• Introduction

    A la question « quelle est la forme de votre Loge ? », toutes les instructions maçonniques donnent comme réponse « un Carré Long ».

    D'où vient cette appellation pour le moins étrange de « carré long » donnée à un rectangle ? Car si la forme de la Loge, au sol, s’avère généralement rectangulaire, on n’y voit guère de carré parfait.

    Comment un carré peut-il être long, sans transformer ce carré en rectangle ? Telle serait la réaction rationnelle d’un non-initié. Le « Carré Long » implique précisément le caractère ésotérique de la figure géométrique en question.

    Le carré long suppose que le carré est en extension, c’est-à-dire en devenir. Le carré devient une géométrie initiatique, une cosmogonie [1] illuminatrice. C’est pourquoi le « Carré Long » est délimité à l’Ouverture des Travaux par l’allumage des trois Piliers (Sagesse, Force et Beauté), et effacé à leur Clôture par l’extinction de ces mêmes flambeaux.

    Qu’est-ce qu’un « Carré long » ? Le « Carré Long » est l’espace symbolique matérialisé par le Tableau de Loge. Le « Carré Long » est une forme symbolique de la Loge maçonnique, correspondant à un rectangle formé par deux carrés accolés ou construit d'après le Nombre d'or dans le rapport 1,618... Le « Carré Long » rappelle aussi l'Équerre, symbole du Vénérable Maître.

    Ces  quelques précisions m’amènent aux deux sujets principaux que je vais évoquer dans cette planche : le Carré Long et le Nombre d’or.

    Le Carré Long, forme de la Loge

    Examinons tout d’abord l’expression « un Carré Long » en tant que réponse à la question « Quelle est la forme de votre Loge ? » qui se trouve dans la plupart des instructions maçonniques du premier degré.

    Ainsi formulée, cette réponse se trouve liée à la notion de temple. Symboliquement, en effet, le temple est un « carré long », c’est-à-dire un double carré, soit un rectangle dont les côtés sont dans le rapport 2 à 1, soit un rectangle d’or ou de proportion dorée, soit encore un rectangle construit d’après le Nombre d’or.

    Dans les anciens systèmes initiatiques, qu’ils fussent égyptiens comme les mystères d’Osiris ou d’Isis, ou grecs comme les mystères orphiques ou d’Eleusis, la construction des temples devait se faire impérativement selon des proportions ou valeurs particulières.

    L’architecture sacrée se manifestait par la « projection » dans le plan de la forme de deux carrés parfaits juxtaposés l’un à l’autre. Le carré, qui présente quatre côtés isométriques, symbolise tantôt le cosmos, tantôt la terre.

    Au plan symbolique, le prolongement du carré, magnifiant la puissance du nombre, annonce la mise en mouvement ou l’ébranlement de l’énergie qui amorce un mouvement ascensionnel pour parvenir à une forme volumétrique nouvelle : le cube.

    Si le cube va devenir déterminant dans différentes traditions, il transite obligatoirement par le carré qui en constitue la prime étape, la base sur laquelle les bâtisseurs vont pouvoir élever. C’est ainsi que des églises, bâties en Angleterre aux 11ème et 12ème siècles, le sont sur un plan carré (cf. cathédrale d’Oxford). Toutes les constructions cisterciennes de Grande-Bretagne comme celles des pays germaniques ont été élevées sur base et autour d’un carré central.

    Le Carré Long, centre de la Loge

    * Le Carré long et le Nombre d'or

    Mais dans nos Loges, le « Carré Long » désigne le rectangle qui s’inscrit entre les trois Piliers (Sagesse, Force et Beauté) ou grands chandeliers qui encadrent un espace sacré, inviolable, infranchissable (sauf à certains moments des cérémonies de Réception) sur lequel repose le Tableau de la Loge comprenant les symboles du grade.

    Le « Carré Long » fait office de labyrinthe au cœur de l’enceinte maçonnique, à l’image de ceux que l’on trouve dans certaines églises et cathédrales. Nombre d’ésotéristes émérites se sont penchés sur la signification du « Carré Long ». Certains y ont même vu la réunion du cercle magique et des principes alchimiques. Dans tous les cas, il s’agit clairement de la désignation et de la délimitation dans un environnement général profane d’un périmètre sacré évoquant tous les rituels de construction – matérielle et immatérielle – dans une dynamique d’initiation aux mystères sacrés de l’Univers et à l’Universalité de l’homme.

    Le « Carré Long » est le symbole du tracé du temple dans la Loge (La loge, que beaucoup de Maçons appellent erronément « temple »). Le Maçon travaille en réalité sur le parvis du temple et non dans le temple.

    Le « Carré Long » est donc d’abord une symbolique du centre et, à ce titre, il peut être représenté sous forme du cercle inscrit dans le carré, figurant ainsi de la façon la plus simple le Temple dont le centre est le Saint des saints [2], le cercle de la manifestation spiritualisée, conscientisée. Et cette représentation nous fait penser aussi au cercle et aux deux parallèles utilisés dans différents rituels, notamment celui de la célébration du Solstice d’hiver pour symboliser la course du soleil et les deux portes de l’année.

    Pour bon nombre d’auteurs, le « Carré Long » est un double carré – donc un rectangle – dont la longueur est le double de la largeur, ou bien un rectangle de proportion dorée ou bien encore un rectangle de côtés 3 et 4 dont la diagonale est 5.

    En d’autres termes, plusieurs figures recevant l'appellation de « Carré Long » peuvent être construites géométriquement à partir d'un carré : le triple carré, le double carré, le rectangle d’or.   

    Le Carré Long ou le triple carré

    En architecture classique, le triple carré a été peu utilisé. Il ne semble guère appliqué que dans les collatéraux [3] de certaines églises romanes ou dans la mise en proportion de cubes byzantins.

    Cependant, le Premier Livre des Rois [4], au chapitre 6, nous rapporte que le Temple de Salomon [5] était un triple carré, c'est-à-dire un rectangle de proportion un sur trois. Il avait soixante coudées de long, vingt de large et vingt-cinq de haut. Hormis le Ulam ou vestibule qui précédait le temple proprement dit et dont les dimensions étaient de vingt coudées sur dix, et hormis le déambulatoire qui l'entourait sur les trois autres côtés, le plan de l'édifice était donc bien celui d'un triple carré. Cet espace était divisé en deux parties : le Hékal ou « Saint », et le Débir ou « Saint des saints »[6], partie du temple affectée au culte. C'était un rectangle de quarante coudées de long sur vingt coudées de large. On y accédait par le vestibule en passant par une double porte en bois de cyprès.

    * Le Carré long et le Nombre d'or

     

    LE TEMPLE DE JÉRUSALEM
    Construit par les architectes et les entrepreneurs de Tyr
    (d'après le Professeur D. Harden)

     

    On accédait apparemment au Débir par un escalier de sept marches. Il abritait l'Arche d'Alliance, celle-là même que Moïse avait construite selon les instructions du Créateur. Ce « Saint des saints » était une pièce cubique de vingt coudées de côté, dépourvue de fenêtre. Il n'était accessible qu'au Grand Prêtre, une fois par an, le jour du grand pardon afin d'y prononcer le Nom ineffable, le Tétragramme.

    Le Carré Long ou le double carré

    Le carré n’existe pas dans la nature. Cette figure géométrique est une abstraction de l’esprit. Première des figures géométriques, par sa stabilité, le carré représente la terre et par extension l’habitation de l’homme.

    * Le Carré long et le Nombre d'or

    Le « Carré Long » ou double carré est un rectangle formé par l’association de deux carrés de mêmes dimensions, d’où la création d’un rectangle dont la longueur est le double de la largeur. Les temples de l’Antiquité étaient conçus sous la forme d’un « Carré Long » ou double carré.

    Dans le Temple de Salomon, c'est le Hékal ou Saint qui était formé d’un double carré, c'est-à-dire un rectangle de proportion un sur deux. Le Hékal était le lieu du culte c'est-à-dire le lieu de la rencontre, de la communion de l'homme avec Dieu. Et de fait, le Un, nombre de Dieu y côtoyait le Cinq, nombre de l'homme par la médiation du rapport doré.

    Le double carré se retrouve aussi dans les cathédrales que les frères maçons donnèrent à leurs confrères ecclésiastiques. Chanoines des grandes liturgies mathématiques, ils avaient su traduire dans la pierre les règles les plus pures.

    * Le Carré long et le Nombre d'or

    Le Carré Long ou Rectangle d’or

    * Le Carré long et le Nombre d'or

    Un autre carré long peut être construit sur la section dorée. Il s’agit du rectangle 1 X 1,618 obtenu à l’aide du cercle dont le rayon correspond à la droite reliant le milieu du côté du carré à l’angle opposé.

    Ce carré long est dit « carré soleil », le Nombre d’or étant la dimension solaire de tout tracé. Quant au carré lunaire, il correspond, lui, au carré double dont la diagonale permettra de diviser la base en «moyenne et extrême raison», autrement dit en deux segments correspondant au rapport doré 5/3. La valeur de la diagonale est √5, nombre irrationnel, base du Nombre d’or dont la valeur est (√5 + 1) / 2.

    Les ouvrages d'esthétique nous renseignent tous sur ce point : un segment est partagé en « moyenne et extrême raison » selon la proportion divine ou section dorée, si le petit et le moyen segment engendrés sont dans le même rapport que le moyen segment et le segment initial.

    Le « Nombre d’or », ou « Section dorée », ou « Proportion dorée », est un nombre égal à environ 1,618033988749....

    Il en découle qu'un rectangle ayant sa longueur et sa largeur dans le rapport  est appelé Rectangle d'or ou Rectangle doré, et nombreux sont les ouvrages qui définissent le Rectangle d'or comme étant le « Carré Long ». Plus long que le simple carré, il n'atteint cependant pas la dimension du double carré et représente ainsi un équilibre harmonique entre ces deux entités.

    De fait, nos cathédrales sont truffées de rectangles d'or. A Troyes notamment l'on voit triompher le nombre et la proportion. Par exemple, dans la nef et les collatéraux, largeur et hauteur aux chapiteaux déterminent des rectangles dorés.

    Les constructeurs de cathédrales du Moyen Age, n’ont pas utilisé notre système métrique classique pour élaborer leurs œuvres. Celui-ci n’existait évidemment pas encore. A Chartres comme à Reims et dans la plupart des autres cathédrales, ils utilisèrent un autre système… basé sur le Nombre d’or 1,618. Les Romains, les Grecs, les Juifs et les Égyptiens le connaissaient déjà.

    Le Nombre d’or est considéré comme le nombre de l’harmonie universelle, le nombre de la création, le nombre de Dieu Créateur. Chez les Grecs, avec le développement de la géométrie, la secte secrète des pythagoriciens en avait fait un symbole d’harmonie universelle, de vie, d’amour et de beauté.

    Au Moyen Age, les savants, les Pères de l’Eglise, les bâtisseurs, les maîtres d’ouvrages ou maîtres d’œuvre se réclamant de la doctrine platonicienne des corps cosmiques (les cinq polyèdres réguliers), ont fait du nombre d’or, « la divine proportion », un modèle de perfection esthétique et philosophique.

    Les nombres dans la Loge

    Les nombres sont présents dans les Loges des trois premiers grades maçonniques : pour commencer, dans la forme même de celles-ci : un carré long, dont les justes dimensions (à condition de les respecter !) permettent le calcul du Nombre d'or (ou rapport de la Section Dorée) soit 1 + racine carrée de 5 le tout divisé par 2. Soit en l’écrivant avec les chiffres arabes : (1+V5)/2 = 1,618... Ce nombre est le rapport des côtés du rectangle. Il représente la divine proportion des choses, car elle permet d'en déduire toutes les figures planes ou spatiales du pentagone au dodécaèdre en passant par les cinq corps platoniciens.

    Le Nombre d'or a été utilisé par certains grands peintres, ce qui leur a permis de relier ainsi le microcosme au macrocosme par la théorie des correspondances harmoniques, de l'architecture, de l'esthétique, de la musique, de la mécanique céleste.

    Les éléments de la science maçonnique (ou Art Royal) se retrouvent non seulement dans les outils et instruments symboliques (Maillet, Niveau, Règle, Équerre,…), dans les mots de passe et les signes, comme l'Apprenti peut les découvrir lors de son instruction, mais encore et surtout dans les symboles, dans les nombres et les figures géométriques qui ornent ou décorent la Loge.

    Ainsi les nombres ont déjà leur importance dans la forme de la Loge, mais ce n’est qu’un début !

    En fait, les nombres sont partout en Franc-maçonnerie, à commencer par le symbole ternaire (triangle ou pyramide), image symbolique par excellence de tout ce qui est maçon. Si la mystique touche aux harmonies du cœur, la Franc-maçonnerie et son symbolisme touchent aux harmonies de la structure du monde, donc à la mesure de l'univers à la fois dans ses formes (géométrie) et dans les rapports mathématiques qu'entretiennent entre elles ses composantes (arithmétique divine). C'est ainsi que le Temple de Salomon est censé refléter cet univers et qu'en cherchant la Lumière, tout Maçon est en mesure de percer les secrets des lois universelles qui régissent ce Temple. Le corps de l'homme en est à la fois l'image secrète et le sanctuaire.

    C'est bien pourquoi l'Initiation et les enseignements de la Franc-maçonnerie sont si intimement liés à la sagesse des philosophes grecs tels que Platon et Pythagore.

    L'Architecture Naturelle, est une somme d'hermétisme, de numérologie transcendante, d'alchimie spirituelle et de cabale, offrant au cherchant un formidable outil de synthèse sur l'architecture humaine reliée au divin par la stricte observation des lois cosmiques dont elle dérive.

    Le nombre 2 se remarque dans le Pavé mosaïque où alternent le noir et le blanc (ombre et lumière, dualité fondamentale), par le Soleil et la Lune, par les deux Colonnes J et B ou encore par le Premier et le Second Surveillant.

    Quant au nombre 3, le plus utilisé de tous les nombres maçonniques, on peut l’observer dans une multitude de symboles : les trois Grandes Lumières (Volume de la Loi sacrée, Équerre, Compas), par le triangle divin qui représente à la fois les trois mondes (matière, esprit, âme) et leur unité, mais aussi les trois dimensions de l'espace, sans oublier la marche de l’Apprenti, la Batterie du grade, les Piliers, le Signe d’Ordre…

    A cela on peut ajouter que les trois grades de la Maçonnerie bleue, qui sont ceux d'Apprenti, de Compagnon et de Maître, s'établissent par le dévoilement progressif de la quadrature hermétique du cercle universel. En effet, au degré d'Apprenti, se dévoile le premier quart du cercle ; celui de Compagnon dévoile le second quart, donnant ainsi accès à la moitié du tout. Enfin au sublime degré de Maître Maçon sont dévoilés les deux quarts restants et le centre (d'où le terme « en Chambre du Milieu »). Le cercle est alors bouclé. On peut comprendre ainsi une des raisons pour lesquelles le dernier Passé Maître devrait devenir le Couvreur de la Loge.

    Mais les rapports entre la symbolique des nombres et celle des Loges ne s'arrêtent pas là. Chacun sait que toute droite perpendiculaire à une autre, forme avec celle-ci un angle de 90° (ou angle droit) dont le symbole mathématique, un T renversé (ou tau grec majuscule) sert justement à indiquer l'orthogonalité. Or cet angle droit est aussi le signe de l’Équerre qui n'est autre que la représentation imparfaite du triangle rectangle dont on sait depuis Pythagore que le 3ème côté (l'hypoténuse) se calcule comme la racine de la somme des carrés des deux autres.

    Cette formule connue de tous les collégiens du monde s'applique notamment au calcul des diagonales d'un carré ou d'un rectangle mais aussi à celles d'un cube. Qui dit cube, dit Compagnon, et qui dit diagonale, dit aussi ligne ou espace intermédiaire, c'est-à-dire celle ou celui qui permet de passer d'un point à un autre, d'une situation à une autre, enfin d'un état à un autre : c'est la ligne ou la passerelle qui relie les choses entre elles.

    Comme on le devine aisément, cette hypoténuse cache une richesse symbolique certaine et constitue à n'en pas douter, l'un des passages privilégiés de la Perpendiculaire au Niveau.

    Comme on le voit le symbolisme des nombres, des figures et des formes est en rapport à la fois statique et dynamique avec le symbolisme maçonnique. Selon que l'on regarde les symboles dans leur signification apparente ou dans leur sens caché (donc plus complexe, sinon ce sens serait évident), on se trouve dans une logique de situation ou une logique de mouvement. Mais toute situation ne cache-t-elle pas justement un mouvement ?

    Sans dévoiler ici les arcanes et secrets des deuxième et troisième degrés, il est intéressant de constater que la Maçonnerie rejoint souvent les révélations mystiques. Mais quel Maçon sérieux pourrait en douter ? Voyons comment apparaissent les nombres 5 et 7 comme symboles maçonniques.

    Au 12ème siècle, sainte Hildegarde de Bingen, à la suite de « révélations divines » sur l'origine des maladies et leurs traitements, a fait une synthèse entre la santé et la spiritualité, dans une vision éblouissante et totale de l'être humain : corps, esprit et âme, et a donné des indications très précises sur la structure de l'homme. Elle a proposé une représentation symbolique de la constitution universelle de l'homme par la figure de « l'homme carré », dénomination quelque peu impropre d'ailleurs, car il vaudrait mieux dire « l'homme en croix ». Selon Hildegarde de Bingen, « l’Homme se divise dans la longueur, du sommet de la tête aux pieds, en cinq parties égales ; dans la largeur, formée par les bras étendus d’une extrémité d’une main à l’autre, en cinq parties égales ».

    Cette représentation est la suivante : le corps d'un homme en croix (comme le Christ en croix), les jambes parallèles, est décomposé en 9 carrés égaux, 5 placés verticalement, des pieds à la tête, et quatre (2 X 2) à droite et à gauche de la poitrine.

    * Le Carré long et le Nombre d'or

    Tout Maçon connaît « L’homme de Vitruve », nom communément donné au dessin à la plume, intitulé « Étude de proportions du corps humain » et réalisé par Léonard de Vinci aux alentours de 1492. Mais on trouvait déjà ce dessin dans la symbolique romane des 11ème et 12ème siècles.

    * Le Carré long et le Nombre d'or

    Cette représentation diffère de celle de sainte Hildegarde de Bingen en ce qu'elle montre un corps humain les jambes écartées. On obtient ainsi une étoile à cinq branches, inscrite dans un cercle, ou si l'on veut, un pentagone qui n'est autre que la figure « enveloppée » de la grande mystique du 12ème siècle.

    Le cercle et son centre, ajoutés aux cinq branches (tête, 2 bras, 2 jambes) de l'étoile, donnent alors le nombre 7, qui prend toute son importance au troisième degré.

    Par cette symbolique numérique on en revient donc encore, et toujours à l'Homme, archétype universel, à l'image de Dieu, microcosme dont les proportions corporelles représentent celles de l'univers.

    D'abord univers physique et matériel : celui qui tombe sous les cinq sens et dont le cerveau est l'instrument de coordination. Ensuite univers éthérique ou psychique : celui qui fait appel aux symboles ésotériques et magiques ; enfin univers de l'âme ou spirituel : celui qui fait appel à la révélation mystique et à la transcendance.

    On trouve toute cette symbolique dans les ouvrages du célèbre égyptologue ésotérique R.A. Schwaller De Lubicz qui y procède à une analyse de la structure de l'homme à travers l'architecture des édifices religieux de l'ancienne Egypte, rappelant sans nul doute l'exégèse du Temple de Salomon, et les plans architecturaux de nos cathédrales.

    On peut donc affirmer une nouvelle fois, comme l'ont fait depuis longtemps de nombreux exégètes, qu'il existe une « géométrie profane » et une « géométrie sacrée ». Cette dernière nous vient de la géométrie ésotérique pythagoricienne et nous a été transmise par les compagnons et les bâtisseurs. On la retrouve certes dans l'architecture mais aussi dans les rites et les rituels maçonniques et magiques.

    Il est intéressant à ce sujet de citer l'Ordonnance latine du chapitre de la cathédrale d'York en Angleterre (1352), prescrivant que « les anciennes coutumes en usage parmi les artisans du bâtiment doivent continuer à être respectées » et que la maçonnerie est l'art dérivé de la géométrie, et que c'est le plus noble des arts [7].

    * Le Carré long et le Nombre d'or

    Le symbolisme du Nombre d’or

    Le nombre d'or est peut-être, à notre époque, l'exception parmi les nombres, capable d'éveiller et de satisfaire le besoin de mystère, d'ordre métaphysique ou d'ordre esthétique principalement, qui habite en chacun de nous.

    Les membres de la secte de Pythagore considéraient les caractères de certains nombres et de certaines figures géométriques comme leur bien propre. Une partie de leurs secrets nous sont cependant parvenus.

    Suivant les pythagoriciens, l'harmonie de l'Univers était une harmonie de nombres.

    Pythagore et ses disciples ont découvert les nombres irrationnels. Parmi les nombres irrationnels, le nombre d'or tient une place privilégiée : il est constamment présent dans la géométrie des décagones et pentagones réguliers.

    Les Anciens ont observé que 10 est la somme des 4 premiers nombres entiers :

     

    * Le Carré long et le Nombre d'or

     

    la Tétractys

    1 + 2 + 3 + 4     =     10

    La Décade, nombre symbolisant l'Univers

     

    La moitié de la décade est appelée « pentade ».

    De la pentade on passe aux pentagones. Leur construction géométrique implique l'utilisation du compas. Le Nombre d'or y joue le rôle d'intermédiaire indispensable.

    Rappelons-nous que l'expression « Nombre d'or » désigne surtout une proportion dite « divine » dans laquelle la plus petite partie rapportée à la plus grande est comme la plus grande au tout. Cette proportion existe dans le Pentagramme ou Etoile à cinq branches.

    Le Pentagone étoilé ou Pentacle ou Pentalpha ou encore Pentagramme était un symbole universel de perfection, un symbole de vie, de beauté et d'amour. Il fut, dans ces conditions, un signe de ralliement pour les pythagoriciens.

    Dans le domaine artistique, l'analyse des œuvres d'art révèle de nombreux exemples de la présence effective de structures pentagonales ou liées aux pentagones.

    Luca Pacioli insiste sur la variété et l'étendue des domaines que recouvre la science fondée sur le Nombre d'or ou Divine proportion : philosophie, perspective, dessin, sculpture, architecture, musique, mathématique...

    La Divine proportion possède plusieurs des attributs de la Divinité. Elle est unique comme Dieu. Elle régit une relation entre trois termes et, comme Dieu, elle reste semblable à elle-même.

    Luca Pacioli fait référence à toute « trinité » de nombres dont le plus grand est la somme des deux autres ; le rapport du plus grand au moyen est égal au rapport du moyen au plus petit. La proportion est constituée par l'égalité des deux rapports en question, leur valeur commune étant le Nombre d'or.

    Beaucoup d'artistes et esthéticiens voient dans ce caractère essentiel le fondement de la vertu esthétique du Nombre d'or.

    La proportion considérée, représentée par un nombre irrationnel, participe au caractère extra humain (donc divin) qui entourait les nombres irrationnels, selon Pythagore et ses disciples.

    Le Nombre d'or est la clef de la construction géométrique des pentagones réguliers. Il est relié au dodécaèdre régulier. Platon assignait à ce polyèdre une place très importante dans sa conception de l'Univers.

    Le Nombre d'or et la Franc-maçonnerie

    Il importe à présent de se demander pourquoi le Nombre d'or est un sujet de réflexion maçonnique.

    La réflexion sur les symboles et les rites constitue le travail le plus important à effectuer en Franc-maçonnerie ; celle à propos des signes et des clefs semble y occuper une place non négligeable.

    Grâce à la contribution de Platon et aux commentaires néoplatoniciens, le développement de la pensée pythagoricienne a permis la transmission de « clefs » traditionnelles jusqu'à nous.

    Depuis les corporations grecques et les guildes du Moyen Age, les architectes et bâtisseurs ont véhiculé des symboles, des signes et des clefs qui ne sont que les secrets géométriques des pythagoriciens.

    Qu'est-ce qu'une clef ?

    Une clef est une proportion qui se présente comme une loi générale qui concerne aussi bien la musique, l'architecture, l'arithmétique, la poésie et la morale.

    Qu'est-ce qu'une proportion ?

    Une proportion est un rapport qu'un tout a avec les parties et celui qu'elles ont séparément, comparativement au tout, suivant la mesure d'une certaine partie.

    La science des nombres purs a profondément influencé la connaissance symbolique grâce à la transmission des significations numériques fondamentales omniprésentes en Franc-maçonnerie.

    Pour conclure, du moins provisoirement…

    Le Nombre d'or devrait réveiller notre curiosité à l'égard de notre environnement naturel et esthétique mais aussi provoquer notre étonnement au sujet du Carré long qui, dans nos Loges, est en fait un rectangle de proportion dorée. Le Nombre d'or pythagoricien détermine en effet la dimension idéale des temples antiques mais aussi de nos Loges.

    Cette recherche à propos du Nombre d'or et du Carré Long peut nous aider à mieux comprendre et apprécier des symboles plus complexes tels que ceux que l'on rencontre au degré de Compagnon. Je songe notamment au Pentagramme ou à l’Etoile Flamboyante en rapport direct avec le Carré long. C'est en admettant que l'Etoile Flamboyante est le centre d'où part la vraie Lumière que l'on comprend mieux toute l'importance que revêt le Nombre d'or.

    R:. F:. A. B.

    [1] La Cosmogonie (du grec cosmo- « monde » et gon- « en­gendrer ») était, en 1762, définie par le Dictionnaire de l'Académie française, comme « science ou système de la formation de l'Univers ».

    [2] Le Débir, dit « Saint des saints », est une partie du temple de Jérusalem.

    [3] Les collatéraux (du latin médiéval collateralis) désignent, en architecture, et spécifiquement dans le domaine de l'architecture chrétienne, les vaisseaux latéraux de la nef d'une basilique, ou d'un édifice à plan basilical, de part et d'autre du vaisseau central. Dans la plupart des églises, les collatéraux sont occupés par des chapelles.

    [4] Le premier livre des Rois est un livre de l'Ancien Testament chrétien et classé parmi les livres des Prophètes dans la tradition juive.

    [5] Le Temple de Jérusalem avait une structure concentrique, avec des parties publiques et des parties toujours plus sacrées et toujours plus rarement accessibles. Dans le sanctuaire du Temple, le « Saint des Saints », était conservée l'Arche d'alliance avec, à l'intérieur, les Tables de la Loi (pierres gravées avec le texte des Dix Commandements transmis par Dieu à Moïse sur le mont Sinaï, durant l'Exode).

    [6] Le Débir ou Saint des saints, est la partie la plus centrale du Temple de Jérusalem, sanctuaire de la religion juive.

    [7] Voir à ce sujet le « Regius M.S. » ou poème maçonnique du British Museum, qui date du 14ème siècle.

    Bibliographie

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    Editions du Rocher, Monaco, 2002

     

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995

     

    Béresniak Daniel - Rites et Symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome 1 : « Les Loges Bleues » - Editions Detrad, Paris, 1997

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986

     

    Boisdenghien Guy - La Vocation Initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995

     

    Cleyet-Michaud Marius - Le Nombre d'or

    Que sais-je ? N° 1530 - P.U.F., Paris, 1995

     

    Dangle Pierre - Le Livre de l’Apprenti

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 1999

     

    Davy Marie-Madeleine - Initiation à la symbolique romane

    Champs histoire - Editions Flammarion, 1977

     

    Ferré Jean - Dictionnaire des symboles maçonniques

    Editions du Rocher, Monaco, 1998

     

    Ferré Jean - Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, Paris, 1994

     

    Geay Patrick - Mystères et significations du Temple maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1997

     

    Guigue Christian  - La formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 2007

     

    Mainguy Irène - La symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy, Paris, 2006

     

    Nefontaine Luc - Symboles et symbolisme dans la Franc-maçonnerie – Tome 2

    Editions de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, 1997

     

    Schwaller De Lubicz R.A. - Le Temple dans l'homme

    Collection Architecture et symboles sacrés

    Editions Dervy, Paris, 1982

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994

     

    Ghyka Matila - Le nombre d’or

    Rites et rythmes pythagoriciens dans le développement de la civilisation occidentale

    Editions Gallimard, 1976

     

    Allendy René (Docteur) - Le symbolisme des nombres

    Essai d’arithmosophie - Editions Traditionnelles, 1997

     

    Reghini Arturo - Les nombres sacrés dans la tradition pythagoricienne maçonnique

    Editions Arché Milano, 1981


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  • Introduction

    Si j’ai bien l’intention de disserter sur le rôle des trois Piliers et leur symbolisme, il entre d’abord dans mes intentions de vous livrer mes réflexions à propos d’une partie importante du plan horizontal qui les supporte, le Carré Long. Pour ce faire, il me semble indispensable d’évoquer tout d’abord cette figure géométrique à la fois simple et particulièrement riche de la géométrie qu’est le carré.

    Le carré 

    La figure

    Figure géométrique aux quatre angles droits et dont les côtés sont isométriques – « égaux » disait-on dans nos écoles non encore rénovées – le carré est l’expression même d’une forme parfaite voulue par l’homme, en contrepoint aux formes souvent imparfaites et non finies dans la nature.

    Outre le fait qu’il soit intimement lié au nombre « quatre », symétrie et esthétisme en sont les deux paramètres majeurs. Platon a dit du carré qu’il est « la Beauté en soi ». Un humoriste en a dit que c’est un cercle qui a mal tourné !

    Mais au-delà de sa forme si caractéristique, le carré a acquis au fil des siècles une valeur symbolique, s’exprimant sous différentes formes dans l’univers maçonnique.

    Le symbolisme du carré

    Avec le cercle et la croix, le carré est l’une des figures géométriques les plus employées de la symbolique. Il est la réalité par opposition à l’incréé, la stabilité par opposition au temps qui fuit.

    Le carré apparaît comme le véhicule de la manifestation divine. Comme tel, il se trouve indissolublement lié au cercle. Cependant, la forme quadrangulaire s’en différencie car elle exprime le temps chronologique, donc une fraction limitée extraite de l’éternité. Ce qui nous fait penser à cette vie, à ce corps, à cette fixation ou enchaînement présent, à la nécessaire recherche des moyens de son affranchissement. Ce qui s’opère par la quête de la voie de la sagesse à défaut d’atteindre celle de la sainteté.

    D'aucuns y voient la réunion d’équerres. Le carré peut en effet être la réunion de deux ou quatre équerres. L’équerre peut certes s’avérer nécessaire à son tracé mais le Maître sait aussi le tracer avec le compas ! 

    La symbolique du carré est également présente dans le pavé mosaïque où s’alternent les carrés noirs et blancs. En géométrie sacrée, le pavé mosaïque est considéré comme un « carré long », un double carré, que Koelliker a décrit comme « le rectangle de la Genèse », lequel contient l’ensemble des dimensions du temple et permet de concevoir les lignes de force d’un édifice. Ce pavé mosaïque est connu depuis l’Antiquité égyptienne.

    Le carré demeure dévolu au plan terrestre ou plan horizontal, par rapport au cercle de nature céleste et verticale, tout simplement parce que les Anciens pensaient que la Terre était carrée, fixe, immuable, par rapport au cosmos.

    Plat, lisse, dans le plan, il fait remarquablement ressortir la perfection volumique dans le domaine de la matérialité terrestre. Ce qui s’exprimera par le passage du carré au cube qui n’est rien d’autre que la projection spatiale du carré ou sa spiritualisation.

    Le carré long

    Définition

    Selon les auteurs, le « carré long » est un double carré, donc un rectangle dont la longueur est le double de la largeur, ou bien un rectangle de proportion dorée ou bien encore un rectangle de côtés 3 et 4 dont la diagonale est 5.

    La forme de la loge

    Examinons tout d’abord l’expression « un Carré Long » en tant que réponse à la question « Quelle est la forme de votre loge ? » qui se trouve dans la plupart des instructions maçonniques du premier degré.

    La forme de la loge s’énonce en effet par la formule « un Carré Long ». Qu’est-ce à dire ?  D’où vient cette appellation pour le moins étrange de « Carré Long » donnée à un rectangle ?  Car si la figure de la loge s’avère rectangulaire, on n’y voit guère de carré parfait.

    La réponse se trouve liée à la notion de temple. Symboliquement, en effet, le Temple est un « carré long », c’est-à-dire un double carré, un rectangle dont les côtés sont dans le rapport 2 à 1, un rectangle d’or ou de proportion dorée, un rectangle construit d’après le nombre d’or.

    Dans les anciens systèmes initiatiques, égyptiens (mystères d’Osiris ou d’Isis) puis grecs (mystères Orphiques ou d’Eleusis), la construction des temples devait se faire selon des proportions ou valeurs particulières.

    L’architecture sacrée se manifestait par la « projection » dans le plan de la forme de deux carrés parfaits juxtaposés l’un à l’autre. La figure présentant ainsi quatre côtés isométriques symbolise le cosmos.

    Le symbolisme du carré long

    Au plan symbolique, le prolongement du carré, magnifiant la puissance du nombre, annonce la mise en mouvement ou ébranlement de l’énergie qui amorce un mouvement ascensionnel pour parvenir à une forme volumétrique nouvelle : le cube.

    Si le cube va devenir déterminant dans différentes traditions, il transite obligatoirement par le carré qui en constitue la prime étape, la base sur laquelle on va pouvoir élever. C’est ainsi que des églises, bâties en Angleterre aux 11ème et 12ème siècles, le sont sur un plan carré (cf. cathédrale d’Oxford). Toutes les constructions cisterciennes de Grande-Bretagne comme celles des pays germaniques ont été élevées autour de ce carré central.

    Mais en loge, le « Carré Long » désigne aussi le rectangle qui s’inscrit entre les trois Piliers ou grands chandeliers qui encadrent le pavé mosaïque. Cet espace sacré est inviolable, infranchissable, sauf à certains moments des cérémonies de réception.

    Le « Carré Long » fait office de labyrinthe au cœur de l’enceinte maçonnique, à l’image de ceux que l’on trouve dans certaines églises et cathédrales. Nombre d’ésotéristes émérites se sont penchés sur la signification du « carré long ». Certains y ont vu la réunion du cercle magique et des principes alchimiques.

    Dans tous les cas, il s’agit clairement de la désignation et de la délimitation dans un environnement général profane d’un périmètre sacré évoquant tous les rituels de construction – matérielle et immatérielle – dans une dynamique d’initiation aux mystères sacrés de l’Univers et à l’Universalité de l’homme.

    Les trois Piliers

    Définition

    Parfois dénommés « grands flambeaux » ou « grands chandeliers », les Piliers, au nombre de trois – et qu’il ne faut pas confondre avec les colonnes du Temple – se disposent selon un tracé spécifique au rite.

    Leur situation précise

    Au Rite Moderne et au Rite Français notamment, les trois Piliers sont placés en équerre à trois angles du tableau de loge. L’un à l’Orient, côté Midi ; le deuxième à l’Occident côté Nord ; le dernier à l’Occident, côté Midi.

    Aux Rites Émulation et Écossais Ancien Accepté, ils sont placés suivant un tracé circulaire. La Sagesse est à l’Orient, près de l’autel. La Force se trouve à l’Occident, à gauche de la porte d’entrée, jouxtant le pupitre du Premier Surveillant. La Beauté trône au Midi, à côté du Second Surveillant. On installe toujours les piliers à la droite des plateaux.

    Au Rite Écossais Rectifié, les trois Piliers sont disposés en équerre au centre de la loge. La Sagesse se trouve à l’angle sud-est, la Force à l’angle sud-ouest et la Beauté à l’angle nord-ouest.

    Leur signification

    Chacun des trois Piliers correspond à l’un des trois principaux Officiers de la Loge :

    • Le premier, dénommé « Sagesse» correspond au Vénérable Maitre.

    • Le deuxième, dénommé « Force» correspond au Premier Surveillant.

    • Le troisième, dénommé « Beauté» correspond au Second Surveillant.

    D'anciens catéchismes donnent aux trois Piliers la signification suivante :

    Q : Que représentent-ils ?

    R : Trois grands maîtres : Salomon roi d’Israël, Hiram, roi de Tyr et Hiram Abif qui fut tué par trois compagnons.

    Q : Les trois grands maîtres œuvraient-ils à la construction du Temple de Salomon ?

    R : Oui.

    Q : Quelle était leur tâche ?

    R : Salomon trouva les subsides et l’argent pour payer les ouvriers. Hiram roi de Tyr fournit les matériaux de construction, et Hiram Abif accomplit ou dirigea le travail.

    D'autres interprétations méritent d’être signalées. Elles proviennent aussi d’anciens catéchismes.

    Pourquoi le vénérable Maître représente-t-il le pilier de la Sagesse ?

    • Parce qu’il donne les ordres aux Maçons pour effectuer leur travail dans la manière accoutumée, en harmonie.

    Pourquoi le Premier Surveillant représente-t-il la Force ?

    • Comme le soleil se couche à l’horizon pour clore le jour, de même le premier Surveillant se tient à l’Occident pour payer les ouvriers qui sont la force et le soutien du Métier.

    Pourquoi le Second Surveillant représente-t-il le pilier de la Beauté ?

    • Parce qu’il se tient au Midi, la beauté du jour, pour appeler les ouvriers du travail au repos et veiller à ce qu’ils reprennent à l’heure, afin que le maître puisse en avoir joie et contentement.

    Pourquoi la loge est-elle soutenue par ces trois grands piliers ?

    • Parce que la Sagesse, la Force et la Beauté sont l’achèvement de tout travail, et que rien ne peut durer sans elles, parce que la Sagesse est pour inventer, la Force pour soutenir, la Beauté pour orner (cf. le Prichard, 1730).

    Leur style

    Tentons de comprendre le point de vue de Jean Ferré, pour qui les trois Piliers devraient idéalement être de styles différents : «Il serait logique d’attribuer le style ionique à la Sagesse, le style dorique à la Force et le style corinthien à la  Beauté».

    Fondé sur le symbolisme du Temple du Roi Salomon dédié au Grand Architecte de l’Univers, le pilier ionique est beau, sans ostentation. Il évoque la simplicité, la mesure, la Sagesse qui était la qualité marquante de Salomon. Cette sagesse qu’il a reçue de Dieu est une sagesse pratique : elle ne concerne pas sa propre conduite mais celle du Peuple. Il en est de même de la Sagesse du Vénérable Maître : une sagesse qui signifie réflexion, imagination avant la construction. Cette sagesse s’exerce sur la vie de l’atelier, sur sa direction, pour le bien de la Franc-maçonnerie en général, et de la Loge en particulier. Le Vénérable Maître qui dirige la Loge, doit utiliser au mieux les compétences de chacun, sans parti pris ni favoritisme.

    La notion de force est omniprésente sur les chantiers des bâtisseurs. Nécessaire à l’Apprenti pour tourner et retourner la pierre brute afin de la dégrossir, au Compagnon pour la rendre cubique, en vérifier tous les angles et toutes les arêtes, cette force ne doit pas être brutale. Se référant à Hiram, Roi de Tyr et dédié au soutien fidèle au Vénérable Maître dans la conduite de la Loge, le pilier dorique, qui suggère la robustesse, est logiquement celui du Premier Surveillant qui se tient à l’Occident pour payer les ouvriers qui constituent la force et le soutien du Métier.

    Les bâtisseurs avaient à cœur de concilier le solide et le beau. Les constructeurs mettaient un point d’honneur à ce que leur œuvre soit parfaite et suscite l’admiration. Chartres, Amiens, Reims – comme tant d’autres cathédrales – sont encore là pour témoigner de la perfection de leur art.

    La beauté ne peut être acquise que par l’harmonie des proportions et le soin apporté à la réalisation. Se référant à Hiram Abif et dédié au Travail et à la Charité, le troisième pilier, idéalement en style corinthien, est attribué au Second Surveillant, associé à la beauté parce qu’il se tient au Midi qui est la beauté du jour.

    Pour Pierre Dangle, les trois grands Piliers révèlent le chemin de Lumière et le sens d’une œuvre qui débute par le haut. Grâce à eux, la Lumière secrète de l’Orient devient perceptible. Elle prend une forme harmonieuse qui dévoile la hiérarchie des puissances causales, sans cesse à l’œuvre dans l’univers.

    Le premier Pilier est celui de la Sagesse qui contient la conception de l’œuvre et donne naissance au plan permettant la construction.

    Le deuxième Pilier est celui de la Force, indispensable aux Maçons pour élever le plan et bâtir l’œuvre à la gloire du Grand Architecte de l’Univers.

    Le troisième Pilier est celui de la Beauté, ou plus exactement de l’harmonie, qui correspond à la plénitude de l’œuvre achevée.

    Le symbolisme des trois Piliers

    Chaque pilier possède donc sa signification propre, mais ils forment néanmoins une unité et une structure dynamique indissociable, témoignant des trois regards symboliques qui permettent de vivre et d’harmoniser les éléments de la création.

    Ce modèle ternaire « Force-Sagesse-Beauté » forme donc un tout. Raoul Berteaux insiste : « Il n’y a pas lieu de séparer les éléments structurels, ni de leur attribuer une hiérarchie de valeur ». Du point de vue symbolique, le modèle ternaire des Piliers est basé sur la « complémentarité », principe qui constitue une des bases de l’enseignement initiatique. Le modèle « Force-Sagesse-Beauté » appartient à part entière à la Loge d’Apprenti.

    De plus, chaque pilier est une parfaite synthèse des quatre éléments : la base repose sur la terre, le fût est en rapport avec l’air, les volutes du chapiteau évoquent l’eau, et ils sont consacrés par le feu.

    Les trois grands Piliers offrent à l’Apprenti l’illustration de la démarche fondamentale de son grade : l’apprentissage d’une pensée ternaire, qui lui permettra de pénétrer dans le monde des symboles.

    Selon Oswald Wirth « les anciens Maçons faisaient reposer leur œuvre sur trois grands piliers nommés Sagesse, Force et Beauté, en l’honneur d’antiques déesses auxquelles les imagiers du Moyen Age ont consacré trois des vingt-deux compositions allégoriques du tarot. La Sagesse nous apparaît ainsi sous les traits d’une Impératrice céleste… la Force exécute les conceptions en domptant les énergies rebelles… Tout comme la vérité, la Beauté se montre nue ».

    Raoul Berteaux et Jules Boucher associent ce ternaire à trois des séphiroth de la Kabbale : la Sagesse à Khokhma, la Force à Géburah et la Beauté à Thiphéreth.  Sans entrer dans ces détails complexes, référons-nous à Daniel Béresniak qui explique que la sagesse est située, sur l’arbre séphirotique, à côté de l’intelligence.

    Elle est la maîtrise de la connaissance, l’au-delà du savoir. Le passage du savoir à la connaissance se fait lorsque, les distinctions nécessaires étant accumulées, on entreprend de réunir ce qui est épars, de conceptualiser ce qu’ont en commun les choses et les concepts définis et distingués. Il est donc évident que le sage ne peut faire l’économie du savoir. Mais la connaissance n’est qu’un élément de la sagesse. Celle-ci est aussi une philosophie qui induit un comportement.

    Les textes maçonniques, parmi les sages, honorent, voire exaltent, le roi Salomon. Chez les Maçons, tout comme chez les Juifs et chez les Arabes, Salomon (Soliman pour les musulmans) est le sage par excellence, le maître des maîtres.

    La beauté orne et la force soutient celui qui travaille pour se connaitre et pour connaitre et pour naître avec les dieux, ses modèles. Ainsi le ternaire « Sagesse-Force-Beauté », ce trois en un, est un projet, comme l’indiquent clairement les paroles rituelles prononcées lors de l’ouverture des travaux (dans certains rites seulement) en allumant les « étoiles », c’est-à-dire les bougies portées par les piliers :

    • Que la Sagesse préside à la construction de notre édifice !
    • Que la Force le soutienne !
    • Que la Beauté l’orne !

    L’édifice est toujours à construire. Le Maçon est toujours à être.

    Les trois Piliers sont donc investis d’une valeur symbolique correspondant aux trois vertus mises à l’honneur chez les bâtisseurs : la Sagesse (qui est associée au Vénérable Maître), la Force (qui est associée au Premier Surveillant) et la Beauté (associée au Second Surveillant). Certaines pratiques ésotériques laissent entendre qu’il existerait un quatrième pilier, virtuel celui-là, dédié à l’Intelligence.

    Un pamphlet, intitulé « Les Trois Coups Distincts », datant de 1760, précise que « la Loge est soutenue par ces Trois Piliers parce que la Sagesse est pour inventer, la Force pour soutenir et la Beauté pour orner ». Les Trois Piliers sont ceux de l’Art des bâtisseurs, reçus en précieux héritage par le Compagnonnage et la Franc-maçonnerie. Quelle qu’elle soit, une construction ne peut exister véritablement et durer que si ces trois critères sont respectés. Sans la Sagesse, la Force et la Beauté, rien ne peut durer.

    * Le carré long et les trois Piliers

    Conclusion provisoire

    Un architecte doit tenir compte des limites de la matière et des lois de la physique. C’est la géométrie qui les lui donne et son expérience qui les lui confirme. La connaissance indispensable de la résistance des matériaux implique obligatoirement la prise en compte de l’érosion, du vieillissement de la pierre et du mortier, de la mouvance du sol. Il y a loin de la Planche à Tracer à l’œuvre proprement dite, au travail finalisé. Il convient donc d’agir avec sagesse et prudence pour ne pas mettre la construction en péril ni compromettre la sécurité des ouvriers.

    C’est tout ce que tout Vénérable devrait avoir à l’esprit car n’oublions pas que la Loge est un chantier. Donner à un Frère un rôle qu’il ne peut complètement assumer, ce serait mettre en danger l’atelier tout entier. Ce serait bâtir avec de la pierre friable. Voilà sans doute la raison pour laquelle le Pilier « Sagesse » est mis en correspondance avec le Vénérable Maitre qui dirige la Loge, commande les Officiers au cours de la Tenue, se tient au courant des progrès réalisés par les Apprentis, les Compagnons et les jeunes Maitres grâce aux Surveillants. Il doit utiliser au mieux les compétences de chacun, sans favoritisme, sans parti pris.

    Les matériaux ne peuvent être maltraités, sous peine d’être rejetés par les Surveillants lors du contrôle. Le Premier Surveillant a la responsabilité de la discipline dans la Loge. Il doit donc exercer une vigilance sans faille sur sa colonne et faire preuve de rigueur quand les règlements ou les us et coutumes ne sont pas respectés. Mais l’autorité du Premier Surveillant ne doit jamais se transformer en autoritarisme. Sa parfaite connaissance des règlements permet d’empêcher toute déviation et d’étouffer dans l’œuf tout problème susceptible de troubler l’harmonie de la Loge.

    Si l’on peut aisément admettre la correspondance Sagesse – Vénérable et Force – Premier Surveillant, il n’en est pas de même pour le troisième pilier. Les anciens catéchismes sont assez évasifs à ce sujet.

    C’est pourquoi, ma conclusion – toute provisoire, comme à l’accoutumé – sera de penser que pour le Maçon d’aujourd’hui, les trois Piliers évoqueraient tout simplement les trois principes de vie dont nous avons fait nos objectifs :

    • Vaincre nos passions (la Sagesse) 
    • Travailler sur nous-même (La Force)
    • Créer un monde meilleur (la Beauté).

    R:. F:. A. B.

    Bibliographie

    Baudouin Bernard - Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - pages 35, 36

     

    Béresniak Daniel - Rites et Symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome I : « Les Loges Bleues » - Editions Detrad, Paris, 1997 - pages 87 à 93

     

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986 - pages 53 à 55

     

    Boisdenghien Guy - La Vocation Initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999 - page 60

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995 - pages 98 à 104

     

    Dangle Pierre - Le Livre de l’Apprenti

    Editions la maison de Vie, Fuveau, 1999 - pages 77 à 82

     

    Ferré Jean - Dictionnaire des symboles maçonniques

    Editions du Rocher, Monaco, 1998 - pages 67 à 77

     

    Ferré Jean - Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, Paris, 1994 - pages 58 à 60

     

    Guigue Christian - La Formation maçonnique

    Editons Guigue, Mons-en Baroeul, 1996 - pages 67, 68

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome I : « L’Apprenti » - Editions Dervy, Paris, 1994 - page 204


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  • Les 33 occurrences du Nombre Trois au grade d’Apprenti

     

      1

    Avant la cérémonie d’Initiation,

    dans le Cabinet de Réflexion

    Une triade de pure alchimie

          le sel

          le soufre

          le mercure

      2

     

    Les trois questions

    relatives aux devoirs

          Les devoirs envers la patrie

          Les devoirs envers la famille

          Les devoirs envers soi-même

      3

    Pendant la cérémonie d’Initiation

    Les coups frappés

    à la Porte de la Loge

    . . .

    Frappez et l’on vous ouvrira

    Demandez et l’on vous donnera

    Cherchez et vous trouverez

      4

     

    Les trois Épreuves purificatrices

          L’Épreuve de l’Air

          L’Épreuve de l’Eau

          L’Épreuve du Feu

      5

     

    Les trois Voyages

          Le premier voyage

          Le deuxième voyage

          Le troisième voyage

      6

     

    Les trois phases

    du breuvage d'amertume

          Buvez une première gorgée !

          Buvez une deuxième gorgée !

          Videz ce calice jusqu'à la lie !

      7

     

    Les trois temps de l’investiture

          Je vous crée

          Je vous consacre

          Je vous reçois

      8

     

    Les trois temps

    de l’accolade maçonnique

    L’accolade du V:.M:. se donne

    à gauche, à droite puis à gauche.

      9

     

    L’âge de l’Apprenti

    L’Apprenti a 3 ans car il n’a été initié qu’aux Mystères des trois premiers Nombres.

      10

     

    La triple batterie

    ... ... ...

      11

     

    L’acclamation

    Vivat, vivat, semper vivat !

    (Rite moderne)

    ou

    Houzé ! Houzé ! Houzé ! (R.E.A.A.)

      12

     

    L’apprentissage des trois pas

    formant la Marche de l’Apprenti

    Faites un premier pas…

    un deuxième pas…

    puis un troisième.

      13

     

    Le premier Travail de l’Apprenti

    Le Maillet frappe le Ciseau

    sur la Pierre brute au rythme

    de la batterie du grade : * *    *

      14

     

    Dans le premier Travail de l’Apprenti,

    trois éléments interviennent

          La Pierre brute

          Le Maillet

          Le Ciseau

      15

     

    Les moyens de reconnaissance

    Les Maçons se reconnaissent par

          un signe (d’Ordre)

          un mot sacré

          un attouchement

      16

     

    Les trois temps du Signe d’Ordre

          Par Équerre

          Niveau

          et Perpendiculaire

      17

     

    L’annonce du Mot sacré

    L’Apprenti donne une réponse

    en trois temps :

          je ne sais ni  lire

          ni écrire

          je ne sais qu’épeler.

      18

     

    Au Rite moderne,

    le Maître énonce les 3 consonnes ;

    l’Apprenti n’énonce que les voyelles a et i

          J

          K

          N

      19

     

    L’Attouchement se donne

    par 3 pressions

          * *    *

      20

     

    La Batterie du grade

          * *    *

      21

     

    Les trois bijoux mobiles

       L'Équerre du V:.M:.

      Le Niveau du 1er Surv:.

      Le Fil à plomb du 2nd Surv:.

      22

     

    Les trois bijoux immobiles

       La Pierre brute

       La Pierre cubique (trop souvent absente)

       La Pierre cubique à pointe

      23

     

    Le chandelier du V:. M:.

         3 bougies

      24

     

    Les trois Piliers

         Sagesse

        Force

        Beauté

      25

    Sur le Tableau de la Loge d'Apprenti

    Les Marches

         Les trois Marches

      26

     

    Les Fenêtres

         Les trois Fenêtres grillagées

      27

     

    Les Pierres

         la Pierre brute

        la Pierre cubique

        la Pierre cubique à pointe

      28

     

    La Houppe dentelée

    Le Tableau de Loge dessiné par Oswald Wirth est limité par une Corde à trois nœuds (lacs d’amour) correspondant à l’âge de l’Apprenti.

      29

    Dans la Loge d’Apprenti

    Les premiers degrés ou grades

    de la Franc-maçonnerie

           Apprenti

          Compagnon

          Maître

      30

     

    Les Officiers qui dirigent la Loge

    (ou les trois Lumières de la Loge)

          Le Vénérable Maître

          Le Premier Surveillant

          Le Second Surveillant

      31

     

    Les trois Grandes Lumières

    de la Franc-maçonnerie

          Le Volume de la Loi sacrée

          L'Équerre

          Le Compas

      32

     

    Les trois dimensions de la Loge

          De l’Orient à l’Occident

          Du Septentrion au Midi

          Du Zénith au Nadir

      33

    Dans les rituels ou le courrier

    . . .

    L’abréviation en 3 points dans les rituels et le courrier

    La circulation de la parole

    (VM / 1er S / 2nd S)

     R:. F:. A. B.


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  • Introduction

    Lors du Réveil de nos Loges, la plupart des rituels utilisés contiennent une phrase à peu près semblable à celle-ci : « La Lune a paru, versant un peu de clarté froide sur la Colonne du Nord ». Prononcée par le Frère Second Surveillant, cette phrase contient un symbole maçonnique non négligeable : la Lune.

    D'anciens « Tuilages » ou instructions au grade d’Apprenti mentionnent la question suivante :

    • « Qu’avez-vous vu en recevant la lumière ? » 

    Et la réponse de l’Apprenti est ainsi formulée : 

    • « Le Soleil, la Lune et le Maître de la Loge ».

    Lorsque notre bandeau d’impétrant peut être considéré comme définitivement tombé, nous devrions découvrir que ces trois luminaires sont indissociables et qu’ils nous guideront tout au long de notre cheminement maçonnique.

    L’objectif de la présente planche est d’approcher le symbolisme de la Lune, symbole présent tant au Nord-est de nos Loges que sur tous les Tableaux de Loge d’Apprenti.

    La Lune, source d’inspiration des philosophes, poètes et conteurs…

    * Approche du symbolisme de la Lune

    De tous temps, la Lune a été l’inspiratrice des philosophes, des poètes et des conteurs, tantôt « magique » dans le personnage de Jean de La Lune, bonhomme lunaire et naïf qui nous a fait rêver dans sa boule argentée, tantôt « croquemitaine » au travers des multiples récits contés jadis aux enfants qui n’étaient pas sages.

    « Etre dans la Lune », voilà bien une expression qui a pu suivre de nombreux écoliers durant toute leur scolarité primaire. Etre dans la lune, c’est être en train de rêver, être sur une autre planète très loin de son corps physique. L’esprit s’est évadé.

    Du haut de mon jeune âge, je n’étais pas dans la lune mais dans mes rêves à m’imaginer un sens au mystérieux de la Lune, à ses mystères.

    J’ai très vite compris qu’en français, nous disons LA Lune (nom féminin) et LE soleil (nom masculin) ; que le soleil inonde le ciel de sa lumière, et que la Lune ne fait que la réfléchir, du crépuscule à l’aurore … et encore, pas toutes les nuits !

    Plus tard, j’ai aussi compris que la Lune possède son cycle qui rappelle celui de la femme d’où une logique de mimétisme dans le symbolisme donné à la Lune et au Soleil pour y reconnaître la féminité pour l’une et la masculinité pour l’autre.

    Adulte, j’ai découvert que la Lune est une figure très présente dans de nombreuses mythologies et croyances folkloriques. C’est en corrélation avec le Soleil que se manifeste le symbolisme de la Lune. Leurs relations, leur ordonnancement, leur hiérarchie, diffèrent d’une société à une autre.

    Pour certains, la Lune est l’élément femelle et passif. Elle est alors associée à des divinités féminines. Ainsi, la déesse grecque Séléné (qui s’est appelée « Luna » chez les Romains) a été associée à la Lune.

    Pour d’autres, la Lune est une divinité mâle. Le dieu japonais Tsu-ku-yo-mi, est associé à la Lune, et sa sœur A-ma-ter-a-su associée au Soleil. De même chez les Mésopotamiens, où le dieu Sin est relié à la Lune.

    Cette inversion est également présente dans les mythologies nordiques, scandinaves, lettones… comme chez les indiens Gé du Brésil [1]. Il en va de même dans tout le monde arabe, sudarabique et éthiopien.

    Vue de la Terre, la Lune connaît la mort. Durant trois jours, elle disparaît chaque mois lunaire pour réapparaître la quatrième nuit. Elle devient, en toute logique, le symbole de renaissance mais aussi des connaissances indirectes, progressives et froides.

    En Asie, elle est le Ying par rapport au Soleil, le Yang. Elle est en rapport avec l’eau par opposé au soleil … qui, lui, est en rapport avec le feu. Elle est le froid, le nord quand le soleil est le chaud, le sud. Symbole majeur de la fécondité, elle était célébrée en Chine lors de la fête de la Lune, qui était l’une des trois grandes fêtes annuelles en ce pays. Elle avait lieu à la pleine lune de l’équinoxe d’automne et les hommes ne participaient pas à la cérémonie.

    La Lune est aussi fortement présente dans le bouddhisme. Dans son ultime chemin, Bouddha médite 28 jours sous un figuier avant d’atteindre le Nirvana. Fécondité toujours, autrefois les peuples nordiques ne célébraient les mariages qu’aux pleines lunes.

    Mais, la Lune n’a pas toujours que le bon rôle. Dans les civilisations d’Amérique du sud, chez les Mayas et les Aztèques, elle est parfois affectée de signes maléfiques. Par son coté changeant, ayant des apparences trompeuses, chez certains peuples elle porte les symboles de la fausseté et de la paresse.

    Nous retrouvons ce côté négatif dans le 18éme arcane majeur du tarot. Le monothéisme (judaïque, chrétien et musulman), ayant comme base de refuser toutes spéculations sur un dieu solaire et ses dérivées, les religions dites « du livre » parlent de lumière et très peu d’astre. Néanmoins, dans la tradition juive, la Lune symbolise le peuple des Hébreux. La Genèse désigne la Lune lors de la création par le nom de « petit luminaire ». Sa création, ainsi que celle du Soleil, est postérieure à celle de la Lumière.

    Les chrétiens comparent la Lune à Jean le Baptiste dont il est dit « qu’il n’est pas la Lumière mais le témoignage… ». Pour les Musulmans, la Lune est un des signes de la puissance d’Allah. Tout comme Jean le Baptiste, qui est aussi l’un des prophètes chez les musulmans, « le dernier des prophètes qui reflète Dieu comme la Lune reflète le Soleil ». C’est par l’une des apparitions de la nouvelle Lune que débute le mois du Ramadan. Mais plus encore, pour eux, les phases de la Lune et le croissant (symbole de l’islam) évoquent la mort et la résurrection. En astrologie, là encore, la Lune symbolise le principe passif, la fécondité, la nuit, le subconscient, le psychisme, la réceptivité, la féminité.

    La Lune influence les semailles et les récoltes mais influence également les marées. La Lune a une influence aussi sur les animaux, qu’ils soient domestiques ou sauvages. Et d’autre part, la phase lunaire dure vingt-huit jours. En d’autres termes, la Lune fait le tour du zodiaque en 28 jours. Le zodiaque lunaire, qui serait plus ancien que le solaire, possède 28 demeures contre 12 pour le solaire.

    La Lune est aussi le symbole des rythmes biologiques, celui du temps qui passe. Les connaissances empiriques des hommes sur l’agriculture ont toujours accordé une importance à la Lune. Le découpage du mois lunaire en 4 semaines existait dans le calendrier judaïque.

    Encore plus extraordinaire est le fait que c’est en correspondance de la pleine-lune qu’on enregistre dans le monde entier, sans aucune distinction, le taux le plus élevé de naissances.

    Et si les Romains utilisaient des décades pour découper leurs mois, c’est avec la Lune que les Gaulois réglaient leur calendrier. Les Celtes, utilisaient un calendrier luni-solaire mais qui était à l’origine lunaire. Les différents changements de calendriers viennent de la difficulté de concilier la périodicité de la Lune à la périodicité du Soleil.

    Enfin, les variations de teintes et de luminosités à la surface de la Lune forment des motifs que les hommes ont interprétés différemment suivant leur culture et leur imaginaire : lapin, buffle, ou visage d’homme.

    Les astronomes antiques pensaient que les zones sombres et régulières étaient remplies d’eau. Ils les ont appelées « mer », tandis que les hauts plateaux, de couleur claire, ont été baptisés « terre ». Ces dénominations ont encore cours aujourd’hui, même si l’on sait qu’elles ne se rattachent à aucune réalité.

    La Lune, inspiratrice des peintres et des musiciens…

    Présente dans les différentes cultures artistiques, la Lune a été également l’inspiratrice de nombreux peintres et musiciens. D'ailleurs l’une des premières chansons que nous apprenons dès l’enfance n’est-elle pas « Au Clair de la Lune » ?

    Les plus âgés d’entre nous ont sans doute aussi le souvenir d’un « Rendez-vous entre le Soleil et la Lune » chanté par Charles Trenet, l’un de nos plus célèbres artistes dans le domaine de la chanson française.

    La Lune a aussi inspiré de grands compositeurs classiques, passionnée chez Wagner mais bien davantage imprégnée de nostalgie et de mélancolie chez Beethoven avec sa célèbre « Sonate au clair de Lune ».

    Mais la référence musicale essentielle en matière de symbolisme maçonnique reste bien sûr l’opéra « La Flûte enchantée ». Mystérieuse et sacrée, la musique de Mozart décrit le combat du jour et de la nuit, opposant la Reine de la Nuit, symbole lunaire, image de la puissance cosmique et Sarastro, grand prêtre de la sagesse et du principe solaire.

    La Lune, astre lunaire : sa place dans les religions et mythologies…

    Mais quittons le domaine musical et poétique pour appréhender l’aspect fondamental de l’astre lunaire et la place qu’il occupe dans la religion et les mythologies : 
    le mot qui nomme la Lune dans les langues indo-germaniques est le plus ancien de tous les noms d’astre et signifie « je mesure », ainsi parle Mircéa Eliade.

    Et au plus lointain de l’histoire de l’humanité, les phases croissantes et décroissantes de la Lune ont servi à définir les calendriers, bases de repères de l’homme, tant pour rythmer sa vie sociale et religieuse, que pour le guider dans les étapes des récoltes nécessaires à sa subsistance.

    La Lune, unité de mesure ?

    La Lune est donc à l’origine du calendrier le plus archaïque qui soit : le calendrier pastoral, point de départ du calendrier des sept jours, car tous les sept jours, la Lune va changer de forme :

    • Nouvelle Lune, Premier Quartier, Pleine Lune, Dernier Quartier, tout ceci formant le mois lunaire défini par le terme de « Lunaison ».
    • L’année se composait ainsi de 13 mois de 28 jours auxquels on rajoutait un jour supplémentaire pour rattraper les 365 jours du calendrier solaire.
    • Dans l’antiquité, les trois nuits sans lune étaient redoutées. C’est ce que nous appelons « la Lune Noire », qui s’explique par le fait que durant trois nuits la Lune se lève et se couche en même temps que le Soleil. Mais chaque jour la Lune retardant son lever de 50 minutes sur le Soleil, elle va redevenir visible sous forme de « nouvelle Lune », signe de renouveau et de fécondité pour les anciens et objet de nombreuses manifestations. Nous savons que les Olympiades débutaient à la Nouvelle Lune chez les Grecs, de même que les druides gaulois attendaient cet événement pour procéder à la cueillette du gui.

    La Lune se rit bien de nos calendriers... Invariablement, la Lune revient, comme son comparse le Soleil, symbolisant ainsi le passage de la vie à la mort, et de la mort à la vie.

    Cette unité de mesure qu’est le rythme lunaire a influencé la conscience humaine et a servi de pont entre les civilisations, depuis les premières civilisations matriarcales jusqu'à nos civilisations patriarcales et monothéistes.

    Mircéa Eliade explique très bien la raison pour laquelle les hommes primitifs les moins civilisés attachaient une plus grande importance à la Lune qu’au Soleil. 
    « Le Soleil, dit-il, est un astre éternellement pareil, égal à lui-même et dépourvu de tout « devenir ». La Lune, au contraire, est « un astre qui croit, décroît, disparaît et renaît, un astre soumis aux lois de la naissance et de la mort ».

    L’homme a donc lié très vite les rythmes lunaires à sa vie sociétale et religieuse. C’est à ces époques archaïques que les premiers symboles cosmiques sont apparus, unissant la Lune, la femme, la Terre, la fertilité et l’eau.

    L’un des plus anciens cultes au dieu lunaire naquit voici 5000 ans en Mésopotamie, entre le Tigre et l’Euphrate, ce qui correspond à l’Iraq actuel. Sumériens et Babyloniens allaient créer les bases d’une religion qui influencerait la majorité des religions antiques : égyptienne, grecque, romaine et hébraïque.

    * Approche du symbolisme de la Lune

    La Lune parmi les « luminaires »

    Dans l’Ancien Testament, le Soleil et la Lune sont désignés comme des « luminaires » créés par Dieu pour bien abolir leur puissance divine. Mais force est de constater que le calendrier de l’année liturgique chrétienne s’appuie malgré tout, pour nombre de fêtes sur le rythme lunaire. Je pense spécialement à la fête de Pâques dont la date est invariablement fixée au premier dimanche qui suit la pleine Lune de l'Équinoxe de printemps.

    Dans nos temples maçonniques, je devrais dire dans nos Loges, le Soleil et la Lune, apparemment d'aspect opposés mais complémentaires sur le plan de la manifestation, règlent les Travaux de la Loge, de Midi à Minuit.


    Le retour régulier des phases de la Lune a permis aux hommes de prendre la mesure du temps, et, si le Soleil et la Lune ornent l'Orient de nos Loges, l'or et l'argent ne s'opposent qu'en apparence. Cette association « Soleil-Lune » se retrouve dans toutes les écoles initiatiques : Yin et Yang, Raison-Imagination, Isis-Osiris ... 

    Approche du symbolisme de la Lune

    Dans « La Symbolique maçonnique » de Jules Bouchez, la Lune est aussi au rendez-vous chez les Francs-maçons, du côté de la Colonne du Nord, alors que le Soleil éclaire la Colonne du Midi. Et cet auteur conclut ses propos concernant la Lune en disant de ce symbole que « cette figure est assez parlante par elle-même sans qu’il soit besoin d’insister d’avantage ». Ce qui nous laisse évidemment sur notre faim et très insatisfaits !

    Un « Dictionnaire des Symboles » nous apprend que le symbolisme de la Lune ne peut être dissocié de celui du Soleil : la Lune n’ayant pas de lumière propre n’est qu’un reflet de la lumière du Soleil. De même ceci nous rapporte au Prologue de l'Evangile de Jean : Jean vient en témoin pour rendre témoignage à la Lumière.

    La Lune est le symbole de notre Colonne d’Apprentis, la Colonne du Nord, dont elle éclaire les Ténèbres. Elle symbolise notre phase constructive et évolutive ; elle éveille notre conscience, notre imagination et notre sensibilité et guide l’homme.

    La Lune est symbole de mort et de renaissance, car elle sait se taire, comme l'Apprenti sur sa Colonne, au banc du silence, et s'incliner avec abnégation. Elle s'efface en fin de mois, paraît s'abîmer dans le monde inférieur, mais elle ne s'est pas dématérialisée : elle resurgit toujours avec un éclat tellement... croissant. 

    Le cycle de la Lune démontre que la mort ne peut pas être un état définitif, mais qu'il est suivi d'une nouvelle naissance. Dans l'Initiation maçonnique, l’Épreuve de la Terre pourrait ainsi s'associer ou s'apparenter avec l’Épreuve de la Lune. 

    La voie initiatique passe nécessairement par cette « voie humide » où l'Apprenti, sous l'influence de la Lune, se forge des théories erronées, fondées sur les oppositions irréelles, effets illusoires d'un jeu d'optique mental.

    Du « bien et du mal » -- de la Lune et du Soleil, de l'Être et du Néant, ce jeu d'optique mental fait des entités objectives et tombe dans le piège du dualisme. Dupe des contrastes apparents, il imagine la matière dense, solide et indestructible. Les erreurs capitales de l'esprit humain proviennent de l'influence lunaire : l'imagination, mal nécessaire qui précède le raisonnement. 

    La Lune est un symbole de la connaissance indirecte. En effet, elle ne produit pas de lumière : elle reflète la lumière. On l’oppose toujours au Soleil mais en réalité, ce n’est pas une opposition mais une complémentarité : le Soleil a besoin de la Lune et la Lune a besoin du Soleil pour exister.

    En effet, la Lune a besoin du Soleil puisqu'elle en est le reflet, mais le Soleil a également besoin de la Lune. Que serait le Soleil si la nuit n’existait pas : une lumière fixe et brûlante qui ne s’éteint jamais et qu’on ne peut comparer à rien, puisqu'elle est seule. Que serait la connaissance sans l’ignorance ? La Lune met le Soleil en valeur, de même que l’ignorance met la connaissance en valeur. La Lune est seulement le symbole de la connaissance par reflet, c'est-à-dire de la connaissance théorique, conceptuelle, c’est aussi pourquoi la Lune est yin par rapport au Soleil qui est yang ; elle est passive, réceptive, elle reçoit la lumière du Soleil ; elle est l’hiver alors que le Soleil est l’été.

    Avec la Lune on retrouve le Nombre trois : lune ascendante, pleine lune, lune décroissante.

    La Lune symbolise les rythmes biologiques, astre qui croit, décroît et disparaît, dont la vie est soumise à la loi universelle du devenir, de la naissance à la mort… Il est facile de comparer le cycle lunaire au cycle de la vie : naissance, vie et mort, trop facile peut-être …

    La Lune symbolise le changement. En effet chaque jour qui passe nous présente une lune différente de la lumineuse pleine lune à la nuit noire sans lune. Cette idée de changement se retrouve quand on dit d’une personne qu’elle est lunatique. Ne dit-on pas aussi que son humeur est aussi changeante que les phases lunaires ?

    La Lune symbolise le temps qui passe, le temps vivant, dont elle est la mesure par ses phases successives et régulières. La Lune est l’instrument de mesure universel. Le même symbolisme relie entre eux la lune, les eaux, la pluie, la fécondité des femmes, celle des animaux, la végétation, le destin de l’homme après la mort et les cérémonies d’initiation.

    La Lune est merveilleuse car elle est à la fois mythe et force réelle et physique. L'homme a voulu l'atteindre. Il a construit des fusées qui sont arrivées jusqu'à elle, des astronautes ont foulé son sol. Ils en ont ramené des cailloux qu'ils ont ensuite étudiés mais ils n'ont pas réussi à la déflorer. Elle reste énigmatique et, dans l'imaginaire, la Lune est un grand symbole de fécondité et de résurrection.

    Au début de la création, le Soleil et la Lune brillaient d'une lumière égale, éclairant la Terre chacun à leur tour, le Soleil le jour et la Lune la nuit. Jusqu'au jour où la Lune voulut comparer sa lumière à celle du Soleil.

    Le Soleil et la Lune réunirent alors leurs enfants – les étoiles – et leur demandèrent de choisir. Et les étoiles, à l'unanimité, dirent que la lumière la plus brillante était celle de la Lune puisqu'elle pouvait changer la nuit en jour. En colère, le Soleil ramassa une poignée de cendres et la jeta au visage de la Lune.

    Depuis ce jour son éclat a terni et on peut toujours voir les cendres à sa surface. Les étoiles, effrayées, se réfugièrent auprès de leur mère : c'est pourquoi elles brillent seulement pendant la nuit.

    On considère généralement le Soleil comme un principe actif, masculin et la Lune comme un principe passif, féminin puisqu'elle réfléchit la lumière du Soleil. La Lune est liée à la femme, à la fertilité sous toutes ses formes de l'agriculture à la procréation. Ishtar [2], Artémis [3], Hécate [4] et Isis sont des déesses qui ont servi le culte lunaire.

    Remarquons également que la Vierge Marie ou Immaculée conception est souvent représentée sur un croissant lunaire. On peut voir beaucoup de ces représentations en Belgique de même qu’à Sintra au Portugal.

    Pour ma part je ne crois pas qu'il s'agisse de montrer la victoire des Chrétiens sur les Ottomans à la bataille de Lépante ou des cornes du diable que la Vierge terrasserait mais plutôt d'une récupération de mythes plus anciens comme celui d'Isis ou d'Artémis. Le Concile d’Éphèse a remplacé le culte très puissant  d'Artémis, dont la Lune est un des attributs, par celui de la Vierge avec le même attribut. N'oublions pas qu’Éphèse est aussi un des lieux de « dormition » de la Vierge. Saint Paul a certainement une bonne part de responsabilité dans tout cela !

    Et n'oublions pas non plus que lorsque la religion chrétienne est devenue religion d'Etat avec l'appui de l'Empereur d'Orient, tous les cultes païens ont été interdits sous peine de sanctions très graves pour ceux qui auraient perpétué la tradition.

    Il me reste à évoquer une dernière considération : la place de la Lune par rapport au plateau du Frère Secrétaire. Pourquoi cette association ?

    J’ai trouvé une réponse à cette question dans un ouvrage de Daniel Béresniak relatifs aux offices et aux Officiers de la Loge. Permettez-moi de le citer.

    « De même que la Lune croit et décroît et change jour après jour, selon le moment de son cycle, de même les tracés sont inégaux en grosseur, en densité, selon la nature et le contenu des réunions. Ils sont à chaque fois différents et reviennent toujours à des formes initiales. Ils marquent le rythme et découpent le temps. Ils sont destinés à laisser des traces des Travaux dans le monde profane et, à ce titre, ils sont comme la Lune, la connaissance indirecte et la Lumière dans les Ténèbres ».

    Il me semble temps à présent de conclure.

    Pour conclure, du moins provisoirement…

    Une planche sur la Lune ne devrait être tracée ou présentée qu’un lundi. En effet, lundi ou « dies lunae » en latin se traduit par « jour de la Lune ». Ceci est vrai en français, en anglais, en allemand et même en japonais.

    Quoi de plus triste et sombre qu’une nuit sans lune ! Mais si sa lumière est pâle, elle éclaire le monde et guide les peuples. Comment se dirigeaient les anciens et les navigateurs, si ce n’est grâce à elle et aux étoiles ?

    La Lune a toujours fait rêver les hommes, a toujours nourri l’imagination des écrivains. La science-fiction n’est-elle pas née grâce à elle : est-elle habitée ?

    Les scientifiques s’y sont intéressés jusqu'à y poser le pied : « un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité » a dit l’astronaute Neil Armstrong.

    Et ils l’ont démystifiée : ce n’est plus qu’un caillou aride et sans eau apparente. Bien sûr il y a Mars et ses soi-disant petits hommes verts, mais la Lune est plus proche de nous, on peut la voir, on peut dire qu’on peut presque la toucher ; la Lune est un astre accessible.

    Ce Midi, je souhaitais seulement et fraternellement vous apporter un « Clair de Lune » dans la Connaissance de la « Reine de la Nuit », mais, comme un miroir lunaire, il n'est que le pâle reflet du Soleil qui est la véritable Lumière du Franc-maçon dont il est le Fils. 

    Mon temps d’apprentissage m’a apporté beaucoup de joies : joie d’avoir été accueilli, moi qui, le temps de l’Épreuve de la Terre, avais l’impression d’avoir été rejeté loin de la Lumière ; joie d’avoir commencé à apprendre ; joie d’avoir vu et écouté ceux qui allaient devenir mes Frères ; joie de savoir que ce n’était que le commencement, le début de mon parcours spirituel sur la Colonne du Septentrion, où il est dit que je ne pouvais supporter qu’une faible lumière !

    R:. F:. A. B.

    [1] Les indiens de langue Gé (Apinayé, Xavantes, et Kayapo) habitent l’est du Brésil.

    [2] Une grande et puissante civilisation a autrefois fleuri en Mésopotamie. À cet endroit, aujourd'hui l'Irak moderne, incluaient les royaumes de Sumer, d'Akkadie, d'Assyrie et de Babylone, bien que sa culture et son influence toucha plusieurs autres régions du Moyen-Orient. Sumer autrefois révélait une culture qui accordait aux femmes un statut équivalent aux hommes, et dans laquelle on vénérait principalement la déesse Ishtar, déesse lunaire de vie et d'amour, appelée la Prostituée de Babylone dans la Bible.

    [3] Dans la mythologie grecque, Artémis est la déesse de la Chasse, et une des déesses associées à la Lune (par rapport à Apollon, qui est lui, associé au Soleil). Elle est assimilée dans la mythologie romaine à la déesse Diane. Ses attributs sont le cerf, l'arc en or le carquois et les flèches.

    [4] Dans la mythologie grecque, Hécate est une déesse de la Lune, fille du Titan Persès (ou bien de son homonyme, Persès fils d'Hélios selon les traditions) et de la Titanide Astéria, la nuit étoilée, et est originaire de Thrace. On considère parfois qu'elle est la fille de Tartare. Certains auteurs en font la mère de Scylla, qu'elle aurait eue avec Phorcys ou bien Apollon.

    Bibliographie

    Béresniak DanielLes offices et les officiers de la loge

    Editions Detrad, Paris, 2008

     

    Hover Jean & Vernon ClaireLe Soleil et la Lune

    La Maison de Vie, Fuveau, 2002

     


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  • Introduction

    Faut-il rappeler que la Franc-maçonnerie fait appel à l’arithmologie, ou science des nombres, laquelle donne à chaque nombre une valeur symbolique et sacrée ?

    « La Franc-maçonnerie n’agit en toutes choses que d’après des nombres déterminés et rattache les connaissances spéciales de chaque grade à la philosophie numérale des anciens »[1].

    Cette conception sacrée du nombre existait déjà dans l’Antiquité, entre autres chez les Sumériens, les Babyloniens, les Hébreux et les Arabes. On la retrouve aussi chez les Pythagoriciens.

    Dans toutes les traditions, la science des nombres a été utilisée comme symbole de précision et d’universalité.

    La sagesse des trois premiers nombres – dont il sera question dans la présente planche – est liée à l’unité, à la parité et à la trinité.

    Des trois premiers nombres, c’est essentiellement le TROIS qui caractérise le Premier degré des Loges bleues, le grade d’Apprenti. Mais, ayant déjà traité de ce nombre dans une recherche précédente, assez volumineuse, je me limiterai dans la présente planche à une synthèse du symbolisme du Trois.

    Certes, le Nombre DEUX est aussi bien présent au grade d’Apprenti dans lequel le rituel nous fait prendre conscience de la dualité, des antagonismes. Par contre le Nombre UN, l’Unité, semble moins apparent. Ce sont donc sur les Nombres UN et DEUX qu’ont été focalisées mes recherches et qui occupent une place importante dans la présente planche.

    Dans le contexte qui nous occupe, un avertissement me semble indispensable pour comprendre la suite de ce travail : le Nombre DEUX n’est pas l’addition de deux unités distinctes mais la division en parties égales de l’Unité, d’où sont issus tous les couples d’opposés et de complémentaires. La clé des nombres se situe entre le UN, qui est à la fois être et non-être, substance et essence, et le DEUX qui est formé de deux moitiés ou de deux pôles de la même réalité.

    L’unité dans la génération des nombres se polarise ou se dédouble en essence indivisible et en substance divisible tout en restant elle-même. L’unité primordiale, en se dédoublant, conduit à la dualité. Mais on ne peut pas s’arrêter à cette limite inconfortable qui renvoie entre deux extrêmes. La dualité, sous son aspect négatif, est opposition, et, sous son aspect positif, complémentarité.

    Avec le Nombre TROIS, l’idée d’opposition disparaît, grâce à ce troisième terme qui est conciliateur des oppositions nécessaires et fécondes, et ramène à l’Unité.

    Si l’Apprenti a trois ans, tout être humain qui vit dans l’Univers a trois dimensions : physique, psychique et spirituelle.

    • UN représente le Principe, l’Unité qui contient la multiplicité ;
    • DEUX représente la manifestation : les contraires, les extrêmes, ciel et terre, etc. ;
    • TROIS représente le retour à l’Unité et l’Etre primordial né symboliquement de la jonction du Ciel et de la Terre, de l’Esprit et de la Matière, qui correspond à l’Adam primordial.

    TROIS est un nombre archétypal.

    Abordons à présent le symbolisme des deux premiers nombres.

    Le Nombre Un

    Un est le nombre de base, l’unité qui permet le fondement des mathématiques, il forme un tout et est indivisible. C’est donc un nombre qui symbolisera, de manière évidente, le « commencement », le créateur.

    Dans la Genèse il est dit : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre ». Cela signifie qu’à l’origine, au commencement de toutes choses, préexiste l’Unité.

    Saint Athanase disait déjà : « Comme il n’y a qu’une Nature et qu’un Ordre pour toutes choses, nous devons conclure qu’il n’y a qu’un Dieu, artiste et ordonnateur ».

    C’est Lao-Tseu qui dit, à propos de l’Etre et du Non-Etre : « Tous deux sont originellement Un et par le Nom seul diffèrent. Dans cette Unité, cet Un est mystère. Mystère des mystères est la porte par où surgissent toutes merveilles ».

    Si nous considérons la suite des dix premiers nombres, nous pouvons dire que le zéro les précède tous et les contient tous. En d’autres termes, le zéro est le centre d’émanation contenant tous les possibles. Il sera, à la fin du temps, le centre d’union, ou mieux, le centre de réunion de tout le créé spiritualisé, conscientisé. C’est le « point oméga » de Teilhard de Chardin, l’oméga étant un cercle qui se referme.

    Mais le zéro contient le UN qui devient DEUX par séparation. Et cette séparation initiale crée le temps, le rythme du jour et de la nuit, du masculin et du féminin… le rythme de la vie et de la mort.

    Toutes les civilisations sont d’accord : rien n’est plus grand que le UN et en lui résident tous les mystères. C’est le Zohar qui affirme : « Quand l’Inconnu des Inconnus voulut se manifester, il commença par produire un Point ; tant que ce point lumineux n’était pas sorti de son sein, l’Infini était encore complètement ignoré et ne répandit aucune lumière ». Or ce point, n’est-ce pas le centre du cercle des Maîtres Maçons ?

    Le UN, l’Unique, est aussi le TOUT. L’Unité est ainsi à la fois l’origine et l’aboutissement. C’est pourquoi on la figure souvent par l’ouroboros [2], c’est-à-dire « le serpent qui se mord la queue ».

    UN est le nombre divin par excellence. C'est le nombre de la Création, de l'action, de l'énergie. L'unité est garante de la cohérence. Elle représente le démiurge[3], le grand penseur – le Grand Architecte – désireux de se voir en se donnant dans sa création. Le UN ne peut prendre conscience de lui-même que dans l’autre. Il doit créer pour se continuer et s’immortaliser. Et créer, c’est aimer.

    Le UN, c’est le Tout, la vie, le verbe créateur de tout ce qui existe, à la fois le père et la mère, le masculin et le féminin, Adam et Eve. Il est l’esprit et symbolise bien le Tout par son omnipotence, son omniprésence et son omniscience. Il est représenté par un point ou une barre verticale. De tout temps, le point du centre du cercle fut un symbole de l’unité, point central du départ de toute évolution. Sa polarité est impaire et, bien qu’ambisexué en tant que pouvoir créateur, il est masculin.

    Il peut être dit, avec raison, que tout part de l’Unité et retourne à l’Unité par le mouvement du UN au multiple et le retour du multiple à l’Unité.

    UN est un nombre « rassembleur ». Il unifie et forme un tout. Il est qualifié comme étant « le symbole unificateur des éléments de la vie ».

    Voilà, plus ou moins bien exprimé, le mystère des mystères : le mystère de la cause première. Le UN symbolise l’absolu, le principe du nombre, l’ère unique. Mais l’unité n’est pas réellement un nombre, puisqu'elle est l’Unité d’où tout provient et retourne. Le UN ne peut être considéré comme un nombre que pour les besoins de la numération, utilisé comme point de départ, comme terme des différentes opérations d’addition, de soustraction, de multiplication et de division. La génération des nombres provient de l’addition de l’unité qui se multiplie.

    Souvent symbole de l'homme debout, l'UN est le lieu symbolique de l'être. C'est aussi la base, le point de départ, un symbole unificateur. Il signifie également l'indépendance et parfois la domination.

    Le Nombre Deux

    DEUX est engendré par le verbe, le Logos utilisé par le Grand Architecte pour créer l’univers. Le DEUX est le reflet du UN. Ce nombre introduit la notion de binaire universel, système vital du cosmos.

    En effet, le UN, l’unité originelle, est partout et partout le même. Il n’a pas de limite et, en quelque endroit de l’univers que ce soit, tout est semblable, immuable, vide ou, ce qui revient paradoxalement au même, plein du UN. Autrement dit, il n’y a pas de manifestation du UN. Pour que celle-ci puisse avoir lieu, il est nécessaire qu’il y ait un deuxième point ! Comment comprendre ceci ?

    Rappelons-nous cette loi incontournable de la physique, que les Anciens ne connaissaient pas mais dont ils avaient peut-être l’intuition : pour qu’une énergie quelconque produise une manifestation, il faut un point de haute énergie et un point de basse énergie. Pour fixer les idées, disons que pour l’énergie électrique il faut une différence de potentiel, concrétisée par le « plus » et le « moins », en thermodynamique, il faut un point « chaud » et un point « froid », pour l’énergie potentielle, il faut un point « haut » et un point « bas, etc.

    Pour se manifester, le grand Tout, le UN, doit se diviser afin de concrétiser ces deux niveaux. Il le réalise par sa propre image, son double négatif, son reflet. Ainsi, le UN étant le TOUT, est à la fois masculin et féminin, positif et négatif. Mais, rien qu’en tant que Principe Créateur, il est masculin, positif et émetteur.

    Le DEUX, pair, est alors féminin ; il représente toutes les dualités de la vie et du monde. Si le UN est le père, DEUX est la femme dans toutes ses dimensions, la mère, l’épouse, la fille, c’est elle qui permet la manifestation. Pour les Anciens, DEUX est « l’outil de Dieu » pour créer le terrestre, c’est la matrice de toute chose.

    Aussi bien symbole de l'opposition du conflit que symbole de l'union et de l'équilibre (Yin-Yang), le DEUX a ainsi une couleur féminine. Il est souvent attribué à la Mère.

    DEUX est un nombre incarnant toutes les oppositions : les deux sexes, le jour et la nuit, la vie et la mort, la gauche et la droite, le bien et le mal... C'est un nombre symbole de conflit (on retrouve sa racine dans le verbe « diviser »), mais il n'a pas que des aspects négatifs car l'union de deux contraires peut permettre la progression alors que l'unité est signe de stabilité.

    DEUX exprime la dualité. DEUX est le nombre du couple. Il est opposé à l’indivisibilité du UN. Ce sera donc aussi le nombre des oppositions (Mâle – femelle ; positif – négatif)

    Comme toute évolution peut passer par une dualité, un conflit, le Nombre DEUX symbolise aussi le progrès, le développement. Deux est le nombre de la terre nourricière.

    Entrant dans le temple, tout Néophyte se trouve entre le binaire des deux Colonnes, face à l’opposition colorée du Pavé mosaïque. En proie aux doutes, aux débats contradictoires, l’Apprenti découvre par le travail initiatique, la conciliation des opposés grâce au ternaire, lui offrant un terrain d’entente sur une base solide. Le fait que des êtres ou des objets soient au nombre de deux, permet d’établir un rapport direct de comparaison.

    Premier nombre pair, le nombre DEUX implique l’existence de rapports d’opposition, de comparaison et d’antithèse de la double polarité positive et négative, mais ces deux polarités créatrices peuvent exercer une attraction mutuelle dont le moteur est l’amour, comme elles peuvent aussi se repousser. Elles sont harmonieusement complémentaires dans l'un des plus beaux symboles que l'on associe régulièrement au Nombre DEUX : le « Taï – Ghi – Tu » ou le Yin et le Yang.

    La manifestation de la Lumière renvoie à la Genèse et à la dualité Lumière et Ténèbres. Oswald Wirth observe que « la vie résulte d’un perpétuel conflit. C’est l’opposition qui engendre toutes choses, de même que la révolte crée l’individu, car il faut s’insurger pour être. Tel est le sens du mythe de la chute adamique »[4].

    Notre cheminement sur le Pavé mosaïque est significatif, car il est à l’image de la vie même de tout être dans les Ténèbres qui, pour retrouver la Lumière, doit s’efforcer de reconstituer l’Unité à travers l’opposition des apparences et l’alternance des contraires.

    Dans nos Loges, la dualité est représentée notamment au centre de notre espace sacré par les dalles blanches et noires du Pavé mosaïque, à l’Orient de la Loge par le Soleil et la Lune, à l’Occident par les deux Colonnes « J » et « B » qui sont unies par une seule formule « Il établira en force ».

    Rappelons aussi que les deux Tables de la Loi sont indissociables et que la Nouvelle Loi est venue pour accomplir l’Ancienne…

    La qualité d’un être ne se définit que par son contraire et le mal est nécessaire au triomphe du bien.

    Il y a le Ciel-Père et la Terre-mère – toutes les traditions de toutes les civilisations le disent. Et c’est toujours l’Esprit qui féconde la matière.

    Ainsi le Nombre DEUX nous apparaît comme étant le nombre « unificateur ». Il figure un ensemble parfait.

    On sait que les Anciens ignoraient le zéro. Ils parlaient simplement du « Un qui n’est pas ». Pour passer de l’Un qui n’est pas à l’Un qui est, du néant à l’Etre, de Aïn Soph à Kether, des Ténèbres à la Lumière, le chemin est toujours le même. Et il conduit invariablement ici-bas à la dualité, au DEUX de l’opposition, au DEUX, invariablement féminin, qui prend forme en Eve.

    Ainsi le UN s’exprime-t-il en Kether, la Couronne de l’Arbre séphirotique. Rappelons que l’Arbre de Vie kabbalistique est une représentation des trente-deux chemins composés des dix Séphiroth et des vingt-deux chemins qu’ils parcourent. L’Arbre de Vie décrit la descente du divin dans le monde manifesté, et les moyens par lesquels on peut accéder à l’union divine dans cette vie. Et le DEUX correspond paradoxalement à la Sagesse, Hochmah.

    * Les Nombres Un, Deux et Trois

    C’est bien là l’ambivalence des valeurs attribuées aux nombres. Ce qui est « en bas », considéré comme opposition, négation puisque symbole de la dualité, à ce qui est « en haut », au plan divin, par la loi de la similitude inversée, devient la plus belle qualité de l’esprit et de l’âme. A Ève s’oppose Sophia, la Sagesse, celle qui de toute éternité est au côté du trône divin. Le DEUX sera donc ce que nous en ferons dans notre application, soit au monde de la matière soit au monde de l’esprit.

    Le Nombre Trois

    Le UN n’a pas de forme. C’est le symbole de l’Absolu qui est au-delà de toutes limites. Il contient tout. C’est le point. C’est le germe.

    Le DEUX, c’est la ligne, le domaine de l’informel. Le nombre pair est considéré comme inachevé, alors que le nombre impair est achevé.

    Comme le yin, le DEUX est féminin et noir et comme le yang, le TROIS est masculin et blanc…

    Le TROIS est en effet le premier nombre impair puisque le UN est à la fois pair et impair, source de tous les autres Nombres.

    Du point de vue mathématique, le nombre trois est un nombre premier qui ne se divise pas.

    TROIS symbolise le Ciel, l’Esprit. Ce que confirme son assimilation par la Kabbale [5] à la sephira Binah [6], l’Intelligence ou l’Esprit. Mesurant un temps qui n’a pas de limite, il correspond aux trois degrés d’actions qui relèvent du cercle (méditation, spéculation, contemplation).

    Par le TROIS, la vie s’engendre, le dynamisme se crée. Partout des triades sont à l’origine des choses et du monde car, comme le disait Platon : « Il est impossible de bien comprendre deux choses sans une troisième ». Et le triangle équilatéral, symbole de la trinité, est aussi celui de la perfection dans la tradition judéo-chrétienne.

    A la trinité divine, familière aux anciens Égyptiens qui en connaissaient maints aspects, correspond la triade commune père-mère-enfant.

    TROIS n’est pas véritablement le troisième nombre mais le premier. Composé à partir des nombres UN (nombre du Créateur) et DEUX (nombre de la division, de la dualité, du binaire), TROIS est le premier nombre mystérieux qui intervient comme la signature de la création dans l’Ordre.

    Depuis l’avènement de l’humanité, le genre humain porte la marque de la loi de création qui se manifeste par une cause, un effet, un produit. Cette triade correspond à la mise en branle de l’énergie créatrice, la transformation de la lumière en matière, l’incorporation de l’esprit dans la matière.

    Ainsi TROIS marque toutes les choses créées parce qu’il a présidé à leur création. C’est le nombre de la loi directrice des êtres et du commencement des choses matérielles. Il est le nombre de toute production à l’image du triangle.

    TROIS pourrait donc correspondre à un rythme et à une structure essentielle dans l'homme et dans l'univers. Cette structure pourrait être à la base du syllogisme et de la relation « thèse, antithèse, synthèse ».

    Le Nombre TROIS, est un moyen terme entre le UN et le DEUX. En effet, un phénomène est toujours suscité par les jeux des complémentaires : l’action provoque une résistance, qui suscite une réaction, le troisième terme est le phénomène. Le ternaire permet de retrouver l’unité. Il contient trois parties ou trois propriétés.

    Le Nombre TROIS est le nombre maçonnique par excellence. Il est le centre de la Loge, de la symbolique et du rituel. Le Nombre TROIS est le nombre créateur. Pourquoi ? Il est créateur par sa source de lumière. C’est par le Trois que tout est créé. Il donne naissance à la première figure géométrique possible, le triangle.

    Le trois est le symbole de la fécondité universelle, comme nous l’exprime la troisième lame du Tarot, l’impératrice incarnant la puissance suprême.

    TROIS est universellement un nombre fondamental.

    • Il exprime un ordre intellectuel et spirituel, en Dieu, dans le cosmos ou dans l’homme. Il synthétise la tri-unité de l’être vivant ou il résulte de la conjonction de 1 et de 2, produit en ce cas de l’Union du Ciel et de la Terre. Ainsi, l'homme (1) est le fils du Ciel (3) et de la Terre (2). Ce nombre est le symbole du choix et du guide ou bien encore de l'ordre social. Dans la nature, le Nombre TROIS représente la vie à travers la naissance, la croissance et la mort.
    • Dans certaines traditions, si Un est Dieu ou le ciel, et si Deux est la terre, alors Trois est le symbole d’un monde organisé, régi par un ordre divin. L’idée d’un monde réalisé, achevé, est signifiée dans de nombreux mythes comme celui des trois frères, Zeus, Poséidon et Hadès, qui gouvernent, le premier la terre et le ciel, le deuxième les mers, et le troisième les enfers.
    • Par contre, on rencontre aussi l’interprétation suivante : Trois est le nombre du Ciel et deux le nombre de la Terre, car un est antérieur à leur polarisation.
    • Si Un, l’Unité, est Dieu, si Deux est la Matière, alors Trois est la Matière organisée. Trois va donc signifier l’équilibre : physique, moral, intellectuel ou cosmique.

    En mathématique, TROIS est le premier des nombres impairs puisque le UN est à la fois pair et impair, source de tous les autres nombres. A l’instar de beaucoup de sociétés initiatiques, notre Ordre est sensible à l’imparité.

    Dans l’ancienne Chine, les nombres avaient un sexe, les impairs étant mâles et les pairs femelles. Cette préférence pour l’imparité reste mystérieuse. Un nombre impair est toujours décomposable en deux nombres égaux lorsque le nombre un en a été extrait (Exemple : 33 – 1 = 16 et 16).

    TROIS est le seul nombre à contenir trois fois l’unité (1, 1 et 1). Il marque de son sceau le premier degré de notre Ordre. TROIS est la somme des deux premiers nombres (1 et 2). Après le Un, il est le premier nombre insécable.

    Retenons aussi que le Nombre TROIS est un nombre universel que l’on retrouve dans toutes les traditions initiatiques. Il exprime un ordre spirituel dans les plans humain, cosmique ou divin.

    Synthétisant le caractère tri-unitaire de tout produit manifesté, il s’avère spécifique de la conjonction 1 + 1 = 3.

    Dans l’univers initiatique, TROIS n’est pas le produit de 1 + 2 mais de celui de 1 + 1 = 3 ou valeur numérique du produit créé. La somme, 1 + 1 = 2, découle d’un arbitraire ou postulat humain qui ne peut s’appliquer au mouvement divin de la création.

    Les naturalistes ont observé de nombreux ternaires dans le corps humain. Il semblerait que toute fonction importante d’un organisme possède cette structure de base. La raison fondamentale de ce phénomène ternaire universel est sans doute à chercher dans une vue globale de l’unité – complexité de tout être dans la nature, qui se résume dans les trois phases de l’existence : apparition, évolution, destruction ; ou naissance, croissance, mort ; ou encore, selon la tradition et l’astrologie : évolution, culmination, involution.

    TROIS est un nombre sacré et spirituel. On pense d'abord à la Trinité (le Père, le Fils et le Saint-Esprit), mais aussi à l'espace (les trois dimensions), au temps (passé, présent et futur), à l'action (début, milieu et fin), à la famille (père, mère et enfant)...  

    C'est par le Nombre TROIS qu'on échappe à la dualité. Il devient donc un nombre de rupture. TROIS est la combinaison des deux premiers nombres. Il en est l’aboutissement.

    Le Nombre Trois dans les rituels du 1er degré

    J’ai relevé plus de trente occurrences du Nombre Trois dans les rituels du 1er degré, probablement 33 comme le nombre de degrés du R.E.A.A.

    • L’Apprenti a trois ans. Cela doit lui rappeler notamment :
    • que c'est par trois grands coups frappés sur la porte qu’il a été introduit dans la Loge ;
    • qu’il a accompli trois voyages et subi trois épreuves pendant la cérémonie d'Initiation ;
    • qu’il a pénétré dans la Loge en effectuant trois pas ;
    • qu’il aura à y conquérir trois grades dans la hiérarchie initiatique.
    • qu'il s'y tire souvent des « triples batteries » et des triples acclamations: « Vivat, vivat, semper vivat ! » au Rite moderne et « Houzé, Houzé, Houzé » au R.E.A.A. ;
    • bref, que le ternaire se retrouve partout au grade d'Apprenti.
    • Les Francs-maçons disposent de trois moyens pour se reconnaître : un signe (le signe d’ordre), une parole (le mot de passe) et un attouchement.
    • Le signe des Apprentis - Maçons se fait en trois temps: par Équerre, Niveau et Perpendiculaire qui sont les trois bijoux mobiles qui ornent les sautoirs du Vénérable Maître et des deux Surveillants.
    • L’attouchement est triple : en se donnant mutuellement la main, il s’effectue par trois pressions de l’extrémité du pouce sur la première phalange de l’index.
    • Les anciens rituels nous disent que trois Maçons forment une Loge simple. Les Trois Maçons de la Loge simple sont le Vénérable Maitre et les deux Surveillants. Ils sont aussi désignés comme étant les trois Maillets de la Loge, intermédiaires entre le Grand Architecte et la Loge, le Grand Architecte étant symbolisé par un Triangle Divin parfois placé à l’Orient, notamment au R.E.A.A. On les désigne aussi comme étant les « trois Lumières» qui dirigent la Loge.
    • Il existe aussi trois bijoux immobiles: ce sont la Pierre brute, la Pierre cubique et la Planche à tracer qui correspondent respectivement au degré d’Apprenti, de Compagnon et de Maître.
    • A la demande du Mot sacré, l’Apprenti donne une réponse en trois temps: je ne sais ni  lire / ni écrire / je ne sais qu’épeler.
    • Au grade d’Apprenti, la batterie s’effectue par trois frappes des mains, peu importe le rythme de leur exécution qui varie selon le rite pratiqué.
    • Le Nombre Trois est doublement présent dans le premier Travail de l’Apprenti. Ce travail s’effectue sur une pierre brute et au moyen de deux outils : le Maillet et le Ciseau, mais aussi au rythme de la batterie du grade.
    • La Loge est tridimensionnelle : sa longueur s’étend de l’Orient à l’Occident, sa largeur du Septentrion au Midi, sa hauteur du Zénith au Nadir (ou de la surface de la terre jusqu'au ciel).
    • Les Ateliers des trois premiers degrés de la Franc-maçonnerie sont appelés «Loges Bleues». Ce nom leur a été donné en raison de la couleur bleue du cordon de Maître. Une Loge Bleue se compose d'Apprentis, de Compagnons et de Maîtres en nombre variable.
    • Les trois Piliers situés au centre de la Loge et entourant le Tableau de la Loge, symbolisent la progression spirituelle de l’Initié. Chacun d’eux correspond à l'un des trois principaux Officiers de la Loge : « Sagesse » au Vénérable (pour inventer), « Force » au Premier Surveillant (pour diriger) et « Beauté » au Second Surveillant (pour orner).
    • Les trois points disposés en triangle... – sont couramment employés en Maçonnerie comme signe d’abréviation ou de reconnaissance pour affirmer son appartenance à la Franc-maçonnerie. C’est sans doute la raison pour laquelle les Maçons sont souvent désignés par l’expression « Frères Trois Points ». Ces trois points qui caractérisent la signature d’un Maçon indiquent qu’au problème de la dualité est trouvé un troisième terme qui montre la voie du milieu.
    • Nous prêtons serment sur les trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie qui reposent sur l’autel : le Volume de la Loi sacrée (la Bible), l'Équerre et le Compas. Ces trois éléments fondamentaux composent aujourd'hui la triade essentielle que l'usage a imposée dans la plupart, sinon la totalité des Loges maçonniques du monde.
    • Remarquons qu’il est aussi question, dans les anciens catéchismes, de trois petites Lumières figurées par le Soleil, la Lune et le Vénérable Maître.
    • Toute Loge doit être symboliquement éclairée par des flammes. Au grade d'Apprenti, on doit trouver trois cierges. Soit le Vénérable et les deux Surveillants en ont chacun un sur leur plateau (au R.E.A.A.), soit le Vénérable Maître dispose d’un chandelier à trois branches (au Rite moderne et au R.E.R).

    Plus rarement, on trouve aussi des Loges éclairées par un chandelier à trois branches sur le Plateau du Vénérable Maître et un cierge sur celui de chaque Surveillant. Mais dans ce dernier cas, il y a, à mes yeux,  une anomalie par rapport au Nombre Trois puisque la Loge est alors éclairée par cinq cierges, ce qui n’est pas normal si les Travaux s’effectuent au Premier Degré.

    • Parmi les symboles qui sont représentés sur le Tableau de Loge, remarquons la présence de trois marches et de trois fenêtres, ainsi que de la Pierre brute, la Pierre cubique et la Planche à Tracer, instruments symboliques respectifs de l’Apprenti, du Compagnon et du Maître.
    • Dans le Cabinet de Réflexion, nous avons rencontré les trois éléments du «Grand Œuvre alchimique», c’est-à-dire le soufre, le mercure et le sel.
    • Enfin rappelons que nous avons aussi l’habitude de quitter la Chaîne d’union en trois temps, pas forcément au rythme de la batterie du grade d’Apprenti, mais pour autant que celle de nos cœurs en se brise jamais !

    La Tetraktys pythagoricienne

    Pour terminer cet exposé, il m’a semblé intéressant d’aborder brièvement ce que Pythagore a appelé la « Tetraktys »[7] bien qu’elle concerne un peu plus que les trois premiers nombres !

    La « Tetraktys » est formée des quatre premiers nombres et dont la somme vaut DIX (1 + 2 + 3 + 4 = 10). Sa représentation est un triangle de 10 points disposés en pyramide de quatre étages :

    * Les Nombres Un, Deux et Trois

    La Tetraktys peut être vue sous différents angles :

    Le point supérieur peut être vu comme la représentation de :

    • l’unité fondamentale
    • la dualité
    • la mesure de l’espace et du temps
    • la matérialité

    Les deux points peuvent être vu comme la représentation de :

    • la complétude
    • les opposés complémentaires
    • la dynamique de la vie
    • les éléments structurels

    Les trois points peuvent être vu comme la représentation de :

    • la totalité
    • le féminin et le masculin
    • la création

    Les quatre points peuvent être vu comme la représentation de :

    • la terre
    • le feu
    • l’air
    • l’eau

    Conclusion provisoire

    En partant de la Tetraktys pythagoricienne, le nombre UN représente l'unité avant la manifestation, le chaos des alchimistes, Kether pour la Cabbale [8].

    Le Nombre DEUX résulte de la séparation du UN en deux phases égales mais de polarité opposées, sel et nitre pour les alchimistes, Chokmah pour la Kabbale.

    Le Nombre TROIS est le symbole de l'unité et de la dualité réunis dans la manifestation.

    Dans la Genèse, après que l’Eternel eut créé le Ciel, UN, puis la Terre, DEUX, à laquelle s’assimile la poussière, il façonna l’homme de la poussière au sol. Puis il insuffla dans ses narines un souffle de vie par son verbe et l’homme devint un être vivant (Gn, 2, 7). Autrement dit, le verbe divin UN, ajouté à la poussière divine DEUX, donna Adam TROIS.

    Cet exemple illustre parfaitement le fonctionnement des trois premiers nombres et comment une source unique, une énergie, peut arriver à une manifestation. La progression du UN vers le DEUX puis vers le TROIS montre que le nombre est dynamique en lui-même, par sa tendance à la transformation dans une chaîne vivante qui est la trame de l’univers en mouvement. Mais cette démarche ne s’arrête pas au nombre TROIS : le principe se poursuit pour la suite des nombres !

    Mais cela, c’est une autre histoire !

    R:. F:. A. B.

    [1] Oswald Wirth, La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, l’Apprenti - Editions Dervy, Paris, 1999 - page 144

    [2] Il s'agit d'un mot de grec ancien οὐροϐóρος, latinisé sous la forme uroborus qui signifie littéralement « qui se mord la queue ». Ce symbole apparaît souvent sous la forme d'un serpent se mordant la queue. Il représente le cycle éternel de la nature.[

    [3] Dieu créateur de l’Univers, pour Platon.

    [4] Oswald Wirth, La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, l’Apprenti - Editions Dervy, Paris, 1999 - page 151

    [5] La Kabbale (de l'hébreu קבלה Qabbala « réception »), parfois écrit Cabbale, est une tradition ésotérique du judaïsme, présentée comme la « Loi orale et secrète » donnée par YHWH (Dieu) à Moïse sur le Mont Sinaï, en même temps que la « Loi écrite et publique » (la Torah).

    [6] Binah est la sephirah première du pilier de la rigueur, parfois appelé pilier de l'intelligence par identification.

    [7] Le Tétraktys est "une image figurée de la structure du monde".
    La figure classique est celle d’un triangle de quatre lignes tel que 1 + 2 + 3 + 4 = 10 points ou cailloux.

    [8] Le mot « Cabbale » transcrit l’hébreu qabbalah signifie « tradition ». Il désigne une composante ésotérique et mystique de la culture juive, fondée sur l’étude des niveaux de l’Être qui s’étagent entre l’espèce humaine et Dieu ainsi que sur les médiations (sefirot) qui relient ces divers niveaux. Elle s’appuie notamment sur une méthode d’interprétation de la Bible fondée sur la transcription numérique des caractères hébreux (sefira veut dire « nombre » et a la même racine que l'arabe sifr dont le français a fait « chiffre » et « zéro » : la Cabale accorde, comme l'école de Pythagore, une valeur mystique aux Nombres.


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