• 1ère version : avril 2002

    2ème version, revue et améliorée : janvier 2007

     

    Sommaire

    Franc-maçonnerie et Initiation

    L’Initiation, voie symbolique

    Notre tradition

    L’Ordre maçonnique est traditionnel, universel et intemporel

    Découvrir la Tradition initiatique

    L’interrogatoire sous le bandeau

    Le rituel d’Initiation

    Le second séjour dans le Cabinet de Réflexion

    Approche du symbolisme de l’épreuve de la Terre

    Le dépouillement des métaux

    La préparation du Récipiendaire

    Le franchissement de la porte basse

    Les trois voyages et les trois épreuves

    Le calice d’amertume

    La prestation de serment

    Recevoir la Lumière

    L’investiture

    Les trois Pas de l’Apprenti

    Le tablier, les gants et le bijou

    La communication des signes, de l’attouchement et des mots

    Brèves considérations sur le Tuilage de l’Apprenti

    Rencontre avec le Nombre Trois

    La batterie et l’acclamation

    Le premier Travail de l’Apprenti

    La Chaîne d’Union

    La restitution des métaux

    Brève analyse du Tableau de Loge d’Apprenti

    Pour conclure, du moins provisoirement

    Bibliographie générale

     

    Franc-maçonnerie, un Ordre initiatique

    Plusieurs livres et essais ont déjà été écrits au sujet de l’Initiation maçonnique. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet de cette réflexion, rappelons tout d’abord ce qu’est pour nous, Maçons réguliers, la Franc-maçonnerie.

    La Franc-maçonnerie est, avant tout, un Ordre initiatique, non doctrinal. Elle ne nous impose pas une pensée. Elle nous propose une méthode de réflexion fondée sur les symboles et l’analogie. La fonction première d’une Loge maçonnique régulière est de pratiquer des rituels initiatiques et de consacrer ses efforts à l’Initiation. Mais ce phénomène, essentiel à la vie spirituelle de tous ceux qui ont choisi la voie de la liberté, hors des religions et des philosophies, est très difficile sinon quasi impossible à décrire. Essayons tout de même !

    Qu’est-ce que l’initiation ?

    L’initiation est le facteur qui met l’individu sur cette voie de réflexion que nous propose la Franc-maçonnerie. C’est une méthode non directive, personnelle, dans le cadre d’une progression organisée. La voie de l’initiation renvoie continuellement l’individu à lui-même. Elle le conduit à se poser des questions et à chercher des réponses personnelles sur la voie du célèbre adage socratique « connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et ses dieux ». Celui-ci résume le sens et la raison de l’Ordre maçonnique dont la mission est d’unir l’homme intérieur à l’homme social et à l’univers. Cette mission est inscrite dans les constitutions de l’Ordre et est véhiculée par ses traditions.

    « Même si peu de Loges sont réellement initiatiques, même si le rituel est quelquefois mal vécu ou mal préparé, écrit notre Frère Julien Behaeghel, dans le silence du cœur se produit une rencontre : la rencontre vers l’indicible, le non formulable, en un mot l’invisibleCe qui est en nous est tout autre et ne peut se communiquer que par l’expérience personnelle. »

    Avoir une juste compréhension des mécanismes de l’univers, autant que des siens propres, est certainement nécessaire à qui veut participer à l’élaboration de l’œuvre universelle, à commencer par le progrès de l’humanité. Seule une compréhension de la position de l’individu dans le monde, acquise par une réflexion intériorisée sur sa  propre condition, lui permet d’aborder judicieusement le domaine extérieur et d’agir sur celui-ci.

    De génération en génération la chaîne initiatique transmet les Traditions. Par leur compréhension, l’homme apprend à connaître les secrets de l’univers et, en s’améliorant, à se mettre en harmonie avec lui.

    L’Initiation est à la fois la chose la plus difficile et la plus simple. La plus difficile car elle exige de tout individu qui la reçoit, humilité et persévérance. La plus simple, car il suffit, si l’on peut dire, de vouloir l’initiation de tout son être pour que les portes s’ouvrent. De tout son être, autrement dit, en totale simplicité, de manière que la vie en esprit emplisse réellement l’être qui devient « simple en esprit ». Mais que d’efforts pour y parvenir !

    Cela ne signifie pas que la quête initiatique est un simple commencement et le début d’une aventure ; en réalité, l’initiation se situe au début de toutes choses, dans le principe, dans le commencement, dans cette « première fois » des anciennes traditions qui exprimaient ainsi la création en esprit.

    Venant du latin « initium » qui se traduit par « commencement », le mot « initiation » évoque donc étymologiquement le début de cycle, l’apprentissage d’un savoir nouveau. Mais pour un jeune Apprenti, son Initiation est, avant tout, le début d’une vie nouvelle et d’une nouvelle manière d’envisager l’existence.

    Par l’Initiation, le Néophyte entre dans un monde particulier en découvrant un autre aspect de lui-même. L’Initiation est donc un départ sur la voie mais c’est aussi la voie elle-même car l’Initiation induit un processus continu. Ce concept implique l’idée que la Vie est régie par des lois que notre entendement ne peut pénétrer de façon immédiate ni évidente. Y accéder suppose une participation de l’être par son intellect et sa sensibilité. Cet effort est le témoignage d’un désir et ne peut s’exprimer que dans le cadre d’une méthode transmise par l’effet d’un rituel.

    Du point de vue ethnologique, l’initiation fait partie des sociétés humaines depuis les temps les plus reculés. Elle a pour but de faire passer un individu d’un état psychologique et social à un autre, d’un statut à celui immédiatement supérieur : par exemple du statut d’adolescent à celui d’adulte, de celui d’homme à celui de guerrier, de celui d’homme à celui de sorcier… Dans ce but, des rituels considérés comme sacrés, associés bien souvent à des épreuves physiques, devaient tester les capacités physiques des prétendants et confirmer s’ils étaient admissibles.

    Sur le plan maçonnique, l’initiation à l’époque de la Maçonnerie opérative, avait pour objet l’introduction à la connaissance d’un métier. Cette approche avait un caractère secret et fermé. Cette initiation de métier n’était pas sans rappeler la forme traditionnelle et rituelle de l’initiation aux mystères antiques.

    Lorsque la Franc-maçonnerie opérative s’orienta vers une forme plus spéculative, l’initiation revêtit une importance primordiale car elle apparut désormais comme le point de transition entre le profane et le sacré, entre divers états de conscience successifs et la révélation spirituelle la plus éthérée.

    C’est pourquoi l’Apprenti ne peut considérer la quête initiatique ni comme un simple commencement ni comme le début d’une grande aventure. L’initiation se situe au début de toutes choses, dans le principe, dans le commencement, dans cette première fois des anciennes traditions.

    L’Initiation, voie symbolique

    Peut-on parler de l’Initiation sans évoquer le symbole ? Ne devrait-on pas dire que l’Initiation est la voie symbolique et que celle-ci conduit à l’Initiation ?

    Par le rite, l’Initiation met le symbole en action puisque celui-ci nous relie à la partie invisible de nous-mêmes.

    Pour René Guénon, « les rites sont des symboles mis en action ; tout geste rituel est un symbole agi. En ce sens, on pourrait parler d’une certaine prééminence du symbole par rapport au rite. Mais rite et symbole ne sont que deux aspects d’une même réalité. Et celle-ci n’est autre que la correspondance qui relie entre eux tous les degrés de l’Existence universelle, de telle sorte que, par elle, notre état humain peut être mis en communication avec les états supérieurs de l’être ».

    Cette réflexion de René Guénon est fondamentale car elle exprime le processus symbolique et l’état qui le caractérise : l’existence universelle.

    L’Initiation est donc une nouvelle naissance et celle-ci est symbolique. Il nous faut, à ce stade, rencontrer et vivre le symbole au plus profond de nous-mêmes.

    Cette nouvelle naissance, toute symbolique donc, est souvent comparée à la descente aux Enfers : tous les Initiés doivent vivre cette épreuve de la descente au creux de la nuit peuplée par les ombres du monde du Bas.

    Rechercher l’Initiation, c’est tenter de se situer à la naissance de toutes choses, au cœur même de la vie. Cette quête débute lorsque nous prenons conscience que nous ne désirons plus vivre comme des individus conditionnés par l’air du temps, lorsque nous prenons conscience de notre désir d’agir au lieu de réagir, ou encore lorsqu’au plus profond de nous-même, nous ressentons le besoin de découvrir une vie en esprit, au-delà des vérités toutes faites, au-delà des dogmes et du sectarisme intellectuel, religieux ou politique.

    L’Initiation a en effet pour but, entre autres, de nous aider à nous détacher de toute forme de dogmatisme et des vérités révélées qui ont provoqué et qui provoquent encore tant de fanatisme et de massacres.

    La quête initiatique n’a d’autres bornes que celles que se fixe l’être en recherche, puisqu’une Loge initiatique symbolise l’univers sans limitations et qu’elle offre au Franc-maçon une multiplicité de chemins de connaissance.

    L’Initiation est une formidable découverte et elle le demeure tout au long d’une vie en Loge à condition que l’on se remette sans cesse en question et que l’on ne s’arrête pas en chemin.

    Un Maître Maçon a dit un jour que « la vérité n’existe que dans la recherche de la vérité » ce qui nous autorise à dire également que l’initiation n’existe que dans la recherche de l’initiation.

    L’Initiation maçonnique ne vise ni à prouver, ni à démontrer, ni à convertir, mais à vivre en conscience le mystère de la création. Il n’est probablement pas possible de connaître l’Initiation sans travailler la matière, sans participer à la transmutation universelle, qui va du pesant au léger, de l’inconscient au conscient. Il faut devenir le cercle pour comprendre le Ciel et trouver son centre. Il faut devenir carré pour connaître nos limites et découvrir la croix. D’où l’importance de l’Art du Trait. Chacun peut avec un minimum d’habitude et d’habileté utiliser un compas et une équerre. Le compas trace le Ciel et son infinité. L’équerre est la structure du carré. Elle nous permet de tracer le carré, symbole de la Terre.

    Le compas, l’équerre et la règle nous permettent d’imaginer activement l’invisible. Et, ce faisant, de dépasser l’évidence, de traverser le miroir et de ressentir le frisson des espaces nouveaux. Nous devenons infinis et intemporels en entrant dans l’infini et l’intemporalité du symbole. Ce qui est important est dans l’invisible.

    L’Initiation est une découverte formidable pour l’individu qui l’a reçue. Elle demeure tout au long de sa vie en Loge pour autant qu’il se remette sans cesse en question et qu’il ne s’arrête pas en chemin. Tout comme la vérité n’existe que dans la recherche de la vérité, l’Initiation n’existe que dans la recherche de l’Initiation !

    L’Initiation ne vise ni à prouver, ni à démontrer, ni à convertir, mais à vivre en conscience le mystère de la création. Lorsque des Frères vivent l’Initiation en Loge, ils se créent les uns par les autres et ils découvrent des paysages de l’esprit que seule une authentique communion fraternelle permet d’atteindre.

    Notre Initiation a donc pour but de construire, ce qui n’exclut ni la méditation, ni l’accomplissement individuel. Réunis à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, nous tentons d’édifier une œuvre qui dépasse nos existences et qui ne nous appartient pas.

    La Réception au premier degré de la Franc-maçonnerie n’est que la première étape d’une quête. Chaque étape procède de la précédente et prépare la suivante. Les faits et gestes de chaque cérémonie sont destinés à sensibiliser la réflexion du candidat sur un nouveau sujet ou une nouvelle manière d’aborder un sujet qui se renouvelle. Le but du travail sur cette voie passe par la réalisation de soi-même.

    Notre Tradition

    C’est grâce aux Frères qui nous ont précédés et qui nous ont transmis l’Initiation que nous pouvons continuer à la vivre. Aussi cette Initiation, chaque jour à recommencer, se nourrit-elle de la Tradition, cet ensemble de forces créatrices où la spiritualité se recrée en permanence.

    Notre Tradition est celle du Verbe et c’est la raison pour laquelle nos Loges font référence à Jean l’Évangéliste et à sa célèbre formulation : « Dans le principe est le Verbe », qui est d’ailleurs une adaptation d’un très ancien texte égyptien. Ce Verbe n’est pas enfermé dans un livre figé qui imposerait une vérité définitive, comme celle des religions dogmatiques, mais il se transmet par des symboles et des rites qui sont autant de paroles vivantes.

    L’Initiation nous relie aussi à la tradition des bâtisseurs. Elle est porteuse des éléments nécessaires pour que soit transmis l’esprit du métier.

    Les œuvres que les Anciens ont créées témoignent de leur amour de la vie en esprit et de leur capacité à la formuler en vivant le métier et son mystère. Quel que soit le matériau choisi, concret et abstrait, construire est un acte sacré fondé sur l’amour de l’œuvre.

    Sur le chantier, dans la Loge, chacun doit être à sa juste place pour qu’aucune énergie ne soit gaspillée. Apprendre son métier consiste, pour l’Apprenti, à découvrir de quelle manière il sera le plus utile afin de participer pleinement à l’œuvre entreprise.

    S’il sait entendre ce qui est formulé, il découvrira une méthode, une façon de faire pour s’intégrer à la construction comme une pierre vivante.

    Se considérant comme l’héritière des constructeurs de cathédrale – les Maçons opératifs du Moyen Age – la Franc-maçonnerie de tradition peut être définie comme une spiritualité basée notamment sur le symbolisme de la construction. Sa méthode est initiatique.

    Dans ses bagages il est possible de découvrir les images splendides de mondes et de valeurs soi-disant révolues, des rituels quasi immuables, des rémanences de corporatisme sauvés des âges, des cérémonies d’initiation qui trouvent leurs racines bien loin dans les ères et cieux écossais, irlandais et compagnonniques. Tout cela fait partie des études, des recherches personnelles de l’Apprenti et de ses inclinaisons du moment.

    Mais il ne faut cependant pas perdre de vue que ce n’est surtout pas l’essentiel de la Maçonnerie. Ces connaissances nous sont transmises pour aider le Franc-maçon à se façonner un comportement et une attitude personnelle, pour l’aider à acquérir une expression particulière de lui-même et une communication avec ses Frères.

    A la fois spéculative et opérative, la tradition des bâtisseurs nous apprend à lier la pensée à l’acte, l’esprit à la main. Un tel travail, il est vrai, n’est pas compatible avec la complaisance envers soi-même ; il faut sans cesse combattre la vanité pour faire grandir l’amour de l’œuvre.

    En découvrant la tradition initiatique pratiquée dans sa Loge, le nouvel Apprenti prendra conscience de la force du lien de vie qui le rattache à ses Frères et le fera croître son désir de participer à l’incarnation de cette tradition.

    Jaillissant à chaque instant de l’Orient éternel, la Tradition initiatique est toujours à redécouvrir. Loin d’appartenir à un passé révolu, elle est plutôt l’éternel présent de la conscience qui renaît à chaque formulation. Elle n’est pas d’un temps, mais de tous les temps, car si sa forme change, sa nature demeure immuable. Née de la lumière, elle en transmet le secret sans jamais s’épuiser. La Tradition initiatique n’appartient pas à l’histoire. Elle naît à chaque instant. Quand une Loge parvient à l’incarner, esprit et matière vivent en paix et le temple s’édifie.

    Bibliographie

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 83 à 85

     

    Beauchard Jean - La voie de l’Initiation maçonnique

    Editions Véga, Paris, 2004

     

    Behaeghel Julien - Hiram et la reine de Saba

    La Maison de Vie, Fuveau, 2005 - Pages 83 à 89

     

    Dangle Pierre - La Franc-maçonnerie initiatique

    Le livre de l’Apprenti - La Maison de Vie, Fuveau, 1999 - Pages 9 à 13 et page 92

     

    L’Ordre maçonnique est traditionnel, universel et intemporel

    Par Tradition il faut entendre tout ce qui a contribué à former notre pensée actuelle depuis les origines. Cela concerne au passage les rapports de l’humain avec la nature, la vie, l’esprit…

    De ce passé émergent des images, des contes, des mythes ou légendes dont est pétrie la pensée globale de chaque civilisation. Ernest Renan disait de la Tradition qu’elle est « un vaste système d’émanation successives ». Ce fonds traditionnel, ces archétypes en quelque sorte, provient en partie d’une époque où l’humain était directement dépendant du milieu naturel dans lequel il vivait.

    Les mythes et les légendes racontent les origines et l’évolution de l’humanité de façons diverses parce que les formes de pensée sont diverses, mais leurs fondements se rejoignent, et la Tradition est précisément à cette jonction comme un noyau commun, un centre primordial.

    De ce centre partent les multiples rayons qui sont autant de moyens d’expression, suivant les écoles de pensée et les différents langages par lesquels la Tradition s’exprime (astrologie, tarots, alchimie et beaucoup d’autres), chacun véhiculant une pensée qui relie l’homme à l’univers et suscite une philosophie qui enseigne sur le sens de la vie.

    Elle résume, en quelque sorte, les enseignements sur lesquels l’humanité s’est établie. Ces enseignements sont les premières réponses aux questionnements de l’homme. Ces réponses découlent de l’observation de la nature à laquelle il était soumis dès l’origine. Ce sont en somme les pensées fondatrices de l’humanité.

    La Tradition n’est cependant pas figée. La manière de la percevoir s’adapte en fonction de la société et les récits mythiques évoluent suivant l’époque. La Tradition n’est  pas constituée d’un ensemble de certitudes définies. C’est un concept qui ne s’oppose pas au mouvement et qui ne peut s’exprimer que par associations d’idées et mode de pensée analogique.

    Parallèlement, le fil de la nature profonde et intime de la conscience met l’individu en accord avec l’origine de la pensée et le sens du sacré. La Tradition nous aide à retrouver la voie de l’Unité et du Principe en même temps que de l’Universel.

    Le rituel codifie l’ensemble des actes, des gestes et des mots qui font exister la cérémonie. L’originalité et la spécificité de l’Initiation maçonnique découlent de la forme et de l’esprit des rites maçonniques qui se réfèrent aux traditions des constructeurs.

    Les moyens de la Tradition sont d’abord oraux, voire silencieux dans la mesure où chaque individu ne peut avoir qu’une approche personnelle, intime même, des notions mises en cause. En d’autres termes, la démarche traditionnelle est initiatique et le langage ne peut être le même pour tout le monde. D’où le rôle du symbole qui s’adapte aux références propres à chaque individu !

    L’Ordre maçonnique est universel par son aspiration à servir l’humanité entière dans la recherche de progrès.

    L’Ordre est aussi intemporel dans la mesure où cette notion d’évolution individuelle et sociale est aussi ancienne que les interrogations de l’homme sur son existence et son devenir matériel et spirituel. Le spirituel domine le matériel. C’est là une idée essentielle pour le Franc-maçon.

    Le Travail maçonnique vise au perfectionnement moral de l’individu et, au-delà, à son progrès sur le chemin de la Connaissance qui consiste en la compréhension de l’Univers et de ses lois. C’est pour cela que le Franc-maçon reçoit symboliquement « la Lumière ». C’est aussi pour cela que les Francs-maçons se réunissent « en loges » afin de construire « un temple ». Le Temple dont il s’agit alors est celui de l’être propre à chacun et de sa projection sociale.

    En Maçonnerie, le symbole est le moyen privilégié de transmission et de communication. Il fait appel au raisonnement par analogie, totalement différent de la forme du raisonnement logique et déductif des scientifiques.

    Comme la Tradition, la pensée symbolique, elle non plus, n’est pas statique. Le symbole possède un potentiel d’interprétations diverses. Il ouvre plusieurs pistes. En symbolique, il ne faut jamais isoler mais au contraire mettre en relation plusieurs éléments dont les dénominateurs se croiseront et deviendront significatifs.

    En Franc-maçonnerie, dès le premier degré, la méthode est basée sur l’analogie entre l’homme et la pierre de construction.

    Bibliographie

    Beauchard Jean - La voie de l’Initiation maçonnique

    Editions Véga, Paris, 2004

     

    Alleau René - La science des symboles

    Editions Payot, 1976

     

    Découvrir la Tradition initiatique

    La Tradition maçonnique dont s’inspire la Franc-maçonnerie est née en Egypte, comme l’indiquent plusieurs textes maçonniques et comme en témoigne en particulier le Manuscrit « Regius » qui date de 1390.

    La spiritualité pharaonique a offert un nombre impressionnant de rites et de symboles qui se retrouvent de nos jours dans nos Loges initiatiques. Pendant trois millénaires, les confréries de bâtisseurs égyptiens ont créé des œuvres extraordinaires qui nous fascinent toujours. C’est en Egypte que fut créée la première communauté de moines bâtisseurs, dotée d’une règle inspirée de celle des temples égyptiens. C’est ensuite l’alliance entre les moines et les confréries artisanales qui a rendu possible la grande épopée des cathédrales où la tradition égyptienne était fort présente.

    Lorsque la Maçonnerie opérative devint spéculative, les intellectuels formèrent les Loges maçonniques tandis que les manuels formèrent les Loges du Compagnonnage. L’Occident ne s’est toujours pas remis de cette scission entre la main et l’esprit. La Franc-maçonnerie comme le Compagnonnage ont éclaté en diverses obédiences ou associations. Mais cette désolante réalité n’a pas pour autant détruit la Tradition initiatique qui est fort heureusement restée encore bien présente dans nos Loges.

    Pour que la transmission de la Tradition initiatique soit assurée, il faut se rappeler la notion de Devoir, nom que les Compagnons donnaient à leur association. Le Devoir, c’est aussi un ensemble de règles qui régissent chaque rite ; c’est l’histoire légendaire de son fondateur ; c’est la séquence des symboles qui constituaient l’initiation ; ce sont les coutumes qui sont venues enrichir ce fonds primitif. Et Luc Benoist de nous rappeler que « le devoir, c’est à la fois une histoire, un rituel et une règle d’action ».

    Au-delà de cet aspect historique, la Tradition initiatique possède une toute autre dimension : il s’y trouve quelque chose qui est Dieu, quelque chose de divin et semblable à Dieu qui, Lui, n’est limité ni par le temps ni par l’espace.

    La Tradition initiatique dont se nourrit une Loge est un ensemble de forces créatrices où la spiritualité se recrée en permanence, sans dogme ni doctrine. Notre tradition est celle du Verbe. C’est la raison pour laquelle nos Loges font référence à Jean l’Évangéliste et à sa formulation devenue célèbre : « Dans le principe est le Verbe », formulation qui est une adaptation d’un très ancien texte égyptien.

    Lorsqu’elle est correctement pratiquée, l’Initiation maçonnique relie l’Apprenti à la tradition des bâtisseurs, porteuse des éléments nécessaires pour que l’esprit du métier lui soit transmis. Pour l’Apprenti, apprendre son métier consiste à découvrir de quelle manière il sera le plus utile sur le chantier afin de participer pleinement à l’œuvre entreprise.

    S’il est capable d’entendre ce qui est formulé, l’Apprenti découvrira une méthode, une façon de faire pour s’intégrer à la construction comme une pierre vivante.

    La tradition des bâtisseurs, à la fois spéculative et opérative, apprend à lier la pensée à l’acte, l’esprit à la main car participer à une construction implique la manipulation de la matière pour pouvoir mettre à jour l’esprit qui gît en elle.

    En découvrant la Tradition initiatique pratiquée dans la Loge, l’Apprenti prend progressivement conscience de la force du lien de vie qui le rattache à ses Frères et il fait croître son désir de participer à l’incarnation de cette tradition.

    Jaillissant à tout moment de l’Orient éternel, la Tradition initiatique est toujours à redécouvrir. Elle est l’éternel présent de la conscience qui renaît à chaque formulation. Elle est de tous les temps, car si sa forme change, sa nature demeure immuable. Née de la lumière, elle en transmet le secret sans jamais s’épuiser.

    Notre Tradition initiatique a pour fondement la révélation du Principe Divin transcendant et le terme de révélation contient l’idée de manifestation de ce Principe créateur et ordonnateur. En Franc-maçonnerie, la référence à la Tradition fondée sur la révélation primordiale du Principe transcendant, se fait en dehors de toute exigence dogmatique ou de tout présupposé confessionnel.

    Il ne peut y avoir de Maçonnerie authentique sans la présence du Volume de la Loi Sacrée sur l’autel durant la Tenue. Le Volume de la Loi Sacrée peut être soit la Bible, soit tout autre livre inspiré et représentatif d’un grand mouvement mystique (le Coran, les Veda, l’Avesta), soit tout écrit relatant les révélations du Verbe créateur.

    Mais nul ne peut méconnaître à quel point la Bible – et l’Évangile de Jean en particulier – concourent à la construction de l’ésotérisme maçonnique. C’est là que réside tout le symbolisme de la « Parole Perdue » qui rejoint, en différents aspects, le mythe de l’origine et la perfection de la Création.

    Tradition et Volume de la Loi Sacrée sont donc très intimement liés. Celui-ci est le témoin de différentes alliances. L’une d’entre elles, l’alliance noachite, a permis, dans l’esprit des premiers Maçons spéculatifs de l’Angleterre du début du 18ème siècle, d’inscrire la Franc-maçonnerie et sa finalité spirituelle dans l'alliance la plus large qui ait été contractée entre Dieu et l'homme.

    En inscrivant la Franc-maçonnerie dans la perspective de l’alliance noachite, Anderson et Désaguliers ont fait du Noé biblique, ouvrier de Dieu – Grand Architecte de l’Univers – la figure symbolique de ce que nous aspirons à devenir : des éléments utiles de la construction universelle, des collaborateurs du Grand Œuvre, des pierres vivantes de ce Temple dont la Vérité transcendante, qui inspire et protège les Travaux des Maçons, est la clé de voûte.

    C’est donc bien parce que les outils de la construction, que sont l’équerre et le compas, sont liés au Livre de la Loi Sacrée, qui renferme la Loi Morale, que nous pouvons édifier notre temple intérieur, celui de l’esprit, en conformité avec le plan du Grand Architecte.

    Notre Obédience, la Grande Loge Régulière de Belgique, travaille à la gloire du Grand Architecte de l’Univers, Principe transcendant qui fonde et éclaire l’ascèse initiatique. Sans cette affirmation première il n’y aurait pas de filiation traditionnelle, pas de rattachement à une Loi Morale dont le Livre est le symbole.

    La plus ancienne tradition maçonnique, attestée par les Manuscrits des Anciens Devoirs et les Constitutions d’Anderson, établit très clairement que Dieu est Grand Architecte de l’Univers, le Dieu biblique, le Dieu qui contracte l’alliance avec Noé l’homme juste.

    Cette tradition postule également que toute initiation régulièrement transmise suppose non seulement l’invocation au Grand Architecte de l’Univers, mais aussi le rattachement à l’Ordre par la prise d’Obligation sur les trois Grandes Lumières, où les outils de la construction, symboles d’édification spirituelle, sont unis au Volume de la Loi Sacrée, véhicule de la Tradition dont le Grand Architecte est le Principe. Ce sont là les bornes de cette Tradition que nous devons maintenir vivante et transmettre à notre tour.

    La Tradition initiatique n’appartient donc pas à l’histoire. Elle naît à chaque instant. Lorsqu’une Loge parvient à l’incarner, esprit et matière vivent en paix et le temple s’édifie.

    Bibliographie

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 97 à 99

     

    Behaeghel Julien - Symboles et Initiation maçonnique

    Editions du Rocher, Monaco, 2000 - Pages 59 à 66

     

    Benoist Luc - Le Compagnonnage et les métiers

    Que sais-je ? - P.U.F.

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 22 à 25

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999 - Page 128

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 3, 5, 23 et 123

     

    Dangle Pierre - La Franc-maçonnerie initiatique

    Le livre de l’Apprenti - La Maison de Vie, Fuveau, 1999 - Pages 15 à 21 ; 91 à 93

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie

    Tome 2 - Editions de l'Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Pages 105 et 114

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en loge d'Apprentis

    Editions Dervy-Livres, Paris, 1988 - Pages 88 à 94

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L'Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994

    Pages 32, 47, 144, 172, 173, 202 et 203

     

    L’interrogatoire sous le bandeau

    Personne ne peut entrer dans une Loge particulière ni en être membre, sans le consentement unanime de cette Loge et de tous ses membres alors présents. Cette règle de l’unanimité est fondamentale : on ne peut en effet imaginer qu’un postulant soit admis à la majorité, tandis qu’une minorité, qui aurait voté contre lui, puisse adopter à son égard une attitude fraternelle. C’est donc d’un seul cœur et d’une seule voix qu’une Loge peut accepter un nouveau Frère, un nouvel être dont la présence modifiera fatalement la vie de la Loge. C’est la raison pour laquelle un certain nombre d’étapes doivent être franchies avant que s’ouvre la porte du temple.

    Concrètement, bien que des différences puissent apparaître d’une obédience à l’autre, l’Initiation se déroule généralement en plusieurs phases successives dont l’enchaînement est immuable, selon les règlements généraux de l’Ordre.

    Les enquêtes

    Après avoir été approché par son ou ses parrains, le candidat a subi une ou plusieurs enquêtes au cours desquelles mille et une questions de tous ordres lui ont été posées. Il est en effet important de s’assurer que le Profane ne fait pas fausse route et que la Loge, à la porte de laquelle il frappe, est capable de lui offrir ce qu’il recherche.

    Les réponses fournies par le candidat à un éventuel questionnaire écrit ainsi que les rapports des enquêteurs sont lus devant tous les membres de l’Atelier. Une décision est ensuite prise : soit le processus s’arrête là parce que le vote n’a pas été favorable, soit la procédure peut se poursuivre grâce à un vote positif. Dans ce cas, le Profane est convoqué pour « l’épreuve sous le bandeau ».

    L’épreuve de l’interrogatoire sous le bandeau

    Cette mesure prise à l’encontre du Profane consiste à l’isoler de l’univers dans lequel il a vécu jusqu’à présent. A cet effet, il pénètre une première fois dans le Cabinet de Réflexion, non encore paré de ses symboles, lieu de pénombre isolé du monde, sorte de sas initiatique où sa démarche nouvelle va peu à peu prendre corps. Il y répond généralement à trois questions écrites qui ont trait à ses devoirs. Les réponses fournies par écrit sont ensuite lues en Loge, tandis que le candidat reste encore un certain temps à méditer dans le Cabinet de Réflexion.

    Ce passage, cet interrogatoire sous le bandeau, est ainsi appelé parce qu’un bandeau recouvre les yeux du Profane pour lui permettre d’être seul avec lui-même, pour éviter qu’il ne voie quoi que ce soit dans la Loge et qui pourrait venir le distraire. Le Profane répond ensuite oralement aux questions éventuelles que lui posent le Vénérable Maître et le Frère Orateur, au nom des Frères de la Loge, sans limitation dans le temps.

    A travers l’ensemble de ces questions, ce qui est demandé au Profane, c’est d’exprimer son désir d’initiation à travers son authenticité. Ici, pas de place à l’esprit de compétition ni à la brillance intellectuelle ni à la facilité d’expression. « Soyez vrai ! » dit le Vénérable Maître. Seule compte l’authenticité du candidat.

    A l’issue de cette épreuve sous le bandeau, qui fait partie intégrante de l’Initiation et qui reste une étape inoubliable de celle-ci pour tous ceux qui l’ont vécue, il appartient alors aux membres de la Loge de se prononcer à l’unanimité. Parfois, les débats peuvent être longs. Chaque avis doit être dûment motivé. Chaque Frère qui intervient a pleinement conscience de la gravité de ses propos car un Profane ne subit pas deux fois l’épreuve sous le bandeau et la décision de la Loge est sans appel.

    Bibliographie

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Page 84

     

    Dangle Pierre - La Franc-maçonnerie initiatique

    Le livre de l’Apprenti - La Maison de Vie, Fuveau, 1999 - Pages 43 à 44

     

    Le rituel d’Initiation

    Lors de la cérémonie d’Initiation, le nouvel Apprenti découvre la totalité de l’architecture de la Loge. S’il est correctement appliqué, le rituel est d’une richesse telle qu’il n’est pas assimilable par le raisonnement ni par la mémoire. Ce que vit le novice s’adresse à sa sensibilité, à son cœur où sera préservé ce moment exceptionnel de sa naissance à l’initiation.

    Bien qu’une simple connaissance intellectuelle ne puisse en communiquer toute l’étendue, le rituel de l’Initiation au Premier degré du Rite moderne se structure de la manière suivante :

    • le franchissement de la porte basse
    • les trois voyages et les épreuves correspondant aux trois éléments
    • la présentation du calice d’amertume
    • la prestation de serment
    • les trois pas
    • l’investiture
    • la remise des décors et règlements
    • la communication des mots, signes et attouchement
    • la scène du tuilage d’un Apprenti
    • le premier Travail de l’Apprenti
    • la planche d’instruction du grade
    • l’incorporation dans la Chaîne d’union

    Ces différents aspects du rituel sont développés dans les chapitres suivants.

    Ce rituel est destiné à faire naître à la fois un Initié et un Apprenti. Il lui révèle les mots de passe et sacré, les signes et l’attouchement qui correspondent à son grade et constituent les secrets de métier. En passant par l’épreuve alchimique des quatre Eléments, le nouvel Initié est façonné par les forces de création qui, à chaque instant, engendrent la vie.

    Pendant ce rituel, le nouveau Frère vit la totalité de la voie initiatique dont il lui faudra prendre conscience petit à petit. Tout a été fait et tout a été dit, de manière symbolique, et tout reste à accomplir pour vivre pleinement l’Initiation. En effet, tout ce qui sera nécessaire à l’Apprenti lui est offert dès ce moment. Par le rituel, les éléments de connaissance spécifiques à son grade lui sont transmis. Ils constituent le viatique du voyage initiatique. Bien entendu, le nouvel Apprenti n’est pas encore capable de les comprendre dans leur totalité mais il les reçoit en son cœur. Ce don de la Loge est un acte d’amour ! Tout ce que l’Apprenti doit encore faire pour apprendre le métier, c’est d’apprendre à vivre pleinement en fonction de cet amour qui l’a fait naître, amour fraternel qui offre à l’Apprenti le chemin de la cohérence et de l’harmonie dans lesquelles une construction ne saurait être durable.

    Bibliographie

    Dangle Pierre - La Franc-maçonnerie initiatique

    Le livre de l’Apprenti - La Maison de Vie, Fuveau, 1999 - Pages 55 à 59 ; 61 à 63

     

    Le second séjour dans le Cabinet de Réflexion

    Tant avant son interrogatoire sous le bandeau qu’avant son Initiation, le Profane est introduit dans le Cabinet de réflexion. Pour ce second séjour dans ce réduit, théoriquement peint intérieurement en noir, des symboles y ont été placés. Il est possible de les classer en cinq catégories :

    • les symboles de nature physique : une cruche d’eau et un morceau de pain ;
    • les symboles temporels : un sablier et le dessin d’une faux ;
    • les symboles de nature intellectuelle : un crâne, des représentations d’ossements ; le testament du candidat ;
    • les symboles lumineux : une bougie, des sentences ;
    • les symboles hermétiques : des représentations de sel, de soufre, de mercure, d’un coq et l’acrostiche « V.I.T.R.I.O.L. »

    Sur la table sont placés notamment un crâne humain et un sablier, du pain, une cruche d’eau, une coupe contenant du sel et une autre contenant du soufre (celle-ci n’est parfois que dessinée !). Sur un tableau noir, un coq, une faux… Au mur, quelques sentences. Elles peuvent donner froid dans le dos si le candidat n’est pas sincère ! Il en est de même pour l’inscription «V.I.T.R.I.O.L.» ainsi que pour le dessin symbolique  d’un coq surmontant une banderole portant les mots «Vigilance et Persévérance». L’éclairage n’y est normalement fourni que par une bougie allumée.

    SE RÉFLÉCHIR ET S’ANALYSER

    Jules Boucher écrit qu’il s’agit d’un « cabinet de réflexion » au singulier. D’accord avec G. Persigout qui avait produit en 1946 un ouvrage considérable à ce sujet, Jules Boucher explique que « le profane, isolé dans ce cabinet, ne se livre pas à des réflexions mais qu’il opère une réflexion, au sens de « renversement » sur lui-même, en voie de renaître à nouveau ». En d’autres termes, dit Raoul Berteaux, le candidat « se réfléchit ». « Il est invité à s’analyser et à méditer sur le résultat de son introspection ».

    « Ce cabinet de réflexion correspond à une partie des rites initiatiques pratiqués en tous temps et en tous lieux. En effet, l’Initiation est à la fois une pédagogie et une thérapeutique, nous dit Daniel Beresniak. Il s’agit d’améliorer l’homme, de le transformer… L’Art Royal se propose de créer un homme nouveau, débarrassé des contraintes d’un inconscient qu’il ne contrôle pas. L’introspection dirigée par des symboles s’effectuera d’autant plus facilement qu’il sera à l’abri de son milieu ambiant familier. De plus, cette séparation constitue une rupture génératrice d’un choc physique bénéfique. Le Cabinet de Réflexion est donc, pour l’essentiel, la forme moderne et adaptée à nos mœurs de l’antique cabane initiatique ».

    Cette cellule étroite nous apparaît donc comme le lieu d’une transition, d’un passage et d’une préparation. Le candidat à l’Initiation peut y éprouver la sensation d’être comme arraché à sa quotidienneté familière. Il peut être surpris par la présence et la disposition d’objets connus et qu’il peut théoriquement nommer sans difficulté.

    Ces objets peuvent paraître mystérieux parce que leur disposition et leur association se présentent à nos yeux comme les éléments d’un rébus dont la lecture peut sans doute nous révéler des vérités essentielles. Le candidat est invité à faire un retour sur lui-même, à s’interroger sur les finalités et le sens de la vie.

    Les lettres « V.I.T.R.I.O.L. » dont chacune est séparée par un point, forment l’abréviation d’une expression relative à une formule alchimique. Tentons de la comprendre.

    V.I.T.R.I.O.L. ET L’ALCHIMIE DANS LA TRADITION MAÇONNIQUE

    Ces lettres évoquent une formule latine : « Visita Interiora Terrae, Rectificando Invenies occultam lapidem », ce qui signifie « Visite l’intérieur de la Terre, en rectifiant tu trouveras la pierre cachée ». Parfois deux lettres sont ajoutées : U.M. pour former le signe « V.I.T.R.I.O.L.U.M. ». Ces deux dernières signifient « Veram Medicinam », « médecine de vérité ». Tous les auteurs précisent que ce sigle était la devise des anciens Rose-Croix. Faisons appel à ceux qui ont largement développé cette question.

    Selon Ambelain, auteur de la Symbolique des outils dans l’Art Royal, les Rose-Croix auraient pénétré sciemment les loges maçonniques aux 17ème et 18ème siècles et y auraient introduit l’hermétisme et l’alchimie.

    « Cette formule invite à approcher la pensée alchimiste. L’alchimie irrigue la tradition maçonnique et son approche permet de se libérer de certaines idées reçues qui gênent la pensée. L’alchimie a aussi été regardée comme un ensemble de techniques artisanales pré-chimiques ayant pour objet la composition des teintures, la fabrication synthétique des gemmes et des métaux précieux ».

    Au siècle dernier, Marcelin Berthelot, qui fut le premier à entreprendre la publication et la traduction de collections manuscrites, ne voyait dans les opérations alchimiques que des expériences de chimie dont la finalité était la recherche de la synthèse de l’or. « Les alchimistes ont eu l’intuition de l’unité de la matière ».

    « En explorant la matière, la science, aux 18ème et 19ème siècles, est arrivée à une opinion opposée. Les molécules qui identifient un corps sont composées de corps simples, indivisibles : les atomes. Les physiciens du 20ème siècle ont décomposé ce corps simple et vérifié ainsi la théorie alchimique traditionnelle de l’unité de la matière ».

    La littérature alchimique, fort ancienne, remonte à une époque où la pensée n’était pas libre. La vérité était perçue comme analogue à une chose déjà dite clairement (la « révélation ») et dont l’explication et la transmission étaient le monopole d’une caste de clercs. Seule la hiérarchie cléricale était autorisée à produire du sens, à dire ce qui est vrai, bien et beau et elle disposait d’un «bras séculier» pour châtier les déviants. Toute idée neuve était donc considérée comme subversive parce qu’elle était neuve et non conforme au déjà dit.

    Dans une société libre, la parole est libre et chacun s’exprime clairement. Dans une société totalitaire, il faut habiller ses idées de manière à ne pas provoquer de suspicion du censeur, créer un langage à double sens pour avoir de quoi se défendre si le censeur perçoit des propos susceptibles de déranger les certitudes obligatoires.

    La littérature alchimique est donc à décrypter dans le contexte d’une orthodoxie obligatoire. L’alchimie, déjà tenue en grande suspicion chez les chrétiens comme chez les musulmans, était quand même un refuge pour les penseurs libres. Elle procurait des métaphores et des légendes propres à voiler, et en même temps à montrer ce que l’Initié doit lire.

    Ceci étant, Daniel Béresniak nous invite à situer l’alchimie dans le contexte des structures et des valeurs des civilisations de son temps et de ses lieux, et se garder de l’interpréter selon notre façon actuelle de penser. «Elle ressemble à une science physico-chimique mais elle est aussi et surtout une expérience mystique : elle relie la matière et l’esprit, observe les relations entre la vie des métaux et l’âme universelle».

    « La littérature alchimique parle de la matière et des métamorphoses à lui faire vivre au moyen des opérations. Cette matière est une métaphore pour l’esprit et les opérations alchimiques sont des métaphores pour signifier les expériences de la psyché ».

    « Le Grand Œuvre alchimique et la Construction du Temple sont en réalité des allégories en miroir. Ils se projettent l’un dans l’autre. Ils signifient l’art de faire de l’homme aliéné, esclave de ses passions, un homme libre de ses actes, capable de distinguer l’action de la réaction. La finalité de l’alchimie est donc de sauver l’homme de sa servitude ».

    « V.I.T.R.I.O.L. » nous invite donc à regarder en nous-mêmes et à trouver en nous la pierre cachée, celle qui manque à l’édifice pour s’accomplir et tenir debout. La terre est une allégorie de l’homme. En effet, en hébreu, le mot « terre », en tant que matière, se dit Adamah et dérive de Adam, l’homme.

    RECTIFIER

    « En rectifiant » signifie nécessairement qu’à un moment donné de la « visite », il y a une opération intellectuelle à effectuer. Cette opération intellectuelle, qui consiste à modifier le cours normal des choses, le sens de la visite, n’est concevable que si elle s’appuie sur des connaissances acquises, susceptibles de servir de références pour juger un état de fait. « En rectifiant » implique par conséquent la nécessité de posséder un savoir suffisamment étendu. Ce n’est pas la pierre cachée qui procure ce savoir, mais c’est ce savoir qui permet de la trouver. La pierre cachée est donc la conclusion, la récompense et la finalité d’un effort dont l’efficacité est rendue possible par le savoir.

    Il conviendra donc de s’interroger régulièrement sur le processus de sa propre pensée, sur ce qui conduit des questions aux réponses, essentiellement dans le rituel des Tenues, sur l’induction et la déduction. Il s’agira de se regarder penser, d’apprendre à s’étonner, même de ce qui parait évident.

    Ainsi, la rectification apparaît comme une remise en question de ce qui semble acquis, comme une interrogation sur le processus de la pensée, comme une révision des outils de la pensée.

    La rectification nous rappelle que chercher la vérité, c’est observer, supposer, généraliser et corriger sans cesse. La rectification est donc l’opération essentielle qui autorise la progression du savoir : c’est reconnaître l’erreur.

    Bibliographie

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d’Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 80 à 83

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999 - Pages 141 à 148

     

    Clavel F.T.B. - Histoire de la Franc-maçonnerie

    Editions Artéfact, 1987 - Pages 1 à 6

     

    Dangle Pierre - La Franc-maçonnerie initiatique - Le livre de l’Apprenti

    La Maison de Vie, Fuveau, 1999 - Pages 45 à 49

     

    Guénon René - L’Esotérisme de Dante

    Chapitre VI « Les trois mondes »

    Editons Gallimard, 1974 - Pages 41 à 50

     

    Mainguy Irène - La Symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy, Paris, 2001 - Pages 171 à 187

     

    Autres ouvrages consultés :

    Ambelain Robert - Symbolique des outils dans l’Art Royal

    Editions Edimaf, Paris, 1996

     

    Béresniak Daniel - Rites et Symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome I : « Les Loges Bleues » - Editions Detrad, Paris, 1997

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995

     

    Approche du symbolisme de l’épreuve de la terre

    Le Cabinet de Réflexion se présente donc comme une sorte de sas entre deux mondes où le futur Initié se dépouille des aspects profanes de son être pour devenir réceptif à la lumière de l’initiation qui lui sera offerte. L’objectif est d’isoler le Récipiendaire de son entourage familier, de le séparer du monde profane. Durant cet isolement, il est confronté à quatre facteurs ambiants : le silence, la solitude, l’immobilité et l’obscurité. Ces facteurs devraient favoriser sa confrontation avec lui-même car il se trouve brusquement dans un univers inconnu qu’il peut percevoir comme hostile.

    C’est un moment de méditation intense où il est possible d’arrêter le temps et le monde dans le silence et le recueillement, et où débute un voyage qui conduit au cœur du temple. Mais le Cabinet de Réflexion offre un autre message au futur Initié en lui recommandant de pratiquer deux qualités : la vigilance et la persévérance, aussi indispensables l’une que l’autre pour affronter les épreuves. Il soumet le candidat à l’initiation à une première purification liée aux éléments : la purification par la terre. Pour Edouard Plantagenet, « l’épreuve de la terre, c’est le passage dans le Cabinet de réflexion ».

    Le Cabinet de Réflexion symbolise une descente intérieure au centre de la terre. Le passage d’un cycle à l’autre s’accomplit dans l’obscurité, ce qui correspond également à un changement d’état. Cette mise en condition s’explique par la nécessité qu’il y a de prendre conscience de la force réelle de ses convictions dans ses engagements vitaux.

    Ce lieu de méditation qui met en scène tout ce qui concerne la mort, permet à chacun de faire une incursion dans sa tombe avant l’heure ! C’est pourquoi il est censé être enfoui au sein de la terre, ce qui est d’autant plus perceptible si le cabinet est situé dans les caves.

    Le Cabinet de Réflexion invite le postulant à mourir à lui-même pour renaître et l’incite à poursuivre le parcours de son existence, en rectifiant, afin d’éveiller sa conscience à une autre dimension pour donner un autre sens à sa vie. Ce moment privilégié de méditation permet de faire un bilan du passé et d’effectuer par anticipation une mort symbolique virtuelle, ce passage devant déboucher sur un nouveau commencement.

    Pour Oswald Wirth, «pour apprendre à penser, il faut s’exercer à s’isoler et à s’abstraire. On y parvient en rentrant en soi-même, en regardant au-dedans, sans se laisser distraire par ce qui se passe au dehors. Le profane soumis à l’épreuve de la Terre est appelé à mettre en jeu les énergies latentes qu’il porte en lui-même. L’Initiation a pour but de favoriser la pleine expansion de son individualité».

    Le Cabinet de Réflexion est l’unique moment, dans le cheminement initiatique, où l’on reste seul en présence de soi-même, isolé dans la pénombre, devant des énigmes à résoudre et des décisions à prendre. Pour le candidat à l’Initiation, ce second séjour dans le Cabinet de Réflexion concerne aussi la rédaction de son testament philosophique !

    Bien que la rédaction du testament philosophique soit souvent le fruit d’une réflexion trop brève, cet acte permet néanmoins de clarifier les dernières pensées profanes, pour faire le point sur ce qui subsiste d’essentiel d’une existence passée.

    La rédaction d’un testament spirituel est un acte qui devance l’échéance naturelle de la destinée, car c’est par volonté libre que le candidat à l’Initiation veut mettre un terme à une phase de son existence et en tourner définitivement la page. Cette rédaction du testament constitue comme une anticipation du serment du futur Initié, puisqu’il sera considéré comme le terme de sa vie profane. Le testament sera ensuite brûlé et réduit en cendres, comme un témoignage de confiance vis-à-vis de la détermination du Récipiendaire à s’engager dans la voie initiatique.

    Irène Mainguy considère le testament philosophique comme « un pont virtuel reliant le passé profane à l’avenir de l’initié et comme un point de passage vers un autre devenir, une nouvelle qualité d'être ».

    Mais les richesses du Cabinet de Réflexion ne s’arrêtent pas là car il contient plusieurs éléments alchimiques qui contribuent à transmuter un matériau mortel pour en dégager la réalité immortelle. En vivant cette première expérience alchimique qui sera suivie de beaucoup d’autres pour qui fera preuve de vigilance et de persévérance, le futur Initié se dépouille des aspects caducs pour recevoir le rayonnement de l’or de l’Initiation, au-delà de la mort. Mourir, c’est passer d’un mode d’existence à un autre. Le Récipiendaire doit mourir aux faiblesses profanes pour renaître à la vie initiatique.

    Pour Raoul Berteaux, l’inscription « V.I.T.R.I.O.L. » concerne la « descente dans la terre » que le candidat est censé accomplir en descendant dans le Cabinet de Réflexion. Celui-ci est à considérer comme « un donné potentiel » offert à celui qui va se séparer du « vieil homme » et qui est reçu sous le signe de la « terre », en attendant d’être reçu dans le temple sous les signes de « l’air », de « l’eau » et  du   « feu ». Pour Jules Boucher, l’expression désignée par les lettres « V.I.T.R.I.O.L. » est « une invitation à la recherche de l’Ego profond, qui n’est autre que l’âme humaine elle-même, dans le silence et la méditation ».

    Déjà dans ce Cabinet de Réflexion, le futur Frère peut percevoir cette grande lumière de l’Initiation qui se présente à lui sous de multiples formes symboliques qu’il commence par pressentir avant de pouvoir les déchiffrer. Mais pour opérer un réel recentrage à caractère illuminatif, il convient d’apprendre à méditer en profondeur. Pour cela, l’isolement silencieux s’impose, car on ne peut suivre le cours de ses pensées qu’en évitant tout ce qui disperse et distrait. Fuir le tumulte du monde profane, se retirer dans la solitude fut donc jadis le premier acte de l’aspirant à la Sagesse.

    Ayant visité la Terre, le postulant reste encore un petit temps dans la pénombre, les  yeux bandés, avant de sortir de ce lieu sombre auquel il commençait à s’habituer. Il va être déchaussé et en partie dévêtu, puis guidé jusqu’à la porte du Temple où il se présente en toute humilité. Cette évocation du dépouillement est celle du retour à un état primordial d’innocence, un état naturel en fait.

    Bibliographie

    Béresniak Daniel - Rites et Symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome I : « Les Loges Bleues » - Editions Detrad, Paris, 1997 - Pages 20 à 39

     

    Béresniak Daniel - L’apprentissage maçonnique, une école de l’éveil ?

    Editions Detrad, Paris, 1983 - Pages 117 à 129

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d’Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 80 à 83

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999 - Pages 141 à 148

     

    Boucher Jules - La Symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Page 42

     

    Dangle Pierre - La Franc-maçonnerie initiatique - Le livre de l’Apprenti

    La Maison de Vie, Fuveau, 1999 - Pages 45 à 49

     

    Mainguy Irène - La Symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy, Paris, 2001 - Pages 171 à 187

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en loge d’Apprentis

    Editions Dervy – Livres, Paris, 1988 - Pages 52 à 59

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome 1 : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 126 à 131

     

    Le dépouillement des métaux

    Peu de temps avant que ne débute la cérémonie de l’Initiation au grade d’Apprenti,  le Récipiendaire « se laisse dépouiller de ses métaux ». En réalité, le candidat est invité à remettre au Frère qui le prépare tout ce qu’il possède à ce moment sur lui comme monnaie métallique ou de papier, comme bijoux ou autres objets en métal. C’est sans restriction et en toute confiance qu’il remet ces choses qui, dans la vie courante, facilitent l’insertion sociale et constituent les signes d’une certaine respectabilité, valeur toute relative il est vrai.

    Au sens propre, ce geste est généralement présenté comme signe de dépouillement mais il est évident que c’est le sens figuré qui est le plus important : c’est l’abandon volontaire de tous pouvoirs, possessions et vanités afin de se présenter tout simplement en tant qu’homme.

    Quel sens donner à l’abandon des métaux ?

    « Pourquoi ce tabou du métal dans la Loge ? » s’interroge Daniel Béresniak. « Si, aux métaux, les Francs-maçons associent les préjugés et tout ce dont il faut se départir pour réunir et construire, c’est que, à l’origine, il y a un tabou, une interdiction dont il faut connaître l’histoire et le sens. Le symbolisme est l’étude de l’histoire des associations sémiotiques et, par conséquent, il apporte un  éclairage précieux sur la nature humaine ».

    Cette voie nous invite dès lors à remonter dans le passé, à creuser le sol pour éclairer ce qu’il y a dessous, à remonter aux sources !

    1. Renoncer aux valeurs temporelles ?

    La plupart des écrivains Francs-maçons commentent le symbolisme des métaux à partir de cette idée de renonciation aux valeurs temporelles.

    Dans le monde entier et en tous temps, les sociétés fermées qui se donnent une vocation spirituelle ont apparemment exigé de leurs néophytes une « renonciation » aux valeurs temporelles. Donc, à première lecture, le dépouillement des métaux serait à associer à la renonciation aux valeurs temporelles. Ainsi dépouillé de tout signe de reconnaissance sociale et de tout pouvoir d’acheter un bien, le Récipiendaire est invité à sortir de cette idée d’avoir, de posséder et, de ce fait, invité aussi à « être », à être lui-même. Se dépouiller des métaux, c’est renoncer à confondre l’être et l’avoir.

    Il s’agit donc pour le candidat de se montrer tel qu’il est, avec pureté, avec sincérité, avec une certaine innocence, comme celle de l’enfant qui va naître.

    2. Libérer l’homme ?

    Dans une explication simpliste et terre à terre, A. Gédalge, auteur d’un « Manuel du premier degré »,  prétend que c’est pour « libérer le Récipiendaire » qu’on le dépouille de ses métaux. « C’est pour lui enseigner que tout se paye en ce monde et qu’on ne peut espérer recevoir sans donner ».

    Et cet auteur d’ajouter : « Le dépouillement des métaux symbolise encore l’abandon de l’attachement aux idées préconçues. Le profane doit s’efforcer de penser par lui-même et ne point garder de trop vif attachement pour les pensées qui lui avaient paru les plus agréables jusqu’alors ».

    L’usage de dépouiller le candidat de ses métaux est ancien mais se fait avec une rigueur variable, comme le souligne encore un auteur anonyme : « Par suite de l’aversion de la Maçonnerie pour tous les métaux, on pousse le scrupule jusqu’à faire dépouiller un homme de ses habits quand il s’y trouve du galon.  L’observation est juste, mais on a souvent dérogé comme on déroge encore à cet usage dans plusieurs loges ».

    Presque toutes les instructions de la fin du 18ème siècle associent le métal à la souillure : « Pourquoi les outils de métal étaient-ils interdits ? » : « Pour que le Temple ne soit pas souillé ! ».

    La source de l’association du métal à la souillure est biblique. Les références bibliques nous invitent à réviser certaines idées reçues sur les notions de sacré, de profane, de pureté et de souillure.

    Le sens de ces mots a changé dans le contexte chrétien en Europe et, par suite, dans les textes maçonniques. Mais une exploration de la Bible permet d’éclairer l’association métal - impur et aussi de relier la cérémonie du dépouillement des métaux à l’assemblage en silence des éléments qui constituent le Temple.

    3. Renoncer aux richesses pour en acquérir d’autres ?

    Au niveau de la préparation du candidat avant l’Initiation, le dépouillement des métaux n’a rien à voir avec la démarche symbolique. Selon Daniel Béresniak, il s’agit d’un rite apparenté à une tradition universelle, celle qui repose sur l’idée d’une renonciation à certaines richesses pour en acquérir d’autres d’un ordre différent. L’originalité de la Franc-maçonnerie consiste en ce qu’elle rappelle ce rite sans l’appliquer entièrement puisqu’elle restitue les métaux. Par conséquent les métaux ne sont pas objet de mépris.

    4. Abandonner ses passions ?

    En Maçonnerie, l’expression « les Métaux » possède les deux sens : propre et figuré.

    Au sens figuré, ce serait l’abandon volontaire de toute passion au moment d’entrer en Loge. Certains auteurs préfèrent en effet commenter le symbolisme de l’abandon des métaux en songeant aux passions, aux préjugés dont le Néophyte doit absolument se défaire.

    Ainsi, pour Jean-Pierre Bayard, les métaux symbolisent « tout ce qui brille d’un état trompeur » et « en étant dépouillé des métaux, c’est l’abandon des passions, des anciennes conceptions, des préjugés ».

    Et pour Oswald Wirth, « les métaux représentent tout ce qui brille d’un éclat trompeur ».

    Lorsque l’esprit est inexpérimenté, il se laisse facilement séduire par les notions fausses communément admises. Le penseur doit donc se défier des opinions reçues. La monnaie courante des préjugés vulgaires constitue une richesse illusoire que le sage doit apprendre à mépriser.

    C’est dire qu’il faut se faire pauvre en esprit si nous voulons être initiés et parvenir à concevoir la vérité. Nous sommes probablement plus près de celle-ci lorsque nous ne savons rien que lorsque nous restons attachés à des erreurs. Mieux vaut donc ne rien posséder plutôt que d’avoir des dettes !

    Oswald Wirth écrit encore : « L’homme qui aspire à être libre doit apprendre à se détacher des choses futiles ». Les anciens sages méprisaient le luxe. La raison leur prescrivait de réduire leurs besoins au strict nécessaire et de chercher la richesse dans l’absence de désirs immodérés. Qui vit content de rien possède toute chose !

    Remarquons cependant que la Franc-maçonnerie n’astreint pas l’Initié à faire vœu de pauvreté. Il doit simplement se souvenir que la cupidité est le pivot de tous les vices antisociaux. Le penseur doit se déplacer lui-même dans les conditions de pureté et d’innocence qu’on attribue à l’état de nature. C’est donc en revenant à la simplicité du plus jeune âge qu’on réalise les conditions les plus favorables à la recherche désintéressée du vrai.

    5. Se débarrasser de ses préjugés ?

    « Se dépouiller des métaux » est une expression symbolique qui, pour Daniel Béresniak, signifie « se débarrasser de ses préjugés ». Mais il précise qu’il faut comprendre comment les préjugés surgissent et s’établissent, reconnaître leur fonction de défense de l’intégrité du « moi ».

    Ce travail implique l’écoute sans juger. En effet, dire des préjugés qu’ils sont négatifs, dangereux, pernicieux, ne sert à rien. Il faut regarder à quoi ils servent et observer leur vie sans malveillance ni bienveillance. Plutôt avec bienveillance quand même car, si on aime la vie, on aime aussi les jeux étranges auxquels se livrent les êtres vivants pour durer et être mieux.

    Tailler sa pierre, c’est la remettre en cause, la regarder comme « à être ». C’est donc reconnaître la légitimité du devenir. Chargé de métaux, le Profane est un être parlé. Libéré des métaux, l’Initié devient un être parlant.

    6. Se méfier de l’impureté des métaux ?

    Quelques auteurs font aussi allusion à l’impureté des métaux.

    En ce qui concerne le sens propre de l’expression « les métaux  », Jules Boucher cite à nouveau Leadbeater  : « Le candidat se voit enlever tous ses métaux car ceux-ci peuvent gêner la circulation des courants magnétiques ».  

    En ce qui concerne la raison de cette prohibition rigoureuse, c’est, d’après quelques auteurs, le sentiment que les métaux sont jusqu’à un certain point impurs. 

    Jules Boucher estime qu’on peut considérer de deux façons l’Initiation maçonnique : soit au point de vue hermétique, soit au point de vue magique. Dans le premier cas, le Profane doit être pur parce qu’il représente la matière première des Sages. Dans le second cas, le Profane doit être pur magiquement, c’est-à-dire que rien ne doit pouvoir gêner les influx dans lesquels il va se trouver placé.

    Raoul Berteaux croit, pour sa part, que nous sommes en présence d’allégories qui concernent les domaines moraux et sociaux. Les traditions occultes, alchimiques et astrologiques font appel au symbolisme des métaux, dont le nombre est souvent égal à sept, comme les planètes.

    Dans la tradition occulte, alchimique et astrologique, chacun des sept métaux correspondait à une planète et, à chacune de celles-ci, on peut faire correspondre l’un des sept péchés capitaux.

     

    MÉTAUX                              PLANÈTES                          PÉCHÉS CAPITAUX

    Or                                           Soleil                                     Orgueil

    Argent                                     Lune                                      Paresse

    Fer                                           Mars                                      Colère

    Mercure                                  Mercure                                    Envie

    Etain                                      Jupiter                                 Gourmandise

    Cuivre                                    Vénus                                     Luxure

    Plomb                                   Saturne                                    Avarice

    7. Se protéger des ondes magnétiques ?

    « Mais pourquoi le récipiendaire est-il dépossédé de tout métal avant de se présenter à l’initiation ? »   insiste Raoul Berteaux qui prétend que tout porteur de métaux capte, à son insu, des ondes électromagnétiques et qu’il est, à tout moment, soumis à des influences qu’il ne perçoit pas et, a fortiori, qu’il ne contrôle pas.

    Débarrassé des métaux, le Récipiendaire est mis à l’abri ; il est protégé selon un processus passif, comme il sera protégé selon un processus actif en portant le tablier qui l’isole.

    8. Respecter la tradition ?

    Une autre lecture relie la coutume du dépouillement des métaux à la tradition spécifiquement maçonnique. Cette tradition s’établit, au cours des premières années du 18ème siècle, à partir de commentaires d’un passage de la Bible où il est question de la construction du Temple de Jérusalem.

    Ce texte est le suivant :

    « Lorsqu’on bâtit la maison, on se servit de pierres toutes taillées et ni marteau, ni hache, ni aucun instrument de fer ne furent entendus dans la maison pendant qu’on la construit » I Roi 6 7.

    Le manuscrit Graham, un texte maçonnique de 1726, reprend ce passage.

    Le Masonic Manual d’Anderson, le rédacteur des Constitutions, le texte fondateur de la Franc-maçonnerie moderne, dit :

    « Nos instructions maçonniques actuelles nous enseignent que nous apprenons de l’Histoire Sainte qu’on n’entendit pas le bruit d’une hache, d’un marteau ni d’aucun outil de fer pendant sa construction ».

    Les instructions Wooler, un texte maçonnique de la fin du 18ème siècle, rédigées en Ecosse, proposent un enseignement par questions et réponses dans lequel figure ceci :

    • Pourquoi les outils de fer étaient interdits ?
    • C’était le meilleur moyen de montrer l’ingéniosité de la maçonnerie à cette époque, car ces matériaux étaient préparés à une si grande distance de là que, quand on les assemblait, ils s’ajustaient de façon si parfaite qu’on eût dit l’œuvre du Grand Architecte de l’Univers plus que l’œuvre d’un mortel.

    9. Apprendre dans le silence ?

    Le discours le plus ancien sur l’abandon des métaux se réfère à l’enseignement du silence. Le métal de référence y est le fer. Le discours moderne est plus moralisateur et le métal de référence est l’or.

    L’enseignement du silence est associé à la construction. Les instructions Wooler citées ci-dessus précisent que les outils de fer sont interdits afin de montrer l’ingéniosité de la Maçonnerie. Elles dégagent deux étapes dans la construction de l’édifice (et de l’homme, et de la société) : la préparation des éléments de la construction, d’une part et l’assemblage des éléments préparés, d’autre part.

    La première étape se passe là où les éléments existent : la forêt et la carrière. Dans la forêt, on coupe les arbres, on les débite, on taille le bois. Dans la carrière on extrait des pierres et on les taille. Ces préparatifs produisent du bruit, un vacarme assourdissant. Les éléments de bois et de pierre sont ensuite portés là où se construit l’édifice, en un lieu choisi et distingué. En cet endroit, les éléments s’assemblent et s’emboîtent alors silencieusement.

    Ce silence témoigne pour l’intelligence et cela pour la raison suivante : ceux qui ont coupé les arbres et taillé le bois, extrait et taillé les pierres avaient déjà en tête l’image de l’œuvre accomplie. Ils avaient déjà imaginé, mesuré, calculé, prévu jusque dans les moindres détails.

    Le silence de la seconde et dernière phase de la construction, la réunion des éléments épars, est le fruit de l’intelligence qui, pour concevoir l’édifice, a réuni l’art et la science. Et ce qui a mis en marche l’intelligence, c’est la passion de créer.

    L’exercice de l’intelligence, c’est l’art de visualiser ce qui est à être, c’est l’art de créer, de dominer la nature pour réaliser un projet, c’est l’art de construire, c’est l’Art Royal.

    Le candidat à l’Initiation se présente donc sur le parvis muni de tous les outils métalliques grâce auxquels il s’est construit comme partie d’un ensemble à être. Son argent, ses clefs, sa montre, ses médailles, ses bijoux, instituent son identité et représentent son lieu d’origine, son ancrage social, ses appartenances, sa fonction sociale. Il se dépouille de ces outils de taille et signifie ainsi qu’il est prêt à s’insérer parmi ses Frères, à trouver sa juste place dans un édifice encore à construire. Il se présente sur le parvis du temple comme la pierre que l’architecte attend.

    Le discours maçonnique sur les métaux dit, dans tous les cas, qu’il faut, à un certain moment, les écarter. Mais si nous voulons tirer profit du symbolisme, il nous faut collectionner les explications que nous fournissent de nombreux auteurs et comparer leurs avis car seule la comparaison permet de construire du sens.

    Paraître ni nu ni vêtu, dépouillé de ses métaux, c’est-à-dire dans sa plus grande simplicité, telle serait donc la perfection « symbolique » demandée au Récipiendaire, au moment où il va recevoir l’Initiation. Il est donc invité à maîtriser toutes ses passions, en particulier celles de la possession, du pouvoir, de la vanité, etc., passions qui sont inhérentes, à des degrés divers, à l’homme commun.

    Retirer les métaux et la monnaie  à l’aspirant, c’est lui enlever le plus grand corrupteur des consciences ; c’est prouver matériellement le renoncement aux biens matériels ; c’est montrer que la vraie « libération » ne peut s’accomplir que par l’ascension vers l’Esprit ; c’est aussi lui redonner cette « simplicité » et cette «nudité» dont parlent les Évangiles.

    L’enlèvement des métaux correspond à la Pierre brute qui est remise au nouvel Initié. Le rituel le replace « symboliquement » dans l’état de nature en supprimant le métal qui caractérise précisément la civilisation et tout ce qu’elle comporte de factice.

    La Franc-maçonnerie n’exige pas de ses membres le vœu de pauvreté. La Franc-maçonnerie exalte le travail. Tout son symbolisme blasonne l’amour du travail, seule véritable source de la dignité et seul moteur du progrès individuel et collectif. La Franc-maçonnerie ne peut admettre que le travail soit une punition infligée à l’homme.

    La richesse, dans la mesure où elle est le fruit du travail est une bénédiction. S’il ne méprise pas la richesse, fruit du travail, l’Initié ne se laisse pas griser par elle et sait lui attribuer sa juste place, là où elle ne gène pas son épanouissement spirituel.

    L’abandon des métaux, c’est donc :

    • abandonner volontairement toutes possessions et vanités ;
    • abandonner ses préjugés, ses passions et ses idées préconçues ;
    • renoncer aux valeurs temporelles, le temps de la purification ;
    • renoncer à l’idée de posséder ;
    • être invité à être soi-même, en toute simplicité ;
    • renoncer aux richesses matérielles pour acquérir des richesses spirituelles ;
    • respecter la tradition.

    Tel semble le message le plus plausible qu’évoquerait le rite du dépouillement des métaux.

    Bibliographie

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d’Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 77 à 78

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome 1 : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 124 et 125

     

    Autres ouvrages cités :

    André-Gedalge, AmélieManuel interprétatif du symbolisme maçonnique

    1er degré symbolique – Grade d’Apprenti

    Editions Belisane, Nice, 1986

     

    Bayard Jean-PierreLe Symbolisme maçonnique traditionnel

    Page 247

     

    Horne Alex - Le Temple de Salomon dans la tradition maçonnique

    Londres 1972, traduit par Daniel Beresniak aux Editions du Rocher, Paris, 1990

     

    LeadbeaterLe côté occulte de la Franc-maçonnerie

    1930

     

    La préparation du Récipiendaire

    Le mot « préparation » désigne toutes les règles de protocole auxquelles doit se soumettre le Profane, candidat à l’Initiation. Toujours en rapport avec une valeur symbolique, cela concerne non seulement le dépouillement de ses métaux mais aussi, selon le Rite pratiqué, une certaine façon de se vêtir en laissant apparentes des parties de son corps. Cette préparation concerne aussi la rédaction d’un testament philosophique qui se fait dans le Cabinet de Réflexion quelques instants avant que débute la cérémonie d’Initiation.

    Au Rite moderne, le Frère Expert ou le Passé Maître Immédiat, selon les habitudes de la Loge, va donner lecture d’un message au candidat séjournant encore dans le Cabinet de Réflexion. Ce texte souligne la liberté de pensée qui est laissée à chacun et invite le candidat à débarrasser son esprit de tout ce qu’il peut contenir de préjugés et d’erreurs. Le candidat se défait de ses métaux, les place dans une enveloppe aussitôt scellée puis se met à rédiger son testament philosophique.

    Quelques instants plus tard, le Frère Expert est chargé de ramener ce testament en Loge. Il le tient sur l’extrémité de son épée. Généralement ce testament n’est pas révélé. A la fin de la cérémonie, il est le plus souvent brûlé par le Frère Secrétaire.

    Le Frère Expert, assisté du Maître des Cérémonies, aide ensuite le candidat à se défaire d‘une partie de sa vêture en vue de son entrée en Loge pour la cérémonie d’Initiation.

    La vêture

    Les anciennes instructions mettent l’accent sur l’importance de la tenue vestimentaire du Récipiendaire, la reliant dans un premier temps à une préparation à l’Initiation d’ordre intérieur, qui est celle du cœur.

    « Ni nu ni vêtu », telle doit être l’apparence du Récipiendaire lorsqu’il est conduit aux épreuves de l’Initiation au degré d’Apprenti. Le candidat est soumis à cet état comme un rappel de celui de sa naissance où il était nu, innocent. Etre vêtu signifie ici symboliquement, la marque de sa condition humaine et de la socialisation qui en découle. C’est dans cet état que le candidat à l’Initiation est préparé physiquement, c’est-à-dire ni nu ni vêtu, mais dans un état décent, dépouillé d’une partie de ses vêtements. Il s’agit d’un état nouveau qui demande une certaine préparation sur le parvis ou dans un local proche de la Loge.

    Cette préparation concerne les vêtements qui créent la forme visible d’une réalité intérieure : ils disent comment celui qui les porte veut se montrer et quel rôle il veut jouer. Dans la société, le port des vêtements est une indication du niveau de richesse sociale. Ils accentuent les différences et l’inégalité de fortune. Dépouillé de cette apparence, le candidat est rappelé à son état ontologique de pauvreté.

    Cette préparation vestimentaire du Récipiendaire a pour but de déstructurer le message signifié par l’habit. Etre « ni nu ni vêtu » est une expérience neuve.

    En effet, nous sommes tantôt nus, tantôt vêtus, plus ou moins nus ou vêtus, mais nous ne sommes jamais ni nus ni vêtus. Constatons que cet état est impossible ! Cette préparation vestimentaire du Récipiendaire suggère cet état impossible : le bras et le sein gauches sont découverts ; la jambe et le genou droits sont mis à nu et le pied gauche est déchaussé.

    Pour Jules Boucher, « le cœur est à découvert en signe de sincérité et de franchise ; le genou droit est mis à nu pour marquer les sentiments d’humilité qui doivent être ceux de l’Initié ; le pied gauche est déchaussé en signe de respect ».

    Cette préparation physique du Récipiendaire présente un caractère inhibitif. En effet, le candidat a tout d’abord son attention attirée sur le cœur, considéré comme le siège de l’affectivité. C’est de cette manière qu’il devrait prendre conscience qu’il devra prendre garde aux entraînements sentimentaux auxquels cèdent trop facilement la plupart des hommes.

    Ensuite, son attention est attirée vers son genou droit, celui que l’on pose à terre dans une génuflexion, acte de soumission à quelqu’un. Etant à découvert, le genou devient particulièrement sensible et cela devrait inciter le Récipiendaire à n’accomplir toute génuflexion qu’avec circonspection.

    Enfin, le pied gauche est déchaussé. Au Rite moderne, la marche débute du pied droit, marquant ainsi la prépondérance de la raison sur la sentimentalité. Le pied gauche déchaussé entrave la marche et le Récipiendaire est obligé de s’appuyer solidement sur le pied droit.

    Pour Irène Mainguy, « le Récipiendaire, ainsi présenté ressent physiquement l’état inconfortable de la dualité, du déséquilibre et de la contradiction, particulièrement éprouvé par la claudication de la marche. Cette préparation physique et vestimentaire marque la distinction et le croisement des courants énergétiques de droite et de gauche du corps humain, établissant une symétrie autour des axes perpendiculaires et verticaux qui se croisent près du sein gauche où est localisé le cœur. La droite est considérée comme active et la gauche comme passive. Le candidat prend conscience de l’obstacle que crée tout dysfonctionnement physique, après cette préparation vestimentaire, qui peut faire penser à celle d’un condamné à mort. Cette mise en scène est faite pour l’aider à se dépouiller de son ego, à mourir à lui-même ».

    La pénétration en Loge « ni nu ni vêtu » rappelle la vision décrite par Platon du personnage coupé en deux, chaque partie de lui-même étant à la recherche de l’autre moitié. Mais l’état « ni nu, ni vêtu » du postulant à l’Initiation rappelle aussi l’état du boiteux sous lequel est le plus souvent représenté le forgeron. Cette préparation qui n’a rien d’une brimade, est aussi faite pour faire prendre conscience de l’état d’infirmité spirituelle, d’opposition interne et d’incomplétude dans lequel se trouve toute personne en quête de Lumière, venant frapper à la porte du temple.

    Ainsi, le candidat à l’Initiation, présenté dans l’état d’infirmité du forgeron, dépouillé de ses métaux les plus vils, part à la recherche des métaux les plus nobles, prenant pour maître Tubalcaïn, modèle de la conciliation des oppositions nécessaires et fécondes, lui traçant la voie à suivre.

    Le bandeau

    La préparation du Récipiendaire comporte, en outre, l’usage d’un bandeau, bande de tissu noir dont l’usage le plus commun est de couvrir les yeux de tout Profane lorsqu’il pénètre dans le Temple, avant son Initiation.

    Il est dit au Récipiendaire qu’un bandeau couvre ses yeux afin qu’aucune préoccupation extérieure ne vienne le distraire, qu’il soit entièrement seul et qu’il puisse pénétrer dans les replis de sa conscience. Raoul Berteaux fait remarquer que « si ces termes étaient pris à la lettre, on ne pourrait manquer de remarquer que le Récipiendaire engagé dans un cérémonial inattendu et surprenant pour lui, n’est pas placé dans des conditions favorables à la méditation silencieuse ni au repli sur soi-même ». Il faut donc passer par delà ces termes imagés.

    Ce bandeau empêche le Profane non seulement de voir le Temple, sa décoration et les symboles qui s’y trouvent représentés, mais également d’identifier les Maçons assistant à la Tenue, ce qu’il pourra faire dès qu’il aura été admis dans l’Ordre, au terme de la cérémonie d’Initiation. Certains commentaires rencontrés dans la littérature maçonnique soulignent que l’obscurité créée par le bandeau évoque l’ignorance de l’état profane, alors que la lumière qui éclate lors de la chute du bandeau évoquera la connaissance de l’état initiatique.

    Symboliquement, n’étant pas encore entré dans l’univers maçonnique, le candidat reste plongé dans l’obscurité. Si les yeux bandés protègent de toute curiosité, ils constituent une préparation à la concentration intérieure et rendent davantage réceptif. En effet, à ce stade du contact de l’individu avec la Franc-maçonnerie, le bandeau a surtout pour fonction d’isoler le Profane, d’éviter qu’il ne soit distrait ou impressionné par l’environnement spectaculaire du Temple, et de favoriser sa concentration sur les réponses qu’il aura encore à donner à ceux qui vont l’interpeller.

    La vue supprimée, les autres sens prennent de l’acuité. C’est surtout l’ouïe qui se développe. La Franc-maçonnerie veut ainsi signifier que le profane, s’il ne sait pas voir, écoute trop souvent les bruits du monde et les paroles des autres.

    Jules Boucher souligne que « le symbolisme du bandeau, qui semble si élémentaire, est l’un des plus profonds de toute la Maçonnerie ». Le bandeau est en effet l’un des outils majeurs de la révélation, du passage de l’obscurité à la Lumière maçonnique, de l’appréhension aveugle du monde à une vision claire et pénétrante. Mais pour ce faire, il faut d’abord que le Profane qui va être initié s’en remette à ceux qu’il rejoint par cet acte, qu’il s’abandonne à eux les yeux bandés, en signe d’abnégation et de confiance totale.

    L’initiation commence par un voyage ; l’initiation est un voyage qui se fait les yeux bandés car, d’une part, le candidat Maçon est en recherche : il n’a pas encore vu la Lumière et il est dans les ténèbres de sa quête ; et d’autre part, il doit se détourner du mirage temporel pour regarder vers l’intérieur ; il doit regarder l’intérieur de la tombe de résurrection.

     

    Bibliographie

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 22, 23 et 126

     

    Behaeghel Julien - L’Apprenti maçon et le monde des symboles

    La Maison de Vie, Fuveau, 2000 - Page 53

     

    Béresniak DanielRites et symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome I : « Les Loges bleues » - Editions Detrad, Paris, 1997 - Pages 43 à 46

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d’Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 78 à 80

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Page 39 à 41

     

    Mainguy Irène - La Symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy, Paris, 2001 - Pages 87, 88, 113, 166 et 167

     

    Autre ouvrage cité :

    de Souzenelle AnnickDe l’arbre de vie au schéma corporel ou Le symbolisme du corps humain

    Editions Dangles et Albin Michel, 2000

     

    Le franchissement de la porte basse

    Après lui avoir à nouveau bandé les yeux pour quitter le Cabinet de Réflexion, le candidat est amené au Parvis, avec l’aide du Maître des Cérémonies. Portant une chemise blanche laissant bras et sein gauche découvert, le genou droit nu et le pied gauche nu dans une pantoufle, le candidat est ainsi conduit face à la porte de la Loge.

    Pour se mouvoir, il est à présent entièrement dépendant de celui qui voudra bien ne pas le laisser choir ! Au Rite moderne, c’est soit au parrain du candidat, soit au Maître des Cérémonies que revient le devoir de le mener vers les épreuves qui l’attendent.

    Privé de la vue pour un certain temps, ses autres sens devraient être stimulés davantage car, dès cet instant, il a à éprouver et à entendre. Son regard d’aveugle se tourne vers l’intérieur mais au cours de la cérémonie, il n’a pas vraiment le loisir de regarder en lui-même. Il en aura le souvenir, plus tard.

    Pour pouvoir pénétrer dans la Loge, le Maître des Cérémonies frappe violemment, en profane, sur la porte et fait savoir qu’il demande l’entrée pour un profane « né libre et de bonnes mœurs qui demande à être reçu Franc-maçon ». C’est en effet par trois grands coups que ce dernier obtient l’entrée de la Loge.

    La Porte du Temple est à l’occident, entre les Colonnes J\ et B\.là où le soleil se couche. L’entrée de la Loge est une marche à la rencontre du soleil, vers l’orient. Elle est le lieu de passage entre deux mondes, la limite entre l’enceinte sacrée et le monde profane. Elle signale le passage et invite à la franchir.

    La Porte du Temple est très basse et le passage est difficile. Le Récipiendaire soit se faire tout petit, se laisser pousser et tirer. C’est vivre la naissance. La porte basse est un passage obligé pour le Récipiendaire dûment préparé.

    Ce symbole de la porte a de nombreuses significations. Il est demandé au Profane de franchir une porte qu’il ne voit pas. Franchir cette porte ne se résume pas seulement à un déplacement dans l’espace : cela devient un acte symbolique qui doit être mûrement réfléchi et accompli en parfaite connaissance de cause.

    Placés dans la même situation de simplicité et sur pied d’égalité, tous les Profanes franchissent la porte basse dans la même situation, qu’ils soient notables, riches ou pauvres. Et pour certains Récipiendaires, ce franchissement peut paraître difficile car il implique de se baisser, de s’abaisser, de faire preuve d’humilité. Le Récipiendaire est invité à se courber, à passer en boule comme le fœtus au moment de sa naissance, ce qui justifie l’appellation de « néophyte » (c’est-à-dire « qui devient une nouvelle plante ») après la prestation de serment. Cette position de passage invite à la concentration sur soi, nécessaire à un passage difficile.

    Ce symbole de passage est riche de sens : il permet de passer d’un état à un autre ; il est assimilable, par analogie, aux symboles du pont et de l’échelle qui appartiennent aussi au symbolisme de la construction.

    La porte basse suppose la délimitation volontaire de lieux comme d’espaces différents, du profane au sacré. Elle a une fonction de protection ; elle donne ou interdit l’accès à autre chose, à un autre lieu, une autre connaissance ; ainsi, la porte fermée est une protection du lieu sacré.

    Le postulant accomplit un réel passage d’une vie à l’autre entre la matrice qui l’a porté et le Temple dont il ignore encore tout. Et pour marquer de façon indélébile la difficulté de ce nouvel accouchement, c’est courbé, presque rampant, qu’il passe la porte comme s’il sortait d’une trappe avant de pouvoir, enfin, se relever et retrouver sa stature proprement humaine.

    Cette pratique existait déjà aux premiers temps de la Franc-maçonnerie comme l’attestent certains documents du début du 18ème siècle.

    « Ni nu ni vêtu », le postulant pénètre dans le Temple entre deux états : l’état de nature et l’état social, ni tout à fait l’un, ni l’autre non plus. C’est dans cet appareil qu’il se redresse enfin, vertical entre terre et ciel et dans l’axe d’une Lumière qu’il pressent mais ne découvre pas encore.

    Dans tous les rites initiatiques, il y a, au départ, une intention de changement d’état, actif et conscient, en vue d’un accomplissement de l’être. Bien souvent la porte est gardée par des gardiens du seuil ou des sentinelles qui renforcent son caractère de protecteur. En Franc-maçonnerie, c’est au Couvreur de remplir cette fonction de gardien du seuil de l’espace sacré.

    Franchir une porte donne accès vers autre chose. La Porte du Temple est basse pour indiquer la difficulté de passer du monde profane au monde initiatique. Le sentiment qui domine le monde profane est bien souvent l’orgueil, la soif d’avoir et de pouvoir. Chacun se considérant comme le centre du monde, rapportant tout à son ego, ne jugeant les événements qu’en fonction des répercussions sur sa situation personnelle, voulant plier le monde à ses conceptions étroites et égoïstes, sans se préoccuper du sort de l’humanité. Frapper à la Porte du Temple, franchir la porte basse, c’est un début de prise de conscience de l’état d’ignorance dans lequel on est, et de la nécessité d’un guide.

    Le franchissement de la Porte du Temple maçonnique correspond au passage du domaine profane à celui du domaine sacré. Cette porte qui permet l’accès à un changement d’état fait penser aux portes de la naissance et de la mort, franchissements inéluctables et imposés, alors que celui de l’initiation est choisi librement.

    Le fait de passer la Porte du Temple ne veut pas dire que l’on est initié. Tout le travail reste à faire ! Franchir la porte en sens inverse doit permettre, dans le cadre d’une extériorisation ou d’un engagement extérieur dans la société, de transmettre à bon escient la lumière reçue.

     

    Bibliographie

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 125 et 126

     

    Béresniak Daniel - Rites et symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome I : « Les Loges bleues » - Editions Detrad, Paris, 1997 - Page 49

     

    Mainguy Irène - La Symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy, Paris, 2001 - Pages 111 et 112

     

    Beauchard Jean - La voie de l’Initiation maçonnique

    Editions Véga, Paris, 2004

     

    Les trois voyages et les trois épreuves

    Les trois voyages

    Au premier degré de la Maçonnerie, le rituel prévoit trois voyages. Pour Guy Boisdenghien, « le concept des voyages est une constante des traditions ésotériques. En maçonnerie, ils s’exécutent en trois déplacements dextrogyres autour du Tableau de Loge. Ces circumambulations autour du centre de la Loge, modèle réduit du Cosmos ont pour but d’inciter le postulant à se concentrer sur son propre centre. Aussi le terme « voyage » qui, dans le lexique profane, définit un déplacement vers un lieu assez éloigné acquiert une toute autre dimension de sens dans le vocabulaire initiatique. Le postulant entreprend effectivement un déplacement éloigné, dans la profondeur spirituelle de son en-soi dont il a conscience mais qu’il ne maîtrise pas faute de moyens mis à sa disposition ».

    Le voyage résume à lui seul la vie de l’homme et surtout la pérégrination de l’Initié qui cherche dans le labyrinthe terrestre sa lumière, son centre, son éternité. De tous temps, les pèlerinages ont été associés à la recherche du centre et à la reconstruction du monde. En voyageant, l’être met ses pas dans ceux du Créateur pour recréer avec lui les phases de l’œuvre. L’Initiation est un voyage hors du temps pour se rapprocher du centre de la totalité invisible.

    Pour Irène Mainguy, « les voyages symboliques préfigurent ceux qui seront à faire dans l’univers entier représenté par la loge… Le voyage peut physiquement désigner un déplacement dans l’espace, mais le véritable voyage consiste à se diriger de la périphérie vers le centre de soi-même, pour accéder à son propre cœur et ouvrir son temple intérieur qui est comparable à un saint des saints individuel, en tous points semblable à l’Unique ».

    Dans l’Initiation maçonnique, le Récipiendaire sort d’abord de la terre. Le premier élément est la terre, le domaine souterrain où se développent les germes et les semences. Elle est figurée par le Cabinet de Réflexion où le Récipiendaire a été enfermé. C’est en réalité son premier voyage.

    Les trois purifications et les quatre éléments

    Puis, au cours de trois voyages effectués dans la Loge, il est successivement purifié par l’air, par l’eau et par le feu. Ainsi, il s’affranchit par paliers de la vie matérielle, de la philosophie et de la religion et parvient à l’initiation pure.

    Les rites de purification sont aussi anciens que les systèmes religieux et philosophiques eux-mêmes. Les plus anciens Rituels maçonniques font état de la purification par les quatre éléments,  probable résidu d’une symbolisation totémique du développement de la vie à l’aide et à travers ces entités élémentaires primordiales. En Franc-maçonnerie, les purifications se justifient car le postulant  est remonté de la terre – c’est-à-dire du Cabinet de Réflexion – premier stade de sa renaissance où il a subi une putréfaction de la graine. L’Épreuve de la Terre est un emblème qui signifie la mort du vieil homme, indispensable à la germination de l’homme nouveau. Ainsi, en certaines circonstances, l’impur vient de la terre.

    Les trois voyages dans la Loge s’effectuent par circumambulations successives, allant du bruit des grandes eaux au silence du non – temps. Ces circumambulations symbolisent les métamorphoses de l’être en quête du centre, de l’être qui quitte le monde inconscient pour s’éveiller à son devenir intemporel.

    Le premier voyage dans la Loge est le voyage de l’air. Initié en devenir, le candidat  accepte le souffle créateur. Le souffle est le Verbe et le Verbe est au commencement de toute renaissance. C’est le Verbe qui initie et révèle la lumière. Le souffle est le Verbe créateur qui propulse l’Initié dans les hauteurs aériennes. Le souffle crée l’aile qui emportera l’être dans les sphères du non – temps.

    En recevant le souffle initiatique, le Néophyte devient lui-même souffle qui se mêle au souffle vivifiant de l’univers. Et en devenant souffle, il se libère de la pesanteur pour devenir vide et lumière. L’air est le voyage de l’élévation.

    Le deuxième voyage par circumambulation, c’est le voyage de l’eau ou du baptême, au cours duquel se produit la dissolution de l’être par l’élément liquide afin de naître à une nouvelle forme.

    Mais le souffle n’a de sens que s’il est souffle d’amour et c’est le feu qui fait que le Néophyte se consume pour l’autre, pour les autres, afin que les autres vivent et puissent à leur tour prendre conscience de leur rôle de transmetteur. L’homme transmet le feu d’amour qu’il a reçu par l’Initiation. Cela constitue le dernier voyage dans la Loge : c’est le voyage du feu.

    Le feu est la transmutation de toute matière en lumière. Le feu a une double dimension. Il est à la fois chaleur et lumière : la chaleur dégagée par la transformation – purification et la lumière qui en émane. Cette double réalité du feu en fait l’élément essentiel de la métamorphose de la matière. Le feu inscrit dans le Verbe manifesté est l’amour initiatique du Créateur.

    Les dernières circumambulations rapprochent le Néophyte du centre, symbolisé  par le Tableau de Loge, et lui donnent la force de recevoir la lumière. Car il faut être fort, en effet, pour traverser le miroir du mirage du temps.

    Recevoir le feu, c’est accepter de devenir lumière, donc de brûler pour les autres. Le feu est le commencement d’un nouveau processus, d’une nouvelle vie. Recevoir la lumière équivaut à recevoir la Connaissance, et la Connaissance est amour.

    L’Initiation par le feu est la dernière phase du processus. Il était absolument nécessaire de d’abord mourir dans la terre pour recevoir ensuite le souffle du Verbe puis d’être régénéré dans l’eau, pour enfin brûler en devenant un lumineux. C’est en recevant la Lumière que le Néophyte est devenu un ouvrier du Temple, un morceau du plan. Le feu devient Lumière.

    Pour Julien Behaeghel, l’Apprenti meurt quatre fois dans les éléments de la matière alchimique : la terre, l’air, l’eau et le feu. « Mourir dans les quatre éléments correspond à la métamorphose de notre propre corporéité. Le corps de matière meurt dans l’obscurité de la caverne – Terre, le tombeau de résurrection ; il se dissout dans l’Eau baptismale, l’eau de la nouvelle naissance ; il se spiritualise dans le Feu de la conscience et se verticalise dans l’Air de légèreté. L’horizontale de la Terre – Eau devient la verticale du Feu – Air ».

    La notion des quatre éléments est de toutes les traditions, même les plus anciennes. Prenant en compte la pensée prométhéenne, les physiologues grecs, à la fois philosophes et scientifiques, furent peut-être les premiers à « penser » la condition humaine.

    De Thalès de Milet à Héraclite, le système des Eléments a été élaboré par propositions successives devenant des Principes à l’origine de tous les ordres de la création.

    Les éléments représentent la constitution du monde à tous les niveaux, micro – et macrocosmiques.

    La première problématique de la Franc-maçonnerie est la mise en harmonie de l’individu par rapport au monde. Voilà la raison pour laquelle l’intégration à l’ordre maçonnique utilise ce passage sous forme de voyages successifs.

    Selon Christian Jacq, les quatre éléments, la terre, l’eau, l’air et le feu, correspondaient aux quatre âges du monde et aux quatre qualités fondamentales de l’être humain, le sens matériel, la sensibilité, l’intelligence et la spiritualité.

    Ces purifications étaient accomplies dans toutes les sociétés initiatiques de l’Antiquité. On en retrouve les traces en Egypte, à Byzance, dans les livres gnostiques et dans les religions à mystères.

    Le rituel maçonnique tend à délivrer l’Initié des entraves qu’il connaît sur ces quatre plans et à lui indiquer le meilleur chemin pour développer à quatre niveaux ses potentialités créatrices.

    Lorsque les trois voyages sont terminés, lorsque le candidat a été purifié par les quatre Eléments, le Vénérable Maître invite le Maître des Cérémonies à présenter le Calice d’amertume au candidat.

    Le calice d’amertume

    La signification de ce geste est liée aux difficultés de la voie initiatique. En effet, le Vénérable Maître, qui sollicite le candidat à vider la coupe jusqu’à la lie, précise que ce breuvage, par son amertume, est l’emblème des épreuves inséparables de la vie. La résignation peut en adoucir les effets mais le courage seul peut l’aider à les vaincre.

    Boire à la coupe, c’est s’engager fermement sur le chemin de la connaissance de soi. Boire la coupe jusqu’à la lie, c’est consentir à persévérer jusqu’au bout quelle que soit la nature des épreuves à traverser, et s’engager à triompher de ses ténèbres intérieures.

    Pour Jules Boucher, le candidat devrait boire le contenu de la coupe en trois fois car il prend en considération les trois phases qui caractérisent le breuvage de l’Initié :

    • la première serait comme un liquide insipide, sans saveur, le symbole d la vie du profane en qui l’esprit n’a pas été éveillé ;
    • la deuxième, amère, symboliserait la vie de l’Initié qui est en voie de rechercher et de découvrir. Il est en proie au tourment de la recherche de la connaissance, voulant trouver la lumière et vivement sortir de son enfermement ;
    • la troisième phase serait la vie de l’adepte qui a reçu depuis longtemps la lumière en laquelle il puise, qui lui confère toute sa sérénité, sa paix intérieure et profonde, la quiétude que lui a valu l’Initiation, et le breuvage pourrait alors être comparable à la boisson divine qui confère l’immortalité.

    Tout cherchant dans la voie initiatique doit vider la coupe d’amertume jusqu’au bout, jusqu’à la lie, car tout être authentique est confronté, au fur et à mesure de la progression de sa quête, aux plus dures épreuves. L’absorption préalable du breuvage chargé d’amertume est la meilleure manière de s’y préparer par la connaissance. La coupe est symbole de transition entre le monde profane, d’où vient le Récipiendaire, et le monde des aspirations spirituelles.

    La coupe étant vide, la Loge est à présent prête à satisfaire les vœux du candidat et à récompenser sa persévérance pour autant que ce dernier consente à prendre l’engagement solennel que la Franc-maçonnerie impose à ses membres.

    Pour ne pas laisser l’impétrant prononcer un serment à la légère, le rituel prévoit de lui faire connaître la nature de l’Ordre maçonnique. C’est ainsi que le Récipiendaire apprend que la Franc-maçonnerie est une association initiatique qui, par son enseignement symbolique, élève l’homme spirituellement et moralement, et contribue ainsi au perfectionnement de l’humanité par la pratique d’un idéal de paix, d’amour et de fraternité.

    Avant de prêter serment, le Récipiendaire apprend ce qu’est le signe d’ordre, un geste qu’il aura souvent à faire, signifiant qu’il préférerait avoir la gorge tranchée plutôt que de manquer à sa parole.

    Bibliographie

    Behaeghel Julien - Symboles et initiation maçonnique

    Hiram dans le labyrinthe - Editions du Rocher, Monaco, 2000 - Pages 67 à 77

     

    Behaeghel Julien - L’Apprenti maçon et le monde des symboles

    La Maison de Vie, Fuveau, 2000 - Page 33

     

    Béresniak Daniel - Rites et symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome I :  « Les Loges bleues » - Editions Detrad, Paris, 1997 - Pages 50 à 52

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d’Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Page 83

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999 - Pages 148 à 154

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Page 51

     

    Mainguy Irène - La Symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy,  Paris, 2001 - Pages 115 ; 122 à 127

     

    La prestation de serment

    Le Frère Orateur est invité à donner lecture de l’engagement de l’Apprenti Maçon. Puis le Vénérable Maître précise que ce serment ne contient rien de contraire à l’honneur et que des millions d’hommes l’ont prêté depuis des siècles, sur toute la surface de la terre.

    Ayant eu une dernière fois l’occasion de réfléchir et de confirmer son désir de devenir Franc-maçon, le candidat est conduit par le Maître des Cérémonies devant l’Autel. L’autel des serments est ce petit meuble accolé au plateau du Vénérable Maître, destiné à rassembler les éléments symboliques que sont le Volume de la Loi Sacrée, l’Equerre et le Compas.

    Le Maître des Cérémonies aide le Récipiendaire à placer le genou droit dans le creux de l’Equerre représentée sur un coussin, à placer le genou gauche en équerre, le pied à terre, à poser la main droite sur les Trois Grandes Lumières tandis que de sa main gauche, il tient un compas ouvert à 90 degrés, une pointe sur le cœur et l’autre tournée vers le Zénith.

    C’est dans cette position que le Récipiendaire est alors invité à répéter le serment, membre de phrase par membre de phrase.

    Remarquons que le Récipiendaire prononce son premier serment avant même que la Lumière lui soit donnée ! Par ce serment le Profane s’engage à respecter les lois et règlements de l’Ordre, tout en restant fidèle à ceux de sa patrie comme de sa propre conscience. Le serment est prononcé sur les trois grandes lumières symboliques de la Loge. Trois lumières, c’est-à-dire trois pôles de connaissance qui sont indissociables et confondus dans une seule source. Elles sont signifiées par deux outils posés sur un livre. Cet ensemble de trois symboles associés affirme le fondement et le sens de la Franc-maçonnerie : la matière, la pensée, l’esprit.

    Au temps des anciens maçons opératifs, il s’agissait par contre de trois outils représentant la quintessence de leur éthique professionnelle : une équerre pour contrôler l’angle de la pierre taillée, un compas pour circonscrire et tracer le cercle, symbole de l’infini et de la pensée ouverte, et en troisième lieu, une règle symbolisant la loi commune qui régit aussi bien le monde des réalisations palpables que le domaine de l’esprit.

    De nos jours, la règle de la Loi sacrée est représentée par le « Livre » ouvert au Prologue de l’Évangile de saint Jean : le Verbe créateur, la Lumière, la Vie.

    Les Trois Grandes Lumières

    Les Francs-maçons travaillent dans une loge où la lumière est présente sous différentes formes et sous différents noms. Ce symbole est particulièrement mis en valeur sous la forme des « Trois Grandes Lumières » dont l’identification est fondamentale pour bien préciser la nature de la quête initiatique.

    Le Volume ou le Livre de la Loi Sacrée occupe une place éminente dans la spiritualité initiatique de notre Ordre. D’abord il forme avec les outils du métier que sont l’Equerre et le Compas, les « Trois Grandes Lumières » disposées sur l’autel des loges et c’est en contractant ses Obligations sur ces « Trois Grandes Lumières » que le Profane est reçu Franc-maçon.

    Sous l'influence prédominante de l'idée chrétienne en Occident, nos aînés ont cru devoir choisir la Bible pour perpétuer au sein de la Maçonnerie le souvenir d'un enseignement que l'on pourrait synthétiser comme ceci : L'homme est un pont et non un but. Il est un passage et un déclin : le maillon d'une chaîne infinie.

    Pour les Anglo-Saxons, c'est la Bible qui doit se trouver ouverte sur l'autel. Si cette règle n'était pas observée, l'obédience réfractaire serait déclarée « irrégulière ». En imposant la Bible, les Anglo-Saxons précisent bien qu'il s'agit de l'Ancien Testament. Mais dans certaines loges, la Bible est ouverte au Prologue de Jean, à la première page de l'Evangile de Jean, qualifié souvent d' « Évangile de l'Esprit ». L'Évangile de Jean, et tout particulièrement les cinq premiers versets du Prologue, rappellent l’œuvre du Verbe « existentiateur » : « Tout fut par lui, et rien de ce qui fut ne fut sans lui » (Jean 1-3). Ce rappel est essentiel, puisque nous cherchons à œuvrer sous l’inspiration de cette Sagesse qui était auprès de Dieu comme Architecte, comme le dit le Livre des Proverbes.

    La Bible en soi, en tant qu'accessoire rituel, ne se prête à aucune interprétation. Sa présence dans l'atelier ne se justifie que par le désir de ne pas laisser s'estomper l'annonce par Saint Jean de l'approche de la Lumière.

    Le Livre ou le Volume de la Loi Sacrée contient la Loi Morale dont les deux colonnes sont la justice et l’amour, loi morale qui donne son sens à l’action de l’Equerre, symbole de l’intelligence éclairant l’esprit. Inversement, parce que les relations Équerre – Compas – Livre ne sont pas à sens unique, le Compas en éclairant l’esprit par l’intelligence, permet une lecture symbolique de la Loi Morale contenue dans le Livre, où la lettre est elle-même un pont pour l’esprit.

    C'est parce que le Volume de la Sainte Loi symbolise la loi elle-même qu'elle figure sur l'Autel. Etant la Loi, il est normal qu'elle occupe une position « centrale » pendant les Tenues.

    Nous utilisons l'expression « Volume de la Loi Sacrée » mais c'est bien un livre qui se trouve sur l'autel. Le mot « Volume » veut dire « rouleau ». C'est une référence à des rouleaux traditionnels, une référence aux rouleaux de la Bible chrétienne qui ont été précédés par les rouleaux de la Loi juive. Ces rouleaux étaient un support fait de parchemin spécialement  traité : l'objet le plus saint des objets du culte pour les Juifs, un objet qu'on ne touche jamais avec les mains nues.

    De la première à la dernière lettre, son contenu c'est la Parole divine. C'est le Sepher Torah, le Livre de la Loi où est inscrit le « plan du monde, le code génétique de la création ». Ce contenu, c'est la Loi.

    Mais qu'est-ce que la Loi ?

    Le mot « Loi » correspond à bien des termes bibliques, qu'ils soient hébreux ou grecs. Il peut s'agir des principes de la nature qui émanent du Créateur ou des règles imposées aux hommes. Toutes ces lois sont l'expression d'une seule Loi, qui est la volonté divine transmise par l'écriture, « la parole divine qui gît dans le cœur de l'homme ».

    La Bible porte donc en loge le nom de « Volume de la Sainte Loi » ou « Volume de la Loi Sacrée ». Avec l’Equerre et le Compas, elle est la première de ce que l’on nomme les « Trois Grandes Lumières » de la Maçonnerie universelle.

    Lors de l’Ouverture des Travaux, à chaque Tenue, le Vénérable Maître se place devant l’autel pour y disposer correctement les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie.

    Il ouvre le Volume de la Loi Sacrée au Prologue de Saint Jean et y dépose l’Equerre et le Compas qui peuvent être placés de trois façons différentes mais le Compas est toujours ouvert à 45°. Ces dispositions évoquent un progrès moral ou une hiérarchie de valeurs. Elles constituent en quelque sorte des sigles distinctifs de chacun des trois degrés et procèdent de l’allégorie.

    La Bible couverte de l’Equerre et du Compas juxtaposés nous offrent un modèle symbolique universel. Dans ce modèle binaire, l’Equerre est associée à la partie matérielle du Cosmos, c’est-à-dire pour nous la Terre, tandis que le Compas est associé au cercle, aux Cieux, à l’Esprit. L’Équerre est donc l’emblème de l’homme et le Compas celui du Grand Architecte de l’Univers.

    « Que la Vraie Lumière éclaire cette loge ! », dit le Vénérable Maître. Quelle est cette « Vraie Lumière » sinon celle que le démiurge crée, dans la Genèse, avant les deux luminaires du jour et de la nuit ? Il ne s’agit pas ici de la lumière du soleil car le Maçon reçoit sa lumière du centre symbolisé par l’œil du Grand Architecte.

    Les Trois Grandes Lumières représentent la triade maçonnique, expression de la trinité une du Grand Architecte de l’Univers. Le Grand Architecte est trois dans ses outils : compas, équerre et verbe (le Volume de la Loi sacrée). Il est trois dans ses luminaires : soleil, lune et étoile. Il est aussi trois dans les trois principaux acteurs de la loge : le Vénérable Maître et les deux Surveillants. Enfin il est trois dans les candélabres qui entourent le Tableau de Loge. Ainsi, les Trois Grandes Lumières sont la manifestation cosmogonique du Grand Architecte de l’Univers sous la forme de la Parole, du Compas et de l’Equerre.

    Les Trois Grandes Lumières sont créatrices comme le Verbe du commencement, ce Verbe qui éclaire, ce Verbe qui est la parole perdue de certains rituels. Et si nous l’avons perdue, c’est la conséquence de notre chute dans le temps, chute qui a entraîné notre aveuglement.

    Cette « Vraie Lumière » est celle qui donne la vie à tous ceux qui la reçoivent. « Recevoir la Lumière », c’est recevoir le Verbe et sa volonté d’amour.

    La prestation de serment

    En Franc-maçonnerie, le serment consiste en une promesse solennelle faite par le Néophyte qui s’engage à garder les secrets de la Maçonnerie et à se conformer en toutes choses aux règlements de l’Ordre, conformes aux lois en vigueur dans le pays.

    Le serment est empreint d’un caractère solennel, de la gravité d’un pacte, du sérieux extrême de l’engagement indissoluble entre celui qui le prête et celui qui le reçoit. Ce serment initiatique a aussi un caractère antique et sacré. Il est prononcé de la libre volonté du Récipiendaire, sans contrainte et devant une assemblée de Maçons témoins qui vont devenir ses Frères et en présence du principe de l’Ordre.

    Ce serment spécifique se décompose en trois parties : une invocation, une promesse, une imprécation. Dans notre obédience, l’invocation est faite au Grand Architecte de l’Univers. La promesse constitue l’objet même de l’engagement maçonnique. Elle est symbolisée par la main droite sur l’Equerre.

    Ce geste signifie que le Néophyte s’engage de façon totale, sans restriction, avec rectitude, comme une pierre posée sur l’équerre qui doit soutenir l’édifice à venir. Enfin, l’imprécation est la menace d’un recours à la force du châtiment encouru, en cas de parjure.

     

    Bibliographie

    Behaeghel Julien - Symboles et initiation maçonnique

    Hiram dans le labyrinthe - Editions du Rocher, Monaco, 2000 - Pages 59 à 66

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999 - Pages 155 à 158

     

    Mainguy Irène - La Symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy,  Paris, 2001 - Page 117 à  121

     

    Recevoir la Lumière

    Le bandeau symbolise l’incapacité de « voir » des profanes ; l’ôter, une fois les épreuves d’Initiation accomplies, c’est donner au nouvel Initié la possibilité de sortir du labyrinthe obscur de l’incompréhension pour se réaliser dans la lumière de la révélation.

    A présent que le candidat a prêté serment, toutes les conditions sont remplies pour lui accorder ce à quoi il aspire : la Lumière.

    La demande de la Lumière est sollicitée par trois fois : d’abord par l’Orateur, ensuite par chacun des deux Surveillants. Au troisième coup de maillet du Vénérable Maître, la Lumière est enfin donnée au Récipiendaire. Le Maître des Cérémonies ôte le bandeau.  Le Récipiendaire « reçoit la Lumière » tandis que tous les Frères « font leur devoir ».

    A ce moment troublant, le bandeau tombe et le Néophyte voit ses Frères, debout et à l’ordre, pointer sur lui leurs épées, signifiant ainsi que tous les Maçons voleront à son secours, dans toutes les circonstances, pour autant qu’il respecte scrupuleusement les lois de l’Ordre. Mais ils lui annoncent également qu’il ne trouvera parmi les Maçons que des vengeurs de la Maçonnerie et de la Vertu, toujours prêts à punir le parjure s’il s’en rendait coupable.

     

    Bibliographie

    Béresniak Daniel - Rites et symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome I : « Les Loges bleues » - Editions Detrad, Paris, 1997 - Page 56

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 39 à 41

     

    Mainguy Irène - La Symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy,  Paris, 2001 - Pages 106, 107 à 109

     

    L’investiture

    Lorsqu’il a reçu la Lumière, le candidat est invité à s’avancer une nouvelle fois vers l’Orient en effectuant les trois pas de l’Apprenti. Le Vénérable Maître décrit la manière de les effectuer, telle qu’elle est décrite dans le rituel. Le Maître des Cérémonies montre l’exemple et invite le candidat à l’imiter. Le symbolisme de ces trois pas, de cette marche de l’Apprenti est décrit dans le chapitre suivant. Le candidat est ensuite à nouveau conduit devant l’autel pour son investiture.

    « L’investiture, nous dit Raoul Berteaux, est une création : le Vénérable Maître crée un homme nouveau, qui de Récipiendaire devient Néophyte. Il consacre cette mutation et reçoit le Néophyte dans la communauté ».

    Les deux Surveillants viennent assister le Vénérable Maître pour cette investiture. Les Surveillants joignent leurs glaives à l’Épée Flamboyante du Vénérable Maître en formant un triangle dans un plan horizontal.

    Le Vénérable Maître prononce alors les paroles : « Je te crée, je te consacre et je te reçois Apprenti-Maçon ». Le nombre de l’Apprenti étant trois, le Vénérable Maître ne doit normalement frapper qu’un seul coup à l’aide de son maillet sur la lame de chaque glaive. Puis il précise le nom de la Loge dans laquelle l’Apprenti travaillera désormais, c’est-à-dire celle où il vient d’être admis.

     

    Bibliographie

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d’Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 83 à 85

     

    Les trois pas de l’Apprenti

    De même qu’il possède ses attributs, sa batterie ou ses signes de reconnaissance, tout grade maçonnique a sa « marche ». Celle-ci consiste en un certain nombre de pas et sert essentiellement à pénétrer dans le Temple de manière rituelle.

    Le pas est par essence ce qui définit la marche d’un individu. Or, on sait que chaque élément du comportement d’un Franc-maçon en loge a son importance symbolique. C’est pourquoi un nombre précis de pas correspond à chaque grade et doit être effectué lors de l’entrée dans le Temple. C’est également le moyen de vérifier que celui qui pénètre dans le lieu sacré dédié à la Franc-maçonnerie est bien habilité à être présent dans cette assemblée.

    Chaque degré de la Maçonnerie symbolique se caractérise par une marche différente que l’on évoque par l’expression « faire les pas » et qui s’avère obligatoire lors de l’entrée individuelle en loge. La marche, accompagnée des signes spéciaux à chaque degré, est obligatoire pour tous les Maçons qui pénètrent dans une Loge lorsque les Travaux sont ouverts.

    Le pas constitue le mouvement de base. Il ne s’opère pas identiquement pour tous les rites. Ainsi, on entre :

    • du pied gauche au Rite Écossais Rectifié, au Rite Écossais Ancien Accepté,
    • du pied droit au Rite français moderne, au Rite belge moderne, au Rite Émulation.

    Faire les pas, c’est mettre les deux pieds en équerre, avancer d’un pas, se remettre en équerre. Tout Maçon pénétrant dans le Temple après l’Ouverture des Travaux doit marcher rituellement. A chaque pas, le second pied vient rejoindre le pied placé en avant, en équerre.

    La gestuelle typique

    1. Dans un premier temps, le Frère place, le plus souvent, ses pieds en équerre.
    2. Dans un second temps, il se met à l’ordre.
    3. Au troisième temps, il effectue les pas du grade.
    4. Au quatrième temps, il fait le signe d’ordre ou salut et se remet au signe de fidélité.

    La marche de trois pas est celle de l’Apprenti. Placée comme d’autres symboles du Premier degré sous le règne du nombre trois, la marche d’Apprenti se pratique en réalité peu souvent. Accompagnée du Signe d’Ordre, elle a seulement lieu lorsqu’un Frère arrive très tard en cours de Tenue ou bien lors de l’introduction rituelle d’une délégation de visiteurs ou de dignitaires. Elle est toujours remémorée au cours de la cérémonie de l’Initiation d’un profane.

    Pour Guy Boisdenghien, « la marche consiste à effectuer trois pas en avant, les pieds en équerre, dirigés vers l’Orient. Geste ternaire de jambes, la marche symbolise l’avancée de l’Apprenti sur le chemin de l’initiation. Le premier pas est un essai en tant qu’image de l’ignorance native. Le deuxième pas permet de prendre conscience de la nécessaire prudence que nous devons toujours garder à l’esprit en raison de l’imperfection du langage. Le troisième pas est celui de l’attention. Ainsi, tous les sens sont tendus vers la compréhension de l’instruction initiatique ».

    Pour Gilbert Alban, les trois pas doivent être assez petits, égaux et surtout glissés et prudents afin de bien rappeler la marche intérieure du Néophyte quand il pénètre pour la première fois dans les ténèbres de son moi. Cependant ces pas hésitants ne sauraient être exagérés à cause de la volonté et du courage requis de l’Apprenti pour dégrossir sa Pierre.

    Pour Jules Boucher, la marche de l’Apprenti est rectiligne et se fait à l’aide de l’Equerre parce qu’il a été mis dans la « voie droite », parce qu’il a été « initié ». Sa marche lui rappelle les difficultés qu’il va rencontrer et la nécessité où il se trouve de ne pas s’écarter de son chemin.

    La marche ne s’est pas introduite dans notre rituel par hasard. Il ne s’agit pas d’une invention ni un symbole construit de toutes pièces à la faveur de l’heureuse inspiration d’un esprit familiarisé avec les abstractions ! En effet, la marche et ses trois étapes semblent correspondre, comme rythme et signification, avec les trois premiers signes du zodiaque qui sont, faut-il le rappeler, le Bélier, le Taureau et les Gémeaux et qui répondent aux mois de mars, avril, mai et juin, c’est-à-dire au printemps, et sont en concordance avec l’année maçonnique qui commence le premier jour de mars !

    L’astrologie nous apprend que le Bélier est sous l’influence de la planète Mars et évoque par conséquent l’idée de lutte qui est confirmée par le renouveau solaire. Le Taureau, qui inspire le second pas, exprime le travail persévérant et désintéressé. Quant aux Gémeaux, qui sont sous l’influence planétaire de Mercure, ils sont considérés comme le signe de la fraternité.

    Faut-il accepter ou rejeter ce symbolisme astrologique sur lequel Edouard  Plantagenet s’étend complaisamment ? Il nous est loisible de l’accepter dans la mesure où tous les symbolismes vrais se recoupent et se vérifient l’un l’autre.

    De plus, si l’on s’en rapporte aux Eléments, le Bélier est signe de FEU, le Taureau signe de TERRE et les Gémeaux signe d’AIR. Le premier pas indiquerait alors l’ardeur, le second la concentration et le troisième l’intelligence.

     

    Bibliographie

    Alban Gilbert - Guide de l’Apprenti

    Editions Detrad, Paris, 1996 - Pages 231 et 232

     

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Page 121

     

    Boisdenghien Guy - La Vocation Initiatique de la Franc-maçonnerie

    Sentiers de la Tradition - Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999 - Pages 100 et 101

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 314 à 321

     

    Chauvet Dr - Esotérisme de la Genèse

    Tome 1er, 1946 - Page 148

     

    Ferré Jean  - Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 170 à 172

     

    Guigue Christian - La formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1995 - Pages 147 à 149 ; 206 ; 225 et 226

     

    Négrier Patrick - Les symboles maçonniques d’après leurs sources

    Editions Télètes, Paris, 1998 - Pages 108 et 109

     

    Pérau Gabriel-Louis Abbé - Le secret des Francs-maçons

    Editions Slatkine, Genève, 1980

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome 3 : « Le Maître » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 38, 85, 93, 169, 170

     

    Le Tablier, les Gants et le Bijou

    Aussitôt l’investiture terminée, le Maître des Cérémonies reconduit le nouvel Apprenti sur le parvis afin qu’il puisse paraître en loge vêtu d’une manière adéquate. Cela étant exécuté, le Maître des Cérémonies ramène le Néophyte à la Porte de la Loge.

    Dès que l’entrée de la Loge lui est accordée, ce dernier s’avance par les trois pas de l’Apprenti puis est conduit au Sud-Est, entre la place de l’Expert et celle du Secrétaire.

    Il apprend que le symbolisme de la Franc-maçonnerie représente l’Apprenti-Maçon sous la forme de la Pierre brute qui doit être équarrie à l’aide du Ciseau et du Maillet. C’est la raison pour laquelle l’Apprenti se voit remettre un tablier qui lui rappellera son obligation de travailler sans cesse à son propre perfectionnement.

    Le Tablier

    Les anciennes instructions expliquent que le tablier est la marque distinctive du Maçon. En effet, nul Frère ne peut pénétrer en Loge sans porter ce vêtement rituel qui varie de forme et de couleur selon les grades. C’est lui qui traduit de manière visible sa qualité d’Initié et situe sa place dans la hiérarchie et dans la Loge où, selon son grade, il participe à l’édification du temple. Mais le port du tablier efface aussi les différences sociales. Quelle que soient leur origine ou leur degré de fortune, les Apprentis portent tous le même tablier de peau blanche, un tablier dont ils se sont engagés à préserver la pureté, tant par leurs paroles que par leurs actes.

    Pour Jules Boucher, « exotériquement, le Tablier symbolise le travail constant auquel le Maçon doit se livrer, mais il est évident qu’il ne faut pas s’en tenir à cette signification. La bavette relevée du Tablier d’Apprenti protège l’épigastre qui est lié au plexus solaire lequel correspond au chakra ombilical dont dépendent nettement les sentiments et les émotions contre lesquels l’Apprenti doit se protéger afin d’atteindre à la sérénité d’esprit qui fera de lui un initié réel ».

    En peau d’agneau, d’une blancheur éclatante, il symbolise la pureté, la pureté des intentions, l’état de virginité virtuellement retrouvé par le Néophyte. Mais cette pureté ne correspond pas seulement à une rectitude morale et un comportement impeccable de la part de l’Apprenti. Il s’agit davantage d’une pureté mythique et rituelle qui trouvera son interprétation au grade de Maître.

    Grâce à ce tablier, l’Apprenti retrouve, à chaque Tenue, une nouvelle pureté. Il se délivre des oripeaux du vieil homme pour adopter une tenue rituelle qu’ont toujours revêtue les bâtisseurs de temple depuis des millénaires. Ce symbole de la Franc-maçonnerie spéculative est donc particulièrement important car il est un rappel de sa lointaine filiation opérative. Ce simple vêtement relie ainsi l’Apprenti aux initiés d’hier et à ceux de demain qui, comme lui, l’utiliseront pour signifier leur appartenance à une Loge. Le port du tablier marque ainsi la nécessité d’unir la voie opérative à la voie spéculative, la main à l’esprit ; il fortifie son désir de participer au travail communautaire et lui donne une identité initiatique.

    Porter un tablier comme l’artisan, c’est se définir comme un artisan. C’est donc intégrer son état d’esprit, son approche de la réalité. Le Maçon travaille les idées et les symboles à la manière de l’artisan : il regarde chaque idée, chaque symbole, avec attention.

    Le rôle du tablier est de protéger le Maçon durant le travail. Il lui évite d’être blessé par les éclats qui se détachent de la pierre brute. Ces éclats doivent symboliquement être considérés comme ses imperfections, ses vices et ses passions. Le tablier participe à tout le cycle du Travail maçonnique. Il constitue une preuve évidente de l’engagement du Maçon et de la consécration qui en a été la réponse. Autrement dit, porter le modeste tablier de peau blanche implique que le Franc-maçon est pleinement conscient de tous ses devoirs.

    Le jeune Apprenti apprend qu’à son grade, la bavette du tablier doit être portée relevée, comme il convient pour travailler la pierre brute. En tant qu’Apprenti-Maçon, il devra le porter à chaque Tenue. Insigne et vêtement de travail de l’Apprenti-Maçon, ce tablier lui donne accès au chantier du Grand Œuvre de la Franc-maçonnerie.

    A la fois un moyen de protection, évoquant ainsi une fonction passive, et un signe de travail, évoquant une fonction active, le tablier présente trois éléments qui méritent d’être analysés pour en percevoir le sens : sa couleur, sa matière et sa forme.

    Le tablier de l’Apprenti doit être uniformément blanc et sans tache. Cette couleur est considérée comme emblème d’innocence et de pureté. Le blanc synthétise toutes les couleurs. Il a la propriété de diffuser la totalité du flux lumineux qu’il reçoit de la source, dans toute l’étendue du spectre visible.

    Le tablier de l’Apprenti doit être en peau d’agneau. Outre qu’il réactualise symboliquement le vaste tablier de cuir des ouvriers de certains métiers, il rappelle aussi que la peau a toujours été considérée comme un matériau protecteur, un isolant efficace contre certaines influences se rapportant au domaine des forces intérieures. Par le port du tablier, il s’agit donc de mettre à l’abri une région du corps pour orienter son efficience vers d’autres domaines.

    En Loge, le tablier protège et met à couvert une région du corps qui n’a pas à participer au Travail maçonnique. Pour Irène Mainguy, « cette région du corps où siègent et s’animent les passions étant circonscrites symboliquement par le port du tablier, les Travaux en loge pourront se dérouler avec d’autant plus de sérénité et de profit qu’ils ne subiront pas les interférences nuisibles inhérentes aux agitations passionnelles. Elle doit être subordonnée et éclairée par l’intelligence spirituelle qui seule, doit participer à la construction du temple. Toutes les passions profanes, tous les appétits grossiers doivent être exclus progressivement du travail de chacun ».

    Quand l’Apprenti noue la ceinture de son tablier, il « s’équipe » symboliquement d’une puissance indispensable pour travailler sur le chantier, et cette force de nature spirituelle lui permet de demeurer en rectitude pour façonner les pierres qui s’intégreront dans la construction du temple.

    En ce qui concerne sa forme, constatons que le tablier de l’Apprenti a cinq côtés, bavette relevée, qui peuvent être mis en relations avec les cinq sens. La partie inférieure, quadrangulaire, est le symbole de « la materia prima ». La partie supérieure, la bavette relevée, triangulaire, est le symbole du Principe spirituel.

    Ces deux parties sont juxtaposées, délimitant ainsi la zone d'activité de l'influence spirituelle. Ces deux figures géométriques rappellent le quaternaire de la matière surmontée du ternaire de l’esprit, représentant lui le sommet de la conscience humaine.

    Les Gants

    En même temps que le Tablier, la Loge offre à l’Apprenti deux paires de gants : la première, il la met immédiatement ; la seconde est destinée à la femme qu’il estime le plus.

    Les gants blancs doivent servir lors de toutes les Tenues. Ces gants suggèrent que les mains d’un Franc-maçon doivent rester pures de tout acte blâmable, et que sa conscience s’efforcera de proscrire tous sentiments vils.

    En Maçonnerie, les gants blancs sont un symbole mais aussi un objet rituel. Reçus le jour de l’Initiation, ils rappelleront les engagements solennellement prêtés.

    Les gants marquent avant tout la pureté rituelle exigée par tout travail rituel. Ils sont portés parce que les mains qui auront à manier les symboles sacrés ne peuvent être celles qui manient les objets profanes dans la vie quotidienne : le sacré doit être préservé de toute profanation.

    Jules Boucher, observant qu’un magnétisme réel émane de l’extrémité des doigts, estime que « les mains gantées de blanc ne  peuvent laisser filtrer qu’un magnétisme transformé et bénéfique. D’une assemblée de Maçons, où tous sont gantés de blanc, se dégage une ambiance très particulière, une impression d’apaisement, de sérénité, de quiétude… ».

    Les gants blancs sont portés pendant toute la durée des Travaux en Loge, à l’exception des moments consacrés à la Chaîne d’union, où toutes les mains des assistants s’uniront ; elles seront alors dénudées pour favoriser la circulation des subtiles énergies chargées de fraternelles intentions cordiales.

    Les gants peuvent être considérés comme le complément indispensable du tablier dans la Tenue maçonnique. Tous deux ont la même signification et suggèrent les exigences de la purification. On peut considérer que le tablier se réfère au cœur pur et les gants aux mains propres. Tous deux sont liés à la purification et à la régénération psychique. Cette exigence de purification, qui fut symbolisée de tout temps par les ablutions qui précédaient les anciennes initiations aux mystères sacrés, demeure toujours d’actualité au 21e siècle.

    La réception et l’enseignement du tablier en peau d’agneau ou en cuir blanc avec les gants blancs, sensibilisent le Franc-maçon dans son cheminement, et demeurent gravés dans sa mémoire comme les premiers symboles qui lui sont expliqués.

    Sorte de rite d’investiture également, la remise du tablier et des gants constitue pour le nouvel Apprenti, les insignes distinctifs de son engagement dans le métier.

    Le tablier et les gants sont appelés décors. Ils sont en réalité les véritables insignes maçonniques du travail.

    Le Bijou de la Loge

    Le nouvel Apprenti se voit aussi remettre le bijou de la Loge, bijou qu’il devra porter à chaque Tenue, tout comme son tablier et ses gants blancs, mais également lorsqu’il se mettra à visiter d’autres Loges.

    Le bijou est une médaille comportant parfois le nom de la Loge. La devise de la Loge peut également y être indiquée. Un ou plusieurs symboles maçonniques en rapport direct avec la Loge peuvent aussi y figurer.

    Un ruban de couleurs supporte la médaille et complète ce bijou.

    La Constitution et les règlements

    Ensuite le jeune Apprenti reçoit le texte de la Constitution de l’obédience, le règlement général de celle-ci ainsi que le règlement particulier de la Loge.

     

    Bibliographie

    Béresniak Daniel - Rites et symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome I : « Les Loges bleues » - Editions Detrad, Paris, 1997 - Pages  56 et 58

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d’Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 85 à 88

     

    Dangle Pierre - La Franc-maçonnerie initiatique

    Le livre de l’Apprenti - La Maison de Vie, Fuveau, 1999 - Pages 83 à 85

     

    Mainguy Irène - La Symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy,  Paris, 2001 - Pages 90 à 92 ; 94 à 96

     

    La communication des signes, de l’attouchement et des mots

    Dès que le Récipiendaire a été créé, consacré et reçu Apprenti Maçon, le Vénérable Maître assisté de l’Expert, l’instruit, afin qu’il puisse se faire reconnaître par les signes, paroles, et attouchements spécifiques de son grade.

    C’est ainsi que le Néophyte découvre que les Maçons ont des mots, des signes et des attouchements pour se reconnaître entre eux.

    La mise à l’ordre

    Pour la mise à l’ordre, l’Apprenti porte la main droite à la gorge de manière à ce que la base du cou se trouve entre le pouce et l’index, le pouce en équerre. Le Frère Expert, qui assiste le Vénérable Maître, exécute au fur et à mesure les indications données, sous l’œil attentif du Néophyte.

    Un geste comme celui de la mise à l’ordre n’est pas subordonné à la production d’un résultat extérieur et matériel. Son objectif est de faire signe : un Maçon est à l’ordre d’abord extérieurement, puis, progressivement intérieurement.

    « Ordre » se traduit en grec par « kosmos ». La cosmologie est la science des lois de l’univers. Si on admet que le microcosme est le reflet du macrocosme, la vie intérieure de chacun est une partie intégrante de l’univers ; dès lors tout Maçon qui se met consciemment à l’ordre, en vivant sincèrement son initiation, s’intègre peu à peu au cosmos en s’unissant à lui, dans l’intimité de son unité absolue.

    Au cours de l’existence, chacun est amené à accomplir un nombre considérable de gestes ou d’actes. Dans le rituel maçonnique, aucun des gestes effectués n’est anodin, tous engagent l’être sur tous les plans.

    Le signe d’ordre

    Pour faire le signe, tandis que le bras gauche est pendant, on tire la main horizontalement vers la droite, les quatre doigts joints, le pouce écarté formant équerre. Puis on laisse tomber la main droite perpendiculairement le long du corps, ce qui reproduit Équerre, Niveau et Perpendiculaire.

    Ce signe d’ordre couvre le signe pénal et nous rappelle de manière continuelle le châtiment contenu dans le serment prêté et l’engagement que nous avons pris. Il signifie que nous préférerions avoir la gorge tranchée plutôt que de révéler nos mystères.

    Ce signe sépare la tête du reste du corps, l’intellect de l’affectif. La main est posée sur la gorge soulignant cette fonction vitale de canal du souffle dans l’inspir et dans l’expir, mais aussi le siège d’expression de la parole. Par ce signe d’ordre, l’Apprenti est mis en garde contre son mauvais usage et est invité à un silence probatoire, car c’est dans le silence, par l’écoute et la méditation qu’il pourra régénérer et affermir progressivement sa parole en expression de vérité.

    Le signe d’ordre se fait uniquement debout, lors d’une prise de parole ou lors du déroulement du rituel, mais jamais en position assise. Ce signe est encore effectué pour ponctuer les Ouvertures et clôtures de Travaux. Il touche un centre subtil de l’être. La répétition de ce signe rituel imprègne progressivement le physique et le mental du Maçon assidu.

    Bien accompli, le signe d’ordre favorise l’éveil de la conscience et favorise la concentration nécessaire à tout travail d’ordre intérieur. L’efficacité du geste et du rite peut être mesurée à l’attention qui lui est donnée dans son accomplissement et par l’excellence de sa bonne exécution.

    Le signe de fidélité

    Les Maçons connaissent un autre Signe qui se nomme Signe de Fidélité. Il se fait en plaçant la main droite sur le cœur, les cinq doigts joints, le pouce étant aligné sur les autres doigts.

    Tous les déplacements dans la Loge se font au signe de fidélité.

    L’attouchement

    Il est probable que l’usage de l’attouchement comme signe de reconnaissance, est à relier avec la pratique du « topage » dans le compagnonnage. Il est défini comme un ancien usage compagnonnique permettant de savoir si un compagnon rencontré fait partie du même devoir et du même corps de métier. Les deux compagnons s’assuraient ainsi de leur identité par un jeu de questions et réponses.

    Au grade d’Apprenti, l’attouchement se fait en se prenant mutuellement la main droite de manière que les quatre doigts de l’un soient dans la paume de l’autre. Pour se reconnaître, on pose alors l’extrémité du pouce, en le pliant, sur la phalange de l’index de l’autre et l’on exerce des pressions avec le pouce : deux précipitées et une troisième bien séparée. L’Expert fait ce signe de reconnaissance au jeune Apprenti qui doit lui répondre de la même manière.

    Le mot sacré

    L’Apprenti apprend ensuite qu’il existe un mot sacré qui ne peut jamais être prononcé mais seulement épelé. Il en découvre la première lettre sur la colonne du Septentrion : c’est la lettre J, qui débute le mot « JAKIN » qui se traduit généralement par « Qu’il établisse ! », c’est-à-dire « Que le Grand Architecte de l’Univers établisse ! ». Le mot sacré de l’Apprenti se rapporte en effet au nom donné dans la Bible à l’une des deux colonnes qui étaient situées à l’entrée principale du temple de Salomon.

    Le Vénérable Maître lui enseigne comment réagir lorsque ce mot sacré lui sera demandé. Il devra répondre qu’il ne sait ni lire ni écrire mais seulement épeler. Il demandera que son interlocuteur lui fournisse la première lettre et il lui répondra en lui donnant la suivante et ainsi de suite. On constate ainsi que l’Apprenti n’énonce que les voyelles A et I, tandis que le Maître qui l’interroge énonce les consonnes J, K et N.

    Ce qui est significatif, c’est l’enseignement qui consiste en la manière d’épeler lettre par lettre le nom de cette colonne. Si le mot sacré ne se prononce pas, c’est qu’il fait allusion à ce qui est inexprimable et ne se prête à aucun exposé systématique ou doctrinal. Ainsi, l’Apprenti est mis sur le chemin, pour faire l’effort de penser et de le trouver en lui, selon la théorie platonicienne de la réminiscence où tout est en soi. On le retrouve dès qu’on se met à l’écoute.

    Les termes d’épeler, lire et écrire font appel à la science des lettres et à l’art de mémoire.  Cette parole est communiquée par bribes, lettre après lettre qui, ajoutées les unes aux autres et assemblées, à l’aide d’un guide, donnent la méthode initiale pour assembler ce qui est épars. C’est la première phase de l’apprentissage. La Genèse est liée à la manifestation du verbe créateur. Apprendre à lire et à écrire, sur un plan initiatique, consiste à retrouver la trace du Principe dans les phases éparses de la manifestation.

    Le mot de passe

    Puis l’Apprenti reçoit un mot de passe : il apprend que ce mot est « Tubalcaïn ».

    Le rituel nous fournit directement une brève indication à son sujet : il s’agit du premier fondeur de métaux. En consultant la Genèse, nous apprenons qu’il s’agit d’un personnage biblique qui « façonna toutes sortes d’instruments de cuivre et de fer » (Genèse 4 ; 22) et qu’il est de la lignée de Caïn, le premier criminel et le premier bâtisseur (Genèse 4, 13-17).

    Mais qui était Tubalcaïn ?

    Ce nom apparaît aussi dans un autre passage de la Genèse (4 ; 19) :

    « Lamech prit deux femmes ; le nom de la première était Ada et le nom de la seconde Cilla. Ada enfanta Yabal qui fut l’ancêtre de ceux vivant sous la tente et avec les troupeaux. Le nom de son frère était Yubal : il fut l’ancêtre de tous ceux qui jouent de la lyre et du chalumeau. De son côté Cilla enfanta Thubal-Caïn : il fut l’ancêtre de tous les forgerons en cuivre et en fer ».

    De ce second extrait de la Genèse, nous retiendrons que Tubalcain ou Tubalcaïn ou, mieux encore, Tubal-Caïn était le fils du patriarche Lamech et le petit-fils de Caïn. Comme tel, il appartient à la génération réprouvée depuis le meurtre d’Abel, depuis le crime accompli sur l’âme déiforme par Caïn. Or, Caïn incarnait le mal, tandis qu’Habel (souvent orthographié « Abel » en français) représentait le bien et Seth la perfection divine.

    Donc Tubal-Caïn était l’un des descendants de Caïn et « l’ancêtre de tous les forgerons en cuivre et en fer ». Le sens étymologique de Tubal-Caïn est en effet « le forgeron de l’Univers ». On doit cette traduction française à l’Ecole biblique de Jérusalem, publiée aux Editons du Cerf. Remarquons que la prononciation exacte en français devrait être « caïne ».

    Si la signification de ce mot de passe au premier degré de la Maçonnerie ne semble pas avoir trop d’importance, c’est probablement parce que le sens de Tubal-Caïn serait à découvrir au troisième degré.

    Caïn, qui signifie « forgeron » paraît avoir été joint à Tubal comme une explication de ce nom et sans doute pour souligner que ce forgeron-là est bien le descendant de Caïn, un des fils du premier homme.

    D’ailleurs « Thubal » devrait, suivant la prononciation en hébreu s’énoncer plutôt comme Joubal ou Zoubal, son qui n’a pas d’équivalent en français, mais qui s’apparente au Th anglais.

    Selon Marcel Spaeth, Tubal-Caïn était le « premier maître pour la fonte de l’airain ». Certaines versions maçonniques admettent qu’il pouvait être le second d’Hiram et c’est lui qui aurait fondu les colonnes J et B du Temple de Salomon.

    La référence à Tubal-Caïn propose au jeune Maître un travail essentiel. On dit que Tubal-Caïn sépara l’airain des scories.

    Il semble difficile de trouver une formule plus noble et plus juste définissant le devoir essentiel d’un Franc-maçon que celle-ci : « avec l’aide du feu, débarrasser la matière des scories », dans les relations des hommes entre eux mais avant tout dans les relations avec soi-même.

    En Maçonnerie, cette référence à l’art du forgeron est en étroite analogie avec la Chaîne d’union dont les maillons doivent être du plus pur métal.

    En hébreu, Tubal-Caïn signifie « possession du monde ». Le Maître en effet, possède le monde entier, représenté par la Loge, puisqu’il lui est permis de voyager de l’Orient à l’Occident, du Midi au Nord et sur toute la surface de la Terre.

    Issu de la « chair », de la matière corruptible, des ténèbres couvrant cette terre maudite (qui va disparaître prochainement avec le déluge et l’avènement d’une nouvelle humanité post-noachite), Tubal-Caïn devient celui qui va rechercher tous les moyens de s’approprier la puissance, puisqu’il doit se passer de la divinité, pour maîtriser la connaissance de l’univers de la matière sans se soucier des conséquences ni des aspects positifs ou négatifs que l’on nomme le Bien et le Mal.

    Aussi paradoxalement que cela puisse paraître, on peut établir une analogie entre l’hermétisme et les personnages bibliques de Caïn et d’Habel. Caïn est aussi le nom de la matière en putréfaction parvenue au noir. Elle est reliée à la malédiction divine qu’encourut Caïn après le meurtre de son frère et aussi par la suite au désordre sur la terre que causèrent ses descendants, ce qui amena le déluge. En alchimie, le déluge est représenté par la dissolution de la matière et ses effets par la putréfaction.

    Ces opérations alchimiques nous rappellent l’épreuve subie par le Néophyte dans le Cabinet de Réflexion avant d’être présenté ni nu, ni vêtu à la porte de la Loge, c’est-à-dire boitant, les yeux bandés. L’état de ni nu ni vêtu du postulant à l’initiation rappelle l’état du boiteux sous lequel est le plus souvent présenté le forgeron. Cette préparation, qui n’a rien d’une brimade, est faite pour faire prendre conscience de l’état d’infirmité spirituelle, d’opposition interne et d’incomplétude dans lequel se trouve toute personne en quête de lumière, venant frapper à la porte du temple.

    Un Apprenti peut dès lors comprendre le sens de son mot de passe de la manière suivante : le candidat à l’Initiation, présenté dans l’état d’infirmité du forgeron, dépouillé de ses métaux les plus vils, part à la recherche des métaux les plus nobles, prenant pour maître Tubalcaïn, modèle de la conciliation des oppositions nécessaires et fécondes, lui traçant la voie à suivre.

    L’introduction de ce nom propre « métallique » dès l’apprentissage paraît vouloir établir une relation corporative entre l’ouvrier carrier dégrossisseur de pierre qu’est l’Apprenti et l’architecte du Temple de Salomon, Hiram, qui était, d’après le Livre des Chroniques de l’Ancien Testament, un artisan bronzier et orfèvre de haute valeur, bien que cette interprétation soit contestée par les Maçons qui soutiennent, selon le Livre des Rois, que l’architecte de ce temple n’était autre qu’Hiram, roi de Tyr.

    Désigné comme premier forgeron, le premier de la lignée des fondeurs dans laquelle s’inscrira Hiram, le transformateur des minerais et des métaux, travaillant dans les profondeurs de la terre, Tubal-Caïn accède au rang de maître du feu, celui qui exploite l’énergie primitive libérée, la chaleur et la puissance de l’action. Il devient celui qui sait ce que nul ne sait, celui qui a le pouvoir d’action et de transformation de la matière, et par conséquent accède au statut de premier des sorciers.

    Depuis la chute provoquée par Adam et Ève, le nouveau monde, la terre se trouvent placés sous l’influence privilégiée d’une double force : celle de l’énergie et de la lumière par laquelle l’Éternel manifeste sa présence sur ses enfants déchus, certes, mais non abandonnés, puisqu’il veille sur eux en laissant à chacun le soin de son sort, le choix de sa destinée, celui de se sauver ou de se perdre. L’énergie et la lumière étant présentes par le feu, Tubal-Caïn va devenir le maître des flammes, le nouveau démiurge d’un athanor obscur.

    Tubalcaïn n’est pas parvenu au sommet des sept cieux. Il lui faut trouver le premier niveau, celui qui correspond aux enfers et c’est la raison qui le fait descendre au plus profond de la terre, à la recherche du Centre, du cœur de la materia prima, à partir duquel pourra s’amorcer le retour, le processus du recouvrement spirituel, la remontée vers le céleste et la réintégration dans le principe.

    Le contrôle des premières connaissances

    Le Maître des Cérémonies conduit alors le nouvel Apprenti face à celui qui sera responsable de sa formation : le Second Surveillant.

    Muni de ses décors et ayant eu connaissance des mots, des signes et de l’attouchement au Premier degré, le nouvel Apprenti est invité à un contrôle de ses premières connaissances maçonniques, ce que fait le Second Surveillant.

    Idéalement, il invite d’abord le jeune Apprenti à se mettre à l’ordre puis à faire le signe. Ensuite, le priant de se mettre au signe de fidélité, le Surveillant peut lui demander successivement l’attouchement, le mot de passe et le mot sacré.

    Bibliographie

    Béresniak Daniel - Rites et symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome 1 : « Les Loges bleues » - Editions Detrad, Paris, 1995 - Page 83

     

    Guigue Christian - Les planches de l’Apprenti

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1996 - Pages 169  à 175

     

    Mainguy Irène - La Symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy, Paris, 2001 - Pages 71 à 74 ; 75 à 77 ; 165 à 168

     

    Spaeth Marcel - Considérations sur la maîtrise

    Editions Detrad, Paris, 1997 - Pages 58 et 59

     

    Brèves considérations sur le Tuilage de l’Apprenti

    Ensuite, guidé par le Maître des Cérémonies, le jeune Apprenti reprend place sur la Colonne du Nord où il est invité à se montrer particulièrement attentif à la scène qui va suivre. Au cours de chaque cérémonie d’Initiation, le rituel prévoit une scène de « tuilage » d’un Apprenti supposé demander à participer aux Travaux de la Loge. C’est au Frère Expert de « tuiler » généralement le plus jeune des Apprentis de la Loge pour rappeler à tous les Frères les arcanes du grade.

    Qu’est-ce que le « tuilage » ?

    Le terme « tuilage » vient de « tuiler » qui signifie questionner afin de vérifier quelques connaissances élémentaires. Le terme évoque le mot « tuile » et donc le mot « toit ».

    Le Temple est inachevé. Il est en perpétuelle construction et n’a pas de toit. Puisqu’il n’y a pas de tuiles, il pleut dans le Temple. C’est pourquoi, lorsque nos Travaux ne sont pas « couverts », nous disons « il pleut » !

    Le « tuilage » contient les arcanes du grade, l’essentiel du grade d’Apprenti, l’essentiel de ce que tout Apprenti doit savoir.

    Le « tuilage » fait revivre l’importance de chaque question, de chaque réponse.

    Pourquoi « tuile »-t-on un Apprenti ?

    Un Frère Couvreur peut être amené à « tuiler »

    • pour s’assurer qu’il s’agit bien d’un Frère ;
    • pour s’assurer de ne pas laisser entrer n’importe qui dans la Loge.

    Le « tuilage » sert aussi à démontrer à tous les Frères qu’on est vraiment Maçon.

    Quand « tuile »-t-on ?

    Certaines questions peuvent être posées par le F:. Couvreur à l’entrée de la Loge, avant le début d’une Tenue.

    Comment « tuile »-t-on ?

    Au cours de la cérémonie d’Initiation, c’est la tâche du Frère Expert ! Il pose quelques questions à un Apprenti, supposé demander l’autorisation de participer aux Travaux de la Loge.

    Rencontre avec le nombre trois

    L’Apprenti sait-il compter jusque trois ? Se rend-il compte de la présence du ternaire, de la fréquence de ce nombre dans nos rituels ?

    • Dans le Cabinet de Réflexion, avant son passage sous le bandeau, il a répondu par écrit à trois questions.
    • Il a obtenu l’entrée en loge par trois grands coups: frappez et on vous ouvrira, demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez.
    • Il a été initié au cours d’une cérémonie qui lui a fait effectuer trois voyages et subir trois épreuves
    • Il a bu le contenu du calice d’amertume et a pu y percevoir trois phases (insipide, amer, doux).
    • Sa marche s’effectue par trois pas en ligne droite.
    • Son âge est de trois ans.
    • Le serment est prêté sur les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie qui reposent sur l’autel : le Volume de la Loi sacrée, l’Equerre et le Compas.
    • Les trois Piliers, Sagesse, Force et Beauté, situés au centre de la Loge symbolisent la progression spirituelle de l’Initié.
    • La Loge est tridimensionnelle : sa longueur s’étend de l’Orient à l’Occident, sa largeur du Septentrion au Midi, sa hauteur du Zénith au Nadir (ou de la surface de la terre jusqu’au ciel).
    • Les Maçons se reconnaissent par trois moyens: un signe (le signe d’ordre), une parole (le mot de passe) et un attouchement.
    • Le signe des Maçons se fait en trois temps, par Équerre, Niveau et Perpendiculaire.
    • A la demande du mot sacré, il faut donner une réponse en trois temps : je ne sais ni lire / ni écrire / je ne puis qu’épeler.
    • L’attouchement est triple : il faut effectuer trois pressions sur la première phalange.
    • La batterie du grade d’Apprenti se fait par trois frappes des mains.
    • Sur le Tableau de la Loge trois Fenêtres sont représentées : elles suivent la course du Soleil.
    • Les trois dimensions de l’univers symbolisent l’universalité de la Franc-maçonnerie.
    • Trois Maîtres dirigent la Loge. On les appelle les trois Lumières de la Loge. Ce sont le Vénérable, le Premier et le Second Surveillant.
    • On désigne aussi parfois comme trois grandes lumières: le Soleil, la Lune et le Maître de la Loge.
    • Les trois points disposés en triangle (...) sont couramment utilisés dans les textes des rituels et dans la correspondance maçonnique comme signe d’abréviation.
    • Ces trois points rappellent également qu’au problème de la dualité est trouvé un troisième terme qui montre la voie du milieu.
    • Le premier Travail de l’Apprenti se fait sur une pierre brute au moyen de deux outils.
    • Dans le tablier maçonnique, trois éléments ont un sens symbolique : la forme, la matière et la couleur.
    • Il y a trois bijoux mobiles: l’Equerre, le Niveau et la Perpendiculaire. Ce sont les bijoux qui ornent les sautoirs du Vénérable Maître et des deux Surveillants.
    • Il y a trois bijoux immobiles: ce sont la Pierre brute, la Pierre cubique et la Planche à tracer qui correspondent respectivement au degré d’Apprenti, de Compagnon et de Maître.
    • La hiérarchie initiatique, dite des Loges bleues, est constituée de trois grades : Apprenti, Compagnon, Maître.

    Le Nombre trois est le nombre maçonnique par excellence. Il est le centre de la loge, de la symbolique et du rituel. Le nombre trois est le nombre créateur. Il est créateur par sa source de lumière.

    Trois est universellement un nombre fondamental.

    • Il exprime un ordre intellectuel et spirituel, en Dieu, dans le cosmos ou dans l’homme. Il synthétise la tri-unité de l’être vivant ou il résulte de la conjonction de 1 et de 2, produit en ce cas de l’Union du Ciel et de la Terre.
    • Dans certaines traditions, si Un est Dieu, le ciel, et Deux la terre, Trois est le symbole d’un monde organisé, un ordre divin le régissant. L’idée de monde réalisé, achevé, est signifiée dans de nombreux mythes comme celui des trois frères, Zeus, Poséidon et Hadès, qui gouvernent, le premier la terre et le ciel, le deuxième les mers, et le troisième les enfers.
    • Par contre, on rencontre aussi l’interprétation suivante : trois est le nombre du Ciel et deux le nombre de la Terre, car un est antérieur à leur polarisation.
    • Si Un, l’Unité, est Dieu, si Deux est la Matière, Trois est la Matière organisée. Trois va donc signifier l’équilibre : physique, moral, intellectuel ou cosmique.

    Trois est le premier des nombres impairs. A l’instar de beaucoup de sociétés initiatiques, notre Ordre est sensible à l’imparité. Dans l’ancienne Chine, les nombres avaient un sexe, les impairs étant mâles et les pairs femelles. Cette préférence pour l’imparité reste mystérieuse. Un nombre impair est toujours décomposable en deux nombres égaux lorsque le nombre un en a été extrait.

    Trois est le seul nombre à contenir trois fois l’unité. Il marque de son sceau le premier degré. Trois est la somme des deux premiers nombres. Après le Un, il est le premier nombre insécable.

    Le Nombre trois est un nombre universel que l’on retrouve dans toutes les traditions initiatiques. Il exprime un ordre spirituel dans les plans humain, cosmique ou divin.

    Synthétisant le caractère tri-unitaire de tout produit manifesté, il s’avère spécifique de la conjonction 1 + 1 = 3

    La somme, 1 + 1 = 2, découle d’un arbitraire ou postulat humain qui ne peut s’appliquer au mouvement divin de la création.

    Dans l’univers initiatique, trois n’est pas le produit de 1 + 2 mais de celui de 1 + 1 = 3 ou valeur numérique du produit créé. Trois n’est pas véritablement le troisième nombre mais le premier. Composé à partir des nombres 1 (nombre du Créateur) et 2 (division, dualité, binaire), trois est le premier nombre mystérieux qui intervient comme la signature de la création dans l’Ordre.

    Symbole du ciel, il se rapporte à l’esprit. Mesurant un temps qui n’a pas de limite, il correspond aux trois degrés d’actions qui relèvent du cercle (méditation, spéculation, contemplation).

    Depuis l’avènement de l’humanité, le genre humain porte la marque de la loi de création qui se manifeste par une cause, un effet, un produit, cette triade correspondant à la mise en branle de l’énergie créatrice, la transformation de la lumière en matière, l’incorporation de l’esprit dans la matière.

    Trois marque toutes les choses créées parce qu’il a présidé à leur création. C’est le nombre de la loi directrice des êtres et du commencement des choses matérielles. Il est le nombre de toute production à l’image du triangle.

    Trois pourrait donc correspondre à un rythme et à une structure essentielle dans l'homme et dans l'univers. Cette structure pourrait être à la base du syllogisme et de la relation « thèse, antithèse, synthèse ».

    Les naturalistes ont observé de nombreux ternaires dans le corps humain. Il semblerait que toute fonction importante d’un organisme possède cette structure de base. La raison fondamentale de ce phénomène ternaire universel est sans doute à chercher  dans une vue globale de l’unité – complexité de tout être dans la nature, qui se résume dans les trois phases de l’existence : apparition, évolution, destruction ; ou naissance, croissance, mort ; ou encore, selon la tradition et l’astrologie : évolution, culmination, involution.

    Le Ternaire s'impose à nous dans des domaines très divers parce qu'il réalise l'équilibre entre deux forces opposées ou complémentaires : l'actif et le passif.

    Dans notre vie, tout progrès social ne semble se réaliser qu'à l'intersection d'au moins deux idéaux contradictoires. Il importe donc de ramener les divergences à l'équilibre. Pour ce faire, il nous faut traduire les forces en présence sous la forme d'un triangle, forme parfaite, équilibrée, précise, intégrale. Ce procédé nous permet donc de trouver un point de convergence, un point d'équilibre. D'où cette formule originale si bien exprimée par Edouard Plantagenet : « Le Ternaire ramène le Binaire à l'Unité parce qu'il est lui-même un tout complet, indivisible et fondamental, par lequel tout se divise et sur lequel tout s'édifie ».

    Il semblerait donc que seul ce qui apparaîtrait composé de trois termes serait susceptible de servir à notre édification personnelle, à notre accession au plan psychique, à la construction du Temple.

    Si le Pavé mosaïque peut évoquer les notions très relatives de Bien et de Mal, le Delta nous permet de tendre vers l'équilibre en les ramenant à une commune mesure : le JUSTE. L'antagonisme du Bien et du Mal disparaît en se résorbant dans l'évidence de leur relativité respective. Le Juste prend dès lors sa place à la base du triangle et apporte des notions de mesure, de tolérance, d'égalité, d'impartialité que symbolise aussi le Niveau ou Horizontale parfaite.

    Il importe donc qu'en toutes circonstances nous recherchions ce troisième terme, le troisième terme qui convienne car il a un rôle précis à jouer : il doit pouvoir ramener le Binaire à l'Unité. Pour ce faire nous devons reconstituer par synthèse ce que nous ne concevions que par intuition et nous ne pouvons trouver les éléments de cette synthèse que dans une analyse préalable de l'intuition primordiale. Mais la reconstitution d'un ternaire parfait est toujours délicate et souvent difficile. Il se peut même qu'elle dépasse parfois nos possibilités !          

    Bibliographie

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Page 160

     

    Béresniak Daniel  - L’apprentissage maçonnique, une école de l’éveil ?

    Editions Detrad, Paris, 1983 - Pages 61 à 73

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d’Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 52, 53, 55, 65, 71 et 83

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995

    Pages 50, 66, 86, 90, 91,  98, 114, 130, 146, 154, 157, 159, 314 et 333

     

    Dangle Pierre - La Franc-maçonnerie initiatique

    Le livre de l’Apprenti - La Maison de Vie, Fuveau, 1999 - Page 95

     

    Ferré Jean - Dictionnaire des symboles maçonniques

    Editions du Rocher, Monaco, 1998 - Pages 218 et 219

     

    Guigue Christian - La formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1995 - Pages 279 et 280

     

    Guigue Christian - Les planches de l’Apprenti

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1995 - Pages 79 à 101

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail d’Apprentis

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 75, 84 et 142

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome 1 : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994

    Pages 32, 83, 130, 147, 199, 200 à 202, 210 et 211

     

    Pour aller plus loin :

    Creusot Camille - La face cachée des nombres

    Editions Dervy, Paris, 1987 - Pages 87 à 121

     

    La batterie et l’acclamation

    Après cette scène de « tuilage », le Vénérable Maître, aidé ensuite par chacun des deux Surveillants qui répètent son ordre, invite les Frères de l’Atelier à reconnaître le nouveau Frère comme Apprenti Maçon et membre de leur Respectable Loge.

    Ce moment est consacré avec enthousiasme. L’entrée du nouveau Frère est célébrée par la triple Batterie et l’Acclamation. Les Frères exécutent celle-ci debout.

    Il n’y a pas de batterie sans acclamation. Celle-ci qui est toujours une exclamation de joie s’effectue par l’émission de mots scandés avec force et énergie comme pour attirer sur l’assistance, la potentialité de leur vertu.

    Au Rite moderne, la batterie est faite de trois fois trois frappes égales des mains, suivie de l’expression « Vivat, vivat, semper vivat ! » qui signifie, « qu’il vive, qu’il vive, qu’il vive toujours ! »

    Cette exclamation de joie devait autrefois s’appliquer, sur un plan initiatique, au maçon disparu que l’on cherchait à rappeler à la vie.

    De nos jours, la triple batterie et l’acclamation traduisent la joie des Frères lors d’un événement particulier.

    L’arrivée d’un nouvel Apprenti est sanctionnée de cette manière. Il en va de même lors de la présentation d’une planche par un Frère visiteur ou même un Maître de la Loge.

    La cérémonie touche à sa fin. Il reste au Néophyte à commencer véritablement son Travail d’Apprenti Maçon.

    Le premier Travail de l’Apprenti

    Le premier Travail de l’Apprenti consiste à donner les trois premiers coups pour commencer à dégrossir sa pierre. Agenouillé devant le tapis de Loge, l'Apprenti se trouve en présence de trois éléments symboliques : la Pierre brute, le Maillet et le Ciseau. Invité à imiter le geste du Frère Maître des Cérémonies, l'Apprenti tient d'une main le Ciseau, placé sur la pierre à tailler, et de l'autre, il frappe le Maillet au rythme du signe de son grade.

    Le premier Travail de l'Apprenti s'accomplit à l'Occident, au point de départ d'un long chemin qui mène à l'Orient d'où jaillit la Vraie Lumière. A l'Orient précisément, au pied de l'autel, se trouve la Pierre taillée, celle qui symbolise le travail effectué, toute chose acquise, vérifiée et exemplaire.

    L’Apprenti Maçon s’identifie à la Pierre brute car il a de commun avec la pierre la densité et l’imperméabilité, la densité étant considérée comme un facteur spirituel de retour à l’Unité. Le long chemin à parcourir par l'Apprenti, c'est celui du progrès à accomplir sur lui-même ; c'est la connaissance de lui-même. Il convient de retenir que l'Apprenti consacre la première partie de sa vie maçonnique à dégrossir cette pierre brute, à l’aide du Ciseau et du Maillet.

    Le Ciseau, mu par le Maillet qui le heurte et l'Apprenti conscient qui le dirige, a pour mission de faire disparaître les aspérités de la pierre, c'est-à-dire les erreurs et les préjugés. Le Ciseau représente la faculté de discernement et le Maillet la faculté volitive. C’est pourquoi on considère que dans l’ordre opératif, la pierre est l’élément passif, et les outils l’élément actif. Par contre le ciseau, actif à l’égard de la pierre, est passif à l’égard du maillet.

    La Franc-maçonnerie ne peut viser qu'à délivrer ses membres des servitudes qui les paralysent et des préjugés qui les enchaînent. Le Franc-maçon est avant tout un travailleur. Ce premier geste est destiné à lui faire prendre conscience que le travail est le cœur de son ascension personnelle vers la Lumière. Malheureusement, nul ne peut prévoir si l'Apprenti arrivera au bout de ses peines car le but qu'il s'assigne c'est de transmuer cette Pierre brute en une pierre vivante avec laquelle l'Initié élève des temples.

    Physiquement, la Pierre brute c'est la pierre frustre extraite d'une carrière. C'est le matériau premier de la Maçonnerie qu'il faudra tailler, façonner, appareiller de sorte qu'elle puisse s'incorporer à la Maçonnerie, à l'édifice, au Temple.

    Travailler la Pierre brute, c'est donner des contours précis à la dimension éthique, morale et spirituelle de l'homme ; c'est faire émerger de la matière vulgaire originelle ce qu'il y a de meilleur et de plus fort en elle, par un travail constant qui gomme les imperfections.

    Cette transformation, qui va s'opérer au fil du temps, n'est pas sans rappeler le processus fusionnel de l'alchimie. Finalement, c'est bien de réactions et de modifications en chaîne dont il s'agit, à mesure que le Franc-maçon, aidé de ses instruments de bâtisseur (ciseau, maillet, équerre, niveau, fil à plomb, règle...) peaufine son matériau de base - lui-même - en vue de lui donner une forme parfaite.

    La pierre brute évoque un commencement, dénué de tout paraître. Elle se caractérise par sa simplicité sans dynamisme propre. Dense, elle est informe, mais si elle n’est pas rejetée, c’est que sa qualité lui permet d’être taillée et de donner naissance ainsi à un chef d’œuvre.

    Plusieurs significations peuvent être données à la Pierre brute.

    1. C'est le symbole de l'Apprenti encore ignorant mais disponible.
    2. Ce pourrait être aussi celui de la servitude, de l'esclavage.
    3. Travail à faire, ignorance à vaincre, elle pourrait aussi être le symbole de la liberté: une pierre non façonnée peut encore rouler à peu près n'importe où. Au contraire, la pierre taillée se trouve à une place bien déterminée dans l'édifice bâti.

    La Pierre brute, c'est le symbole de l'Apprenti, avec toutes les imperfections de son esprit et de son cœur, qu'il doit s'appliquer à corriger. Par l'Initiation maçonnique qui est une renaissance, il se débarrasse progressivement de tout ce que la société a pu lui apporter d'artificiel et de mauvais. Il retrouve sa liberté de penser. Avec les outils symboliques que la Loge lui procure, notamment le Ciseau et le Maillet, l’Apprenti se met à tailler lui-même sa pierre et espère parvenir à la rendre parfaite à son gré.

    La Pierre brute que travaille l’Apprenti n’est pas seulement lui-même, elle est aussi un élément qui porte le secret de la construction, et cette construction est d’origine céleste. Cette pierre brute, si modeste en apparence, ne contient-elle pas toute l’harmonie du Temple ?

    La ligne verticale, matérialisée par le fil que tend une petite masse de plomb, situe l’espace immatériel où se produit le dégrossissage de la Pierre brute, Travail essentiel et primordial de l’Apprenti.

    Bibliographie

    Bédarride Armand - Le travail sur la Pierre brute

    Editions Télètes, Paris, 1992

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d’Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 31 à 43

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999 - Pages 161 à 164

     

    Dangle Pierre - Le Livre de l’Apprenti

    La Maison de Vie, Fuveau, 1999 - Pages 96 97

     

    Geay Patrick - Mystères et significations du Temple maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1997 - Pages 128 à 130

     

    Mainguy Irène - La Symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy,  Paris, 2001 - Pages 158 et 159

     

    La Chaîne d’Union

    Le nouvel Apprenti est invité à s’incorporer à la Chaîne d’Union. Qu’est-ce à dire ?

    Comment bien pratiquer la Chaîne d’Union ?

    Les Frères assemblés rituellement et formant une chaîne tout autour du Tapis de Loge porte le nom de Chaîne d’Union qui se pratique « longue » ou « courte » selon l’importance de l’assemblée.

    Sa constitution répond à une exigence particulière : les mains, mises à nu, se tiennent entrelacées et croisées droite/gauche et gauche/droite rappelant ainsi la forme du huit couché, emblème de l’infini.

    Pour Irène Mainguy, la Chaîne d’Union relève d’un geste rituel, d’une mise en relation active par l’union des mains de tous les participants d’une Loge, contrairement à la corde à nœuds avec laquelle elle est souvent confondue et qui, elle, est une représentation statique.

    La Chaîne d’Union dite « croisée » se forme en croisant les bras, celui de droite passant sur celui de gauche, les mains dégantées, les pieds en équerre.

    En d’autres termes, chaque Frère, déganté, croise son bras droit par-dessus son bras gauche. Avec sa main droite, il prend la main gauche du Frère situé côté cœur. De sa main gauche, il tient la main droite du Frère placé à sa droite. Ainsi, tous les membres de l’Atelier se tiennent par la main, avant-bras droit par-dessus l’avant-bras gauche.

    Généralement, le Vénérable ne croise pas les bras. Il donne les mains sans les croiser.

    Toutes les conditions sont alors réunies intentionnellement pour que circule, entre les participants, comme un véritable courant magnétique, régulateur d’énergie. Les mains doivent être dégantées pour optimiser le contact et éliminer les isolants de toute nature pouvant gêner la qualité de cette précieuse communion. La Chaîne d’Union est vécue par tous les membres présents, sans distinction de grade. Elle est formée facultativement avant la clôture des Travaux et obligatoirement pour l’incorporation d’un nouvel Apprenti à la Loge.

    Cette chaîne est la matérialisation de la solidarité, de la fraternité qui lie les Maçons. Quand la Loge œuvre bien, quand le Vénérable a su bâtir l’unité dans son Atelier, il y a « un courant qui passe ». Il se crée un phénomène dont chaque maillon est à la fois émetteur et récepteur.

    Avant de former la Chaîne d’Union, certains Vénérables donnent un thème, souvent une idée maçonnique, sur lequel les Frères concentrent leur esprit.

    Selon Christian Guigue, il est aussi possible d’envisager une Chaîne d’Union « longue ». Dans ce cas, elle se fait bras écartés, les mains se tenant simplement.

    La Maçonnerie anglo-saxonne ne pratique pas la Chaîne d’Union. Elle ferme les Travaux par des chants.

    Diverses approches du symbolisme de la Chaîne d’Union

    Pour Irène Mainguy, la Chaîne d’Union remplit auprès de chaque Maçon le double rôle de bouclier protecteur et d’appareil émetteur / récepteur d’influences bénéfiques. Elle symbolise ce que devrait être sur la terre une fraternité humaine permanente et profonde. Cette chaîne unit les Francs-maçons en dehors de l’espace et du temps. Le monde des apparences tient les êtres physiquement prisonniers, mais les esprits sont libres au-delà des murs du temple, des frontières et des mers, les mains jointes dans une Chaîne d’Union établissent la pérennité de la fraternité qui devrait régner entre tous sur la terre.

    Le mot « chaîne » exprime aussi une notion de transmission. En faisant le geste de se réunir dans la Chaîne d’Union, chaque Maçon incarne l’idée de transmission qui symbolise la vie et l’énergie créatrice. Cette chaîne formée de personnes de bonne volonté représente une communauté de cœur et de pensée.

    Tous les Maçons du monde forment une seule et même famille dans le temps et l’espace.

    Dans le mot « chaîne » se perçoit aussi une notion de lien indissoluble comme celui qui unit chaque Maçon par un serment prêté reliant chacun dans une chaîne d’union fraternelle sur toute la surface du globe. La chaîne est formée de maillons animés par une soif de Vérité et de Lumière.

    Cette chaîne apparaît essentiellement comme le symbole d’une solidarité humaine, mieux encore comme celle d’une réconciliation universelle. Il s’agit en quelque sorte d’une intégration de tout être dans la société humaine idéale et l’intégration consciente à un univers dont chacun est un maillon actif. La Chaîne d’Union se forme par une boucle complète fermée en cercle.

    Dans la Chaîne d’Union maçonnique, on aime à considérer que la main droite est émettrice, qu’elle transmet à la main gauche, qualifiée alors de réceptive, l’énergie reçue et transmise par le Vénérable Maître. Cette énergie se propage auprès de chaque maillon, chargeant chaque participant d’un potentiel collectif, celui de tous les éléments confondus de cette chaîne.

    Beaucoup considèrent que la Chaîne d’Union ne peut pas être limitée à la présence physique des seuls participants, estimant que sa force relève aussi de celle de tous les Initiés passés dans l’invisible, qui les ont précédés. Elle inclut symboliquement dans sa mémoire tous les membres de la Loge et par extension de l’Ordre, depuis sa fondation !

    L’idéal symbolique voudrait que dans ce geste, le rythme de chacun des participants se mette à l’unisson, dans un souffle commun, rappelant le Verbe de l’Origine.

    Pour Guy Boisdenghien, la Chaîne d’Union, composée d’une suite d’anneaux engagés les uns dans les autres est l’emblème de l’action commune. En Franc-maçonnerie, elle prend la forme théorique du Cercle (le Ciel) et les mains entrelacées font passer de Frère en Frère l’influx conjugué de la Loge.

    Pas en usage au Rite Français, la Chaîne d’Union termine par contre toute Tenue du Rite Écossais Rectifié. Elle prend particulièrement toute sa valeur lorsque l’Atelier vient de s’enrichir d’un nouveau Frère. Elle se met en place autour du Tableau de Loge où les Frères s’assemblent en croisant les bras.

    Pour Christian Guigue, le contact de la main gauche passe par le cerveau gauche, d’où ce ∞ (huit) en mouvement. Ce double processus nous conduit à un « centre » où la division, la dualité, le binaire n’existent plus, ce qui constitue, grâce à l’essence spiritueuse, à l’action du groupe, une forme de fusion, de retour à l’unité, à l’énergie du principe.

    Le rite de la Chaîne d’Union s’effectue autour du point central de la Loge qui, situé au milieu du Pavé mosaïque, figure l’axis mundi ou Centre du Monde. Avatar de l’arbre de vie ou arbre cosmique, il permet l’accès aux trois zones cosmiques correspondant aux mondes de la réalité, de la vie sans limite et de la sacralité. Lieu privilégié de l’ascension collective, cet ombilic devient l’athanor où s’opèrent la transcendance et la libération. Car l’esprit n’a pas vocation à se trouver prisonnier du corps, de la chair, de ce monde de la matière. Il est lumière, énergie, vie. Il a le désir de réintégrer son univers mais pour cela il lui faut parvenir à abandonner cette enveloppe corporelle : c’est ce qui s’opère par la fusion, cette forme de l’extase collective, au moyen des rites dits d’envol, ou d’ascension, qui prouvent la réalité du dépassement de la condition humaine par le « céleste » ou la spiritualité la plus épurée, d’où la nécessité de l’invocation au G.A.D.L.U. faite en préambule et en ce milieu.

    Dans ce geste rituel, la transmission s’opère parce que à chaque niveau on est trois : chacun, à tour de rôle, devient un centre qui prend vie par la grâce du pôle énergétique représenté et constitué par le Frère qui se trouve à la droite comme par celui qui se situe sur la gauche. Mais ceci ne dure que la brièveté d’un éclair car nous nous fondons tous pour ne faire qu’un.

    Les participants sont simultanément conscients d’une situation limitée où les identités sont séparées et d’une prééminence extatique divine où les identités sont similaires.

    Pour parvenir à cet état, nous quittons nos gants, forme symbolique du dénuement pour s’oublier à soi, quitter la chair, et former le cercle en nous tenant par les mains nues. Nos doigts se serrent, nos êtres se fondent. Ce contact énergétique crée une sorte de fluide qui se répand dans la chaîne et s’élève. Ce courant réchauffe, réconforte, apaise à l’instar des mains magiques qui bénissent, baptisent et guérissent. Ce fluide qui circule et nous aspire vers le haut est Amour.

    Or cet Amour, cette immense compassion, qui vibre universellement en chacun de nous, nous relie à tous nos Frères répandus sur la surface de la terre comme là-haut avec ceux qui ont gagné l’Orient éternel.

    Il se densifie par cette fusion rituelle et collective mais il brûle toujours en nous, comme une petite particule aimantée qui croît en énergie chaque jour davantage pour se laisser attirer naturellement vers la Lumière, car nous n’aspirons, bien que nous n’ayons guère conscience, qu’à une chose : la victoire sur la mort et sur la matière, qu’à passer du microcosme vers le macrocosme, de l’animalité humaine à la déité. C’est par la lumière que se manifeste la vie. Sans ce centre tout devient chaos.

    Pour Christian Guigue, la Chaîne d’Union est une communion spirituelle collective réalisée par les Frères présents, liés physiquement et immatériellement par l’âme et le cœur les uns des autres. C’est cette conjonction particulière que l’on nomme égrégore. Elle provoque l’ébranlement vibratoire d’une énergie « spiritueuse » par la réalisation du triple cercle symbolique, par la chaîne constituée aux trois niveaux et plans particuliers.

    Les pieds se touchant les uns les autres réalisent le premier niveau de contact, celui de la communauté de l’incorporisation de l’esprit dans la chair, de l’identité de quête vers la lumière à travers le parcours terrestre, comme celui du même devoir d’accomplissement personnel. Les mains nues se tenant les unes aux autres constituent le deuxième cercle, celui du renoncement, de la libération des contraintes, de l’affranchissement des contraires : c’est l’éveil de l’esprit.

    Cet acte évoque l’Ouverture vers les hommes et le monde. Il indique la générosité, le don sans contrepartie, les actes à accomplir sans que nous recherchions le moindre fruit ou quelque bénéfice matériel que ce soit, ni même la satisfaction d’une récompense morale toujours apte à célébrer une vanité ou un orgueil trop prompts à s’éveiller. Les mains jointes expriment notre solidarité, notre identité car, tous, nous sommes créés sur la même image : celle du Créateur. Le cercle du renoncement apparaît au plan initiatique comme étant le plus difficile à réaliser et franchir, car il faut parvenir auparavant à se libérer mentalement de l’activité intellectuelle inhérente à notre système de valeur occidental établi sur l’avoir et l’être extérieur, et des diverses contraintes sociales.

    Il ne s’agit pas ici d’une liberté physique, mais de la prise de conscience de la présence vivifiante de ce feu intérieur qui se trouve refoulé, ignoré ou rejeté, et de la nécessité qu’il y a de se mettre en retrait du monde pour parvenir à l’exalter souverainement et amorcer le processus de la Quête qui commence alors.

    Vient ensuite le troisième contact de la Chaîne d’Union : celui des esprits ou des âmes, de la puissance spirituelle, de la lumière du monde sensible, qui constitue une force particulière d’action fluidique. Ici, l’avis de Christian Guigue rejoint le point de vue d’Irène Mainguy : à la fois créatrice et réceptive, la Chaîne d’Union remplit auprès du Franc-maçon le double rôle de bouclier protecteur et d’appareil récepteur d’influences bénéfiques. De tous les gestes, de tous les rites, la Chaîne d’Union est peut-être le plus important, au point de vue occulte comme au point de vue symbolique.

    La Chaîne d’Union prend une force considérable si le Vénérable Maître signale à tous les maillons un but commun, ce vers quoi chacun doit diriger sa pensée. Pour quelle raison forme-t-on la Chaîne ?

    Le Vénérable peut la destiner à un Frère dans la souffrance ou dans la détresse, à un nouveau Reçu, à un Frère passé à l’Orient Éternel.

    Chaque Frère de la Chaîne reprend mentalement le ou les mots prononcés par le Vénérable Maître en les répétant intérieurement. Tout Frère peut aussi faire le vide en lui pour devenir « neutre », laisser passer le fluide sans l’affaiblir, pour ne pas réduire à néant la chaîne ainsi formée.

    Lorsque le Vénérable Maître joint une intention particulière à son invocation, celle-ci revêt une forme solennelle qui, au mieux, peut demeurer dans les pensées, imprégnée dans chacun au-delà même de l’enceinte du temple.

    Tous les chaînons sont égaux : le Vénérable comme l’Apprenti, l’intellectuel comme le manuel. Tous sont au même diapason en une présence indispensable à la solidité de la chaîne, responsables individuellement de sa continuité.

    Pour Guy Boisdenghien, la main droite, active, émet en transmettant le fluide magnétique à la main gauche passive. La droite est considérée comme emblème d’avenir tandis que la gauche représente le passé sur lequel l’homme n’a plus d’emprise.

    Cette conception n’est pas exhaustive. Guillaume de Saint Thierry, commentant le Cantique des Cantiques, y exprime que la Droite est la marque de la sagacité et de la raison qui s’exercent dans l’effort. La Gauche, amie du repos, désigne la vie contemplative et la sagesse se réalisant dans la paix et le silence.

    Enfin, autre donnée symbolique, pour Guy Boisdenghien encore, le côté gauche conditionne la vie elle-même car elle est le siège du cœur.

    Donc, par la constitution de la Chaîne d’Union, la puissance magnétique se diffuse au-delà de chaque participant puisque la Loge, c’est-à-dire l’ensemble des Frères, ne forme plus qu’un. Tous les enseignements de la Tenue se synthétisent dans la Chaîne d’Union établie justement autour du Tableau de Loge. Elle est un Cercle considéré en son Absolu, manifestation de l’Univers.

    Au Rite Ecossais Rectifié, la force magnétique ainsi créée a un but précisé par le Vénérable Maître dans la prière de clôture : « … et que la Chaîne d’une amitié parfaite et fraternelle soit désormais si forte entre nous que rien ne puisse jamais l’altérer ».

    L’invocation constitue « l’Ouverture » de la chaîne. La « clôture » s’opère en la rompant, après trois balancements verticaux des bras et en pressant fortement les mains avant de les lâcher.

    Certains Vénérables Maîtres précisent : « Rompons la Chaîne d’Union en trois temps, mes Frères, mais que celle de nos cœurs ne se brise jamais ! ».

    Pour Jacques Tornay, membre de la R:. L:. « ALPINA », il est évident que la Chaîne d'Union occupe une place centrale dans le Travail maçonnique même si elle se tient à la fin de nos Tenues.

    Le premier élément à considérer au sujet de la Chaîne d’Union, c’est le cercle, le cercle d'alliance et son riche symbolisme avec ses points de convergence, ses repères et ses références obligatoires liés à la Tradition. Parmi ses propriétés à caractère universel on note l'homogénéité, l'absence de division - donc l’unité -, et une aspiration commune dirigée vers la perfection de soi et de toute chose.

    Les participants tendent à ne former qu’un seul corps, une force unique dans laquelle convergent les énergies de la terre et du ciel. Le temple convient particulièrement à cette opération puisqu’il a été bâti en fonction de lois cosmiques connues et qu’il reflète concrètement en son sommet un univers sans exclusive.

    Ce que les Frères font à ce moment précis de la Tenue, où ils sont liés physiquement l’un à l’autre par la chaleur des mains, est désigné par la voûte immensément céleste au-dessus de leurs têtes, espace démesuré que l’on imagine peuplé d’astres différents de par leurs natures, compositions, fonctions et en mouvement perpétuel. Les uns sont le miroir des autres. L’identification est possible grâce à cette projection hors de soi vers l’illimité. La division entre le haut et le bas s’abolit d’elle-même et l’individu regagne pour un instant sa pleine intégrité.

    Il est relativement facile de s’abîmer dans l’infini ; il l’est moins de se pencher sur son Frère avec la sollicitude que nous lui devons. Sur ce plan très tactile de la chaîne, les divisions n’existent pas non plus car nous voici réunis, solidaires, en nos grades et qualités, chacun nanti de son parcours de vie aussi différent qu’une étoile l’est de sa voisine. Doigts et paumes apportent et transmettent une confiance qui anime le cercle.

    Ainsi, au terme d’une Tenue qui nous a demandé un effort d’attention, voilà que la Chaîne d’Union exige de chacun un effort encore plus grand, un recueillement actif et une réflexion d’autant plus profonde qu’elle sera de courte durée ! Et l’on s’en souvient longtemps après la sortie du temple.

    Il n’est pas inutile de rappeler que si la Chaîne d’Union s’enracine dans le carré long de nos rencontres et nous concerne en premier lieu, elle doit aller plus loin et englober l’humanité, où trop d’êtres anonymes et inconnus ont besoin de fraternité, ne serait-ce qu’en pensée. Pour cela nous devons absolument croire au pouvoir des ondes bienfaisantes.

    La Chaîne d’Union, symbole de fraternité

    Lorsque le Récipiendaire apprend qu’il vient d’être admis dans la Franc-maçonnerie, il est invité à entrer dans la Chaîne d’Union. Le nouveau Frère découvre intuitivement dans cette cérémonie rituelle bien plus qu’un signe : il reçoit la révélation d’un message de fraternité universelle transmise par ses Frères.

    La fraternité implique les notions de partage, de loyauté, de fidélité et d’amour entre les êtres humains, entre les membres d’une société en particuliers la nôtre. La fraternité n’est pas forcément innée mais la structure de la Loge maçonnique est favorable à l’épanouissement fraternel et, par conséquent, propice aux développements de qualités telles que la charité, l’indulgence, la fidélité, la tolérance.

    Le Frère Apprenti, cherchant et travailleur, parviendra à assimiler, à perfectionner ces valeurs en travaillant assidûment à la taille de sa Pierre brute. Pour y parvenir, il lui faut faire preuve d’abnégation, abandonner ses convictions pour se mettre entièrement à l’écoute de l’autre et se remettre constamment en question pour progresser, d’abord lui-même, pour le rayonnement de sa Loge et de la Franc-maçonnerie.

    La Franc-maçonnerie nous permet de créer l’unification de l’énergie des Frères par ce geste rituel que constitue la Chaîne d’Union. En effet, si lors d’une Tenue, une énergie, une atmosphère se dégage déjà par l’orientation du Temple et la disposition des Frères selon leur fonction, celle-ci s’accentuera lors la Chaîne d’Union où tous les Frères se donnent la main en formant idéalement un cercle, symbole d’unité. Il se dégage une puissante énergie. Les Frères transmettent leur énergie un peu comme en physique les particules dans un accélérateur. De même chaque Frère apporte sa propre énergie en même temps qu’il reçoit celle de ses Frères.

    La Chaîne d’Union est le moyen charnel de nous rassembler ; elle symbolise notre unité. Elle est ce lien mystique puissant qui nous fait instantanément aimer de parfaits étrangers. C’est à ce moment-là où véritablement nous nous sentons davantage Frères et où passe une onde indéfinissable que beaucoup appellent l’égrégore.

    Ce rite évoque symboliquement la fraternité et la solidarité entre les Francs-maçons. Il prend particulièrement toute sa valeur lorsque la Loge vient de s’enrichir d’un nouveau Frère.

    La Chaîne d’Union rituelle est le véhicule de l'influence spirituelle. Elle est aussi une technique pour la transmission de l'énergie, technique efficace à condition d'être bien pratiquée. Pour que chacun tire profit de ce magnétisme, il faut qu'un amour fraternel, profond et sans réserve réunisse tous les participants sans exception. L'absence de cette condition rend inefficace, inutile et absurde le rite de la Chaîne d’Union. Afin de concrétiser davantage cette chaîne d'harmonie, le Vénérable Maître recommande souvent que tous les esprits des Frères présents se concentrent sur une même idée.

    Symboliquement, la Chaîne d’Union évoque les liens très étroits qui unissent tous les éléments qui régissent notre planète, aussi bien matériellement que spirituellement. Par-là, elle se veut la réunion de toutes les volontés, de toutes les énergies, en une force unique capable de transcender les épreuves les plus terribles et de réaffirmer à chaque instant la maîtrise de l'esprit et la dimension sacrée de l'homme.

    Selon Edouard Plantagenet, « elle symbolise l'Universalité de l'Ordre et rappelle à chacun que tous les vrais Maçons, quelle que soit leur patrie, ne forment qu'une seule famille de Frères, répandus sur la surface de la terre. Il semble en effet que la Chaîne d’Union rapproche les cœurs en même temps qu'elle ranime dans les consciences le sentiment de la solidarité qui nous unit et de l'interdépendance qui nous lie ».Tout Frère qui participe consciemment et sans réticences à la Chaîne d’Union rituelle en ressent lui-même les effets suggestifs et réconfortants.

    Ce cérémonial semble préparer heureusement l'ambiance propice pour faire de la Fermeture des Travaux bien autre chose qu'une simple formalité !

    Bibliographie

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 38, 49 et 80

     

    Béresniak Daniel - L'apprentissage maçonnique, une école de l'éveil ?

    Editions Detrad, Paris, 1983 - Pages 106 et 107

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 49 et 50

     

    Benuraud A. et Brugnaux C. - Eléments pratiques de formation maçonnique et symbolique

    Les Amis de Tristan Duch, Firminy (France), 1993

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999 - Pages 164 à 165

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 169 à 175

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie - Tome 2

    Editions de l'Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Page 107

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en loge d'Apprentis

    Editions Dervy – Livres, Paris, 1988 - Pages 95 et 96

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Page 211

     

    Autres ouvrages consultés :

    Ferré Jean - Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, Paris, 1994

     

    Guigue Christian - La formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1996

     

    Guigue Christian - Les Planches de l’Apprenti

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1996

     

    Mainguy Irène - La symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy, Paris, 2001

     

    La planche d’instruction du grade

    Après avoir accompli son premier Travail et avoir été incorporé à la Chaîne d’union, l’Apprenti reprend sa place sur la Colonne du Nord et écoute ensuite la planche d’instruction du grade, tracée par le Frère Orateur. Celui-ci peut évoquer quelques aspects de la cérémonie qui vient d’être vécue ; il peut déjà mettre l’accent sur l’étude des symboles représentés sur le Tapis de Loge ou même évoquer les devoirs de l’Apprenti.

    A l’issue de la cérémonie, le jeune Apprenti pourra aussi récupérer ses métaux.

    La restitution des métaux

    Quel sens donner à la restitution des métaux ?

    En Maçonnerie, le dépouillement des métaux a une valeur purement symbolique puisque le Néophyte les récupère après la cérémonie. Il ne s’agit pas, dans la tradition maçonnique, d’arracher le Néophyte au monde profane au sens concret du terme.

    Lorsqu’il a reçu communication des mots, signes et attouchements qui lui permettront dorénavant de se faire reconnaître Apprenti Maçon, lorsque ses Frères  l’ont acclamé par la batterie d’usage et admis à prendre place en tête de la Colonne du Nord, le Néophyte rentre en possession de ces métaux dont il avait été dépouillé en tant que Profane. Le cérémonial de Réception se termine donc par où il a commencé !  En effet, dit Oswald Wirth, « le faux brillant des choses ne doit plus faire illusion à l’homme qui a été purifié intellectuellement et moralement. Quant aux richesses, il ne s’agit aucunement de les mépriser, mais de ne les rechercher qu’en vue de les employer dans l’intérêt de tous ».

    La Franc-maçonnerie n’exige pas de nous la renonciation au monde temporel. Elle prétend seulement nous enseigner à nous abstraire des contingences profanes, ce qui constitue la condition préalable à une réflexion sur nous-mêmes, à notre intériorisation. Elle indique la direction spirituelle, la voie « royale » qui nous permet   de cultiver notre réflexion, notre sensibilité, notre intuition. Formés à cette forme particulière d’ascèse, nous retournerons dans le monde profane avec des forces nouvelles.

    Notre attention ayant été attirée sur le sens du dépouillement des métaux, nous nous efforcerons donc au cours de notre vie de réaliser un équilibre aussi harmonieux que possible entre les valeurs matérielles et les valeurs spirituelles.

    Cet équilibre exclut nécessairement le mépris à l’égard des valeurs matérielles au profit des valeurs spirituelles ou réciproquement. La réalité est une totalité indissociable.

    Le Travail maçonnique dans la Loge exige aussi de nous de « laisser nos métaux à la porte du temple ». Tous les rituels nous le rappellent !  Qu’en est-il ?

    En Loge, on ne se sert plus d’outils de fer qui préparent les pierres. Celles-ci sont prêtes. Il s’agit seulement de les assembler. Pour cela, on ne se sert que d’instruments de mesure : équerre, compas, fil à plomb, niveau, etc.… Ces instruments sont silencieux. Ils n’engagent pas les muscles mais uniquement les facultés intellectuelles.

    En Loge, tous les éléments dont on dispose – les Frères avec leurs Travaux et leurs points de vue personnels – doivent trouver leur juste place dans l’édifice, fruit du travail collectif. A ce niveau, les seuls outils sont les instruments de mesure, avec les qualités qui leur sont propres : précision et rigueur !

     

    Bibliographie

    Béresniak DanielRites et Symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome I :  « Les Loges Bleues » Editions Detrad, Paris, 1997 - Pages 11 à 19 ; 97

     

    Béresniak Daniel - L’apprentissage maçonnique, une école de l’éveil ?

    Editions Detrad, Paris, 1983 - Pages 112 à 115

     

    Berteaux Raoul - La Symbolique au grade d’Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 77 et 78

     

    Boucher Jules - La Symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 32 et 33

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie Tome 2

    Editions de l’U.L.B., Bruxelles, 1997 - Pages 113 et 114

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en loge d’Apprentis

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Page 56

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome 1 : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 124, 125, 147 et 157

     

    Brève analyse du Tableau de Loge d’Apprenti

    Nous, Francs-maçons, sommes très attachés au symbolisme que nous considérons comme un moyen d’accès à la Connaissance. Notre Loge maçonnique elle-même n’est pas un espace vide : elle est habitée par des symboles.

    Après avoir ouvert les Travaux à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, après que le Volume de la Loi Sacrée ait été lui-même ouvert sous le Compas et l’Equerre et posé sur l’autel des serments, le Vénérable Maître qui préside à la vie de la Loge, fait déployer sur le Pavé mosaïque, entre les Piliers de la Sagesse, de la Force et de la Beauté, le Tableau ou Tapis de Loge sur lequel figure l’ensemble des symboles qui décorent la Loge.

    La Loge d’Apprenti est figurée sur ce « Tableau de Loge » qui a la forme d’un rectangle, dénommé autrefois « Carré Long ». Il a en effet les dimensions d’un carré long, d’un rapport de proportion de 1 sur 2, qui correspond donc à deux carrés juxtaposés. La forme quadrangulaire est utilisée comme modèle d’orientation spatiale : de l’Orient à l’Occident et du Septentrion au Midi. La même forme quadrangulaire peut aussi être utilisée pour le repérage du temps : de l’Équinoxe de printemps à l’Équinoxe d’automne et du Solstice d’hiver au Solstice d’été. En se référant au cycle diurne – nocturne, lors de la pose du Tableau, le Midi est amené en coïncidence avec le Sud et le Minuit avec le Nord.

    Le Tableau de Loge d’Apprenti peut donc être considéré comme un modèle spatio-temporel dont les dimensions sont infinies dans l’espace et éternelles dans le temps. Ce modèle figure le Cosmos dans sa totalité. C’est dans cet espace-temps, infini et éternel que l’on va isoler un modèle réduit.

    Placé au point central de l’atelier, dans l’axe du monde qui traverse le milieu du Pavé mosaïque, le Tableau de Loge est requis pour le Travail rituel du degré. Il porte tous les emblèmes et symboles usuels du grade et au Travail maçonnique en général.

    Autrefois les symboles du Tableau de Loge étaient dessinés sur le sol pour l’Ouverture et effacés à la clôture. Il entrait dans les attributions du Maître des Cérémonies de tracer le tableau symbolique à la craie lors de l’Ouverture des Travaux et de l’effacer soigneusement, avec une éponge mouillée, au moment de la clôture.

    Lorsque les Loges construisirent leurs Temples et abandonnèrent les tavernes, l’usage du dessin à la craie tomba en désuétude et il fut estimé plus commode de fabriquer un « tapis » une fois pour toutes. On trouva effectivement plus expédient de dérouler sur le parquet de la Loge une toile peinte d’avance. Traditionnellement, les Néophytes devaient accomplir leurs voyages autour d’un semblable rectangle mystique, renfermant les symboles proposés à leur méditation.

    Le Tableau devint alors un Tapis de Loge, ce qui correspond parfaitement à l’ancienne observance des Modernes. Cette appellation de « Tapis de Loge » provient du fait qu’au 18ème siècle les symboles étaient peints sur un drap, sur un morceau de tissu déroulé à même le sol. L’apparition de cette application se situe vers 1730. Aujourd’hui encore, de nombreux ateliers perpétuent cet ancien usage.

    La transformation du « tapis » en « tableau » tient à la permanence des locaux maçonniques et à l’évolution des techniques graphiques.

    De nos jours, au Rite moderne, la plupart des Loges se servent d’une toile peinte – voire d’un tableau en bois sculpté – que le plus jeune des Apprentis déroule ou découvre lors des Tenues, à l’Ouverture des Travaux. Cette opération est évidemment plus simple que de recréer tout le Tableau.

    Synonyme de « Tableau mystique », le « Tapis » ou « Tableau de Loge » désigne la représentation graphique des symboles d’un grade maçonnique, dans un Rite déterminé, spécialement pour ce qui concerne les trois niveaux des Loges symboliques. « Tapis » ou « Tableau », il résume les symboles et enseignements que l’Apprenti, le Compagnon et le Maître doivent connaître.

    En fonction du Rite pratiqué (Moderne, Écossais Ancien Accepté, Écossais Rectifié, Écossais Philosophique, Français Moderne, Émulation, …) les éléments qui figurent sur le Tableau de Loge peuvent varier, selon qu’ils sont considérés ou non comme essentiellement représentatifs de l’enseignement dispensé à tel ou tel grade ou degré initiatique (degré d’Apprenti, degré de Compagnon, degré de Maître).

    Au-delà du rang de Maître, les Hauts Grades font également usage des Tableaux de Loge mais sous une forme symbolique plus épurée, rappelant davantage le degré atteint par rapport à l’Initiation dans sa globalité.

    Le Tableau de Loge figure un temple. Le temple, en tant que modèle réduit peut être réalisé par une courbe continue tracée sur le sol ou par une barrière formée de poteaux et de cordes ou par tout autres moyens réels ou fictifs. Ce temple est fermé par une corde à nœuds sur les côtés Nord, Est et Sud. Il est ouvert du côté de l’Ouest. C’est de ce côté que se trouve la « porte ».

    Cette figuration est universelle : elle appartient à un lointain passé ; elle appartient à des civilisations éloignées dans l’espace. Fermé sur trois côtés et ouvert sur un quatrième côté correspond aussi à cette double condition d’universalité. Selon les cas, le côté ouvert est orienté vers le soleil levant ou vers le soleil couchant. La porte du Tableau de Loge est figurée par une construction architecturale.

    Pour conférer à cet enclos le caractère « sacré » qui lui revient, certains objets y ont été déposés en des emplacements déterminés. Nos déplacements dans le Temple s’effectuent toujours par circumambulation autour du tableau de Loge. Certaines paroles prononcées et des gestes accomplis renforcent le caractère « sacré » de cet enclos.

    Jules Boucher nous propose une énumération sommaire des symboles figurant sur le Tableau de Loge d’Apprenti : ce « Tableau » comporte deux Colonnes, surmontées de Grenades, encadrant une Porte à laquelle conduisent trois Marches ; elles-mêmes suivies d’un Pavé mosaïque.  On y voit aussi trois Fenêtres, une Pierre brute, une Pierre cubique à pointe. Une Corde à trois nœuds encadre ce « Tableau » qui comprend en outre le Soleil et la Lune, les deux Luminaires, l’Equerre et le Compas, la Perpendiculaire et le Niveau, le Maillet et le Ciseau, la Planche à tracer. Tentons d’organiser quelque peu cette énumération.

    Certes, il y a plusieurs façons d’aborder la lecture du Tableau de Loge. Celle que nous proposons part de l’évocation de la Lumière pour aboutir à la construction du Temple, en passant par le symbolisme des outils.

    Commençons, arbitrairement, par nous intéresser au centre du fronton du Temple où nous apercevons un Triangle et à l’intérieur de celui-ci un œil. Ce triangle, ce Delta lumineux et l’œil qui y est inscrit, représentent symboliquement le « Grand Architecte de l’Univers », élément essentiel de la philosophie maçonnique. Des Maçons l’assimilent à Dieu et certains même au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. D’autres l’assimilent à l’Etre Suprême et à un Principe créateur, et certains à l’Esprit, à la Conscience Universelle. Ce Delta et l’Œil apparaissent comme le symbole de l’Etre, de l’Unité et de la Totalité. De ce Triangle émanent des rayons lumineux : « la Lumière ».

    Le Grand Architecte de l’Univers, Etre Suprême ou Principe créateur a créé le Cosmos puis la Lumière grâce à laquelle Il a donné à ce monde un ordre, un sens, une signification.

    Mais sur le Tableau de la Loge figurent aussi les luminaires que sont le Soleil et la Lune. Et il convient de ne pas confondre cette Lumière qui émane du Delta avec celle du Soleil et de la Lune. Celles-ci sont de l’ordre de la nature alors que la Lumière qui émane du Delta est d’un autre « Ordre » : elle est de l’ordre de l’Esprit. Et, lorsque le Vénérable Maître nous invite à nous tourner vers la Lumière, il ne s’agit pas d’une lumière naturelle, celle du soleil et de la lune, mais d’une Lumière spirituelle, « celle de l’Esprit et du Cœur ».

    Pour l’observateur terrestre de l’hémisphère Nord, la course circulaire apparente du soleil émerge à l’orient et s’immerge à l’occident. Aussi l’image du Soleil est-elle associée à la moitié sud de la Loge. Par voie de complémentarité, l’image de la Lune est associée à la moitié nord de la Loge.

    Le Soleil et la Lune, les deux astres les plus visibles, sont souvent associés en un modèle symbolique binaire au sein duquel les deux éléments constitutifs sont liés par le principe de complémentarité.

    Le Soleil est l’astre du jour, la Lune celui de la nuit. L’un est actif, l’autre passif. Ils sont deux expressions différentes de la lumière qui règne sur le monde en permanence. L’un brille dans la clarté du jour, l’autre dans l’obscurité de la nuit, mais toujours avec un rayonnement suffisant pour éclairer les hommes en quête d’évolution sur le chemin de leur devenir.

    Le symbolisme du Soleil et de la Lune est à explorer parce qu’il raconte toutes les attentes et toutes les craintes de l’homme. La perception du temps et de l’espace, la chaleur et la lumière, la fécondité, le rythme des saisons, l’idéal du moi, les dieux, les rites, les mythes fondateurs des religions sont impliqués et éclairés par ce qui est dit et rêvé de ces deux astres. Ils sont les premiers repères de celui qui regarde le ciel. Le Travail sur ces symboles est formateur pour les Maçons dont la vocation est de connaître l’homme et de  l’améliorer.

    En plus des images de la Lune et du Soleil, le Tableau de Loge présente une constellation d’étoiles avec quelques courbes esquissant des nuages. La Voûte étoilée n’a de valeur symbolique qu’en tant qu’élément « complémentaire » de l’élément Terre ou de l’élément Temple qui s’y substitue. L’ensemble des deux éléments forme un modèle symbolique binaire, corrélatif au modèle Équerre – Compas.

    La Voûte étoilée, c’est en réalité le ciel, la voûte céleste parsemée d’étoiles. Elle est le symbole du caractère cosmique et universel du Temple et de la Franc-maçonnerie elle-même. C’est pourquoi le plafond du Temple, traditionnellement constellé d’étoiles sur un fond bleu, est appelé « voûte étoilée ».

    La contemplation d’un ciel étoilé nous apporte une grande quiétude et une remarquable sérénité d’esprit. Elle nous incite à la méditation davantage qu’à la rêverie. La Voûte constellée des Temples maçonniques est le symbole de son universalité et, simultanément, celui de sa véritable transcendance.

    La lumière est aussi représentée sur le Tableau de Loge par trois Fenêtres : la première à l’Orient, la seconde au Midi et la troisième à l’Occident. Il n’y a pas de fenêtre au Nord et les trois fenêtres sont grillagées. En dehors de la symbolique solaire, ces fenêtres interviennent comme des bornes, des limites, des frontières. Si elles sont grillagées, ce n’est peut-être pas pour interdire aux profanes de regarder dans le Temple mais simplement pour en défendre l’accès. Si ce grillage protège ces Ouvertures, cela pourrait aussi indiquer que le Travail des ouvriers est soustrait à la vue des profanes. Mais remarquons que si le Temple était éclairé intérieurement, un simple grillage ne suffirait pas pour empêcher de voir ce qui s’y passe !

    Le Temple est tout simplement isolé du monde profane et le Maçon ne doit avoir aucune tentation de rester un simple spectateur de ce même monde. Au contraire, il faut qu’en sortant du Temple, après y avoir puisé de nouvelles forces, le Maçon redevienne un acteur dans la foule anonyme et y répande, entre autres, la Sagesse qu’il est venu y acquérir.

    La fenêtre du Midi marque le commencement et la fin d’un monde qui se situe hors de portée des hommes. Celle d’Occident reste affectée à la mort symbolique. Quant à la fenêtre d’Orient, elle marque symboliquement le passage par où peuvent s’opérer la hiérophanie et la transfiguration.

    Sur le Tableau de Loge, en matière de lumière, nous découvrons ensuite deux des Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie, l’Equerre et le Compas, deux instruments du Grand Architecte de l’Univers.

    Si la Lumière qui se dégage du Tableau de Loge nous suggère de créer et de bâtir, nous ne pouvons cependant le faire qu’à la condition de savoir utiliser les outils, comme le Grand Architecte, et de les utiliser en fonction de la Loi morale, présente à la conscience de l’homme, ordonnée à une Vérité à découvrir, un Bien à réaliser et une Beauté à conquérir.

    L’Équerre, c’est ce qui sert à rendre les corps carrés. Le Compas, c’est ce qui sert à comparer, à mesurer. Ce sont les outils symboliques utilisés par le Grand Architecte de l’Univers dans son œuvre ordonnatrice. Ils permettent de tracer le plan du monde. Lorsqu’ils sont associés au Volume de la Loi sacrée, comme des moyens unis à une fin, ils forment un modèle binaire.

    Le Compas est un outil actif permettant de dessiner des cercles. Cette forme géométrique est un symbole cosmologique. Le Compas évoque l’idée de mesure précise mais davantage celle d’Ouverture. Il représente à la fois le mouvement et donc le temps, mais aussi le dynamisme constructeur, la pensée agissante, la prudence et le pragmatisme dans la recherche de la Vérité. Le Compas est aussi le symbole de l’esprit et de son pouvoir sur la matière.

    L’Équerre est un outil passif, symbole de la matière. L’Équerre peut aussi représenter l’espace car elle a une double propriété caractéristique : l’horizontalité et la verticalité. Oswald Wirth lui assigne un sens d’équité, de justice, de rectitude dans l’action humaine. Si l’un des côtés de l’Equerre est d’une longueur supérieure, l’outil a alors un sens de dynamisme.

    L’Équerre est l’un des symboles fondamentaux de la Franc-maçonnerie : en effet, sans l’Equerre, le Maçon ne pourrait jamais passer de la « pierre brute », qui n’a aucune horizontalité ni verticalité parfaite, à la « pierre cubique », perfection spatiale.

    De l’Equerre émanent plusieurs valeurs morales. La principale, attestée par son angle droit, fixe et immuable, que Pythagore appelait son « angle d’équité », est la rectitude de l’Initié tant dans sa vie maçonnique que dans sa vie profane, une rectitude qui doit inspirer ses pensées, ses paroles et ses actions, une rectitude à laquelle se rattachent l’honnêteté, la sincérité, la franchise et l’intégrité. Autant d’exigences qui distinguent le Maçon de l’homme ordinaire dans l’existence quotidienne ; autant d’exigences réciproques qui s’imposent entre Frères, dans la Loge au cours des Travaux.

    Les Tableaux de Loges placent le Compas ouvert, les deux pointes dirigées vers le haut. Cette disposition semble nous inviter à une investigation bien mesurée des principes abstraits. Elle implique une étude rationnelle, non de la terre ou des faits objectivement constatables, mais bien du ciel.

    Sur le Tableau de Loge figurent aussi deux dessins de pierre : le premier est celui de la « Pierre brute » ; le second est celui de la « Pierre cubique à pointe ». Parfois elle est surmontée d’une hache.

    La pierre brute n’a aucune forme ; la pierre cubique a été taillée. Dans les rituels maçonniques, il est écrit que le Franc-maçon doit s’efforcer de passer de la Pierre brute à la Pierre cubique, c’est-à-dire que si l’on assimile l’homme lui-même à un ensemble sans ordre ni mesure à l’état de nature, il doit par sa réflexion, par son travail apprendre à se discipliner, à mettre un certain ordre en lui-même « en maîtrisant ses passions et en soumettant sa volonté », comme le Grand Architecte lui-même a fait passer le monde du chaos à l’ordre et des ténèbres à la Lumière.

    La Planche à tracer est aussi présente sur le Tableau de Loge sous la forme d’un rectangle sur lequel figurent deux grilles d’un alphabet maçonnique. Celles-ci sont utilisées pour créer un alphabet dont les lettres sont formées exclusivement par des équerres et des points mais cet alphabet est peu utilisé.

    La Planche à tracer qui figure sur le Tableau de Loge est là pour suggérer au Franc-maçon qu’avant de s’engager dans une action, avant de réaliser une œuvre, il lui faut la penser, tracer les plans de la construction avant de passer à la construction elle-même et apprendre à se servir des outils propres à la construction d’un édifice.

    C’est sur la Planche à tracer que les Maîtres établissent leurs plans. Mais les Apprentis ne doivent pas ignorer l’emploi de ce symbole. Et c’est parce qu’ils doivent s’exercer à ébaucher leurs idées que ce symbole figure déjà sur le Tableau de la Loge d’Apprenti.

    La Pierre brute, la Pierre cubique et la Planche à tracer associées forment un ensemble de trois symboles connus sous l’appellation de « bijoux immobiles ». Ils correspondent respectivement aux degrés d’Apprenti, de Compagnon et de Maître.

    Le Grand Architecte a donc créé et ordonné le monde ; il a aussi créé la Lumière. Grâce à cette Lumière, il a donné à ce monde un ordre, un sens, une signification. Ce monde, cosmique et naturel est déjà fait. Il est déjà là et c’est à nous, Francs-maçons à l’étudier, à le connaître si nous voulons le transformer. Mais si le monde de la nature est déjà fait, il n’en est pas de même pour l’homme lui-même. L’homme n’est pas déjà fait, il est à faire, il est à bâtir. L’Initiation consiste à faire le Maçon, à le bâtir avec les outils symboliques, dans la visée du Bien, dans la reconnaissance de la Loi morale.

    Or, le Franc-maçon ne peut le faire qu’à l’aide d’outils symboliques. Ce sont ces outils que nous allons examiner à présent car, eux aussi figurent sur le Tableau de Loge. Ce sont d’une part le Maillet et le Ciseau, et d’autre part le Fil à plomb et le Niveau. Ils permettent au Maçon de bâtir, de construire.

    Le Maillet et le Ciseau, outils de l’Apprenti, forment une association d’instruments. Le modèle symbolique formé par la jonction du Maillet et du Ciseau est un signe de puissance créatrice. Basé sur l’image de la taille de la pierre, le sens de ce modèle peut être amplifié en le transférant dans des domaines variés. C’est à ce Travail qu’est convié l’Apprenti par la présence des deux outils associés sur le Tableau de Loge.

    Le Maillet est considéré comme le symbole de l’intelligence qui guide la main, qui elle-même tient le Ciseau et l’oriente. Le Maillet serait aussi le symbole de l’intelligence qui agit et persévère, qui dirige la pensée et anime la méditation de celui qui cherche la Vérité dans le silence de sa conscience. Mais il semble aussi être l’emblème du Travail et de la Volonté. Vu sous cet angle, il est inséparable du Ciseau qui représente le discernement sans l’intervention duquel l’effort serait vain.

    Le Ciseau est l’un des symboles du Travail maçonnique mais principalement de celui de l’Apprenti qui, grâce à cet outil tranchant, peut dégrossir sa « pierre brute ».

    Le Ciseau et le Maillet constituent un couple symbolique qui associe la force et l'habileté. Notre intelligence et notre volonté doivent s’appliquer à notre propre perfectionnement avant qu’il nous soit permis d’ambitionner une action plus étendue. Outil du Vénérable et des Surveillants, le Maillet revêt aussi un caractère d’autorité et de pouvoir.

    Le Fil à plomb est un instrument irremplaçable qui nous vient des bâtisseurs. Il sert à vérifier la verticalité. En matière de construction, il y a lieu de remarquer qu’on s’assure de la perpendicularité grâce à l’équerre ! Au plan symbolique, le Fil à plomb représente le domaine au sein duquel opèrent le Ciseau et le Maillet.

    La ligne verticale, matérialisée par le fil que tend une petite masse de plomb, situe l’espace immatériel où se produit le dégrossissage de la Pierre brute, Travail essentiel et primordial de l’Apprenti.

    Le Fil à plomb n’a ni sommet ni longueur définis. Il symbolise l’activité ésotérique de l’homme, sa vie intérieure, psychique, mentale. C’est le lieu du moi individuel et le passage entre le haut et le bas de ce moi, c’est-à-dire la connaissance de soi, condition sine qua non de l’Initiation. La connaissance approfondie de soi réclame une volonté, un courage et une persévérance de tous les instants.

    Dans la Maçonnerie moderne, le Niveau se présente en forme de triangle dont l’angle supérieur est de 90°, au faîte duquel est attachée une perpendiculaire. Par le fait qu’il indique à la fois l’horizontale et la verticale, il constitue l’instrument idéal  pour celui qui veut bâtir, ce qui est le but symbolique de tout Initié puisque celui-ci a pour mission de reconstruire son propre Temple. Le niveau et la perpendiculaire sont indispensables à toute construction : le niveau sert à vérifier les horizontales, la perpendiculaire sert à vérifier les verticales.

    Par la justesse qu’il permet d’atteindre sur l’un et l’autre plan, le niveau est le garant d’une construction harmonieuse. Il est par excellence un outil de perfection. Appliqué à la progression et à l’évolution de l’homme, il représente l’égalité des valeurs humaines et sociales. Le Niveau serait donc le symbole de l’égalité originelle. Mais il peut aussi indiquer que le Maçon n’a pas à vouloir prouver qu’il a raison mais qu’il a à participer en toute modestie aux Travaux de la Loge qui ont pour but la probe recherche de la Vérité. Le Niveau ne symbolise pas l’égalité des hommes devant les lois du monde profane. S’il est vrai que les Maçons en Loge sont égaux devant les lois maçonniques, le Niveau ne semble pas non plus le symbole de cette égalité.

    S’il est également vrai qu’une Tenue a pour objectif, entre autres, d’uniformiser les disparités sociales, culturelles et idéologiques des membres de la Loge, le Niveau n’est pas le symbole d’une uniformisation à tendance égalitariste ou le symbole d’un nivellement par le bas ! Le Franc-maçon est avant tout un homme libre d’avancer, sur la voie initiatique, au rythme qu’il peut soutenir, sans élitisme ni esprit de compétition.

    Lutter contre les inégalités du monde profane est un idéal auquel les Maçons aspirent. Mais cette lutte commence par l’amélioration de soi. La Franc-maçonnerie a foi en cette mission qu’elle confie à chacun de ses membres et le Niveau est un des instruments de la perfectibilité humaine. C’est d’elle qu’il est un des symboles. Il  semble donc bien à sa place sur le Tableau de la Loge !

    La Perpendiculaire et le Niveau sont attribués respectivement au Second et au Premier Surveillant, ce qui souligne le degré d’importance dans l’instrumenta maçonnique.

    Les outils sont utiles, indispensables même, pour construire symboliquement le Temple. Aussi trouvons-nous sur le Tableau de Loge l’image du Temple qui rappelle le Temple grec ou romain. Il est de forme rectangulaire et surmonté d’un fronton triangulaire.

    Devant le Temple nous observons une représentation du « Pavé mosaïque » qui aurait décoré le Temple de Salomon et qui décore aujourd’hui encore le sol de toutes les Loges.

    Composé de carrés blancs et noirs alternés, le Pavé mosaïque représente les dualités, les oppositions, les contraires que l’être humain observe et même subit au cours de l’existence quotidienne. Mais au-delà de ce symbolisme apparemment binaire, ces paires ne sont opposées qu’en surface. Un Initié digne de ce nom cherchant toujours au-delà des apparences, se rend compte que le blanc n’est que l’aspect complémentaire du noir. Il n’y a dès lors ni carreaux blancs ni carreaux noirs sur le Pavé mosaïque à partir du moment où l’Initié dirige son mental vers les lignes virtuelles que forment les carreaux côte à côte. Ces lignes médianes, hors de la dualité blanc-noir, et leur ensemble composent l’élément trinaire du symbole.

    Pour accéder à l’entrée du Temple, il faut gravir trois Marches, ce qui signifie que pour accéder à ce lieu sacré, il faut s’élever, comme pour apercevoir la Lumière.

    Le Tableau de Loge présente un escalier de trois Marches devant la porte d’entrée. Le plus souvent cet escalier est reporté vers le fond du temple. Certains auteurs présentent un nombre de marches différent de trois : il s’agit là d’écarts destinés à promouvoir l’une ou l’autre thèse chère à l’auteur. Du point de vue de la symbolique des nombres, c’est bien trois qui assume la cohérence numérique du degré d’Apprenti.

    Le Tableau de la Loge présente à l’Ouest un portique formé de deux colonnes soutenant un linteau sur lequel repose le fronton triangulaire déjà évoqué. Les deux colonnes ont ici la fonction de soutien. Il ne faut pas les confondre avec les Colonnes J:. et B:.. Il s’agit ici d’une porte, au sens architectural du terme, qui contrôle l’entrée dans l’enclos délimité par la corde à nœuds. Lors de la cérémonie de Réception du candidat, la porte est supposée basse et étroite.

    Les Colonnes J:. et B:. rappellent celles qui étaient situées dans le Temple de Salomon : la Colonne B:. (Booz) symboliserait la Force (« en lui est la Force ») ; la Colonne J:. (Jakin) signifierait « maintenir en force ». Il s’agit d’établir ; il s’agit aussi de maintenir. Le Franc-maçon, comme l’Architecte, doit bâtir mais il doit aussi maintenir ce qu’il fait, affirmer son œuvre et sa validité et empêcher qu’elle soit détruite par qui que ce soit.

    Au grade d’Apprenti, le « Tapis » ou « Tableau de Loge » est entouré d’une corde à nœuds. Ces nœuds entrelacés sont probablement l’image de l’union fraternelle qui lie par une chaîne indissoluble tous les Francs-maçons du globe.

    En suivant le contour du Carré long sur les côtés Nord, Est et Sud, la corde à nœuds délimite un enclos ouvert vers l’Ouest. C’est sur ce dernier côté qu’est figurée la porte, ouvrant le passage dans l’enclos sacré, cerné par la corde. Un tel enclos est dénommé « temenos », c’est-à-dire un lieu séparé et isolé. Ce terme est à l’origine du mot « temple ». Certains auteurs y ont vu une représentation de la Chaîne d’union. Remarquons cependant que notre Chaîne d’union est une boucle « fermée » tandis que la corde à nœuds est « ouverte ».

    Pour Benuraud et Brugnaux, la fonction de la corde à nœuds consiste à maintenir les différents éléments contenus dans l’enceinte du Temple. La corde à nœuds semble en effet bien protéger l’ensemble des outils et symboles représentés sur le Tableau de la Loge. Elle reste toujours « ouverte » vers l’Occident mais marque une limite à ne pas franchir en direction de l’Orient. Cette disposition ne nous indiquerait-elle pas que la lumière qui luit à l’Orient est sacrée, intouchable et inaccessible et que, par conséquent, la Vraie Lumière, c’est celle qu’il faut chercher ailleurs, au plus profond de soi-même ?

    Le Tableau de Loge apparaît donc comme un condensé des symboles essentiels d’un degré et devient ainsi un support efficace pour la réflexion du Franc-maçon à leur sujet. Image réduite des valeurs symboliques et mythiques de la Loge, il condense au centre du Temple, visible de tous par conséquent, l’essentiel de la Maçonnerie : la Lumière, la fraternité, le travail, l’égalité, l’axe et l’équilibre de la recherche initiatique depuis la Pierre brute jusqu’à la Pierre cubique, la protection du monde maçonnique contre le monde profane…

    Durant les Travaux, c’est le Tapis de Loge qui reçoit l’éclairage général du Temple sans cacher le Pavé mosaïque qui y est dessiné. C’est un lieu sacré. C’est pourquoi nos déplacements s’effectuent tout autour de lui.

    Notre circumambulation autour de cet espace sacré a pour objectif de respecter au sein du Temple intérieur de chaque Initié la Lumière sacrée qui s’y trouve enfouie et qu’il recherche pour la cultiver, pour la faire grandir et pour la faire rayonner autour de soi.

    Bibliographie

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Page 151

     

    Benuraud A. et Brugnaux C. - Eléments pratiques de formation maçonnique et symbolique

    Les Amis de Tristan Duché, Firminy (France), 1993

     

    Béresniak Daniel - Rites et Symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome I : « Les Loges Bleues » - Editions Detrad, Paris, 1997 - Page 67

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d’Apprenti

    Edimaf, Paris, 1986 - Pages 17 à 19

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Page 129

     

    Guigue Christian - La formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1995 - Page 273

     

    Mainguy Irène - La Symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy,  Paris, 2001 - Page 168

     

    Tort-Nougues Henri - Lecture des Tableaux de Loge (Rite écossais)

    Guy Trédaniel Editeur, Paris, 1999 - Pages 27

     

    Pour conclure, du moins provisoirement

    La cérémonie d’Initiation, à peine terminée, la Loge se réjouit car elle vient de célébrer une nouvelle entrée en Maçonnerie. Elle a revêtu ses plus beaux atours et a pris son air de fête pour recevoir le nouvel Apprenti. Lorsque le bandeau qui couvrait ses yeux lui a été enlevé, la Lumière s’est répandue dans le Temple et il aura sans doute ressenti, un peu confusément, que la Réception d’un Frère Apprenti est un événement important dans la vie d’une Loge maçonnique.

    Il vient, en effet, de commencer à prendre sa part de Travail des Maçons, travail symbolique qui ambitionne de construire le temple de la Vérité et de la Sagesse. Car les Francs-maçons ont un idéal qui ne s’appuie sur aucun dogme auquel ils seraient tenus d’obéir et de croire aveuglément. Cet Idéal, ils le poursuivent sans préoccupations intéressées, non pas dans l’espoir d’une récompense sur Terre ou dans un autre monde, ni dans la crainte d’un châtiment s’ils s’en écartaient. Ils s’attachent à cet Idéal parce qu’ils estiment que la justice dans l’égalité, la sagesse dans la bonté sont des devoirs humains, et même naturels, et que la pratique de ces vertus porte en elle sa récompense la plus directe et la plus effective.

    L’accession à la Maçonnerie est bien une forme de privilège qui permet au nouveau Frère d’être en droit d’éprouver un sentiment de fierté légitime. A cette fierté correspond d’ailleurs la joie de ceux qui l’ont accueilli, pour toujours.

    La Maçonnerie est profondément imprégnée d’un esprit fraternel qu’il découvrira au contact de ses Frères. Cet esprit ne s’obtient réellement que par un travail opiniâtre et incessant. Et c’est une joie pour eux de le voir dès cet instant prendre en main leurs outils symboliques.

    Le voilà donc initié ! Il vient d’être créé, consacré et reçu Franc-maçon. Pourtant cette cérémonie ne suffit pas, nous le savons tous, pour faire de lui un Maçon. Il lui faudra sans doute toute une vie maçonnique pour entrevoir une réponse, non dogmatique, à la question « qu’est-ce que cette Initiation que je viens de vivre ? ».

    Le jeune Apprenti s’apercevra probablement très vite que cet esprit qui anime la Maçonnerie peut rivaliser avec la plus belle et la plus altruiste des philosophies parce que la Maçonnerie veut mettre toutes les croyances sur pied d’égalité, pourvu qu’elles soient non dogmatiques, c’est-à-dire indulgentes et sincères.

    Il ne tardera pas à sentir que le code d’honneur des Maçons est vraiment l’un des plus beaux, l’un des plus limpides. Le respect du code d’honneur implique, bien sûr, des devoirs, des devoirs de respect des lois maçonniques, des devoirs de fraternité, de solidarité et de tolérance entre Frères et à l’égard des personnes qui les entourent dans la vie quotidienne.

    Si cela ne fait pas de nous des anges, au moins la Maçonnerie nous apprend à nous débarrasser peu à peu de nos plus gros défauts. C’est ce que nous appelons « tailler notre Pierre ».

    Chacun poursuit ensuite son propre chemin initiatique. A condition de ne jamais s’arrêter de progresser, donc d’aller le plus loin possible, il procure au moins de sérieuses victoires sur soi-même.

    Voilà un des plus grands secrets de la Franc-maçonnerie : c’est une initiation poursuivie sans relâche ; c’est le voyage lui-même qui compte et non pas son but.

    Etre Maçon, c’est donc être profondément humain dans la bonté, la justice et la tolérance, dans l’amour du Bien et du Vrai. C’est ce secret que nous sommes venus chercher ici, tous étant ce que nous sommes ; c’est ce secret que nous espérons que le nouvel Initié nous aidera à chercher, pour son bien…  comme pour le nôtre.

    Les Maçons savent que le jeune Apprenti se souviendra longtemps de la cérémonie qu’il a vécue et que ses souvenirs se préciseront surtout lorsqu’il aura participé à l’admission d’autres néophytes dans sa Loge et dans notre Ordre, la Franc-maçonnerie traditionnelle, qualifiée de « régulière ».

    A l’issue de la cérémonie, ses impressions sont certainement confuses, d’autant plus qu’il a pénétré dans le Temple les yeux bandés et que tout est neuf et probablement inattendu pour lui.

    Mais qu’il sache que l’Initiation au grade d’Apprenti est la plus belle et sans doute la plus riche en substance de toute une vie maçonnique. Les Frères qui l’ont précédé s’accordent généralement à reconnaître que la toute première des initiations est celle qui leur a laissé l’imprégnation la plus profonde.

    Consciente de ses devoirs et après une approche prudente, la Loge a jugé, en toute humilité, qu’il était digne de la rejoindre. Il a frappé à la porte du Temple et c’est ainsi que, dans les ténèbres, grandes lui furent ouvertes les portes de la Loge.

    Que fallait-il lui apporter ? « La Lumière ! » fut-il répondu. Et la lumière lui fut donnée ! La Lumière lui a été donnée, symboliquement. La Vraie Lumière ne lui viendra cependant pas tout d’un coup.

    Avait-il vraiment conscience de vivre dans les ténèbres ? Connaissait-il sa quête ? Lors de notre propre Initiation, savions-nous réellement ce que nous cherchions ? Pourtant, à chaque fois, le rite mystérieux s’est accompli et la Lumière fut donnée.

    De même que ses yeux ont dû s’accoutumer à la lumière qui a jailli, de même, sa personne devra s’habituer progressivement à l’idéal maçonnique qui est loin de lui avoir été révélé dans son entièreté par son Initiation : ce n’est pas en quelques instants qu’on devient plus sage et meilleur. C’est par un travail continu parmi ses Frères, avec eux, mais surtout, par un travail opiniâtre sur lui-même. C’est seulement ainsi qu’il pourra accéder à une connaissance plus grande et plus complète d’abord de lui-même, puis d’autrui. Car c’est en jugulant le repos complaisant et confortable des habitudes égoïstes qu’on perçoit ce qu’on peut apporter à d’autres, peut-être moins favorisés. En les aidant, en leur tendant une main secourable, en les guidant s’ils le demandent, le Maçon augmente la richesse et la perfection dans son cœur.

    La lumière donnée est donc l’une des clefs d’un enseignement symbolique destiné à nous élever. Mais à nous élever vers quoi ? Que venons-nous chercher en Loge ?

    Est-ce seulement la présence d’une main tendue dans les ténèbres qui conforte notre solitude ? Ou est-ce plutôt parce que cette main tendue affirme détenir un secret ? Quel secret ? Quelle clef ? De quelle porte ? De quel domaine bien clos ?

    Certains caressent l’opportunité de meilleures relations d’affaires, source possible de plus grand confort matériel. Ils seront déçus. Certains rêvent d’acquérir un pouvoir occulte leur assurant l’emprise nécessaire à asservir leurs semblables. Ils ne renforcent que leur propre esclavage. D’autres encore, mécontents de leur position sociale, viennent chercher dans nos temples le baume à leurs vaines ambitions. Ils n’engraissent que leur ego.

    Le plus grand nombre de Frères, tenaillés par cet insatiable « pourquoi », perdus dans leurs méandres métaphysiques, ayant épuisé les règles scientifiques, viennent finalement échouer aux parvis de nos Loges, aux portes de ce Temple qui prétend détenir la Connaissance.

    Vivant dans l’illusion, toute démarche ne conforte que l’illusion. Il serait aisé d’en rire, mais avec tant de souffrances, tant de tragédies, ce ne serait que dérision empreinte d’hystérie.

    Dans la solitude de sa nuit, le Profane a frappé à la Porte du Temple et, dans un moment d’acceptation totale, il s’abandonne librement entre les mains de ses futurs Frères.

    Le Rite initiatique au premier degré a déroulé les fastes de ses symboles. Dans le creuset des arcanes, l’alchimie du Grand Œuvre tend à prendre corps, à emporter le présomptueux vers sa fin, vers une nouvelle vie, vers un autre commencement, vers le retour à la Lumière. Quand enfin elle est là, elle est aveuglante !

    Le Frère nouvellement initié a-t-il réfléchi à ce qu’il découvrirait en Franc-maçonnerie ? Ce qu’il vient de découvrir correspond-il à ce qu’il avait imaginé avant son Initiation ?

    Au soir de la cérémonie, il est sans doute encore un peu tôt pour donner une réponse car ce qu’il découvrira en Franc-maçonnerie, c’est un perfectionnement de lui-même des points de vue sagesse et moral parce que c’est là notre ambition de devenir meilleur et de rendre meilleurs, c’est-à-dire plus complètement humains.

    Nous ne prétendons pas lui donner plus de science dans quelque domaine que ce soit mais bien de l’aider à s’épanouir dans le domaine du Bien et du Beau. Notre Ordre, dans sa Constitution, se définit comme « une association initiatique qui, par son enseignement symbolique, élève l’homme spirituellement et moralement et contribue ainsi au perfectionnement de l’humanité par la pratique d’un idéal de paix, d’amour et de fraternité ».

    Qu’il se souvienne toujours que la Franc-maçonnerie vise au bonheur de l’Humanité par le perfectionnement des personnes, que notre Institution travaille à l’amélioration de l’Homme par la réflexion personnelle, en lui offrant une ambiance et des outils symboliques d’un usage universel.

    Il nous a promis de nous apporter son concours sans restriction aucune. Car personne ne peut être poussé vers le Bien et le Beau s’il ne désire ardemment y accéder. De sa propre impulsion, il devra s’y engager résolument, car ce ne sont ni des mots ni des gestes rituels qui font de lui un Maçon : c’est un devenir continu et persévérant. C’est un travail permanent et de longue haleine que de tailler et polir la Pierre brute, sa Pierre brute.

    Ses Frères lui font confiance. Ils lui tendent la main. Qu’il la tienne fermement et parte avec eux vers cette Lumière qui le guidera, qui deviendra toujours plus grande, plus forte et qui réchauffera toujours plus profondément son cœur.

     

    R :. F :. A. B. 

    Bibliographie générale

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995

     

    Behaeghel Julien Symboles et initiation maçonnique

    Hiram dans le labyrinthe - Editions du Rocher, Monaco, 2000

     

    Behaeghel Julien - L’Apprenti maçon et le monde des symboles

    La Maison de Vie, Fuveau, 2000

     

    Béresniak Daniel - Rites et symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome 1 : « Les Loges bleues » - Editions Detrad, Paris, 1997

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d’Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995

     

    Dangle Pierre - La Franc-maçonnerie initiatique

    Le livre de l’Apprenti - La Maison de Vie, Fuveau, 1999

     

    Guigue Christian - La formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1995

     

    Mainguy Irène - La Symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy,  Paris, 2001

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en loge d'Apprentis

    Editions Dervy-Livres, Paris, 1988

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : «L'Apprenti» - Editions Dervy, Paris, 1994

     


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    6ème version, revue et corrigée d’un fascicule initial intitulé « Ici tout est symbole »

    * Vademecum de l'Apprenti au Rite Moderne (belge)

    Sommaire

    Introduction au symbolisme du Premier degré

    Le Temple                                     

    La Loge

    Les « stalles »                                   

    La lumière dans la Loge                            

    Le Soleil et la Lune                               

    Le Pavé mosaïque                               

    La Voûte étoilée                                 

    La Porte et les deux Colonnes                       

    Le Carré long et les trois Piliers                       

    Le Tableau de la Loge au degré d'Apprenti

    Le Triangle

    Le Delta

    Les Grenades                                   

    Les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie

    • La Tradition
    • Le Volume de la Loi Sacré
    • L’Équerre et le Compas
    • Trois symboles réunis sur l’autel
    • Les aspects métaphysiques de ces symboles

    Les trois Pierres                                 

    Le Premier Travail de l'Apprenti                      

    Le Maillet et le Ciseau                             

    La Planche à tracer

    Les trois marches                                

    La Perpendiculaire ou le Fil à plomb                   

    Le Niveau                                     

    La Corde à nœuds

    La Chaîne d’Union                               

    Les grades ou degrés                             

    Les trois Pas ou la Marche de l'Apprenti                

    Les bijoux des officiers et les glaives                   

    Le Travail maçonnique

    Les planches                                   

    Introduction

    Les quelques chapitres qui composent cette planche s'adressent à tous ceux qui souhaitent faire le point sur les symboles essentiels rencontrés au premier degré du Rite moderne (belge), celui d'Apprenti Maçon.

    Les informations qu’ils contiennent devraient principalement intéresser celui qui vient d'accomplir son premier Travail d'Apprenti et qui a déjà exprimé ses premières impressions peu après la cérémonie d'Initiation. Elles devraient en tout cas lui faciliter une observation minutieuse de ce lieu sacré dans lequel il a été créé, consacré et reçu Franc-maçon.

    Comme en témoignent les références bibliographiques insérées à la fin de chaque chapitre, ce travail se présente comme une synthèse de points de vue de plusieurs auteurs mais, à maintes reprises, j’y ai inclus le mien, laissant parfois la place à mes sentiments intimes et mes interprétations personnelles.

    Cette synthèse devrait permettre aux Apprentis – et à tout Franc-maçon – de bénéficier des recherches souvent fastidieuses auxquelles je me suis livré patiemment durant plus de quinze ans dans la littérature maçonnique. Ainsi le travail indispensable de réflexion qu’ils auront à mener tout au long de leur vie maçonnique leur sera facilité et ils pourront dès lors consacrer davantage de temps à la méditation, à l'expression de sentiments personnels et de leur moi profond.

    En achevant provisoirement l’écriture de ce travail, preuve que l’ouvrage doit sans cesse être remis sur le métier, je réitère mes remerciements à tous mes Frères pour les avis constructifs dont ils m’ont fait part en toute fraternité.

    Que les Apprentis, Compagnons et Maîtres, nouveaux lecteurs, qui souhaiteront me faire part de leurs impressions et de leurs critiques visant à l'amélioration de cet outil trouvent ici l'expression de mes remerciements fraternels et sincères.

     R:. F:. A. B.

    Le Temple

    Selon le contexte dans lequel il est employé, le mot « temple » peut prendre différentes significations.

    1. La première d'entre elles fait référence à la légende mythique de la construction du Temple de Salomon par Hiram, telle qu'elle a été décrite dans les livres bibliques des Rois et des Chroniques. En Franc-maçonnerie, le Temple de Salomon est un symbole, rien de plus, mais un symbole d'une ampleur magnifique : celui du temple idéal à jamais inachevé, dont chaque Franc-maçon est une pierre, préparée sans hache ni marteau, dans le silence de la méditation.

    On y monte aux étages par des escaliers à vis, par des spirales qui indiquent à l'Initié que c'est en lui-même, en se retournant sur lui-même, qu'il pourra atteindre la perfection qui est son but.

    Salomon signifie en hébreu « homme paisible ». Le Temple de Salomon est celui de la paix, de la paix profonde vers laquelle tendent tous les Francs-maçons sincères qui se désintéressent de l'agitation du monde profane. C'est en ce sens seulement qu'il faut considérer le Temple de Salomon. Il fut construit en sept ans et sept est l'âge symbolique du Maître Maçon, l’âge de celui qui est parvenu à la plénitude de l'Initiation.

    Avec Jules Boucher, synthétisons cette première signification :

    « Pour les Maçons, le Temple de Salomon n'est considéré ni dans sa réalité historique, ni dans son acception religieuse judaïque, mais seulement dans sa signification ésotérique si profonde et si belle » !

    2. Pour Luc Nefontaine, le temple maçonnique signifie aussi le temple de l'humanité à construire, les Maçons formant les pierres du temple, le temple comme espace sacré,... Mais, par extension symbolique, le temple c'est aussi l'homme !

    3. Le temple est le trait d'union entre le concret et l'abstrait, la matière et l'esprit, le temporel et l'intemporel. Il est le lieu de tous les espoirs. Il peut être également le lieu de toutes les réussites pour que l'homme se dépasse lui-même. Ainsi, comme le précise Bernard Baudouin : « Dans son parcours initiatique, l'homme peut retrouver la dimension sacrée qu'il porte au plus profond de lui-même ».

    En entrant en Franc-maçonnerie, l'homme s'engage à construire son propre temple intérieur.

    4. A partir des valeurs les plus nobles, l'homme peut également appliquer cette dynamique d'enrichissement profond à l'amélioration de la société dans laquelle il vit. On peut alors parler de « Temple de la Fraternité ».

    5. Le temple est un microcosme à l'image du cosmos : il est à la fois fermé aux regards extérieurs des non-initiés mais aussi ouvert sur l'univers tout entier dont il se veut la reproduction. C'est un lieu sacré où chacun peut venir s'abreuver à la Lumière, source de tous les savoirs et de la Connaissance suprême.

    Primitivement, l'initiation se conférait dans des grottes naturelles puis dans des cryptes taillées dans le flanc des montagnes. C'est en souvenir de ces sanctuaires que la Loge n'est éclairée par aucune fenêtre.

    6. Mais trop souvent, le mot « temple » a été confondu avec la Loge maçonnique ou « Atelier », lieu de réunion des Francs-maçons. Dans ce cas, le temple est à considérer comme le lieu consacré où se réunissent les Francs-maçons d'une Loge pour leurs Tenues.

    La Loge

    Selon les instructions très précises contenues dans les préliminaires du Rite (belge) Moderne, il faut utiliser le vocable « loge » et non celui de « temple ». La loge n'étant pas le temple, il faut éviter de parler du « temple », de « la porte du temple », etc. Le mot « temple » ne doit donc être utilisé que lorsqu'il est effectivement fait allusion au Temple de Salomon.

    La Loge serait à l'image d’une partie du Temple de Salomon, l’Oulam, et, par-là, l’image du cosmos. Cependant, tous les temples authentiques sont cosmiques. La tradition égyptienne du temple s'est en effet transmise jusqu'à l'église romane en passant par le Temple de Yahweh construit par Salomon.

    Contrairement à ce que pensent de nombreux Maçons, nous ne nous réunissons pas dans « le Temple » mais sur ses parvis. Ce fait est justifié au moins par quatre éléments :

    • selon le Bible, les colonnes situées de chaque côté de la porte se trouvaient en réalité à l’extérieur ;
    • le Pavé mosaïque qui représente le dallage des parvis ;
    • la voûte étoilée qui nous montre que nous nous réunissons à l’extérieur et non pas dans le Temple ;
    • les deux luminaires qui ne brillent pas à l’intérieur des maisons.

    Non, la Loge n’est pas un temple. Elle ne peut l’être car ce serait réduire à néant le symbole que nous offrent nos anciens avec cette humanité, Temple à achever de construire, cette humanité où nous avons le plus beau rôle à jouer, celui d’architecte – constructeur.

    Supprimons donc les expressions « les Apprentis installent le Temple » ou « rendez-vous au Temple ». Non, la Loge n’est pas un temple !

    Le lieu où se réunissent les Maçons s’appelle la Loge, et sans elle aucun Temple n’aurait vu le jour. C’est dans une baraque de planches que le Temple (ou la cathédrale) naît. Une baraque qui disparaîtra, sans laisser de traces, à la fin du chantier pour réapparaître dans un autre orient et donner naissance à un nouveau chef-d’œuvre.

    C’est bien dans la Loge qu’a lieu la création du Temple (cf. le rituel d’Ouverture des Travaux) et ce ne peut être qu’à la seule et unique condition que la Loge soit à l’extérieur du Temple.

    Le Temple idéal que nous sommes appelés à construire est à l’image du Temple de Salomon. Il se doit d’être la perfection même, et sa surface couvrira la surface de la terre. Selon une formulation traditionnelle reprise dans la plupart des rituels, sa longueur ne va-t-elle pas de l'Orient à l'Occident, sa largeur du Septentrion au Midi, et sa hauteur du Zénith au Nadir ?

    Parcourons cet extrait du Manuscrit des Archives d’Edimbourg (1696) :

    • Où se tint la première Loge ?
    • Dans le porche du Temple de Salomon.

    Nous y découvrons ce qui constitue sans doute le symbole le plus important de la Franc-maçonnerie : en réalité, nous nous réunissons sur les Parvis ! Cela signifie que lorsque nous quittons la Loge, nous entrons dans le Temple !

    Nous travaillons donc sur le Parvis, à l’extérieur. Pour nous en convaincre, il nous suffit de lever la tête et de constater que nous sommes sous la voûte étoilée et que nous pouvons même distinguer les deux grands luminaires : le Soleil et la Lune.

    Pour être plus précis, nous sommes dans la partie du parvis qui se trouve devant la porte et que l’on nomme le porche ou vestibule, en hébreu, l’Oulam.

    En examinant les lettres qui forment le mot « Oulam » en hébreu, nous pouvons déduire que l’Oulam est l’endroit où nous pouvons réunir. Réunir, c’est aussi unir à nouveau, mais c’est aussi rassembler dans le Un. Chercher à ne faire plus qu’un, c’est une belle définition de la Fraternité.

    En préparation du Temple à venir, la Loge aura symboliquement les mêmes dimensions que le Temple idéal. Elle est donc symboliquement une représentation du monde dans lequel s’épanouira l’humanité devenue fraternelle.

    Mais pour en arriver là, les Frères savent qu’ils doivent d’abord édifier leur Temple intérieur. Loin d’être l’occasion d’un repli sur soi, cette démarche  nécessite l’ouverture à l’autre et l’aide des Frères. C’est la principale raison de la fraternité.

    De tout temps, l’homme a cherché à se parfaire, à s’élever, symboliquement d’abord, en cherchant des montagnes sacrées pour y construire le lieu de rencontre avec son dieu.

    Pénétrons à présent dans la Loge qui doit avoir (idéalement) une forme rectangulaire. La décoration et l'arrangement intérieur de ce lieu de réunion doivent exercer une influence marquée sur l'esprit de ceux qui s'y rassemblent. Il suffit dès lors que certaines données symboliques soient constamment rappelées aux Francs-maçons pour qu'elles s'imposent à leurs méditations. En effet, la Loge maçonnique doit être autre chose qu'une simple salle de conférences !

    * Vademecum de l'Apprenti au Rite Moderne (belge)

    Philippe Seringe remarque que « la Loge maçonnique est orientée comme le temple chrétien : elle a, à l'Ouest son entrée, et, à l'Est, une estrade élevée de trois marches où se trouve le siège du Vénérable Maître ».

    La Porte de la Loge doit en effet s'ouvrir à l'Occident, entre deux colonnes creuses, aux chapiteaux ornés de lys égyptiens et couronnés de pommes de grenade entrouvertes.

    « Temple », « Loge » ou « Atelier », ces mots, presque synonymes, ont une coloration symbolique qui tend sans doute à s'effacer devant leur emploi fréquent. Ils évoquent cependant bien l'idée du travail qui préside à tout engagement maçonnique, travail auquel nous nous préparons au travers des pages qui suivent !

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 153 à 154

     

    Berteaux Raoul - La Symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 44 à 46

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 129 à 133

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie

    Editions de l'Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Pages 106 et 109

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy – Livres, Paris, 1988 - Pages 8 et 119 à 124

     

    Quémet André - Le Temple maçonnique et ses mystères

    Editions La Maison de Vie, Paris, 2009

     

    Seringe Philippe - Les symboles dans l'art, dans les religions et dans la vie de tous les jours

    Hélios, Genève, 1985 - Page 320

     

    Tacchella Xavier - Le Temple de Salomon

    Editions La Maison de Vie, Paris, 2014 - Pages 51 à 59 ; page 94 ; pages 101 à 109

     

    Oswald Wirth - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes - Livre I « L’Apprenti »

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 210 à 212

     

    Les « stalles »

    Nous voici donc dans la Loge maçonnique. L'Orient est occupé par une estrade élevée de trois marches sur laquelle prend place, lors de chaque Tenue, le Vénérable Maître assisté de l'Orateur, qui siège vers le Sud, et du Secrétaire, qui siège vers le Nord.

    Les participants prennent place au Nord et au Sud « sur les Colonnes », sur des « stalles », en se faisant face. Notons cependant que ce mot « stalle » est un belgicisme !

    Le Maître des Banquets et le Trésorier siègent à proximité de l'Orateur, donc au Sud, l’Expert et l'Aumônier-Hospitalier près du Secrétaire, au Nord.

    Lors des Travaux de la Loge, les Apprentis occupent une place précise dans l'enceinte de la Loge : ils se tiennent sur la « Colonne du Nord » sous le regard vigilant du Second Surveillant. Les Compagnons se tiennent sur la « Colonne du Midi » sous la surveillance du Premier Surveillant.

    Les Apprentis sont placés au Nord parce qu'ils ont besoin d'être éclairés. Ils reçoivent ainsi la pleine lumière de la fenêtre du Midi ! Mais le rituel précise aussi que c'est « parce qu'ils ne peuvent soutenir qu'une faible lumière » qu'ils siègent sur la Colonne du Nord !

    Les Compagnons, placés au Midi, ont besoin de moins de lumière et l'ombre portée par le mur du Temple les éclaire suffisamment. Les Compagnons se tiennent au Midi parce qu'ils sont assez avancés pour supporter l'éclat du jour. Selon Jules Boucher, « les catéchismes maçonniques précisent que l'Initié du deuxième degré est appelé à devenir lui-même un foyer ardent, source de chaleur et de lumière ».

    Le Vénérable Maître et ses assesseurs reçoivent la seule lumière du couchant. Par contre les Surveillants sont alertés dès l'aurore par la lumière qui vient les frapper.

    Comme marque distinctive de son rang, l'Apprenti porte un tablier blanc dont la bavette est relevée. Le Compagnon porte également un tablier blanc mais dont la bavette est rabattue.

    Récemment intégré dans la Loge, l'Apprenti ne peut encore prendre la parole comme ses Frères Maçons. Seul le Vénérable Maître est habilité à lui accorder ce privilège.

    L'essentiel du travail de l'Apprenti consiste en effet à écouter et regarder afin de s'imprégner au mieux des us et coutumes de la société initiatique dans laquelle il vient d'être admis.

    C'est également ainsi qu'il apprendra peu à peu le langage symbolique de la Franc-maçonnerie avec lequel il aura à s'exprimer tout au long de son parcours maçonnique.


    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Page 19

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 156 et 157

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 211 et 212

     

    La lumière dans la Loge

    La lumière trouve une source naturelle dans les étoiles et les corps célestes naturels que sont les astres. Les étoiles sont des astres qui brillent dans le ciel nocturne. Symboliquement, de tout temps, la lumière a été considérée par essence comme source de vie. Elle est la clarté‚ qui s'oppose à l’obscurité. De nombreuses religions et autant de courants de pensée en ont fait l'expression de la puissance divine.

    Le mot « Lumière » est apparemment devenu synonyme :

    • de force divine pouvant être transmise à l'homme,
    • de connaissance, de spiritualité‚
    • de révélation, dont tout individu peut acquérir les bienfaits à condition qu'il la reconnaisse et s'engage à sa recherche dans une voie d'étude et de respect.

    Dans cette optique, il était inévitable que la lumière prît une place particulière dans l'univers maçonnique.

    Dans les anciens textes, ceux de la maçonnerie opérative, il était question de trois lumières seulement : le Père, le Fils et le Saint Esprit.

    Les lumières de la Franc-maçonnerie moderne se décomposent en :

    • trois Grandes Lumières (le Volume de la Loi sacrée, l’Equerre et le Compas)

    et

    • trois Petites Lumières (le Vénérable Maître, le Soleil et la Lune).

    Dans la Loge, ces dernières sont disposées respectivement à l'est, au sud et à l'ouest : le Soleil pour régner sur le jour, la Lune pour présider à la nuit et le Vénérable Maitre pour gouverner et diriger sa Loge.

    Dans ce contexte précis, le Vénérable Maître est considéré comme dispensateur de la Lumière fraternelle qui permet aux Francs-maçons d'accomplir leurs devoirs maçonniques.

    Les Travaux en Loge sont ouverts symboliquement à Midi quand le Soleil est au Zénith, fermés à Minuit, quand il est au Nadir. A ce moment, la Lune est supposée donner tout son éclat.

    Il existe également une troisième interprétation de l'expression « les trois Lumières de la Loge » qui sont, d'après les anciens rituels, le Soleil, la Lune et le Maître de la Loge. Le Soleil correspond à l'Orateur et la Lune au Secrétaire.

    Dans le langage maçonnique, le mot « Orient » peut avoir différentes significations selon le contexte dans lequel il est employé. Dans son acception la plus commune et profane, il s'agit de la direction d'où vient le Soleil à son lever. Au-delà de la simple orientation cardinale, l'Orient est donc lié symboliquement à l'origine, la naissance de la lumière.

    La lumière étant assimilée au sacré, dans l'univers maçonnique – dont l'Initiation n'est pas sans rappeler certains rites solaires – l'Orient délimite un espace sacré : c'est là, au cœur de tous les symbolismes, que naît l'essentiel ; c'est de là que jaillit la Connaissance, la Vérité.

    Ceci explique que toute Loge maçonnique s'érige de l'Orient à l'Occident.

    Lors des Tenues, c'est là, dans ce périmètre de lumière, véritable «sanctuaire» que siègent le Vénérable Maître, l'Orateur et le Secrétaire, mais aussi les visiteurs de marque.

    Lorsque nous quittons la Loge en fin de Tenue, c'est « l'Orient d'abord » : tous les Officiers Dignitaires qui siègent dans la partie surélevée du temple en sortent les premiers.

    Lors de l'Initiation, nous prêtons serment sur les trois « Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie », déposées sur un autel situé à l'Orient.

    Toute source de lumière n'était jamais isolée mais, au contraire, souvent incluse dans un ternaire comme Soleil, Lune, Maître de Loge.

    De fait, la lumière est omniprésente à plusieurs titres dans le langage des Francs-maçons :

    • d'une manière globale : elle a un caractère sacré ;
    • dans le cadre de l'Initiation, deux formules au moins méritent d'être relevées :

    - « être initié, c'est recevoir la Lumière » ;

    - « C'est un Profane qui erre dans les ténèbres et qui aspire à la Lumière ! »

    Quelques extraits des rituels témoignent de l'importance de la lumière dans l'univers maçonnique :

    • Lors du « tuilage » : « Cinq l'éclairent » ;
    • Dans l'Ouverture des Travaux :

    « Un voile épais me recouvrait les yeux » ;

    « Que la Vraie Lumière éclaire cette Loge ! »

    • Lorsqu'un candidat a été reçu, il a pu voir « Trois Grandes Lumières disposées sur l'autel ». Ces trois grandes Lumières sont le Volume de la Loi Sacrée, l’Équerre et le Compas ;
    • Lors de la Fermeture des Travaux, le Vénérable Maître conclut en disant :

    « La Lumière brille dans les Ténèbres ».

    Dans le langage profane, le mot « luminaire » désigne tout appareil d'éclairage, les lampes, les cierges utilisés dans le culte chrétien, mais aussi le Soleil ou la Lune. Dans le langage maçonnique, le mot « luminaire » désigne trois éléments distincts :

    • Ce sont, d'une part, le Soleil et la Lune, encore appelées «étoiles», placés à l’Orient. Le Soleil est au Nord, la Lune au Midi. Ils sont les yeux du Principe de création et offrent à l’Apprenti deux regards particuliers sur l’œuvre à accomplir, deux modes de vision qui lui sont indispensables pour éclairer le chemin de l’Initiation et percevoir le sens des symboles.

    Construite à l’image du cosmos, la Loge serait incomplète sans la présence de ces deux luminaires qui y introduisent la dimension du temps sacré.

    • Ce sont, d'autre part, les Flambeaux, ces flammes par lesquelles la Loge doit être symboliquement éclairée, ces chandeliers disposés dans la Loge dont les bougies ne doivent jamais être soufflées lorsqu'on les éteint !

    La Loge doit être symboliquement éclairée par des flammes. Le Vénérable Maître et les deux Surveillants pourraient avoir chacun un chandelier sur leur plateau. Au grade d'Apprenti, trois cierges composent le chandelier posé à la « stalle du Vénérable Maître ». Il arrive que les Frères Surveillants disposent chacun d’un chandelier muni d’une seule bougie.

    Le cierge présente un symbolisme ternaire que les écrivains religieux n'ont pas manqué de souligner. Le cierge serait l'image de la trinité : Père, Fils et Saint-Esprit ; la cire représentant le Père, la mèche représentant le Fils, et la flamme le Saint Esprit. Mais le cierge pourrait aussi représenter un autre ternaire : corps, âme, esprit.

    Avant l'Ouverture des Travaux, un seul cierge est allumé : celui qui se trouve sur le plateau du Vénérable Maître. Au cours de l'Ouverture, il « donne la lumière » aux deux Surveillants. Munis de leurs flambeaux, le Vénérable Maître et les deux Surveillants allument les cierges placés au sommet des piliers qui leur sont attribués.

    Le Soleil et la Lune

    Chaque rite, dans ses pratiques quotidiennes, pare la lumière des nuances qui lui conviennent. Le Soleil, écrit avec une majuscule, est l'étoile autour de laquelle gravite la Terre. Il est par conséquent le centre de notre galaxie. Notons cependant qu'il y a des milliards de soleils dans chaque galaxie !

    Depuis toujours semble-t-il, le Soleil a joué un rôle primordial dans la vie de l'homme. En premier lieu car il est synonyme de lumière et de chaleur, mais aussi et surtout, par la valeur hautement symbolique que lui ont accordé les civilisations qui se sont succédé au fil des siècles.

    Le Soleil est devenu un élément majeur de la symbolique maçonnique. C'est pourquoi, il est considéré comme le premier « luminaire » et figure à ce titre sur le Tableau d'Apprenti. Le Soleil est très souvent mentionné dans les rituels, quel que soit le rite pratiqué.

    L'organisation de la vie quotidienne au sein de la Loge maçonnique est calquée sur le rythme solaire. Les Travaux maçonniques commencent officiellement à Midi, lorsque le Soleil est à son zénith en plein ciel et se terminent à Minuit.

    Le positionnement des Apprentis, des Compagnons et celui des Officiers Dignitaires lors des Tenues, ainsi que les divers itinéraires que les participants doivent impérativement suivre dans la Loge, correspondent à une « dynamique solaire » très précise. Ainsi, le Vénérable Maître se tient à l'Orient où se lève le Soleil, et d'où vient la lumière, alors que les Apprentis sont regroupés dans la partie la moins éclairée de la Loge. Cette disposition correspond à leur faible élévation dans la hiérarchie maçonnique.

    Par sa vocation encourageant la vie, l'astre solaire est assimilé à la droite, à l'activité. Il est donc en relation avec la Colonne Jakin et parmi les Officiers de la Loge, il est relié à l'Orateur qui remplit un rôle fondamental dans le maintien de l'éthique maçonnique.

    Dans différentes expressions de la Tradition, le Soleil est une manifestation de la divinité. Ceci explique que le nombre de rayons solaires s’élève à sept, correspondant aux six dimensions de l’espace et à la dimension extra-cosmique figurée par le centre lui-même. Le soleil est en soi l’intelligence cosmique et la lumière diffusée par ses rayons, la connaissance intellective.

    Parmi les astres les plus proches de notre Terre, il convient de remarquer que la Lune est dépourvue de lumière propre : elle ne fait que réfléchir la lumière qu'elle reçoit du Soleil !

    La Lune est l'un des trois luminaires qui figurent en bonne place dans la Loge maçonnique. On la considère à juste titre comme le reflet du Soleil. Alors que le Soleil est synonyme d'expression concrète, la Lune rappelle les forces cachées, profondes, qui sont celles de la maturation, de l'imagination, de la créativité qui génèrent par la suite les formes concrètes. Depuis les temps les plus anciens, la Lune est considérée comme l'astre de la fécondité, de la lente et secrète production de la vie.

    Du point de vue maçonnique, la Lune évoque traditionnellement la passivité et la réceptivité. La Lune est considérée comme l'astre qui donne la lumière dans la nuit. La Lune est de ce fait étroitement liée aux vertus cachées de l'Initiation qui éclairent l'homme vivant dans l'obscurité.

    Tout ceci nous rappelle le symbolisme fort des cultes solaire et lunaire des anciennes civilisations dont la plupart adorèrent l'un ou l'autre de ces astres, voire les deux. Le Soleil est l'astre du jour, la Lune celui de la nuit. L'un est actif, l'autre passif. Ils sont deux expressions différentes de la lumière qui règne sur le monde en permanence. L'un brille dans la clarté du jour, l'autre dans l'obscurité de la nuit, mais toujours avec un rayonnement suffisant pour éclairer les hommes en quête d'évolution sur le chemin de leur devenir.

    Comment peut-on interpréter le sens de la plupart des sources de lumière dans la Loge ?

    Selon Bernard Baudouin, « le Soleil, considéré comme symbole de «l'expir», évoque l'existence extérieure de l'individu. Tandis que la Lune, symbole de «l'inspir», évoque son existence intérieure. C'est donc l'être dans sa globalité qui se retrouverait dans ces deux luminaires ».

    Pour Pierre Dangle, « le couple symbolique formé du Soleil et de la Lune donne à la vie initiatique une dimension cosmique qui est affirmée par toutes les traditions des bâtisseurs. La polarisation de la lumière par ces deux luminaires donne toute sa cohérence au temps rituel qui marque les étapes de la construction du temple, la célébration des mystères et les fêtes traditionnelles ».

    Pour Pierre Dangle toujours, « Portes de lumière, miroirs orientés vers la source de la création, les luminaires sont des points de passage vers l’énergie vitale qui irrigue l’univers ».

    L'Initiation marque, pour celui qui la vit, le passage d'un monde à un autre, de l'obscurité à la clarté, de l'inculte à la culture, de l'ignorance au savoir et du profane au sacré.


    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 97, 98, 99, 116, 146

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 20 et 21

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999 - Page 182

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 178

     

    Dangle Pierre - Le Livre de l’Apprenti

    Editions La Maison de Vie, Paris, 1999 - Page 73

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie - Tome 2

    Editions de l'Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Pages 108 et 109

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 180, 202 et 210

     

    Pour aller plus loin :

    Hover Jean & Vernon Claire - Le Soleil et la Lune

    Les deux luminaires de la Loge

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 2012

     

    Doignon Olivier - La Lumière

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 2007

     

    Le Pavé mosaïque

    Tel qu'il apparaît aux yeux d'un néophyte lors des premières Tenues auxquelles il participe, le Pavé Mosaïque recouvre le sol de la Loge.

    * Vademecum de l'Apprenti au Rite Moderne (belge)

    C'est par cette expression que les Francs-maçons désignent le lieu où l'on étend le Tableau de Loge en début des Travaux maçonniques, l’ensemble des dalles carrées, alternativement blanches et noires, unies par un même ciment et qui forment une espèce de damier de forme rectangulaire. Les dalles de même couleur se touchent par les pointes. Les dalles de couleur différente sont liées par les côtés. Réseau régulier formé de lignes transversales et longitudinales, le Pavé mosaïque semble créer de multiples croix. Le nombre de carrés blancs est égal au nombre de carrés noirs.

    Le Pavé mosaïque ne peut être foulé que par des Initiés :

    • lors de l'interrogatoire sous le bandeau, le Profane est assis à un endroit proche de la Porte de la Loge à peine franchie. Il n'a pas l'occasion de marcher plus loin.
    • Lors de l'Initiation, le pied gauche est déchaussé pour marquer que le Profane va fouler les dalles sacrées du Temple.

    Au cours des ans et selon les rites, le Pavé mosaïque a changé de dimensions ou de place mais sa valeur symbolique n'en a pas été modifiée. En référence au Temple de Salomon, le périmètre occupé par le Pavé mosaïque est considéré comme sacré.

    Pourquoi « mosaïque » ? Le terme viendrait du latin et de l'italien « mosaico ». Cependant le terme latin ancien est « musivium » dont l'étymologie serait le grec « mouseion », temple des Muses et des Arts. Le pavé mosaïque est connu depuis l’Antiquité égyptienne ; on en voit de nombreuses représentations sur les murs des tombes, et le Moyen Age l’a également évoqué dans la sculpture.

    L'appellation « Pavé mosaïque » semble judicieuse pour désigner le recouvrement du sol de la Loge où se pratique ce qui est convenu d'appeler l'Art Royal. Selon Christian Guigue, « pour tenter de percer la signification du Pavé mosaïque, il faut remonter à l’origine de l’adjectif «mosaïque» se rapportant à Moïse car c’est dans l’univers du décalogue et la loi mosaïque qu’il faut rechercher les enseignements, les oppositions, les ruptures, les dépendances ou les potentialités salvatrices.

    Pour faciliter la perception de cet emblème complexe, il convient d’interpréter le symbole en procédant à l’analyse des éléments qui ressortent du Pavé mosaïque : le blanc et le noir, le rapport numérique du pavement, l’échelle et les diversités d’états d’être, le passage axial ou accès au centre de l’univers qui correspond à une projection dans un futur donné du retour de l’Élu à son origine divine ».

    Comme les deux Colonnes, le Pavé mosaïque fait appel à un symbolisme apparemment binaire. De nombreux auteurs ont vu dans le Pavé mosaïque le cheminement du profane et de l’Initié : le profane laissant faire le hasard, par ignorance, pose le pied tantôt sur une case blanche, tantôt sur une case noire. Il va ainsi d’expérience heureuse en échec, menant sa vie avec incohérence. L’Initié, quant à lui, a dépassé les valeurs telles que le Mal et le Bien, et il suit cette « voie étroite » entre le blanc et le noir.

    Le Pavé mosaïque pourrait être l'emblème de la variété du sol terrestre. Le dictionnaire Larousse donne comme exemple « une mosaïque d'Etats » pour illustrer le sens figuré du mot « mosaïque ».

    Du fait que les dalles sont reliées entre elles par le même ciment, le Pavé mosaïque pourrait symboliser l'union de tous les Francs-maçons du globe, malgré la différence de couleurs et d'opinions politiques et religieuses notamment.

    Après avoir analysé de vieux rituels, Edouard Plantagenet a émis l’idée que le Pavé mosaïque pourrait symboliser « l'union étroite qui doit régner entre les Francs-maçons liés entre eux par la vérité ». Mais cette vérité n'est pas uniforme puisqu’elle est symbolisée par une alternance régulière de blanc et de noir. En conséquence, comme le Profane, le Franc-maçon est soumis aux rigueurs de la loi des contrastes, celle qui nous confirme la relativité des vérités qui peuvent se révéler aux néophytes en Loge d'Apprentis.

    On pourrait aussi voir dans le Pavé mosaïque la complémentarité des contraires. Le Pavé mosaïque inviterait-il les Francs-maçons à embrasser d'un seul regard le réel dans ses contradictions, à voir dans les contradictions apparentes les éléments nécessaires et complémentaires de l'ensemble ?

    Dans la conception antique, notre Terre était plate. Le Pavé mosaïque en serait la représentation. Les carrés blancs et noirs alternés représenteraient l’alternance du jour et de la nuit. Nous serions au centre de la Terre et les étoiles tourneraient au-dessus de nos têtes.

    L’alternance des pavés noirs et blancs peut évoquer une opposition entre deux valeurs comme il en existe beaucoup au grade d’Apprenti. Le blanc et le noir seraient-ils une de ces oppositions parmi d’autres ? Raoul Berteaux a déterminé plusieurs types d’oppositions binaires. Il les a fondées sur quatre principes : le principe de séparation, le principe d’opposition, le principe de complémentarité et le principe d’alternance. La juxtaposition des carrés du Pavé mosaïque serait un exemple de complémentarité et non pas d’opposition. C’est leur interaction, leur complémentarité qui crée leur richesse.

    De plus, comme il est possible de percevoir dans chaque carré blanc des éclats de noir et dans chaque carré noir des éclats de blanc, c’est donc le signe que dans chacun des carrés blancs du Pavé mosaïque il y a un carré noir en devenir. Le carré blanc peut devenir noir et réciproquement.

    En marchant alternativement sur ces carrés blancs et noirs, ne sommes-nous pas non plus comme un pavé mosaïque ? Durant toute notre vie tant profane que maçonnique, n’allons-nous pas périodiquement du blanc au noir et du noir au blanc ?

    Le Pavé mosaïque ne lierait-il pas les Ténèbres et la Lumière ? Celles-ci seraient tissées ensemble si l'on considère les rangées de dalles. Les traits virtuels qui les séparent forment un chemin rectiligne, ayant le blanc et le noir tantôt à droite, tantôt à gauche.

    Ces lignes symboliseraient alors la voie de l'Initié qui doit s'élever au-dessus de la morale ordinaire et l'inciteraient sans cesse à se garder de tout ce qui se rapporte à l'éthique. Mais ces lignes n'apparaissent pas aux yeux des Profanes qui ne voient que des dalles blanches et noires.

    Les Profanes ont en effet l'habitude d'opposer le blanc et le noir. En suivant la voie large, la voie exotérique, ils passent alternativement du blanc au noir et du noir au blanc. Ils ont alors, à leur droite, à leur gauche, devant et derrière eux, une couleur opposée à la leur.

    Ainsi se trouveraient marquées les oppositions multiples qui se forment sous leurs pas. Au contraire, l'Initié suit la voie ésotérique, la voie étroite qui passe entre le blanc et le noir qui ne font pas obstacle à sa marche. En d’autres termes, le pas de l’Initié se fait sur la jointure qui relie les carrés noirs aux carrés blancs. L'alternance des dalles blanches et noires pourrait aussi nous donner une image du bien et du mal dont est semé le chemin de la vie.

    On donne au BLANC l'acception courante de « BIEN » et au NOIR celle de « MAL ». Ne serait-il pas plus juste de voir dans l'alternance de ces deux couleurs la complémentarité de la « spiritualité » et de la « matérialité », la matérialité étant tout ce qui rapproche l'homme de l'animal, c'est-à-dire ce qui caractérise une vie purement physiologique ; la spiritualité étant tout ce qui tend à dégager l'homme des liens de la matière ? En d'autres termes, le Pavé mosaïque ne servirait-il pas non plus le symbolisme du Corps et de l'Esprit, unis mais non confondus ?

    Mais l’analyse de l’opposition entre le blanc et le noir, même en tenant compte des principes de séparation, d’opposition, de complémentarité et d’alternance n’est pas suffisante. La résolution de cette opposition entre deux choses constitue souvent une troisième voie. En tant qu’Apprentis, nous avons pu constater que le symbolisme du Pavé mosaïque était apparemment binaire. En réalité, ce symbolisme est trinaire ou ternaire.

    A première vue, les carrés blancs et les carrés noirs, polarités positives et négatives que montre le Pavé, représentent les dualités, les oppositions, les contraires que l’être humain observe ou subit au cours de l’existence quotidienne. Le véritable Initié, digne de ce nom, cherchant toujours l’au-delà des apparences ainsi que la maîtrise de son moi, se rend compte que le blanc n’est que l’aspect complémentaire du noir et qu’il n’y a ni carreaux blancs ni carreaux noirs sur le Pavé mosaïque à partir du moment où il dirige son mental vers les lignes virtuelles que forment les carreaux côte à côte. Médianes, ces lignes sont donc hors de la dualité blanc – noir et leur ensemble compose l’élément trinaire du symbole. Ainsi, le Pavé mosaïque pourrait désigner aux Maçons la droiture de la voie médiane d’une initiation bien conduite, voie grâce à laquelle se résolvent peu à peu les contradictions de la vie profane.

    Si le Pavé mosaïque peut aussi nous rappeler que tous les Francs-maçons répandus sur la terre forment une famille de Frères, les aspects symboliques évoqués jusqu’ici ne s’appuyaient que sur la couleur des pavés. Envisager le symbolisme dû à la forme des pavés parait tout aussi judicieux : pourquoi le Pavé mosaïque est-il composé de pavés carrés et en quoi le carré est-il symbolique ?

    En effet, si le triangle apparaît fréquemment en Loge, le carré semble de façon moins évidente une forme symbolique. Cependant, dans de nombreuses traditions, le carré est la représentation du terrestre, par opposition au cercle représentant le céleste. Le carré, base du Pavé mosaïque, serait donc la représentation du terrestre, par opposition au cercle céleste. Ce n’est donc pas étonnant de trouver sur le sol de nos Loges des carrés représentant le terrestre face à la voûte étoilée.

    La place du Pavé mosaïque est particulière : c'est sur les dalles blanches et noires que les Francs-maçons se déplacent ; ils ne marchent pas sur le carré long où est posé le Tapis ou Tableau de Loge.

    La fonction du Pavé mosaïque est également particulière : le Carré long ordonne la circulation dans la Loge ; elle se fait autour de lui, dans le sens des aiguilles d'une montre.

    Dans nos Loges, toute progression se fait toujours autour du Pavé mosaïque :

    • la marche de l'Apprenti,
    • les évolutions des Frères amenés à se déplacer.

    Comment interpréter le sens, la fonction et la place du Pavé mosaïque dans le Temple ? Tout se passe comme si le Pavé mosaïque prenait son sens de sa position dans la Loge.

    Les Apprentis ne devraient-ils pas s'exercer à réunir ce qui est épars, à percevoir au-delà des contradictions apparentes la nécessité des oppositions, la richesse des avis divergents ? En Loge d'Apprentis, les vérités qui peuvent être révélées sont toutes relatives pour les néophytes. Nos perceptions résultent de contrastes. Mais sans les contrastes qui créent ce qui est constatable, l'uniformité nous échapperait et se confondrait avec le néant.

    Le Pavé mosaïque apparaît comme l'image de l'objectivité, de l'équilibre entre de nombreux antagonismes. Il supporte tout ce qui tombe sous le sens. L'Initié se tient debout et avance dans la vie sur ce damier qui proportionne exactement les satisfactions et les peines, les joies et les douleurs des vivants.

    Le Pavé mosaïque semble aussi rappeler que toute action appelle une réaction qui vient rétablir l'équilibre un instant troublé, ainsi que l'alternance de toutes choses car la vie est un perpétuel balancement entre des idées en constante évolution.

    La vérité est fuyante et insaisissable. Personne ne peut se prévaloir d'avoir des conceptions définitives. Toute connaissance est donc relative. En ce sens, le Pavé mosaïque constituerait une clef pour la réflexion symbolique.

    Le Pavé mosaïque est enfin là pour indiquer au véritable Initié qu'il se doit de découvrir l'étroite ligne droite sur laquelle il devra se maintenir en équilibre constant entre la dalle noire et la dalle blanche et avancer ainsi, sûr de lui vers la lointaine Vraie Lumière.

    La méditation sur le Pavé mosaïque permet d'élargir l'esprit, de libérer et d'élever le niveau de notre réflexion.

    Le Pavé mosaïque nous invite à la recherche de la plus grande objectivité dans nos jugements. Ainsi, en considérant simplement le domaine de la perception, rien n'est jamais absolument tout noir ou tout blanc. La couleur d'un objet est toute relative selon l'intensité de lumière qu'il reçoit, l'orientation de celle-ci par rapport à l'objet ou selon la sensibilité et la particularité des organes de vision de chaque individu.

    Il en va de même par exemple pour les apparences perçues par le toucher, l'odorat, le gout et l'ouïe qui sont toutes relatives selon le degré de sensibilité ou d'acuité perceptrice propre à chaque individu.

    Il s'agit donc de ne plus se laisser émouvoir par les apparences et la violence des contrastes perçus par nos cinq sens mais de prendre conscience de la relativité générale.

    Dès lors, une prise de conscience progressive de cette relativité générale, c'est :

    1. se mettre à réviser les valeurs du monde profane et à rejeter ses préjugés ;
    2. se libérer des enseignements définitifs du présent ;
    3. acquérir une sage pondération en toute chose ;
    4. admettre provisoirement l'existence de vérités tout en cherchant LA Vérité ;
    5. naître enfin à la tolérance, qualité spécifique du Franc-maçon.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 43 et 121

     

    Beresniak Daniel - L'apprentissage maçonnique, une école d'éveil ?

    Editions Detrad, Paris, 1983 - Pages 99 à 102

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 47 et 48

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 148 à 151

     

    Dangle Pierre - Le Livre de l’Apprenti

    Editions La Maison de Vie, Paris, 1999 - Pages 77 à 79

     

    Ferré Jean - Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie  

    Editions Dervy, Paris, 1994

     

    Ferré Jean - Dictionnaire des symboles maçonniques

    Editions du Rocher, 1998

     

    Guigue Christian - La formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1996

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie - Tome 2

    Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Page 108

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy Livres, Paris, 1988 - Pages 139 à 141

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L'Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 197 et 211

     

    Pour aller plus loin :

    Michaud DidierLe Pavé mosaïque

    « La conciliation des contraires »

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 2001

     

    La Voûte étoilée

    Le plafond de la Loge est généralement peint en bleu et parsemé de dessins d’étoiles quand ce ne sont pas carrément des ampoules électriques. Il est parfois en forme de voûte et celle-ci est constellée. Le plus souvent désignée par l'expression «Voûte étoilée», il représente le ciel, la nuit, avec une multitude d'étoiles. Il est fait allusion à la dimension cosmique, aussi bien de l'homme Franc-maçon que de l'Initiation et du Travail maçonnique.

    Selon Guy Boisdenghien, « Visible de l’intérieur de la Loge, la voûte étoilée témoigne du fait que les murs ne s’élèvent pas jusqu’aux cieux. L’absence théorique de plafond permet le passage de l’axe du monde ».

    Bien que rarement mentionnée dans les rituels maçonniques, la voûte est très présente dans la dynamique initiale de la Franc-maçonnerie. Elle appartient en effet à l'univers des bâtisseurs qui furent à l'origine de la Maçonnerie opérative. La plupart des édifices religieux et châteaux d'autrefois furent construits avec ce procédé qui mettait en valeur des lignes de force dont on soupçonne trop peu l'importance. La voûte est l'axe par lequel passe une énergie considérable.

    Pour Jules Boucher, « La Maçonnerie n'a pas eu l'exclusivité des voûtes étoilées ; les temples de l'antiquité ainsi que les églises en étaient décorées ». De tout temps les hommes ont vénéré et respecté les formes voûtées qui les surplombaient. Ces formes voûtées jouaient le rôle de frontière entre le ciel et la terre, frontière derrière laquelle les hommes pouvaient se retrancher lorsque les éléments naturels se faisaient trop pressants, les dangers trop menaçants. C'est pour la protection qu'elles apportaient mais aussi pour la liberté et le secret qu'elles autorisaient que les formes voûtées sont à l'origine des premières pratiques magiques et culturelles.

    Jean-Marie Ragon de Bettignies (1781 - 1862) explique que « la Voûte du Temple est azurée et étoilée comme celle des cieux, parce que, comme elle, elle abrite tous les hommes, sans distinction de rang ni de couleur ».

    Souvent perçue comme un hémisphère de couleur bleu-sombre, la Voûte étoilée surplombe la Terre. Perçue sous la forme d'une figure géométrique quadrangulaire, la Terre est alors figurée sous la forme d'un Temple de quatre côtés.

    Pour Raoul Berteaux, « la Voûte étoilée n'a de valeur symbolique qu'en tant qu'élément complémentaire de l'élément Terre ou de l'élément Temple qui s'y substitue ».

    Pour Luc Nefontaine, « la Voûte étoilée, c'est la voûte céleste, parsemée d'étoiles, symbole du caractère cosmique et universel du Temple et de la Franc-maçonnerie elle-même ».

    La contemplation d'un ciel étoilé nous apporte une grande quiétude et une remarquable sérénité d'esprit. Elle nous incite à la méditation davantage qu'à la rêverie. La Voûte constellée des Loges maçonniques est le symbole de son universalité et, simultanément, celui de sa véritable transcendance.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Page 116

     

    Bernard Baudouin - Le pouvoir des formes qui nous entourent

    Editions Sand & Tchou, 1988

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Page 21

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999 - Pages 52 et 53

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 85 et 86

     

    Ragon de Bettignies Jean-Marie - Rituel de l’Apprenti Maçon

    1860

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie -  Tome 2

    Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Page 109

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Page 211

     

    Pour aller plus loin :

    Figeac François - La voûte étoilée et l’astrologie initiatique

    Editions La Maison de Vie, Paris, 2011

     

    La Porte et les deux Colonnes

    La Porte

    Dans le langage maçonnique, la Porte est doublement importante. Elle désigne concrètement l'entrée de la Loge, mais elle marque surtout la transition entre deux mondes : le monde profane et le monde sacré.

    Quiconque est autorisé à franchir cette limite sent clairement qu'il pénètre dans une enceinte hors du temps et des coutumes de la société à laquelle il appartient.

    Franchir la Porte ne se résume pas seulement à un déplacement dans l'espace : cela devient un acte symbolique qui doit être mûrement réfléchi et accompli en parfaite connaissance de cause.

    Lors des Initiations, le Frère qui souhaite accéder à un grade supérieur à celui qu'il avait jusqu'à présent doit frapper à la porte et demander clairement qu'on lui ouvre.

    La Porte (du Temple ou de la Loge)  joue un rôle primordial dans la détermination des caractères spécifiques du vrai Travail maçonnique. Désignée rituellement sous le nom de « Porte d'Occident », elle doit nous faire souvenir que c'est à son seuil que le Soleil se couche, que la Lumière s'éteint. Au-delà règnent donc les Ténèbres, le monde profane.

    Avant de franchir la Porte d'Occident, le Maçon se débarrasse de ses « métaux », fait taire ses passions et oublie ses intérêts personnels. Il se met à l'ordre. Son geste le purifie ; le cours de ses pensées se modifie. Il n'est plus que solidarité, fraternité‚ et amour. L'heure du Travail va sonner pour les ouvriers du Grand Œuvre. La Porte d'Occident franchie, le Maçon a donc quitté le monde profane.

    Située à l'Occident, la Porte dressée entre les Colonnes Jakin et Boaz délimite nettement la transition entre deux univers. Le Frère Couvreur est là pour en assurer la garde. De part et d'autre se tiennent le Premier et le Second Surveillant.

    Les Colonnes

    Le mot « Colonne » est fréquemment employé dans le langage maçonnique. Il appartient au vocabulaire ancien des bâtisseurs ! De plus, dans toute architecture sacrée, les colonnes soutiennent le temple. Enfin, plus concrètement, on lui attribue plusieurs définitions qu'il est important de distinguer.

    • Dans le Temple et pendant une Tenue, les Colonnes doivent être comprises comme étant les deux groupes de Francs-maçons assistant à la séance, l'un positionné le long du côté Nord (Apprentis), l'autre près du côté sud (Compagnons).

    Les Colonnes désignent donc l'ensemble des Frères qui se trouvent sur les banquettes au Nord et au sud du Temple.

    • Dans l'univers maçonnique, le mot « colonne » désigne, selon la légende, les deux colonnes d'airain, Jakin et Boaz, noms de personnages de la Bible, coulées par Hiram lors de la construction du Temple de Salomon.

    Selon la Bible, les colonnes d'airain du Temple de Salomon marquaient le point où se rencontraient, où fusionnaient l'homme et le divin, le profane et le sacré, donnant à tout chercheur sincère la matière et les valeurs propres à sa quête spirituelle.

    • Dans quelques rituels maçonniques, le mot « colonne » désigne aussi – mais sans doute à tort – chacun des trois Piliers disposés en équerre dans trois angles du Tableau de Loge.
    • Lors des banquets maçonniques, les colonnes désignent les verres alignés sur la table !

    Benuraud et Brugnaux notent que « les Colonnes du Temple jouent un rôle important dans la « géographie » des Travaux d'une Loge. Ainsi, lors d'une Initiation, l'impétrant est placé « entre les Colonnes ».

    Dans le Temple maçonnique, bien que leur place varie quelquefois selon le rite accompli, les Colonnes sont généralement situées dans le vestibule et encadrent la Porte d'Occident. Elles sont surmontées de fleurs de lis et de trois grenades entrouvertes.

    Avec la Porte, elles marquent symboliquement la transition entre le monde profane et l'univers des initiés, induisant la transformation de celui qui franchit cette limite, ce qui est le propre de la démarche initiatique.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 42 à 44

     

    Benuraud A. et Brugnaux C. - Eléments pratiques de formation maçonnique et symbolique

    Les Amis de Tristan Duch, Firminy (France), 1993

     

    Beresniak Daniel - L'apprentissage maçonnique, une école de l'éveil ?

    Editions Detrad, Paris, 1983 - Pages 86 à 92

     

    Berteaux Raoul - La Symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 44 à 46 et 50

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 133 à 142

     

    Geay Patrick - Mystères et significations du Temple maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1997 - Pages 75 à 79

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie

    Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Page 107 et 108

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy – Livres, Paris, 1988 - Pages 119, 125 à 139

     

    Pour aller plus loin :

    Figeac FrançoisLes Deux Colonnes et la Porte du temple

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 2011

     

    Le Carré long et les trois Piliers

    Selon les auteurs, le « carré long » est un double carré, donc un rectangle dont la longueur est le double de la largeur, ou bien un rectangle de proportion dorée ou bien encore un rectangle de côtés 3 et 4 dont la diagonale est 5.

    Examinons tout d’abord l’expression « un Carré Long » en tant que réponse à la question « Quelle est la forme de votre Loge ? » qui se trouve dans la plupart des instructions maçonniques du premier degré.

    La forme de la Loge s’énonce en effet par la formule « un Carré Long ». Qu’est-ce à dire ? D’où vient cette appellation pour le moins étrange de « Carré Long » donnée à un rectangle ? Car si la figure de la Loge s’avère rectangulaire, on n’y voit guère de carré parfait.

    La réponse se trouve liée à la notion de temple. Symboliquement, en effet, le temple est un « carré long », c’est-à-dire un double carré, un rectangle, dont les côtés sont dans le rapport 2 à 1, un rectangle d’or ou de proportion dorée, un rectangle construit d’après le Nombre d’or.

    Dans les anciens systèmes initiatiques, égyptiens (mystères d’Osiris ou d’Isis) puis grecs (mystères Orphiques ou d’Eleusis), la construction des temples devait se faire selon des proportions ou valeurs particulières.

    L’architecture sacrée se manifestait par la « projection » dans le plan de la forme de deux carrés parfaits juxtaposés l’un à l’autre. La figure présentant ainsi quatre côtés isométriques symbolise le cosmos.

    Au plan symbolique, le prolongement du carré, magnifiant la puissance du nombre, annonce la mise en mouvement ou ébranlement de l’énergie qui amorce un mouvement ascensionnel pour parvenir à une forme volumétrique nouvelle : le cube.

    Si le cube va devenir déterminant dans différentes traditions, il transite obligatoirement par le carré qui en constitue la prime étape, la base sur laquelle on va pouvoir élever. C’est ainsi que des églises, bâties en Angleterre aux 11ème et 12ème siècles, le sont sur un plan carré (cf. la cathédrale d’Oxford). Toutes les constructions cisterciennes de Grande-Bretagne comme celles des pays germaniques ont été élevées autour de ce carré central.

    Mais en Loge, le « Carré Long » désigne aussi le rectangle qui s’inscrit entre les trois Piliers ou grands chandeliers qui encadrent le pavé mosaïque. Cet espace sacré est inviolable, infranchissable, sauf à certains moments des cérémonies de Réception de certains rites écossais. 

    * Vademecum de l'Apprenti au Rite Moderne (belge)

    Le « Carré Long » fait office de labyrinthe au cœur de l’enceinte maçonnique, à l’image de ceux que l’on trouve dans certaines églises et cathédrales. Nombre d’ésotéristes émérites se sont penchés sur la signification du « Carré long ». Certains y ont vu la réunion du cercle magique et des principes alchimiques. Dans tous les cas, il s’agit clairement de la désignation et de la délimitation dans un environnement général profane d’un périmètre sacré évoquant tous les rituels de construction – matérielle et immatérielle – dans une dynamique d’initiation aux mystères sacrés de l’Univers et à l’Universalité de l’homme.

    Parfois dénommés « grands flambeaux » ou « grands chandeliers », les Piliers, au nombre de trois – et qu’il ne faut pas confondre avec les Colonnes du Temple – se disposent selon un tracé spécifique au rite.

    Au Rite Moderne et au Rite Français notamment, les trois Piliers sont placés en équerre à trois angles du Tableau de Loge. L’un à l’Orient, côté Midi ; le deuxième à l’Occident côté Nord ; le dernier à l’Occident, côté Midi.

    Au Rite Émulation et au Rite Écossais Ancien Accepté, ils sont placés suivant un tracé circulaire. La Sagesse est à l’Orient, près de l’Autel. La Force se trouve à l’Occident, à gauche de la Porte d’entrée, jouxtant le pupitre du Premier Surveillant. La Beauté trône au Midi, à côté du Second Surveillant. On installe toujours les Piliers à la droite des plateaux.

    Au Rite Écossais Rectifié, les trois Piliers sont disposés en équerre au centre de la Loge. La Sagesse se trouve à l’angle sud-est, la Force à l’angle sud-ouest et la Beauté à l’angle nord-ouest, comme au Rite moderne.

    Chacun des trois Piliers correspond à l’un des trois principaux Officiers de la Loge :

    • Le premier, dénommé « Sagesse» correspond au Vénérable Maître.
    • Le deuxième, dénommé « Force» correspond au Premier Surveillant.
    • Le troisième, dénommé « Beauté» correspond au Second Surveillant.

    D'anciens catéchismes donnent aux trois Piliers la signification suivante :

    Q : Que représentent-ils ?

    R : Trois grands maîtres : Salomon roi d’Israël, Hiram, roi de Tyr et Hiram Abif qui fut tué par trois compagnons.

    Q : Les trois grands maîtres œuvraient-ils à la construction du Temple de Salomon ?

    R : Oui.

    Q : Quelle était leur tâche ?

    R : Salomon trouva les subsides et l’argent pour payer les ouvriers. Hiram roi de Tyr fournit les matériaux de construction, et Hiram Abif accomplit ou dirigea le travail.

    D’autres interprétations méritent d’être signalées. Elles proviennent aussi d’anciens catéchismes.

    Pourquoi le Vénérable Maître représente-t-il le Pilier de la Sagesse ?

    • Parce qu’il donne les ordres aux Maçons pour effectuer leur travail dans la manière accoutumée, en harmonie.

    Pourquoi le Premier Surveillant représente-t-il la Force ?

    • Comme le soleil se couche à l’horizon pour clore le jour, de même le Premier Surveillant se tient à l’Occident pour payer les ouvriers qui sont la force et le soutien du Métier.

    Pourquoi le Second Surveillant représente-t-il le Pilier de la Beauté ?

    • Parce qu’il se tient au Midi, la beauté du jour, pour appeler les ouvriers du travail au repos et veiller à ce qu’ils reprennent à l’heure, afin que le maître puisse en avoir joie et contentement.

    Pourquoi la Loge est-elle soutenue par ces trois grands Piliers ?

    • Parce que la Sagesse, la Force et la Beauté sont l’achèvement de tout travail, et que rien ne peut durer sans elles, parce que la Sagesse est pour inventer, la Force pour soutenir, la Beauté pour orner (cf. Prichard, 1730).

    Tentons de comprendre le point de vue de Jean Ferré, pour qui les trois Piliers devraient idéalement être de styles différents : « Il serait logique d’attribuer le style ionique à la Sagesse, le style dorique à la Force et le style corinthien à la Beauté ».

    Fondé sur le symbolisme du Temple du Roi Salomon dédié au Grand Architecte de l’Univers, le pilier ionique est beau, sans ostentation. Il évoque la simplicité, la mesure, la sagesse qui était la qualité marquante de Salomon. Cette sagesse qu’il a reçue de Dieu est une sagesse pratique : elle ne concerne pas sa propre conduite mais celle du Peuple. Il en est de même de la Sagesse du Vénérable Maître : une sagesse qui signifie réflexion, imagination avant la construction. Cette sagesse s’exerce sur la vie de l’Atelier, sur sa direction, pour le bien de la Franc-maçonnerie en général, et de la Loge en particulier. Le Vénérable Maître qui dirige la Loge, doit utiliser au mieux les compétences de chacun, sans parti pris ni favoritisme.

    La notion de force est omniprésente sur les chantiers des bâtisseurs. Nécessaire à l’Apprenti pour tourner et retourner la Pierre brute afin de la dégrossir, au Compagnon pour la rendre cubique, en vérifier tous les angles et toutes les arêtes, cette force ne doit pas être brutale. Se référant à Hiram, Roi de Tyr et dédié au soutien fidèle au Vénérable Maître dans la conduite de la Loge, le pilier dorique, qui suggère la robustesse, est logiquement celui du Premier Surveillant qui se tient à l’Occident pour payer les ouvriers qui constituent la force et le soutien du Métier.

    Les bâtisseurs avaient à cœur de concilier le solide et le beau. Les constructeurs mettaient un point d’honneur à ce que leur œuvre soit parfaite et suscite l’admiration. Chartres, Amiens, Reims – comme tant d’autres cathédrales – sont encore là pour témoigner de la perfection de leur art.

    La beauté ne peut être acquise que par l’harmonie des proportions et le soin apporté à la réalisation. Se référant à Hiram Abif et dédié au Travail et à la Charité, le troisième pilier, idéalement en style corinthien, est attribué au Second Surveillant, associé à la beauté parce qu’il se tient au Midi qui est la beauté du jour.

    Pour Pierre Dangle, « les trois grands Piliers révèlent le chemin de Lumière et le sens d’une œuvre qui débute par le haut. Grâce à eux, la Lumière secrète de l’Orient devient perceptible. Elle prend une forme harmonieuse qui dévoile la hiérarchie des puissances causales, sans cesse à l’œuvre dans l’univers ».

    Le premier Pilier est celui de la Sagesse qui contient la conception de l’œuvre et donne naissance au plan permettant la construction.

    Le deuxième Pilier est celui de la Force, indispensable aux Maçons pour élever le plan et bâtir l’œuvre à la gloire du Grand Architecte de l’Univers.

    Le troisième Pilier est celui de la Beauté, ou plus exactement de l’harmonie, qui correspond à la plénitude de l’œuvre achevée.

    Chaque pilier possède donc sa signification propre, mais ils forment néanmoins une unité et une structure dynamique indissociable, témoignant des trois regards symboliques qui permettent de vivre et d’harmoniser les éléments de la création.

    Ce modèle ternaire « Force – Sagesse – Beauté » forme donc un tout. Raoul Berteaux insiste : « Il n’y a pas lieu de séparer les éléments structurels, ni de leur attribuer une hiérarchie de valeur ». Du point de vue symbolique, le modèle ternaire des Piliers est basé sur la « complémentarité », principe qui constitue une des bases de l’enseignement initiatique. Le modèle « Force-Sagesse-Beauté » appartient à part entière à la Loge d’Apprenti.

    De plus, chaque pilier est une parfaite synthèse des quatre éléments : la base repose sur la terre, le fût est en rapport avec l’air, les volutes du chapiteau évoquent l’eau, et ils sont consacrés par le feu.

    Les trois grands Piliers offrent à l’Apprenti l’illustration de la démarche fondamentale de son grade : l’apprentissage d’une pensée ternaire, qui lui permettra de pénétrer dans le monde des symboles.

    Selon Oswald Wirth « les anciens Maçons faisaient reposer leur œuvre sur trois grands piliers nommés Sagesse, Force et Beauté, en l’honneur d’antiques déesses auxquelles les imagiers du Moyen Age ont consacré trois des vingt-deux compositions allégoriques du tarot. La Sagesse nous apparaît ainsi sous les traits d’une Impératrice céleste… la Force exécute les conceptions en domptant les énergies rebelles… Tout comme la vérité, la Beauté se montre nue ».

    Raoul Berteaux et Jules Boucher associent ce ternaire à trois des séphiroth de la Kabbale : la Sagesse à Khokhma, la Force à Géburah et la Beauté à Thiphéreth. Sans entrer dans ces détails complexes, référons-nous à Daniel Béresniak qui explique que la sagesse est située, sur l’arbre séphirotique, à côté de l’intelligence. Elle est la maîtrise de la connaissance, l’au-delà du savoir. Le passage du savoir à la connaissance se fait lorsque, les distinctions nécessaires étant accumulées, on entreprend de réunir ce qui est épars, de conceptualiser ce qu’ont en commun les choses et les concepts définis et distingués. Il est donc évident que le sage ne peut faire l’économie du savoir. Mais la connaissance n’est qu’un élément de la sagesse. Celle-ci est aussi une philosophie qui induit un comportement.

    Les textes maçonniques, parmi les sages, honorent, voire exaltent, le roi Salomon. Chez les Maçons, tout comme chez les Juifs et chez les Arabes, Salomon (Soliman pour les musulmans) est le sage par excellence, le maître des maîtres.

    La beauté orne et la force soutient celui qui travaille pour se connaitre, pour connaitre et pour naître avec les dieux, ses modèles. Ainsi le ternaire « Sagesse –Force – Beauté », ce trois en un, est un projet, comme l’indiquent clairement les paroles rituelles prononcées lors de l’Ouverture des Travaux (dans certains rites seulement, dont le R.E.A.A.) en allumant les « étoiles », c’est-à-dire les bougies portées par les piliers :

    • Que la Sagesse préside à la construction de notre édifice !
    • Que la Force le soutienne !
    • Que la Beauté l’orne !

    L’édifice est toujours à construire. Le Maçon est toujours à être.

    Les trois Piliers sont donc investis d’une valeur symbolique correspondant aux trois vertus mises à l’honneur chez les bâtisseurs : la Sagesse (qui est associée au Vénérable Maître), la Force (qui est associée au Premier Surveillant) et la Beauté (associée au Second Surveillant). Certaines pratiques ésotériques laissent entendre qu’il existerait un quatrième pilier, virtuel celui-là, dédié à l’Intelligence.

    Un pamphlet, intitulé « Les Trois Coups Distincts », datant de 1760, précise que « la Loge est soutenue par ces Trois Piliers parce que la Sagesse est pour inventer, la Force pour soutenir et la Beauté pour orner ». Les Trois Piliers sont ceux de l’Art des bâtisseurs, reçus en précieux héritage par le Compagnonnage et la Franc-maçonnerie. Quelle qu’elle soit, une construction ne peut exister véritablement et durer que si ces trois critères sont respectés. Sans la Sagesse, la Force et la Beauté, rien ne peut durer.

    Il y a loin de la Planche à Tracer à l’œuvre proprement dite, au travail finalisé. Il convient donc d’agir avec sagesse et prudence pour ne pas mettre la construction en péril ni compromettre la sécurité des ouvriers. C’est tout ce que tout Vénérable devrait avoir à l’esprit car n’oublions pas que la Loge est un chantier. Donner à un Frère un rôle qu’il ne peut complètement assumer, ce serait mettre en danger l’Atelier tout entier. Ce serait bâtir avec de la pierre friable.

    Voilà sans doute la raison pour laquelle le Pilier « Sagesse » est mis en correspondance avec le Vénérable Maître qui dirige la Loge, commande les Officiers au cours de la Tenue, se tient au courant des progrès réalisés par les Apprentis, les Compagnons et les jeunes Maîtres grâce aux Surveillants. Il doit utiliser au mieux les compétences de chacun, sans favoritisme, sans parti pris.

    Les matériaux ne peuvent être maltraités, sous peine d’être rejetés par les Surveillants lors du contrôle. Le Premier Surveillant a la responsabilité de la discipline dans la Loge. Il doit donc exercer une vigilance sans faille sur sa colonne et faire preuve de rigueur quand les règlements ou les us et coutumes ne sont pas respectés.

    Mais l’autorité du Premier Surveillant ne doit jamais se transformer en autoritarisme. Sa parfaite connaissance des règlements permet d’empêcher toute déviation et d’étouffer dans l’œuf tout problème susceptible de troubler l’harmonie de la Loge.

    Si l’on peut aisément admettre la correspondance Sagesse – Vénérable et Force – Premier Surveillant, il n’en est pas de même pour le troisième pilier. Les anciens catéchismes sont assez évasifs à ce sujet.

    Pour le Maçon d'aujourd’hui, les trois Piliers évoqueraient tout simplement les trois principes de vie dont nous avons fait nos objectifs :

    • Vaincre nos passions (la Sagesse) 
    • Travailler sur nous-même (La Force)
    • Créer un monde meilleur (la Beauté).

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 35, 36 et 124

     

    Béresniak Daniel - Rites et Symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome I : « Les Loges Bleues »

    Editions Detrad, Paris, 1997 - Pages 87 à 93

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 53 à 55

     

    Boisdenghien Guy - La Vocation Initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999 - Page 60, 61 et 130

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 98 à 104

     

    Dangle Pierre - Le Livre de l’Apprenti

    Editions la Maison de Vie, Fuveau, 1999 - Pages 77 à 82

     

    Ferré Jean - Dictionnaire des symboles maçonniques

    Editions du Rocher, Monaco, 1998 - Pages 67 à 77

     

    Ferré Jean - Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 58 à 60

     

    Geay Patrick - Mystères et significations du Temple maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1997 - Pages 71 à 74

     

    Guigue Christian - La Formation maçonnique

    Editons Guigue, Mons-en Baroeul, 1996 - Pages 67 et 68

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie Tome 2

    Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Page 108

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 177 ; 204 à 206 ; 218

     

    Pour aller plus loin :

    Lejeune Alain - Les trois Grands Piliers

    La Maison de Vie, Fuveau, 2003

     

    Le Tableau de Loge au degré d'Apprenti

    Nous, Francs-maçons, sommes très attachés au symbolisme que nous considérons comme un moyen d’accès à la Connaissance.

    Notre Loge maçonnique elle-même n’est pas un espace vide mais est habitée par des symboles.

    Après avoir ouvert les Travaux à la gloire du Grand Architecte de l’Univers, après avoir ouvert le Volume de la Loi Sacrée sous le Compas et l’Equerre sur l’Autel des serments, le Vénérable Maître, qui préside à la vie de la Loge, fait déployer sur le Pavé mosaïque, entre les piliers de la Sagesse, de la Force et de la Beauté, ce que l’on appelle un Tableau ou Tapis de Loge où figurent l’ensemble des symboles qui décorent la Loge.

    La Loge d’Apprenti est figurée sur un « Tableau de Loge » qui a la forme d’un rectangle, dénommé autrefois « Carré Long ». La forme quadrangulaire est utilisée comme modèle d’orientation spatiale : Orient, Midi, Occident, Septentrion.

    La même forme quadrangulaire peut être utilisée pour le repérage du temps : Équinoxe de printemps, Solstice d'été, Équinoxe d'automne, Solstice d'hiver.

    En se référant au cycle diurne – nocturne, lors de la pose du Tableau, le Midi est amené en coïncidence avec le Sud et le Minuit avec le Nord.

    Le Tableau de Loge d’Apprenti peut être considéré comme un modèle spatio-temporel dont les dimensions sont infinies dans l’espace et éternelles dans le temps. Ce modèle figure le Cosmos dans sa totalité. C’est dans cet espace-temps, infini et éternel que l’on va isoler un modèle réduit.

    Placé au point central de l’Atelier, dans l’axe du monde qui traverse le milieu du Pavé mosaïque, le Tableau de Loge est requis pour le travail rituel du degré. Il porte tous les emblèmes et symboles usuels du grade et au Travail maçonnique en général.

    Primitivement n’importe quel local clos et rectangulaire pouvait être très simplement transformé en sanctuaire maçonnique. A cet effet, un fauteuil était placé devant le mur opposé à la Porte et deux sièges de chaque côté de celle-ci. Puis on traçait sur le plancher, un Carré long, à l’intérieur duquel étaient sommairement dessinés les emblèmes essentiels de la Franc-maçonnerie.

    Autrefois en effet, les symboles du Tableau de Loge étaient dessinés sur le sol pour l’Ouverture et effacés à la Clôture. Il entrait dans les attributions du Maître des Cérémonies de tracer le Tableau symbolique à la craie lors de l’Ouverture des Travaux et de l’effacer soigneusement, avec une éponge mouillée, au moment de la Clôture. Une de nos Loges régulières, « La Parfaite Fraternité » à l’Orient de Mons, a maintenu cette tradition.

    Lorsque les Loges construisirent leurs temples et abandonnèrent les tavernes, l’usage du dessin à la craie tomba en désuétude et il fut estimé plus commode de fabriquer un « tapis » une fois pour toutes. On trouva effectivement plus expédient de dérouler sur le parquet de la Loge une toile peinte d’avance. Traditionnellement, les Néophytes devaient accomplir leur voyage autour d’un semblable rectangle mystique, renfermant les symboles proposés à leur méditation.

    Le Tableau devint alors un Tapis de Loge, ce qui correspond parfaitement à l’ancienne observance des Modernes. Cette appellation de « Tapis de Loge » provient du fait qu’au 18ème siècle les symboles étaient peints sur un drap, sur un morceau de tissu déroulé à même le sol. L’apparition de cette application se situe vers 1730. Aujourd’hui encore, de nombreux Ateliers perpétuent cet ancien usage. La transformation du « Tapis » en « Tableau » tient à la permanence des locaux maçonniques et à l’évolution des techniques graphiques.

    De nos jours, au Rite moderne, la plupart des Loges se servent d’une toile peinte que le plus jeune des Apprentis déroule ou découvre lors des Tenues, à l’Ouverture des Travaux. Cette opération est évidemment plus simple que de recréer tout le Tableau. Notons que la R\L\ « Saint Jean Lumière de Lorraine » à l’Orient d’Arlon a opté pour un Tableau en bois sculpté.

    Après la situation et la description du Tableau de Loge, tentons à présent de le définir. Synonyme de « Tableau mystique », le « Tapis » ou « Tableau de Loge » désigne la représentation graphique des symboles d’un grade maçonnique, dans un Rite déterminé, spécialement pour ce qui concerne les trois degrés des Loges symboliques. « Tapis » ou « Tableau », il résume les symboles et enseignements que l’Apprenti, le Compagnon et le Maître doivent connaitre.

    En fonction du Rite pratiqué (Moderne, Écossais Ancien Accepté, Écossais Rectifié, Écossais Philosophique, Français Moderne, Émulation, …) les éléments qui figurent sur le Tableau de Loge peuvent varier, selon qu’ils sont considérés ou non comme essentiellement représentatifs de l’enseignement dispensé à tel ou tel grade ou degré initiatique (degré d’Apprenti, degré de Compagnon, degré de Maître).

    Au-delà du degré de Maître, les « Hauts Grades » font également usage des Tableaux de Loge mais sous une forme symbolique plus épurée, rappelant davantage le degré atteint par rapport à l’Initiation dans sa globalité.

    * Vademecum de l'Apprenti au Rite Moderne (belge)

    Le Tableau de Loge figure un temple. Le temple, en tant que modèle réduit peut être réalisé par une courbe continue tracée sur le sol ou par une barrière formée de poteaux et de cordes ou par tous autres moyens réels ou fictifs. Ce temple est fermé par une corde à nœuds sur les côtés Nord, Est et Sud. Il est ouvert du côté de l’Ouest. C’est de ce côté que se trouve la « Porte » de la Loge.

    Cette figuration est universelle : elle appartient à un lointain passé ; elle appartient à des civilisations éloignées dans l’espace. Fermé sur trois côtés et ouvert sur un quatrième côté correspond aussi à cette double condition d’universalité.

    Pour conférer à cet enclos le caractère « sacré » qui lui revient, certains objets y ont été déposés en des emplacements déterminés. Nos déplacements dans la Loge s’effectuent toujours par une circumambulation autour du Tableau de Loge. Certaines paroles prononcées et des gestes accomplis renforcent le caractère « sacré » de cet enclos.

    Jules Boucher nous propose une énumération sommaire des symboles figurant sur le Tableau de Loge d’Apprenti :

    Ce « Tableau » comporte deux Colonnes, surmontées de Grenades, encadrant une Porte à laquelle conduisent trois Marches ; elles-mêmes suivies d’un Pavé mosaïque. On y voit aussi trois fenêtres, une Pierre brute, une Pierre cubique à pointe. Une corde à trois nœuds encadre ce « Tableau » qui comprend en outre le Soleil et la Lune, les deux Luminaires, l’Equerre et le Compas, la Perpendiculaire et le Niveau, le Maillet et le Ciseau, la Planche à tracer.

    Il y a certainement plusieurs façons d’aborder la lecture du Tableau de Loge. Celle que j’ai choisie part de l’évocation de la Lumière pour aboutir à la construction du Temple, en passant par le symbolisme des outils.

    En premier lieu, au fronton du Temple, c’est le Delta lumineux qui a retenu mon attention. Ensuite j’ai analysé les deux figures astrales, le Soleil et la Lune ainsi que la Voûte étoilée ; puis deux instruments à tracer, l’Equerre et le Compas, qui sont aussi deux des trois grandes Lumières de la Franc-maçonnerie.

    J’ai ensuite souhaité analyser les deux instruments de contrôle que sont le Niveau et la Perpendiculaire, par ailleurs signes distinctifs des deux Surveillants de la Loge.

    J’ai alors étudié les deux outils essentiels de l’Apprenti, le Maillet et le Ciseau, situés vers l’Occident, côté Nord.

    Mon analyse s’est ensuite portée sur les deux pierres en présence : la Pierre brute et la Pierre taillée.

    Enfin, j’ai examiné le sens des deux Colonnes identiques situées à l’Occident : la Colonne B:. et la Colonne J:..

    Ce premier coup d’œil montre que la plupart des images sont associées par paires ; elles constituent des « modèles symboliques binaires ».

    Le Tableau de Loge d’Apprenti fait également appel à des « modèles symboliques ternaires » : ce sont les Trois fenêtres situées à l’Est, au Sud et à l’Ouest, ainsi qu’un escalier de trois marches.

    Voici à présent l’analyse de ces différents emblèmes et symboles du degré d’Apprenti.

    La Lumière est présente

    Commençons, arbitrairement, par nous intéresser au centre du fronton du Temple où nous apercevons un Triangle et à l’intérieur de celui-ci un œil. Ce triangle, ce Delta lumineux et l’œil qui y est inscrit, représentent symboliquement le « Grand Architecte de l’Univers », élément essentiel de la philosophie maçonnique. Des Maçons l’assimilent à Dieu et certains même au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. D’autres l’assimilent à l’Etre Suprême ou à un Principe créateur, et certains à l’Esprit, à la Conscience Universelle. Ce Delta et l’Œil apparaissent comme le symbole de l’Etre, de l’Unité et de la Totalité. De ce Triangle émanent des rayons lumineux : « la Lumière ».

    Le Grand Architecte de l’Univers, Etre Suprême ou Principe créateur a créé le Cosmos puis a créé la Lumière grâce à laquelle il a donné à ce monde un ordre, un sens, une signification.

    Mais sur le Tableau de la Loge figurent aussi les luminaires que sont le Soleil et la Lune. Et il convient de ne pas confondre cette Lumière qui émane du Delta avec celle du Soleil et de la Lune. Celles-ci sont de l’ordre de la nature alors que la Lumière qui émane du Delta est d’un autre « ordre » : elle est de l’ordre de l’Esprit. Et, lorsque le Vénérable Maître nous invite à nous tourner vers la Lumière, il ne s’agit pas d’une lumière naturelle, celle du soleil et de la lune, mais d’une Lumière spirituelle, « celle de l’Esprit et du Cœur ».

    Le Soleil et la Lune

    Pour l’observateur terrestre de l’hémisphère Nord, la course circulaire apparente du soleil émerge à l’orient et s’immerge à l’occident. Aussi l’image du Soleil est-elle associée à la moitié sud de la Loge. Par voie de complémentarité, l’image de la Lune est associée à la moitié nord de la Loge.

    Le Soleil et la Lune, les deux astres les plus visibles, sont souvent associés en un modèle symbolique binaire au sein duquel les deux éléments constitutifs sont liés par le principe de complémentarité.

    Le Soleil est l’astre du jour, la Lune celui de la nuit. L’un est actif, l’autre passif. Ils sont deux expressions différentes de la lumière qui règne sur le monde en permanence. L’un brille dans la clarté du jour, l’autre dans l’obscurité de la nuit, mais toujours avec un rayonnement suffisant pour éclairer les hommes en quête d’évolution sur le chemin de leur devenir.

    Le symbolisme du Soleil et de la Lune est à explorer parce qu’il raconte toutes les attentes et toutes les craintes de l’homme. La perception du temps et de l’espace, la chaleur et la lumière, la fécondité, le rythme des saisons, l’idéal du moi, les dieux, les rites, les mythes fondateurs des religions sont impliqués et éclairés par ce qui est dit et rêvé de ces deux astres. Ils sont les premiers repères de celui qui regarde le ciel. Le travail sur ces symboles est formateur pour les Maçons dont la vocation est de connaitre l’homme et de l’améliorer.

    La Voûte étoilée

    En plus des images de la Lune et du Soleil, le Tableau de Loge présente une constellation d’étoiles avec quelques courbes esquissant des nuages. La Voûte étoilée n’a de valeur symbolique qu’en tant qu’élément « complémentaire » de l’élément Terre ou de l’élément Temple qui s’y substitue. L’ensemble des deux éléments forme un modèle symbolique binaire, corrélatif au modèle Équerre – Compas.

    La Voûte étoilée, c’est en réalité le ciel, la voûte céleste parsemée d’étoiles. Elle est le symbole du caractère cosmique et universel du Temple et de la Franc-maçonnerie elle-même. C’est pourquoi le plafond du Temple, traditionnellement constellé d’étoiles sur un fond bleu, est appelé « Voûte étoilée ».

    La contemplation d’un ciel étoilé nous apporte une grande quiétude et une remarquable sérénité d’esprit. Elle nous incite à la méditation davantage qu’à la rêverie. La Voûte constellée des Loges maçonniques est le symbole de son universalité et, simultanément, celui de sa véritable transcendance.

    Trois fenêtres grillagées

    La lumière est aussi représentée sur le Tableau de Loge par trois fenêtres : la première à l’Orient, la seconde au Midi et la troisième à l’Occident. Il n’y a pas de fenêtre au Nord et les trois fenêtres sont grillagées. En dehors de la symbolique solaire, ces fenêtres interviennent comme des bornes, des limites, des frontières. Si elles sont grillagées, ce n’est peut-être pas pour interdire aux profanes de regarder dans le Temple mais simplement pour en défendre l’accès. Si ce grillage protège ces ouvertures, cela pourrait aussi indiquer que le travail des ouvriers est soustrait à la vue des profanes. Mais remarquons que si le Temple était éclairé intérieurement, un simple grillage ne suffirait pas pour empêcher de voir ce qui s’y passe !

    La Loge est tout simplement isolée du monde profane et le Maçon ne doit avoir aucune tentation de rester un simple spectateur de ce même monde. Au contraire, il faut qu’en sortant du Temple, après y avoir puisé de nouvelles forces, le Maçon redevienne un acteur dans la foule anonyme et y répande, entre autres, la Sagesse qu’il est venu y acquérir.

    La fenêtre du Midi marque le commencement et la fin d’un monde qui se situe hors de portée des hommes. Celle d’Occident reste affectée à la mort symbolique. Quant à la fenêtre d’Orient, elle marque symboliquement le passage par où peuvent s’opérer la hiérophanie et la transfiguration.

    Sur le Tableau de Loge, en matière de lumière, nous découvrons ensuite deux des trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie, l’Equerre et le Compas, deux instruments du Grand Architecte de l’Univers.

    Si la Lumière qui se dégage du Tableau de Loge nous suggère de créer et de bâtir, nous ne pouvons cependant le faire qu’à la condition de savoir utiliser les outils, comme le Grand Architecte, et de les utiliser en fonction de la Loi morale, présente à la conscience de l’homme, ordonnée à une Vérité à découvrir, un Bien à réaliser et une Beauté à conquérir.

    Deux instruments à tracer : l’Equerre et le Compas

    L’Équerre, c’est ce qui sert à rendre les corps carrés. Le Compas, c’est ce qui sert à comparer, à mesurer. Ce sont les outils symboliques utilisés par le Grand Architecte de l’Univers dans son œuvre ordonnatrice. Ce sont les outils qui permettent de tracer le plan du monde. Ils sont associés, unis au Volume de la Loi sacrée, comme des moyens unis à une fin.

    Lorsque ces deux instruments sont associés, ils forment un modèle binaire.

    Le Compas est un outil actif permettant de dessiner des cercles. Cette forme géométrique est un symbole cosmologique.

    Le Compas évoque l’idée de mesure précise mais davantage celle d’ouverture.

    Il représente à la fois le mouvement et donc le temps, mais aussi le dynamisme constructeur, la pensée agissante, la prudence et le pragmatisme dans la recherche de la Vérité. Le Compas est aussi le symbole de l’esprit et de son pouvoir sur la matière.

    L’Équerre est un outil passif, symbole de la matière. L’Équerre peut aussi représenter l’espace car elle a une double propriété caractéristique : l’horizontalité et la verticalité. Oswald Wirth lui assigne un sens d’équité, de justice, de rectitude dans l’action humaine. Si l’un des côtés de l’Equerre est d’une longueur supérieure, l’outil a alors un sens de dynamisme.

    L’Équerre est l’un des symboles fondamentaux de la Franc-maçonnerie : en effet, sans l’Equerre, le Maçon ne pourrait jamais passer de la « pierre brute », qui n’a aucune horizontalité ni verticalité parfaite, à la « pierre cubique », perfection spatiale.

    De l’Equerre émanent plusieurs valeurs morales. La principale, attestée par son angle droit, fixe et immuable, que Pythagore appelait son « angle d’équité », est la rectitude de l’Initié tant dans sa vie maçonnique que dans sa vie profane, une rectitude qui doit inspirer ses pensées, ses paroles et ses actions, une rectitude à laquelle se rattachent l’honnêteté, la sincérité, la franchise et l’intégrité. Autant d’exigences qui distinguent le Maçon de l’homme ordinaire dans l’existence quotidienne ; autant d’exigences réciproques qui s’imposent entre Frères, dans la Loge au cours des Travaux.

    Les Tableaux de Loges placent le Compas ouvert, les deux pointes dirigées vers le haut. Cette disposition semble nous inviter à une investigation bien mesurée des principes abstraits. Elle implique une étude rationnelle, non de la terre ou des faits objectivement constatables, mais bien du ciel.

    Trois bijoux immobiles : les deux pierres et la Planche à tracer

    Sur le Tableau de Loge figurent deux dessins de pierre :

    • le premier est celui de la « Pierre brute » ;
    • le second est celui de la « Pierre cubique à pointe », parfois surmontée d’une hache.

    La pierre brute n’a aucune forme ; la pierre cubique a été taillée. Dans les rituels maçonniques, il est écrit que le Franc-maçon doit s’efforcer de passer de la Pierre brute à la Pierre cubique, c’est-à-dire que si l’on assimile l’homme lui-même à un ensemble sans ordre ni mesure à l’état de nature, il doit par sa réflexion, par son travail apprendre à se discipliner, à mettre un certain ordre en lui-même « en maîtrisant ses passions et en soumettant sa volonté », comme le Grand Architecte lui-même a fait passer le monde du chaos à l’ordre et des Ténèbres à la Lumière.

    La Planche à tracer est aussi présente sur le Tableau de Loge sous la forme d’un rectangle sur lequel figurent deux grilles d’un alphabet maçonnique. Celles-ci sont utilisées pour créer un alphabet dont les lettres sont formées exclusivement par des équerres et des points mais cet alphabet est peu utilisé.

    La Planche à tracer qui figure sur le Tableau de Loge est là pour suggérer au Franc-maçon qu’avant de s’engager dans une action, avant de réaliser une œuvre, il faut la penser, il faut tracer les plans de la construction avant de passer à la construction elle-même et il faut apprendre à se servir des outils propres à la construction d’un édifice.

    C’est sur la Planche à tracer que les Maîtres établissent leurs plans. Mais les Apprentis ne doivent pas ignorer l’emploi de ce symbole. Et c’est parce qu’ils doivent s’exercer à ébaucher leurs idées que ce symbole figure déjà sur le Tableau de la Loge d’Apprenti.

    La Pierre brute, la Pierre cubique et la Planche à tracer associées forment un ensemble de trois symboles connus sous l’appellation de « bijoux immobiles ». Ils correspondent respectivement aux degrés d’Apprenti, de Compagnon et de Maître.

    Le Grand Architecte a donc créé et ordonné le monde ; il a aussi créé la Lumière. Grâce à cette Lumière, il a donné à ce monde un ordre, un sens, une signification. Ce monde, cosmique et naturel est déjà fait. Il est déjà là et c’est à nous, Francs-maçons à l’étudier, à le connaitre si nous voulons le transformer. Mais si le monde de la nature est déjà fait, il n’en est pas de même pour l’homme lui-même. L’homme n’est pas déjà fait, il est à faire, il est à bâtir. L’Initiation consiste à faire le Maçon, à le bâtir avec les outils symboliques, dans la visée du Bien, dans la reconnaissance de la Loi morale.

    Or, le Franc-maçon ne peut le faire qu’à l’aide d’outils symboliques. Ce sont ces outils que nous allons examiner à présent car, eux aussi figurent sur le Tableau de Loge. Ce sont d’une part le Maillet et le Ciseau, et d’autre part le Fil à plomb et le Niveau. Ils permettent au Maçon de bâtir, de construire.

    Les outils de l’Apprenti : le Maillet et le Ciseau

    Le Maillet et le Ciseau forment une association d’outils, d’instruments. Le modèle symbolique formé par la jonction du Maillet et du Ciseau est un signe de puissance créatrice. Basé sur l’image de la taille de la pierre, le sens de ce modèle peut être amplifié en le transférant dans des domaines variés. C’est à ce travail qu’est convié l’Apprenti par la présence des deux outils associés sur le Tableau de Loge.

    Le Maillet est considéré comme le symbole de l’intelligence qui guide la main, qui elle-même tient le Ciseau et l’oriente. Le Maillet serait aussi le symbole de l’intelligence qui agit et persévère, qui dirige la pensée et anime la méditation de celui qui cherche la Vérité dans le silence de sa conscience. Mais il semble aussi être l’emblème du Travail et de la Volonté. Vu sous cet angle, il est inséparable du Ciseau qui représente le discernement sans l’intervention duquel l’effort serait vain.

    Le Ciseau est l’un des symboles du Travail maçonnique mais principalement de celui de l’Apprenti qui, grâce à cet outil tranchant, peut dégrossir sa « pierre brute ».

    Le Ciseau et le Maillet constituent un couple symbolique qui associe la force et l'habileté. Notre intelligence et notre volonté doivent s’appliquer à notre propre perfectionnement avant qu’il nous soit permis d’ambitionner une action plus étendue.

    Outil du Vénérable et des Surveillants, le Maillet revêt aussi un caractère d’autorité et de pouvoir.

    Deux instruments de contrôle : la Perpendiculaire et le Niveau

    Le Fil à plomb est un instrument irremplaçable qui nous vient des bâtisseurs. Il sert à vérifier la verticalité. En matière de construction, il y a lieu de remarquer qu’on s’assure de la perpendicularité grâce à l’Equerre !

    Au plan symbolique, le Fil à plomb représente le domaine au sein duquel opèrent le Ciseau et le Maillet.

    La ligne verticale, matérialisée par le fil que tend une petite masse de plomb, situe l’espace immatériel où se produit le dégrossissage de la Pierre brute, travail essentiel et primordial de l’Apprenti.

    Le Fil à plomb n’a ni sommet ni longueur définis. Il symbolise l’activité ésotérique de l’homme, sa vie intérieure, psychique, mentale. C’est le lieu du moi individuel et le passage entre le haut et le bas de ce moi, c’est-à-dire la connaissance de soi, condition sine qua non de l’Initiation. La connaissance approfondie de soi réclame une volonté, un courage et une persévérance de tous les instants.

    Dans la Maçonnerie moderne, le Niveau se présente en forme de triangle dont l’angle supérieur est de 90°, au faite duquel est attachée une perpendiculaire. Par le fait qu’il indique à la fois l’horizontale et la verticale, il constitue l’instrument idéal pour celui qui veut bâtir, ce qui est le but symbolique de tout Initié puisque celui-ci a pour mission de construire son propre temple intérieur. Niveau et perpendiculaire sont indispensables à toute construction : le niveau sert à vérifier les horizontales, la perpendiculaire sert à vérifier les verticales.

    Par la justesse qu’il permet d’atteindre sur l’un et l’autre plan, le niveau est le garant d’une construction harmonieuse. Il est par excellence un outil de perfection. Appliqué à la progression et à l’évolution de l’homme, il représente l’égalité des valeurs humaines et sociales. Le Niveau serait donc le symbole de l’égalité originelle. Mais il peut aussi indiquer que le Maçon n’a pas à vouloir prouver qu’il a raison mais qu’il a à participer en toute modestie aux Travaux de la Loge qui ont pour but la probe recherche de la Vérité.

    Le Niveau ne symbolise pas l’égalité des hommes devant les lois du monde profane. S’il est vrai que les Maçons en Loge sont égaux devant les lois maçonniques, le Niveau ne semble pas non plus le symbole de cette égalité.

    S’il est également vrai qu’une Tenue a pour objectif, entre autres, d’uniformiser les disparités sociales, culturelles et idéologiques des membres de la Loge, le Niveau n’est pas le symbole d’une uniformisation à tendance égalitariste ou le symbole d’un nivellement par le bas ! Le Franc-maçon est avant tout un homme libre d’avancer, sur la voie initiatique, au rythme qu’il peut soutenir, sans élitisme ni esprit de compétition.

    Lutter contre les inégalités du monde profane est un idéal auquel les Maçons aspirent. Mais cette lutte commence par l’amélioration de soi.

    La Franc-maçonnerie a foi en cette mission qu’elle confie à chacun de ses membres et le Niveau est un des instruments de la perfectibilité humaine. C’est d’elle qu’il est un des symboles. Il semble donc bien à sa place sur le Tableau de la Loge !

    La Perpendiculaire et le Niveau sont attribués respectivement au Second et au Premier Surveillant, ce qui souligne le degré d’importance dans l’instrumenta maçonnique.

    Une représentation du Temple

    Les outils sont utiles, indispensables pour construire symboliquement le Temple. Aussi trouvons-nous sur le Tableau de Loge l’image du Temple qui rappelle le Temple grec ou romain. Il est de forme rectangulaire et surmonté d’un fronton triangulaire.

    Le Pavé mosaïque

    Devant le Temple nous observons une représentation du « Pavé mosaïque ». Il aurait décoré le Temple de Salomon et il décore aujourd’hui encore le sol de toutes les Loges.

    Composé de carrés blancs et noirs alternés, le Pavé mosaïque représente les dualités, les oppositions, les contraires que l’être humain observe et même subit au cours de l’existence quotidienne. Mais au-delà de ce symbolisme apparemment binaire, ces paires ne sont opposées qu’en surface. Un Initié digne de ce nom cherchant toujours au-delà des apparences, se rend compte que le blanc n’est que l’aspect complémentaire du noir. Il n’y a dès lors ni carreaux blancs ni carreaux noirs sur le Pavé mosaïque à partir du moment où l’Initié dirige son mental vers les lignes virtuelles que forment les carreaux côte à côte. Ces lignes médianes, hors de la dualité blanc-noir, et leur ensemble composent l’élément trinaire (ou ternaire) du symbole.

    Les trois Marches

    Pour accéder à l’entrée du Temple, il faut gravir trois marches, ce qui signifie que pour accéder à ce lieu sacré, il faut s’élever, comme pour apercevoir la Lumière.

    Le Tableau de Loge présente un escalier de trois marches devant la porte d’entrée. Le plus souvent cet escalier est reporté vers le fond du temple.

    Certains auteurs présentent un nombre de marches différent de trois : il s’agit là d’écarts destinés à promouvoir l’une ou l’autre thèse chère à l’auteur. Du point de vue de la symbolique des nombres, c’est bien trois qui assume la cohérence numérique du degré d’Apprenti.

    La porte, ses colonnes de soutien et le fronton

    Le Tableau de la Loge présente à l’Ouest un portique formé de deux colonnes soutenant un linteau sur lequel repose le fronton triangulaire déjà évoqué. Les deux colonnes ont ici la fonction de soutien. Il ne faut pas les confondre avec les Colonnes J:. et B:.

    Il s’agit ici d’une porte, au sens architectural du terme, qui contrôle l’entrée dans l’enclos délimité par la corde à nœuds. Lors de la Réception du candidat, la porte est supposée basse et étroite.

    Les Colonnes J:. et B:.

    Les Colonnes J:. et B:. rappellent celles qui étaient situées dans le Temple de Salomon : la Colonne B:. (Boaz) symboliserait la Force (cf. « en lui est la Force ») ; la Colonne J:. (Jakin) signifierait « maintenir en force ». Il s’agit d’établir ; il s’agit aussi de maintenir. Le Franc-maçon, comme l’Architecte, doit bâtir mais il doit aussi maintenir ce qu’il fait, affirmer son œuvre et sa validité et empêcher qu’elle soit détruite par qui que ce soit.

    La Corde à nœuds

    Au grade d’Apprenti, le « Tapis » ou « Tableau de Loge » est entouré d’une corde à nœuds. Ces nœuds entrelacés sont probablement l’image de l’union fraternelle qui lie par une chaîne indissoluble tous les Francs-maçons du globe.

    En suivant le contour du Carré long sur les côtés Nord, Est et Sud, la corde à nœuds délimite un enclos ouvert vers l’Ouest. C’est sur ce dernier côté qu’est figurée la porte, ouvrant le passage dans l’enclos sacré, cerné par la corde. Un tel enclos est dénommé « temenos », c’est-à-dire un lieu séparé et isolé. Ce terme est à l’origine du mot « temple ».

    Certains auteurs y ont vu une représentation de la chaîne d’union. Remarquons cependant que notre chaîne d’union est une boucle « fermée » tandis que la corde à nœuds est « ouverte ».

    Pour Benuraud et Brugnaux, la fonction de la corde à nœuds consiste à maintenir les différents éléments contenus dans l’enceinte du Temple. La corde à nœuds semble en effet bien protéger l’ensemble des outils et symboles représentés sur le Tableau de la Loge.

    Elle reste toujours « ouverte » vers l’Occident mais marque une limite à ne pas franchir en direction de l’Orient. Cette disposition ne nous indiquerait-elle pas que la lumière qui luit à l’Orient est sacrée, intouchable et inaccessible et que, par conséquent, la Vraie Lumière, c’est celle qu’il faut chercher ailleurs, au plus profond de soi-même ?

    Le Tableau de Loge apparaît comme un condensé des symboles essentiels d’un degré et devient ainsi un support efficace pour la réflexion du Franc-maçon à leur sujet. Image réduite des valeurs symboliques et mythiques de la Loge, il condense au centre du Temple, visible de tous par conséquent, l’essentiel de la Maçonnerie : la Lumière, la fraternité, le travail, l’égalité, l’axe et l’équilibre de la recherche initiatique depuis la Pierre brute jusqu’à la Pierre cubique, la protection du monde maçonnique contre le monde profane…

    Durant les Travaux, c’est le Tableau de Loge qui reçoit l’éclairage général de la Loge sans cacher le Pavé mosaïque qui y est dessiné. C’est un lieu sacré. C’est pourquoi nos déplacements s’effectuent tout autour de lui.

    Notre circumambulation autour de cet espace sacré a pour objectif de respecter au sein du Temple intérieur de chaque Initié la Lumière sacrée qui s’y trouve enfouie et qu’il recherche pour la cultiver, pour la faire grandir et pour la faire rayonner autour de soi.

    Nous avons ainsi pu découvrir qu’il y a entre les symboles pris en eux-mêmes, dans leurs rapports les uns avec les autres et dans leur relation à l’ensemble du Tableau, une sorte de lien interne et logique, une analogie, des correspondances. Mais remarquons que les trois Piliers n'y sont généralement pas représentés.

    Cette symbolique semble habitée par une certaine vision globale de l’univers et de l’homme, des relations entre l’univers et l’homme lui-même et dans leur relation avec ce qui dépasse et l’univers et l’homme : le Grand Architecte de l’Univers. Elle exprime une philosophie et peut éclairer le Franc-maçon dans sa réflexion et dans sa conduite.

    Au-delà du rang de Maître, les « Hauts Grades » font également usage des Tableaux de Loge, mais sous une forme symbolique plus épurée, rappelant davantage le degré atteint par rapport à l'Initiation dans sa globalité.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Page 151

     

    Daniel Béresniak - L'apprentissage maçonnique, une école de l'éveil ?

    Editions Detrad, Paris, 1983 - Pages 102 à 109

     

    Daniel BéresniakRites et Symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome I : « Les Loges Bleues » - Editions Detrad, Paris, 1997 - Page 67

     

    Berteaux RaoulLa symbolique au grade d’Apprenti

    Edimaf, Paris, 1986 - Pages 17 à 19

     

    Boucher JulesLa symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Page 129

    Guigue ChristianLa formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1995 - Page 273

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie - Tome 2

    Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Page 109

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy – Livres, Paris, 1988 - Page 39

     

    Tort-Nougues HenriLecture des Tableaux de Loge - Rite écossais

    Guy Trédaniel éditeur, Paris, 1999 - Pages 27

     

    Pour aller plus loin :

    Ariès François - Le Tableau de Loge et le Plan d’Œuvre

    Editions La Maison de Vie, Paris, 2008

     

    Le triangle

    Le positionnement des Officiers lors des Tenues dans le Temple fait apparaître une série de sept triangles virtuels :

    • le triangle de l’autorité (triangle ascendant) :

    Il est formé du Vénérable Maître du 1er Surveillant et du 2nd Surveillant.

    • le triangle de l’organisation de la Loge : (triangle descendant, inversé par rapport à celui de l’autorité)

    Il est formé du Couvreur, du Secrétaire et de l’Orateur.

    • le triangle de la connaissance:

    Il est formé du Vénérable Maître, du Secrétaire et de l’Orateur.

    • le triangle des moyens opérationnels:

    Il est formé du Vénérable Maître, de l’Hospitalier et du Trésorier.

    • le triangle de l’administration de la Loge:

    Il est formé du Vénérable Maître, du Secrétaire et du Trésorier.

    • le triangle de la force:

    Il est formé du Vénérable Maître, du 1er Surveillant et de l’Expert.

    • le triangle de la beauté:

    Il est formé du Vénérable Maître, du 2nd Surveillant et du Maître de la Colonne d’Harmonie.

     

    On nomme également « triangle » la réunion de trois Francs-maçons dont un au moins a le grade de Maître.

    Mais le triangle est avant tout une figure géométrique dont le symbole est très souvent utilisé dans l'univers de la Franc-maçonnerie. En relation très intime avec le Nombre Trois, le triangle est composé de trois côtés, trois angles et trois sommets. Ce systématisme trinitaire rappelle les choix mystiques et ésotériques de nombreuses civilisations avant la nôtre.

    Le triangle est au centre des formes géométriques qui sont utilisées dans la construction, par la simplicité de son principe et de ses particularités ainsi que par ses multiples possibilités d'adaptation et de complémentarité avec d'autres formes. Selon certains spécialistes, « les relations précieuses définissables entre les côtés, les angles, les hauteurs, les diagonales font du triangle un élément fondamental de toute méthode géométrique ».

    Dans la géométrie euclidienne, le triangle est le polygone de sustentation (base) le plus simple. Pour délimiter une portion d'espace, il faut utiliser un compas et tracer un cercle ou, au maximum, tracer trois droites.

    Les propriétés du triangle, la multiplicité de ses relations avec les autres figures, les relations précieuses définissables entre les côtés, les angles, les hauteurs, les diagonales, font du triangle l'élément privilégié de la géométrie. Les triangles peuvent être répartis en deux grandes familles :

    • les triangles isocèles ;
    • les triangles non isocèles, scalènes.

    Les triangles équilatéraux (dont les 3 côtés sont isométriques) sont en réalité des triangles isocèles particuliers.

    Les triangles rectangles peuvent être isocèles ou scalènes, selon les dimensions données à leurs côtés.

    Le triangle de Pythagore est un triangle rectangle dont les côtés sont dans le rapport de 3 à 4, ce qui donne nécessairement 5 pour l’hypoténuse (32 + 42 = 52).

    Le triangle de Pythagore a aussi une progression arithmétique de raison « 1 » : 3, 4, 5. On l'appelle quelque fois « Triangle d'or ».

    On ne peut s'empêcher de rattacher le Triangle à l’Équerre et au Compas qui sont parmi les symboles les plus essentiels de la symbolique maçonnique.

    • Le triangle équilatéral représenterait la forme élémentaire de la terre.
    • Le triangle rectangle représenterait l'esprit de l'eau.
    • Le triangle scalène représenterait l'esprit de l'air.
    • Le triangle isocèle représenterait le feu élémentaire.

    Remarquons que le triangle équilatéral symbolise souvent la trinité divine dans le catholicisme.

    Depuis la plus haute Antiquité, on confère au triangle isocèle une valeur éminemment symbolique. C'est une des raisons pour lesquelles on le retrouve au fronton de la plupart des édifices religieux de l'époque. Ce triangle isocèle doit avoir un angle supérieur de 108° et deux angles à la base ayant chacun 36°. On l'appelle « Triangle Divin ».

    Le Triangle Sublime est celui qui forme la pointe du Pentagramme, dont l'angle au sommet vaut 36° et les 2 angles de base 72° chacun.

    En Maçonnerie on peut faire correspondre les trois côtés du triangle à la formule : « Bien penser, bien dire, bien faire », ou à la devise : « Liberté, Egalité, Fraternité ».

    Les trois points du Triangle, nous dit Jean-Marie Ragon, peuvent aussi signifier « Passé, Présent, Avenir ». Un triangle entier peut désigner Dieu éternel ou l’Éternité.

    Les trois angles signifient encore Sagesse, Force, Beauté, attributs de Dieu. Ils signifient encore Sel, Soufre et Mercure, principes de l’œuvre de Dieu.

    Les côtés du triangle isocèle maçonnique signifieraient Lumière, Ténèbres et Durée. Dans ce ternaire cosmique, la Lumière et les Ténèbres correspondent aux côtés obliques isométriques qui s'équilibrent et se rejoignent au sommet ; le Temps ou la Durée formant la base du triangle.

    L'étude des propriétés du triangle a libéré l'homme de nombreuses contraintes et lui a permis d'accomplir sa mission telle que la définissent les textes bibliques : parfaire la création.

    Les trois points disposés en triangle sont couramment employés en Maçonnerie comme signe d'abréviation. C'est sans doute la raison pour laquelle les Francs-maçons sont souvent désignés sous l'épithète de « Frères Trois Points ». Cette épithète confirme toute l'importance des « trois points » en Maçonnerie : ils représentent le Delta lumineux, ce Triangle qui apparaît, au Rite Écossais Rectifié notamment, derrière et au-dessus du siège du Vénérable Maître, c'est-à-dire à l'Orient.

    Signalons enfin que le « montant du triangle » est une expression correspondant au prix à payer pour participer à un repas, à une conférence,…

    Le Delta

    En Franc-maçonnerie, le triangle est généralement dénommé DELTA, du nom de la lettre grecque en forme de triangle. Le Delta est susceptible de fournir au Franc-maçon les moyens de remporter une victoire sur lui-même car l'homme est quelque chose qui doit être surmonté.

    Le triangle renvoie au Nombre Trois et l’œil à la divinité-qui-voit-tout, au Soleil, source de vie et de lumière, ou à la conscience humaine. En Franc-maçonnerie, selon les obédiences, il est parfois compris comme le symbole du Grand Architecte de l'Univers.

    Delta est le nom de la lettre « d » grecque. Sa forme majuscule D est celle d'un triangle.

    Le Delta lumineux maçonnique porte souvent, en son centre, le Tétragramme sacré « I E V E », en lettres hébraïques YHWH (יהוה), ou bien l’Œil divin.

    * Vademecum de l'Apprenti au Rite Moderne (belge)

    L’œil symbolise :

    • sur le plan physique, le Soleil visible d'où émane la Vie et la Lumière ;
    • sur le plan astral, le Verbe, le Principe créateur ;
    • sur le plan spirituel ou divin, le Grand Architecte de l'Univers.

    Mais le triangle qui évoque l'idée de la trinité n'est pas une conception propre seulement à la religion chrétienne. On retrouve en effet la trinité dans la plupart des religions :

    • dans la Trimourti hindoue : Brahma (créateur), Vischnou (conservateur), Civa (destructeur) ;
    • dans des triades égyptiennes comme la Triade osirienne : Osiris, Isis, Horus.

    « Traditionnellement, nous dit Edouard Plantagenet, le Delta lumineux ou Delta sacré est un symbole composé se présentant sous la forme d'un triangle équilatéral ou rectangle, triangle au centre duquel apparaît un œil ou tétragramme sacré. »

    Quatrième lettre de l'alphabet grec, le Delta correspond à Daleth, 4ème lettre de l'alphabet hébreu et qui se dessine comme une équerre ! Or, Daleth signifie «porte». La porte, d'un point de vue symbolique, est le lieu de passage entre deux états, entre deux mondes, entre le connu et l'inconnu. Si la porte s'ouvre sur le mystère, elle est dynamique car elle indique le passage et invite à le franchir. C'est l'invitation au voyage !

    Dans le symbolisme maçonnique, la Porte du Temple placée entre deux Colonnes s'ouvre dans une façade surmontée d'un fronton triangulaire. Ainsi se trouvent réunis le Triangle qui témoigne pour le savoir et pour les premiers efforts de l'homme pour dominer le monde et la Porte, invitation au voyage, qui témoigne pour le passage de l'état animal à l'état spirituel.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 159 et 160

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 86 à 94

     

    Patrick Geay - Mystères et significations du Temple maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1997 - Pages 50 à 56

     

    Guigue Christian - La formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1996 - Page 279

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie

    Tome 2 - Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Pages 107 et 108 ; 114

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy – Livres, Paris, 1988 - Pages 142 et 143

     

    Tort-Nougues Henri - Lecture des Tableaux de Loge

    Guy Trédaniel Editeur, Paris, 1999 - Pages 28 et 29

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 32 ; 201 et 202 ; 210 et 211

     

    Pour aller plus loin :

    Jumeau OlivierLe Delta, la pensée ternaire

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 2001

     

    Les Grenades

    Il faut un certain temps à tout nouvel Initié pour remarquer la présence des Grenades au sommet des deux Colonnes dessinées sur le Tapis ou Tableau de Loge d'Apprentis puis d'en constater également la présence au sommet des Colonnes à l'entrée de la Loge. C’est déjà plus évident lorsqu’elles sont coloriées en rouge sur le Tapis.

    Luc Nefontaine nous précise que les Grenades se retrouvent au sommet de chaque Colonne et sont liées primitivement au symbolisme de la construction du Temple.

    Exposée dans l'ouvrage de Luc Nefontaine cité en références, la typologie de Raoul Berteaux, limitée aux symboles mis en œuvre lors du tuilage et des Initiations, ne mentionne pas les Grenades.

    Les symboles « graphiques »,  pourtant plus nombreux, et qui font partie du décor de la Loge, ne sont pas mentionnés dans cette typologie. Faudrait-il dès lors accorder moins d'importance à ce symbole ?

    D'après la Bible (Livre des Rois, VII, 18-20), des grenades ornaient les énormes chapiteaux de bronze surmontant les colonnes de ce même métal, à l'entrée du Temple de Salomon.

    Edouard E. Plantagenet nous propose un extrait assez significatif de ce chapitre de la Bible : (Paragraphe 20)

    « Or les chapiteaux étaient sur les deux colonnes ; ils étaient au-dessus, depuis l'endroit du ventre qui était au-delà des rets. Il y avait 200 pommes de grenades, disposées par rangs tout autour ».

    La seule constatation à formuler serait la similitude entre les Colonnes du Temple du Roi Salomon et les Colonnes qui décorent l'entrée des Loges : elles sont surmontées de chapiteaux décorés de lys et de grenades.

    Bernard Baudouin remarque que la Grenade est souvent citée dans les Écritures et qu'on la trouve à plusieurs reprises en référence, au sein du Temple maçonnique, précisément au faite de chaque Colonne où sa forme de vase arrondi est caractéristique.

    Selon Bernard Baudouin, la grenade est un fruit classiquement considéré comme un symbole de fertilité. Elle symboliserait la fécondité et aurait une connotation sexuelle.

    Luc Nefontaine, considérant le mot au pluriel, nous dit que « les Grenades peuvent symboliser le mystère de la génération ». Selon Jean-Marie Ragon, cité par Edouard Plantagenet « un millier de pépins contenus dans un même fruit, un même germe, une même substance, un même asile, image du peuple Maçon, qui, tout multiplié qu'il est, ne fait qu'une seule et même famille. C'est ainsi que la pomme de grenade devient l'emblème de l'harmonie sociale ».

    Wirth Oswald évoque ce symbole par l'expression « Les Grenades de l'amitié ». Cet auteur nous apporte encore une précision à propos du symbolisme des Grenades dans un chapitre à propos du Temple : « La Porte s'ouvrira à l'Occident, entre deux colonnes creuses, aux chapiteaux ornés de lys égyptiens et couronnés de pommes de grenade entrouvertes ; ces fruits aux grains symétriquement rangés rappellent la famille maçonnique, dont tous les membres sont harmonieusement reliés par l'esprit d'ordre et de fraternité ».

    Bien que la grenade ne soit pas citée parmi les exemples de symboles d'origine religieuse par Luc Nefontaine, c'est pourtant son symbolisme religieux que Jules Boucher considère en priorité.

    « Ce fruit dont les grains sont si nombreux, dit le pape saint Grégoire, symbolise la charité qui contient tant de vertus ».

    « La Grenade qui, sous son écorce cache tant de grains succulents, symbolise l'humilité », dit Mgr Barbier de Montault. Ce même auteur en fait aussi l'emblème de la papauté qui exprime l'union de tous les enfants de l'Eglise dans son giron maternel.

    Angélo de Bubernatis a bien pénétré le sens de la Grenade : « Le grand nombre de graines que le fruit du grenadier contient, l'a fait adopter, dans la symbolique populaire, comme le représentant de la fécondité, de la génération et de la richesse ».

    Toujours selon Angélo de Bubernatis,  « on prétend que le fruit donné par Ève à Adam et par Pâris à Vénus n'était pas une pomme mais une grenade et qu'il faut presque toujours sous-entendre la grenade lorsqu'il est fait mention d'une pomme dans les mythes et dans les usages populaires qui se rapportent au mariage ».

    Ce symbolisme sexuel et de fécondité serait à coup sûr le plus exact et c'est celui que retient Jules Boucher avec le plus de certitude.

    « En Franc-maçonnerie nous dit encore Jules Boucher, les graines de la grenade, noyées dans une pulpe transparente, symbolisent les Francs-maçons unis entre eux par un idéal commun ».

    La présence de ce fruit dans l'univers maçonnique est sans aucun doute due au nombre surprenant et surtout à l'ordonnancement symétrique de ses graines. Jules Boucher résume ses propos en disant qu’en Franc-maçonnerie, les Grenades symbolisent la multiplication et l'union.

    Les Grenades constituent un symbole important bien que placées très discrètement au sommet des deux Colonnes. C’est peut-être pour compenser cette discrétion qu'elles ont parfois été coloriées en rouge sur le Tableau de Loge. Si l'écorce de la racine du grenadier est toxique, il nous est par conséquent loisible d'imaginer que la grenade doit nous faire comprendre que les Francs-maçons sont issus d'un monde mauvais par essence et qu'ils doivent s'élever vers la perfection.

    Le nombre impressionnant de graines que renferme la grenade peut ainsi être associé aux très nombreux Francs-maçons qui tentent d'améliorer notre monde en commençant par leur amélioration personnelle.

    Ces graines peuvent évoquer en nous le concept de fraternité, les liens étroits entre tous les Frères, l'idée d'une grande famille et surtout l'esprit solidaire qui doit régner au sein de cette famille qu'est la Franc-maçonnerie. 

    Mais les Grenades entrouvertes au sommet de nos deux Colonnes semblent aussi présentes pour nous encourager à la fécondité de nos Travaux.

    L'ordonnancement des graines de la grenade pourrait également nous faire songer à l'interdépendance des êtres. Comme des atomes dans le déterminisme universel, les graines des grenades peuvent en effet nous aider à comprendre le caractère chimérique et illusoire de l'individualisme à outrance.

    La Grenade pourrait aussi nous apparaître comme une forme naturelle de la solidarité, celle qui résulte des lois de la nature, de l'ordre cosmique.

    Enfin, n'est-il pas utile de rappeler que la Franc-maçonnerie est l'école de la solidarité en voie de réalisation et que son but, à cet égard, c'est que les hommes, connaissant et aimant le lien qui les unit dans la Nature et dans la Société, s'accoutument à se traiter en Frères, à agir chaque jour comme tels.

    Mais la fraternité dans les mots n'a aucune portée si elle n'exprime pas celle des cœurs : rien n'est fait si le Franc-maçon n'a pas pris l'habitude de vivre à l'égard de ses semblables dans un état de sympathie et de bienveillance qui devient le diapason de son caractère car la Franc-maçonnerie ne comporte pas seulement un accroissement de connaissances et de culture intime, elle implique l'amour sincère de tout ce que l'on considère vrai, juste et beau.

    Se traiter réciproquement en amis, en Frères, cela implique qu'on s'aimera les uns les autres !

      

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Page 75

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 142 et 143

     

    de Bubernatis Angélo - Mythologie des plantes

    1882, Tome II, page 167

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie

    Tome 2 - Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Page 108

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy – Livres, Paris, 1988 - Page 125

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 85 et 210

     

    Les trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie

    Les Francs-maçons travaillent dans une Loge où la lumière est présente sous différentes formes et sous différents noms.

    Ce symbole est particulièrement mis en valeur sous la forme des « Trois Grandes Lumières » dont l’identification est fondamentale pour bien préciser la nature de la quête initiatique.

    Le Volume ou le Livre de la Loi sacrée occupe une place éminente dans la spiritualité initiatique de notre Ordre. D'abord il forme avec les outils du métier que sont l’Equerre et le Compas, les « Trois Grandes Lumières » disposées sur l’Autel des Loges et c’est en contractant ses Obligations sur ces « Trois Grandes Lumières » que le profane est reçu Franc-maçon.

    La prise d’Obligation, renouvelée lors du passage des différents grades est, avant toute chose, un acte de fidélité à la Tradition dont le Volume de la Loi sacrée est le témoin.

    Avant l’allumage des cierges, le Vénérable Maître s’arrête devant l’Autel pour ouvrir le Volume de la Loi Sacrée et y disposer l’Equerre et le Compas. Il proclame ensuite « Que la vraie Lumière éclaire cette Loge ! ».

    Dans le respect de la Tradition, tentons de préciser les concepts de « Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie », de « Volume de la Loi sacrée » ainsi que d’Équerre et de Compas, ces deux derniers symboles étant généralement considérés comme les plus connus du monde profane.

    La Tradition

    La Tradition a pour fondement la révélation du Principe Divin transcendant et le terme de révélation contient l’idée de manifestation de ce Principe créateur et ordonnateur. En Franc-maçonnerie, la référence à la Tradition fondée sur la révélation primordiale du Principe transcendant, se fait en dehors de toute exigence dogmatique ou de tout présupposé confessionnel.

    Il ne peut y avoir de Maçonnerie authentique sans la présence du Volume de la Loi sacrée sur l’Autel durant la Tenue. Le Volume de la Loi sacrée peut être soit la Bible, soit tout autre livre inspiré et représentatif d’un grand mouvement mystique (le Coran, les Veda, l’Avesta), soit tout écrit relatant les révélations du Verbe créateur.

    Mais nul ne peut méconnaître à quel point la Bible – et l’Évangile de Jean en particulier – concourent à la construction de l’ésotérisme maçonnique. C’est là que réside tout le symbolisme de la « Parole Perdue » qui rejoint, en différents aspects, le mythe de l’origine et la perfection de la Création.

    Tradition et Volume de la Loi Sacrée sont donc très intimement liés. Celui-ci est le témoin de différentes alliances, et l’une d’entre elles, l’alliance noachite, a permis, dans l’esprit des premiers Maçons spéculatifs de l’Angleterre du début du 18ème siècle, d’inscrire la Franc-maçonnerie et sa finalité spirituelle dans l'alliance la plus large qui ait été contractée entre Dieu et l'homme.

    En inscrivant la Franc-maçonnerie dans la perspective de l’alliance noachite, Anderson et Désaguliers ont fait du Noé biblique, ouvrier de Dieu – Grand Architecte de l’Univers, la figure symbolique de ce que nous aspirons à devenir : des éléments utiles de la construction universelle, des collaborateurs du Grand Œuvre, des pierres vivantes de ce Temple dont la Vérité transcendante, qui inspire et protège les Travaux des Maçons, est la clé de voûte.

    C’est donc bien parce que les outils de la construction, que sont l’Equerre et le Compas, sont liés au Livre de la Loi sacrée, qui renferme la Loi Morale, que nous pouvons édifier notre Temple intérieur, celui de l’esprit, en conformité avec le plan du Grand Architecte.

    La Grande Loge Régulière de Belgique travaille à la gloire du Grand Architecte de l’Univers, Principe transcendant qui fonde et éclaire l’ascèse initiatique. Sans cette affirmation première, il n’y aurait pas de filiation traditionnelle, pas de rattachement à une Loi Morale dont le Livre est le symbole.

    La plus ancienne tradition maçonnique, attestée par les Manuscrits des Anciens Devoirs et les Constitutions d’Anderson, établit très clairement que Dieu est Grand Architecte de l’Univers, le Dieu biblique, le Dieu qui contracte l’alliance avec Noé l’homme juste.

    Cette tradition postule également que toute Initiation régulièrement transmise suppose non seulement l’invocation au Grand Architecte de l’Univers, mais aussi le rattachement à l’Ordre par la prise d’Obligation sur les trois Grandes Lumières, où les outils de la construction, symboles d’édification spirituelle, sont unis au Volume de la Loi Sacrée, véhicule de la Tradition dont le Grand Architecte est le Principe. Ce sont là les bornes de cette Tradition que nous devons maintenir vivante et transmettre à notre tour.

    Le Volume de la Loi sacrée

    Sous l'influence prédominante de l'idée chrétienne en Occident, nos aînés ont cru devoir choisir la Bible pour perpétuer au sein de la Maçonnerie le souvenir d'un enseignement que l'on pourrait synthétiser comme ceci : l'homme est un pont et non un but. Il est un passage et un déclin : le maillon d'une chaîne infinie.

    Pour les Anglo-Saxons, c'est la Bible qui doit se trouver ouverte sur l'Autel. Si cette règle n'était pas observée, l'Obédience réfractaire serait déclarée « irrégulière ».

    En imposant la Bible, les Anglo-Saxons précisent bien qu'il s'agit de l'Ancien Testament. Mais dans certaines Loges, la Bible est ouverte au Prologue de Jean, à la première Page de l'Evangile de Jean, souvent qualifié d'Evangile de l'Esprit.

    L'Évangile de Jean et tout particulièrement les cinq premiers versets du Prologue rappellent l’œuvre du Verbe « existentiateur » : « Tout fut par lui, et rien de ce qui fut ne fut sans lui » (Jean 1-3).

    Ce rappel est essentiel puisque nous cherchons à œuvrer sous l’inspiration de cette Sagesse qui était auprès de Dieu comme Architecte, comme le dit le Livre des Proverbes.

    La Bible en soi, en tant qu'accessoire rituel, ne se prête à aucune interprétation. Sa présence dans l'Atelier ne se justifie que par le désir de ne pas laisser s'estomper l'annonce de l'approche de la Lumière par saint Jean.

    Le Livre ou le Volume de la Loi Sacrée contient la Loi Morale dont les deux colonnes sont la justice et l’amour, Loi Morale qui donne son sens à l’action de l’Equerre, symbole de l’intelligence éclairant l’esprit. Inversement, parce que les relations Équerre – Compas – Livre ne sont pas à sens unique, le Compas, en éclairant l’esprit par l’intelligence, permet une lecture symbolique de la Loi Morale contenue dans le Livre, où la lettre est elle-même un pont pour l’esprit.

    C'est parce que le Volume de la Sainte Loi symbolise la Loi elle-même qu'elle figure sur l'Autel. Etant la Loi, il est normal qu'elle occupe une position « centrale » pendant les Tenues.

    Nous utilisons l'expression « Volume de la Loi sacrée » mais c'est bien un livre qui se trouve sur l'Autel. Le mot « Volume » veut dire « rouleau ». C'est une référence à des rouleaux traditionnels, une référence aux rouleaux de la Bible chrétienne qui ont été précédés par les rouleaux de la Loi juive. Ces rouleaux étaient un support fait de parchemin spécialement traité : l'objet le plus saint des objets du culte pour les Juifs, un objet qu'on ne touche jamais avec les mains nues.

    De la première à la dernière lettre, son contenu c'est la Parole divine. C'est le Sepher Torah, le Livre de la Loi où est inscrit le « plan du monde, le code génétique de la création ». Ce contenu, c'est la Loi. Mais qu'est-ce que la Loi ?

    Le mot « Loi » correspond à bien des termes bibliques, qu'ils soient hébreux ou grecs. Il peut s'agir des principes de la nature qui émanent du Créateur ou des règles imposées aux hommes.

    Toutes ces lois sont l'expression d'une seule Loi, qui est la volonté divine transmise par l'écriture, « la parole divine qui git dans le cœur de l'homme ».

    La Bible porte donc en Loge le nom de « Volume de la Sainte Loi » ou « Volume de la Loi Sacrée ». Avec l’Equerre et le Compas, elle est la première de ce que l’on nomme les « Trois Grandes Lumières » de la Maçonnerie universelle.

    L’Équerre et le Compas

    Ces deux instruments de géomètre sont le plus souvent associés dans le symbolisme maçonnique.

    L’Équerre est l’un des instruments emblématiques les plus souvent cités dès lors qu’on évoque la Franc-maçonnerie. Au même titre que le Compas, elle fait référence aux confréries professionnelles des bâtisseurs de cathédrales et constitue avec elles un lien essentiel.

    Mieux, l’Equerre se veut aussi en relation avec la Grèce antique et le Nombre d’Or de Pythagore, sans oublier certaines pratiques lointaines des constructeurs de pyramides dans l’Egypte ancienne.

    Pour qu’une construction soit solide, il faut éviter les pierres difformes, irrégulières, pour ne garder que les pierres à angles droits.

    Il est donc nécessaire de vérifier ces angles par l’Equerre. Dans la construction de l’édifice maçonnique, l’Equerre vérifie la droiture des angles, quel que soit le principe qui les ancre dans la matière.

    Dans la vie du bâtisseur, l’Equerre est cet outil qui donne ou vérifie sans cesse la même valeur. Elle ne pouvait qu’être utilisée symboliquement pour signifier la justesse puis la justice, la rigueur dans le comportement, l’honnêteté, la probité.

    Symboliquement, l’Equerre est des plus évocatrices, et ce à plusieurs titres. Elle marie harmonieusement le plan vertical et le plan horizontal, réalisant ainsi la synthèse entre deux dimensions ayant souvent des difficultés à se rencontrer.

    L’Équerre traite implicitement de l’attitude et des actes relatifs au comportement moral et physique. D’où l’expression « rectitude morale » ou encore « agir selon l’équerre » qui se rapportent à cet idéal de perfection que doit atteindre le Maçon. Les lignes droites de l’équerre sont en effet l’émanation de la rectitude comme de la droiture, tant du point de vue physique de la plus concrète des manières que sur le plan spirituel. Les axes sont sans équivoque, les lignes tracées avec pureté… autant d’éléments induisant et incitant à une ligne de conduite d’une parfaite clarté et d’une grande luminosité.

    L’Équerre évoque donc la droiture, implique une idée de rectitude, de rigueur, de précision dans la pensée et dans les actes. Avec elle, la discussion ne peut exister. Ou bien l’angle est bon, ou bien il est à refaire. C’est vraisemblablement pour cette raison que l’on fait généralement correspondre l’Equerre à la matière. Cependant, il ne faut pas oublier que le Maçon travaille en priorité sur lui-même, sur son esprit, sur son âme.

    Pour Oswald Wirth, l’Equerre, qui sert à contrôler la justesse du travail, symbolise l'équilibre résultant de l'actif et du passif. Mais, par contre pour Jules Boucher, par son manque de symétrie (contrairement au Tau grec), l'Équerre traduirait plutôt un état actif et dynamique.

    En astrologie, l'Équerre se rapporterait à la Matière qu'elle symbolise, rectifie et ordonne. L’Équerre représenterait l'action de l'Homme sur la Matière et l'action de l'Homme sur lui-même. Se rapportant à la Matière, l’Équerre est passive.

    Le Franc-maçon se doit d’être d’Équerre, c’est-à-dire droit dans ses pensées, ses paroles et ses actes. C’est la Loi Morale maçonnique, symbolisée par l’alphabet secret qui est réalisé à partir de l’Equerre. Nés de celle-ci, les mots ne peuvent prêter à confusion, ayant été soigneusement pesés, mesurés, par celui qui les prononce ou les écrit afin d’être en accord avec la pensée.

    Cette Morale maçonnique est le prolongement de la volonté des bâtisseurs de vivre selon une éthique basée sur le respect des us et coutumes, le respect d’autrui, le sens du secret, la glorification du travail… L’Équerre est ainsi devenue le symbole du Métier.

    L’Apprenti ne peut que dégrossir sa Pierre brute car il n’a pas connaissance de cet instrument. Par son usage dans la vérification de l’angle droit, l’Equerre sert au Compagnon pour s’assurer de la perfection de son ouvrage. Ce n’est que lorsqu’il aura accompli un certain voyage qu’il pourra juger de la rectitude des angles de la pierre cubique et de la perpendicularité de ses faces.

    L’Équerre permet donc au Compagnon de contrôler la coupe des pierres qui doivent être strictement rectangulaires pour s’ajuster entre elles avec exactitude. L’Équerre détermine ainsi symboliquement les conditions de sociabilité.

    Emblème de la sagesse, elle enseigne que la perfection consiste pour l’individu dans la justesse avec laquelle il tient sa place dans la société. L’Équerre nous astreint à nous corriger des défauts qui nous empêcheraient de tenir exactement notre place dans la construction humanitaire.

    Pour Edouard Plantagenet, « l’Equerre permet au Compagnon de donner aux mots leur sens propre afin qu’ils n’expriment plus que des idées précises et que les raisonnements qui s’édifient sur leur base soient aussi solides, aussi rigoureusement justes dans leurs formes, que les pierres du Temple, dont la juxtaposition parfaite est le gage essentiel de l’équilibre de la construction ».

    La Franc-maçonnerie se fixant pour objectif l’édification du Temple de l’Humanité à commencer par l’édification de notre propre temple intérieur, l’Equerre est là pour nous rappeler que nous avons à tailler notre pierre de la manière la plus parfaite possible à l’aide des outils qui nous ont été fournis. C’est dire que notre comportement doit être le meilleur, le plus droit possible.

    Instrument fixe, l'Équerre est indispensable pour transformer la Pierre brute en hexaèdre parfait. Elle symboliserait donc bien la droiture morale, la rectitude dans l'action, l'incitation à parfaire le travail entrepris.

    Par ailleurs, la présence de l’Equerre sur le Volume de la Loi sacrée ne nous rappelle-t-elle pas aussi la finalité – provisoire – de notre travail d'Apprentis : devenir des Pierres bien taillées ? Ne nous incite-t-elle pas tous à bien nous former, à être droits dans nos actions, de sorte que nous soyons aptes à participer à l'édification du Temple idéal dont nous devrions devenir les pierres parfaites ?

    En tant qu'outil, le compas n'est apparu que tardivement. Les architectes égyptiens ne semblaient pas le connaitre en tant que tel car, pour les tracés géométriques, ils employaient un cordeau. Cependant, le compas semble être l'un des instruments les plus anciens que l'homme ait inventé lorsqu'il eut acquis la notion du cercle. Muni de deux pointes sèches, cet outil sert à comparer des grandeurs. Avec une pointe traçante, il peut aussi tracer des cercles, des arcs, des rosaces…

    Le compas est un instrument qui a rendu possible la construction d’arcs de cercle, d’ellipses, de spirales, de labyrinthes. Remarquons qu’il permet de construire des figures qui servent de base aux systèmes de mesure du temps, comme modèles d’unité, comme modèles cosmogoniques et architecturaux.

    Il est aussi utile à qui veut construire des formes géométriques, à prendre et à reporter des mesures avec une très grande précision, à reporter des valeurs du plan à l’ouvrage, d’un lieu à l’autre de l’édifice qu’on bâtit, d’une figure géométrique à une autre figure géométrique.

    Le compas est l'outil de la création, l'outil de traçage par excellence. Il permet d'évoquer, dans la matière d’œuvre, les premières traces des formes à venir et de dessiner les principes du travail futur. Il laisse dans la matière une légère empreinte à partir de laquelle s'effectuera le travail.

    Depuis l’époque lointaine des bâtisseurs de cathédrales, en plus de sa fonction première d’instrument de mesure, le compas s’auréole dans l’univers maçonnique d’une valeur symbolique de première importance. Il le doit d’abord à la variabilité de son utilisation. A ce titre, il se révèle être d’une très grande souplesse et démontre des qualités infinies.

    Par analogie, il exprime symboliquement les multiples capacités de celui qui l’utilise. C’est pourquoi, faisant référence à ses différentes possibilités d’ouverture et de changement d’angle, le monde maçonnique en a fait l’instrument de la raison et, par extension logique, l’instrument de la Sagesse.

    Le Compas est, de nos jours, le bijou du Grand Maître de l’obédience. Autrefois, il constituait un emblème d’une puissance considérable.

    En tant qu’outil utilisé dans l’art de bâtir des chefs d’œuvre élevés à la gloire de l’Éternel, le Compas devint le symbole le plus important du fait de sa correspondance avec la création et le Créateur. Tout naturellement, il fut attribué à Dieu, l’architecte des architectes. Le Moyen Age représentait volontiers Dieu sous la forme d’un architecte tenant dans la main un compas et dessinant le monde.

    Dans la symbolique, le Compas est un élément qui présente des aspects surprenants.

    En piquant l’une des branches de cet outil, il crée le point d’origine de la vie, celui de l’incarnation d’un nouvel homme en quête de perfection dont il circonscrit le destin terrestre en traçant le cercle. Mais le mouvement de cette quête peut être prolongé.

    Dans une évolution continue, le cercle se transforme en une spirale dynamique projetée dans l’espace de sorte que le mouvement circulaire se poursuive jusqu’à ce que l’architecte céleste daigne interrompre cette course incessante vers la Lumière.

    Puisqu’il permet le tracé d’une figure géométrique qui n’a ni commencement ni fin, le Compas peut évoquer l’éternité, les cycles du temps sans cesse renouvelés. Le Maître de la Loge se voit ainsi intégré à une longue chaîne, héritant d’un Atelier construit par ses prédécesseurs et préparant le Travail de ses successeurs.

    En traçant des cercles, le compas tourne autour d'un axe et détermine des figures. Ce faisant, il détermine un espace qu'il enferme. Il devient ainsi le symbole de l'espace lui-même et de tous les aspects liés à l'espace comme par exemple le ciel.

    Par transposition, il devient le symbole de la puissance qui y réside. Il est aussi le symbole de la rigueur par l'aspect clos et simple de la figure ainsi tracée.

    Le Compas est aussi considéré comme l’emblème du savoir. Il est dès lors devenu l’image de la pensée dessinant les cercles du monde. Il est l’attribut des activités créatrices.

    Outil qui permet à l'architecte de manifester sa pensée, le Compas est ainsi devenu le symbole de l'Esprit, de la transcendance, du pouvoir qui agit sur le monde, le symbole de la Connaissance, sa puissance et sa source.

    L’ouverture des branches du Compas est utilisée en Maçonnerie pour exprimer un état de Connaissance.

    Son degré d'ouverture est traditionnellement symbolique de l'étendue du pouvoir sur la matière et par-là de la domination plus ou moins grande que l'on peut y exercer. Il apprend au Néophyte que l’on n’accède à la vérité que par étapes.

    Le Compas est aussi le symbole du Verbe créateur car outil « actif » par excellence. Outil de la création, outil de la rigueur, le Compas symbolise la justesse de l'Esprit, l'Esprit lui-même qui se manifeste, sous l'aspect de la géométrie. Il évoque ainsi la Sagesse qui mesure l’acte et toute pensée à leur juste valeur.

    Selon Jules Boucher, « le Compas est l'image de la pensée dans les divers cercles qu'elle parcourt. Les écartements de ses branches et leurs rapprochements figurent les divers modes du raisonnement ». Pour Oswald Wirth, « le Compas est le symbole du Relatif ».

    Le compas a des limites dans son utilisation : tant que l'écartement de ses branches est inférieur à 180°, il peut nous aider à tracer un très grand nombre de cercles. Arrivé à 180° d'écartement, le compas devient une ligne droite et n'a plus aucune possibilité effective.

    Ce n’est pas un hasard si c’est le compas qui trace la figure géométrique parfaite qu’est le cercle dont les civilisations les plus anciennes ont fait le symbole solaire par excellence.

    Si des écrivains « modernes », comme Jean-Marie Ragon ou Oswald Wirth, ont vu dans le Compas un symbole de l’esprit ou du raisonnement, les Maçons du 18ème siècle donnaient à cet outil une valeur morale, en ce sens où il s’appliquait au comportement du Maçon envers les autres hommes et plus particulièrement envers ses Frères.

    Jean-Marie Ragon a dit du Compas « qu’une de ses branches étant fixée, elle forme un point central autour de laquelle l’autre branche peut, en variant son écartement, décrire des cercles sans nombre, symboles de nos Loges et de la Maçonnerie dont l’étendue peut être indéfinie ».

    Pour Edouard Plantagenet, c’est Oswald Wirth qui en aurait formulé la définition la plus vivante et la plus juste : « Le Compas symbolise la mesure dans la recherche de la vérité ».

    Très intéressante aussi est l’explication d’Amélie Gedalge qui voit dans le cercle centré par le point l'emblème solaire par excellence, repris par l’Astrologie Traditionnelle. Le cercle centré par le point est la première figure qui peut être tracée à l'aide du compas. Cette figure combine le Cercle (infini) avec le point (symbole du début de toute manifestation).

    Le Compas évoque la Géométrie puis par glissement la Connaissance. Il ne s’agit pas ici d’un savoir exotérique, accessible au commun des mortels, mais au contraire d’une connaissance ésotérique, rendue possible par l’Initiation. Le Compas correspond à une connaissance sacrée ou à une connaissance du sacré.

    L’image du Compas, prise isolément, représente aussi la géométrie, l’astronomie, l’architecture, la géographie.

    En iconographie, le Compas est utilisé comme emblème de la prudence, de la justice, de la tempérance, de la véracité, toutes vertus fondées sur l’esprit de mesure.

    Le Compas, permettant de dessiner le cercle, symbole du ciel, va acquérir un caractère céleste, d’où son attribution au Grand Architecte de l’Univers.

    Par ses pointes, le compas indique son emprise sur la matière, du moins tant que l'écartement de ses branches est inférieur à 180°. Mais la Franc-maçonnerie limite l’ouverture des branches à 90°, ce qui peut signifier que l’homme ne peut posséder une connaissance pleine et entière, que son esprit est naturellement prisonnier de la matière et qu’il ne peut s’en libérer totalement. Si l’homme est esprit, il est aussi fait de chair, symboliquement issue de la Terre. La nature humaine ne peut donc et ne doit s’éloigner de la réalité.

    Ouvert à 90°, comme l’Equerre, le Compas signifie l’être évolué qui est parvenu à trouver l’harmonie entre le réel et le spirituel. Entre le 0° de l’ignorance et le 180° de la Connaissance totale, de la Lumière divine, le Compas ouvert à 90° est le Milieu, le refus des extrêmes. Il représente alors la Sagesse.

    Instrument mobile, le Compas pourrait aussi représenter la mesure et la rigueur dans la recherche et dans l'action, la recherche de l'exactitude qui doit désormais régler nos pensées et nos actions. Il symboliserait donc l'acte réfléchi et contrôlé.

    Dès lors, le Compas ne nous incite-t-il pas à agir avec mesure et prudence, à réfléchir avant d'agir ? Plutôt que de l'utiliser symboliquement à tracer des limites autour de nous, ne conviendrait-il pas de songer davantage à son sens d’ouverture et de s'en servir pour élargir le champ de nos relations fraternelles ?

    Trois symboles réunis sur l’Autel des serments

    Lors de l’Ouverture des Travaux, le Vénérable s’arrête donc devant l’Autel pour y disposer correctement les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie. Il ouvre le Volume de la Loi Sacrée et y dépose l’Equerre et le Compas. Sur la Bible ouverte au Prologue de Saint Jean, l’Equerre et le Compas peuvent être placés de trois façons différentes mais le Compas est toujours ouvert à 45°. Ces dispositions évoquent un progrès moral ou une hiérarchie de valeurs. Elles constituent en quelque sorte des sigles distinctifs de chacun des trois degrés et procèdent de l’allégorie.

    * Vademecum de l'Apprenti au Rite Moderne (belge)

    La Bible est couverte de l’Equerre et du Compas juxtaposés. Nous sommes en présence d’un modèle symbolique universel. Dans ce modèle binaire, l’Equerre est associée à la partie matérielle du Cosmos, c’est-à-dire pour nous la Terre, tandis que le Compas est associé au cercle, aux Cieux, à l’esprit. L’Équerre est donc l’emblème de l’homme et le Compas celui du Grand Architecte de l’Univers.

    Au grade d’Apprenti

    Au grade d'Apprenti, l’Équerre couvre les deux branches du Compas. Il semblerait que ce soit pour indiquer qu'à ce grade on ne peut demander plus du Néophyte que SINCÉRITÉ et CONFIANCE, conséquences naturelles de la droiture et de la rectitude.

    Effectivement, on ne peut pas déjà demander à l’Apprenti la Sagesse qu’il n’a pas encore acquise. Sa probité et sa rectitude naturelles sont tout ce que les Maîtres attendent de lui, principalement le Second Surveillant. La matière prime sur l’Esprit.

    Par cette disposition, on signifie à l’Apprenti qu’il œuvre sur la matière. Son rôle consiste à dégrossir la Pierre brute avec les seuls outils dont il dispose, le Maillet et le Ciseau. Il ne sait pas ce que sera l’édifice car il n’a pas eu connaissance des plans.

    Au grade de Compagnon

    Au grade de Compagnon, l’Équerre est entrecroisée, entrelacée avec le Compas. Il semble qu’une des branches du Compas couvre l’Équerre pour indiquer que l'Initié poursuit sa tâche avec SINCÉRITÉ et DISCERNEMENT.

    La Pierre brute s’efface pour laisser place à la Pierre cubique. Tous ses côtés sont isométriques, vérifiés par le Compas. Les angles sont droits, comme l’indique l’Equerre. L’esprit et la matière s’équilibrent.

    Le Compagnon a consulté les plans établis par les Maîtres et peut donc les exécuter. Cependant, il n’est pas encore prêt. Sa formation personnelle n’est pas achevée. Aussi doit-il continuer à tailler sa pierre afin de la rendre cubique pour qu’elle puisse s’intégrer à la construction.

    Au grade de Maître

    Au grade de Maître, l’Équerre se trouve sous le Compas car l'Initié poursuit sa tâche avec DISCERNEMENT et JUSTICE.

    Au troisième degré, le Maître travaille sur la Planche à tracer. Il n’est pas en contact direct avec la matière sauf pour la contrôler. Il utilise la Planche à Tracer pour établir des plans. Il évolue dans le monde des idées. Mais de par ses connaissances acquises, il est capable, sur le papier, de signifier ce que sera la matière. Le Maître ne rejette évidemment pas le matériel : il le domine, l’utilise à bon escient.

    Il faut encore remarquer que les pointes du Compas sont tournées vers le bas et que l’Equerre est toujours ouverte vers le haut. Cela signifie que le Maçon ne doit pas se comporter en pur esprit mais au contraire mettre en application ce qu’il découvre ou apprend. Demeurer dans le domaine purement spéculatif est un comportement stérile, sans réelle utilité. D'autre part, il ne doit pas rester prisonnier de la matière mais il doit s'efforcer de la dominer en s'élevant lui-même afin de vivre en harmonie avec le monde.

    Tel est, en synthèse, le sens moral de ces symboles, proposé à la fois par Edouard Plantagenet et par Jean Ferré.

    Mais quels sont les aspects métaphysiques de ces symboles ?

    Aspects métaphysiques

    Selon Jules Boucher, le Compas symbolise l'Esprit ; l’Équerre symbolise la Matière. Dès lors :

    • au premier degré, la Matière domine l'Esprit ;
    • au deuxième degré, ces deux forces s'équilibrent ;
    • au troisième degré, l'Esprit survole la Matière et la transcende.

    Seulement ouvert à 45°, le Compas indique que la domination de l'Esprit sur la Matière n'est que relative. Du point de vue symbolique, on ne peut accorder une valeur plus grande à l’un des instruments par rapport à l’autre sans briser le symbole.

    L’image de l’Equerre et du Compas entrecroisés est compagnonnique. Toutes les institutions compagnonniques se représentent dans cette image. Elle allégorise le message essentiel de l’enseignement compagnonnique. L’esprit qui conçoit et la main qui fabrique se complètent et sont impuissants séparément. Il s’ensuit que le savoir-faire, l’idéal du Compagnon, est une réalité indissociable. Il est inconcevable, par conséquent, d’admettre la prééminence du savoir sur le faire ou bien du faire sur le savoir.

    « Que la Vraie Lumière éclaire cette Loge ! », dit le Vénérable Maître. Quelle est cette « Vraie Lumière » sinon celle que le démiurge crée, dans la Genèse, avant les deux luminaires du jour et de la nuit ? Il ne s’agit pas ici de la lumière du soleil. Le Maçon reçoit sa Lumière du centre de la Loge, symbolisé par l’œil du Grand Architecte.

    Les trois Grandes Lumières sont à mettre en parallèle avec les trois petites lumières que représentent les luminaires célestes : soleil, lune et étoile.

    Les trois Grandes Lumières sont créatrices comme le Verbe du commencement, ce Verbe qui éclaire, ce Verbe qui est la parole perdue de certains rituels. Et si nous l’avons perdue, c’est la conséquence de notre chute dans le temps, chute qui a entraîné notre aveuglement.

    Cette « Vraie Lumière » est celle qui donne la vie à tous ceux qui la reçoivent. « Recevoir la Lumière », c’est recevoir le Verbe et sa volonté d’amour.

    Si beaucoup de Maçons se détournent du Grand Architecte, c’est sous prétexte qu’il est un symbole et que l’on peut lui donner n’importe quel contenu. Mais en vertu du premier article de la Constitution de notre Obédience régulière, le Grand Architecte et Dieu ne font qu’un, dans une même Lumière, cette Lumière trinitaire que le Maçon reconnait dans l’œil de l’Architecte, l’œil du Créateur. Cette triple Lumière prend d’ailleurs la forme de l’équerre par les trois candélabres qui entourent le Tableau de Loge, l’équerre devient lumière par le tracé du carré long.

    Les trois Grandes Lumières du Maçon sont les balises de sa longue pérégrination dont la Loge est l’espace privilégié, l’Equerre et le Compas, ses outils fondamentaux, et le Maître de la Loge, le guide indispensable.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 97 à 99

     

    Behaeghel Julien - Symboles et Initiation maçonnique

    Editions du Rocher, Monaco, 2000 - Pages 59 à 66

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 22 à 25

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999 - Page 128

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 3, 5, 23 et 123

     

    Dangle Pierre - Le Livre de l’Apprenti

    Editions La Maison de Vie, 1999 - Pages 91 à 93

     

    Geay Patrick - Mystères et significations du Temple maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1997 - Pages 63 à 67

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie Tome 2

    Editions de l'Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Pages 105 et 114

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy – Livres, Paris, 1988 - Pages 88 à 94

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 32, 47, 144, 172, 173, 202 et 203

     

    Les trois pierres

    De tout temps la pierre a été investie d'une valeur symbolique très importante dans l'univers maçonnique, que ce soit en référence à la lointaine Maçonnerie opérative des bâtisseurs de cathédrales ou par son aspect brut autorisant le travail de l'homme.

    C'est par la pierre que les civilisations anciennes et lointaines nous ont transmis leur savoir et les acquis de leur temps. On peut voir la confirmation du rôle essentiel de ce matériau dans le rapport entre les hommes et l'origine naturelle du report de ce rôle au plan de l'individu lui-même.

    En Franc-maçonnerie spéculative, on distingue : la Pierre brute, la Pierre cubique et la Pierre cubique à pointe.

    En étant assimilé à la pierre, l'homme reste malléable ; on peut le travailler, lui apporter des corrections, rectifier certaines erreurs : la progression reste possible et même souhaitable ! Cela en est assez pour expliquer concrètement et alimenter la démarche maçonnique.

    Physiquement, la Pierre brute c'est la pierre frustre extraite d'une carrière. C'est le matériau premier de la Maçonnerie qu'il faudra tailler, façonner, appareiller de sorte qu'elle puisse s'incorporer à la Maçonnerie, à l'édifice, au Temple.

    Travailler la Pierre brute, c'est donner des contours précis à la dimension éthique, morale et spirituelle de l'homme ; c'est faire émerger de la matière vulgaire originelle ce qu'il y a de meilleur et de plus fort en elle, par un travail constant qui gomme les imperfections.

    Cette transformation, qui va s'opérer au fil du temps, n'est pas sans rappeler le processus fusionnel de l'alchimie. Finalement, c'est bien de réactions et de modifications en chaîne dont il s'agit, à mesure que le Franc-maçon, aidé de ses instruments de bâtisseur (ciseau, maillet, équerre, niveau, fil à plomb, règle...) peaufine son matériau de base – lui-même – en vue de lui donner une forme parfaite.

    * Vademecum de l'Apprenti au Rite Moderne (belge)

    Plusieurs significations peuvent être données à la Pierre brute.

    1. C'est le symbole de l'Apprenti encore ignorant mais disponible.
    2. Ce pourrait être aussi celui de la servitude, de l'esclavage.
    3. Travail à faire, ignorance à vaincre, elle pourrait aussi être le symbole de la liberté : une pierre non façonnée peut encore rouler à peu près n'importe où. Au contraire, la pierre taillée se trouve à une place bien déterminée dans l'édifice bâti.

    La Pierre brute, c'est le symbole de l'Apprenti, avec toutes les imperfections de son esprit et de son cœur, qu'il doit s'appliquer à corriger. Par l'Initiation maçonnique qui est une renaissance, il se débarrasse progressivement de tout ce que la société a pu lui apporter d'artificiel et de mauvais. Il retrouve sa liberté de penser. Avec les outils que la Loge lui procure, notamment le Ciseau et le Maillet, il se met à tailler lui-même sa pierre et espère parvenir à la rendre parfaite à son gré.

    La Pierre brute que travaille l’Apprenti n’est pas seulement lui-même : elle est aussi un élément qui porte le secret de la construction, et cette construction est d’origine céleste. Cette Pierre brute, si modeste en apparence, ne contient-elle pas toute l’harmonie du Temple ?

    Si la Pierre brute est la matière de base qui va permettre à l'Apprenti d'accomplir sa tâche pour donner une forme à la matière inerte, la Pierre cubique est, en revanche, l'aboutissement du travail du Compagnon.

    La Pierre cubique, par son aspect fini, est assimilée à la parfaite maîtrise intellectuelle et à la plus haute élévation morale.

    A l'aide de l'équerre et de la règle, la forme obtenue, avec ses lignes de taille et ses angles, est désormais susceptible de participer à la construction de l'édifice. Outre son aspect fonctionnel en tant que matériau de construction, la forme cubique revêt également un caractère éminemment symbolique. Ses surfaces égales, ses angles identiques, ses lignes similaires concourent à la création du cube, qui, par excellence, est une forme parfaite en termes de symétrie, d'harmonie et d'équilibre.

    Le cube serait le solide le plus parfait, du moins pour le grade d'Apprenti. S'il possède six faces, huit sommets et douze arêtes, il convient de remarquer qu'il est impossible de voir plus de trois faces à la fois et que le cube a trois axes de symétrie.

    La Pierre cubique ou hexaèdre est le chef d’œuvre que l’Apprenti Maçon doit réaliser avec le Maillet, le Ciseau et l’Équerre.

    Tel un phare, cette Pierre cubique est là pour éclairer l'Apprenti dans sa progression quotidienne.

    La Pierre cubique serait la représentation de la perfection intellectuelle et spirituelle que l'Apprenti devra s'efforcer de réaliser en lui dès que possible, mais surtout une fois parvenu au grade de Compagnon. Elle pourrait donc être un guide, une borne, en tout cas un point de ralliement.

    Tout au long de sa trajectoire initiatique, l’Apprenti ne va cesser de tailler, polir, affiner la Pierre brute qu'il était lui-même en tant que Profane, avec pour ambition de parvenir à la Pierre cubique. Par les connaissances, la persévérance et l'application que nécessite sa réalisation, la Pierre cubique annonce le savoir-faire et la maîtrise du Maître. Elle laisse entrevoir l'élévation intellectuelle et spirituelle vers laquelle, au-delà des Loges Bleues, les « Hauts Grades » conduiront ensuite l'Initié dans sa recherche de la Perfection.

    Pour Oswald Wirth, « la Pierre cubique est la base de certitudes que chacun doit chercher en lui-même afin de posséder la pierre angulaire de la construction intellectuelle et morale qui constitue le Grand Œuvre ».

    Dans le Temple maçonnique, la pierre tient donc une place prépondérante à la vue de tous. Il est d'usage dans la plupart des Loges, de poser deux pierres près du Tableau de Loge ou sur l'estrade à l'Orient, l'une au pied de la « stalle » du Frère Secrétaire, l'autre au pied de la « stalle » de l'Orateur.

    • La première est censée représenter la matière première, de caractère passif ; elle est taillée par l'Apprenti qui, selon l'expression consacrée, « dégrossit la Pierre brute ».
    • La seconde est un cube à pointe affiné par le travail du Compagnon.
    • La Pierre cubique à pointe est une pierre cubique dont la face supérieure se termine en pointe comme une pyramide. Cette pierre évoque concrètement une clef de voûte. Par les quatre lignes qui convergent depuis les angles supérieurs vers un point de force central, la Pierre cubique à pointe se veut être la projection vers l'espace. C'est ainsi une autre dimension donnée à la matière maîtrisée par le Compagnon : symboliquement, le parfait conduit à l'élévation ; la répartition cohérente des énergies crée un mouvement ascendant de la matière vers l'esprit, du profane vers le sacré. 

    * Vademecum de l'Apprenti au Rite Moderne (belge)

    Sur le Tableau de Loge, tant sur celui de l'Apprenti que sur celui du Compagnon, figurent deux dessins : le premier, celui de la « Pierre brute » et le second, celui de la « Pierre cubique à pointe » parfois surmontée d'une hache.

    La Pierre cubique surmontée d'une pyramide et d'une hache représenterait l'idéal maçonnique.

    Cet instrument pourrait aussi indiquer qu'il faut ouvrir la pierre, la fendre afin d'arriver à son contenu, à son ésotérisme.

    L'interprétation selon laquelle l'Apprenti doit « dégrossir la Pierre brute » et tendre à se transformer en « Pierre taillée » relève de l'allégorie qui exprime un progrès dans le temps, par l'éducation, vers un état de perfection.

    La Pierre brute est un signe de l'Inaccompli, tandis que la Pierre cubique à pointe, œuvrée par l'homme, est un signe de l'Accompli.

    Pour agir sur la matière, sur la Pierre brute, c'est-à-dire sur lui-même,

    l'Apprenti utilise deux outils essentiels : le Maillet et le Ciseau.

    Lors de son Initiation, le nouvel Apprenti a l'occasion de commencer son Travail !

    Le premier Travail de l'Apprenti

    Rappelons-nous la situation. Agenouillé devant le Tableau de Loge, l'Apprenti se trouve en présence de trois éléments symboliques : la Pierre brute, le Maillet et le Ciseau. Invité à imiter le geste du Frère Maître des Cérémonies, l'Apprenti tient d'une main le Ciseau, placé sur la pierre à tailler, et de l'autre, il frappe le Maillet au rythme du signe de son grade.

    Le premier Travail de l'Apprenti s'accomplit à l'Occident, au point de départ d'un long chemin qui mène à l'Orient d'où jaillit la Vraie Lumière.

    A l'Orient précisément, au pied de l'Autel, se trouve la Pierre taillée, celle qui symbolise le travail effectué, toute chose acquise, vérifiée et exemplaire.

    Le long chemin à parcourir par l'Apprenti, c'est celui du progrès à accomplir sur lui-même ; c'est la connaissance de lui-même.

    Il convient de retenir que l'Apprenti consacre la première partie de sa vie maçonnique à dégrossir cette Pierre brute.

    Le Ciseau, mu par le Maillet qui le heurte et l'Apprenti conscient qui le dirige, a pour mission de faire disparaître les aspérités de la pierre, c'est-à-dire les erreurs et les préjugés.

    La Franc-maçonnerie ne peut viser qu'à délivrer ses membres des servitudes qui les paralysent et des préjugés qui les enchaînent.

    Le Franc-maçon est avant tout un travailleur. Ce premier geste est destiné à lui faire prendre conscience que le travail est le cœur de son ascension personnelle vers la Lumière. Malheureusement, nul ne peut prévoir si l'Apprenti arrivera au bout de ses peines car le but qu'il s'assigne, c'est de transmuer cette Pierre brute en une pierre vivante avec laquelle l'Initié élève des temples.


    BIBLIOGRAPHIE

    Bédarride Armand - Le travail sur la Pierre brute

    Editions Télètes, Paris, 1992

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d’Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 31 à 43

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999 - Page 161

     

    Dangle Pierre - Le Livre de l’Apprenti

    Editions La Maison de Vie, 1999 - Pages 99 à 103

     

    Geay Patrick - Mystères et significations du Temple maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1997 - Pages 128 à 130

     

    Pour aller plus loin :

    Doignon Olivier - La Pierre Brute

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 2003

     

    Lapidus Michel - La Pierre cubique

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 2003

     

    Leroy Jeanne - La Pierre cubique à pointe

    Synthèse de la Connaissance

    Editions La Maison de Vie, Paris, 2010

     

    Le Maillet et le Ciseau

    Issus de la Franc-maçonnerie opérative, le maillet et le ciseau se retrouvent dans l'ensemble des outils de la construction : niveau, équerre, compas, fil à plomb, maillet, ciseau, truelle, cordeau, règle, marteau...

    Le Maillet et le Ciseau ne sont apparus que fort tardivement dans les rituels de la Maçonnerie spéculative. Ces symboles sont cités dès 1724 parmi les douze lumières de la Loge : « le Père, le Fils, le Saint Esprit, le Soleil, la Lune, le Maître Maçon, l’Equerre, la Règle, le Fil, le Plomb, le Maillet et le Ciseau » (The Whole Institution of Masonry).

    En 1726, le « Graham » précise : « Pour ce qui est de l’équerre, la règle, le plomb, le fil, le maillet et le ciseau, ce sont six bons outils sans la plupart desquels un maçon ne peut accomplir un bon travail ».

    Le maillet, du vieux mot français « mail » dérivé du latin « malleus » se présente sous la forme d’un marteau de bois à deux têtes, comme un Tau grec.

    Le maillet traditionnel devrait être taillé dans du chêne. En tant qu’outil, il doit en effet répondre aux critères en usage dans le métier. Ceux qui veulent le voir en buis, ivoire ou ébène dénaturent sa fonction d’outil et sa valeur symbolique.

    Souvent les maillets maçonniques sont peints en noir et ressemblent ainsi à l’ébène.

    Cependant, dès l’Antiquité, le buis a été employé dans les rites funéraires. Restant toujours vert, ce bois évoque l’éternité, l’immortalité, plus simplement la pérennité, la persévérance. En ce sens, il est proche de l’acacia. Bois compact, très dur, sonore, le buis est dans le monde végétal ce que l’airain est dans le monde des métaux. C’est pourquoi son emploi semble s’être généralisé dans la fabrication des maillets utilisés par le Vénérable et des deux Surveillants.

    Remarquons qu’il existe également des maillets en ivoire qui, pour leur part, symbolisent la pureté.

    Le maillet fut longtemps l’un des deux instruments majeurs, avec le ciseau, des tailleurs de pierre qui participèrent à la construction des cathédrales et autres beffrois au Moyen Age. A ce titre, le maillet était un outil de base de la Maçonnerie opérative. Qu’il s’agisse du maillet de l’Apprenti, celui du Vénérable ou des deux Surveillants, ils n’ont en commun que leur fonction dynamique qui consiste à frapper.

    Alors que concrètement il permettait de tailler la pierre brute, la symbolique qui s’y rattache aujourd’hui est encore très forte. Au siècle dernier, quelques auteurs maçons ont formulé à son sujet quelques commentaires.

    Ainsi, pour Jean-Marie Ragon, « le Maillet, emblème du travail et de la force matérielle, aide à renverser les obstacles et surmonter les difficultés ».

    Selon Edouard Plantagenet, « le Maillet est le symbole de l’intelligence qui agit et persévère, qui dirige la pensée et anime la méditation de celui qui, dans le silence de sa conscience, cherche la vérité ».

    Pour Oswald Wirth, « le Maillet figure la volonté qui exécute. Insigne de commandement que brandit la main droite, côté actif, le Maillet se rapporte à l’énergie agissante et à la détermination morale dont découle la réalisation pratique ».

    Pour Raoul Berteaux, plus proche de nous, « l’étude de la symbolique du Maillet décèle trois formes de puissance : la puissance brutale, avec un caractère de primitivité, la puissance créatrice et ordonnatrice avec un caractère divin et la puissance de connaissance avec un caractère relationnel de l’humain au divin ».

    « Le modèle symbolique formé par la jonction du Maillet et du Ciseau est un signe de puissance créatrice. Basé sur l’image de la taille de la pierre, le sens de ce modèle peut être amplifié en le transférant dans des domaines variés. C’est à ce travail qu’est convié l’Apprenti par la présence des deux outils associés sur le Tableau de Loge ».

    Comment interpréter le symbolisme du Maillet ?

    Le Maillet est par excellence l’instrument de la volonté humaine : c’est cette dernière qui lui imprime la force, le mouvement et les nuances capables de conférer au Ciseau toute son efficacité. C’est par son intermédiaire que se concrétisent le savoir et la maîtrise de celui qui souhaite atteindre la perfection de la Pierre Philosophale.

    Le Maillet à dégrossir représente la force de la conscience qui doit abattre toute pensée vaine ou indigne qui pourrait se présenter à notre esprit afin que nos paroles et nos actions puissent s’élever, pures de toute souillure.

    Le Maillet de l’Apprenti représente la volonté agissante et créatrice qui lui permet de travailler avec le plus difficile des matériaux, c’est-à-dire lui-même.

    Le Maillet de l’Apprenti devient pour lui le moyen de façonner le monde à la lumière de ses nouveaux acquis initiatiques. Il devient dans le même temps l’instrument de sa volonté et l’expression concrète de son intelligence en éveil, le moyen de trouver sa propre voie sur le long chemin de l’Initiation.

    Le Maillet travaille au plan subtil ou vibratoire. En Loge, les trois Maillets annoncent l’accès prochain à une lumière ou plan nouveau. Ces Maillets vibrent comme autant d’avertissements et d’annonces.

    Pour le Vénérable comme pour l’Apprenti, c’est par le véhicule de l’énergie vibratoire mise en action à différents plans que le Travail peut s’opérer.

    Outil du changement d’état immédiat et brutal, le maillet réfère tout naturellement au travail de transformation dévolu à l’Apprenti à la condition cependant que ce dernier possède toutes les qualifications requises par la véritable Initiation.

    Pour qu’il n’y ait pas de confusion possible entre le Maillet de l’Apprenti et celui du Vénérable et des Surveillants, cet outil n’est jamais mis seul dans les mains de l’Apprenti ou du Compagnon. Il est toujours associé au Ciseau, afin de signifier clairement que l’on est dans le domaine opératif, que l’on attend de celui qui les porte un travail sur lui-même.

    Remarquons également que le Maillet est le prolongement de la main. Il permet le passage de l’Idée au réalisé par l’intermédiaire du Ciseau. Il évoque la volonté humaine qui veut transformer la matière, la détermination qui permet à l’homme de se perfectionner.

    Le ciseau est un instrument essentiel en ce sens qu’il a pour mission de tailler la pierre brute jusqu’à lui donner une forme parfaite. Le ciseau, du latin « cisellus », substantif de « coedere » couper, se présente sous la forme d’un petit bâton en acier trempé, tranchant par un bout. Le ciseau c'est l'outil qui détermine l'acte efficace, la pénétration au sein des éléments.

    On retrouve là, symboliquement, le mythe de la Pierre Philosophale auquel se réfère l’histoire de la construction du Temple de Salomon par Hiram.

    Le ciseau est l'outil spécifiquement réservé à l'Apprenti. Sa présence est cependant encore pleinement justifiée au second degré et même plus tard. Ne restons-nous pas Apprentis toute notre vie ?

    Dans la carrière ou sur le chantier, les pierres à bâtir ne se façonnent pas avec UN ciseau et UN maillet. Les ouvriers se servent en réalité de plusieurs ciseaux d’acier qu’ils frappent avec des masses et des marteaux également en acier, c’est-à-dire des outils à tête lourde et non à tête légère comme les maillets !

    Techniquement, l’association du ciseau métallique et du maillet végétal est donc une erreur, ce que ne serait pas, par contre, l’association du ciseau à bois et du maillet ou celle du ciseau à fer et de la masse, voire du marteau d’acier.

    S’agissant du symbolisme des outils, il en va différemment, leur fonction y étant bien plus signifiante que les outils eux-mêmes.

    La présence du Ciseau dans la symbolique maçonnique remonte aux temps des francs mestiers et de la Maçonnerie opérative, lorsque cet instrument était un outil majeur des tailleurs de pierre qui construisaient les cathédrales.

    Résumons à nouveau les commentaires de certains auteurs maçonniques du siècle dernier. Selon Jean-Marie Ragon, « le Ciseau est l’emblème de la sculpture, de l’architecture et des Beaux-Arts. Le Ciseau est l’image du mordant des arguments de la parole avec lesquels on parvient toujours à détruire les sophismes de l’erreur ».

    Selon Edouard Plantagenet, « le Ciseau représente le discernement sans l’intervention duquel l’effort serait vain, sinon dangereux ».

    Pour Oswald Wirth, « c’est le Ciseau d’acier qui s’applique sur la Pierre, tenu de la main gauche, côté passif, correspondant à la réceptivité intellectuelle, au discernement spéculatif ».

    Pour Jules Boucher, « le Ciseau devra souvent être affûté, c’est-à-dire qu’il faudra souvent revoir les connaissances acquises, ne pas les laisser s’émousser. Ces connaissances acquises doivent être employées sinon l’intellectualité reste passive ».

    Le Ciseau, comme tous les outils tranchants, découpe, sépare, distingue. Il est le signe de la première opération de l’esprit.

    Comment interpréter le symbolisme du Ciseau ?

    Pour le Franc-maçon d'aujourd’hui, le Ciseau est devenu le moyen de mettre en œuvre sa volonté et la pureté de ses intentions, de ciseler et peaufiner ses objectifs jusqu’à parvenir au résultat idéal. C'est par l'action du Maillet que le Ciseau peut entailler la pierre brute selon l'impulsion que l'Apprenti va lui donner.

    Soigneusement aiguisé, le Ciseau est tenu de la main gauche, le tranchant appuyé contre la pierre. Le résultat de la taille va dépendre de plusieurs facteurs :

    • la connaissance de la matière: l’ouvrier doit savoir avec certitude comment est structurée la roche, deviner les éventuelles inclusions, les veines, les fissures…
    • la connaissance du travail à accomplir: l’ouvrier donne un angle précis au ciseau afin de dégager la quantité de matière qui convient pour respecter les consignes du Maître afin que la pierre puisse aisément trouver sa place dans l’édifice ;
    • la connaissance de soi et de l’outil: la force doit être parfaitement maîtrisée afin de ne pas briser la pierre.

    Appliqués à l’individu, ces facteurs deviennent la prise de conscience de ses imperfections et de ses potentialités, la volonté de travailler sur lui-même, le désir de dominer ses pulsions anarchiques, la connaissance et l’acceptation de ses limites.

    Soigneusement aiguisée, la pointe du ciseau est appuyée contre la pierre brute. C’est selon l’endroit où elle est placée (connaissance de la matière) et l’angle que lui a donné l’ouvrier (connaissance du travail à accomplir) qui vont faire qu’au coup de maillet, donné avec une intensité et une force parfaitement maîtrisées (connaissance de l’outil et connaissance de soi) que le résultat sera bon ou mauvais.

    Si le ciseau a été mal posé sur la pierre brute, le résultat obtenu peut être fâcheux. Par contre, bien placé, il peut permettre de tendre vers des formes de plus en plus belles, de plus en plus précises et régulières.

    Travailler trop lentement, c’est ralentir la vie du chantier. Vouloir aller trop vite, faire sauter de trop gros éclats, c’est risquer de faire exploser la pierre, et là encore, retarder la construction de l’édifice.

    Le bon ouvrier devant la pierre brute doit avoir en lui non seulement l’image de ce que sera sa pierre taillée, mais aussi et surtout l’image de la cathédrale achevée.

    La Pierre brute représente l’Ego ; le Ciseau, les résolutions que l’on a prises ; le Maillet, la volonté qui agit ; la cathédrale, la Franc-maçonnerie telle qu’on se plait à l’imaginer.

    Le rôle du Maillet s’affirme dès le premier degré. En effet, l’Apprenti « reçoit » symboliquement un Maillet et un Ciseau dès son arrivée dans l'Atelier. Ils lui permettent d’effectuer son premier Travail.

    Ces deux instruments lui seront essentiels car ils représentent la première étape de son cheminement initiatique, laquelle consiste, dans l’optique de la construction de son temple personnel dédié à la Connaissance, en un dégrossissage de la « Pierre brute » qui sera ensuite longuement travaillée et affinée avant de parvenir à la perfection des formes. Devenu Compagnon, il devra s’instruire de la qualité et de l’emploi des matériaux. Il ne pourra donc pas se dispenser du maniement pénible du Maillet et de la conduite précise du Ciseau.

    Le Maillet et le Ciseau réunis mettent en avant les notions d’enseignement, de formation, de travail sur soi afin que puisse s’opérer la transformation de l’individu. Au premier degré de la Franc-maçonnerie, Pierre brute, Maillet et Ciseau sont indissociables. C’est un aspect qui donne sa vraie grandeur à l’Apprenti Maçon.

    Les symboles « opératifs » liés à l’art de bâtir remontent à la nuit des temps et les maçons, les charpentiers, les tailleurs de pierre représentent les plus anciens métiers en l’art d’élever le plan.

    Le Maillet et le Ciseau sont compatibles, indissociables et même dépendants à raison de ce qu’ils signifient. Et ce signifié justifie pleinement l’unité du couple qu’ils forment chaque fois que ce couple travaille, chaque fois que le Ciseau, sous les coups du Maillet, entame la Pierre pour en « rectifier » la forme, la modeler, l’améliorer, l’embellir.

    Ces deux instruments qui servent à dégrossir la Pierre brute nous indiquent comment nous devons nous corriger de nos défauts, en formant de sages résolutions qu’une détermination énergique met à exécution.

    L’analogie apparaît alors clairement : le Ciseau figure le discernement et le Maillet la volonté.

    Le discernement, guidé par une vigilance de tous les instants, est le pouvoir de déceler ce qui doit être chassé du mental, soit en priorité (dégrossissage du premier degré), soit un peu plus tard (taille du deuxième degré) : égoïsme, colères, haines, agressivités, hypocrisies, apathies, racismes, autosatisfactions, jalousies, apriorismes, préjugés, duplicité, concepts périmés, fausses valeurs morales, entêtements, étroitesse d’esprit, etc.

    La volonté est l’énergie intérieure qui pousse l’être humain à séparer la paille du grain, à l’image du tailleur ou du sculpteur de pierre qui détache la matière indésirable, morceau après morceau, coup après coup. C’est une œuvre de longue haleine qu’une seule vie humaine ne suffit pas, la plupart du temps, à terminer. Le Ciseau et le Maillet constituent donc un couple symbolique qui associe la force et l'habileté. Ces deux outils restant indissociables, il convient de les examiner conjointement. Cette paire d’outils impose à la pierre la volonté de l’ouvrier. D’une main, il frappe le ciseau avec le maillet pour tailler et créer une forme à la ressemblance de celle qu’il imagine.

    Pour tailler la pierre, le ciseau ou le maillet seuls sont inefficaces. La complémentarité de l’actif et du passif est évidente dans le symbolisme de cette paire d’outils. Le maillet est, bien évidemment actif puisque, en frappant le ciseau, il lui procure de la force. Mais, en réfléchissant bien, peut-on vraiment dire que le ciseau est passif ?

    Cette force est dirigée par le ciseau. Jules Boucher écrit : « Le maillet symbolise la volonté active de l’Apprenti. Ce n’est pas une masse métallique lourde et brutale car la volonté ne doit être ni obstination ni entêtement ; elle doit être simplement ferme et persévérante. Mais l’homme ne peut agir directement sur la Matière : c’est alors le Ciseau qui servira d’intermédiaire. Celui-ci devra souvent être affûté : c’est-à-dire qu’il faudra sans cesse revoir les connaissances acquises : ne pas les laisser s’émousser ».

    Le Maillet est un attribut de chacune des trois Lumières de la Loge : le Maillet est l’attribut du Vénérable et des deux Surveillants qui le font sonner lorsque l’attention des Frères est requise ou bien quand ils doivent faire preuve d’autorité. Nul ne peut prendre la parole après un coup de Maillet du Vénérable.

    Ce symbole est fondamental dans la mesure où il montre qu’un Atelier maçonnique se différencie d’un groupe quelconque de profanes assemblés de manière anarchique et qu’il y règne une autorité partagée sans quoi rien de constructif n’est possible. Les Francs-maçons sont essentiellement des constructeurs et le respect de quelques règles de bonne conduite au sein de la micro-société qu’est une Loge favorise grandement la conduite de chaque Maçon sur le chemin de son Initiation et sur les chemins de sa vie dans la société des hommes.

    Le Maillet des Trois Lumières de la Loge est utilisé en diverses occasions.

    • Quand la couverture extérieure de la Loge est assurée, les deux Surveillants, maillet sur le cœur, parcourent les colonnes et vérifient l’identité maçonnique des participants. Les Frères doivent se mettre à l’ordre au passage de leur Surveillant respectif. Les Surveillants ont autorité pour faire sortir du Temple celui qui n’a pas la qualité requise.
    • Le Maillet ponctue le rituel d’Ouverture des Travaux. L’Ouverture de la Loge commence par un coup de Maillet du Vénérable, signifiant que tout est en ordre dans le Temple. Tous les membres présents doivent se montrer attentifs car le passage du monde profane au monde sacré est imminent. Le maillet se tient de la main droite, et l’ordre se tient en posant le maillet sur le cœur.

    L’énoncé des trois devises « Force » « Sagesse » « Beauté » est ponctué par les sons produits par les coups de Maillet du Vénérable et des deux Surveillants. En Loge, répercutés de l’Orient vers l’Occident, les vibrations sonores produites par les maillets marquent des rythmes chargés de la puissance de l’énergie cosmique. La diffusion des ondes sonores de l’Orient à l’Occident annonce que la Loge est consacrée.

    • Durant les Tenues, le Maillet est également utilisé pour marquer le passage à un nouveau sujet, pour donner la parole ou la retirer, pour rétablir le silence, pour marquer certains « moments » d'une Tenue, certains temps affectés à telle ou telle activité.
    • Le Maillet du Vénérable Maître joue un rôle de première importance lors de l’Initiation d’un nouveau Maçon, lorsque le Vénérable crée, consacre et reçoit un nouveau Frère. Des coups de maillet sont frappés rituellement, selon le rythme prescrit par le rite, sur la base des trois épées qui se croisent au-dessus de la tête du Récipiendaire, tenues par les trois Maîtres qui dirigent la Loge.

    C’est ainsi que le Vénérable fait du Profane un Apprenti, de l’Apprenti un Compagnon, du Compagnon un Maître.

    • Les trois Maillets sont utilisés pour rythmer les batteries (cf. ci-dessous l’expression « maillets battants »).
    • En fin de Tenue, le Maillet ponctue également la Fermeture des Travaux.

    Comment interpréter le symbolisme du Maillet des Trois Lumières de la Loge ?

    Entre les mains du Vénérable et des deux Surveillants, le maillet symbolise leur pouvoir. Il sert à provoquer des ondes sonores rythmiques. Les maillets posés sur les plateaux du Vénérable Maître et des Surveillants sont des signes de puissance potentielle, en l’occurrence du pouvoir qui est conféré à ces Officiers Dignitaires.

    Dans l’enceinte du Temple, seules ces trois personnes sont habilitées à utiliser un maillet. Dans leurs mains, cet instrument est le gage de l’autorité, de la parfaite maîtrise initiatique et du droit à commander. Il est l’emblème de leur puissance, de leur pouvoir, de leur autorité. En saisissant en main le Maillet, ils annoncent qu’ils vont faire usage de ce pouvoir. Le Maillet est par conséquent associé à l’autorité, au commandement, à la volonté agissante.

    C’est la présence d’un maillet sur le plateau du Vénérable Maître, du Premier Surveillant et du Second Surveillant qui fait désigner respectivement ces trois officiers sous les noms de Premier Maillet, Deuxième Maillet et Troisième Maillet.

    Le symbolisme du Maillet est clairement exprimé par le Maître Installateur qui dit au nouveau Vénérable Maître de la Loge : « Je vous remets également ce Maillet, emblème du pouvoir temporel qui vous servira à maintenir l’ordre dans la Loge, particulièrement à l’Orient ».

    Le Vénérable, installant ses Surveillants, leur confie le Maillet et déclare : « Je vous remets ce Maillet, emblème du pouvoir, pour vous habiliter à m’assister à faire régner l’ordre dans la Loge, particulièrement au Midi et au Nord ».

    Si les coups des maillets battent et rythment le travail rituel en Loge, nous sommes en droit de nous demander la signification de cette nécessité « opérative » et la raison des changements des nombres de coups selon les grades.

    Le maillet, répétons-le, sert à frapper ; à frapper sur une caisse de résonance destinée à augmenter le niveau vibratoire engendré par la frappe.

    Depuis la nuit des temps, les hommes, les initiés, les mages, les prêtres et autres sorciers de toutes les parties du monde ont accordé une importance particulière au fait de faire résonner des tambours, des cloches, des trompes, de toutes formes, tailles et matières. C’est que tout bruit émis par résonance se trouve symboliquement lié à l’émission du Son primordial en rappel de la mise en action de l’énergie principielle lors de la création du monde. Ce qui est l’expression de la manifestation de l’Éternel à travers le mouvement universel en perpétuelle expansion.

    Ainsi, c’est pour que la vie de l’Initié devienne réalité que la vibration du maillet ébranle le nouvel être par la « batterie de création, de constitution et de réception » en un monde nouveau.

    Les différentes rythmiques nous permettent d’accéder à divers niveaux de conscience selon que le rythme s’avère lent ou rapide. La rythmique des batteries maçonniques conduit celui qui s’y laisse porter vers d’autres niveaux de perception s’il sait se mettre en état de réception, s’il s’oublie à lui-même.

    Lorsque l’âme rencontre un rythme vital, elle s’éveille, vibre et le suit. Comme les vibrations des chants grégoriens, les vibrations du maillet sont liées à la vie, au centre du monde.

    L’expression « maillets battants » signifie que le Vénérable et les Surveillants usent ensemble de leur maillet en coups alternés et cadencés, selon le Rite pratiqué, lorsque des Dignitaires de l’Ordre font leur entrée dans le Temple.

    Jules Boucher précise que « les coups sont frappés successivement et alternativement par le Vénérable, le Premier Surveillant et le Second Surveillant. Ce « bruit » monotone et régulier réalise le « silence intégral » puisqu’il supprime tout son adventice ».

    A certains rites, ces Dignitaires (le Grand Maître ou son représentant) sont reçus « maillets battants » au rythme de la batterie de 9 fois 3 coups. Cette entrée sonore n’existe ni au Rite Écossais Rectifié ni dans les rites anglais.

    On dit qu’une candidature est placée « sous le Maillet » lorsqu’un des deux parrains a déposé une lettre de candidature dans le Sac aux Propositions et que le Vénérable Maître en a pris possession, juste avant la Fermeture des Travaux. D’un profane on dit aussi qu’il est « sous le Maillet » pour signifier que son Initiation est prochaine ou pressentie. Par ailleurs, un Maçon donnera une information « sous le Maillet » lorsqu’il veut qu’elle soit gardée secrète.

    La mise du Maillet « en bande » concerne les Surveillants et le Vénérable Maître. Ce geste consiste à tenir le maillet et à le poser à plat, en diagonale, sur le côté gauche de la poitrine, « sur le cœur ». Lors du défilé processionnel, le Vénérable et les Surveillants entrent en Loge en tenant le maillet « en bande », sauf au Rite Écossais Rectifié où le maillet doit se trouver préalablement sur les plateaux. Ils font de même lorsqu’ils prennent la parole en Loge. Cette gestuelle remplace le Signe d’ordre usuel chez les autres Frères.

    Des générations de Maçons ont subi à propos du Maillet et du Ciseau des assertions découlant, pour la plupart, de considérations triviales spécifiquement morales et profanes. Les affirmations du type « le ciseau est tenu dans la main gauche, le maillet dans la main droite », « le ciseau est passif et le maillet actif » laissent pantois par leur vide et leur incohérence. Elles révèlent une incompréhension et une méconnaissance symboliques graves.

    Le Ciseau n’est pas passif puisque lui seul permet le choix de l’angle d’attaque de la pierre et ses variations indispensables pour œuvrer d’une manière parfaite. Toute l’intelligence, toute la décision se trouvent dévolues au Ciseau, ce qui s’avère indispensable car c’est lui qui doit parvenir au centre de la pierre, au « cœur de l’être ».

    Alors que le ciseau peut travailler avec d’autres formes de percuteurs, le maillet ne peut pas se passer du ciseau pour couper, trancher, parfaire la pierre dans l’aplomb.

    Le Maillet apparaît, lui aussi, comme un symbole très important en Franc-maçonnerie :    

    • Trois officiers dignitaires l'utilisent : le Vénérable Maître et les deux Surveillants.
    • Signe du travail et de la force, il est devenu l'insigne du Vénérable Maître qui dirige le Travail en Loge.
    • Représentant le pouvoir du Maître, le Maillet est capable – symboliquement évidemment – de donner la vie (au premier degré) ou la mort (au troisième degré).
    • Par ses coups qui battent et rythment le travail rituel en Loge, il contribue à véhiculer l’énergie vibratoire qui peut conduire celui qui s’y laisse porter vers d’autres niveaux de perception, à l’extase, à la fusion avec l’énergie de la Vie.
    • Outil du changement d’état, il permet le travail de transformation dévolu à l’Apprenti.

    Sans le concours du Maillet et du Ciseau, rien ne saurait s’accomplir. L’Initiation ne se contente pas d’enseigner à raisonner correctement et à voir juste ; ce n’est là que la première partie de son programme, celle qui se rapporte plus spécialement au grade d’Apprenti. C’est pourquoi le Compagnon est plus spécialement appelé à s’entraîner à l’action par la culture rationnelle de sa puissance de volonté. Il doit achever de s’éclairer ; il doit apprendre à vouloir. Ces deux outils sont profondément significatifs à cet égard.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 40, 41, 101, 102, 122 à 124

     

    Daniel BéresniakRites et Symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome I : « Les Loges Bleues » - Editions Detrad, Paris, 1997 - Pages 67, 98, 104 à 106, 141, 188 et 194

    Berteaux RaoulLa symbolique au grade d’Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 31 à 37

     

    Berteaux RaoulLa symbolique au grade de Compagnon

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 51 à 56

    Boisdenghien GuyLa vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Sentiers de la Tradition - Editions L’Etoile, Bruxelles, 1999 - Pages 130, 131, 161, 188 et 221

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 11, 23, 157, 159 à 166

     

    Ferré JeanDictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 71, 167 et 168

     

    Ferré JeanDictionnaire des symboles maçonniques

    Editions du Rocher, 1997 - Pages 287 à 294

     

    Guigue ChristianLa formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1996 - Pages 87 à 90 et 205

     

    Login J. P. - Le Compagnon

    Editions Detrad, Paris, 1994 - Pages 15 et 16

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie

    Tome 2 - Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Pages 113 et 114

    Plantagenet Edouard E.Causeries initiatiques pour le travail en Loge d’Apprentis

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 107, 108 à 112

     

    Plantagenet Edouard E.Causeries initiatiques pour le travail en chambre de Compagnons

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Page 128

    Plantagenet Edouard E.Causeries initiatiques pour le travail en chambre du Milieu

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Page 107

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    1ère partie : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 183, 212 et 215

     

    Wirth OswaldLa Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    2ème partie : « Le Compagnon » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 45 à 48 ; 123

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes 

    3ème partie : « Le Maître » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 81, 93 et 104

     

    La Planche à tracer

    Tout comme la Pierre cubique, qui est un symbole de perfection vers laquelle les Francs-maçons veulent tendre, la Planche à tracer est présente sur le Tableau de Loge d'Apprentis pour éveiller leur attention :

    • sur la nécessité d'élaborer soigneusement un plan ;
    • sur l'avantage de réfléchir, de méditer avant d'agir ;
    • sur l'obligation de se préparer, de se perfectionner, de rechercher la Lumière qui est en eux afin de contribuer à l'édification de leur propre Temple puis celle du Temple de l'Humanité.

    La Planche à tracer est une planche rectangulaire sur laquelle sont tracés les signes secrets, des schémas qui constituent la clef de l'alphabet maçonnique. 

    * Vademecum de l'Apprenti au Rite Moderne (belge)

    La Planche à tracer reproduite sur le Tableau de la Loge d'Apprentis présente deux signes # et X qui permettent de situer 18 lettres de l'alphabet de la langue française entre les « branches » du premier signe et 4 entre celles du deuxième signe. Les lettres K, J, V et W manquent. On les remplace par C, I, U.

    L'origine de l'alphabet maçonnique n'est pas connue. D'aucuns ont prétendu que cet alphabet imitait la forme des lettres de l'alphabet hébraïque.

    Le signe # donnant le schéma des dix-huit premières lettres et le signe X donnant les quatre dernières, forment précisément le développement de la Pierre cubique à pointe. Cette « Pierre » est ainsi mise à plat sur la « Planche à tracer » et sur cette «planche» on ne saurait faire autre chose qu'un « plan ».

    La Planche à tracer revêt une importance particulière dans la Franc-maçonnerie du point de vue symbolique.

    La Planche à tracer se rapporte au grade de Maître, la Pierre cubique à celui de Compagnon et la Pierre brute à celui d'Apprenti.

    C'est en effet l'un des attributs du grade de Maître, qui lui sert à tracer les plans et bâtir les projets, illustrant par sa maîtrise du trait, la connaissance qui est la sienne, et lui permettant ainsi de guider ses Frères Maçons dans l'édification de leur Temple personnel.

    C'est sur la Planche à tracer que le Maître établit ses plans ; mais l'Apprenti et le Compagnon n'en doivent pas ignorer l'emploi et doivent s'exercer à ébaucher leurs idées. C'est pourquoi ce symbole figure déjà dans le Tableau d'Apprenti.

    Le schéma alphabétique qui figure sur la planche à tracer rappelle au Franc-maçon qu'il doit toujours traduire sa pensée d'une façon maçonnique en œuvrant avec rectitude. Les lettres maçonniques sont toutes formées par des équerres et des points.

    La forme de l’Équerre se rapporte à la Matière. On n'y voit point de Cercle, symbole de l'Esprit, car ce dernier ne peut être visible. Le Franc-maçon se trouve ainsi invité à se dégager de la lettre pour aborder l'esprit.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Page 124

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Page 25

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 175 et 176

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie - Tome 2

    Editions de l'Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Page 105

    Pour aller plus loin :

    Figeac François - La Planche à Tracer

    Editions La Maison de Vie, Paris, 2014

     

    Les trois Marches

    Parmi les symboles qui sont représentés sur le Tableau de la Loge d'Apprentis, nous avons remarqué la présence de trois marches. Mais ces trois marches devraient également se retrouver symboliquement sur le sol, avant de franchir la Porte de la Loge. Elles sont également présentes à l'Orient, devant le siège du Vénérable Maître.

    Le Tableau de la Loge d'Apprentis présente un escalier de trois marches devant la Porte d'entrée. Le plus souvent, cet escalier est reporté vers le fond de la Loge ; il donne accès à un palier sur lequel se trouvent les « stalles » du Vénérable Maître, de l'Orateur et du Secrétaire.

    Certains auteurs présentent un nombre de marches différent de trois. Il s'agit là d'écarts destinés à promouvoir l'une ou l'autre thèse chère à l'auteur. Ainsi, Jean-Marie Ragon parle de sept degrés (parce qu’autrefois l’apprentissage durait sept ans !), mais Vuillaume n’en fait figurer que trois dans son dessin ; Edouard Plantagenet fait de même. Seul Oswald Wirth propose un Tableau où ne figure aucune marche. L'unanimité est donc loin d'être réalisée sur ce sujet ! Mais du point de vue de la symbolique des nombres, c'est bien le Nombre Trois qui assume la cohérence numérique du degré d'Apprenti.

    Pour Jules Boucher, le passage du monde profane au plan initiatique ne peut s'accomplir de plain-pied et les trois marches symboliques sont nécessaires : elles signent l'Initié, c'est-à-dire l'Apprenti.

    Ces trois marches représenteraient successivement le plan physique ou matériel, le plan intermédiaire dit « astral » et le plan psychique ou mental. Ces trois plans correspondraient à la division ternaire de l'être humain en corps, âme et esprit.

    Les trois degrés du Temple maçonnique au grade d'Apprenti montrent les efforts que celui-ci doit faire pour se dégager du plan physique d'abord, du plan « astral » ensuite qu'il doit dépasser, et enfin son accession aux plans supérieurs.

    L'Initié arrivant sur la troisième marche se trouve en présence d'une porte fermée qui s'ouvre d'elle-même devant lui s'il en est digne.

    En gravissant ces trois marches, l'Apprenti est censé réaliser son ascension vers les cimes de la spiritualité. Cette ascension est constante, bien que nul ne puisse se flatter d'y atteindre complètement.

    L'Apprenti doit limiter son ambition aux trois marches. S'il les gravit véritablement en esprit, il peut considérer qu'il a déjà accompli une tâche immense. Ces trois degrés n'existent pas matériellement dans les Temples maçonniques ; ils sont indiqués sur le Tableau de la Loge où ils devraient logiquement précéder le seuil.

    Par contre, les plateaux du Vénérable Maitre, de l'Orateur et du Secrétaire sont situés sur une plate-forme surélevée de trois marches. Ces trois nouveaux degrés indiquent le nouvel effort qu'il faut faire pour parvenir jusqu'au sanctuaire.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 50 et 51

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 146 et 147

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie

    Tome 2 - Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Page 109

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy, Paris, 1988 - Page 34

     

    Ragon de Bettignies Jean-Marie - Rituel de l'Apprenti Maçon

    1860 - Page 23

     

    Le Tuileur de Vuillaume - Manuel maçonnique (datant de 1820)

    Editions Dervy, Paris, 1975 - Planche 1

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome 1 : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1996 - Page 179

     

    La Perpendiculaire ou le Fil à plomb 

    Ce que nous appelons communément « perpendiculaire », dans notre langage imagé, n’est autre que le fil à plomb des anciens bâtisseurs de cathédrales qui furent les premiers Maçons opératifs. La Perpendiculaire sert à contrôler la verticalité, tout comme le Fil à Plomb. Cependant ces deux instruments n’ont pas le même rôle. Tentons d’y voir un peu plus clair.

    Comme son nom le laisse entendre immédiatement, le fil à plomb semble n’être qu’un bout de fil ou de corde muni à une extrémité d'une masse de plomb servant à matérialiser la verticale.

    Pourtant, d’après l’Encyclopédie, « le Fil à Plomb est un petit morceau de bois sur lequel on enveloppe un cordeau ou une ligne, espèce de ficelle qu’on appelle fouet, au bout de laquelle pend un petit cylindre de cuivre, de plomb ou de fer appelé plomb, qui sert à prendre des aplombs, niveaux et alignements. Le chat est une mince petite plaque de fer ou de cuivre, du même diamètre que le plomb et que l’on appuie le long du mur pour former, avec la ligne du mur, deux parallèles qui font juger si le mur est d’aplomb ».

    Le Wilkinson MS (1727) dit du Plomb qu’ « il sert à élever des perpendiculaires », tandis que le Prichard (1730), le citant en tant que bijou mobile, affirme que « le fil à plomb sert à contrôler toutes les verticales ».

    Le fil à plomb est l’expression d’un outil matériel soumis à la pesanteur pour identifier la position de la perpendiculaire par rapport à notre espace contingent.

    Lorsque l'on suspend cette masse de plomb en tenant le fil par son autre extrémité, la masse métallique, par la force d'attraction terrestre, nous indique la direction du centre de la Terre.

    Ce phénomène physique permit jadis aux bâtisseurs de cathédrales de vérifier si les murs et les colonnes en construction s'élevaient bien droits. Cet instrument devait empêcher toute inclinaison, toute déviation qui auraient immanquablement conduit à un échec dans l'édification de ces édifices religieux. De nos jours les maçons qui construisent nos habitations ont encore recours à cet instrument précieux.

    Par contre, une perpendiculaire peut géométriquement être projetée dans une infinité de directions, chacune déterminée par un angle de 90° en référence à une coordonnée. Par sa taille et ses dimensions, la perpendiculaire a pour fonction première de vérifier la rectitude d’un plan vertical et l’aplomb des matériaux de construction. Elle est davantage destinée à la vérification d’une pierre, d’un élément de maçonnerie alors que le fil à plomb, plus long, peut s’appliquer à des parois tout entières, à des murs.

    La perpendiculaire se compose d’une planche présentant des avancées qui permettent de décaler le fil pour faciliter la visée, ou un trou, dans lequel le plomb peut se mouvoir.

    Le fil à plomb représente donc un cas particulier de la définition d’une perpendiculaire. Mais ces deux instruments sont liés à la verticalité, à sa vérification.

    Le fil à plomb a, de plus, un autre usage, symboliquement très intéressant. Il permet de descendre un aplomb, c’est-à-dire de trouver le point exactement à la verticale d’un point pris comme référence. C’est ainsi que l’on peut déterminer sur le sol d’une cathédrale le point correspondant au centre de la clef de voûte.

    En matière de symbolisme, les verticales ont une signification jointive : elles relient un haut et un bas, un sommet et un fond, et vice versa.

    S’agissant d’états de conscience relevant de la vie intérieure du Maçon, ces profondeurs et ces hauteurs induisent tout naturellement des mouvements de descente et de montée du moi sans qu’il soit possible de délimiter la « hauteur » de cette montée ou de cette descente de ce moi.

    La verticale et ses points constitutifs se fondent en un axe rigide et central. Chaque point symbolise un degré de conscience. L’axe symbolise à son tour l’intégralité de la conscience humaine.

    Au Franc-maçon qui travaille réellement sa Pierre, à l’Apprenti qui la dégrossit, la verticalité axiale du Fil à Plomb montre le chemin rectiligne de l’Initiation que leur conscience doit parcourir pour atteindre, autant que possible, la connaissance intime, affinée, subtile, des êtres et des choses, c’est-à-dire leur vérité, à commencer par la connaissance de soi et la vérité sur soi.

    Mais cette exploration verticale du moi n’a rien à voir avec de savantes spéculations intellectuelles et des examens de conscience plus ou moins profonds. Le champ de cette aventure intérieure se situe bien moins dans le cerveau que dans le cœur de l’Initié.

    Par sa fonction première, la Perpendiculaire évoque la précision et la rigueur, qui seules permettent d’édifier correctement un mur. Symboliquement, cet outil est intimement lié à la droiture autant qu’à la profondeur de l’être ; il évite tout ce qui risquerait d’être anormalement oblique ou penché : c’est un instrument contre les déviations qui pourraient se produire dans l’assemblage des multiples pierres de la Connaissance. En Maçonnerie, on la représente souvent pendant au centre d’un arceau.

    Cette notion de verticalité, cette idée de direction vers le centre de la Terre et celle de vouloir aller vers les profondeurs de la Terre peut engendrer aussi en nous l'idée d'observations et de recherches en profondeur ainsi que le désir de comprendre toujours de plus en plus profondément les symboles que nous offre la Franc-maçonnerie.

    Par son action « verticale », la Perpendiculaire symbolise aussi l'adaptation permanente que doit effectuer l'esprit du Franc-maçon vis-à-vis des sujets qu'il aborde dans sa recherche initiatique : vers le bas, pour rectifier les erreurs et s'adapter au quotidien ; vers le haut, dans des visées plus épurées et spirituelles.

    Les associations moralisantes auxquelles ont aimé se laisser aller les auteurs suivants relient la Perpendiculaire à la rectitude du jugement.

    Dans son « Rituel de l'Apprenti Maçon » datant de 1860, Jean-Marie Ragon nous explique que « la Perpendiculaire signifie que le Maçon doit posséder une rectitude de jugement qu'aucune affection d'intérêt ou de famille ne doit détourner ».

    Auteure d'un dictionnaire et d'un manuel interprétatif du Symbolisme maçonnique, Amélie Gedalge parle du Fil à Plomb comme étant « l'emblème de la recherche en profondeur de la vérité, de l'aplomb, de l'équilibre. Il semble nous montrer le chemin qui mène à la Chambre du Milieu ».

    Jules Boucher, auteur de « La Symbolique maçonnique » datant de 1948, s’insurge contre ce type d’association. Pour lui, « la Perpendiculaire est le symbole de la profondeur de la Connaissance et de sa rectitude ; elle prévient toute déviation oblique ». Pour cet auteur dont les initiales (J. B.) évoquent curieusement nos Colonnes, « c'est en partant d'assises stables et bien établies que le Maçon peut et doit travailler en vue de son élévation spirituelle ».

    Pour Oswald Wirth, auteur d'un « Livre de l'Apprenti » datant de 1931, « la Perpendiculaire détermine la verticale qui sollicite l'esprit à descendre et à monter. En approfondissant, nous découvrons nos propres défauts et en nous élevant au-dessus de la platitude commune, nous excusons ceux des autres ».

    Le Fil à Plomb tenu en main peut aussi symboliser la rectitude dans tout jugement, la sérénité, le bon usage de nos facultés, la vérification et la profondeur dans l'observation mais surtout la maîtrise de soi.

    L'expression « Vaincre nos passions » ne résumerait-elle pas tout ce que la Perpendiculaire nous suggère ?

    Pour le Rite Écossais Rectifié, « La Perpendiculaire est l’emblème de la solidité des ouvrages maçonniques. Il est donné au Frère Second Surveillant qui doit veiller à ce que tous les Frères observent fidèlement les lois et préceptes de l’Ordre ».

    Au Rite Écossais Ancien Accepté, au cours de l’installation du Second Surveillant, le Vénérable dit : « Recevez ce sautoir portant le Fil à Plomb, symbole de la recherche de la Vérité dans les profondeurs où elle se cache, ainsi que de l’élévation des sentiments maçonniques vers les hauteurs. En haut comme en bas, vous découvrirez la beauté de l’esprit et du cœur ».

    Au Rite Émulation, « La Perpendiculaire sert à vérifier et à dresser les montants pour les fixer sur des bases correctes… Elle nous enseigne l’équité et la droiture de notre vie et de nos actions ».

    La Perpendiculaire est donc là pour nous empêcher de dévier ou du moins pour nous rappeler régulièrement la nécessité de la droiture de notre comportement et de nos jugements. Elle nous incite surtout à descendre au plus profond de nous-mêmes pour y chercher la Lumière, pour y découvrir ce que nous sommes vraiment. Elle pourrait aussi nous indiquer que nos actions doivent toujours être dirigées par la Sagesse du Grand Architecte de l’Univers.

    La Perpendiculaire est l'attribut du Second Surveillant, celui qui comprend les débutants, celui qui a la responsabilité de leur formation, celui qui pardonne les erreurs, aide à apprendre et à progresser dans la voie du perfectionnement personnel. Nous retrouvons ce symbole sur le plateau de cet Officier Dignitaire mais aussi sous forme de bijou suspendu à l'extrémité du sautoir qu’il porte lors des Tenues.

    Le moins que se doive un Franc-maçon à lui-même et aux autres, c’est d’être un homme de réflexion, de remise en cause, qui prend garde à ce qui va de soi pour tout un chacun ! Il nous parait donc opportun de nous interroger à propos du bijou que porte le Second Surveillant. S’agit-il de la reproduction d’un Fil à plomb ou d’une Perpendiculaire ?

    Au cours de l’installation des Surveillants et plus précisément du Second, les rituels du Rite Écossais Ancien Accepté et du Rite Écossais Rectifié font état d’un fil à plomb alors que ceux du Rite Français Moderne et du Rite Émulation font état d’une perpendiculaire, c’est-à-dire d’un outil de constructeur et d’une figure géométrique. Tout en admettant que notre Ordre est l’héritier de la maçonnerie de métier où l’on se servait de fils à plomb et où l’on traçait des perpendiculaires – ce que les architectes et les ouvriers du bâtiment font encore aujourd’hui – nous pouvons mettre en doute le fait qu’il y ait similitude totale entre les premiers et les seconds, même s’il existe de grandes ressemblances.

    Le fil à plomb, qui s’appelait autrefois « perpendicule », est un instrument manuel, ce que n’est pas la perpendiculaire malgré l’image que les fabricants de bijoux maçonniques lui donnent. Ces fabricants ont probablement inventé cette image parce qu’ils croient à tort qu’un simple fil lesté ne saurait constituer un pendentif pectoral esthétique. De plus, l’armature ajoutée au fil à plomb par les bijoutiers n’ajoute rien à son symbolisme fondamental.

    Quand il est à la fois en service et en équilibre, le fil à plomb ne peut être dessiné schématiquement que par une droite verticale de longueur indéfinie alors qu’une perpendiculaire, si sa direction n’est pas précisée, est une droite orthogonale à une autre tout en lui étant sécante et peut donc être tracée dans une infinité de directions ! Certes, la perpendiculaire maçonnique est toujours représentée en élévation verticale afin d’imiter le mieux possible le fil à plomb.

    L’origine du nom « perpendiculaire » est plus intéressante que sa définition géométrique. En effet « perpendiculum » veut bien dire autre chose que « ce qui pend » ou « ce qui pend à la verticale ». « Perpendere » signifie peser attentivement, apprécier avec exactitude, évaluer avec précision !

    Finalement, la forme du bijou du Second Surveillant importe moins au plan du symbole que la prise en considération exclusive du fil rigide qui en est l’élément essentiel et de l’état d’équilibre parfait de celui-ci.

    Axial et pendulaire, le symbolisme du bijou du Second Surveillant le met en devoir de se comporter, en Loge comme ailleurs, en maître irréprochable, estimé de ses pairs quels que soient leurs degrés et qualités.

    La réflexion suivante, de Jules Boucher, va nous amener à une analyse du Niveau.

     « Lorsque l'Apprenti devient Compagnon, le rituel dit qu'il passe de la Perpendiculaire au Niveau, c'est-à-dire qu'ayant suffisamment approfondi les éléments de la Connaissance, il devient capable d'envisager ceux-ci dans leurs relations avec le Monde, avec le Cosmos. Ces relations sont indiquées par le triangle qui constitue l'armature du Niveau ».

    Le Niveau

    Quand l’Apprenti devient Compagnon, le rituel précise effectivement qu’il passe de la Perpendiculaire au Niveau : il quitte le Second Surveillant pour aller se mettre aux ordres du Premier Surveillant dont l’attribut, le Niveau, permet de vérifier l’alignement horizontal des pierres de l’édifice. C’est ainsi que le Premier Surveillant est responsable de la discipline générale et est le garant de l’harmonie entre les Maçons qui décorent les colonnes.

    Voici comment l’Encyclopédie définit le niveau : « Avec le secours d’une grande règle pour opérer plus juste, le niveau sert à poser les pierres de niveau à mesure que le mur s’élève ».

    La fonction du niveau est de déterminer l’horizontale, laquelle ne peut toutefois être bien établie que par référence avec le fil à plomb. Le niveau est un instrument qui sert à vérifier si un plan est horizontal.

    Instrument de bâtisseur, le niveau à fil est très ancien. Il est constitué par un triangle au sommet duquel est fixé un fil à plomb. Le Niveau doit être formé par une équerre juste, c'est-à-dire que l'angle au sommet doit être de 90°.

    Le premier élément qui compose un niveau est un fil à plomb suspendu au sommet d’un chevalet en bois ayant la forme d’un v renversé : Ù

    Le second élément est le chevalet lui-même qui comprend deux côtés isométriques issus du sommet et reliés près de leur pied par une traverse. A mi-longueur de cette traverse, un trait vertical est tracé : c’est la ligne de foi. Lorsque le fil devient bissectrice de l’angle sommital, il recouvre exactement la ligne de foi.

    Le Niveau est un des symboles essentiels du Franc-maçon. Sa présence au nombre des références matérielles de l’Initié remonte au temps de la Maçonnerie opérative où il était de fait un instrument de base des bâtisseurs de cathédrales.

    Abandonné après l’invention du niveau à bulle d’air, le niveau à fil fut judicieusement conservé par la Franc-maçonnerie en qualité d’outil symbolique, probablement à cause de sa forme triangulaire.

    Ayant aussi la forme d’une équerre, il servait alors à déterminer la rectitude de plans horizontaux par le biais de visées très précises, ainsi que la variabilité des hauteurs. C’est pourquoi on l’associait quasiment en permanence au fil à plomb. L’instrument que manie l’ouvrier est en réalité l’union de la règle – car la base est fort longue – et de la perpendiculaire. Malgré sa précision, ce type de niveau a été délaissé sur les chantiers au profit du niveau de type pendulaire. Celui-ci servait à la fois d’équerre et de perpendiculaire.

    Le Niveau n’apparaît que très tardivement dans la symbolique maçonnique.

    The Whole Institution (1724) ainsi que le Graham MS (1726) évoquent le fil et le plomb, ce qui est pour le moins ambigu. L’outil est nommé dans le Wilkinson MS (1727) comme faisant partie des trois bijoux mobiles.

    Le Prichard (1730) cite le Niveau parmi les bijoux mobiles pour « vérifier toutes les horizontales ».

    Jean-Marie Ragon, dans son Rituel de l’Apprenti Maçon, datant de 1860, explique que « le Niveau symbolise l'égalité sociale, base du droit naturel ».

    Pour Edouard Plantagenet (1929), « le Niveau est le symbole de l'égalité originelle mais il n'implique en aucun sens le « nivellement » des valeurs ; il nous rappelle qu'il faut considérer toutes choses avec une égale sérénité ».

    Mais l'égalité que ces auteurs veulent rattacher au Niveau est une entité abstraite. La nature toute entière montre en effet qu'elle est un leurre car les hommes ne sont égaux ni physiquement, ni intellectuellement.

    Ces deux citations soulignent les préoccupations relatives à une morale sociale des Francs-maçons de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle. Les rituels maçonniques du 18ème siècle mettaient davantage l’accent sur la vertu, pratiquée à titre individuel. Les outils de la Loge apparaissent comme des emblèmes, bien qu’erronément appelés symboles. Les explications relatives aux outils présentent un caractère rationnel, à dominante intellectuelle.

    Publiés vers 1931, les ouvrages d’Oswald Wirth marquent un tournant et annoncent un retour vers une forme plus spirituelle de l’enseignement maçonnique. Wirth voit dans la forme du Niveau « le rappel du signe alchimique du soufre, substance dont la combustion entretient le feu central de tout foyer d'activité. Le Premier Surveillant est le gardien de cette ardeur laborieuse qu'il stimule dès qu'elle diminue ».

    Le Niveau indique l'Horizontale mais il est muni lui-même de la Verticale, la Perpendiculaire. Le Niveau est donc un instrument plus complet que la Perpendiculaire. C'est pourquoi il est l'insigne du Premier Surveillant, seul qualifié pour prendre la place du Vénérable Maître en cas d'absence de celui-ci.

    Pour Jules Boucher, le Niveau, c'est non seulement l'Horizontale mais encore la Croix, la réunion de la Verticale et de l'Horizontale.

    Le Niveau nous donne la ligne droite en équerre à un point donné avec la perpendiculaire. Il nous montre que la Connaissance doit être rapportée au «plan terrestre», le seul qui puisse intéresser directement l'être humain.

    Pour le Rite Écossais Rectifié, « le Niveau est l’emblème de la régularité. Le Frère Premier Surveillant en est décoré comme Inspecteur des Travaux que font les Frères dans le Temple qu’ils élèvent à la Vertu ».

    Au Rite Français Ancien, le Niveau ne figure pas parmi les outils de passage ! Il est cependant expliqué comme suit : « Le Niveau nous avertit qu’il doit régner une parfaite égalité entre tous les Maçons ».

    Au Rite Émulation, « Le Niveau sert à poser les surfaces planes et à vérifier les lignes horizontales… Il nous enseigne l’égalité ».

    Au Rite Écossais Ancien Accepté, lors de la Tenue d’installation des Officiers Dignitaires, le Vénérable Maître dit au Premier Surveillant : « Je vous revêts du sautoir portant le Niveau, symbole de notre soumission à la loi qui s’impose à tous et devant laquelle nous sommes tous égaux ».

    Au Rite Français Moderne, le Niveau rappelle que tous les hommes sont Frères, qu’ils sont nos semblables, qu’ils sont tous faits du même limon et que si certains sont moins bien doués par la Nature, ils n’en ont pas moins droit à la vie, au bonheur.

    « Par son dessin, nous dit Jean Ferré, le Niveau est l’association du triangle (feu, lumière, homme) et de la croix (union de l’horizontalité et de la verticalité). Ce qui signifie qu’il est à la fois l’homme dans le quotidien, vivant dans le monde terrestre et matériel, et l’esprit qui cherche à s’élever, générant une pensée constructive et les actes qui en émanent ».

    Dans la Maçonnerie moderne, le Niveau tient toujours une place importante. On le représente par un triangle dont l’angle supérieur est de 90°, au faîte duquel est attachée une perpendiculaire.

    Par le fait qu’il indique à la fois l’horizontale et la verticale, c’est l’instrument idéal pour qui veut bâtir, ce qui est le but symbolique de tout Initié dont la mission première est de reconstruire son propre Temple.

    Dans la Loge, le Niveau est associé au Premier Surveillant, responsable des Compagnons et, par voie de conséquence, au symbolisme du deuxième degré.

    Le sens général du Niveau est la mise en œuvre correcte des connaissances. Par la justesse qu’il permet d’atteindre, sur l’un et l’autre plan, le Niveau est le garant d’une construction harmonieuse. Il est par excellence un outil de perfection. En ce sens, appliqué à la progression et l’évolution de l’homme, il représente l’égalité des valeurs humaines et sociales, l’équilibre entre les forces des divers plans, le respect des aspirations de chacun au bien-être. Par extension, c’est donc l’emblème de l’égalité sociale.

    Mais la Franc-maçonnerie n’a pas la naïveté de croire en une égalité naturelle. Le Niveau évoque une égalité construite, bâtie par le travail, un travail effectué sur le monde environnant, certes, mais surtout sur soi-même !

    Cette égalité est vécue dans la Loge car tout Maçon laisse ses métaux à la porte du Temple. Il est là en tant qu’homme, en tant qu’individu, non pas en tant qu’élément d’une caste, d’un groupe socioprofessionnel plus ou moins favorisé.

    En Maçonnerie, l’horizontalité induit la solidarité, l’aide fraternelle, la philanthropie, le travail collectif au sein de la Commission des Officiers et autres groupes de la Loge. Au Premier Surveillant, l’horizontalité du Niveau dicte son aptitude à conduire correctement des travaux d’équipes, animer des groupes d’étude, ne serait-ce que celui qui est constitué par les Compagnons.

    Vis-à-vis de ces derniers, elle lui dicte encore vigilance, rigueur et fraternité. Elle l’invite à réveiller les endormis, à encourager les fatigués, à corriger des erreurs chez les uns, à apaiser des mésententes chez d’autres, à harmoniser les dissemblances de tous, à expliquer un symbole mal compris, à aider un ouvrier en difficulté.

    Le Niveau, en tant que bijou, place parfaitement le Premier Surveillant dans la hiérarchie des officiers de la Loge, entre la Perpendiculaire du Second Surveillant et l’Equerre du Vénérable Maître dont il est pratiquement l’adjoint. Il est dès lors évident que, face à ses pairs, le Premier Surveillant, Deuxième Lumière de la Loge, ne peut qu’être irréprochable du point de vue maçonnique.

    Par une ascèse appropriée, telle la répétition rituelle, grâce à notre assiduité en Loge, nous pouvons arriver à voir le modèle « Perpendiculaire / Niveau ». Tout comme les Compagnons taillant la pierre dans la carrière, nous pouvons vérifier et corriger la pose de la pierre sur le chantier du temple grâce à ces deux instruments associés.

    Le modèle symbolique qu’ils forment nous présente un plan horizontal percé par un axe vertical. Le plan horizontal figure l’état de l’être, le niveau atteint dans un domaine déterminé. Il varie pour chaque être mais aussi pour un même être au cours de sa vie. L’axe vertical peut être parcouru vers le haut ou vers le bas en partant du plan.

    Le balayage horizontal pourrait représenter nos activités profanes, relationnelles et sociales, l’aspect extensif de notre existence quotidienne. Le fil à plomb représenterait alors l’aspect intensif de l’exploration verticale de notre moi et l’équilibre que nous tentons de maintenir entre notre vie de citoyen et notre vie intérieure d’homme à la recherche de notre véritable identité, de notre intégration optimale à l’univers.

    L’horizontalité du Niveau induit le travail en équipe, le partage équitable des tâches, chacun selon ses talents, sa technicité, ses forces, son courage. Elle illustre l’intégration de l’homme dans la société des hommes, dans les règnes de la nature, dans l’univers. Elle suggère la coopération des hommes à des réalisations communes ainsi que leur solidarité envers les pauvres, les malades et les populations frappées par la guerre ou des catastrophes naturelles.

    A condition que nous nous déplacions réellement le long du Fil à Plomb, nous pourrons capter des éclairages psychiques sur nous-mêmes, ce qui nous permettra d’améliorer ici nos points de vue, de développer là notre intuition et de perdre ailleurs quelques défauts.

    Nous pourrons être amenés ainsi plusieurs fois à repenser notre manière de vivre, à changer nos comportements, à délaisser des occupations au profit d’autres, à niveler nos habitudes passées, jusqu’au jour où notre vie intérieure prendra plus d’importance que notre vie extérieure.

    Nous deviendrons des hommes que l’on écoute avec attention, des hommes que l’on respecte et que l’on aime mieux qu’auparavant parce que l’on apprécie leur équité, leur lucidité, leur sagesse.

    La Perpendiculaire représente la connaissance des matériaux, la connaissance matérielle. La Perpendiculaire est l’instrument complémentaire du Niveau qui, lui, permet de vérifier l’alignement sur un plan horizontal. Les deux instruments sont absolument nécessaires pour la pose des pierres, notamment des pierres d‘angle.

    Ainsi, il n’est pas bon de séparer le travail du Premier Surveillant de celui du Second. Ils doivent travailler ensemble sous la direction du Vénérable Maître afin qu’ils puissent, avec les matériaux dont ils disposent, bâtir une construction solide et durable. Ils devront parfois faire intervenir la Truelle (symbole absent du Rite moderne !) pour effacer des inégalités, carence ou surabondance, et permettre la cohésion de tous les éléments dont ils disposent.

    Le Niveau représente la connaissance sublimée. La synthèse est assurée par l’Equerre du Vénérable Maître. Le Niveau évoque en outre l’égalité. Les métaux ayant été abandonnés à la Porte de la Loge, tous les Maçons sont égaux dans l’enceinte sacrée, principalement devant la Loi Maçonnique.

    Perpendiculaire et Niveau doivent être utilisés conjointement par le Maçon car ils sont complémentaires. En effet la Maçonnerie n’a pas pour but un nivellement par la base car cela lui ôterait tout son caractère initiatique. Au contraire, elle implique une recherche sur soi, une plongée dans les profondeurs de l’être, alliées à une volonté de s’élever, de progresser, qui permettent l’ascension et la faculté d’entraîner autrui dans la voie du perfectionnement.

    BIBLIOGRAPHIE

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    Berteaux RaoulLa symbolique au grade d’Apprenti

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    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

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    Boucher JulesLa symbolique maçonnique

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    Ferré Jean - Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

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    Ferré Jean - Dictionnaire des symboles maçonniques

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    Guigue Christian - La formation maçonnique

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    Login J. P.Le Compagnon

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    Plantagenet Edouard E.Causeries initiatiques pour le travail en Loge d’Apprentis

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Page 106

     

    Plantagenet Edouard E.Causeries initiatiques pour le travail en chambre de Compagnons

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 131 et 132

     

    Pozarnik AlainA la Lumière de l’Acacia - Du profane à la maîtrise

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 85 à 105 et 165 à 190

     

    Spaeth Marcel - Le Tracé du Compagnon

    Editions A.V.S., Paris, 1991 - Pages 19 à 21

     

    Wirth OswaldLa Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    1ère partie : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 203 et 210

     

    Wirth OswaldLa Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    2ème partie : « Le Compagnon » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 164, 165 et 167

     

    Wirth OswaldLa Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    3ème partie : « Le Maitre » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Page 81

     

    Pour aller plus loin :

    Noyer JosephLe Fil à plomb et la perpendiculaire

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 2006

     

    La Corde à nœuds 

    Pour de nombreux auteurs, l'usage a consacré une expression qui semble impropre : « Houppe dentelée » ne conviendrait pas comme synonyme de  « Corde à nœuds ». Pourtant, l'expression « Houppe dentelée » désigne souvent la Corde à nœuds ou même la Chaîne d’Union ! En ouvrant le Dictionnaire de la Franc-maçonnerie à l'expression « Corde à nœuds », Bernard Baudouin renvoie le lecteur à la « Chaîne d’Union ».

    L'usage veut qu'on donne le nom de « Houppe dentelée » à cette « Corde à nœuds » qui entoure le Tableau d'Apprenti et le Tableau de Compagnon. Il s'agit bien d'une corde formant des nœuds – mais appelés à tort des « lacs d'amour » – et terminée par une houppe à chaque extrémité.

    Les premiers Maçons ont donné aux nœuds la forme de lacs d'amour. Mais le recours à l'étymologie nous permet déjà de déceler une erreur. Le mot latin « laqueus » signifie en réalité « lacet » ou « nœud coulant », et « piège » au sens figuré.

    Ces nœuds sont assez faciles à faire : on forme d'abord une boucle ou anneau et on y introduit l'extrémité de la corde. Schématiquement, la figure ainsi obtenue ressemble au chiffre huit couché qui représente l'infini en mathématique. En formant ce nœud, on figure les organes mâle et femelle ! Ce choix parmi toutes les formes de nœuds n'est probablement pas arbitraire mais il convient de remarquer que c'est aussi possible avec la plupart des autres nœuds.

    Jules Boucher, se référant à l'héraldique, précise que le « lac d'amour » est un «cordon entrelacé dont les bouts traversent le centre et ressortent par le bas à dextre et à senestre, en forme de houppe».

    « La cordelière de soie noire et blanche dont les veuves entourent leur écu est faite de lacs d'amour. On sait en effet que les veuves reprenaient leur écusson de jeune fille, en forme de losange, et l'entouraient d'une cordelière pour indiquer non pas qu'elles avaient été liées, mais qu'elles étaient déliées. De même, les armoiries des cardinaux, des évêques et des abbés comportent, en dessous d'un chapeau, une cordelière formée de lacs d'amour et terminée par des houppes ».

    Au grade d'Apprenti comme au grade de Compagnon, le Tableau de Loge est entouré par la Corde à nœuds. Certains auteurs pensent que l'origine de la Corde à nœuds dans la Loge est tout simplement le cordeau dont se servait l'arpenteur ou le Compagnon, chargé par le Maître d’œuvre, de fixer l'implantation du temple.

    Jules Boucher rappelle que les arpenteurs égyptiens se servaient d'une corde à nœuds pour tracer des angles droits ; de même, les nœuds du cordeau étaient des points de repère. C'est à l'aide du cordeau opératif qu'on alignait les éléments de l'ouvrage et qu'on vérifiait les distances. Les nœuds faits au cordeau indiquaient opérativement des distances fixées sur sa longueur, pour un travail particulier de report de ces distances.

    La houppe qui orne les extrémités, c'est opérativement l'élargissement final pour la prise en main solide que nécessite l'usage du cordeau.

    Les premiers Maçons spéculatifs ont apparemment remplacé le cordeau opératif par un cordon ornemental et ont donné tout naturellement à ce cordon des nœuds en forme de lacs d'amour, parce que ces sortes de nœuds figuraient dans les armoiries et que le Tableau de la Loge renfermait les symboles essentiels de la Maçonnerie et pouvait être considéré comme l'Armorial maçonnique. Selon cette hypothèse, les Maçons spéculatifs auraient donc faussé le sens primitif de la corde à nœuds, ce qui parait bien le cas lorsque celle-ci prend le nom de « Houppe dentelée » et le nœud le nom de « lac d'amour ».

    Assez curieusement le nombre de nœuds varie selon les auteurs. Vuillaume fait sept nœuds à la Houppe dentelée du grade d'Apprenti et neuf à celle de Compagnon. Edouard Plantagenet en fait également sept à celle du grade d'Apprenti mais ne précise pas le nombre de nœuds relatifs au grade de Compagnon. Oswald Wirth ne donne que trois nœuds aux deux grades. Jean-Marie Ragon n'en indique pas le nombre !

    Jules Boucher, qui semble se référer aux plus anciennes représentations, souhaiterait faire figurer une corde à trois nœuds au grade d'Apprenti et une corde à cinq nœuds au grade de Compagnon mais la pratique ne semble pas lui donner raison puisque sept nœuds apparaissent le plus souvent sur le Tableau au grade d'Apprenti.

    Si le nombre de nœuds de la corde ou de la Houppe dentelée diffère selon les auteurs, les définitions qu'ils en donnent restent sensiblement les mêmes. Ainsi, pour Jean-Marie Ragon, ces nœuds entrelacés sont l'image de l'union fraternelle qui lie par une chaîne indissoluble tous les Francs-maçons du Globe.

    Instrument de construction, la corde nouée est aussi un instrument de mesure. La mesure est faite par le nombre de nœuds. La souplesse de l'instrument permet de passer des figures rectilignes aux figures curvilignes. La corde permet donc la figuration de lignes droites comme de lignes courbes.

    Cette propriété nous donne la clef du symbolisme du nœud. En effet le nœud est une figure géométrique formée par deux boucles dans laquelle l'aire d'une boucle est en relation avec l'aire d'un carré. Le nœud représente alors le passage du carré au cercle, de la terre au ciel, du matériel au spirituel.

    La présence des nœuds dans le Tableau de Loge donne tout son sens aux Travaux maçonniques et cette présence signifie que la Loge devrait être le lieu de passage d'un état inférieur à un état de conscience supérieur.

    D’après W. Nagrodski, « les outils employés par le Maçon symbolique correspondent exactement à l'équipement normal d'un Compagnon maçon opératif. Ils portent les mêmes noms et un ouvrier quelconque les reconnaîtrait aisément sur le Tableau des grades d'Apprenti et de Compagnon. Il serait seulement étonné de constater que le cordeau, outil tout à fait indispensable dans le métier, a reçu dans la Maçonnerie symbolique le nom de « Houppe dentelée» avec des « lacs d'amour » devant représenter la « Chaîne d’Union » reliant tous les Maçons ».

    Ce symbolisme très touchant du cordeau de Maçon est tiré par les cheveux en raison du dilettantisme sentimental des Maçons « acceptés ». Ceux-ci ne savaient pas que toute construction devait être « implantée » sur le terrain avant d’être commencée et que le cordeau jouait un grand rôle dans cette opération qui, en elle-même, contient un symbolisme beaucoup plus profond que celui des « lacs d'amour » qui ne riment techniquement à rien.

    L'importance de l'implantation d'un édifice devient particulièrement grande quand il s'agit d'un temple, et, déjà en ancienne Egypte, cette opération avait été exécutée par les « tendeurs de cordeau » professionnels et accompagnés de rites semblables à notre pose contemporaine de pierre de fondation.

    L'opinion de Nagrodski est à retenir. Il parait à peu près certain que les Maçons spéculatifs, en transposant un symbole opératif, ont faussé le sens primitif.

    Symboliquement, le cordeau, c'est le temps d’arrêt pour la réflexion, le retour sur soi-même, la supputation sur le travail fait et celui qui reste à accomplir. Tandis que les houppes qui ornent les extrémités de la corde, c'est le but final : la splendeur de la Connaissance acquise, sa perfection, l'usage de la force, la constance.

    Pour Luc Nefontaine, « la Corde à nœuds symboliserait les liens entre le ciel et la terre. La Corde à nœuds est la Houppe dentelée représentée sur les murs de certaines Loges ou figurant à l'Orient. Souvent, la Corde à nœuds est faite de douze entrelacs symbolisant les douze signes du zodiaque. En héraldique et en décoration, les « lacs d'amour » sont considérés comme des figures classiques. La Corde à nœuds rappelle aussi la Chaîne d’Union que forment les Maçons ». Mais en est-elle pour autant la représentation symbolique ?

    Pour Benuraud et Brugnaux, « la fonction de la Corde à nœuds consiste à maintenir les différents éléments contenus dans l'enceinte du temple, de façon à former un tout ordonné‚ et harmonieux où chaque chose est véritablement à sa place, car, comme tout édifice sacré, le temple maçonnique est une représentation de l'univers ».

    Ainsi, pour certains, les nœuds représenteraient la fraternité mais en même temps évoqueraient le symbolisme stimulant véhiculé par la Franc-maçonnerie.

    Pour Oswald Wirth, cette corde se noue en entrelacs et représente la Chaîne d’Union reliant tous les Francs-maçons. Les nœuds peuvent être au nombre de douze pour correspondre aux signes du Zodiaque. Mais cet ornement est improprement appelé « Houppe dentelée ».

    Pour Edouard Plantagenet, « la Houppe dentelée symbolise la Fraternité qui unit tous les Francs-maçons et, à ce titre, elle est une reproduction matérielle et permanente de la Chaîne d’Union ».

    Mais pour Jules Boucher la Corde à nœuds porte à tort le nom de « Chaîne d’Union ». En effet, la « Chaîne d’Union » est un rite, une action alors que la « Corde à nœuds » est un élément graphique du Tableau de la Loge aux grades d'Apprenti et de Compagnon.

    Etant donné que la Corde à nœuds trouve son origine dans le cordeau des Maçons opératifs, il n'y a effectivement pas lieu de désigner ce symbole par l'expression «Houppe dentelée» qui devrait garder sa place en héraldique.

    De même, l'expression « lacs d'amour » ne semble pas avoir sa place en Franc-maçonnerie car ce terme appartient également à l'héraldique. Cependant si les nœuds peuvent symboliser les liens de fraternité et de solidarité qui doivent exister entre tous les Frères, les nœuds pourraient aussi symboliser l'amour fraternel.

    Quant au nombre de nœuds que la corde devrait comprendre, il me semblerait plus adéquat d'en faire figurer trois sur le Tableau de la Loge au premier degré et cinq sur celui de la Loge au second degré en correspondance avec « l'âge » des Frères de ces degrés respectifs. Quelques Tapis de Loge en comprennent sept, nombre qui rappelle celui des Maîtres indispensables pour pouvoir procéder à des Initiations !

    La Corde à nœuds n’apparaît pas nécessairement aux murs de tous les Respectables Ateliers.

    Mais, finalement, que peut-on penser de la présence de ce symbole sur le Tapis de Loge ?

    La Corde à nœuds ne représente pas la Chaîne d’Union car celle-ci est «fermée» lorsqu'elle est bien pratiquée. Tandis que la Corde à nœuds, qui semble bien protéger l'ensemble des outils, reste toujours « ouverte » vers l'Occident mais marque une limite à ne pas franchir en direction de l'Orient.

    Cette disposition ne nous indiquerait-elle pas que la Lumière qui luit à l'Orient est sacrée, intouchable et inaccessible et que, par conséquent, la Vraie Lumière, c'est celle qu'il faut chercher ailleurs, au plus profond de soi-même ?

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 38, 49 et 80

     

    Behaeghel Julien - Symboles et initiation maçonnique

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    Béresniak Daniel - Rites et Symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome I : « Les Loges Bleues » - Editions Detrad, Paris, 1997 - Pages 93 et 94

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 49 et 50

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

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    Ferré Jean - Dictionnaire des symboles maçonniques

    Editions du Rocher, Monaco, 1997 - Pages 53 à 54

     

    Ferré Jean - Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

    Editions du Rocher, Monaco, 1994 - Page 63

     

    Guigue Christian - La formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1996 - Pages 70 à 72

     

    Guigue Christian - Les Planches de l’Apprenti

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1996 - Pages 33 à 49

     

    Lhomme Jean, Maisondieu Edouard et Tomaso Jacob

    Dictionnaire thématique illustré de la Franc-maçonnerie

    Editions du Rocher, Monaco, 1993 - Pages 89 à 90

     

    Login J. P. - L’Apprenti ou le mythe de la pierre brute

    Editions Detrad - Page 38

     

    Mainguy Irène - La symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy, Paris, 2001 - Pages 82 à 84 et 142

     

    Nagrodski W. - L'Outil méconnu : Le symbolisme

    1933 - Page 127

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie, Tome 2

    Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Pages 107 et 110

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'apprentis

    Editions Dervy, Paris, 1988 - Pages 95 et 96

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I « l'Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Page 211

     

    Pour aller plus loin :

    Lapidus Michel - La Corde des Francs-maçons

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 2012

     

    La Chaîne d'union

    Souvent les Francs-maçons terminent leurs Travaux et leurs cérémonies en formant entre eux une longue chaîne sans fin, appelée « Chaîne d’Union ». C’est une pratique dont l'origine remonte aux temps lointains de la Franc-maçonnerie opérative. Ce rite évoque symboliquement la fraternité et la solidarité entre les Francs-maçons. Il prend particulièrement toute sa valeur lorsque la Loge vient de s’enrichir d’un nouveau Frère.

    Pour la réaliser, tous les Frères présents lors d'une Tenue se réunissent en cercle autour du Pavé mosaïque et se tiennent par la main, dégantée, les bras croisés, le bras droit sur le bras gauche et font en sorte qu'ils aient également un contact par les pieds pour mieux prendre conscience de la présence d’un autre Frère tant à sa gauche qu’à sa droite. Ils demeurent ainsi en silence et se concentrent pour transmettre par la main droite le magnétisme qu'ils reçoivent de la main gauche. Idéalement, deux doigts de chaque main devraient aller percevoir le pouls du Frère voisin.

    Ainsi formée, la Chaîne d’Union rituelle devient le véhicule de l'influence spirituelle. Elle est aussi une technique pour la transmission de l'énergie, technique efficace à condition d'être bien pratiquée.

    Pour que chacun tire profit de ce magnétisme, il faut qu'un amour fraternel, profond et sans réserve réunisse tous les participants sans exception. L'absence de cette condition rend inefficace, inutile et absurde le rite de la Chaîne d’Union.

    Afin de concrétiser davantage cette chaîne d'harmonie, le Vénérable Maître recommande souvent que tous les esprits des Frères présents se concentrent sur une même idée.

    Symboliquement, la Chaîne d’Union évoque les liens très étroits qui unissent tous les éléments qui régissent notre planète, aussi bien matériellement que spirituellement. Par-là, elle se veut la réunion de toutes les volontés, de toutes les énergies, en une force unique capable de transcender les épreuves les plus terribles et de réaffirmer à chaque instant la maîtrise de l'esprit et la dimension sacrée de l'homme.

    Selon Edouard Plantagenet, « elle symbolise l'Universalité de l'Ordre et rappelle à chacun que tous les vrais Maçons, quelle que soit leur patrie, ne forment qu'une seule famille de Frères, répandus sur la surface de la terre. Il semble en effet que la Chaîne d’Union rapproche les cœurs en même temps qu'elle ranime dans les consciences le sentiment de la solidarité qui nous unit et de l'interdépendance qui nous lie ».

    Tout Frère qui participe consciemment et sans réticences à la Chaîne d’Union rituelle en ressent lui-même les effets suggestifs et réconfortants.

    Ce cérémonial semble préparer heureusement l'ambiance propice pour faire de la Fermeture des Travaux bien autre chose qu'une simple formalité !


    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 38, 49 et 80

     

    Béresniak Daniel - L'apprentissage maçonnique, une école de l'éveil ?

    Editions Detrad, Paris, 1983 - Pages 106 et 107

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 49 et 50

     

    Benuraud A. et Brugnaux C.

    Eléments pratiques de formation maçonnique et symbolique

    Les Amis de Tristan Duch, Firminy (France), 1993

     

    Boisdenghien Guy - La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999 - Page 164

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 169 à 175

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie Tome 2

    Editions de l'Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Page 107

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy – Livres, Paris, 1988 - Pages 95 et 96

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Page 211

     

    Pour aller plus loin :

    Onofrio Jean - La Chaîne d’Union

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 2006

     

    Les grades ou degrés 

    Quels que soient son âge, son ancienneté, son poste,... tout Frère se doit de manifester en permanence sa volonté de perfectionnement par sa quête intellectuelle et spirituelle. Cette quête de perfection se fait par paliers, par étapes, par «augmentations de salaire». Les grades sont les degrés successifs de perfection auxquels un Franc-maçon peut espérer parvenir tout au long de sa trajectoire initiatique.

    Les Loges Bleues ou Ateliers Symboliques constituent le plus souvent les trois premiers niveaux dans la hiérarchie d'une Loge. Elles comptent trois grades ou degrés : Apprenti, Compagnon, Maître.

    Le profane qui vient d'être initié, créé, consacré et reçu Apprenti Franc-maçon, passe ainsi au moins une année de silence à attendre, à se mettre sur la voie de vérités nouvelles qui modifieront son mode de pensée s'il est capable de les discerner et de les comprendre.

    Pour Edouard Plantagenet, « c'est par l'accomplissement strict de ses devoirs envers lui-même que l'Apprenti se rend apte à collaborer plus tard et utilement au Grand Œuvre de l'Ordre maçonnique ».

    « Ce n'est qu'à la faveur de ce long silence que l'Apprenti peut faire cet indispensable retour sur lui-même qui l'affranchira définitivement de l'influence de son existence antérieure et lui fera découvrir que la Lumière qu'il est venu chercher en ce Temple se trouve déjà en lui. C'est ainsi que la Lumière se révélera à sa raison et illuminera sa pensée. Au fur et à mesure, il comprendra les enseignements qui se dégagent, pour celui qui cherche vraiment, de l'interprétation des symboles et du travail rituel ».

    Cette tâche remplit toute la vie d'un Franc-maçon. Ce sont les progrès accomplis   qui lui permettront d'accéder successivement au degré de Compagnon puis à celui de Maître.

    Chaque Obédience, selon le rite pratiqué, développe ensuite une série de grades supérieurs que l'on nomme « Hauts grades ». Hormis les grades de perfection, du quatrième au quatorzième degré (Ateliers verts ou Loges de Perfection), qui contribuent à solidifier l'édifice maçonnique et à en structurer les Travaux, il existe des grades plus spécifiques, tels les grades chevaleresques, philosophiques et administratifs regroupés en Chapitres (ou Ateliers Rouges), du quinzième au dix-huitième degré ; en Aréopages ou Ateliers Philosophiques, du dix-neuvième au trentième degré ; en Tribunaux, en Consistoires et en un Suprême Conseil, du trente-et-unième au trente-troisième degré.

    Le Rite Écossais Ancien Accepté comprend actuellement trente-trois degrés. Les Hauts Grades ont fait l'objet de maintes critiques. Les titres de ces grades peuvent en effet paraître prétentieux et donner lieu à de fausses interprétations mais il ne faut pas oublier qu'ils trouvent leur origine à l'époque de la chevalerie.

    Selon Ed. Quartier La Tente, « la plupart des adeptes de l'Art royal se contentent de recevoir les grades symboliques mais ils ne les possèdent jamais effectivement. Ils détiennent un trésor mais ils en ignorent la valeur et n'en tirent aucun parti. Les Hauts Grades ont pour mission de faire progressivement saisir l'ésotérisme des trois degrés fondamentaux de la Franc-maçonnerie. Ils n'ont pas la prétention de révéler de nouveaux secrets. Toute leur ambition se limite au contraire à bien la faire comprendre, à la mettre en valeur dans l'esprit de ses membres à qui il importe de faire faire effectivement leur apprentissage, afin qu'ils puissent devenir de réels Compagnons, capables d'aspirer à la Maîtrise véritable. Ce degré ultime correspond à un idéal qui est proposé à l'Initié, un idéal auquel il doit tendre mais dont la réalisation n'est pas dans ses moyens ! Le Temple ne sera jamais achevé ! »

    Les Hauts Grades ne sont que le développement et l'ampliation des trois premiers. Pour Jules Boucher, leur utilité n'est cependant pas contestable s'ils créent chez les Francs-maçons une émulation profitable à l'Ordre maçonnique tout entier.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Page 74

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 188 à 202

     

    Quartier La Tente Ed. - Les Grades et les Rites maçonniques

    Berne, 1915 - Page 10

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 70, 76, 93, 94, 123, 171, 182

     

    Les trois Pas ou la Marche de l'Apprenti

    De même qu’il possède ses attributs, sa batterie ou ses signes de reconnaissance, tout grade maçonnique a sa « marche ». Celle-ci consiste en un certain nombre de pas et sert essentiellement à pénétrer dans le Temple de manière rituelle.

    Le pas est par essence ce qui définit la marche d’un individu. Or, on sait que chaque élément du comportement d’un Franc-maçon en Loge a son importance symbolique. C’est pourquoi un nombre précis de pas correspond à chaque grade et doit être effectué lors de l’entrée dans le Temple. C’est également le moyen de vérifier que celui qui pénètre dans le lieu sacré dédié à la Franc-maçonnerie est bien habilité à être présent dans cette assemblée.

    Chaque degré de la Maçonnerie symbolique se caractérise par une marche différente que l’on évoque par l’expression « faire les pas » et qui s’avère obligatoire lors de l’entrée individuelle en Loge. La marche, accompagnée des signes spéciaux à chaque degré, est obligatoire pour tous les Maçons qui pénètrent dans une Loge lorsque les Travaux sont ouverts. « Pratiquement, nous dit Jules Boucher, ceux-ci le sont presque toujours au grade d’Apprenti ; les marches de Compagnon et de Maître ne sont utilisées ou mieux « remémorées » que lors des initiations à ces degrés ».

    Le pas constitue le mouvement de base. Il ne s’opère pas identiquement pour tous les rites. Ainsi, on entre :

    • du pied gauche au Rite Écossais Rectifié, au Rite Écossais Ancien Accepté,
    • du pied droit au Rite français moderne, au Rite belge moderne, au Rite Émulation.

    Faire les pas, c’est mettre les deux pieds en équerre, avancer d’un pas, se remettre en équerre. Le nombre de pas fait pendant au nombre mystérieux du grade. Les Surveillants ont pour devoir de vérifier avec un soin tout particulier que les Apprentis et Compagnons maîtrisent totalement cette gestuelle de base en matière d’entrée en Loge.

    Quel que soit le rite suivi, l’entrée en Loge se fait dans le respect des usages anciens codifiés d’après des normes rigoureuses. Ainsi, l’entrée dans une Loge demeure rigoureusement identique aujourd’hui à celle qui se pratiquait en 1778.

    Lorsqu’un Frère arrive en retard et que les Travaux se trouvent commencés, il vient frapper à la porte de l’Atelier suivant la batterie de son degré où les Travaux sont ouverts.

    Le retardataire doit attendre avec patience que l’entrée lui soit accordée, ce qui peut se produire tardivement si une cérémonie est commencée !

    Lorsque le Vénérable Maître donne l’ordre d’admettre le Frère en Loge, le Couvreur ouvre la porte et accueille le nouveau venu. L’arrivant doit attendre que le Vénérable Maître le regarde pour procéder à l’entrée rituelle, c’est-à-dire faire les pas, suivis du salut.

    Tout Maçon pénétrant dans le Temple après l’Ouverture des Travaux doit marcher rituellement. A chaque pas, le second pied vient rejoindre le pied placé en avant, en équerre.

    • Dans un premier temps, le Frère place ses pieds en équerre.
    • Dans un second temps, il se met à l’ordre.
    • Au troisième temps, il effectue les pas du grade.
    • Au quatrième temps, il fait le Signe d’ordre ou salut.

    Quelques auteurs jugent la marche écossaise peu conforme à la symbolique, du fait qu’elle démarre du pied gauche. Il est à noter cependant que si l’on part du pied gauche, on ouvre le côté droit du corps, on l’oriente vers le Pavé mosaïque.

    L’Ecossisme « attaque » les pas du pied gauche, la plupart des autres rites les commencent du pied droit.

    Comme pour l’analyse d’autres symboles, gestes et attitudes, de nombreux auteurs Francs-maçons ont pris, à ce sujet, des positions parfois proches, parfois divergentes. Cherchons la Lumière !

    «Aucune raison, bonne ou mauvaise, dit Oswald Wirth, n’a été jusqu’ici mise en avant en faveur du pied gauche. Quant à la marche du pied droit, elle se justifie par le fait que la droite figure l’activité, l’initiative, le raisonnement, alors que la passivité, l’obéissance et le sentiment se rapportent à la gauche. C’est donc le pied droit qui, logiquement, doit se porter en avant, appuyé par la gauche dont le rôle est de suivre».

    Edouard Plantagenet abonde dans le même sens : « La marche du pied gauche nous parait inexplicable ; il n’est point convenable qu’en Maçonnerie il puisse y avoir, à quelque degré de la hiérarchie que ce soit, une passivité aveugle ou un abandon absolu aux réactions affectives justifiant le symbolisme de la gauche. Nous savons, au contraire, que la fécondité même de l’Initiation repose entièrement sur l’intensité du travail personnel, conscient, délibéré. La marche s’affirme, d’ailleurs, comme inconciliable en soi avec le départ du pied gauche et dès lors on ne voit pas comment on pourrait justifier rationnellement cette prescription ».

    « Il ne fait aucun doute, dit-il encore, que cette altération des enseignements traditionnels propage une erreur flagrante : la marche écossaise prescrit le départ du pied gauche, côté de l’affectivité passive et sentimentale ».

    Pour Jules Boucher, au contraire, « la marche du pied gauche se justifie aisément parce que précisément alors on s’appuie sur la droite, la raison qui reste stable tandis que la gauche, le sentiment, est seule mobile. Inversement, en partant du pied droit, on lance en avant la raison et le point d’appui étant le pied gauche semblerait montrer qu’on s’appuie sur l’affectivité « passive et sentimentale ». Le pied droit venant s’appliquer sur le pied gauche « rectifie » les erreurs que la gauche a pu commettre ».

    On voit qu’il est facile de réfuter les arguments « rationnels » des adversaires de la marche partant du pied gauche. Ces arguments sont d’ailleurs purement sentimentaux !

    L’usage des trois pas effectués à certains moments des cérémonies remonte à l’époque de la Maçonnerie opérative mais pour nous aider à les situer dans la pratique moderne, il nous faut nous référer aux anciennes « exposures » anglaises.

    Ainsi, le « Manuscrit Wikinson » (1727) et Samuel Prichard (1730) nous indiquent que les candidats doivent avancer par trois pas vers l’autel avant de prendre leur obligation sur la Bible. Cette façon de procéder relève d’une nécessité symbolique mais ces documents ne nous fournissent aucune explication sur la manière de les faire.

    Un document plus tardif, daté de 1760, le « Three Distinct Knocks », signale que « le candidat avance seulement d’un pas au 1er degré, de deux au Second degré, de trois pas au 3e degré ». Ce qui énonce en l’occurrence que le premier pas régulier en Franc-maçonnerie est celui qui va se traduire par la prise de l’obligation qui entérine définitivement la réception dans la fraternité car c’est l’engagement qui fait le Maçon. Sans serment sur la Bible, il n’y a point de Maçon.

    Le premier pas régulier en Franc-maçonnerie, effectué à partir des pieds mis en équerre avec les talons joints, remonte au moins vers 1700 puisque nous en trouvons la mention dans le manuscrit Sloane. La Grande Loge des « Moderns » le modifia avec l’adoption des trois pas tandis que la Grande Loge des « Antients » le maintint.

    Certains rituels précisent que les pas ne doivent pas être d’égale longueur, le premier étant un petit pas, le deuxième un peu plus grand, le troisième encore un peu plus grand !

    La marche de trois pas est celle de l’Apprenti. Serait-ce trahir un secret que de révéler ici que la marche du Compagnon est celle de l’Apprenti à laquelle viennent s’ajouter deux autres pas et que celle du Maître est celle du Compagnon à laquelle viennent s’ajouter trois pas spécifiques ? Le plus important n’est-il pas de découvrir, au moment adéquat, la manière de les effectuer et de les « vivre » au moment de la cérémonie de Passage au grade de Compagnon ou de l’Élévation à la Maîtrise ?

    Au grade d’Apprenti, il s’agit d’accomplir trois pas.

    Placée comme d’autres symboles du Premier degré sous le règne du Nombre Trois, la marche d’Apprenti se pratique en réalité peu souvent. Accompagnée du Signe d’Ordre, elle a seulement lieu lorsqu’un Frère arrive très tard en cours de Tenue ou bien lors de l’introduction rituelle d’une délégation de visiteurs ou de dignitaires. Elle est toujours remémorée au cours de la cérémonie de l’Initiation d’un profane.

    Pour Guy Boisdenghien, « la marche consiste à effectuer trois pas en avant, les pieds en équerre, dirigés vers l’Orient. Geste ternaire de jambes, la marche symbolise l’avancée de l’Apprenti sur le chemin de l’Initiation. Le premier pas est un essai en tant qu’image de l’ignorance native. Le deuxième pas permet de prendre conscience de la nécessaire Prudence que nous devons toujours garder à l’esprit en raison de l’imperfection du langage. Le troisième pas est celui de l’Attention. Ainsi, tous les sens sont tendus vers la compréhension de l’instruction initiatique ».

    Pour Gilbert Alban, les trois pas doivent être assez petits, égaux et surtout glissés et prudents afin de bien rappeler la marche intérieure du néophyte quand il pénètre pour la première fois dans les ténèbres de son moi. Cependant ces pas hésitants ne sauraient être exagérés à cause de la volonté et du courage requis de l’Apprenti pour dégrossir sa Pierre.

    Pour Jules Boucher, la marche de l’Apprenti est rectiligne et se fait à l’aide de l’Equerre parce qu’il a été mis dans la « voie droite », parce qu’il a été « initié ». Sa marche lui rappelle les difficultés qu’il va rencontrer et la nécessité où il se trouve de ne pas s’écarter de son chemin.

    Edouard Plantagenet juge pénible cette marche rituelle : « brutalement coupée par trois arrêts, elle brise notre élan. A chaque fois, elle nous contraint à un nouvel effort pour repartir » !

    La marche ne s’est pas introduite dans notre rituel par hasard. Il ne s’agit pas d’une invention ni un symbole construit de toutes pièces à la faveur de l’heureuse inspiration d’un esprit familiarisé avec les abstractions ! En effet, la marche et ses trois étapes semblent correspondre, comme rythme et signification, avec les trois premiers signes du zodiaque qui sont, faut-il le rappeler, le Bélier, le Taureau et les Gémeaux et qui répondent aux mois de mars, avril, mai et juin, c’est-à-dire au printemps, et sont en concordance avec l’année maçonnique qui commence le premier jour de mars !

    L’astrologie nous apprend que le Bélier est sous l’influence de la planète Mars et évoque par conséquent l’idée de lutte qui est confirmée par le renouveau solaire. Le Taureau, qui inspire le second pas, exprime le travail persévérant et désintéressé. Quant aux Gémeaux, qui sont sous l’influence planétaire de Mercure, ils sont considérés comme le signe de la fraternité.

    Faut-il accepter ou rejeter ce symbolisme astrologique sur lequel Edouard Plantagenet s’étend complaisamment ? Il nous est loisible de l’accepter dans la mesure où tous les symbolismes vrais se recoupent et se vérifient l’un l’autre.

    De plus, si l’on s’en rapporte aux Eléments, le Bélier est signe de FEU, le Taureau signe de TERRE et les Gémeaux signe d’AIR. Le premier pas indiquerait alors l’ardeur, le second la concentration et le troisième l’intelligence.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Alban Gilbert - Guide de l’Apprenti

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    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

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    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

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    Boisdenghien Guy - La Vocation Initiatique de la Franc-maçonnerie

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    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

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    Docteur Chauvet - Esotérisme de la Genèse

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    Ferré Jean - Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 170 à 172

     

    Geay Patrick - Mystères et significations du Temple maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1997 - Pages 119 à 121

     

    Guigue Christian - La formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1995 - Pages 147 à 149 ; 206 ; 225 et 226

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie Tome 2

    Editions de l'Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Page 112

     

    Négrier Patrick - Les symboles maçonniques d’après leurs sources

    Editions Télètes, Paris, 1998 - Pages 108 et 109

     

    Pérau Gabriel-Louis - Le secret des Francs-maçons

    Editions Slatkine, Genève, 1980

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy – Livres, Paris, 1988 - Pages 75 à 81, 146 et 147

     

    Pour aller plus loin :

    Audureau Pierre - Le Nombre Trois et ses mystères

    Editions Maison de Vie, Paris, 2013

     

    Les bijoux des Officiers et les glaives

    Il existe plusieurs sortes de bijoux maçonniques.

    Les bijoux fixes

    Les bijoux fixes, purement symboliques, sont au nombre de trois et figurent parmi les éléments de base de tout rituel maçonnique.

    Pour Jules Boucher, ces bijoux immobiles correspondent respectivement aux degrés d'Apprenti, Compagnon et Maître. Ces objets précieux doivent figurer dans chaque Loge.

    • la Pierre brute :

    - elle correspond au grade d'Apprenti

    - elle repose au bas de l'autel, côté Nord, parfois au pied du Tableau de Loge

    • la Pierre cubique à pointe :

    - elle est associée au grade de Compagnon

    - elle a sa place au pied de l'autel, côté sud, parfois au pied du Tableau de Loge

    • la Planche à tracer :

    - elle est étroitement liée au grade de Maître

     - elle est placée devant le Vénérable Maître

    Les bijoux mobiles

    Les bijoux mobiles sont attribués pour un certain temps à des Dignitaires. Ce sont les attributs distinctifs portés en sautoir par les Officiers d'une Loge. Ce sont l’Équerre, le Niveau et la Perpendiculaire. Ces bijoux ornent les sautoirs du Vénérable Maître et des deux Surveillants. Ces bijoux sont mobiles parce qu'ils peuvent passer d'un Frère à l'autre, selon les fonctions qui leur sont dévolues.

    La forme de ces bijoux maçonniques varie suivant la fonction et le grade de ceux qui les portent. Ces bijoux évoquent d'anciennes coutumes de la Maçonnerie opérative.

    Certains bijoux rappellent le caractère chevaleresque de certains ateliers d'autrefois.

    Ainsi, les glaives peuvent se présenter sous deux formes :

    • L'épée flamboyante est utilisée par le Vénérable Maître pour consacrer les Récipiendaires. On l'appelle aussi « Épée de Feu ».

    Selon Marius Lepage, cité par Jules Boucher, l'Épée flamboyante évoquerait :

       1°) la création, par l'intermédiaire du Verbe, du Son et de la Lumière ;

       2°) la purification et l'expiation.

    • Les épées droites sont utilisées à deux reprises pendant le cérémonial de Réception (ou Initiation) :

    1°) pendant les voyages, frottées l’une contre l’autre, elles provoquent les bruits qui évoquent les combats et les luttes ;

    2°) au moment où le candidat reçoit la Lumière, elles sont toutes dirigées vers lui.

    Les épées droites témoignent de l'aide qui sera apportée au Récipiendaire reçu Franc-maçon et du châtiment qui lui serait imposé en cas de parjure. Ces explications sont empreintes d'allégories de caractère romantique.

    Les bijoux des Officiers Dignitaires sont les attributs que chacun d'entre eux porte sur le sautoir. Ils sont en relation directe avec la fonction que ces Officiers exercent dans la Loge. Les sautoirs, réservés aux Dignitaires d'une obédience, aux Officiers d'une Loge et aux Maçons des degrés supérieurs, sont de couleur variable et les motifs brodés varient également.

    Le Vénérable Maître, qui préside la Loge, porte une Équerre.

    Le Frère Premier Surveillant, qui dirige la Colonne du Midi, porte le Niveau.

    Le Frère Second Surveillant, qui dirige la Colonne du Nord, porte la Perpendiculaire.

    Le bijou porté par le Frère Orateur, est composé d'un livre ouvert ainsi que du mot « Loi », précisément parce qu'il est le gardien de la constitution maçonnique.

    Deux plumes croisées constituent le bijou du Frère Secrétaire, mémoire de la Loge.

    Le Frère Expert porte un bijou formé de deux glaives croisés, insigne de sa vigilance.

    Le Frère Maître des Cérémonies porte un bijou formé de deux cannes croisées. Muni d'une canne, il accompagne dans le Temple les Frères qui doivent se déplacer.

    Le Frère Trésorier, qui tient les comptes, règle les dépenses de fonctionnement et encaisse les cotisations, porte deux clefs croisées, parfois une seule clef.

    Une bourse-aumônière constitue le bijou du Frère Aumônier-Hospitalier (au Rite moderne), de l'Hospitalier (au R.E.A.A.), parfois aussi appelé « Eléémosynaire » (au R.E.R.), Officier Dignitaire que l'on considère comme le cœur de la Loge.

    Le Frère Couvreur, qui garde l'entrée de la Loge et qui « tuile », c'est-à-dire vérifie la qualité maçonnique des visiteurs, porte un glaive vertical, poignée en bas.

    « Si l'on voulait accorder le métal des bijoux mobiles avec le symbolisme planétaire, nous dit Jules Boucherl’Équerre du Vénérable Maître devrait être en étain (Jupiter), le Niveau du Premier Surveillant en acier (Mars) et la Perpendiculaire du Second Surveillant en cuivre (Vénus) ».

    D'une façon générale, ces bijoux sont le plus souvent en cuivre doré !

    Au lieu d'attributs brodés sur leurs sautoirs, les autres Officiers peuvent également porter des bijoux sur lesquels sont gravés les mêmes attributs.

    Tout Dignitaire d'une Obédience porte un pentacle qui brise les influences magnétiques émanant de l'assemblée et auxquelles les Officiers doivent résister puisqu'ils sont chargés de la direction de la Loge.

    « Le point sensible de l'organisme humain est situé dans la région de l'épigastre. C'est pourquoi, nous précise Jules Boucher, le bijou des Officiers suspendu au sautoir a une efficience réelle que n'a pas le bijou des Maîtres ».

    Selon les Obédiences où il existe, le bijou des Maîtres est formé d'un Compas, ouvert à 45°, posé sur une Équerre, avec, au milieu, l'Etoile Flamboyante et la lettre G et quelquefois entouré de branches d'Acacia.

    Au-delà du grade de Maître, chacun des Hauts Grades possède théoriquement son bijou.

    Le symbolisme parlant des bijoux dont se parent les Officiers, les outils qui ornent le plateau du Vénérable Maître et dont un grand nombre de formules rituelles soulignent le sens, indiquent clairement aux Apprentis le moyen de se mouvoir dans le champ du Travail maçonnique, à condition qu'ils ne s'en tiennent pas à la lettre et s'appliquent à dégager l'esprit qui se dissimule sous la forme apparente, matérielle de ces objets.

    Il ne faut pas inclure au nombre des bijoux maçonniques les breloques, boutons de manchettes et autres épingles de cravate portés par des Francs-maçons qui n'hésitent pas à extérioriser leur appartenance maçonnique !

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 29 et 30

     

    Béresniak Daniel - L'apprentissage maçonnique, une école de l'éveil ?

    Editions Detrad, Paris, 1983 - Pages 78 à 79

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - Pages 52, 53 et 74

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - Pages 310 à 313

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie Tome 2

    Editions de l'Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Pages 114 et 115

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy – Livres, Paris, 1988 - Pages 105 à 109

     

    Le Travail maçonnique

    Au terme de ce tour d'horizon de la Loge et de la plupart de ses symboles au grade d'Apprenti, nous voilà prêts à travailler. Encore faut-il s'entendre sur le contenu de ce Travail maçonnique !

    Le Franc-maçon peut en effet s'exprimer de diverses manières dans sa pratique maçonnique car le travail qu'il effectue prend des formes différentes selon l'endroit, l'assemblée et l'objet concernés. Il faut en effet distinguer le travail qui s'effectue dans l'enceinte de la Loge et celui qui est accompli hors de celle-ci.

    Pour comprendre la nature de ce Travail, il convient de remonter aux origines de la Maçonnerie.

    Depuis son origine la plus lointaine, la Franc-maçonnerie a puisé dans les civilisations anciennes et ensuite dans son caractère opératif une force liée à la notion de travail et de perfectionnement.

    Dans le prolongement des hauts objectifs du compagnonnage, les premiers bâtisseurs de cathédrales, dans un rapport étroit entre la construction et la réalisation d'un absolu, ont cherché, au travers de la maîtrise dans le travail, l'équilibre absolu, la beauté absolue, l'harmonie absolue des formes et des volumes. Ils ont recherché la plénitude absolue, tant à l'extérieur, du point de vue des réalisations matérielles, qu'à l'intérieur de soi, par le sentiment de bien-être total dû à un travail parfaitement accompli.

    Etre un artisan, un compagnon, pour devenir un Franc-maçon, s'inscrivait en permanence dans une relation au travail et à sa qualité.

    Lorsque la Maçonnerie devint spéculative au 18ème siècle, la dynamique maçonnique s'ancra davantage dans l'abstrait. C'est alors que la notion de «Travail maçonnique» prit le sens qu'elle a encore actuellement.

    Délaissant les réalisations pratiques liées à l'architecture et au savoir-faire des bâtisseurs d'autrefois, le travail maçonnique s'entend essentiellement comme un important travail intellectuel que vient renforcer la pratique rituelle.

    Le Travail maçonnique réalisé en Loge est le plus important. Il s'effectue dans le cadre d'un règlement bien déterminé et l'accomplissement de rituels consacrés, dans l'affirmation d'une discipline philosophique et symbolistique qui conduisent le Franc-maçon à progresser de grade en grade dans la hiérarchie maçonnique en affirmant sa propre trajectoire initiatique.

    Le Travail maçonnique s'effectue au cours des Tenues. Il y a plusieurs sortes de Tenues dont le rituel varie en fonction des circonstances. Au cours des Tenues ordinaires, appelées aussi Tenues solennelles, les membres d'une Loge se réunissent pour travailler. A ces Tenues peuvent assister des Frères visiteurs venus d'autres Loges.

    Pour qu'une telle Tenue puisse se dérouler, il faut qu'au moins sept Francs-maçons s'y trouvent réunis, c’est-à-dire qu’elle soit « juste et parfaite ».

    La Tenue « de famille » n'admet que les membres de l'Atelier, à l'exclusion de tout visiteur. Seules des questions administratives relatives à la Loge y sont traitées. L’expression « Affaires de famille » peut éventuellement être inscrite à l’ordre du jour des Travaux sur la convocation à cette Tenue.

    Des Tenues extraordinaires sont prévues à l'occasion de fêtes, de banquets, de décès... La Tenue de deuil ou Tenue funèbre est certainement la plus émouvante.

    Il existe enfin des Tenues blanches, ouvertes aux profanes invités. Le rituel y est réduit à sa plus simple expression et ne contient aucun secret maçonnique.

    Dans d’autres obédiences, toujours dans le cadre de la Loge et des Tenues, le Travail maçonnique prend bien souvent une dimension plus sociale lorsqu'il s'intéresse aux grands problèmes de société.

    Par cette approche, le Travail maçonnique tend alors à porter sur le terrain concret les enseignements reçus dans un cadre purement symboliste. Cette démarche témoigne également de la fraternité que les Francs-maçons s'attachent à mettre en œuvre aussi souvent que possible, traduisant ainsi leur souci d'aider tous les hommes grâce au savoir qu'ils ont acquis en Loge.

    Le travail hors de la Loge maçonnique s'effectue en parfaite complémentarité. Il traduit théoriquement la volonté des Francs-maçons de partager avec le monde profane le savoir acquis dans le calme et le secret des Ateliers maçonniques, de nouer des liens fraternels avec la société civile pour solutionner les problèmes qui assaillent le monde moderne.

    Chaque Franc-maçon effectue un travail auprès de son entourage immédiat. En tant qu'institution, la Franc-maçonnerie s'ouvre davantage vers l'extérieur, alors qu'autrefois elle se cantonnait dans un hermétisme forcené.

    Il est cependant une limite qu'elle ne franchira jamais car l'Initiation et la trajectoire symbolique de chaque Initié conservent leur caractère sacré.

    Par la diversité et la richesse des aspects multiples qu'il peut couvrir, par l'incessante volonté de perfectionnement qui le caractérise, le Travail maçonnique devrait contribuer davantage qu'autrefois à une meilleure entente, à une compréhension plus grande entre les hommes.

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - Pages 158 et 159

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie

    Tome 2 - Editions de l'Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997 - Pages 106 et 107

     

    Plantagenet Edouard E. - Causeries initiatiques pour le travail en Loge d'Apprentis

    Editions Dervy – Livres, Paris, 1988 - Pages 36 et 37

    Les Planches

    Le mot « planche » est issu du langage des anciens bâtisseurs et désigne dans l'univers maçonnique tout document écrit par un Franc-maçon, une Loge ou une Obédience.

    Une planche peut donc être une lettre, une convocation, un rapport, un exposé, un travail philosophique, une réflexion personnelle, un mot d'excuse mais aussi un intermède musical !

    Pour désigner une « planche », on peut aussi employer des expressions synonymes telles que « planche d'architecture » ou « morceau d'architecture ».

    Par extension, on appelle « planche » tout support sur lequel on écrit, et notamment une feuille de papier. Ce qui explique que l'acte d'écrire est fréquemment appelé «tracer une planche».

    Le symbolisme maçonnique fait que le papier sur lequel on écrit est appelé « planche à tracer » et que le verbe « écrire » est remplacé par l'expression « tracer une planche ».

    Tracer une planche ou faire une planche, c'est d'abord réfléchir sur un sujet, c'est méditer. Ce n'est pas forcément se mettre à écrire immédiatement mais le plus souvent cette réflexion amène le Franc-maçon à rédiger.

    Rédiger est un acte volontaire dans le but :

    • soit de conserver des idées sous forme écrite, des messages ou des idées importantes,

    • soit de communiquer.

    Rédiger suppose d'abord un travail de réflexion et, dans certains cas, la recherche d'une documentation.

    Rédiger, c'est consigner sa pensée par écrit ; ce qui implique un effort de synthèse dans différents domaines : celui des idées, de la syntaxe, du lexique et de l'orthographe ; c'est transcrire sa pensée ou l'oralisation de sa pensée en signes graphiques, ce qui suppose aussi un effort physique.

    Il y a peu, rédiger impliquait bien souvent la réalisation d'un premier jet des idées sur papier, un brouillon, puis une mise au net. De nos jours, avec l'aide d’un bon traitement de texte et l’ordinateur, la rédaction de planches nous est grandement facilitée par la possibilité de retravailler à l'infini la structure du texte, la morphologie des phrases et la syntaxe, tandis qu'un logiciel approprié attire notre attention sur les erreurs d'orthographe !

    Avec l'apparition du « Réseau Internet » et des adresses électroniques, il nous est possible d'échanger nos « planches » via le câble téléphonique. Cependant cette avancée technologique particulièrement importante réduit singulièrement la convivialité des relations fraternelles.

    Une planche a un contenu maçonnique : c'est un écrit qui sert à informer et, dans certains cas, à former les Frères. L'activité essentielle à laquelle se livrent les Apprentis au cours des séminaires, c'est précisément de se présenter mutuellement premières leurs planches, leurs réflexions à propos de l'un ou l'autre sujet. Libre à eux d'y inclure des apports de la littérature, leurs idées personnelles et même leurs sentiments.

    Mais les Apprentis ne peuvent cependant pas encore présenter de planches lors des Tenues. Ils n'y sont pas encore prêts ! Et s'ils ne sont pas les seuls Frères à rédiger des planches, qui d'autre peut le faire et quand ?

    Lors de certaines Tenues, il n'est pas rare qu'un Frère Maître présente une planche de son choix pour livrer aux Frères de sa Loge et aux visiteurs ses idées personnelles ou le fruit de ses recherches dans un domaine qui touche généralement de près la Franc-maçonnerie.

    A chaque Tenue, les Frères ont l'occasion d'entendre une planche rédigée par le Frère Secrétaire, planche que l'on dénomme « Tracé de la Tenue précédente ». Il s’agit du procès-verbal ou compte-rendu de la dernière Tenue. Le procès-verbal des Tenues est donc appelé un « tracé ». Lorsque le Frère Secrétaire a préparé son «projet de Tracé» relatif à la Tenue précédente, celui-ci est lu au début de la Tenue suivante. Il peut faire l'objet de commentaires, de remarques ou de demandes d'ajouts formulés par les Frères présents. Le projet de Tracé est ensuite adopté par les Frères Maîtres et sanctionné par la batterie.

    Lorsque les Apprentis pensent avoir correctement accompli leur temps, c'est-à-dire avoir bien effectué leur travail d'Apprenti, ils ont à présenter une « Planche accompagnant leur demande d'augmentation de salaire » en vue de leur Passage au grade de Compagnon. Il en va de même lorsqu'un Compagnon se sent prêt pour devenir Maître.

    Le contenu des planches accompagnant une demande d'augmentation de salaire devrait être d'une qualité supérieure au fur et à mesure qu'un Franc-maçon gravit les échelons, fournissant ainsi la preuve de son travail sur lui-même, de son instruction et de sa progression dans la recherche de la Lumière.

    Une planche tracée est une convocation adressée aux Frères ou un procès-verbal d'une précédente séance de travail devant être accepté en Loge dès l'Ouverture de la Tenue suivante. Le document qui est adressé quelques jours avant une Tenue à tous les Frères d'une même Loge est donc une planche tracée, rédigée sur mandement du Vénérable Maître qui appelle tous les Frères au Travail. Elle est signée par le Secrétaire de la Loge.

    Une planche d'enquête est un rapport rédigé par les Maîtres ayant reçu du Vénérable Maître de leur Loge la mission de faire une enquête, avant son initiation, sur un profane désireux d'entrer en Maçonnerie.

    En d'autres termes, lorsqu'un Profane sollicite son admission dans une Loge, il est normal que les Frères puissent se rendre compte si ce candidat sera heureux parmi eux et si ses intentions sont sincères.

    Deux Frères – parfois trois – sont chargés de procéder à une enquête au sujet de ce candidat. La synthèse de chacune des entrevues qu'ils ont eues avec le Profane fait l'objet d'une planche dénommée « planche d'enquête » lue lors d'une Tenue ultérieure.

    Chacune des planches que les Apprentis réalisent lors de leurs séminaires, chacune des planches qu'un Frère Maître présente en Loge, chaque illustration musicale pendant une Tenue, chaque planche d'enquête et même chaque planche d'excuse en cas d'absence d'un Frère à l'une ou l'autre Tenue sont comme autant de briques nécessaires à la construction d'une maison, comme autant de pierres à l'édification du Temple, comme autant de modestes contributions à l’amélioration de l'Univers dont le Grand Architecte a tracé le plan et a confié aux Francs-maçons la réalisation matérielle et spirituelle.

    Pour conclure ce chapitre, je citerais volontiers Pierre Audureau pour qui « la planche est un acte incontournable et important dans le Travail maçonnique. Ni discours ni dissertation, ni exposé ni confession, elle est quand même un peu tout cela à la fois. C'est dire sa complexité. C'est un travail délicat, qui doit être accompli par des non-spécialistes. Elle est très prisée et redoutée à la fois, par tous les Francs-maçons ».

     

    BIBLIOGRAPHIE

    Audureau Pierre - Les Planches : comment les réussir ?

    Les outils maçonniques du XXIème siècle

    La collection qui pose des questions

    Editions Dervy, Paris, 2013

     

    Guigue Christian - Les Planches d’Apprenti

    Symbolisme & franc-maçonnerie - pour tous les rites

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 2007

     

    Guigue Christian - Les Planches du Compagnon

    Symbolisme & franc-maçonnerie - pour tous les rites

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 2010

     

    Guigue Christian - Les Planches du Maître

    Symbolisme & franc-maçonnerie - pour tous les rites

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 2011

     

    Pour aller plus loin :

    Figeac François - La planche à tracer

    Editions La Maison de Vie, Paris, 2014

     

     


    1 commentaire
  • Les décors et les bijoux maçonniques

    La désignation « décors maçonniques des Frères » recouvre généralement les accessoires de l’habit du Maçon que sont les sautoirs, cordons, bijoux et baudriers. Puisqu'ils servent à spécifier chaque office (comme par exemple « Maître des Cérémonies », « Trésorier », « Couvreur »…), ils appartiennent à l’habit du Maître. En effet, mise à part la médaille de la Loge, les décors restent du domaine de la Maîtrise.

    Pour peu que le Néophyte ait été attentif – malgré ses premières émotions – il aura pu constater qu’un bijou est accroché au sautoir de chacun des Officiers Dignitaires, même si à ce moment de son parcours maçonnique, il ne sait pas encore ce qu’est un sautoir ni un Officier Dignitaire !!!

    En Maçonnerie, le mot bijou couvre plusieurs domaines : les bijoux mobiles, les bijoux immobiles et le bijou de la Loge.

    Les bijoux maçonniques

    De nombreuses questions peuvent nous venir à l’esprit à propos des bijoux maçonniques, quant à leur objet, leurs sortes, leur nombre, leur rôle :

    • Qu’est-ce qu’un bijou au sens maçonnique du terme ?
    • Pourquoi porte-t-on un bijou de Loge ?
    • Depuis quand porte-t-on un bijou en Loge ?
    • A quoi servent les bijoux portés en sautoir par les Officiers Dignitaires ?
    • Qu’est-ce qu’un sautoir ? un baudrier ?
    • Pourquoi certains Frères portent-ils parfois plus qu’un bijou ?

    Les confusions éventuelles proviendraient d’une mauvaise traduction des rituels anglais en français. Le mot « jewel » signifie en anglais aussi bien bijou que joyau ! Mais dès les premières divulgations, c’est le mot bijou qui a été utilisé et retenu pour les deux significations. Cette confusion est d’autant plus dommageable que le mot bijou vient du breton « bizou » qui signifie « anneau pour le doigt », dérivé de biz qui signifie doigt. Son étymologie ne recèle ainsi aucun rapport avec l’utilisation qu’en a fait la Maçonnerie.

    Pour éviter la confusion, il faut revenir au rôle du bijou par rapport à la fonction créatrice. Le bijou a la tâche de mettre en avant la fonction. Le porteur d’un bijou doit passer par des mutations. D’où l’importance des grades d’Apprenti et de Compagnon qui construisent l’être pour résister à cette activité épuisante qu’exige la fonction.

    En Maçonnerie, précise Christian Guigue, les bijoux sont les emblèmes d’une fonction, d’une charge : Officier Dignitaire d’une Loge, Grand Officier de l’Obédience,

    Officier Dignitaire dans d’autres corps maçonniques.

    Ces bijoux doivent – idéalement – être fabriqués dans un métal « noble » comme l’argent, le vermeil ou l’or. Leur forme, leur dessin, varient selon le rite, l’office et le degré. Il existe parfois aussi des différences selon les pays.

    Dans notre Ordre, il existe des symboles figurés, des symboles sonores et des symboles agis. Les bijoux font partie des symboles figurés.

    Jacob Tomaso émet l’hypothèse que les riches décorations, bijoux et ornements dont se paraient les gentilshommes, et tout particulièrement les militaires aux 17ème et 18ème siècles, sont probablement à la source du port des bijoux en Loge. De même les Loges militaires où l’on avait sous le regard les différents costumes et galons des grades, les colliers d’Ordre, les médailles et décorations ou encore les insignes de régiments, ont dû marquer la Maçonnerie de leurs pratiques, qu’on trouve également dans certains signes d’ordre [1].

    Le bijou de la Loge

    * Approche du symbolisme des bijoux maçonniques

    Au cours de la cérémonie d’Initiation au grade d’Apprenti, la coutume veut que le Vénérable Maître remettre à chaque Néophyte le bijou de la Loge et lui recommande de le porter à chaque Tenue, et tout spécialement lorsqu’il visitera d’autres Loges.

    Au moyen âge, le Maçon portait autour du cou, par une cordelette, un « jeton de présence », une sorte de disque percé au centre. Grâce à ce jeton de présence, le Maçon était autorisé à pénétrer et à travailler sur le chantier.

    Cette idée a sans doute survécu à travers la médaille portée par tous les Frères dans certaines Loges.

    * Approche du symbolisme des bijoux maçonniques

    La médaille de la Loge que nous portons généralement accrochée dans la poche de notre veston est le premier bijou dont nous avons fait connaissance le soir de notre Initiation, le seul que nous puissions porter en tant qu’Apprenti ou Compagnon.

    La présence du bijou de Loge semble remonter aux débuts de la Franc-maçonnerie moderne comme en témoigne un ouvrage de l’Abbé Perau publié en 1742 et intitulé « L’Ordre des Francs-maçons trahi et leur secret révélé ».

    Les médailles de Loge en reprennent parfois le nom, souvent le dessin distinctif. Les plus anciennes datent de la fin du 18ème siècle ; les plus récentes sont contemporaines. Simplement métalliques (argent ou métal argenté), puis, au 19ème siècle, parfois églomisées [2], les médailles de Loge sont souvent, de nos jours, émaillés.

    Très rapidement, dès l'apparition de la Franc-maçonnerie en France, nombre de Loges se sont dotées de représentations symboliques les représentant.

    * Approche du symbolisme des bijoux maçonniques

    De nos jours, nous dirions qu’elles ont toutes un « logo » que les Loges reproduisent sur leur courrier. On le retrouve aussi sur le sceau que le Frère Secrétaire appose sur les diplômes, sur les convocations. Ce « logo » est gravé sur la médaille portée durant les Tenues de Loge.

    D'un graphisme parfois recherché, parfois au symbolisme plus simple, ces médailles constituent un témoignage souvent émouvant de la vie des Loges et de leur histoire.

    Certaines médailles de loge sont parfois de véritables merveilles.

    * Approche du symbolisme des bijoux maçonniques

    D’autres bijoux

    L’ancienneté des bijoux apparaît dans les textes des anciens catéchismes écossais dès 1696. On y trouve une série de questions et réponses qui distinguent les bijoux en trois bijoux mobiles et trois bijoux immobiles. Ensuite l’usage des bijoux mobiles s’est étendu à toutes les autres fonctions d’officiers.

    A propos du nombre de bijoux, le Manuscrit Wilkinson  [3] (1727), nous indique ceci :

    • Avez-vous des bijoux immobiles dans votre loge ?
    • Nous en avons.
    • Combien ?
    • Quels sont-ils ?
    • Le pavé mosaïque, le parpaing et la pierre taillée.
    • Quel est leur premier usage ?
    • Le pavé mosaïque pour que le maître y trace ses plans, le parpaing pour que les compagnons de métier éprouvent leurs outils dessus et la pierre dégrossie pour que les apprentis entrés apprennent à travailler dessus.

    Dans les premières divulgations maçonniques [4], entre autre dans le Sceau Rompu datant de 1745, la pierre brute est considérée comme l’un des bijoux immobiles :

    • Quel est l’usage des bijoux immobiles ?
    • La Planche à tracer sert au Maître pour faire ses plans, la Pierre cubique à pointe aux Compagnons et la Pierre brute aux Apprentis [5].

    Remarquons que le Signe d’Ordre, que nous apprenons le soir de notre Initiation, est ternaire : il se fait par Équerre, Niveau et Perpendiculaire. Ils correspondent aux trois bijoux mobiles ou aux trois lumières de la Loge : le Vénérable, le Premier et le Second Surveillant.

    Pour la plupart des auteurs, les bijoux maçonniques sont au nombre de six. Trois sont fixes, trois sont mobiles. Pour Jean Ferré, auteur du Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie, les bijoux fixes sont :

    • La Pierre brute qui correspond au Premier degré et doit être posée en bas de l’autel, côté Nord. Remarquons qu’elle se trouve aussi souvent au pied du Tableau de Loge (avec le Maillet et le Ciseau), du côté Nord, effectivement.
    • La Pierre cubique qui correspond au Deuxième degré et doit être posée en bas de l’autel, côté Sud. Notons ici aussi que la Pierre cubique, souvent surmontée d’une pyramide, se trouve parfois au pied du Tableau de Loge, du côté Sud.
    • La Planche à tracer qui correspond au Troisième degré et doit être placée devant le Vénérable Maître. Remarquons que, dans la plupart de nos Loges travaillant au Rite moderne (belge), cette Planche à tracer est simplement peinte ou dessinée sur le Tableau de Loge.

    D’autres bijoux sont qualifiés de mobiles car, au contraire des précédents, ils ne sont attribués que provisoirement, pour la durée d’un mandat.

    Prenons provisoirement trois exemples :

    • L’Équerre est attribuée au Vénérable Maître ;
    • Le Niveau est l’emblème du Premier Surveillant ;
    • La Perpendiculaire est l’emblème du Second Surveillant.

    Au Rite Écossais Rectifié, ces trois bijoux ont la signification suivante :

    • l’Equerre est attribuée au Vénérable Maître comme emblème de la perfection des Travaux d’une Loge ;
    • le Niveau, attribut du Premier Surveillant, est l’emblème de la régularité des Travaux qu’effectuent les Frères dans le Temple qu’ils élèvent à la vertu ;
    • la Perpendiculaire, affectée au Second Surveillant qui doit veiller à ce que tous les Frères respectent fidèlement les lois et préceptes de l’Ordre, est l’emblème de la solidité des ouvrages maçonniques.

    Ces éléments sont appelés bijoux parce qu’ils représentent ce que la Maçonnerie a de très précieux et qu’elle est la seule société initiatique à les utiliser. Ils sont le symbole de la transformation qui s’opère de l’Apprenti au Compagnon, puis du Compagnon au Maître, en même temps que des moyens mis en œuvre pour que l’alchimie puisse se faire.

    Supprimer la Pierre brute, la Pierre cubique, la Planche à tracer, faire disparaître l’Equerre, le Niveau et la Perpendiculaire, ce serait enlever à la Maçonnerie toute son essence, toute son existence. Rappelons que la Franc-maçonnerie est le seul mouvement initiatique qui ait choisi la construction d’un édifice pour bâtir tout un enseignement ésotérique.

    Utilité des décors maçonniques

    L’utilité des décors maçonniques dépend très étroitement de la façon dont la Loge et les Frères Maîtres perçoivent les offices ou charges. Bien souvent, malheureusement, les offices sont considérés comme une exaltation individuelle. Le Frère, après un parcours souvent très rapide aux grades précédents, atteint la Maîtrise. Il sort de l’anonymat des Frères et pourrait se croire investi d’un pouvoir d’autorité sur ses Frères.

    Essayons cependant de considérer les décors et en particulier les bijoux maçonniques sous l’angle de l’office perçu comme une fonction de création. Cela signifie qu’il est vital de prendre conscience que ces décors qui complètent l’habit maçonnique n’ont pas pour but de faire « valoir » celui qui les porte. Leur rôle est de marquer la fonction de celui qui reçoit la charge d’un office.

    Précisons encore que les décors maçonniques rassemblent au moins trois catégories : les baudriers, les colliers et les cordons. Ces derniers se subdivisent en écharpes et sautoirs. Des précisions sont nécessaires ! Il arrive que le baudrier soit plus communément appelé cordon ; il rejoint alors l’écharpe. Les colliers, selon la manière dont ils sont nommés et portés, peuvent rejoindre les cordons ou les sautoirs.

    Baudrier ou écharpe

    Le terme baudrier semble venir de l’ancien français « baldrei » ou « baudré » qui signifie « large bande de cuir supportant l’épée », ou du latin « balteus », qui signifie bande.

    Son intrusion en Maçonnerie est fortement liée à celle des aristocrates dans les loges avec leurs gentilshommes portant l’épée au côté. Il établissait une sorte d’égalité entre tous les membres de la Loge, permettant aux roturiers de porter l’épée comme les nobles, devenant un emblème d’égalité.

    En effet, nous dit Gilbert Alban, le baudrier est une réminiscence de la Maçonnerie du 18ème siècle, époque durant laquelle tous les membres de la Loge portaient l’épée du côté gauche, par souci d’égalité fraternelle, que ces membres fussent nobles ou roturiers. Il ne reste aujourd’hui de cette épée que la rosette au bas du baudrier, là où se trouvait l’ouverture du fourreau.

    Dans certaines Loges, notamment celles qui travaillent au Rite français, il est coutume, pour les Maîtres Maçons, de porter un baudrier. Celui-ci correspond vraisemblablement à une survivance d’un accessoire vestimentaire indispensable au temps où l’on portait l’épée et destiné à la soutenir.

    Au Rite Écossais Rectifié, le port de l’épée est encore en vigueur, tout comme celui du fourreau.

    Dans les autres rites, pour conserver ces notions d’égalité et d’armes, la Franc-maçonnerie a mis, à la place de l’épée, les « armes » du Maçon : l’Equerre et le Compas entrelacés. La bande de cuir s’est vue remplacée par une bande d’étoffe et l’on est passé du vocable baudrier à celui d’écharpe.

    Mais quelle est symbolique peut-on accorder au baudrier – écharpe ?

    Lucien Brélivet a avancé comme explication l’imitation de certains ordres comme celui de la jarretière fondé en 1348 par Edouard III d’Angleterre ou celui de la Chevalerie.

    L’intérêt du baudrier pourrait être de marquer sur le corps une diagonale. La plus intéressante est celle qui passe sur le cœur. Cette diagonale rappellerait la dynamique vitale que les Compagnons doivent s’employer à découvrir et à savoir utiliser pour mettre en forme ce qui est transmis par la Tradition.

    En ce cas, il serait plus juste d’utiliser le mot écharpe, d’autant que son étymologie rappelle le voyage. Echarpe vient du francisque skirpa « panier de jonc », lui-même du latin scirpus « jonc », et scrippa « sacoche de pèlerin ». Il s’agissait d’une sorte de sacoche portée en bandoulière où l’homme sur le chemin plaçait ses richesses spirituelles et matérielles. Cette démarche correspond bien au voyage du Compagnon caractéristique du grade.

    Sautoir ou collier

    Les Officiers Dignitaires portent un bijou qui pend à l’extrémité du sautoir de leur charge ou fonction.

    Le sautoir est à ranger au nombre des « décors » dans l’univers de la Franc-maçonnerie. Le sautoir est en général le signe vestimentaire d’un office (charge ou fonction). C’est une sorte de large ruban que les Officiers Dignitaires portent autour du cou pendant les Tenues.

    Les couleurs des sautoirs varient selon le Rite pratiqué ; ils peuvent aussi varier selon la valeur symbolique accordée à chacun d’eux et selon la fonction de celui qui le porte.

    A l’origine, le sautoir ou cordon (ou collier à certains rites de la G.L.N.F.) n’avait qu’un but, celui de suspendre les bijoux et distinguer ainsi les officiers. Ils ne possédaient aucun sens symbolique.

    Ajusté sur les épaules, il descend en pointe jusqu'à l’épigastre et s’orne du bijou distinctif de l’office en question. A son extrémité pend en effet un bijou qualifié de « mobile » parce que le sautoir peut passer d’un Frère à l’autre selon la fonction ou charge qui lui est dévolue, généralement pendant une année.

    Les sautoirs ou cordons, les bijoux avec les gants et le tablier constituent les décors individuels du Maçon. Ils ne sont pas des décorations honorifiques mais des repères visuels des fonctions occupées.

    Tout sautoir symbolise les responsabilités maçonniques de ceux qui les portent, ainsi que leur autorité quand il s’agit de dignitaires de l’Ordre (Grands Officiers), le Grand Maître, par exemple.

    Le terme plus général de collier permet de mieux percevoir la fonction intrinsèque de cet objet dans les sociétés traditionnelles, et donc l’intérêt de son emploi dans une Loge maçonnique.

    Aujourd’hui, le collier est un accessoire et un agent essentiel du « paraître » social. Mais dans les civilisations anciennes, il n’en allait pas de même. Chez celles-ci, le collier fait paraître ce que l’on est. Ce que l’on montre sur son corps, ce n’est pas la valorisation de l’individu, mais une fonction à remplir, et bien indigne de cette fonction serait celui qui chercherait à s’en glorifier à titre individuel. Or, la plupart des Francs-maçons portent toutes sortes de colliers nommés cordons et pratiquent souvent l’inverse ! Cette attitude débouche sur l’obstacle fatal pour le Frère : la vanité. C’est peut-être la raison pour laquelle, le terme charge est plutôt préféré à celui de fonction.

    Dans une Loge en recherche d’Initiation, les colliers sont mis en relation avec une fonction créatrice. Le collier est le canal d’une énergie particulière émanant de l’unité formée de l’ensemble des offices.

    Ce qui est important avec le sautoir, c’est que l’on dote l’être d’une nuque, d’un cœur et d’un ventre. Le sautoir délimite les différents niveaux de l’être. Il protège la  nuque, lieu de puissance, en montrant qu’il faut avoir une tête pour avoir un cœur. Il symbolise aussi la présence de la fonction qui vient se fixer sur le Frère.

    Le bijou des Officiers Dignitaires

    En métal argenté ou doré, selon les rites, et de formes diverses, ces bijoux représentent des symboles attachés à l'Office tenu : Équerre pour le Vénérable, Corne d'abondance pour le Maître des Banquets, Livre pour l'Orateur, Plumes croisées pour le Secrétaire,... Les anciens Vénérables, pour leur part, portent comme bijou la résolution du théorème de Pythagore accrochée sous une Équerre.

    C’est grâce à cet emblème que chaque Frère peut reconnaître la fonction d’un Officier Dignitaire lorsque celui-ci ne se trouve pas encore à sa place ou derrière son « plateau ».

    Un sautoir, muni d’un symbole de la fonction, est attribué à chacun des Officiers Dignitaires de la Loge, sauf l’Architecte. Mais cette charge est souvent cumulée avec celle de Maître des cérémonies.

    Voici tout d’abord un tableau synthétique qui nous permettra d’avoir une vue d’ensemble des bijoux des Officiers Dignitaires :

     

    Charge

    Symbole

    Représentation

    Vénérable Maître

    Équerre

     * Approche du symbolisme des bijoux maçonniques

    Premier Surveillant

    Niveau

     * Approche du symbolisme des bijoux maçonniques

    Second Surveillant

    Perpendiculaire

     * Approche du symbolisme des bijoux maçonniques

    Orateur

    Livre ouvert sur triangle et soleil rayonnant

    + le mot « Loi »

     * Approche du symbolisme des bijoux maçonniques

    Secrétaire

    Deux plumes croisées

    et nouées

     * Approche du symbolisme des bijoux maçonniques

    Trésorier

    Une clé

    ou

    deux clés croisées

     * Approche du symbolisme des bijoux maçonniques

    Aumônier Hospitalier

    Une bourse

     * Approche du symbolisme des bijoux maçonniques

    Expert

    Deux glaives croisés

    ou

    Glaive et Règle croisés + œil

     * Approche du symbolisme des bijoux maçonniques

    Couvreur

    Un glaive

     * Approche du symbolisme des bijoux maçonniques

    Maître des Cérémonies

    Deux cannes croisées

     * Approche du symbolisme des bijoux maçonniques

    Maître des Banquets

    Une corne d’abondance

     * Approche du symbolisme des bijoux maçonniques

    Maître de la Colonne d’Harmonie

    Une lyre

     * Approche du symbolisme des bijoux maçonniques

     

    Approche du symbolisme des bijoux des Officiers Dignitaires

    N.B. : pour chaque fonction, consultez les illustrations reprises ci-dessus !

    Le bijou du Second Surveillant

    Commençons par examiner le bijou de l’Officier qui est le plus proche de nous, celui qui est chargé de notre formation d’Apprenti : le Second Surveillant.

    Le Second Surveillant porte en sautoir un bijou représentant la Perpendiculaire ou le Fil à plomb, symbole actif de la recherche en soi dans les profondeurs du silence, de l’équilibre et de la voie droite.

    Le Frère Second Surveillant remplit une fonction d’accueil et d’ouverture comme d’éducation pour les Apprentis. Il est chargé de leur éveil.

    Sa fonction d’éveilleur et d’instructeur est fondamentale. C’est lui qui va former les nouveaux maillons qui vont assurer la perpétuation et la relève de la Loge dans l’esprit qui la caractérise.

    Cette fonction symbolise la beauté qui orne et harmonise tous les aspects de l’édifice par l’amour.

    Symbolisme du bijou :

    La Perpendiculaire peut notamment symboliser la profondeur dans l'observation. Elle est aussi l'emblème de la recherche profonde de la Vérité, de l'Aplomb et de l'Équilibre. Le Fil à plomb guide l’esprit vers son axe intérieur. La Perpendiculaire pourrait marquer la verticale pour indiquer que le niveau spirituel de la Loge doit sans cesse être élevé et maintenu par les soins de celui qui remplit cette fonction.

    Le bijou du Premier Surveillant

    Lorsque notre formation d’Apprenti devient suffisante sans pour autant être terminée (ne sommes-nous pas d’éternels Apprentis ?), nous passons sous l’autorité bienveillante du Premier Surveillant.

    Le Premier Surveillant porte en sautoir le Niveau qui ne peut être horizontal que si la Perpendiculaire est en équilibre. C’est la recherche du juste milieu qui ouvre l’accès à la Chambre du Milieu et à l’Unité. Le niveau est l'emblème de l'égalité.

    Symbolisme du bijou :

    Le bijou du Premier Surveillant se trouve sous le signe conjoint de la Perpendiculaire et de l’Equerre. Cette conjonction donne naissance à un troisième symbole, le Niveau dans lequel est inclus le Delta grâce à sa base.

    Le Niveau est généralement représenté par un triangle au sommet duquel est fixé un fil à plomb ou perpendiculaire. Le Niveau est considéré comme le symbole de l’égalité sociale mais en aucune façon il ne saurait représenter le nivellement des valeurs. En outre, le Niveau est nécessaire avec la Perpendiculaire et l’Equerre à l’édification correcte d’un ouvrage. Il est indispensable pour contribuer à l’idéal de perfection du Maçon.

    Par cette constatation on peut penser que l’Apprenti, par introspection, est invité à répondre à la question « qui suis-je ? », alors que le Compagnon, à l’aide du Niveau, se trouve amené à se demander « où suis-je ? » et « où vais-je ? ».

    Le bijou du Secrétaire

    La charge de Secrétaire revêt une grande importance du fait de la multiplicité de ses fonctions. Au plan purement maçonnique, on dit qu’il est la mémoire de la Loge. Il a pour fonction essentielle de rendre compte des Travaux maçonniques.

    Comme signe distinctif de sa charge, le Frère Secrétaire porte un sautoir orné de deux plumes entrecroisées.

    Symbolisme du bijou :

    Le sens de ces deux plumes croisées est assez évident : c’est le symbole de l’écriture. Ces deux plumes entrecroisées n’ont rien d’original, rien d’ésotérique.

    Mais puisqu’au Rite Écossais Ancien Accepté, la Lune est attribuée à cet officier, pourquoi son sautoir n’est-il pas orné de ce symbole ?

    Le Secrétaire, possesseur du « Livre d’Architecture », symbole-type du Temple en cours de construction, pourrait être considéré comme le Frère qui édifie la Loge au fil du temps, esquissant une nouvelle « pièce », élevant un nouvel « étage » à chaque Tenue sous l’aspect de la « Planche tracée des derniers Travaux ».

    Le bijou de l'Orateur

    L’Officier qui, le soir de notre Initiation, fut chargé de nous souhaiter la bienvenue au nom de la Loge et de présenter une planche de première instruction, c’est le Frère Orateur. Sa fonction consiste en cette occasion, comme lors des cérémonies de Passage au grade de Compagnon ou d’Elévation à la Maîtrise, à éclairer et enseigner, en s’adaptant au niveau de son interlocuteur.

    A chacune de ses interventions, il s’agit de donner au nouveau promu, en quelques traits, des pistes de travail et de tirer la quintessence de ce qui vient de lui être transmis.

    Gardien de la Loi maçonnique, l’Orateur porte en sautoir un bijou représentant un livre ouvert, celui de la Loi, avec, à l’arrière-plan, un soleil rayonnant.

    Symbolisme du bijou :

    Le bijou de l’Orateur figure un livre ouvert ou un parchemin à demi déroulé car cet officier est tout simplement le gardien de la Loi maçonnique.

    Le bijou du Couvreur

    La Couverture de la Loge est probablement l’un des offices les plus anciens car dans les premières Loges, le Couvreur armé d’une épée servait réellement de gardien du seuil.

    Pour emblème de sa mission qui concerne tout ce qui a trait à la garde des abords, extérieur et intérieur, de la porte, le Frère Couvreur porte un sautoir orné d’un glaive vertical dont la pointe – qui devrait normalement être dirigée vers le ciel – marque sa fermeté dans la protection de l’enceinte sacrée que constitue la Loge.

    Symbolisme du bijou :

    Le bijou du Couvreur reproduit l’Épée dont il est muni en Tenue. L’arme de cet officier défend la Loge contre les profanes ou les exclus de l’Ordre qui voudraient pénétrer dans le temple. En fait, ce symbole protège l’Initié en Tenue contre ce qui pourrait le distraire des activités maçonniques.

    Le bijou de l'Expert

    Chargé du contrôle de l’appartenance à une Obédience Régulière de la Franc-maçonnerie de toute personne se présentant dans les locaux de la Loge, chargé de la plupart des « tuilages », du contrôle des scrutins, de la vêture correcte des Frères, de la surveillance de la bonne exécution des rituels et de la décoration du Cabinet de Réflexion, le Frère Expert est muni d’un sautoir décoré de deux glaives croisés.

    Il existe des variantes : ces glaives croisés surmontent parfois un œil. Il représente aussi parfois une colombe d’argent tenant un rameau d’olivier dans son bec.

    Symbolisme du bijou :

    Ce bijou engendre un puissant symbolisme. Le Glaive et la Colombe sont des signes, l’un des combats pour établir la paix intérieure, l’autre de paix instituée à la suite de ces combats. Et les deux sont signes de Lumière.

    Il en va de même pour l’œil qui rappelle que l’Expert est l’officier chargé d’avoir, avant, pendant et après la tenue, l’œil à tout en matière d’ameublement symbolique du temple, de bonne exécution des rituels, etc.

    Le bijou de l'Hospitalier ou Eléémosynaire 

    Appelé « Eléémosynaire » au Rite Écossais Rectifié, le Frère Aumônier Hospitalier siège à côté du Frère Expert. Il a la responsabilité des devoirs de charité et de philanthropie de la Loge. Il s’enquiert des besoins et détresses des Frères et des membres de leurs familles, et de concert avec le Vénérable Maître et le Frère Trésorier, distribue les aumônes de la Loge. Le bijou qui orne son sautoir est une bourse aumônière. Mais Jean Ferré fait remarquer que ce bijou peut aussi être une Truelle.

    Symbolisme de la Bourse :

    La bourse aumônière marque bien la responsabilité de celui qui exerce toutes les œuvres d’assistance de l’Atelier. Ce bijou traduit bien la fonction de cet officier : une bourse rouge ou dorée, en forme de cœur. Le cœur symbolise l’amour, la générosité, le dévouement. Le Frère Hospitalier est chargé de recueillir les oboles dans ce qu’il est de coutume d’appeler le Tronc de Bienfaisance, de la Veuve ou de Solidarité.

    Le bijou du Trésorier

    Le sautoir du Frère Trésorier, responsable de la gestion des fonds de la Loge, est orné d’une clef, parfois de deux clefs croisées qui lui donnent le pouvoir de lier et de délier, d’ouvrir et de fermer le trésor de l’Atelier.

    Ce symbole axial de la clé représente aussi un « sésame, ouvre-toi » nous dit Irène Mainguy.

    Symbolisme du bijou :

    Les deux clés croisées traduisent bien le symbolisme des fonctions du Trésorier qu’il doit assumer avec rigueur et droiture. Il garde le Trésor de la Loge, caché dans un coffre, et que seules ses clés peuvent ouvrir, ceci au sens symbolique.

    Le trésor de la Loge n’existe effectivement que sous forme de livres comptables ! Son symbolisme vrai est bien différent car le trésor en question n’a rien de matériel : c’est le thesaurus maçonnique. La clé symbolise toujours l’ouverture et la fermeture des portes intérieures de l’Initié. Elle délie et lie tour à tour des états de conscience, ouvre des états plus purs, plus riches, plus lumineux, et ferme des états anciens, pauvres, dépassés, en voie de dissolution.

    En maçonnerie, les Clés donnent accès aux Portes de ses degrés initiatiques.

    Le bijou du Maître des Cérémonies

    Le sautoir du Frère Maître des Cérémonies est orné d’un bijou composé de deux cannes croisées et liées par un ruban.

    Symbolisme du bijou :

    Les deux cannes entrecroisées et liées par un ruban reproduisent le symbole mythique de la Canne dont cet officier ne se départit jamais quand il se déplace dans le temple.

     

    Le bijou du Maître de la Colonne d'harmonie

    Le Frère Maître de la Colonne d’Harmonie s’occupe de l’accompagnement musical de toutes les Tenues. Il veille à donner une illustration musicale appropriée et à régler les divers éclairages du Temple. Son sautoir est muni d’un bijou en forme de lyre.

    Symbolisme du bijou :

    La lyre, inventée par Hermès ou par l’une des neuf Muses, Polymnie, est l’instrument de musique d’Apollon et d’Orphée, aux accents prestigieux, et le symbole des poètes. Plus généralement, elle est le symbole et l’instrument de l’harmonie cosmique : au son de la lyre, Amphion bâtit les murs de Thèbes.

    Dans l’iconographie chrétienne, elle évoque la participation active à l’union béatifique. Ce rôle est celui de la harpe de David. Les sept cordes de la lyre correspondraient aux sept planètes : elles s’accordent dans leurs vibrations, comme celles-ci dans leurs révolutions cosmiques ; quand le nombre des cordes fut élevé à douze, on voulut y voir une correspondance avec les douze signes du Zodiaque.

    Le bijou du Maître des Banquets

    Le Frère Maître des Banquets organise les Travaux de Table. Son sautoir est muni d’un bijou en forme de corne d’abondance.

     Symbolisme du bijou :

    Selon la tradition la plus populaire, la corne d'abondance ornait le front de la chèvre qui nourrit Zeus dans son enfance. La mythologie grecque raconte qu’à sa naissance, la mère de Zeus confia son enfant à la chèvre Amalthée.

    Elle craignait en effet que le bébé ne soit mangé par Cronos, son père. Un jour, Zeus cassa une des cornes de sa nourrice. Plus tard, pour se faire pardonner, il donna à cette corne le pouvoir d’abonder de fleurs et de fruits. Cette corne d’abondance représente la richesse et la fécondité.

    Dans l'iconographie païenne, elle est le symbole de la richesse, de la prospérité, de la générosité et de l'abondance.

    Le bijou du Vénérable Maître

    Le Vénérable Maître, autorité et chef de la Loge, il la dirige avec l’aide des Frères Surveillants, préside tous les Travaux et exécute avec eux tous les rituels. Le bijou suspendu à son sautoir est une Équerre.

    Symbolisme du bijou :

    Dire que  tout est d’équerre signifie que tout est en règle. C’est en effet la mission du Vénérable Maître qui doit posséder une connaissance suffisante des principes maçonniques et se doit de rechercher la vérité et la cohésion du groupe qu’il dirige : sans équerre, point de construction harmonieuse !

    L’Équerre du Vénérable Maître, dont les branches sont dans le rapport pythagoricien 3 à 4, représente à la fois la rectitude morale de celui qui la porte et sa qualité de Première Lumière de l’Atelier. Elle est dorée, couleur du soleil, ce qui se passe de commentaire.

    L’Équerre du Vénérable Maître est l’étoile secrète mais aussi une des portes du temple : la porte de l’Orient qui révèle le lieu de l’origine de la Lumière.

    Le bijou du Passé Maître Immédiat

    Le Passé Maître Immédiat, parfois aussi appelé Vénérable Maître d’honneur, est le Vénérable Maître qui vient de descendre de charge. Il assiste, aide et conseille le Vénérable Maître actuel et est seul habilité à le remplacer au cas où ce dernier serait absent.

    Symbolisme du bijou :

    Dorée elle aussi, l’Equerre du Passé Maître Immédiat est complétée par le tracé géométrique du théorème de Pythagore, signe de grande avancée sur la voie initiatique.

    Approche du symbolisme d'autres bijoux

    Symbolisme de la Truelle

    Au moyen âge, les imageries populaires et religieuses représentaient souvent Dieu une Truelle à la main. Cet outil était perçu comme symbole de la puissance créatrice, mais aussi de la volonté et du pouvoir d’unir. Dieu est Création et Union.

    La truelle scelle et favorise la fusion des pierres entre elles et les réunit ; c’est pourquoi elle est symbole d’unité, outil par lequel l’œuvre du constructeur s’achève et devient parfaite. C’est probablement ce qui a fait dire à Daniel Ligou qu’elle est symbole de l’amour fraternel qui unit tous les Maçons, ciment essentiel, utilisé pour l’édification du temple idéal.

    La truelle est reconnue tout particulièrement comme emblème des qualités essentielles du véritable Maçon : tolérance et bienveillance.  Elle est aussi perçue par eux comme pouvant symboliser la conscience de la fraternité universelle entre tous les êtres humains, comme l’excellence du travail bien fait par la solidarité entre tous.

    Symbolisme du Compas

    A titre indicatif, précisons encore que le bijou du Très Respectable Grand Maître, à la tête de notre Obédience, est formé d’un Compas ouvert à 45 degrés.

    Symbolisme du bijou :

    Associé aux mathématiques, à l'astronomie, à l'architecture et à la géographie, le Compas représente les sciences exactes et la rigueur mathématique.

    Il sert aussi à dessiner le cercle et symbolise ainsi le dynamisme constructeur et le cycle de l'existence car il tourne pour revenir à son point de départ.

    Dans l'iconographie traditionnelle, le Compas est symbole de la prudence, la justice, la tempérance et la véracité, qui sont des vertus fondées sur l'esprit de mesure.

    Instrument de mesure et de rapports, le Compas est aussi devenu l'emblème de la géométrie, de l'astronomie, de la muse Uranie (qui personnifie l'astronomie), de l'architecture et de la géographie.

    Le Compas est l’image de la pensée dans les différents cercles qu’elle parcourt.

    L’écartement de ses branches pourrait figurer les divers modes de raisonnements, qui peuvent être larges, précis mais toujours clairs. Il peut également symboliser l’ouverture de l’esprit, la compréhension et l’étendue de la connaissance.

    Les degrés d'ouverture du Compas symbolisent, dans la Tradition maçonnique, les degrés de la connaissance. Il représente aussi, de façon générale, la mesure, la prudence, la justice, la tempérance et la véracité.

    Si on considère que l’écartement du Compas correspond au niveau de connaissance, il est intéressant de constater que les Francs-maçons limitent son ouverture à 90°. Ceci indique clairement la volonté d’affirmer les limites de l'homme !

     

    Pourquoi certains Frères portent-ils parfois plus qu’un bijou ?

    Il n’est pas rare d’observer que certains Frères portent plus d’un bijou de Loge. C’est tout simplement parce qu’ils ont fait le choix d’être membre de plus d’une Loge.

    Dans notre Obédience, l’usage veut qu’un Frère ne porte, en Loge « bleue » (Apprentis, Compagnons, Maîtres), que les bijoux des Loges dont il est membre. Un Frère ne peut donc pas porter les bijoux des autres corps maçonniques dont il fait éventuellement partie (Loge de Marque, Royal Arch, etc.).

     

    R :. F :. A. B.

    [1] Tomaso Jacob, Dictionnaire thématique illustré de la Franc-maçonnerie, Editions Morena, 1993.

    [2] En verrerie, églomiser, c’est fixer une mince feuille d’or ou d’argent sous le verre, avant que le dessin soit ensuite exécuté à la pointe sèche et maintenu par une deuxième couche ou une plaque de verre.

    [3] Cf. travaux de la Loge Nationale de Recherches Villard de Honnecourt N° 9, le manuscrit Wilkinson, pp. 162 – 168

    [4] Désaguliers René, Les Pierres de la Franc-maçonnerie, pp. 95 – 114, Editions Dervy, 1995

    [5] Remarquons que dans ces anciens écrits, l’usage de la majuscule aux symboles n’était pas encore de mise.