• * Le Frère Orateur, conscience de la Loge

    Introduction

    Le fait d’avoir occupé plusieurs années la stalle de l’Orateur dans différentes Loges me permet aujourd’hui d'informer mes Frères Apprentis, Compagnons et Maîtres au sujet de cette charge ou fonction o combien importante au sein de toute Loge. Le rôle de l’Orateur suscite parfois des interrogations voire des appréhensions légitimes. C’est une raison supplémentaire qui m’a motivé pour tracer la présente planche.

    Avant d’entrer dans le vif du sujet – les différents aspects de la charge d’Orateur – je pense qu’il convient, surtout pour nos plus jeunes Frères, de rappeler le contexte maçonnique dans lequel intervient le Frère Orateur.

    La Loge et le Frère Orateur

    La cellule de base du système maçonnique c'est la Loge. La Loge c'est d'abord un lieu, un temple, l'endroit où l'on passe du profane au sacré (référence au Temple de Salomon). Le Travail maçonnique se fait à deux niveaux : en Loge (en communauté) et en soi-même à partir des messages reçus dans le Travail en Loge.

    Toute Loge, constituée de Maîtres, de Compagnons et d'Apprentis, est présidée par un Maître de la Loge appelé « Vénérable Maître ». Dans sa tâche, celui-ci est entouré d'Officiers Dignitaires ayant chacun un rôle précis. C’est ainsi que le Vénérable Maître est secondé par le Premier Surveillant, le Second Surveillant, l’Orateur et le Secrétaire, mémoire de la Loge. Comme le rappellent les arcanes du grade [2], ces Officiers constituent les cinq Lumières de la Loge. Le Secrétaire et l’Orateur peuvent s’adresser directement au Vénérable Maître sans demander la parole aux Surveillants.

    D’autres Maîtres Maçons peuvent être sollicités pour être titulaires de l'un ou l’autre office. Le Frère Trésorier nous rappelle l’importance des éléments financiers alors que le Frère Aumônier - Hospitalier veille à réconforter les Frères qui sont dans le besoin. Le Frère Expert est garant de la qualité des Travaux et du respect du rituel alors que le Frère Maître des Cérémonies veille à l’harmonie des déplacements en Loge. Le Frère Couvreur s’occupe de la sécurité physique des Travaux. Le Frère responsable de la Colonne d’harmonie donne une dimension artistique aux cérémonies. Enfin le Maître des Banquets participe au réconfort des ouvriers à la suite des Travaux.

    Entrons à présent dans le vif du sujet !

    Pour Bernard Baudouin, l’Orateur est le nom donné à l’un des Officiers d’une Loge, dont la mission consiste à faire respecter la Constitution et le Règlement général qui définissent l’organisation et le fonctionnement dans l’Obédience suivant le Rite pratiqué. Cette fonction de haute responsabilité place l’Orateur au quatrième rang des Officiers, juste après le Vénérable Maître, le Premier et le Second Surveillant.

    Le rôle du Frère Orateur

    Alors que le Vénérable Maître dirige l'ensemble des Travaux de la Loge, le Second Surveillant instruit des Frères Apprentis, le Premier Surveillant donne l'enseignement aux Frères Compagnons et l’Orateur complète la formation des Frères Maîtres. Mais le rôle de l’Orateur ne se limite pas à animer les séminaires de Maîtres, pour autant que ces séminaires aient effectivement lieu !

    Quels sont donc les autres aspects de la charge du Frère Orateur ?

    D’une manière générale, le Frère Orateur est un Officier de la Loge chargé de prononcer des discours. Dans le cadre restreint de la Loge, l’Orateur a notamment pour rôle de produire des « morceaux d’architecture » ou « planches d’instruction» au terme des Initiations, des « augmentations de salaire », des fêtes de l’ordre, des cérémonies funèbres. C’est l’Orateur qui a en charge la lecture des planches officielles. Il a en outre la tâche d’exprimer dans un discours, les sentiments de la Loge après l’Initiation (ou « Réception » au R.E.R.) d’un Apprenti, ou après une Augmentation de salaire (Passage au degré de Compagnon ou Élévation à la maîtrise). C’est le discours de bienvenue, la « première instruction du grade », qu’il est tenu de rédiger.

    Le Frère Orateur est le gardien des statuts et règlements de l'Obédience et de la Loge. Lorsqu'on parle du Grand Orateur, il s’agit d’un Grand Officier de l’Obédience : c’est l’Orateur de l'Obédience. Nous disons le « Grand Orateur de la G.L.R.B. ».

    Pour Bernard Baudouin, le Frère Orateur dispose à ce titre d’un grand pouvoir et peut s’opposer à certaines pratiques qu’il juge « déviantes » : il est le garant de la « loi maçonnique ». Il est ainsi le seul Officier à pouvoir interpeller le Vénérable Maître sans passer par les Surveillants, afin de le reprendre sur un point précis – jugé inadéquat – dans le déroulement d’une Tenue ou d’une cérémonie.

    Officier siégeant à l'Orient de la Loge, l’Orateur a donc pour charge essentielle de faire respecter la loi maçonnique, c’est-à-dire, dans notre Obédience, la Constitution de la G.L.R.B. et le Règlement général de la G.L.R.B. Il est le garant de l'orthodoxie, le garant du respect des règles.

    Pour Christian Guigue, en cette qualité, le Frère Orateur est chargé de rappeler les Frères à l’ordre en cas de dérapage ou de manquement aux principes, traditions et règlements de l’Ordre. Généralement, il ne prend pas part aux échanges pouvant avoir lieu dans l’Atelier. Sa fonction lui impose de prendre du recul, de rester lucide pour présenter la synthèse des Travaux ou de procéder à des commentaires divers.

    Pour Jean Ferré, l’Orateur est le dépositaire du Règlement d’ordre intérieur de la Loge et des Règlements généraux de l’Obédience. C’est à lui de vérifier qu’ils sont respectés. Il est l’organe de la Loi maçonnique. En ce sens, il est chargé de donner ses conclusions, favorables ou non, à l’issue d’une Planche tracée ou d’une discussion. Il pourra donc demander des rectifications, des suppressions, avant de donner son assentiment. Une fois ses conclusions mises aux voix, personne dans l’Atelier ne peut reprendre la parole sur le sujet.

    L’Orateur a le devoir de reprendre tout membre de la Loge, y compris le Vénérable maître, qui s’écarterait de la Loi, par erreur ou omission. C’est pour cette raison qu’il peut, et doit lorsque cela s’avère nécessaire, s’adresser directement au Vénérable Maître, sans passer par les Surveillants.

    L’Orateur est le seul officier à être indépendant du Vénérable Maître ; il a droit à la parole à tout moment s’il estime que des propos ou des attitudes sont en désaccord avec les règlements dont il est le gardien.

    L’article 26 des règlements généraux de la fédération du Droit Humain (Obédience mixte, donc non régulière) précise : « L’Orateur est le gardien et l’organe de la loi ». Dans toutes les circonstances, il est l’organe de l’Atelier. Par ce mot « organe », il faut comprendre la voix, bien sûr, puisque l’Orateur est aussi chargé de porter la parole.

    Que ce soit dans ses planches d’instruction du grade, dans une Oraison funèbre, dans un commentaire à propos de la Saint-Jean ou du Réveil de la Loge, la parole d’un Orateur est créée de son souffle et cette création, pour lui, est en même temps son accomplissement et sa limite.

    Le but poursuivi par l’Orateur, c’est de vouloir tendre vers un accord, vers l’égrégore avec les Récipiendaires, les Frères présents, un accord difficile d’autant plus qu’ils se situent à plusieurs niveaux d’expérience.

    La parole de l’Orateur, a une force physique incontestable. Elle est essentiellement le physique de l’âme de la Loge, indissociable de celle-ci. L’Orateur ne peut que souhaiter, au nom de la Loge, amorcer une montée dans une spirale de plus en plus large, de plus en plus fraternelle, dans un élément de plus en plus transparent de vérité, pour viser l’Orient, là où toutes les espérances sont possibles, là où règne la conscience de la Lumière.

    Mais l’élément essentiel de la parole de l’Orateur, en tant que matière, est le silence qui se fait en elle et autour d’elle. En la parole est aussi le silence : le rythme n’existerait pas sans le silence.

    Dans d’autres Obédiences maçonniques – non régulières – où des conférences suivies de débats ont leur place, une conférence, appelée « planche » comme chez nous, préparée et présentée par un Frère sur un sujet maçonnique, historique, spirituel, philosophique ou symbolique, parfois même scientifique ou littéraire, est suivie d'une discussion très disciplinée ou personne n’élève la voix, ni n'interrompt qui que ce soit. Les Frères en profitent pour poser des questions, faire des commentaires, apporter des précisions complémentaires ou simplement donner leur opinion sur le sujet. A la fin du débat, le Frère Orateur tire les conclusions de la planche et du débat.

    Nos plus jeunes Frères sont en droit de se demander pourquoi une telle pratique n’a pas souvent lieu dans notre Obédience régulière. Nos Tenues sont des cérémonies qui servent à marquer la distinction entre le bruit et la fureur du monde extérieur et le monde maçonnique, où doit régner la tolérance, la sérénité et l'amour fraternel.

    L’objet essentiel de nos Tenues consiste à vivre des rituels immuables qui sont les éléments essentiels de la « méthode initiatique » qui vise à notre amélioration individuelle.

    Occasionnellement, nos Tenues laissent aussi la place à la présentation de planches qui ne sont pratiquement jamais suivies de débat afin de préserver la sérénité au sein de la Loge. Mais, lorsqu'un Frère Apprenti ou un Frère Compagnon est amené à présenter sa planche dite « d’augmentation de salaire », les Frères Maîtres se réunissent ensuite en Chambre du Milieu où un bref débat peut avoir lieu au sujet du contenu de la planche entendue, au sujet de l’assiduité du Frère concerné, de son engagement maçonnique et de son investissement personnel dans sa Loge.

    Le Frère Orateur est alors appelé à conclure ce débat d’un point de vue strictement maçonnique et, éventuellement, à donner ses conclusions en vue d'un vote demandé par le Vénérable Maître. Tout vote en Loge ne peut en effet avoir lieu qu’après la conclusion formulée par le Frère Orateur sur le sujet en question. Car le Vénérable Maître ne peut pas commettre d’erreurs en présence des Frères de la Loge. Seuls ses Officiers Dignitaires peuvent éventuellement se tromper – car nul n’est parfait – tandis que le Vénérable Maître doit s’efforcer de ne montrer qu’un exemple parfait. Il incarne la Lumière et doit en permanence faire preuve de sagesse !

    Les diverses « planches » lues en Loge (planches d’augmentation de salaire, en vue d’un Passage au degré de Compagnon ou d’une Élévation à la maîtrise, ciselées par les Apprentis et les Compagnons), appellent le plus souvent une analyse faite par le Gardien de la Loi.

    Il va de soi, qu'en ce domaine, par rapport aux Planches de Maîtres, la technique sera un peu différente puisqu'il s'agit de commentaires, d'une critique à la fois objective et constructive. Les commentaires seront synthétisés avec la pensée de l'Atelier et ses réactions.

    Pour définir une manière de procéder – une parmi d'autres – il  faut commencer par rappeler que l'Orateur est la conscience de la Loge, qu'à son poste il ne parle pas en son nom mais bien au nom de son Atelier. Il doit donc en connaître l'esprit le mieux possible, ne serait-ce que pour lui permettre de s'épanouir davantage.

    En premier chef, il dépend dans une large mesure de cet officiant que la planche soit acceptée ou refusée à la lecture. Le plus souvent, et dans l'ordre des choses, il en a suivi le ciselé, a donné quelques conseils en cours de travail, l'a eue en lecture suffisamment tôt. A quelque degré que son intervention ait lieu, il va de soi qu'il n'aura pas fait écrire ce qu'il pense lui-même ! Dans la mesure du possible, il aura pleinement respecté le travail fourni. Tout au plus aura-t-il demandé un peu plus de consistance ou d'éliminer certains passages n'ayant pas lieu d'y figurer.

    Il s'agit de relever ce qui est bon, intéressant, ainsi que ce qui est insuffisant, la clarté de l'ensemble ou l'obscurité de certains passages, de parler d'une compilation bien ou mal faite, éventuellement du pillage d'un auteur. Pour œuvrer valablement dans ce sens, la bibliographie des ouvrages consultés doit figurer en fin de travail, ce qui en permet la vérification. Il est également bon de parler du travail fourni, ceci davantage pour encourager à faire toujours mieux que pour blâmer.

    Il pourra reprendre les assertions posées et y mettre un peu d'ordre si besoin est. Mais il ne convient pas de tracer une Planche parallèle ni d'ajouter de longs compléments. Il est néanmoins possible d'apporter, juste en passant, une ou deux idées sans les développer, mais il faut que ce soit vraiment indispensable.

    Il est nettement préférable de donner des sujets de réflexion, des titres de chapitres en quelque sorte, avant et pendant le travail, plutôt que d'étaler un savoir qui souvent n'est que superficiel et qui, par ailleurs, appartient à celui qui est appelé à prouver qu'il mérite une augmentation de salaire.

    Il faut encore insister sur le temps pris pour les conclusions ou les commentaires de l'Orateur. Il est important que ses dits restent au moins partiellement dans les mémoires, ne serait-ce que pour motiver quelques instants de réflexion.

    Le Frère Orateur peut aussi être amené à intervenir dans des débats portant – par exemple – sur des modifications du Règlement particulier de la Loge. Pour Christian Guigue, l’intervention du Frère Orateur ne peut porter que sur la forme et le fond d’une procédure ou d’une proposition. Son jugement énonce la régularité ou la non-conformité d’une demande ou d’une décision et il ne peut pas en aller autrement. Si l’Orateur statue défavorablement, c’est qu’un article réglementaire ou un usage ancestral et traditionnel se trouve violé. Il n’y a plus, en l’occurrence, de passage au vote possible ; le sujet évoqué doit être rectifié ou mis en conformité puis reporté à une Tenue ultérieure.

    Un peu d’histoire

    Selon Le Forestier [1], l’office d’Orateur aurait fait son apparition à la création des loges françaises entre 1725 et 1730, les loges anglaises n’étant composées à cette époque que de cinq officiers : un Président, deux Surveillants, un Secrétaire et un Trésorier.

    Selon Irène Mainguy, le mot « orateur » vient du latin « orare » qui signifie « prier », dérivé lui-même d’osiris, qui signifie « bouche ». Elle en déduit que l’Orateur est, de nos jours, le dépositaire du maniement du verbe, celui qui peut imposer silence, méditation et réflexion. Gardien des lois, dans le cadre obédientiel, il fait respecter la Déclaration de principes, la Constitution et les Règlements généraux de son Obédience, mais dans un sens plus profond, à un niveau supérieur de l’Ordre maçonnique et de sa filiation traditionnelle, il est le Gardien de la Loi, c’est-à-dire que sur un plan initiatique, il est le gardien de la Tradition maçonnique.

    Jean Ferré nous rappelle que la charge d’Orateur n’existe pas au Rite Émulation. Une preuve, avancée par Daniel Béresniak c’est qu’en France, en 1737, la Loge « Coustos-Vileroy » n’en possédait pas, mais la même année, cet officier apparaît puisque le Chevalier Ramsay [2] est considéré comme Grand Orateur et que c’est à ce titre qu’il avait rédigé son fameux discours [3].

    D'après les procès-verbaux de police exhumés par Pierre Chevallier [4], nous savons que la fonction existait en 1744 dans toutes les loges. De là, elle s’est répandue dans tous les pays où a essaimé la Maçonnerie française.

    Aux Rites Français et Écossais, l’Orateur est considéré comme le quatrième officier de la Loge. Il siège à l’Orient, à la gauche du Vénérable Maître, symétriquement par rapport au Secrétaire.

    Au Rite Écossais Rectifié, le Vénérable Frère qui officie comme Orateur est obligatoirement le Vénérable Maître qui vient de descendre de charge ou éventuellement un ancien Vénérable Maître. A ce rite, l’Orateur n’a pas le droit d’improviser. Les discours à prononcer lors des cérémonies, à l’occasion des « Passages » ou des « Élévations », font partie intégrante du rituel et l’Orateur ne fait que les lire.

    Depuis le 19ème siècle, l’Orateur siège à l’Orient, à la gauche [5] du Vénérable Maître, dans l’alignement de la Colonne du Midi, sous l’astre solaire. S’il porte en sautoir soit un livre ouvert portant la mention « Loi » ou « loi maçonnique », qui correspond à l’origine aux Tables de la Loi, soit un soleil rayonnant, comme emblème de sa fonction, ces deux symboles évoquent la Lumière.

    Le Soleil, planète attribuée à l’Orateur, domine Jupiter en tant que planète. C’est pourquoi l’Orateur, en tant que Gardien de la Loi maçonnique peut, en cas de divergence avec le Vénérable Maître, faire prévaloir sur ce dernier son point de vue, s’il est conforme aux règlements (généraux et particuliers) ou à la Constitution de l’Obédience.

    La charge d’Orateur semble parfois inquiéter les plus jeunes Frères de l’Atelier du fait des grandes responsabilités que le Frère Orateur doit assumer. Mais en Franc-maçonnerie comme dans le monde profane, tout peut s’apprendre.

    Commençons par apprendre à tracer de modestes planches d’Apprenti pour les présenter humblement en séminaire ; améliorons-nous au grade de Compagnon en « ciselant » nos planches avec plus de soin. Au grade de Maître, manipulons souvent la « planche à tracer » au bénéfice de nos Frères. Étudions le Règlement particulier de notre Loge, le Règlement général de notre Obédience ainsi que la Constitution. Soyons attentifs aux propos d’accueil prononcés lors de toutes les cérémonies d’Initiation ou d’augmentation de salaire. Acquérons progressivement de l’expérience et de l’assurance mais sachons rester humbles.

    Mais quelles sont les qualités essentielles qu’un futur Frère Orateur doit présenter ?

    Les qualités exigées d’un Frère Orateur

    La fonction d’Orateur exige la maîtrise de l’éloquence, une bonne faculté de synthèse puisqu'en quelques phrases il doit pouvoir donner les conclusions d’un travail, enrichi des échanges de points de vue complémentaires apportés par les Frères. Il s’agit de dégager ce qui est traditionnel et initiatique, fruit du travail oral de la Loge.

    L’Orateur se doit avant tout à l’objectivité la plus attentive, ce qui signifie qu’il ne doit pas uniquement utiliser l’art de persuader (ou rhétorique), mais user davantage de la dialectique qui est une technique de raisonnement indissociable de la rhétorique.

    Le Frère Orateur doit savoir donner une parole d’équilibre, empreinte de sagesse. Il doit se faire le porte-parole de la Loge en résumant de manière synthétique l’ensemble de ce qui a été exprimé.

    Cette fonction éminente demande de savoir improviser et d’être capable d’élaborer une épure cohérente à partir de toutes celles ébauchées lors des Travaux.

    Tout Maître Maçon travaille sur la planche à tracer et participe à l’élaboration qui correspond à un véritable plan de construction qui permet de canaliser les efforts de chacun dans l’élaboration de l’œuvre commune.

    C’est le Frère Orateur qui est chargé de présenter une planche d’accueil et de bienvenue au nom de la Loge lors d’une Initiation ou lors des passages aux degrés supérieurs.

    La fonction de l’Orateur consiste en ces occasions à éclairer et enseigner, en s’adaptant au niveau de son interlocuteur. Il s’agit donc de donner au nouveau promu, en quelques traits, des pistes de réflexion et de travail, et de tirer la quintessence de ce qui vient de lui être transmis. Il faut aussi faire passer un message simple mais des plus chaleureux pour que le nouvel Initié se sente réellement accueilli.

    L’Orateur doit toujours tenter de faire partager à tous sa parcelle de connaissance, à l’image du livre ouvert qui lui correspond symboliquement. Chaque Frère participant à la Tenue peut ainsi s’éclairer au rayon du soleil qu’il dispense.

    Après les conclusions de l’Orateur, chacun devrait pouvoir découvrir en lui une idée jusque là informulée, ou se poser une ou plusieurs questions qui fassent progresser sa réflexion.

    Selon Autexier [6], les planches d’Orateur doivent avoir la qualité de véritables morceaux d’architecture. Il faut tenir compte qu’il est impossible d’être exhaustif, c’est pourquoi l’Orateur doit choisir un sujet et le traiter de manière aussi complète que possible, en incitant les Frères à l’élargir par la suite.

    Pour Irène Mainguy, la parole de l’Orateur a la force de l’achèvement, de la finitude. Après ses conclusions, plus personne n’est autorisé à prendre la parole sur le sujet qui a été traité, même le Vénérable. Sa fonction consiste à éclairer les Frères par sa parole, lors des prises de décision, tout comme le soleil éclaire le monde, en veillant à l’exécution de la loi et de l’Ordre maçonnique. Il s’identifie ainsi à la conscience de la Loge. Dès lors, il lui faut impartialement observer la tradition, les règles de l’Ordre, mais surtout rester vigilant, pour que la tradition demeure vivante, en veillant à ce que la lettre soit éclairée en permanence par l’esprit.

    Cette fonction particulièrement difficile réclame à la fois connaissance initiatique, rigueur dans l’application, discernement et clarté d’esprit. Elle est le plus souvent attribuée à un Frère Maître expérimenté ou à un ancien Vénérable Maître, un Maître qui connaît l’Art, l’histoire du métier, l’histoire de la Franc-maçonnerie, la nature et la portée de l’Initiation. Il sait juger un texte, le situer dans un contexte ; il connaît les règles et les usages, bref, il est, comme le lui montre le symbolisme ; la sagesse et le Soleil.

    Puisque nous nous réunissons en Loge pour mettre en œuvre une pédagogie qui favorise l’émergence d’un niveau de conscience supérieur, le Frère Orateur se doit de participer à ce travail. Il lui faut donc être, comme les autres Officiers et les autres Frères, un créateur, un incitateur. Le Soleil rayonne. De lui viennent chaleur et lumière.

    S’il est à la hauteur de sa fonction, nous dit Daniel Béresniak, l’Orateur se perçoit comme Gardien de la Loi et ne se laisse pas réduire au rôle de serviteur inconditionnel d’un règlement. La Loi, c’est d’abord l’esprit et non la lettre. Il est un Maître qui connaît la primauté de l’esprit et qui vit cette connaissance jusque dans ses profondeurs

    En synthèse

    Voici les points essentiels de la charge d’Orateur :

    Sa responsabilité générale

    • Le Frère Orateur est le Gardien de la Loi maçonnique.
    • Il émet son avis toutes les fois que le Vénérable Maître le consulte.
    • Il dépose ses conclusions avant tout vote ou toute décision de la Loge.

    Avant toute Tenue

    Le Frère Orateur prépare une pensée, une maxime, une citation… qu’il énoncera soit à la Fermeture des Travaux, soit pendant la Chaîne d’union.

    Lors de la présentation d’un dossier de candidature

    • Le Frère Orateur donne lecture des réponses fournies par le candidat au questionnaire que celui-ci a dû remplir.
    • Il donne lecture des planches tracées par les Frères chargés des enquêtes.
    • Il prend note des questions que les Frères de la Loge souhaitent poser au candidat lors de son interrogatoire sous le bandeau.
    • Il conclut en faveur de la poursuite de la procédure, propose la désignation d’enquêteurs supplémentaires ou l’arrêt de la procédure.

    Lors de l’interrogatoire d’un Profane sous le bandeau

    • Le Frère Orateur donne lecture d’une synthèse du dossier.
    • Il établit une liste de questions à poser au Profane.
    • Il pose les questions au candidat et note succinctement les réponses que celui-ci fournit.
    • Il dépose une première conclusion à l’issue des avis exprimés par les Colonnes : en faveur de la poursuite de la procédure ou, plus rarement, en faveur du rejet de la candidature.
    • Il dépose une seconde conclusion à l’issue du vote des Frères Maîtres.

    Lors de l’Initiation d’un Profane

    • Le Frère Orateur intervient dans le rituel d’Initiation.
    • Il donne lecture du serment.
    • Après la Chaîne d’union, il présente une planche d’instruction du grade.

    Lors du Passage d’un Frère Apprenti au degré de Compagnon

    • Le Frère Orateur intervient dans le rituel de Passage au second degré.
    • Il donne lecture du serment.
    • Après la Chaîne d’union, il présente une planche d’instruction du grade.

    Lors de l'Élévation d’un Compagnon à la Maîtrise

    • Le Frère Orateur intervient dans le rituel de l'Élévation à la Maîtrise.
    • Il présente une planche d’instruction du grade.

    Lors de l’Installation d’un nouveau vénérable Maître et de la nouvelle Commission des Officiers Dignitaires

    • Le Frère Orateur prête serment sur les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie :

    « En présence du Grand Architecte de l’Univers et de mes Frères assemblés en Loge d’Apprentis, moi, …  je m’engage sur les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie, à concourir de tous mes efforts à la prospérité de cet Atelier et à remplir la charge qui m’est confiée, avec zèle, fidélité et dévouement.

    Que le Grand Architecte me vienne en aide ! »

    • Représentant tous les Frères de la Loge et parlant en leur nom, le Frère Orateur promet obéissance au Vénérable Maître et aux Frères Surveillants :

    « Au nom de tous les Frères de la Respectable Loge « Les Trois Piliers », tant présents qu’absents, je promets obéissance au Vénérable Maître ».

    « Au nom de tous les Frères de la Respectable Loge « Les Trois Piliers », tant présents qu’absents, je promets obéissance aux Frères Surveillants ».

    Pour conclure, du moins provisoirement…

    Si la qualité du travail rituel relève essentiellement de la triade constituée par le Vénérable Maître et les deux Surveillants, la réputation et le prestige d'une Loge dépendent très souvent des prestations de l'Orateur.

    La fonction de l'Orateur revêt une importance capitale par le fait qu'il intervient comme le garant des coutumes, traditions et usages réguliers de l'Ordre, mais aussi parce qu'il est celui qui, dans les moments importants de la vie de la Loge, la représente en s'exprimant au nom de tous les Frères. C’est pour cette raison qu’on le désigne par l’expression « Conscience de la Loge ».

    L’Orateur empêche toute entorse aux Règlements, toute incartade, tout laisser-aller. Il doit sans cesse rester vigilant au cours de la Tenue.

    Cette tâche ne s'avère guère facile car elle passe par la nécessité de disposer d'un don pour l'écriture des discours requis et celle du talent oratoire indispensable pour leur communication. Les qualités idéales n'existant pas naturellement elles s'acquièrent puis se développent par le travail.

    Une des cinq « Lumières » de son Atelier, l'Orateur est tout à la fois le défenseur de la Loi du rite auquel il travaille, de celle de l'Obédience à laquelle il appartient et du Règlement particulier de la Loge.

    Lors des scrutins, secrets ou non, il est aussi celui qui exprime clairement le sens des votes. C'est également un modérateur des débats qui suivent certains Travaux – dont il fait parfois la synthèse verbale – ainsi que des oppositions qui peuvent survenir entre Frères au cours d'une Tenue. En tant que Maître de la parole, nul ne peut prendre celle-ci après lui lorsqu'il intervient en cette qualité.

    Enfin, l'Orateur, entre autres devoirs, a la charge de prononcer au nom de son Atelier les « discours » traditionnels que nécessitent les diverses cérémonies organisées par celui-ci.

    Si le Frère Orateur doit être amené à tirer les conclusions maçonniques d’une planche quelle qu’elle soit, il devrait pouvoir disposer de ladite planche en temps voulu sans quoi il serait pratiquement obligé de refaire lui-même une planche sur le même sujet, ce qui n'est pas une bonne idée ! De plus le Frère Orateur doit toujours s’efforcer d’être bref, afin de ne pas allonger la Tenue. Ses conclusions ne devraient jamais dépasser les 5 à 10 minutes.

    Certains Frères s’étonnent parfois que l’Orateur ne fasse jamais part de ses sentiments personnels et réponde systématiquement qu’il émet un avis favorable. L’Orateur a toute latitude pour exprimer un avis personnel sur un point particulier mais il ne peut jamais le faire dans le cadre de la présentation de ses « conclusions ». A cet instant, ce n’est plus le Frère qui s’exprime mais la « conscience de la Loge », le gardien des us et traditions de l’Ordre !

    R:. F:. A. B.

     

    [1] Le Forestier - La Franc-maçonnerie templière et occultiste aux 18ème et 19ème siècles - Tome 1

         Editions la Table d’Emeraude, 1987

    [2] Initié à la « Horn Lodge » de Londres en mars 1730, le Chevalier de Ramsay fut l'orateur attitré de la Loge « Le Louis d'Argent », à      l'Orient de Paris. Le texte connu sous le nom de « Discours de Ramsay » est un discours de bienvenue destiné à accueillir de                nouveaux initiés. Il eut une influence considérable sur la Franc-maçonnerie française du 18ème siècle. Ce discours est considéré            comme le point de départ de la création des hauts-grades.

    [3] Le texte de ce discours se trouve notamment sur http://reunir.free.fr/fm/txthisto/ramsay2.htm

    [4] Pierre Chevallier - Histoire de la Franc-maçonnerie en France - Tome 1 - Editions Favard, 1984

    [5] Attention cependant, au Rite Écossais Ancien et Accepté, tout est inversé !

    [6] Autexier - L’Art de la planche - Editions Detrad, 1996

     

    Deux ouvrages utiles à un futur Frère Orateur

    Alban Gilbert - Manuel pratique de l’Orateur

    Editions Detrad, Paris, 1997

     

    Guigue Christian - Les discours de l’Orateur

    Editions Guigue, Mons-en-Barœul, 1995

     

    Bibliographie

    Autexier Philippe A. - L’Art de la planche

    Editions Detrad, Paris, 1996

     

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995

     

    Bayard Jean-Pierre - Précis de Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, Paris, 2000

     

    Béresniak Daniel - Les offices et les officiers de la loge

    Editions Detrad, Paris, 2008

     

    Darche Claude - Vade-mecum du Maître

    Editions Dervy, Paris, 2008

     

    Ferré Jean - Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, Paris, 1994

     

    Sous la direction de Girard-Augry Pierre

    Abécédaire de la Franc-maçonnerie

    Editions Les 3 spirales, La Motte d’Aigues, 2005          

     

    Guigue Christian - La formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1995

     

    Le Forestier - La Franc-maçonnerie templière et occultiste aux 18e et 19e siècles

    Tome 1 - Editions la Table d’Emeraude, 1987

     

    Mainguy Irène - De la symbolique des chapitres en Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, Paris, 2005 

     


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