• * Les trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie

    L’expression « trois Grandes Lumières » désigne l’association et la présence sur l’autel de la Bible, de l'Équerre et du Compas. Cette expression pourrait nous faire penser à un modèle symbolique ternaire mais il n’en est rien. Du point de vue symbolique, il s’agit d’un modèle binaire formé par l'Équerre et le Compas posés sur un livre qui lui n’est pas un symbole. Tentons de comprendre cette nuance.

    Aux temps des origines de la Franc-maçonnerie opérative

    D'après R. Ambelain, à une époque où pendant six cents ans, du Concile de Toulouse de 1229 jusqu'à la Révolution Française - période de l'Edit de Nantes mise à part - aucun laïc ne pouvait détenir l'Ancien et le Nouveau Testament. Nous comprenons alors mieux pourquoi les Maçons opératifs se limitaient à associer la Règle au Compas et à l’Équerre plutôt qu'à un livre. Qu'en auraient-ils fait d'ailleurs ? Et comment ? La plupart ne savaient pas lire. L'Evangile ou l'Ancien Testament n'étaient accessibles qu'à l'état de manuscrits, aussi rares que coûteux. L'invention de l'imprimerie ne devait rien leur apporter en ce domaine. Les Bibles imprimées étaient rares, chères, volumineuses et encombrantes. Si leur possession et leur lecture étaient accessibles aux gens instruits et fortunés, ce n'était que dans les états totalement acquis à la Réforme. Les nations catholiques étaient obligées de respecter l'interdiction romaine, formulée et appuyée par le bras séculier.

    Dans les pays où la Réforme s'était bien installée, la lecture de la Bible supposait acquis le droit pour chacun d'interpréter le texte selon sa conscience.

    Dans les pays de la Contre-réforme, vint un temps où l'interdiction de posséder la Bible fut levée. Mais l'édition devait être contrôlée par l'Eglise romaine. Ainsi, ce qui était signe de liberté de conscience pour les uns était signe de contrainte pour les autres.

    La présence de la Bible sur un autel en Loge ne pouvait être vue de la même façon par les profanes qui venaient à la Franc-maçonnerie avec une éducation réformiste et par ceux qui, croyants ou incroyants, vivaient dans le contexte de la Contre- réforme.

    L'abolition de la présence de la Bible sur l'autel, décidée par les obédiences d'Europe continentale, fut une des raisons de rupture entre des obédiences.

    Les tentatives faites en Loge, pour remplacer sur l'autel la Bible avec l’Équerre et le Compas ont parfois été dénommées « Rétablissement des symboles ». Pour Raoul Berteaux, « cette expression est inadéquate car la Bible n'est pas un symbole. Le symbole est présenté sous la forme d'un modèle binaire posé sur le livre. Il est bien évident cependant que les récits de ce livre font un appel intense au langage symbolique, à commencer par le tout premier, intitulé « Genèse », pour terminer par le tout dernier, intitulé « Apocalypse » ».

    Les fondements de la Franc-maçonnerie spéculative

    Il est généralement admis par l'Ordre maçonnique et l'ensemble de ses institutions, principalement celles qui sont ou se disent « régulières », respectueuses des anciens usages, que les références aux « Landmarks » correspondent à des limites ou règles auxquelles il convient de ne pas toucher sous peine d'être considéré comme irrégulier.

    Les « Landmarks »

    La première mention écrite du mot « Landmarks » apparaît dans les Constitutions d'Anderson de 1723, à la fin des « Règlements généraux ».

    Il convient de remarquer qu'on ne trouve nulle trace du mot « Landmark » dans les comptes-rendus de la Grande loge des « Modems » (de 1723 à 1758) et qu'il n'est cité qu'une seule fois dans ceux de la Grande Loge des « Antients » (de 1752 à 1760).

    Les « Landmarks », règles immuables, sont les limites de l'espace dans lequel nous nous trouvons en Franc-maçonnerie régulière et à l'extérieur duquel nous nous en séparons. Ces règles sont le substrat de l'Ordre. Les Anglo-saxons considèrent les «Landmarks» comme existant depuis des temps immémoriaux et comme étant une sorte de loi non écrite qui exprime l'essence même de l'Ordre et que tout Maçon doit maintenir inchangée.

    Pour Triaca Ublado, il n'y a pas un document unique dans lequel tous les «Landmarks» seraient exposés dans le détail. Ils existaient dans un passé éloigné, bien avant le regroupement des quatre loges à Londres en 1717 et étaient consignés dans des manuscrits qui auraient été volontairement brûlés en 1720.

    Pour Jean Lhomme, il existe de nombreuses listes de « Landmarks » qui ont été publiées depuis la naissance de la Franc-maçonnerie spéculative. Les listes existantes compilées par de nombreux auteurs en comptent entre cinq et septante- cinq !

    Jules Boucher note que la Grande loge Unie d'Angleterre a réduit à huit le nombre de « Landmarks ». Le sixième « Landmark » est rédigé comme suit : « Les trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie (Livre de la Loi sacrée, Enquerre et Compas) seront toujours exhibées pendant les Travaux de la Grande Loge ou des Loges sous son contrôle, la principale de ces Lumières étant le Livre de la Loi sacrée».

    Selon Raoul Berteaux, « Le dépôt du modèle symbolique Enquerre - Compas sur la Bible devait garantir, en principe, au Franc-maçon que la lecture de la Bible ne lui serait pas imposée conformément à des dogmes. Ces conditions convainquirent un certain nombre de Maçons du continent qui rétablirent la présence de la Bible avec l’Équerre et le Compas. Ces mêmes conditions n'ayant pas convaincu d'autres Francs-maçons, la rupture subsista entre des obédiences maçonniques ».

    La liste dressée par Harry Carr maintient cinq « Landmarks », reconnus unanimement :

    1. le Maçon doit professer la croyance en Dieu, Grand Architecte de l'Univers ;
    2. le Volume de la Loi sacrée doit être présent en loge et ouvert au vu de tous ;
    3. le Maçon doit être un homme libre et d'âge suffisamment mature ;
    4. le Maçon, de par ses actions et déclarations, doit allégeance à l'Etat et à la Franc-maçonnerie ;
    5. le Maçon croit à l'immortalité de l'âme.

    Pour Guy Boisdenghien, ces règles immuables sont au nombre de six :

    1. la croyance en Dieu, Grand Architecte de l'Univers ;
    2. la présence sur l'autel du Volume de la Loi Sacrée recouvert de l’Équerre et du Compas ;
    3. l'interdiction des discussions politiques et religieuses en Loge ;
    4. l'obligation de travailler en Loge ;
    5. le respect des pouvoirs civils de la nation ;
    6. l'observance du secret maçonnique.

    Ces règles sont le substrat de l'Ordre, étant la nature même du lien qui unit les Frères. Il est donc inadéquat de tes interpréter en termes profanes comme certains Maçons non réguliers qui, gênés par ces exigences, traitent la Franc-maçonnerie traditionnelle de dogmatique !

    La Franc-maçonnerie Traditionnelle n'est pas dogmatique car l’Initiation vise la réalisation intérieure de l'individu. Cette Initiation ne peut évidemment s'effectuer si l'on est soumis à quelque dogme que ce soit !

    Pour Marius Lepage [1], « une seule affirmation historique est traditionnellement possible : personne n'a jamais vu un Landmark, parce qu'en réalité, un Landmark n'est qu'un mythe forgé par un poète. Personne ne sait ce que les « Landmarks » contiennent ou ce qu'ils excluent. Ils ne se rapportent à aucune autorité humaine, parce que tout est « Landmark» pour l’interlocuteur qui veut nous réduire au silence, mais rien n'est « Landmark » de ce qui lui barre le chemin ».

    Parmi tous les « Landmarks » anglo-saxons, la croyance en l'existence de Dieu, considéré comme le Grand Architecte de l'Univers est un « Landmark » d'une extrême importance par les discussions qu'il a suscitées.

    La notion du Grand Architecte de l'Univers est, en Maçonnerie, à la fois plus ample et plus restreinte que celle du Dieu des diverses religions. Dès son origine, la Franc-maçonnerie, en adoptant cette expression, a ainsi montré sa conception de la divinité dans ses rapports avec le monde et avec l'homme.

    Pour René Guénon, « le Grand Architecte de l'Univers trace le plan idéal qui est réalisé en acte, c'est-à-dire manifesté dans son développement indéfini par les êtres individuels qui sont contenus dans son Etre Universel ; et c'est la collectivité de ces êtres individuels, envisagée dans son ensemble, qui constitue le Démiurge, l'artisan ou l'ouvrier de l'Univers ».

    Les Old charges (Anciens Devoirs)

    Sont appelés « Old charges » des manuscrits anglais s'étendant du 14ème au 18ème siècle. Cette expression est généralement traduite en français par « Anciens devoirs». Ils enseignent l'histoire du métier. Les seuls manuscrits du moyen âge restant sont le « REGIUS » datant de 1390 et le « COOKE » datant de 1425.

    Ces manuscrits, qui se ressemblent beaucoup par leur contenu, sont divisés en deux parties :

    • Histoire légendaire de la Maçonnerie identifiée à la Géométrie et aux Arts libéraux ;
    • Exposé des devoirs du métier et de la corporation.

    Les « Old charges » énonçaient des règles qui, avant de devenir des symboles d'un perfectionnement moral et spirituel, étaient, pour les maçons opératifs, immédiatement applicables à leur vie quotidienne et à leur activité professionnelle. En 1986, cent treize textes différents de « Old charges » ont été recensés !

    Les Constitutions d'Anderson

    Peu d'années après la formation de la première Grande loge parurent les Constitutions d'Anderson qui étaient destinées, dans l'esprit de leur auteur et de la Grande loge qui les commanditait, à remplacer les « Old charges ».

    C'est au cours de l'année 1723 qu'elles ont été publiées. Il s'agit du texte fondateur de la Franc-maçonnerie spéculative mais il est en même temps l'aboutissement d'une longue histoire, celle des Maçons opératifs qui avaient constitué des loges dès le moyen âge.

    Cet ouvrage, dû au Pasteur James Anderson, contient les charges d'un Franc-maçon qui font toujours autorité actuellement, bien que le texte ait déjà été modifié en 1738, 1813, 1929 et 1989.

    La Franc-maçonnerie universelle invoque le Grand Architecte de l'Univers et professe la croyance en l'immortalité de l'âme mais elle n'impose aucun précepte.

    Aucun culte n'y est enseigné. Aucune vérité n'y est révélée. Société initiatique à base philosophique, elle admet la liberté de conscience et la tolérance mutuelle.

    Le symbole du Grand Architecte de l'Univers se retrouve dans les principes de base et caractéristiques de la plupart des différentes obédiences.

    Les trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie

    Les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie forment symboliquement un tout. Selon un historien de la Franc-maçonnerie Ubaldo Triaca, « on peut en déduire l'intention des Maçons de ne pas accepter le contenu du livre sacré dans son sens littéral mais bien de l'interpréter au moyen du symbolisme, du Compas et de l’Équerre. Le Volume de la Loi Sacrée est donc un symbole et, à ce titre, il doit être admis comme tous les autres symboles maçonniques.

    L’Équerre, deuxième des Trois Grandes Lumières, enseigne à vivre et à régler ses actions à angle droit. Elle met en garde contre les chemins tortueux et fleuris de l'erreur. Elle instruit du respect des droits d'autrui.

    Le Compas, troisième des Trois Grandes Lumières, donne les justes limites dans lesquelles on doit se tenir dans les rapports avec ses semblables ».

    Le point de vue d’Ubaldo Triaca est sans doute acceptable au sein de nos Loges « bleues » mais une fois entré dans les Loges dite « de perfection », le Volume de la Loi sacrée ne peut plus être considéré tout simplement comme un symbole !

     

    * Les trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie

    Le Volume de la Loi Sacrée

    Sur l'autel des serments est posé le Volume de la Loi Sacrée sous forme de livre ouvert. Il représente le livre du Verbe créateur, manifesté sous l'aspect de la révélation. La tradition révélée par le Volume de la Loi Sacrée dans son sens ésotérique est source de connaissance et de méditation. L'Eternel créa le monde par le Verbe qui s'incarne dans la langue sacrée et dans la parole rituelle qui contient l'essence primordiale. Un livre fermé garde son secret. Un livre ouvert instruit celui qui le lit, dévoile ce qui est caché.

    Ce livre contient un double message. Le premier comporte un enseignement extérieur, représenté par les dogmes et une loi morale à caractère exotérique. Le second message développe une cosmogonie [2] et contient un message symbolique à décrypter et qui est à caractère ésotérique. Le second n'exclut pas le premier mais, au contraire, l'éclaire en ouvrant sur le champ indéfini des possibles et permet de dépasser les limites étroites de la dualité.

    Certains considèrent que le Volume de la Loi Sacrée contient le message d'une Tradition intemporelle, celle-ci étant l’expression de la relation entre la Vérité et la Sagesse, mais à moindre niveau elle contient une loi morale sur laquelle devrait s'appuyer tout Franc-maçon.

    Equerre et Compas réunis

    L'équerre et le compas sont les outils de l'homme libre. Ils sont les outils de la pensée qui se reconnait le pouvoir de rendre compte de la réalité, de connaître ses lois et de la modifier pour améliorer la condition humaine. Ce sont des outils conçus par l'homme pour l'assister dans l'exercice d'un pouvoir qu'il se reconnaît sur le réel. Le symbolisme éclaire le sens de ces outils car il les présente comme les images de l'esprit qui les conçoit et les crée. L’Équerre et le Compas sont des symboles parce qu'ils réfractent dans la matière les formes de l'esprit.

    Plusieurs auteurs ont, au contraire, considéré que l’Équerre et le Compas [3] ne sont pas des symboles et qu'ils n'acquièrent leur symbolisme que dans leur association ! Si l'on demeure satisfait des analogies qui peuvent être faites entre l’Équerre et la rectitude, le Compas et l'entendement ou la connaissance, alors ces auteurs ont raison. Mais n'est-ce pas un peu trop schématique ?

    Celui qui essaie de pénétrer le sens profond et vrai des outils, qui tente de l'intérioriser, qui s’applique à vivre avec ces instruments afin de transformer sa conduite, peut en faire de véritables symboles.

    Dans l'univers maçonnique, le Compas me semble aussi représenter symboliquement le degré d'avancement du Maçon. Il est l'un des outils majeurs de l'expression de celui qui cherche, qui est en quête de connaissance. A ce titre, il est souvent représenté en compagnie de l’Équerre, cet autre instrument de mesure et de création.

    De fait, l’Équerre est souvent associée au Compas dans les représentations concernant les trois premiers degrés. Mieux, je pense que l'on peut affirmer qu’Équerre et Compas sont intimement liés ! Il n'est qu'à lire les textes anciens pour s'en rendre compte : l’Équerre unie au Compas est l'insigne des Maîtres.

    L’Équerre contrôle le travail du Maçon qui doit agir en tout avec rectitude et en s'inspirant de la plus scrupuleuse équité. Le Compas dirige cette activité en l'éclairant afin qu'elle trouve son application la plus judicieuse et la plus féconde.

    Si le Compas est signifiant de l'esprit, l’Équerre va évoquer la réalité, le concret, la matière. Elle se rapproche en cela du carré pour le tracé duquel elle est nécessaire bien que le Maître sache aussi le tracer avec le Compas.

    Pour Raoul Berteaux, « ces deux instruments ne sont des symboles que s'ils sont associés. C'est alors qu'ils forment un modèle symbolique binaire. L'association d'un carré et d'un cercle ayant un centre commun constitue un modèle symbolique corrélatif. Par extension, tout groupement autour d'un centre commun de figures quadrangulaires et de figures circulaires constitue un modèle symbolique Enquerre- Compas ».

    Si l’Équerre et le Compas font partie de l'instrumenta maçonnique en tant que filiation des outils des Francs-maçons opératifs, le modèle symbolique formé par l'association des deux instruments nous relie à de lointains ancêtres et constitue un modèle de caractère universel.

    Examinons à présent comment sont disposés ces deux instruments lorsqu'ils sont assemblés au cours de l'Ouverture de nos Travaux de Loge d'Apprentis.

     

    * Les trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie

    Disposition de l'Equerre et du Compas sur l'autel

    Lors de l'Ouverture des Travaux, le Vénérable s'arrête devant l'autel pour y disposer correctement les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie. Il ouvre le Volume de la Loi Sacrée et y dépose le Compas qu'il recouvre de l’Équerre.

    Sur la Bible ouverte au Prologue de saint Jean, l’Équerre et le Compas peuvent être placés de trois façons différentes mais le Compas est toujours ouvert à 45°. Ces dispositions évoquent un progrès moral ou une hiérarchie de valeurs. Elles constituent en quelque sorte des sigles distinctifs de chacun des trois degrés et procèdent de l'allégorie. Mais ne dévoilons rien du symbolisme des deux degrés suivants !

    La Bible est donc couverte de l’Équerre et du Compas. Nous sommes en présence d'un modèle symbolique universel. Dans ce modèle binaire, l’Équerre est associée à la partie matérielle du Cosmos, c'est-à-dire pour nous la Terre, tandis que le Compas est associé au cercle, aux Cieux, à l'esprit. L’Équerre est donc l'emblème de l'homme et le Compas celui du Grand Architecte de l'Univers.

    Au degré [4] d'Apprenti, nous constatons que l’Équerre couvre les deux branches du Compas.  Il semblerait que ce soit pour indiquer qu'à ce stade on ne peut demander plus du Néophyte que SINCÉRITÉ et CONFIANCE, conséquences naturelles de la droiture et de la rectitude.

    Effectivement, on ne peut pas déjà demander à l'Apprenti la Sagesse qu'il n'a pas encore acquise. Sa probité et sa rectitude naturelles sont tout ce que les Maîtres attendent de lui, principalement le Second Surveillant. La matière prime sur l'Esprit.

    Par cette disposition, on signifie à l'Apprenti qu'il œuvre sur la matière. Son rôle consiste à dégrossir la Pierre brute avec les seuls outils dont il dispose, le Maillet et le Ciseau. Il ne sait pas ce que sera l'édifice car il n'a pas eu connaissance des plans.

    Il faut encore remarquer que les pointes du Compas sont tournées vers le bas et que l’Équerre est toujours ouverte vers le haut. Cela signifie que le Maçon ne doit pas se comporter en pur esprit mais au contraire mettre en application ce qu'il découvre ou apprend. Demeurer dans le domaine purement spéculatif est un comportement stérile, sans réelle utilité. D'autre part, il ne doit pas rester prisonnier de la matière mais il doit s'efforcer de la dominer en s'élevant lui-même afin de vivre en harmonie avec le monde.

    Si l'on fait référence aux bâtisseurs, on pourrait dire que l'architecte avait deux combats à mener : l'un contre la pesanteur et l'autre contre l'obscurité. Il lui fallait parvenir à une légèreté, sans pour autant nuire à la robustesse de l'ensemble, qui puisse laisser pénétrer la lumière. Le maître d'œuvre avait pour ambition d'alléger sa construction par des ouvertures, dans une harmonie de vides et de pleins, afin de l'aérer, de la rendre lumineuse. Cette double exigence est figurée par l’Équerre et le Compas : l’Équerre, outil de la matière, de la pesanteur alliée au Compas, instrument du ciel, de la Lumière.

    Je voudrais encore évoquer succinctement la signification de la présence des Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie lors de notre Initiation, au moment de notre prestation de serment.

    L'Equerre et le Compas dans la prestation de serment

    Une fois les trois voyages accomplis, nous avons dû prononcer notre serment et nos obligations avant de recevoir l'illumination de la Lumière. Nous avons été conduits à l'autel. Le rituel ancien nous a fait mettre le genou droit à terre et la jambe gauche en équerre, en signe de soumission, de respect à tout ce qui est équitable et juste. Dans notre main gauche nous avons tenu un Compas dont les pointes étaient appuyées sur la région du cœur mise à découvert, en signe de sincérité parfaite des sentiments exprimés.

    Pendant que nous prononcions notre serment, la paume de la main droite ne touchait pas directement la Bible mais était en contact avec l’Équerre, représentant la Terre, et le Compas représentant le Ciel.

    Selon Guy Boisdenghien, « ce modèle symbolique binaire marque la dimension initiatique de la prise de serment. Il dépasse la personne qui le prononce en ce sens que le divin et le cosmique sont solidairement présents et de surcroît garanties de l'engagement pris ».

    Notre serment

    Lors de notre Initiation, nous nous sommes tous engagés par notre serment à respecter la Constitution et le Règlement général de notre obédience.

    Prêté la main droite dégantée et posée sur le Volume de la Loi Sacrée afin que nous nous engagions sur ce qu'il y a de plus sacré, notre serment nous enjoint :

    • de garder le secret ;
    • de rester fidèle et discret, c'est-à-dire de ne trahir ni l'Ordre maçonnique ni nos Frères ;
    • de persévérer dans le perfectionnement, c'est-à-dire de marcher sur le chemin de l'Initiation.

    Il me semble aussi utile de rappeler pourquoi nous avons prêté notre serment sur la Bible. Depuis toujours, les Francs-maçons prêtent serment sur un livre considéré comme sacré et qui donne à leurs engagements un caractère solennel et irrévocable.

    Dans les pays occidentaux, ce livre a toujours été la Bible mais aujourd'hui un candidat Franc-maçon, dont les racines religieuses personnelles ne se reconnaissent pas dans la Bible, peut prêter son serment d'engagement sur le livre de son choix tel le Coran ou la Torah qu'il n'est pas rare de voir sur l'autel des Loges maçonniques en plus de la Bible.

    En Franc-maçonnerie, le serment consiste en une promesse solennelle faite par le Néophyte qui s'engage à garder les secrets de la Franc-maçonnerie et à se conformer en toutes choses aux règlements de l'Ordre, conformes aux lois en vigueur dans le pays.

    Le serment est empreint d'un caractère solennel, de la gravité d'un pacte, du sérieux extrême de l'engagement indissoluble entre celui qui le prête et celui qui le reçoit. Ce serment initiatique a aussi un caractère antique et sacré. Il est prononcé de la libre volonté du Récipiendaire, sans contrainte et devant une assemblée de Maçons, témoins qui vont devenir ses Frères et en présence du principe de l'Ordre.

    Ce serment spécifique se décompose en trois parties : une invocation, une promesse, une imprécation. Le plus souvent, et en tout cas dans notre Obédience régulière, l'invocation est faite à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers.

    Le serment est prêté sur la Bible, ouverte au Prologue de l'Evangile de saint Jean. On peut considérer que le serment a un caractère d'alliance cosmique avec l'Eternel. C'est une obligation réciproque consentie librement entre l'Ordre et le Néophyte qui est accepté en qualité de nouveau maillon de la chaîne initiatique. Cette promesse au caractère solennel engage l'être tout entier à être fidèle à sa promesse.

    En vertu même de son adhésion aux idéaux maçonniques traditionnels, trois principes universels définissent le caractère régulier de notre Obédience.

    • La croyance en Dieu, Grand Architecte de l'Univers et en sa volonté révélée, est une condition impérativement nécessaire pour l'admission de nouveaux membres dans une de nos Loges.

    En effet, la Franc-maçonnerie affirme l'existence [5] de Dieu, Etre Suprême qu'elle désigne sous le vocable de « Grand Architecte de l'Univers». La Franc-maçonnerie ne définit pas l'Etre Suprême. Elle laisse à chacun la liberté absolue de le concevoir mais elle requiert de tous ses membres qu'ils admettent cette affirmation. Cette exigence est absolue et ne peut faire l'objet d'aucun compromis ni d'aucune restriction. La croyance en Dieu, Grand Architecte de l'Univers, demeure, pour toutes les Grandes Loges indépendantes du monde, le critère essentiel de régularité et de fidélité aux « anciens devoirs ».

    • Tout travail maçonnique se fait à la gloire du Grand Architecte de l'Univers et en présence des Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie : le Volume de la Loi Sacrée sous l’Équerre et le Compas sur lesquels sont prêtés tous les serments.

    C'est pourquoi les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie doivent toujours être exposées pendant les Travaux de la Grande Loge et des Loges placées sous son contrôle. Tous les Initiés doivent prêter leur Obligation sur le Livre de la Loi Sacrée dans lequel est exprimée la Révélation d'En Haut.

    R:. F:. A. B.

     

    [1] Marius Lepage, (1902 - 1972) était un illustre Franc-maçon et écrivain français. Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur la Franc-maçonnerie dont le célèbre et toujours d'actualité L'Ordre et les Obédiences. Il était aussi Directeur de la Revue « Le Symbolisme », fondée par Oswald Wirth.

    Il a créé la première loge de la Grande Loge Nationale Française dans l'Ouest de la France, la Loge Ambroise Paré à l'Orient de Laval, qu'il a dirigée. Il est important pour la connaissance de la Franc-maçonnerie de signaler que le Vénérable Maître Marius Lepage a été le créateur d'un rite maçonnique très particulier au sein de la Loge "Volney" du G.O.D.F. à Laval, qui le pratique toujours.

    Marius Lepage a œuvré d'une manière trop méconnue pour une meilleure compréhension et connaissance mutuelle entre les différentes branches de la Maçonnerie, mais aussi entre catholicisme et Franc-maçonnerie en France. Il a su, dans le respect des lois, être un homme de contacts humains et de dialogue entre autorités religieuses et autorités civiles.

    [2] La cosmogonie, c’est la science ou le système de la formation de l'Univers.

    Des récits oraux de cosmogonie fondent presque toutes les religions et sociétés traditionnelles, mais de nombreux traités sur les origines possibles de l'univers ont aussi été écrits par des philosophes ou des penseurs scientifiques.

    Nombre des milliers de légendes de création du monde et de récits cosmogoniques traditionnels relatifs aux origines du monde, des dieux ou des institutions, appartiennent à la catégorie des mythes fondateurs. Les figures idéales et les modèles intemporels y ont donc une place importante.

    La variété des récits de création du monde, derrière une théorie des origines, semble aussi exprimer le besoin immuable de décrire et peut-être justifier les transformations radicales du monde observable, de la Terre et de la société humaine. Mircea Eliade voit dans la cosmogonie « le modèle exemplaire de toute manière de faire » ; une sorte de modèle archétypal de la création, l'univers étant le « chef d'œuvre » d'un ou plusieurs créateurs offert comme modèle aux hommes.

    [3] Rappelons que tout symbole maçonnique s’écrit avec une majuscule.

    [4] Au Rite Écossais Rectifié, le mot « degré » est remplacé par « grade ».

    [5] Il serait probablement plus judicieux d'affirmer l'essence de Dieu. Dieu EST !

     

    Bibliographie

     

    Ambelain RobertLa symbolique des outils dans l’Art Royal

    Scala philosophorum – Editions Edimaf, Paris, 1996

     

    Baudouin BernardDictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995

     

    Behaeghel Julien – Symboles et Initiation maçonnique

    Editions du Rocher, Monaco, 2000

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986

     

    Boisdenghien Guy La vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999

     

    Boucher Jules La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995

     

    Dangle PierreLe Livre de l’Apprenti

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 1999

     

    Mainguy Irène La symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy, Paris, 2001

     

    Nefontaine Luc Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie (Tome 2)

    Editions de l'Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997

     

    Plantagenet Edouard E.  – Causeries initiatiques pour le travail en loge d'Apprentis

    Editions Dervy, Paris, 1988

     

    Triaca UbaldoA propos des landmarks

    Exposé en sept points à l’intention des Maîtres Maçons, 1952

     

    Wirth OswaldLa Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome 1 : « L'Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994


  • Commentaires

    1
    girol2012
    Lundi 11 Septembre à 18:17

    j'aime bien la franc maçonnerie

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