre sur le contenu de ce Travail maçonnique !

    Le Franc-maçon peut en effet s'exprimer de diverses manières dans sa pratique maçonnique car le travail qu'il effectue prend des formes différentes selon l'endroit, l'assemblée et l'objet concernés. Il faut en effet distinguer le travail qui s'effectue dans l'enceinte de la Loge et celui qui est accompli hors de celle-ci.

    Pour comprendre la nature de ce Travail, il convient de remonter aux origines de la Maçonnerie.

    Depuis son origine la plus lointaine, la Franc-maçonnerie a puisé dans les civilisations anciennes et ensuite dans son caractère opératif une force liée à la notion de travail et de perfectionnement.

    Dans le prolongement des hauts objectifs du compagnonnage, les premiers bâtisseurs de cathédrales, dans un rapport étroit entre la construction et la réalisation d'un absolu, ont cherché, au travers de la maîtrise dans le travail, l'équilibre absolu, la beauté absolue, l'harmonie absolue des formes et des volumes. Ils ont recherché la plénitude absolue, tant à l'extérieur, du point de vue des réalisations matérielles, qu'à l'intérieur de soi, par le sentiment de bien-être total dû à un travail parfaitement accompli.

    Etre un artisan, un compagnon, pour devenir un Franc-maçon, s'inscrivait en permanence dans une relation au travail et à sa qualité.

    Lorsque la Maçonnerie devint spéculative au 18ème siècle, la dynamique maçonnique s'ancra davantage dans l'abstrait. C'est alors que la notion de «Travail maçonnique» prit le sens qu'elle a encore actuellement.

    Délaissant les réalisations pratiques liées à l'architecture et au savoir-faire des bâtisseurs d'autrefois, le travail maçonnique s'entend essentiellement comme un important travail intellectuel que vient renforcer la pratique rituelle.

    Le Travail maçonnique réalisé en Loge est le plus important. Il s'effectue dans le cadre d'un règlement bien déterminé et l'accomplissement de rituels consacrés, dans l'affirmation d'une discipline philosophique et symbolistique qui conduisent le Franc-maçon à progresser de grade en grade dans la hiérarchie maçonnique en affirmant sa propre trajectoire initiatique.

    Le Travail maçonnique s'effectue au cours des Tenues. Il y a plusieurs sortes de Tenues dont le rituel varie en fonction des circonstances. Au cours des Tenues ordinaires, appelées aussi Tenues solennelles, les membres d'une Loge se réunissent pour travailler. A ces Tenues peuvent assister des Frères visiteurs venus d'autres Loges.

    Pour qu'une telle Tenue puisse se dérouler, il faut qu'au moins sept Francs-maçons s'y trouvent réunis, c’est-à-dire qu’elle soit « juste et parfaite ».

    La Tenue « de famille » n'admet que les membres de l'Atelier, à l'exclusion de tout visiteur. Seules des questions administratives relatives à la Loge y sont traitées. L’expression « Affaires de famille » peut éventuellement être inscrite à l’ordre du jour des Travaux sur la convocation à cette Tenue.

    Des Tenues extraordinaires sont prévues à l'occasion de fêtes, de banquets, de décès... La Tenue de deuil ou Tenue funèbre est certainement la plus émouvante.

    Il existe enfin des Tenues blanches, ouvertes aux profanes invités. Le rituel y est réduit à sa plus simple expression et ne contient aucun secret maçonnique.

    Dans d’autres obédiences, toujours dans le cadre de la Loge et des Tenues, le Travail maçonnique prend bien souvent une dimension plus sociale lorsqu'il s'intéresse aux grands problèmes de société.

    Par cette approche, le Travail maçonnique tend alors à porter sur le terrain concret les enseignements reçus dans un cadre purement symboliste. Cette démarche témoigne également de la fraternité que les Francs-maçons s'attachent à mettre en œuvre aussi souvent que possible, traduisant ainsi leur souci d'aider tous les hommes grâce au savoir qu'ils ont acquis en Loge.

    Le travail hors de la Loge maçonnique s'effectue en parfaite complémentarité. Il traduit théoriquement la volonté des Francs-maçons de partager avec le monde profane le savoir acquis dans le calme et le secret des Ateliers maçonniques, de nouer des liens fraternels avec la société civile pour solutionner les problèmes qui assaillent le monde moderne.

    Chaque Franc-maçon effectue un travail auprès de son entourage immédiat. En tant qu'institution, la Franc-maçonnerie s'ouvre davantage vers l'extérieur, alors qu'autrefois elle se cantonnait dans un hermétisme forcené.

    Il est cependant une limite qu'elle ne franchira jamais car l'Initiation et la trajectoire symbolique de chaque Initié conservent leur caractère sacré.

    Par la diversité et la richesse des aspects multiples qu'il peut couvrir, par l'incessante volonté de perfectionnement qui le caractérise, le Travail maçonnique devrait contribuer davantage qu'autrefois à une meilleure entente, à une compréhension plus grande entre les hommes.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 158 et 159

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie

    Tome 2 - Editions de l'Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Pages 106 et 107

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy – Livres, Paris, 1988 - Pages 36 et 37

    Les Planches

    Le mot « planche » est issu du langage des anciens bâtisseurs et désigne dans l'univers maçonnique tout document écrit par un Franc-maçon, une Loge ou une Obédience.

    Une planche peut donc être une lettre, une convocation, un rapport, un exposé, un travail philosophique, une réflexion personnelle, un mot d'excuse mais aussi un intermède musical !

    Pour désigner une « planche », on peut aussi employer des expressions synonymes telles que « planche d'architecture » ou « morceau d'architecture ».

    Par extension, on appelle « planche » tout support sur lequel on écrit, et notamment une feuille de papier. Ce qui explique que l'acte d'écrire est fréquemment appelé «tracer une planche».

    Le symbolisme maçonnique fait que le papier sur lequel on écrit est appelé « planche à tracer » et que le verbe « écrire » est remplacé par l'expression « tracer une planche ».

    Tracer une planche ou faire une planche, c'est d'abord réfléchir sur un sujet, c'est méditer. Ce n'est pas forcément se mettre à écrire immédiatement mais le plus souvent cette réflexion amène le Franc-maçon à rédiger.

    Rédiger est un acte volontaire dans le but :

    • soit de conserver des idées sous forme écrite, des messages ou des idées importantes,

    • soit de communiquer.

    Rédiger suppose d'abord un travail de réflexion et, dans certains cas, la recherche d'une documentation.

    Rédiger, c'est consigner sa pensée par écrit ; ce qui implique un effort de synthèse dans différents domaines : celui des idées, de la syntaxe, du lexique et de l'orthographe ; c'est transcrire sa pensée ou l'oralisation de sa pensée en signes graphiques, ce qui suppose aussi un effort physique.

    Il y a peu, rédiger impliquait bien souvent la réalisation d'un premier jet des idées sur papier, un brouillon, puis une mise au net. De nos jours, avec l'aide d’un bon traitement de texte et l’ordinateur, la rédaction de planches nous est grandement facilitée par la possibilité de retravailler à l'infini la structure du texte, la morphologie des phrases et la syntaxe, tandis qu'un logiciel approprié attire notre attention sur les erreurs d'orthographe !

    Avec l'apparition du « Réseau Internet » et des adresses électroniques, il nous est possible d'échanger nos « planches » via le câble téléphonique. Cependant cette avancée technologique particulièrement importante réduit singulièrement la convivialité des relations fraternelles.

    Une planche a un contenu maçonnique : c'est un écrit qui sert à informer et, dans certains cas, à former les Frères. L'activité essentielle à laquelle se livrent les Apprentis au cours des séminaires, c'est précisément de se présenter mutuellement premières leurs planches, leurs réflexions à propos de l'un ou l'autre sujet. Libre à eux d'y inclure des apports de la littérature, leurs idées personnelles et même leurs sentiments.

    Mais les Apprentis ne peuvent cependant pas encore présenter de planches lors des Tenues. Ils n'y sont pas encore prêts ! Et s'ils ne sont pas les seuls Frères à rédiger des planches, qui d'autre peut le faire et quand ?

    Lors de certaines Tenues, il n'est pas rare qu'un Frère Maître présente une planche de son choix pour livrer aux Frères de sa Loge et aux visiteurs ses idées personnelles ou le fruit de ses recherches dans un domaine qui touche généralement de près la Franc-maçonnerie.

    A chaque Tenue, les Frères ont l'occasion d'entendre une planche rédigée par le Frère Secrétaire, planche que l'on dénomme « Tracé de la Tenue précédente ». Il s’agit du procès-verbal ou compte-rendu de la dernière Tenue. Le procès-verbal des Tenues est donc appelé un « tracé ». Lorsque le Frère Secrétaire a préparé son «projet de Tracé» relatif à la Tenue précédente, celui-ci est lu au début de la Tenue suivante. Il peut faire l'objet de commentaires, de remarques ou de demandes d'ajouts formulés par les Frères présents. Le projet de Tracé est ensuite adopté par les Frères Maîtres et sanctionné par la batterie.

    Lorsque les Apprentis pensent avoir correctement accompli leur temps, c'est-à-dire avoir bien effectué leur travail d'Apprenti, ils ont à présenter une « Planche accompagnant leur demande d'augmentation de salaire » en vue de leur Passage au grade de Compagnon. Il en va de même lorsqu'un Compagnon se sent prêt pour devenir Maître.

    Le contenu des planches accompagnant une demande d'augmentation de salaire devrait être d'une qualité supérieure au fur et à mesure qu'un Franc-maçon gravit les échelons, fournissant ainsi la preuve de son travail sur lui-même, de son instruction et de sa progression dans la recherche de la Lumière.

    Une planche tracée est une convocation adressée aux Frères ou un procès-verbal d'une précédente séance de travail devant être accepté en Loge dès l'Ouverture de la Tenue suivante. Le document qui est adressé quelques jours avant une Tenue à tous les Frères d'une même Loge est donc une planche tracée, rédigée sur mandement du Vénérable Maître qui appelle tous les Frères au Travail. Elle est signée par le Secrétaire de la Loge.

    Une planche d'enquête est un rapport rédigé par les Maîtres ayant reçu du Vénérable Maître de leur Loge la mission de faire une enquête, avant son initiation, sur un profane désireux d'entrer en Maçonnerie.

    En d'autres termes, lorsqu'un Profane sollicite son admission dans une Loge, il est normal que les Frères puissent se rendre compte si ce candidat sera heureux parmi eux et si ses intentions sont sincères.

    Deux Frères – parfois trois – sont chargés de procéder à une enquête au sujet de ce candidat. La synthèse de chacune des entrevues qu'ils ont eues avec le Profane fait l'objet d'une planche dénommée « planche d'enquête » lue lors d'une Tenue ultérieure.

    Chacune des planches que les Apprentis réalisent lors de leurs séminaires, chacune des planches qu'un Frère Maître présente en Loge, chaque illustration musicale pendant une Tenue, chaque planche d'enquête et même chaque planche d'excuse en cas d'absence d'un Frère à l'une ou l'autre Tenue sont comme autant de briques nécessaires à la construction d'une maison, comme autant de pierres à l'édification du Temple, comme autant de modestes contributions à l’amélioration de l'Univers dont le Grand Architecte a tracé le plan et a confié aux Francs-maçons la réalisation matérielle et spirituelle.

    Pour conclure ce chapitre, je citerais volontiers Pierre Audureau pour qui « la planche est un acte incontournable et important dans le Travail maçonnique. Ni discours ni dissertation, ni exposé ni confession, elle est quand même un peu tout cela à la fois. C'est dire sa complexité. C'est un travail délicat, qui doit être accompli par des non-spécialistes. Elle est très prisée et redoutée à la fois, par tous les Francs-maçons ».

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Audureau Pierre - Les Planches : comment les réussir ?

    Les outils maçonniques du XXIème siècle

    La collection qui pose des questions

    Editions Dervy, Paris, 2013

     

    Guigue Christian - Les Planches d’Apprenti

    Symbolisme & franc-maçonnerie - pour tous les rites

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 2007

     

    Guigue Christian - Les Planches du Compagnon

    Symbolisme & franc-maçonnerie - pour tous les rites

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 2010

     

    Guigue Christian - Les Planches du Maître

    Symbolisme & franc-maçonnerie - pour tous les rites

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 2011

     

    Pour aller plus loin :

    Figeac François - La planche à tracer

    Editions La Maison de Vie, Paris, 2014

     

     


  • Commentaires

    1
    ROGER
    Mercredi 13 Juillet 2016 à 04:33

    Je découvre ce site et je le trouve très instructif et pédagogue. Je m'en servirais pour l'étude de mes planches.

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