• * Volume de la Loi sacrée ou Bible ?

    Il y a quelques années, bien avant de devenir un Franc-maçon régulier, j’ai eu l’occasion de parcourir un ouvrage de Richard Dupuy Intitulé « La foi d’un Franc-maçon ».

    A cette époque je me posais déjà les deux questions suivantes : « Peut-on devenir Franc-maçon quand on pense avoir été chrétien et subi une éducation catholique ? » et « peut-on redevenir chrétien quand on a été initié Franc-maçon ? ». Mon parcours maçonnique au sein de notre Obédience régulière m’a permis de répondre par l’affirmative à ces deux questions.

    Quant aux propos que je vais tenir ce Midi, ils sont le reflet de ma foi de Franc-maçon telle que je la vis aujourd'hui. S’il y a parmi nous des athées affirmés ou des incroyants discrets, qu’ils se rassurent : je n’ai pas l’intention de les convertir ! Mais si, pour mon bonheur, il y a encore parmi nous de véritables « cherchants », alors puisse cette planche les éclairer davantage !

     

    Notre travail maçonnique

    Je ne vous ferai pas l’affront de vous rappeler que nous sommes tous ici pour travailler. Il suffit d’observer comment nous sommes assis pendant la Tenue ! L’article 3 du Règlement général de notre Obédience précise ce que nous devons comprendre en matière de « travail maçonnique ».

    Il s’agit du fait de travailler avec d’autres Francs-Maçons, dans un espace et un temps sacrés, au perfectionnement personnel, à l’aide d’un ensemble spécifique de symboles et de rituels, en tant que porteurs d’une tradition initiatique, pour contribuer au perfectionnement de l’humanité par la pratique d’un idéal de paix, d’amour et de fraternité.

    Cet article 3 précise aussi que ce travail est effectué à la gloire du Grand Architecte de l’Univers et en présence des trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie, à savoir le « Volume de la Loi Sacrée » sous l'Équerre et le Compas.

    Les Francs-maçons travaillent dans des Loges où la Lumière est présente sous différentes formes et sous différents noms. Ce symbole est particulièrement mis en valeur sous la forme des « Trois Grandes Lumières » dont l’identification est fondamentale pour bien préciser la nature de la quête initiatique.

    A ce stade de cet exposé, il me semble utile de préciser ce que notre Ordre entend par « Tradition ».

     

    La Tradition

    On peut considérer que toute Loge régulière est un foyer vivant de la Tradition et de la transmission. Encore faut-il préciser ce que l’on entend par enseignement traditionnel.

    Le mot « tradition » dérive du verbe latin « tradere » qui signifie porter, transmettre. Transmettre, c’est communiquer, ou redonner du sens à ce qui a existé, le recréer. C’est pourquoi l’Initiation est considérée comme une seconde naissance.

    La Tradition serait porteuse et révélatrice de l’essence des choses, et le contenant de la connaissance absolue, sous une forme particulière. Cette connaissance primordiale et universelle a transcendé l’homme au cours des siècles.

    La Tradition a pour fondement la révélation du Principe Divin transcendant et le terme de « révélation » contient l’idée de manifestation de ce Principe créateur et ordonnateur. En Franc-maçonnerie, la référence à la Tradition, fondée sur la révélation primordiale du Principe transcendant, se fait en dehors de toute exigence dogmatique ou de tout présupposé confessionnel.

    Mais il ne peut y avoir de Maçonnerie authentique sans la présence du « Volume de la Loi Sacrée » sur l’Autel durant chaque Tenue. Le « Volume de la Loi Sacrée » pourrait être soit la Bible (qui comprend la Torah [1] dans sa première partie), soit tout autre livre inspiré et représentatif d’un grand mouvement mystique (le Coran, les Vedas [2], l’Avesta [3]), soit tout écrit relatant les révélations du Verbe créateur.

     

    Le Volume de la Loi sacrée

    Le « Volume » ou « Livre de la Loi sacrée » occupe donc une place éminente dans la spiritualité initiatique de notre Ordre. D'abord il forme avec les outils du métier que sont l'Équerre et le Compas, les « Trois Grandes Lumières » disposées sur l’Autel des serments dans chaque Loge. Et c’est en contractant ses Obligations la main droite posée sur ces « Trois Grandes Lumières » que tout Profane est reçu Franc-maçon.

    Toujours en conformité avec l’article 3 de la Constitution de la G.L.R.B., toutes nos promesses et engagements solennels sont pris en apposant la main droite sur les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie, à savoir le « Volume de la Loi Sacrée », ouvert habituellement à l’Évangile de Jean, sous l'Équerre et le Compas.

    Cette expression « Volume de la Loi sacrée » semble bien respecter les convictions de chacun. Cependant, le Livre sacré le plus représentatif de la religion d’un candidat peut, à sa demande, être ajouté sur l’Autel pour le même usage.

    La prise d’Obligation ou serment, renouvelée lors du passage des différents grades est, avant toute chose, un acte de fidélité à la Tradition dont le « Volume de la Loi Sacrée » est le témoin. En prêtant serment sur le « Volume de la Loi Sacrée », nous entrons et accédons à l’histoire de l’humanité.

    Remarquons qu’entre l’article 3 et l’article 32 du Règlement général, aucune définition n’est donnée du « Volume de la Loi Sacrée ». Cependant, au deuxième alinéa de l’article 32, un synonyme de « Volume de la Loi Sacrée » apparaît clairement. Cet alinéa nous dit qu’une « Loge peut, à la demande d’un ou de plusieurs de ses membres ou d’un visiteur, décider de placer sur l’autel – à côté de la Bible, ouverte sous l'Équerre et le Compas – d’autres « Volumes de la Loi Sacrée » et que « le Grand Comité donne un avis sur les Volumes qui peuvent être pris en compte ». Observons encore que l’article 32 porte comme sous-titre le mot « Initiation », ce qui, à mes yeux, limite la présence d’autres « Volumes » sur l’Autel aux seules cérémonies au cours desquelles un Profane ou un Frère prend une Obligation.

    Remarquons donc que le mot «  Bible » n’apparaît qu’une seule fois dans le Règlement général, alors que l’expression « Volume de la Loi sacrée » y a deux occurrences.

    Sur l'Autel des serments doit donc être posé impérativement le « Volume de la Loi Sacrée » sous forme de livre ouvert. Pour les croyants, il représente le livre du Verbe créateur, manifesté sous l'aspect de la révélation [4]. La Tradition révélée par le « Volume de la Loi Sacrée » dans son sens ésotérique est source de connaissance et de méditation. Dieu a créé le monde par le Verbe qui s'incarne dans la langue sacrée et dans la parole rituelle qui contient l'essence primordiale. Un livre fermé garde son secret. Un livre ouvert instruit celui qui le lit, dévoile ce qui est caché.

    Ce livre contient un double message. Au premier niveau de lecture, nous découvrons un enseignement extérieur, représenté par les dogmes et une loi morale à caractère exotérique. Le second niveau de lecture développe une cosmogonie [5] et contient un message symbolique à décrypter, à caractère ésotérique. Le second n'exclut pas le premier mais, au contraire, l'éclaire en ouvrant sur le champ indéfini des possibles.

    Certains considèrent que le « Volume de la Loi Sacrée » contient le message d'une Tradition intemporelle, celle-ci étant l’expression de la relation entre la Vérité et la Sagesse, mais à un moindre niveau, elle contient une loi morale sur laquelle devrait s'appuyer tout Franc-maçon.

    Le « Volume de la Loi sacrée » enveloppe la totalité des religions. Même si nous nous servons du « Volume de la Loi sacrée », c’est-à-dire de la Bible, nous nous référons bien à un symbole beaucoup plus large, un symbole qui permet à chacun d’entre nous d’avoir une approche plus personnelle du Grand Architecte de l’Univers, c’est-à-dire de promouvoir sa propre liberté de pensée au niveau du spirituel qui est le nôtre.

    Les Maçons pratiquant le Rite Écossais Ancien et Accepté considèrent le « Volume de la Loi Sacrée » comme le symbole de la Tradition. C’est d’autant plus vrai que nous écrivons « Volume de la Loi Sacrée » avec trois majuscules, ce qui nous renvoie par conséquent à la connaissance ancestrale de la Tradition primordiale et non à de simples usages.

    Le « Volume de la Loi Sacrée » contient la Loi Morale supportée par deux « colonnes » que sont la justice et l’amour.

    C'est parce que le « Volume de la Sainte Loi » symbolise la Loi elle-même qu'elle figure sur l'Autel. Etant la Loi, il est normal qu'elle occupe une position « centrale » pendant les Tenues. Avec l'Équerre et le Compas, le « Volume de la Loi sacrée » constitue la première de ce que nous nommons les « Trois Grandes Lumières » de la Maçonnerie universelle. Cette Grande Lumière de la Franc-maçonnerie est du domaine sacré parce qu’elle joint l’humain et le divin, le fini et l’infini, le matériel et le spirituel, comme tout ce qui est sacré. Elle est donc tout à fait à sa place, avec l'Équerre et le Compas, comme troisième terme équilibrant cette dualité.

    Nous utilisons l'expression « Volume de la Loi sacrée » mais c'est bien un livre qui se trouve sur l'Autel. Car le mot « Volume » veut dire « rouleau ». C'est une référence à des rouleaux traditionnels, une référence aux rouleaux de la Bible chrétienne qui ont été précédés par les rouleaux de la Loi juive. Ces rouleaux étaient un support fait de parchemin spécialement traité : l'objet le plus saint des objets du culte pour les Juifs, un objet qu'on ne touche jamais avec les mains nues.

    Pour les croyants, de la première à la dernière lettre, son contenu c'est la Parole divine. C'est le Sepher Torah, le Livre de la Loi où est inscrit le « plan du monde, le code génétique de la création ». Ce contenu, c'est la Loi. Mais qu'est-ce que la Loi ?

    Le mot « Loi » correspond à bien des termes bibliques, qu'ils soient hébreux ou grecs. Il peut s'agir des principes de la nature qui émanent du Créateur ou des règles imposées aux hommes.

    En ce qui me concerne, toutes ces lois sont l'expression d'une seule Loi, qui est la volonté divine transmise par l'écriture, « la parole divine qui git dans le cœur de l'homme ».

    Et pourquoi « Loi sacrée » me direz-vous ?

    A l’usage, et surtout pour le Franc-maçon, le mot « sacré » prend le sens de « séparé » à la fois de l’humain et du divin qu’il unifie. Le sacré est alors un intermédiaire entre les plans divin et humain, un passage de l’un à l’autre. Ainsi, la Loi Sacrée contiendrait ces deux sens. Ce serait la grande Loi cosmique, la Loi de l’univers permettant à celui-ci d’exister.

    Ce serait d’autre part la façon pour l’homme d’appréhender cette Loi, de la traduire de telle sorte que son esprit puisse la comprendre. Loi mi-divine, mi-humaine, elle permettrait à l’homme de s’élever vers son Créateur, dans sa recherche de la Lumière, et de progresser vers la source de celle-ci.

    La Loi universelle, Loi du Grand Architecte, ne peut être ramenée à l’échelle humaine et la Loi Sacrée, qui en est une facette, a sa déclinaison dans chacun de nous, comme toutes les vérités transcendantes que nous tentons d’approcher. Mais la notion même de Loi Sacrée induisant l’existence d’une Loi universelle implique qu’il existe un ordre des choses inhérent à leur nature même. Elle implique que notre présence ici-bas n’est pas due au hasard mais qu’au contraire, elle a un sens.

    La recherche du sens à donner à sa vie est l’objet du travail incessant du Franc-maçon, fait d’applications pratiques, d’erreurs et de succès. C’est un travail interactif. La confrontation avec la réalité permet de corriger ce que notre intellect peut concevoir de manière trop théorique.

    Les raisons pour lesquelles le « Volume de la Loi Sacrée » est obligatoirement la Bible apparaissent de façon plus évidente au fur et à mesure que l’on progresse dans les degrés de nos rites et plus particulièrement ceux du Rite Écossais Ancien Accepté.

    Libre à chacun, bien évidemment, d’accepter ou de rejeter mes propos et mes interprétations personnelles. Mais je me dois de vous informer qu’à ma connaissance, toutes les Loges que j’ai visitées au sein de notre Obédience ont pour habitude d’ouvrir ledit « Volume de la Loi sacrée » à l'Evangile de Jean [6] qualifié parfois d'Evangile spirituel, ou d'Evangile de la Lumière. Cet Évangile se concentre sur quelques épisodes de la vie de Jésus auxquels il apporte un éclairage très particulier, quasi ésotérique. Il est célèbre en particulier par son Prologue qui, en dix-huit versets, donne une vision chrétienne de la Genèse.

    Lors de l’Ouverture des Travaux, le Vénérable s’arrête devant l’Autel pour y disposer correctement les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie. Il ouvre le « Volume de la Loi Sacrée » et le recouvre de l'Équerre et du Compas.

    Pour les Anglo-Saxons, c'est la Bible qui doit se trouver ouverte sur l'Autel. Si cette règle n'était pas observée, l'Obédience réfractaire serait déclarée « irrégulière ». En imposant la Bible, les Anglo-Saxons précisaient bien qu'il s'agissait de l'Ancien Testament. Mais dans nos Loges, la Bible est ouverte à la première page de l'Evangile de Jean qui comprend 51 versets. Ce que nous désignons par un raccourci un peu facile en disant « au Prologue de Jean » ne concerne que 18 premiers versets de ce chapitre. Cet Évangile est aussi souvent qualifié d' « Évangile de l'Esprit ». Il fait partie du Nouveau Testament.

    L'ouverture de la Bible à l'Evangile de Jean repose sur des raisons historiques et symboliques : ne perdons pas de vue qu’au début de la Franc-maçonnerie, tous les Frères étaient chrétiens. Le « Volume de la Loi Sacrée » le rappelle, et en même temps, symbolise tous les livres sacrés. Il n'implique aucune obligation d'adhérer au christianisme.

    L’ouverture du « Volume de la Loi Sacrée » au 1er chapitre de Jean est d’usage non écrit mais obligatoire à la G.L.R.B. Il s'agit d’un héritage de la Franc-maçonnerie française, d'une tradition ayant transité par le Grand Orient de Belgique puis par la Grande Loge de Belgique. Cet usage a été véhiculé par le rite moderne belge que notre Obédience a adopté comme rite officiel.

    L'Evangile de Jean et tout particulièrement les cinq premiers versets du Prologue rappellent l’œuvre du Verbe « existenciateur » : « Tout fut par lui, et rien de ce qui fut ne fut sans lui » (Jean 1-3), ce qui précise beaucoup le sens à donner au Livre ; Jean dont les Écritures nous disent qu’il était l’Apôtre préféré du Christ ; Jean l'Évangéliste que nous fêtons lors du solstice d’hiver ; Jean qui est devenu notre patron.

    Sous l'influence prédominante de l'idée chrétienne en Occident, nos aînés ont cru devoir choisir la Bible pour perpétuer au sein de la Maçonnerie le souvenir d'un enseignement que l'on pourrait synthétiser comme ceci : l'homme n’est pas un but en soi. Il naît ; il passe un certain temps sur terre puis il décline et meurt. Il est un maillon d'une chaîne infinie.

    La présence de la Bible dans nos Ateliers ne se justifie que par le désir de ne pas laisser s'estomper l'annonce de l'approche de la Lumière faite par Jean.

    Tradition et Volume de la Loi Sacrée sont donc très intimement liés. Ce Livre sacré est le témoin de différentes alliances, et l’une d’entre elles, l’alliance noachite, a permis, dans l’esprit des premiers Maçons spéculatifs de l’Angleterre du début du 18ème siècle, d’inscrire la Franc-maçonnerie et sa finalité spirituelle dans l'alliance la plus large qui ait été contractée entre Dieu et l'homme.

    En inscrivant la Franc-maçonnerie dans la perspective de l’alliance noachite, Anderson et Désaguliers ont fait du Noé biblique, ouvrier de Dieu – Grand Architecte de l’Univers, la figure symbolique de ce que nous aspirons à devenir : des éléments utiles de la construction universelle, des collaborateurs du Grand Œuvre, des pierres vivantes de ce Temple dont la Vérité transcendante, qui inspire et protège les Travaux des Maçons, est la clé de voûte.

    Parce que les outils de la construction, que sont l’équerre et le compas, sont liés au « Volume de la Loi Sacrée », qui renferme la Loi Morale, nous pouvons édifier notre temple intérieur, celui de l’esprit, en conformité avec le plan du Grand Architecte de l’Univers.

    La Grande Loge Régulière de Belgique travaille, faut-il le rappeler, à la gloire du Grand Architecte de l’Univers, Principe transcendant qui fonde et éclaire l’ascèse initiatique. Sans cette affirmation première il n’y aurait pas de filiation traditionnelle, pas de rattachement à une Loi Morale dont notre « Volume de la Loi sacrée » est le symbole.

    La plus ancienne tradition maçonnique, attestée par les Manuscrits des Anciens Devoirs et les Constitutions d’Anderson, établit très clairement que Dieu est le Grand Architecte de l’Univers, le Dieu biblique, le Dieu qui contracte l’alliance avec Noé, l’homme juste.

    Alors comment pourrait-il y avoir le moindre doute pour nous, Maçons réguliers, Maçons de tradition, que le « Volume de la Loi sacrée » soit autre chose que la Bible sur lequel nous prêtons toutes nos obligations, tous nos serments ?

    Ceux qui en doutent se sentent-ils réellement chrétiens au sens où l’entendait le rédacteur de nos Constitutions en 1717 ? Notre Obédience affirme l’existence de Dieu, Etre Suprême qu’elle désigne sous l’appellation « Grand Architecte de l’Univers » et nous impose d’admettre cette affirmation tout en nous laissant la liberté de le définir ou ne de pas le définir.

    Tout Profane, de confession  juive, musulmane ou autre, s’il est bien parrainé en vue de son entrée en Loge, est censé savoir à quelle porte il frappe et connaître les conditions strictes pour intégrer notre Ordre.

    Et nul ne peut méconnaître à quel point la Bible – et l'Evangile de Jean en particulier – concourent à la construction de l’ésotérisme maçonnique. C’est là que réside tout le symbolisme de la « Parole Perdue » qui rejoint, en différents aspects, le mythe de l’origine et la perfection de la Création.

    La Bible constitue un sujet extrêmement complexe. Elle se prête à plusieurs lectures. Les rabbins parlent de soixante-dix (septante) lectures différentes, nombre évidemment symbolique [7] !

    Disons simplement que nous pouvons prendre la Bible comme l’histoire, à la fois mythique et réelle, du peuple juif, conçue de telle façon que c’est en même temps l’histoire mythique de l’humanité et l’histoire en devenir de chaque homme. Chacun de nous est un élément constitutif de ce corps qu’est l’humanité et dont l’histoire nous est contée. Lue ainsi, la Bible est absolument adogmatique et non religieuse. Elle fait partie du patrimoine de l’humanité et n’est pas propriété ni monopole des religions qui se sont fondées sur elle.

    Pour la suite de cet exposé, je m’appuierai donc sur ma conviction personnelle : ce « Livre » sur lequel j’ai, jusqu'à présent, prêté beaucoup de serments, c’est la Bible, Bible que je vais tenter de vous présenter, le plus simplement possible.

     

    Ce qu’est la Bible

    Pour comprendre la Bible, il est indispensable de la prendre pour ce qu’elle est. Son nom vient du pluriel grec « ta biblia », signifiant « les livres ». En effet, la Bible contient 74 écrits. C’est la bibliothèque d’un peuple, rassemblée au cours de mille ans. Avant d’être écrites, les pages de la Bible ont été vécues par un petit peuple, d’abord nomade, puis esclave de grandes puissances, ensuite libéré, déporté, dispersé.

    Une multiplicité d’auteurs – le plus souvent inconnus – ont participé à la rédaction, à la réécriture, à la réactualisation des textes. Aucun auteur n’était conscient d’écrire la Bible.

    Au début de notre ère, jusqu'au 4ème siècle, les écrits de l’Ancien et du Nouveau Testament ont été peu à peu rassemblés et reconnus par l’Eglise du Christ comme le lieu privilégié de la Parole de Dieu.

    Au 12ème siècle, la Bible, c’est ce qui est représenté ; c’est le principal repère dans la société d’autrefois, celle des Chevaliers Templiers, celle qui a construit nos cathédrales d’Europe occidentale. C’est la principale référence dans la tradition des Francs-maçons opératifs.

    La Bible ainsi constituée est un livre ouvert. Elle comporte des lois, mais n’enferme personne dans un code suranné. Certes, elle parle de Dieu. Plus de dix mille fois, même ! Mais elle ne réduit jamais Dieu à une formule unique. Elle comporte des mythes, des prières et des chants d’amour pour aider le lecteur à découvrir une autre dimension de la réalité. Elle rassemble aussi des maximes de sagesse, comme un partage d’expériences pour chercher la Sagesse.

    La Bible contient des traditions différentes (deux récits de la création, quatre évangiles…). Elle est le résultat de milliers de regards. Par sa structure même, elle est pluraliste et laisse aux générations à venir un espace ouvert à la recherche.

    On dit que la Bible est l’ouvrage le plus vendu et le moins bien lu !

    La Bible a été traduite en plus de 2160 langues et est vendue à plus de 20 millions d’exemplaires par an.

    Difficile d’accès dans ses différentes traductions ou interprétations, la connaissance de rudiments d’hébreu peut en faciliter la lecture et la saisie de signaux, à condition d’être patient et vigilant.

    La recherche symbolique permet d’y puiser des enseignements simples et universellement reconnus : les symboles bibliques se rapportent généralement à l’origine de l’univers, aux éléments de la création, à la tradition de la « Chute » dans l’univers matériel et de la rédemption ainsi qu’aux rapports de l’être avec Dieu, à travers ses attributs ou ses manifestations.

     

    Ce que la Bible n’est pas

    Pour peu que l’on daigne la feuilleter, on peut rapidement s’apercevoir que la Bible n’est ni un cours de morale ou de religion, ni un livre dicté par Dieu, ni un livre compliqué inaccessible aux non-spécialistes, ni un livre pratiquant et préconisant la pensée unique. La Bible n’est pas non plus un livre réservé aux initiés et aux croyants.

    La Bible n’est pas le seul livre religieux de l’humanité. Au cours des âges, d’autres livres ont été écrits. Certains sont perdus à jamais. D'autres reposent dans les musées ou les bibliothèques. D'autres nourrissent toujours la foi des croyants.

    Le « Livre des morts » des anciens Égyptiens cherchait déjà à abolir la barrière entre la vie et l’au-delà.

    Je ne m’étendrai pas sur les ouvrages qui transmettent la mystique de l’hindouisme ni sur les 300 ouvrages bouddhistes traduits directement du sanskrit en tibétain.

    Je rappellerai simplement que le Coran est, pour le musulman, l’écrit sacré par excellence, le livre sacré de l'islam. Sa tradition le présente comme le premier ouvrage rédigé en langue arabe claire, affirmation dépendante de la notion d'inimitabilité du Coran. Le Coran regrouperait les paroles que Dieu aurait révélées au prophète et messager de l'islam Mahomet par l'archange Gabriel.

    Quant à la Torah, elle est, selon le judaïsme et le christianisme, l'enseignement divin transmis par Moïse au travers de ses cinq Livres, ainsi que l'ensemble des enseignements qui en découlent.

    Tous ces écrits sacrés sont témoins d’une Humanité qui cherche Dieu. Mais aucun d’eux n’inscrit la découverte et la révélation de Dieu dans le déroulement concret de l’histoire humaine.

    Alors, la Bible, à quoi sert-elle ?

     

    La Bible, ça sert à quoi ?

    Grâce aux moyens de diffusion modernes, la Bible peut rejoindre la plus grande partie de l’humanité. Mais pour quoi faire ? Pour asservir ou pour libérer ? Pour endoctriner ou pour inviter à la recherche ? Pour ouvrir les yeux ou pour aveugler ? Les croyants comme les non-croyants peuvent y découvrir un joyau du patrimoine mondial, un des moments exceptionnels de l’histoire humaine : la vie et la lutte d’un petit peuple avec, au cœur, une immense espérance, un souci de justice et une recherche de sens. Pour les croyants, la Bible est en outre un lieu privilégié où Dieu se laisse découvrir et se révèle de multiples manières. Ils regardent la Bible comme la « Parole de Dieu ». Ceux qui hésitent, se demandant s’ils sont croyants ou non, peuvent trouver dans les écrits bibliques un chemin vers le cœur de l’homme, des lumières sur le sens de l’histoire et peut-être une approche de Dieu, Grand Architecte de l’Univers.

     

    Une histoire d’amour

    La Bible chrétienne comporte deux grandes parties. On a pris l’habitude de les appeler « Ancien Testament » et « Nouveau testament ».

    Dénomination malheureuse bien que traditionnelle, « Ancien » fait penser à quelque chose de vieux, de poussiéreux. « Testament » fait penser à la mort. Parler d’Ancien Testament aujourd'hui c’est situer cette partie de la Bible dans un passé sans intérêt. Pourtant elle représente plus des ¾ de la longueur des écrits bibliques. Elle a une dimension historique, vitale, humaine qui constitue le terreau dans lequel est né Jésus.

    Ne pourrait-on pas changer sa dénomination ? Le mot « testament » (qui vient du latin « testamentum ») traduit le mot grec « diathekè » qui est lui-même la traduction de l’hébreu « Berith ». Or, « Bérith », c’est l’alliance. Si testament évoque la mort, l’alliance évoque l’amour, l’engagement, le mariage, la vie. Il vaut donc mieux revenir au sens original et parler de Première Alliance (He 8,7) et de Nouvelle Alliance (He 8,8).

    La Bible juive comporte les livres de la Première Alliance écrits en hébreu.

    Les livres écrits en grec ne figurent normalement pas dans les Bibles protestantes. Les livres de la Nouvelle Alliance – à l’origine tous écrits en grec – se trouvent dans toutes les Bibles chrétiennes.

    Pour moi, la Bible est enracinée et universelle. Elle est universelle parce qu’elle est enracinée. Non pas une universalité faite d’idées abstraites, mais une universalité qui rejoint en profondeur la recherche humaine et ses interrogations sur le sens de la vie, de l’histoire et de l’univers.

     

    Quelques clés pour lire un texte biblique

    Quand on lit un texte biblique aujourd'hui, on ressent tantôt un sentiment de familiarité, tantôt un sentiment de dépaysement, tantôt un sentiment de nouveauté.

    Aujourd'hui, le recul favorise la vérité par rapport au texte biblique que l’on ne coupe pas de ses racines mais favorise aussi la vérité avec nous-mêmes qui sommes enracinés dans le monde avec sa complexité, ses craintes et ses espoirs.

    Ces trois attitudes ne constituent pas une grille de lecture dont on serait l’esclave, mais plutôt trois préoccupations qui devraient habiter celui qui veut lire la Bible comme une parole de vie pour aujourd'hui.

    Outre ces deux grandes parties que constituent l’Ancien et le Nouveau Testaments, découvrons, pour terminer, quelles sont les subdivisions de la Bible.

     

    Les Livres de la Bible

    L’Ancien testament ou « Première Alliance » est composé de quatre grandes parties :

    1. Le Pentateuque est la base historique, législative et théologique de l’Ancien Testament. Comme l’indique son nom, il comporte 5 livres : la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome.
    2. Les livres historiques portent des regards différenciés sur l’histoire d’Israël depuis l’entrée en terre de Canaan vers – 1200 jusqu'au seuil du Nouveau Testament. Ce sont par exemple le livre des Rois, les Chroniques, les Maccabées…
    3. Les livres poétiques contiennent des maximes de sagesse, des réflexions sur la condition humaine et des chants. Ce sont par exemple les psaumes, les Proverbes, le Cantique des cantiques… 
    4. Les livres prophétiques qui témoignent de l’action vigoureuse d’hommes de Dieu cherchant à réveiller la conscience d’Israël. Parmi les plus souvent cités : Isaïe, Ézéchiel, Daniel, Amos, Jonas, Aggée, Zacharie…

     

    Le Nouveau Testament ou la Nouvelle Alliance comprend :

    1. Les Évangiles de Mathieu, de Marc, de Luc et de Jean, quatre regards sur la vie, l’action et le message de Jésus, écrits entre 65 et 95 après Jésus-Christ.
    1. Les Actes des Apôtres, qui présentent l’histoire des premiers chrétiens et de la diffusion de la Bonne Nouvelle jusque dans les années 60.
    1. Les lettres de Paul, écrites entre 52 et probablement 67.
    1. La lettre aux Hébreux, qui s’adresse à des prêtres juifs devenus chrétiens.
    1. D'autres lettres d’apôtres, attribuées à Jacques, à Pierre, à Jean, à Jude.
    1. L’Apocalypse ou Révélation. Elle clôt les livres bibliques mais ouvre également sur l’avenir.

     

    Conclusion toujours provisoire…

    Dans cette planche, j’ai rappelé que la Tradition est le support d’une conception du monde appréhendée et caractérisée par des rites et des symboles ; que la Franc-maçonnerie traditionnelle nous propose des enseignements secrets au moyen de rituels propres à chaque degré. Ces degrés sont nécessaires car la Vérité, qui existe au plus profond de chaque homme, ne se révèle et ne se concrétise que par étapes.

    Les enseignements de la Franc-maçonnerie n’évoluent pas, ne peuvent évoluer et doivent demeurer fidèles à son expression. Aussi, au sein de la Tradition, la source est intrinsèquement transcendante. Le symbolisme maçonnique nous convie à l’effort de construire l’homme en nous-mêmes, d’aller vers la Lumière et d’œuvrer toujours à la fois en créateur et en artisan probe et persévérant. Ce symbolisme dit que la Lumière est et qu’il n’est pas de plus haute démarche pour l’homme que d’aller vers Elle sur le chemin de l’Initiation. En vertu même de son adhésion aux idéaux maçonniques traditionnels, plusieurs principes universels définissent le caractère régulier de notre Obédience.

    A ce sujet, j’ai rappelé que la croyance en Dieu, Grand Architecte de l’Univers, et en sa volonté révélée, est une condition impérativement nécessaire pour l’admission de nouveaux membres dans nos Loges. En effet, la Franc-maçonnerie affirme l’existence de Dieu, Etre Suprême qu’elle désigne sous le vocable de « Grand Architecte de l’Univers ». Elle le rappelle dans le Décret n° 2, le seul document officiel de notre Obédience dans lequel l’article 4 stipule que la Bible, dénommée par les  Francs-maçons « le Volume de la Loi Sacrée » est toujours ouverte dans les Loges. Même si, dans certaines obédiences ou à certains rites, il est dit au candidat que ce Volume de la Loi sacrée, c’est la Bible, pour moi, ce Volume est toujours la Bible, ouverte au Prologue de l'Evangile de Jean. Agir autrement reviendrait à vider le rite de son sens !

    J’ai aussi rappelé que tout Travail maçonnique se fait à la gloire du Grand Architecte de l’Univers et en présence des trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie : le Volume de la Loi Sacrée sous l'Équerre et le Compas sur lesquels sont prêtés tous les serments ou obligations. C’est pourquoi les trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie doivent toujours être exposées pendant les Travaux de la Grande Loge et des Loges placées sous son contrôle. Tous les Initiés doivent prêter leur Obligation sur le « Volume » ou « Livre de la Loi Sacrée » dans lequel est exprimée la Révélation d’En Haut.

    Il ne fait donc aucun doute pour moi que le « Volume de la Loi Sacrée » ne peut être que la Bible puisque nous avons aussi l’obligation de l’ouvrir au début de l'Evangile de Jean, chapitre qui nous annonce l'approche de la Lumière.

    Le répétons-nous suffisamment chaque année lors de la célébration du Solstice d’hiver ? Ce texte pourrait être l'expression de la volonté divine mais seul un Initié parfait pourrait le comprendre dans sa totalité. Il me semble que le Prologue de Jean évoque aussi, de façon implicite, l'objet premier de la Franc-maçonnerie et suggère au Franc-maçon de se préparer, de se perfectionner, de rechercher la Lumière qui est en lui afin d'accéder à la Connaissance, c'est-à-dire de contribuer à l'édification de son propre Temple puis à celle du Temple de l'Humanité.

    Mais pour tendre vers la réalisation de ces suggestions, mes Frères, ne conviendrait-il pas en premier lieu de se rappeler que si c'est un privilège d'être Franc-Maçon, c'est un devoir d'assister aux Tenues ?

    R:. F:.  A. B.

     

    [1] La Torah (en hébreu, « instruction » ; en grec ancien, « Loi ») est, selon le judaïsme et le christianisme, l'enseignement divin transmis par Moïse au travers de ses cinq Livres, ainsi que l'ensemble des enseignements qui en découlent.

    [2] Les Védas ont toujours constitué une dimension centrale de la vie hindoue. Les Védas sont considérés comme les plus anciens livres dans la bibliothèque de l’humanité. Ils auraient plus de 45 000 ans. Les Vedas constituent un ensemble de textes qui auraient été révélés par l’audition aux sages indiens. Cette « connaissance révélée » a été transmise oralement de brahmane à brahmane au sein du védisme, du brahmanisme, et de l'hindouisme jusqu'à nos jours sur une période indéterminée.

    [3] L'Avesta est l'ensemble des textes sacrés de la religion mazdéenne et forme le livre sacré, le code sacerdotal des zoroastriens.

    [4] La révélation est, pour une religion, la connaissance qu'elle affirme détenir de source divine. Les manifestations divines par lesquelles cette connaissance est parvenue aux hommes sont tantôt des apparitions (théophanies), tantôt l'inspiration à des prophètes de textes considérés comme sacrés. Des religions abrahamiques comme le judaïsme, le christianisme et l'islam, en particulier, sont dites révélées.

    [5] La cosmogonie, c’est la science ou le système de la formation de l'Univers.

    Des récits oraux de cosmogonie fondent presque toutes les religions et sociétés traditionnelles, mais de nombreux traités sur les origines possibles de l'univers ont aussi été écrits par des philosophes ou des penseurs scientifiques.

    Nombre des milliers de légendes de création du monde et de récits cosmogoniques traditionnels relatifs aux origines du monde, des dieux ou des institutions, appartiennent à la catégorie des mythes fondateurs. Les figures idéales et les modèles intemporels y ont donc une place importante.

    [6] Ne convient-il pas de dire « Jean » et non « saint Jean » ? Le qualificatif de « saint » peut en effet paraître réducteur : il a été attribué par une religion à un personnage d’envergure universelle.

    [7] Le nombre 70 signifie quelque chose de complet du point de vue de Dieu en rapport avec les hommes. Quand le nombre sept est employé dans un sens symbolique, c'est toujours en rapport avec des choses spirituelles ou célestes et il représente la plénitude spirituelle (Lév. 4: 6; Héb. 24­26), ou que les choses sont pleinement accomplies du point de vue de Dieu. Le nombre dix évoque la totalité, l'intégralité, l'ensemble, la somme de tout ce qui compose quelque chose.  Les multiples de sept servent eux aussi à rendre l'idée de ce qui est complet.


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