• * Ma conception de la Franc-maçonnerie

    Novembre 2009

     

    Introduction

    Il m’est venu l’idée d’exprimer ma conception personnelle de la Franc-maçonnerie, c’est-à-dire comment je conçois de la vivre au service de notre Obédience, des Loges et de tous mes Frères.

    Dans cette planche, je donnerai mon point de vue sur les conditions principales et les critères plus subjectifs pour pouvoir être admis au sein de notre Obédience ; sur les caractéristiques de la régularité maçonnique à laquelle j’adhère pleinement ; sur nos serments prêtés sur un livre sacré ; sur la spécificité de la croyance qui nous est demandée ; sur le concept de Grand Architecte de l’Univers, etc.

    Les conditions essentielles pour devenir Franc-maçon

    Je souhaiterais tout d’abord rappeler les conditions qui nous ont été imposées pour pouvoir être admis en Franc-maçonnerie régulière.

    Pour être admis et reconnu comme Franc-maçon, il est indispensable de pouvoir affirmer sa foi en Dieu, quel que soit le nom qui puisse lui être donné.

    L'admission est accordée à tout homme, de quelque race ou religion qu'il soit, pourvu qu'il remplisse cette condition première, et qu'il jouisse de la réputation exemplaire d'être un homme d'honneur et de conviction, empreint de spiritualité.

    Il se doit aussi d'adhérer aux grands principes et aux règles que la Grande Loge Régulière de Belgique adopte.

    Je songe notamment aux trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie qui doivent toujours être exposées pendant les Travaux de la Grande Loge et des Loges placées sous son contrôle.

    Tous les Initiés doivent prêter leur Obligation sur le Volume de la Loi Sacrée, Livre sacré dans lequel est exprimée la Révélation d’En Haut.

    Ceci étant, nos Loges sont souveraines et peuvent avoir d’autres critères, souvent subjectifs, pour accepter ou refuser un candidat.

    Caractéristiques de la Franc-maçonnerie traditionnelle et régulière

    La Franc-maçonnerie traditionnelle et régulière, celle que nous pratiquons à la G.L.R.B., n'est ni une religion, ni le substitut d'une religion.

    En effet :

    • elle ne nous impose pas de doctrine théologique et elle refuse tout débat religieux dans ses Loges ;
    • elle n'administre aucun sacrement ;
    • elle ne prétend nullement conduire au salut mais seulement aider ses membres à se réaliser dans le respect de la foi qui leur est propre.

    Contrairement à certaines idées reçues, la Maçonnerie régulière ne prêche aucun anticléricalisme. Elle est compatible avec toutes les religions et, loin de les contredire, elle leur marque un profond respect. Elle n'écarte que l'athéisme forcené, contraire à la conception qui, de temps immémorial, a été la sienne du Grand Architecte de l'Univers. Elle n'interfère pas dans la pratique personnelle de ses membres, mais attend d'eux qu'ils restent fidèles à leur foi. C'est la raison pour laquelle elle les oblige à prêter serment sur ou en présence de la Bible ou du livre tenu pour sacré par eux [1], et qui est ouvert durant toutes les Tenues.

    Notre Maçonnerie régulière est-elle dogmatique ?

    On ne peut donc, à mes yeux, qualifier de « dogmatique » la Maçonnerie régulière installée dans notre pays. Les candidats doivent avoir la foi en Dieu mais c’est librement qu’ils adhèrent aux huit règles relatives à la régularité maçonnique.

    La Franc-maçonnerie traditionnelle est pratiquée par de nombreuses Grandes Loges indépendantes de par le Monde. Elles obéissent toutes aux principes formulés en une règle en huit points précisée ci-après. Ces Grandes Loges sont dites régulières, car respectueuses des « Anciens Devoirs » et des traditions spécifiques de l'Ordre.

    Elles sont pour cette raison, reconnues par la Grande Loge Unie d'Angleterre, Grande Loge Mère de toutes les Loges du Monde, et, par les autres Obédiences de la Maçonnerie Universelle tenues pour régulières par elle.

    Quelle est cette règle en huit points ?

    1. Croyance en DIEU, Grand Architecte de l'Univers.

    Une Grande Loge Régulière ne peut admettre comme membres que ceux qui professent clairement cette croyance.

    2. Serment sur le Volume de la Loi Sacrée.

    Une Grande Loge Régulière doit exiger que tout nouveau membre prenne son obligation sur le Volume de la Loi Sacrée, correspondant à sa croyance, de façon que la conscience de tout nouvel Initié se trouve liée par la révélation d'En-Haut.

    3. Travail en présence des Trois Grandes Lumières.

    Une Grande Loge Régulière et les Loges placées sous sa juridiction ne doivent travailler « maçonniquement » qu'en présence du ou des Volumes de la Loi Sacrée (par exemple, la Bible, la Torah, le Coran,…), de l’Équerre et du Compas.

    4. Discussions politiques et religieuses.

    Une Grande Loge Régulière doit interdire formellement de telles discussions au cours des Travaux maçonniques des Loges placées sous sa juridiction.

    5 Masculinité.

    Une Grande Loge Régulière et les Loges placées sous sa juridiction ne doivent admettre et recevoir que des hommes. Ces Loges ne doivent entretenir aucune relation maçonnique avec des Loges mixtes ou des organismes admettant l'adhésion de femmes.

    6. Souveraineté.

    Une Grande Loge Régulière doit avoir une juridiction souveraine sur les Loges placées sous son contrôle. Elle doit être un organisme responsable, indépendant, autonome, seul qualifié pour diriger l'Ordre et les degrés symboliques de son Obédience (Apprenti, Compagnon et Maître). Elle ne doit ni être subordonnée à un Suprême Conseil ou autre Puissance revendiquant un contrôle ou une autorité sur ces degrés, ni partager son autorité avec de tels organismes.

    7. Traditionalisme.

     Une Grande Loge Régulière doit faire strictement respecter, dans son Obédience, les « Landmarks », les anciens règlements, us et coutumes de la Franc-maçonnerie de Tradition.

    8. Régularité d'origine.

    Une Grande Loge Régulière doit avoir été fondée soit par une Grande Loge Régulière déjà constituée, soit par au moins trois Loges, régulièrement consacrées par une Grande Loge Régulière.

    Notons, pour mémoire, que nos Frères, membres de la G.L.N.F. en France, ont une règle en douze points à propos de la régularité.

    Qu’entend-on par « Landmarks » ?

    Notre groupement, à vocation initiatique, œuvre en observant des règles qui lui sont propres et demeure en symbiose avec le respect de la Tradition et des buts de l’acte initiatique. En Franc-maçonnerie, ces Règles sont appelées « Landmarks ».

    Les « Landmarks » trouvent leurs origines dans les « Anciens Devoirs » (Old Charges) et précisent :

    • les délimitations qui situent la Franc-maçonnerie par rapport à toute autre société ;
    • les bornes de la Tradition du Métier de Maçon ;
    • la délimitation de lieu où s’accomplit la transmission du Métier ;
    • les invariants qui sont les garants de la régularité d’une Grande Loge.

    Les principes des « Landmarks » ou « Anciens Devoirs », coutumes et usages du « Métier de Maçon » doivent être strictement observés. Les « Landmarks », Règles immuables, sont les limites de l’espace dans lequel nous nous trouvons en Franc-maçonnerie régulière et à l’extérieur duquel nous nous en séparons. Ces Règles sont le substrat de l’Ordre. Elles ne sont concevables et acceptables que reconnues de temps immémoriaux.

    Ils mettent en évidence les critères de régularité au premier rang desquels on trouve la croyance en Dieu, Grand Architecte de l’Univers, et en sa volonté révélée. La Franc-maçonnerie œuvre donc à la gloire de Dieu, connu sous son attribut de Créateur et sous le nom de Grand Architecte de l’Univers.

    Les « Landmarks » ne sont pas des dogmes car la Franc-maçonnerie ne se réclame pas d’une révélation spécifique à une religion déterminée. Elle rappelle seulement qu’en Occident, l’ensemble des révélations relève de la tradition biblique.

    Le principe de l’interdiction des « intervisites »

    Nombreux sont les Frères qui se demandent pourquoi les visites dans des Loges d’autres obédiences sont interdites.

    Les raisons généralement invoquées pour justifier l’interdiction des « intervisites » relèvent essentiellement de notre loyauté, de notre fidélité à notre engagement. Lors de notre Initiation, nous nous sommes tous engagés par notre serment à respecter la Constitution et le règlement général de notre Obédience qui prévoient cette interdiction de manière explicite.

    Pour mieux comprendre les raisons de l’interdit des « intervisites », il nous faut retourner à l’essentiel, c’est-à-dire à la définition même de la Franc-maçonnerie traditionnelle.

    Qu’est-ce que la Franc-maçonnerie ?

    Pour nous, la Franc-maçonnerie traditionnelle est un ordre initiatique, un organisme auquel nous avons pu accéder par notre initiation, c’est-à-dire par la révélation, le partage d’un savoir philosophique, d’une méthode et d’une atmosphère propice au respect de l’individu et de son épanouissement.

    Qu’est-ce qu’un ordre initiatique ?

    Pour transmettre leurs connaissances ésotériques, les groupements initiatiques utilisent un canevas commun. Les candidats doivent subir et surmonter des épreuves emblématiques qui les amènent à passer de leur état profane à une disposition de perception du sacré. Les récipiendaires reçoivent les outils qui leur permettent de se modifier, de passer de la conscience à la supra-conscience. Pour ce faire, de tout temps, les rituels se sont articulés autour d’une mort symbolique, sollicitation à surpasser la condition profane. Les sociétés initiatiques visent à déclencher un choc émotionnel chez chacun des postulants par leur participation active à leur mort symbolique.

    Par leur participation assidue et répétitive aux cérémonies et par les méditations qui s’en suivent, les néophytes, devenant des initiés virtuels, sont en mesure d’assimiler la perception de l’immortalité en l’affirmant en eux-mêmes.

    Si l’initiation aboutit, elle opère une métamorphose de l’individu lorsque se réalise en lui une compréhension personnelle des symboles qui activent sa recherche de sa vie intérieure.

    La Franc-maçonnerie traditionnelle propose donc à ses membres des enseignements secrets au moyen de rituels propres à chaque degré. Ces degrés sont nécessaires car la vérité, qui existe au plus profond de chaque homme, ne se révèle et ne se concrétise que par étapes. Celles-ci forgent l’acquisition progressive de la connaissance véritable de soi.

    Les Rites forment un tout cohérent. C’est pourquoi les enseignements de la Franc-maçonnerie n’évoluent pas, ne peuvent évoluer et demeurent fidèles à son Expression. Aussi, au sein de la Tradition, la source est intrinsèquement transcendante. Les rites et les mythes qui y sont inclus traduisent l’intervention d’un principe extérieur et supérieur à la nature humaine.

    La Tradition et la transmission

    La Tradition ouvre une possibilité de dépassement de soi à condition d’adhérer à une de ses expressions authentiques.

    La transmission initiatique s’exprime entre autres par l’importance accordée dans divers rituels maçonniques au symbolisme du Temple.

    Tradition et transmission sont étroitement liées, indissociables parce que le symbolisme et l’ésotérisme sont conservés et dispensés aux néophytes par les Maîtres Maçons initiables et initiants dans le respect de l’infaillibilité traditionnelle.

    La Tradition ne peut être confondue avec les notions de conformisme et de conservatisme. Par conséquent une transmission régulière est nécessaire, inconditionnellement. En d’autres termes, sans transmission régulière, il n’y a pas d’initiation possible.

    Une société à vocation initiatique œuvre en observant des règles qui lui sont propres mais qui doivent toujours demeurer en symbiose avec le respect de la Tradition et des buts de l’acte initiatique.

    Tel est le cas de la G.L.R.B. et d’elle seule en Belgique !

    Le G. A. D. L’U. et la Grande Loge Régulière de Belgique

    La fidélité aux principes de la Franc-maçonnerie régulière implique donc la reconnaissance de Dieu, Etre Suprême que la Franc-maçonnerie appelle traditionnellement le « Grand Architecte de l’Univers ».

    Les Grandes Loges régulières sont dans la logique de leurs objectifs initiatiques lorsqu’elles requièrent de leurs membres, avec la croyance en l’Etre Suprême, une option spirituelle dans un sens qui n’est ni défini, ni explicité : chacun se fait du Grand Architecte de l’Univers, c’est-à-dire de Dieu, une conception qui peut être purement personnelle ou même s’identifier à celle d’une religion.

    Notre Maçonnerie authentique garantit à ses membres la totale liberté de l’esprit en s’interdisant de définir Dieu et en laissant à chacun le droit et le soin d’interpréter, de définir ou de ne pas définir ce qu’est pour lui le Grand Architecte de l’Univers.

    Le Grand Architecte se place dans la lignée des grands fondateurs de l’humanité. En fait il les rassemble tous dans une même symbolique, dans une même essence. Il est un transformateur de matière en lumière avec la différence, par rapport à Osiris, Dionysos, Shiva ou le Christ, que sa transformation est entre les mains de l’homme. C’est l’homme qui accepte de recevoir les outils du ciel et de les utiliser pour construire sur terre une cité nouvelle, calquée sur l’image qui nous est restée de notre passage dans l’Eden. Nous avons en nous l’archétype de la cité de lumière, et il nous appartient de la ressusciter entre Équerre et Compas, c’est-à-dire en lui imprimant notre sensibilité et notre créativité humaines.

    Il ne faut pas confondre le Grand Architecte avec un Dieu anthropomorphe ou appartenant à une religion dogmatique. Le Grand Architecte est l’initiateur du plan. Il est la totalité de tous les tracés possibles.

    L’invocation du Grand Architecte de l’Univers, au début et à la fin des Travaux en Loge, constitue une notion essentielle à laquelle certains Maçons n’accordent pas toujours assez d’attention pour en ressentir une véritable résonance en eux. Elle contient une vérité qui nous éclaire sur le sens de notre démarche. La pensée maçonnique écossaise affirme reconnaître l’existence de valeurs morales telles que la liberté, la justice, la fraternité, mais aussi celle de valeurs éternelles de l’Esprit incarné dans l’homme telles que l’amour inconditionnel, l’équité, l’acte juste.

    Tout cela est contenu dans la notion de Grand Architecte de l’Univers qui ne peut être un dogme, ni une loi exotérique car la recherche transcende la vie courante, la vie matérielle, le domaine spatio-temporel. Le mystère de l’Etre en nous se fait plus présent.

    Que l’on accepte ou non qu’il puisse exister un principe organisateur, c’est sur la compatibilité entre le monde inanimé et notre conscience que l’on ne peut qu’être d’accord. L’Initiation apprend à l’homme à ne pas se laisser accaparer par l’apparence des choses. Derrière ce qui est apparent se cache le sens réel des choses, et c’est cette recherche qui constitue la « quête » maçonnique que nous appelons la recherche de la Vérité ou la voie de la Connaissance.

    Le but de l'Initiation maçonnique, c’est passer de la vérité que l’on croit détenir à la vérité que l’on est. Par l’apport de ses rituels, la Franc-maçonnerie donne la possibilité à chacun de se dépasser et d’accéder à un niveau supérieur.

    Le Grand Architecte de l’Univers n’est ni une image anthropomorphe, ni un dieu voyeur qui nous suit partout, ni une idole, ni un objet de croyance, ni un dogme. C’est une idée qui a valeur d’analogie. C’est l’émanation d’un principe, d’une source d’énergie et de lumière. C’est la Parole, au sens d’une intelligence créatrice qui  nous dépasse et que nous portons en nous, que nous cherchons à expérimenter.

    Alors, « travailler à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers » ne revient-il pas à exprimer une grande espérance et souhaiter que cette source d’énergie et de Lumière éclaire les échanges entre les hommes ?

    Quant au mot « gloire », je pense le comprendre comme le poids d’une présence invisible mais réelle, souvent décrite dans la Bible comme la Lumière, symbole de Connaissance suprême.

    Puisque la Loge se réunit en son nom, elle souhaite que le Grand Architecte de l’Univers en tant que « symbole de réalité ultime » éclaire ses Travaux et oriente les pensées de tous les Frères qui y participent. Rendre gloire, c’est alors replacer les choses et les êtres dans l’ordre universel, à la source de la Lumière éternelle. Tel est le sens que je donne à nos Travaux en Loge.

    Invoquer le nom du Grand Architecte de l’Univers, c’est faire mémoire qu’au milieu de notre vie ordinaire, il y a une présence qui nous fait vivre l’instant, que certains appellent éclairs de Lumière, dans un autre monde qui pourtant est déjà là.

    Le « Grand Architecte de l’Univers », est donc une notion qui me paraît essentielle du Rite auquel nous travaillons. Elle laisse à chacun de nous la plus grande liberté de pensée et n’impose aucune limite dans cette recherche de compréhension du principe de vie, non seulement de la vie physique ou de la transmission de la vie, d’une façon rationnelle, mais aussi de la vie spirituelle.

    Ce n’est pas dans la réalité apparente de notre moi que nous trouverons les fondements de notre être et de notre devenir mais dans le symbole du Grand Architecte de l’Univers perçu, non comme un être mystérieux qui préside d’une façon lointaine à la destinée du monde, mais comme une énergie créatrice universelle à la fois transcendante et immanente qui l’habite et lui fait prendre conscience de la réalité intérieure du souffle qui l’anime. Dès lors, la vie spirituelle est une manière d’être face à l’absolu qui est au fond de nous-mêmes et des autres.

    Les Francs-maçons du Moyen Age se considéraient comme les collaborateurs de Dieu dans l’œuvre de création. Mais ils n'avaient pas la prétention de connaître l'ineffable puisqu’Il est inconnaissable. Cependant ils avaient la certitude de pouvoir découvrir Sa Loi à travers Ses œuvres. C'est pourquoi les Francs-maçons proclamaient leur foi en Dieu, Créateur de l'Univers. Lorsque j’ai été reçu Franc-maçon, j'ai proclamé, à mon tour, ma foi en Dieu, Grand Architecte de l'Univers.

    Certes, l'Ordre maçonnique véritable laisse à chacun la liberté de croire ou de ne pas croire en un Dieu personnel ou impersonnel, transcendant ou immanent, créateur, rédempteur ou juge car la religion est affaire de croyance personnelle. Chacun reste donc libre, selon l'éducation reçue, selon la Tradition, selon son imagination personnelle de donner au Grand Architecte de l'Univers la forme et les attributs qu'il imagine.

    La seule condition foncièrement nécessaire à l'entreprise d'une ascèse maçonnique efficace, c'est la constatation que l'Univers (l'ensemble du monde réel, où les choses et les idées, la matière et l'esprit sont étroitement associés) obéit à la Loi qui préside aussi bien aux phénomènes de l'esprit qu'aux phénomènes de la matière. C'est là la seule manifestation visible et intelligible du Créateur, Grand Architecte de l'Univers.

    Ce que je suis venu chercher dans la Loge, c'est la connaissance de cette Loi afin de vivre en elle et de la faire vivre en moi.

    C'est par notre connaissance de cette Loi et notre adhésion à elle que nous pourrons accéder à la liberté qui consiste à pouvoir choisir et agir. En effet, le Grand Architecte de l'Univers nous a voulus libres. Il nous laisse à tout instant choisir entre le bien et le mal. Nous refusons de nous résigner à subir le mal. Nous combattons le mal et nous voulons le faire disparaître de la Terre.

    C'est ainsi que je comprends le caractère inachevé du Temple. Je crois en effet en un monde en perpétuelle création, en évolution continue vers sa perfection ; je crois que tout homme est améliorable, peut-être même perfectible à très long terme, mais la perfection ne semble pas être de ce monde !

    En tant que Franc-maçon, je pense avoir reçu, comme tous mes Frères, la mission - désirée - de collaborer à cette évolution, à cette amélioration du monde, de tout ce qui le compose et à commencer par moi-même, par nous-mêmes.

    L'essentiel à présent est de ne pas rester inactif et immobile. A chaque Tenue, le Vénérable nous invite d'ailleurs au travail. L'idée de travail englobe plusieurs domaines de l'activité humaine : l'instruction et la réflexion, la recherche et l'expérimentation, la méditation et l'action.

    Depuis l’époque où ont été écrits les Manuscrits Dumfries, le Masonry Dissected de Prichard puis les Constitutions d’Anderson, la Franc-maçonnerie travaille « à la gloire du Grand Architecte de l’Univers » et exige de ceux qui veulent participer à ce travail la croyance en Dieu et en sa volonté révélée. C’est le premier et le principal des « Landmarks » qui définisse la régularité.

    Supprimer cette exigence, sous prétexte d’associer à l’œuvre maçonnique les hommes de bonne volonté qui ne partagent pas cette croyance, c’est ruiner les fondements de cette œuvre et en dénaturer l’esprit. On peut en dire autant de l’attitude qui consiste à conserver la formule du Grand Architecte de l’Univers mais à la vider de son contenu en considérant que chacun peut y mettre ce qu’il veut.

    Vue dans la perspective de l’authentique Tradition maçonnique, l’appellation « Grand Architecte de l’Univers » est, au contraire, pleine d’un sens très précis et très riche.

    Les trois premiers articles de notre Constitution

    Notre Constitution comprend dix articles qui doivent être relus au moins une fois l’an, et notamment lors de l’Installation du Vénérable Maître de la Loge. Par rapport au sujet de la présente planche, je me limiterai à n’en citer que les trois premiers :

    1. La Franc-maçonnerie affirme l'existence de Dieu, Etre Suprême qu'elle désigne sous le nom de Grand Architecte de l'Univers. Elle requiert de tous ses adeptes qu'ils admettent cette affirmation. Cette exigence est absolue et ne peut faire l'objet d'aucun compromis, ni d'aucune restriction. La Franc-maçonnerie ne définit pas l'Etre Suprême et laisse à chacun la liberté de le concevoir.

    2. La Franc-maçonnerie est une association initiatique qui, par son enseignement symbolique, élève l'homme spirituellement et moralement et contribue ainsi au perfectionnement de l'humanité par la pratique d'un idéal de paix, d'amour et de fraternité.

    3. Tout travail maçonnique se fait « A La Gloire du Grand Architecte de l'Univers» et en présence des trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie : le Volume de la Loi Sacrée sous l’Équerre et le Compas, sur lesquels sont prêtés tous les serments et obligations.

    C’est pourquoi les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie doivent toujours être exposées pendant les Travaux de la Grande Loge et des Loges placées sous son contrôle. Tous les Initiés doivent prêter leur Obligation sur le Livre de la Loi Sacrée dans lequel est exprimée la Révélation d’En Haut.

    Certains de nos Frères ont parfois eu difficile à admettre la formulation de l’ancienne déclaration de croyance que nous avons pratiquement tous signée :

    Je déclare reconnaître formellement l’existence de Dieu, Grand Architecte de l’Univers, qui est une des bases essentielles de la Franc-maçonnerie. J’ai pris connaissance de la Constitution de la Grande Loge Régulière de Belgique. Je m’engage à l’observer, ainsi que son Règlement Général, ses décrets et le règlement particulier de la Loge « X »  n° Y à l’Or:. de Z.

    Cette ancienne version avait été assez bien contestée par un certain nombre de Frères à l’époque où le Règlement général de notre Obédience a été revu. Cette disposition administrative a alors été remplacée par le texte suivant :

    Je déclare avoir pris connaissance de la Constitution et du Règlement Général de la Grande Loge Régulière de Belgique et pouvoir y souscrire sans réserve. Au cas de mon acceptation dans l’Ordre, je promets de les respecter intégralement, ainsi que les décrets de la Grande Loge Régulière de Belgique et le règlement particulier de la R. Loge « X »  n° Y à l’Or:. de Z.

    Nos serments successifs

    Lors de notre Initiation, lors de notre Passage au degré de Compagnon, lors de notre Élévation à la maîtrise, lors de notre engagement comme Officier Dignitaire, nous nous sommes tous engagés par notre serment à respecter la Constitution et le Règlement général de notre Obédience.

    Prêté la main droite dégantée et posée sur le Volume de la Loi Sacrée afin que nous nous engagions sur ce qu’il y a de plus sacré, notre serment nous enjoint :

    • de garder le secret;
    • de rester fidèle et discret, c’est-à-dire de ne trahir ni l’Ordre maçonnique ni nos Frères ;
    • de persévérer dans le perfectionnement, c’est-à-dire de marcher sur le chemin de l’Initiation.

    Dans les pays occidentaux, ce Volume de la Lois Sacrée a toujours été la Bible mais aujourd’hui un candidat Franc-maçon, dont les racines religieuses personnelles ne se reconnaissent pas dans la Bible, peut prêter son serment d’engagement sur le livre de son choix tel le Coran ou la Torah qu’il n’est pas rare de voir sur l’autel des Loges maçonniques en plus de la Bible.

    Je suis pleinement conscient d’avoir prêté mes serments successifs sur la Bible. Depuis toujours, les Francs-maçons prêtent serment sur ce Livre considéré comme sacré et qui donne à leurs engagements un caractère solennel et irrévocable.

    Par tout serment solennel, l’homme renonce à une certaine part de sa liberté, ce qu’il fait devant une autorité qui a le pouvoir en tous lieux et en tout temps de connaître un manquement à cette renonciation et de le punir.

    Le mot « serment » vient du mot latin « sacramentum » ; « Sacramentum » est lié au mot « sacer » qui signifie sacré ou ce qui appartient au monde divin.

    En Franc-maçonnerie, le serment consiste en une promesse solennelle faite par le Néophyte qui s’engage à garder les secrets de la Maçonnerie et à se conformer en toutes choses aux règlements de l’Ordre, conformes aux lois en vigueur dans le pays.

    Le serment est empreint d’un caractère solennel, de la gravité d’un pacte, du sérieux extrême de l’engagement indissoluble entre celui qui le prête et celui qui le reçoit. Ce serment initiatique a aussi un caractère antique et sacré. Il est prononcé de la libre volonté du Récipiendaire, sans contrainte et devant une assemblée de Maçons témoins qui vont devenir ses Frères et en présence du principe de l’Ordre.

    Ce serment spécifique se décompose en trois parties : une invocation, une promesse, une imprécation. Le plus souvent, et en tout cas dans notre Obédience régulière, l’invocation est faite à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers.

    Le serment est prêté le plus souvent sur la Bible, ouverte au prologue de l’Évangile de saint Jean. Je considère que tous nos serments ont un caractère d’alliance cosmique avec l’Éternel. C’est une obligation réciproque consentie librement entre l’Ordre et le Néophyte qui est accepté en qualité de nouveau maillon de la chaîne initiatique. Cette promesse au caractère solennel engage l’être tout entier à être fidèle à sa promesse.

    Il y a bien longtemps, je me suis demandé pourquoi j’avais prêté mon premier serment sur la Bible que le rituel désigne par l’expression « Volume de la Loi sacré » car ce Livre a fait l'objet de maintes controverses.

    Sous l'influence prédominante de l'idée chrétienne en Occident, nos aînés ont cru devoir choisir la Bible pour perpétuer au sein de la Maçonnerie le souvenir d'un enseignement que l'on pourrait synthétiser comme ceci : l'homme est un pont et non un but ; il est un passage et un déclin : le maillon d'une chaîne infinie.

    Pour les Anglo-Saxons, c'est la Bible qui doit se trouver ouverte sur l'autel.

    Pourquoi la Bible ?

    Si cette règle n'était pas observée, l'obédience réfractaire serait déclarée « irrégulière ». En imposant la Bible, les Anglo-Saxons précisent bien qu'il s'agit de l'Ancien Testament. Mais dans nos Loges, la Bible est ouverte à la première page de l’Évangile de Saint-Jean, qualifié souvent d’Évangile de l'Esprit.

    La Bible en soi, en tant qu'accessoire rituel, ne se prête à aucune interprétation. Sa présence dans l'Atelier ne se justifie que par le désir de ne pas laisser s'estomper l'annonce par Saint Jean de l'approche de la Lumière.

    C'est parce que le Volume de la Sainte Loi symbolise la loi elle-même qu'elle figure sur l'Autel. Etant la Loi, il me semble normal qu'elle occupe une position «centrale» pendant nos Tenues.

    Nous utilisons l'expression « Volume de la Loi sacrée » mais c'est bien un livre qui se trouve sur l'autel.  Le mot « Volume » veut dire « rouleau ». C'est une référence à des rouleaux traditionnels, une référence aux rouleaux de la Bible chrétienne qui ont été précédés par les rouleaux de la Loi juive. Ces rouleaux étaient un support fait de parchemin spécialement traité : l'objet le plus saint des objets du culte pour les Juifs, un objet qu'on ne touche jamais avec les mains nues.

    De la première à la dernière lettre, son contenu c'est la Parole divine. C'est le Sepher Torah, le Livre de la Loi où est inscrit le « plan du monde, le code génétique de la création ». Ce contenu, c'est la Loi.

    Mais qu'est-ce que la Loi ?

    Le mot « Loi » correspond à bien des termes bibliques, qu'ils soient hébreux ou grecs. Il peut s'agir des principes de la nature qui émanent du Créateur ou des règles imposées aux hommes. Toutes ces lois sont l'expression d'une seule Loi, qui est la volonté divine transmise par l'écriture, « la parole divine qui gît dans le cœur de l'homme ».

    La croyance en Dieu

    La croyance en Dieu, Grand Architecte de l’Univers et en sa volonté révélée, est une condition impérativement nécessaire pour l’admission de nouveaux membres dans une de nos Loges. En effet, la Franc-maçonnerie affirme l’existence de Dieu, Etre Suprême qu’elle désigne sous le vocable de Grand Architecte de l’Univers. La Franc-maçonnerie ne définit pas l’Etre Suprême. Elle laisse à chacun la liberté absolue de le concevoir mais elle requiert de tous ses membres qu’ils admettent cette affirmation. Cette exigence est absolue et ne peut faire l’objet d’aucun compromis ni d’aucune restriction. Il ne s’agit absolument pas d’un dogme puisque l’Initiation a pour but la réalisation intérieure de l’individu, laquelle ne peut évidemment s’effectuer si l’on est soumis à quelque dogme que ce soit. La croyance en Dieu, Grand Architecte de l’Univers, demeure, pour toutes les grandes loges indépendantes du monde, le critère essentiel de régularité et de fidélité aux « anciens devoirs ».

    La Franc-maçonnerie universelle invoque le Grand Architecte de l’Univers et professe la croyance en l’immortalité de l’âme mais elle n’impose aucun précepte. Aucun culte n’y est enseigné. Aucune vérité n’y est révélée. Société initiatique à base philosophique, elle admet la liberté de conscience et la tolérance mutuelle. Le symbole du Grand Architecte de l’Univers se retrouve dans les principes de base et caractéristiques de la plupart des différentes obédiences, avec quelques nuances qu’il convient de préciser.

    Le Grand Architecte de l’Univers est une notion fondamentale dans le Rite Écossais Ancien et Accepté. C’est aussi le premier des principes de la spécificité de la Grande Loge de France, de la Grande Loge Nationale Française et de la Grande Loge Régulière de Belgique. C’est une notion assez subtile et souvent mal assimilée. Le Grand Architecte de l’Univers est un symbole majeur de toutes les confréries de bâtisseurs depuis l’Antiquité.

    Qu’est-ce que Dieu ?

    Le mot « Dieu » vient du latin deus, qui dériverait du sanskrit deiwo, lumineux. Ecrit avec une majuscule, Dieu est le nom du dieu unique des religions monothéistes ou des philosophes. Le concept de Dieu prend des formes extrêmement variées selon les religions. Leur point commun : Dieu (ou un Dieu) est supérieur à l'homme, plus puissant et complet que lui.

    Dieu est une entité suprême, unique, immatérielle, dotée d'une puissance surnaturelle et d'une perfection absolue. Le mot prend une majuscule lorsque Dieu est considéré comme le créateur du monde.[

    Pour les monothéismes (judaïsme, christianisme, islam), Dieu représente l'Etre suprême, transcendant, unique et créateur du monde. Ses principaux attributs sont : l’infinité, l’omniprésence, l’omnipotence, l’omniscience, l’immuabilité, l’immatérialité, la perfection, l’universalité, la sagesse, la justice, la bonté... Dieu a établi les lois générales qui gouvernent le monde.

    Différentes attitudes sont possibles par rapport à cette définition.

    Voici les principales formes de croyances ou d'attitudes relatives à Dieu :

    • Les théistes croient en Dieu à travers des religions qui prétendent avoir connaissance de la nature et des desseins de la divinité qui s’est révélée à elles.
    • Les déistes croient à un Dieu, souvent proche de celui des philosophes, qui n’interagit pas avec le monde et ne s’est pas fait connaître aux hommes.
    • Les panthéistes considèrent que Dieu est dans tout, dans la nature même des choses (immanence).
    • Les agnostiques pensent qu'il n'est pas possible de prendre position quant à l'existence ou non de Dieu.
    • Les athées ne croient pas en Dieu, considérant qu'il s'agit là d'une invention humaine.

    Rappelons que :

    Le théisme est une doctrine qui affirme l'existence d'un Dieu unique, créateur du monde (par opposition à l'athéisme). Le théisme désigne la croyance en un Dieu unique (monothéisme), créateur de l'Univers, dont il est extérieur, mais qui agit sur lui et se manifeste en permanence. Il est généralement décrit de manière humaine, comme une personne animée d'une volonté propre, qui aime, récompense, punit.

    La religion chrétienne s'exprime de manière théiste : Dieu y est présenté comme un Etre céleste, qui apprécie les louanges, écoute les confessions, révèle sa volonté et appelle à une vie spirituelle en communion avec lui.

    Le déisme est une croyance ou une doctrine qui affirme l'existence d'un Dieu et son influence dans l'univers, tant dans la création que dans le fonctionnement de ce dernier. Pour la pensée déiste, certaines caractéristiques de Dieu peuvent être comprises par les facultés intellectuelles de l'homme. La relation de l'homme avec Dieu est directe (notamment par la prière spontanée ou la réflexion). Le Déisme prône une « religion naturelle » qui se vit par l'expérience individuelle et qui ne repose pas sur une tradition particulière.

    Quelle est la différence entre le théisme et le déisme ?

    Le déisme équivaut à une croyance en Dieu qui reste volontairement imprécise.

    Etre déiste, c’est croire en l’existence de Dieu mais sans référence à une révélation.

    Le déiste ressent Dieu de manière intuitive et ne cherche pas à se le représenter. Pour lui, la religion est souvent ramenée à la morale.

    Le terme « déiste » est plutôt utilisé dans le langage théologique pour désigner de manière péjorative ou avec mépris ceux qui se disent croyants mais ignorent les prescriptions religieuses et ne pratiquent pas de culte.

    Le théisme accorde à la raison le pouvoir de démontrer l'existence de Dieu et de déterminer sa nature créatrice par analogie avec la nature créée.

    Etre théiste, c’est affirmer l’existence personnelle et unique de Dieu, cause du monde, Créateur de l’Univers, Etre Suprême.

    Qu’est-ce qu’un athée et qu’est-ce que l’athéisme ?

    Un athée est une personne qui ne croit à l’existence d’aucune divinité.

    En d’autres termes, être athée, c’est nier l’existence de Dieu.

    L’athéisme est une attitude ou une doctrine qui ne conçoit pas l’existence ou affirme l’inexistence de quelque dieu, divinité ou entité surnaturelle que ce soit, contrairement, par exemple, au déisme, au théisme et au panthéisme qui soutiennent ces existences, ou à l’agnosticisme qui considère qu’on ne peut répondre à ces questions.

    Plus simplement, disons que l’athéisme est une attitude qui consiste à ne pas croire en l'existence de Dieu ou de toute autre divinité.

    L'athéisme ne se contente cependant pas de rejeter purement et simplement l'idée de Dieu. Il essaie de comprendre l’origine et l'universalité du phénomène religieux et d’expliquer autrement ce que les religions prétendent éclairer. Les domaines à explorer touchent à de nombreuses sciences humaines : sociologie, psychologie, neurologie, économie, politique...

    Dans l'Antiquité, l'athéisme tel qu'on l'entend actuellement était peu connu. Nier l'intervention des dieux dans les affaires humaines pouvait être assimilé à de l'athéisme. Bien plus tard, la remise en question des croyances en vigueur pouvait être qualifiée également d'athéisme.

    A présent que nous avons mieux cerné le concept de Dieu, envisageons quelques délicates questions : « Dieu existe-t-il ? » ; « Y a t-il des preuves de l'existence de Dieu ? » ; « Peut-on croire encore que Dieu ait créé le monde ? »…

    Dieu existe-t-il ou Dieu est-il ?

    La Bible nous dit que la nature porte la signature du Dieu unique, créateur du monde et de la vie : « les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l'œil nu depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages » (Lettre de l'apôtre Paul aux Romains ch. 1 verset 20).

    Dire que Dieu est Créateur ne veut pas dire que les croyants cachent derrière Lui tout ce qu'on ne peut expliquer. Cela voudrait dire aussi que les scientifiques chrétiens mettraient leur raison de côté pour certains aspects des origines, ce qui n'est pas le cas. Ils répondent simplement à leur manière à la question à laquelle la science ne peut de toute façon pas répondre : « Qui est à l'origine du vivant, le hasard ou Dieu ? » Se prononcer dans un sens ou dans un autre est en réalité un choix philosophique, et non un argumentaire scientifique.

    Comment comprendre le verbe « exister » ?

    Le verbe « exister » vient du latin « existere » ou « exsistere », composé de « ex » et de « sistere », forme dérivée de « stare », « être debout, être stable ».

    « Dieu est le seul être qui, pour régner, n'ait même pas besoin d'exister. » nous dit Charles Baudelaire. « Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer. » nous dit Voltaire.

    La Bible affirme à de nombreuses reprises que Dieu est en dehors du temps. Il est éternel, sans commencement ni fin. Il est infini! Il connaît également toutes choses, étant infiniment intelligent.

    Dieu n’existe pas car un Etre plus grand, plus puissant que Lui aurait dû le créer, l’inventer ! En conséquence, ne pourrions-nous pas dire plus simplement : « Dieu est ! » ?

    En fonction de toute cette analyse, je me suis demandé quels Frères ont leur place à la G.L.R.B. ? Certainement pas les hommes qui se disent athées ! Certainement plus les Frères qui seraient devenus athées à la suite de leurs réflexions, même parfois au bout d’un très long parcours maçonnique ! Ils seront sans doute plus heureux dans d’autres obédiences !

    Etre théiste ou déiste, voire panthéiste, relève des convictions toutes personnelles mais ce qui me semble avoir beaucoup plus d’importance pour se maintenir au sein de notre obédience régulière, c’est d’affirmer sa foi, sa croyance en Dieu, Grand Architecte de l’Univers, sachant que nous avons encore la liberté de définir ou de ne pas définir l’Etre Suprême.

    Pour moi, seuls ont (encore) leur place au sein de notre Obédience régulière, les Frères qui peuvent affirmer leur foi en Dieu, Grand Architecte de l'Univers, quel que soit le nom qu’ils désirent ou ne désirent pas lui donner.

    De cette prise de position je déduis qu’un Frère qui, au cours de son parcours maçonnique, ne croirait plus en Dieu, ne pourrait plus se permettre d’exercer la moindre charge dans une de nos Loges car, poser la main sur les trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie pour prêter serment le placerait immédiatement dans la position du parjure.

    Avant de conclure cette planche par l’exposé de ma façon de vivre la Franc-maçonnerie, je voudrais encore préciser ce que j’entends par Franc-maçon, par Frère, par fraternité et surtout par fraternité initiatique.

    Franc-maçon – Fraternité – Fraternité initiatique

    Qu'est-ce qu'un Franc-maçon ?

    Un Franc-maçon est un homme qui se réalise dans la fidélité aux devoirs qu'il a librement contractés. Sans jamais déroger à ses obligations familiales ou de citoyen, il contribue, par son exemple, au perfectionnement moral et spirituel de l'humanité, aux fins de mettre en œuvre un idéal de paix, de tolérance et de fraternité entre tous les hommes. J’aimerais ressembler à ce portrait idéal !

    Qu’est-ce qu’un Frère ?

    Pour moi, un Frère, c’est un Profane qui, comme moi, a eu la chance d’être choisi puis parrainé, un être qui a reçu l’Initiation et qui, reconnu par nous tous, a accepté d’être placé au début d’un cheminement spirituel qui lui sera propre, dans la quête de la Lumière et de la fraternité, en travaillant sur lui-même d’abord pour tenter de se connaître et de s’améliorer au contact de ceux qui, apparemment, ont choisi le même idéal.

    Qu’entend-on par « fraternité », par « fraternité initiatique » ?

    La G.L.R.B. nous dit que « pour les Francs-maçons en général, la fraternité désigne surtout le lien privilégié qui unit les Maçons et les oblige particulièrement ».

    Cette fraternité des Francs-maçons procède d’abord d’un choix libre, celui qui pousse le Profane à entrer en Maçonnerie. Par la suite, l’Initiation en fera un des buts essentiels qu’il poursuivra dans sa quête. Mais si la fraternité est la base de la Franc-maçonnerie, celle-ci ne crée pas de manière spontanée la fraternité, pas plus que la fraternité ne se décrète. Le Franc-maçon chemine vers la fraternité et ne peut y parvenir que par le Travail.

    Cette fraternité, le Maçon la rencontre à trois niveaux :

    • dans les origines de la Maçonnerie ;
    • dans son symbolisme, c’est-à-dire ce qui rassemble les Maçons et tout particulièrement celui du rituel et de l’architecture du Temple où se réunit la Loge, avec son Pavé mosaïque, les lacs d’amour de la corde qui orne ses murs, avec la Chaîne d’union que pratiquent ses membres ;
    • et enfin dans l’action du Maçon en dehors de la Loge.

    « Pour la Maçonnerie régulière », et c’est la G.L.R.B. qui l’affirme, « la fraternité maçonnique est essentiellement source initiatique ». En effet, elle n'a pas son fondement dans une communauté d'opinions ou d'intérêts, encore moins dans quelque convention sociale qui ferait que les membres du groupe s'efforceraient de se conduire mieux avec leurs « frères » qu'avec ceux qui ne font pas partie de la société maçonnique ».

    La fraternité trouve sa source dans le fait que chacun, par l'Initiation qu'il a reçue, s'engage dans une voie commune de recherche et de progrès spirituel. Chacun se trouve uni aux autres Maçons par l'expérience partagée d'un symbolisme vécu et éprouvé, par le désir de tous de former une communauté initiatique. En recevant le nom de « Frère », l'Apprenti devient un maillon de la chaîne ininterrompue reliant tous les Initiés, ceux d'hier, ceux d'aujourd'hui et ceux de demain.

    La fraternité initiatique repose sur le fait d’aimer son prochain comme soi-même, ce qui demande à l’Initié de s’être réconcilié au préalable avec lui-même, pour entreprendre une démarche volontaire, altruiste, fondée sur l’amour et la notion que tous les êtres sont issus d’une même origine, d’un Principe qui est leur source et leur force.

    Ma conception de la Franc-maçonnerie

    Depuis mon admission dans la grande famille maçonnique, je ne crois surtout pas que tout est fini et qu’il m’est loisible de reprendre ma vie de Profane là où je l’ai laissée ! En effet, si l’Initiation au premier des trois degrés de la Maçonnerie symbolique ne m’a conféré que fort peu de droits, elle m’a astreint par contre à de nombreux devoirs.

    En quelque circonstance que ce soit, un Maçon se doit à lui-même de ne pratiquer que la tolérance, de ne priser que la vertu et de ne respecter que l’intelligence et le talent. Tels sont les devoirs rigoureux que j’ai assumés vis-à-vis de moi-même pour me rendre digne de la confiance que mes Frères ont mise en moi.

    Notre Constitution m’enjoint, nous enjoint « d’étendre à tous les membres de l’humanité les liens fraternels qui unissent les Francs-maçons sur toute la surface du globe ». Elle nous recommande aussi « la propagande par l’exemple ».

    Initié au Premier degré de la Franc-maçonnerie régulière, j’ai prêté - nous avons tous prêté - un serment solennel et juré de mettre en pratique, en toutes circonstances, la grande loi de solidarité humaine qui est la doctrine morale de la Franc-maçonnerie. J’ai juré  - nous avons tous juré - de pratiquer l’assistance envers les faibles, la justice envers tous et la dignité envers moi-même.

    La relativité est l’essence même de la vie. Aussi je ne crois jamais aux vérités absolues. Je dois me rappeler régulièrement, par exemple, que les lois scientifiques ne sont qu’un instantané du relatif pris dans un point du temps et de l’espace. De même, je ne nie jamais rien avec véhémence car peut-être n’ai-je pas compris ce qui me semble faux. Aussi, une de mes règles de vie c’est de fuir autant les dogmes que le sectarisme.

    Comme l’écrivit le grand Littré dans son travail d’Apprenti qu’il présentait à ses Frères en 1876 :

    « Le principal devoir de l’homme envers lui-même est de s’instruire ; le principal devoir de l’homme envers ses semblables est de les instruire ».

    C’est donc par l’accomplissement strict de mes devoirs envers moi-même que j’espère me rendre apte, un jour, à collaborer utilement au Grand Œuvre de l’Ordre maçonnique.  

    Ce que l’Initiation au degré de Compagnon m’a sans doute suggéré, c’est d’œuvrer dans toutes les directions. Certains Frères peuvent croire que leur mission est l’action positive dans des réalités concrètes. D’autres Maçons peuvent imaginer la nécessité d’acquérir des connaissances sur la façon dont les hommes ont résolu les difficultés de la vie en commun et des rapports entre l’homme et ce qui le dépasse. Certains peuvent encore s’élever jusqu’à pouvoir percer le mystère de la connaissance et recevoir la dernière lumière susceptible d’éclairer l’esprit humain. C’est une question tout à fait personnelle quant à l’adhésion et à l’adoption concernant tel ou tel point de vue. Mais, au moins, sachons apprécier la richesse des solutions apportées par les hommes au cours de leur longue marche de la nuit au jour, de la haine à la fraternité, de la nécessité à l’amour.

    Dès mon Initiation au grade d’Apprenti, l’accent a été mis sur le fait de garder le secret, d’être obéissant et de rester fidèle. Car la fidélité est une clé essentielle dans le cheminement initiatique. Elle permet de rester en accord avec tous les engagements que j’ai – que nous avons – contactés dans l’Ordre :

    • fidélité envers soi-même (en suivant ce que l’on croit juste et conforme à sa propre vérité en prenant pour guide la seule voix de sa conscience) ;
    • fidélité envers ses Frères car la fidélité est une des bases de la fraternité ;
    • fidélité vis-à-vis de l’ensemble de ses Frères, c’est-à-dire envers sa Loge et par extension envers les Frères de notre Obédience, envers les Frères de l’Ordre tout entier, facteur de l’œuvre d’édification du temple ;
    • fidélité à la Tradition.

    En guise de conclusion provisoire

    D’une manière plus pratique d’abord, voici comment je conçois la Franc-maçonnerie au quotidien.

    Après avoir beaucoup voyagé, lorsque j’étais Apprenti puis Compagnon, j’ai visité de nombreux Ateliers de la G.L.R.B. puis j’ai choisi de travailler dans plusieurs Loges. C’est un choix personnel que seule ma conscience peut apprécier.

    Depuis mon accession à la maîtrise, de nombreuses responsabilités m’ont été confiées et j’essaie de me mettre chaque jour à la disposition de tous les Frères sans exception.

    Les mots qui guident mes pas quotidiens sont « assiduité », « travail » et « devoirs ».

    En effet, la méthode initiatique ne peut porter ses fruits qu’en étant très régulièrement présent, assidu, actif aux Tenues et aux séminaires de formation.

    Au moment où une Tenue va commencer, le Vénérable Maître nous appelle au travail. Ce n’est jamais à ce moment qu’il faut songer à se reposer des fatigues de la journée. Notre attitude est aussi très importante sur le siège qui nous est offert. N’est-ce pas le moment idéal pour intégrer l’Équerre à plusieurs endroits de notre corps ?

    Je ne reprendrai pas ici la liste des très nombreux devoirs qui nous incombent à des degrés divers. Les Apprentis comme les Compagnons en ont déjà de nombreux. Mais ce sont surtout les Officiers Dignitaires qui ont des responsabilités énormes pour que la méthode initiatique porte ses fruits.

    N’avons-nous pas tous droit à des Tenues et à des séminaires de qualité ? N’avons-nous pas alors le devoir de donner le maximum de nous-mêmes à tous nos Frères pour la réussite de nos Tenues et de nos séminaires ?

    Pour les mêmes raisons, nous avons aussi le devoir de nous former en permanence. Et pour cela il convient, me semble-t-il, de se poser énormément de questions à propos de nos symboles, de nos rituels.

    Tout en restant en permanence à l’écoute de nos Frères, prêts à répondre à leur attente, à leurs besoins affectifs ou matériels, il me paraît aussi utile de s’informer par la lecture. A ce propos, je suis frappé par le nombre de publications à caractère maçonnique qui ont été diffusées depuis plus de vingt ans.

    D’une manière plus philosophique à présent : que suis-je venu faire en Franc-maçonnerie ?

    Si le but suprême de la Franc-maçonnerie est la recherche de la Lumière, encore faut-il donner un sens plus personnel à cette expression.

    Que suis-je venu faire parmi mes Frères ? Chercher la Lumière ? Pourtant je n'ignore pas qu'elle ne se confère point ! Que peut-elle être ? Certains y croient et l'appellent « Dieu ».D'autres pensent la détenir et l'appellent « Raison ». Enfin certains la devinent ou la cherchent : ils l'appellent « la Vérité ».

    La Lumière, n’est-ce pas avant tout la connaissance de soi ?

    Je pense que c'est en nous-mêmes qu'elle se trouve et qu'elle apparaîtra une fois que nous serons sortis des Ténèbres. Ce qui importe donc, finalement, c'est de chercher, donc de se poser régulièrement des questions à propos de nos symboles et de nos rituels.

    Ne perdons jamais de vue que si devenir Franc-maçon est un privilège, assister, participer activement et avec assiduité aux Tenues de sa Loge est un devoir.

    Pour pouvoir travailler en vue de notre élévation spirituelle, il nous faut construire nos connaissances par nos recherches personnelles, par l'introspection, par l'écoute attentive des points de vue exprimés par nos Frères plus anciens, par l’expression de leur expérience et par les ajustements appropriés de nos Surveillants.

    Pour pouvoir participer à l'amélioration du Monde et des Hommes en particulier, il nous faut en premier lieu songer à notre perfectionnement personnel, à devenir une Pierre bien taillée, adaptable dans l'édification du Temple idéal dont nous devrions devenir les pierres parfaites.

    Chacune des étoiles de la voûte de notre Temple ne symbolise-t-elle pas une victoire de la lumière sur l'obscurité et du savoir sur l'ignorance ? C'est pourquoi nous, Francs-maçons, dans notre trajectoire initiatique tournée vers l'éveil et la recherche de la pureté, nous pouvons nous apparenter ou nous identifier à l'une d'elles. Chacun d'entre nous n'est qu'un individu isolé, qui brille de sa propre lumière. Mais tous les Maçons réunis dans leur fraternité forment un ciel constellé de lumières qui sont autant de luminaires pour éclairer le monde.

     

    R:. F:. A. B.

     

    [1] La Torah ou le Coran pour ne citer que deux exemples.

     


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