• * Le Frère Aumônier Hospitalier

    La circulation du Tronc de la Veuve

    A l’issue de nos travaux, notre Vénérable Maître donne l’ordre au Maître des Cérémonies de faire circuler le sac aux propositions. Simultanément circule de la même façon le Tronc de  la Veuve – appelé aussi Tronc de Solidarité ou Tronc de Bienfaisance – véhiculé par le Maître des Cérémonies ou, s’il se fait aider, par un autre Officier Dignitaire appelé, au Rite (belge) moderne, le Frère Aumônier-Hospitalier

    Observons d’une part, que le Tronc de la Veuve est tout simplement un sac destiné à recevoir les oboles ; d’autre part, que le Sac aux Propositions comme le Tronc de la Veuve circulent entre les membres présents, en commençant par le Vénérable Maître et les Frères siégeant à l’Orient.

    L’origine du Tronc de la Veuve semblerait remonter aux bâtisseurs. En effet, des traces de dons ont été retrouvées, provenant de maçons, de tailleurs de pierre, de charpentiers… envers la famille d’un des leurs tué accidentellement sur le chantier.

    Mais symboliquement ou sentimentalement, cette pratique remonterait à la construction du Temple de Salomon. Lors de la mort d’Hiram, les Compagnons avaient en effet décidé de subvenir aux besoins de sa mère qui était veuve.

    Le Frère Elémosinaire, l’Aumônier hospitalier ou l’Hospitalier ?

    Dans tous les Rites de la Franc-maçonnerie et à tous les grades, « hospitalier » est le nom donné à l’un des Officiers d’un Atelier, qui a pour vocation d’appliquer l’idéal maçonnique de fraternité, et pour mission de collecter et redistribuer les aumônes, d’où cet autre nom désignant la même fonction : « Aumônier ».

    Quant à « Elémosinaire », c’est le nom du Frère Hospitalier au Rite Écossais Rectifié. Le mot trouve son origine dans la langue grecque : « eleemosyna » signifie aumône, donc argent. Le mot « hospitalier » sous-entend les soins donnés aux malades, le réconfort aux Maçons dans la  peine.

    Dans les loges qui travaillent au Rite Écossais Rectifié, le Frère Elémosinaire a la même mission, celle de recueillir les oboles du Tronc de la Veuve et de venir en aide aux Maçons qui sont dans le besoin.

    Lorsqu'il circule effectivement dans la Loge, précédé par le Maître des Cérémonies, le Frère Aumônier-Hospitalier présente le sac à tous les Frères présents : Apprentis, Compagnons et Maîtres, Visiteurs et Dignitaires. Les sommes recueillies sont ensuite comptabilisées avec l’aide du Frère Trésorier. Puis c’est au Frère Secrétaire d’en noter le montant dans le « Tracé de la Tenue », c’est-à-dire le procès-verbal des travaux.

    Le terme « Hospitalier » semble, en Maçonnerie, plus approprié pour désigner cette fonction essentielle. Tentons de comprendre pourquoi.

    Le rôle de l’Aumônier Hospitalier en dehors de la Loge

    Le travail de l’Hospitalier se fait essentiellement à l’extérieur de la Loge. Il doit donc avoir le temps matériel de remplir son office !

    Son rôle est très important et délicat car il doit apporter un soutien dans les moments difficiles. Il devrait être la personnification de la fraternité et de l’entraide maçonnique. C’est à lui de mettre en pratique, plus que tout autre Maçon, la fraternité et la charité. Cet office apparaît très difficile et très exigeant.

    Dans les loges qui comptent un assez grand nombre de Maîtres, ce poste est généralement confié à l’un ou l’autre Maçon expérimenté qui sait comprendre et pardonner les erreurs et les errements, qui sait faire la différence entre un ennui passager et une situation qui s’aggrave. Il lui faut donc beaucoup de sagesse et de dévouement. Dans les loges peu nombreuses, cet usage ne peut malheureusement pas toujours être appliqué.

    L’aide que le Frère Aumônier Hospitalier peut apporter n’est pas que matérielle. Il doit en effet apporter son soutien dans les moments difficiles. Mais pour pouvoir exercer sa mission correctement, il faut qu’il soit tenu au courant des problèmes, des difficultés, des épreuves que peuvent vivre certains Frères de l’Atelier, afin de pouvoir agir au mieux de leurs intérêts, de les réconforter, de les aider à la fois spirituellement et matériellement.

    Le Frère Aumônier Hospitalier, comme l’Eléémosynaire au Rite Écossais Rectifié, doit se trouver choisi parmi les Maîtres qui disposent de beaucoup de temps, qui manifestent une grande sociabilité et qui sont capables de pratiquer une chaleureuse solidarité. Cette fonction exigeante et difficile met le Maçon au pied du mur. Les membres de l’Atelier peuvent vérifier, dans le cadre de cette fonction, la réalité de sa fraternité sinon sa façon de comprendre ou de pratiquer les vertus maçonniques.

    Si la coutume lui attribue le rôle de collecter les finances destinées à soulager les infortunes, de visiter et d’assister les Frères malades, le Frère Hospitalier est avant tout le confident des membres de la Loge qui peuvent rencontrer toutes sortes de difficultés, y compris celles d’ordre pécuniaire.

    Les Frères qui subissent une gêne momentanée ou qui se trouvent dans l’impossibilité de payer leur cotisation pour cause de chômage ou de problème personnel exceptionnel et qui sont l'objet d'une détresse particulière doivent s'en ouvrir à l’Hospitalier.

    Les confidences sont couvertes par le secret. Le titulaire de cette charge n’est redevable d’explications qu’au Vénérable Maître de l’Atelier. Lorsque l’Aumônier Hospitalier évoquera  une affaire en Chambre du Milieu, ce sera en parlant d’un frère dans le besoin ou l’affliction, mais sans en préciser le nom.

    Un officier dans le triangle des moyens matériels

    Une Loge est dite juste lorsque cinq l’éclairent, mais sept la rendent parfaite en lui permettant de fonctionner intégralement. Dans la Maçonnerie moderne, le septénaire des offices se complète par les deux fonctions de Trésorier et d’Hospitalier.

    Pour assurer les tâches matérielles, considérées partout et toujours comme élémentaires, le triangle formé par le Vénérable Maître, le Trésorier et l’Hospitalier assure l’assise matérielle et financière de la Loge. Ces tâches sont considérées comme contingentes et subalternes parce qu’elles obligent à la manipulation des métaux, considérés symboliquement comme tels, même sous forme de papier billets.

    Les offices de Trésorier et d’Hospitalier, dont le travail s’effectue autant à l’extérieur qu’à l’intérieur de la loge, peuvent être remplis et cumulés en cas de force majeure.

    Des comptes séparés

    Les oboles recueillies font l’objet d’une comptabilité séparée, indépendante de celle du Trésorier. Les fonds gérés – théoriquement – par l’Hospitalier sont exclusivement destinés à secourir des Frères dans la détresse.

    L’Hospitalier délivre, sur instruction du Vénérable Maître, les sommes destinées aux membres de la Loge dans le besoin. Il est responsable devant le Vénérable Maître de l’emploi des fonds qui lui sont confiés. L’idéal, c’est qu’il puisse rendre compte de sa gestion en faisant un bilan annuel à l’Atelier, par exemple lors de la Tenue dite « administrative » au cours de laquelle les principaux Officiers Dignitaires présentent chacun leur rapport annuel ou lors de l’installation du nouveau collège d’Officiers Dignitaires.

    Sa place et son bijou

    La place qui revient à l’Aumônier Hospitalier dans la loge est la deuxième en haut de la colonne du Nord, à côté du Frère Expert. Le bijou qui orne son sautoir est une bourse aumônière. Mais Jean Ferré fait remarquer que ce bijou peut aussi être une Truelle.

    Pour conclure

    La fonction d’Aumônier Hospitalier n’est pas à prendre à la légère. Le Frère qui accepte de prendre cette fonction doit être conscient du temps dont il devra disposer pour bien remplir sa mission. Régulièrement, il devra se rappeler le sens profond de sa prestation de serment.

    Sa fonction est toute de nuances, de subtilité, de tact, de discrétion et d’efficacité, car il participe et s’associe aux joies et aux peines des membres de la loge en étant le porte parole de l’Atelier. Il doit apporter encouragement et réconfort fraternel à tous, mais éventuellement, avec l’accord du Vénérable Maître, secourir moralement et matériellement tout Frère qui serait dans le besoin.

    Il représente le cœur rayonnant de la Loge. Il met en œuvre le devoir de solidarité fraternelle. Sa fonction montre l’interdépendance des membres de la Loge. Par la pratique de l’entraide, chacun prend conscience à la fois de son état de dépendance et des conditions de son développement. La vie étant un perpétuel échange entre donner et recevoir, l’Hospitalier montre, dans sa fonction, qu’il est nécessaire de redistribuer les dons faits au tronc de solidarité, pour les besoins du groupe.

    Le réconfort qu’il prodigue n’est pas seulement financier mais aussi moral. C’est pourquoi il lui faut toujours faire preuve d’une grande écoute et de qualité de discernement concernant le bien fondé de son action. Les qualités demandées à l’Hospitalier sont de bien connaître les membres de son Atelier. C’est pourquoi, vu son expérience, il est souhaitable, dans la mesure du possible, qu’un ancien Vénérable Maître remplisse cette fonction.

     

    R:. F:. A. B.

     

    Bibliographie 

    Baudouin BernardDictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, paris, 1995 - Page 80

     

    Ferré Jean - Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, Paris, 1994 - Pages 108, 109 ? 273, 274

     

    Ferré Jean - Dictionnaire des symboles maçonniques

    Editions du Rocher, Monaco, 1998 - Page 236, 237

     

    Guigue Christian - La formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 1995 - Pages 140 et 141

     

    Manguy Irène - La symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy, Paris, 2001 - Pages 345 et 357

     

    Morata Raphaël - La Franc-maçonnerie : les secrets des objets

    Ch. Massin Editeur, Paris - Pages 48 et 68


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