• DES TENUES

     

    Qu’est-ce qu’une Tenue ?

    Une Tenue, c’est l’application de plusieurs rituels successifs, depuis l’appel au travail lancé en salle humide par le Maître des Cérémonies, au nom du Vénérable Maître, jusqu’à la sortie bien ordonnée de tous les Frères, en passant par tout ce qui se déroule dans le Temple.

    En conséquences, si les rituels n’existaient pas, il n’y aurait pas de Tenue au sens strict et le regroupement des Frères dans le Temple serait tout simplement une réunion d’amis bienveillants entre eux.

     

    Les éléments indispensables d’une Tenue

    Quelques éléments sont indispensables au meilleur déroulement d’une Tenue :

    • notre entrée respectueuse dans le Temple ;
    • le port des gants blancs et du tablier ;
    • notre réponse correcte au « tuilage » éventuel du Couvreur ;
    • une place pour chacun et chacun à sa place ;
    • une planche musicale pour nous aider à quitter le monde profane ;
    • le rituel d’Ouverture des Travaux ;
    • la présence des Trois Grandes Lumières de la Loge: le Volume de la Loi sacrée, l’Equerre et le Compas ;
    • la vérification de la Couverture de la Loge, tant extérieurement qu’intérieurement ;
    • le dialogue entre le Vénérable Maître qui dirige nos Travaux et les deux Surveillants qui l’assistent ;
    • toutes les « annonces », phrases qui nous rappellent nos devoirs et notamment notre obligation travailler, pour chercher la Vérité, la Lumière;
    • quelques planches musicales pour nous aider à méditer les paroles qui ont été prononcées, les actions qui viennent de se dérouler, des gestes forts qui viennent d’être faits ;
    • des coups de maillets pour marquer des moments importants ;
    • les batteries ;
    • les déplacements du Maître des Cérémonies pour conduire et reconduire tout Frère appelé à se déplacer dans le Temple ;
    • la Chaîne d’union fraternelle dans un profond recueillement ;
    • la circulation du Tronc de Bienfaisance et du Sac aux Propositions…qui ne devrait pas être un moment identique à la mise « en récréation » très exceptionnelle de la Loge;
    • à tout moment, le respect du caractère sacré du Temple ;
    • la présence du Tableau de la Loge, des luminaires, des symboles, des bijoux fixes et des bijoux mobiles ;
    • pendant toute la durée de la Tenue, le respect du silence ;
    • le rituel de la Fermeture des travaux, etc.

    Rien n’est superflu. Tout est important et indispensable.

     

    DES RITUELS

    Il existe de nombreux rituels.

    Il y a trois rituels principaux. Ils concernent :

    • l’Initiation d’un Profane,
    • le Passage au grade de Compagnon,
    • l’Elévation au sublime degré de Maître Maçon.

    Pour ce qui concerne le Rite moderne, rite officiel de notre Obédience, ces trois rituels principaux ont été rédigés et approuvés par les plus hauts Dignitaires de l’Obédience. Ils nous sont dès lors imposés.

    Mais il y a aussi un rituel spécifique :

    • pour le Réveil de la Loge,
    • pour la célébration du Solstice de la Saint-Jean d’hiver,
    • pour la célébration du Solstice de la Saint-Jean d’été,
    • pour l’élection du nouveau Vénérable Maître,
    • pour l’installation du Vénérable Maître élu,
    • pour une Tenue de deuil lorsqu’un Frère est passé à l’Orient Éternel,
    • pour l’interrogatoire d’un Profane sous le bandeau,
    • pour la prestation de serment de tout Maître qui accepte une fonction,

    Toute Tenue commence par le rituel d’Ouverture des Travaux et se termine par le rituel de Fermeture des Travaux.

    Extrêmement réduit lors des Tenues blanches, le rituel varie en fonction du Rite adopté par la Loge. C’est ainsi que, au Rite moderne, les trois Piliers entourant le Tapis de Loge sont allumés et éteints par le Vénérable Maître assisté par les deux Surveillants et aidés par le Maître des Cérémonies. Au Rite Écossais Ancien Accepté, ce sont les Frères Expert et Maître des Cérémonies qui s’en chargent.

     

    Les rituels et les rites

    Ne confondons pas « rites » et « rituels ». Le mot « rite » a été emprunté au langage religieux par la Franc-maçonnerie anglaise au milieu du 18e siècle. Le rite regroupe l’ensemble des usages prescrits (langage, protocole, comportement, cérémonies, manifestations, déroulement des séances…) pour le bon fonctionnement d’une structure maçonnique.

    Il existe de par le monde des dizaines de rites, chacun affirmant sa différence en fonction de sa propre conception de l’idéal maçonnique, mais aussi de son rattachement particulier aux Landmarks, considérés comme la référence universelle.

    Quels sont les Rites pratiqués en Belgique ? La majorité des Loges de la G.L.R.B. travaillent au Rite (belge) Moderne. D’autres loges travaillent au Rite français Moderne, au Rite Écossais Rectifié, au Rite Écossais Philosophique, au Rite Écossais Ancien Accepté

    Mais il y en a d’autres : l’historien Ragon en a recensé cinquante-deux ! Bernard Baudouin les cite et les décrit (cf. Bibliographie, pour aller plus loin en ce qui concerne les rites).

     

    Vers une définition du rituel

    Le rituel est un ensemble de phrases, imposées par l’Obédience, prononcées par le Vénérable Maître et les deux Surveillants sous forme de dialogue, mais encore des gestes et actes symboliques, des déplacements dans un environnement riche de nombreux symboles indispensables pour qu’une Tenue existe et se déroule correctement.

    Raoul Berteaux donne aujourd’hui le nom de « rituel » à l’ensemble des textes que l’on suit pour ouvrir et fermer les Travaux de Loge et pour conférer la Réception d’un Récipiendaire.

    Les rituels maçonniques se sont inspirés du théâtre romantique dans lequel l’action est jouée sur scène. Ils ont pris la forme d’un scénario de pièce de théâtre où les détails de régie sont fixés minutieusement. Le Vénérable Maître et les Officiers Dignitaires qui l’entourent agissent comme des acteurs de théâtre.

    Le scénario doit être adapté à l’esprit du temps et à la mentalité du milieu culturel ambiant. C’est cette nécessité qui a justifié les aménagements des textes des rituels. Mais trop souvent les changements ont touché au caractère universel de l’enseignement initiatique. Pourtant chaque génération a le devoir et la mission de rechercher l’essentiel et de dégager l’accessoire. L’essentiel doit être sauvegardé ou rétabli ; l’accessoire doit être aménagé.

    Mais définir le rituel revient aussi à dresser l’inventaire de ses composantes.

    C’est ainsi que A. Benuraud et C. Brugnaux considèrent tout rituel comme un symbole agi. Symboles et rituels sont inextricablement liés. Ces auteurs incluent dès lors dans le rituel :

    • le port du bandeau lors de l’interrogatoire ;
    • la banderole «vigilance et persévérance » accrochée au mur du Cabinet de Réflexion ;
    • les symboles du Cabinet de Réflexion tel le Coq, le Crâne, la Faux, le Pain, le Sablier, le Sel, le Soufre ;
    • le Cabinet de Réflexion lui-même, symbole de la grotte, de la caverne ;
    • les maximes reproduites sur les murs du Cabinet de Réflexion ainsi que le célèbre acrostiche emprunté à la tradition alchimique occidentale «v.i.t.r.i.o.l.»,
    • l’Ouverture des Travaux ;
    • le Travail en Loge qui est d’abord rituel et symbolique mais aussi une condition pour toute augmentation de salaire (passage d’un degré à un autre) ;
    • la circulation dans le temple, codifiée de manière différente selon les rites. Elle constitue un élément rituel important pour le déroulement ordonné de la Tenue;
    • la Colonne d’harmonie qui doit veiller à ce que la musique choisie fasse surgir des sentiments et donne corps aux rituels ;
    • l’Initiation ;
    • la Chaîne d’union, symbole de fraternité et de cohésion de la Loge;
    • la Fermeture des travaux.

    Edouard E. Plantagenet estime que « le rituel est un auxiliaire précieux pour l’Apprenti car si les épreuves lui ont appris le sens de l’action, les traditions rituelles auxquelles il est invité à se soumettre en constituent positivement le moteur. Sous leurs différentes formes, elles lui dictent continuellement son devoir et l’incitent, sans cesse, à l’accomplir sans défaillance ».

    Cet auteur inclut dans le rituel les éléments suivants : le Mot sacré, le Mot de passe, le Signe d’ordre, la Marche, l’Ouverture et la Fermeture des Travaux, l’Age maçonnique, le Livre de la Loi, la Chaîne d’union et l’acclamation mais également les symboles rituels que sont le Tablier et les Gants, les Bijoux et les Outils et enfin la Pierre brute.

    Pour Christian Guigue, le « rituel » vient du latin rituales libris ou livres rituels. Il définit un rituel comme un recueil contenant les différents rites ou actes célébratoires sacramentaux.

    Pour Jean Ferré, le rituel est l’ensemble des connaissances symboliques que l’on veut transmettre, leur formulation, leur mise en pratique : gestes, signes, paroles, mots, attouchements… Il constitue l’essence même de la cérémonie.

    Par glissement, le mot « rituel » signifie aussi le livre qui décrit le déroulement de la Tenue, qui permet de décorer le Temple, de fixer les rôles de chacun…

    Mais le mot « rituel » est aussi adjectif. Il convient donc de ne pas dire des agapes « rituéliques » – ce qui est un belgicisme – mais des agapes rituelles.

    Pour Bernard Baudouin, le rituel était à l’origine un cahier dans lequel étaient consignés les divers éléments qui concourraient à la bonne conduite d’une cérémonie. Par extension, le mot désigne aujourd’hui la cérémonie elle-même, avec tous les paramètres qui la composent, depuis les gestes, les signes, les paroles, les mots, les attouchements, etc…

    Le rôle du rituel

    Le rituel multiplie les suggestions verbales. Viennent s’y ajouter la suggestion visuelle des symboles rituels dont le rôle se borne à concrétiser certaines formules essentielles. Leur assimilation intégrale doit nous permettre d’aborder l’étude et l’interprétation des symboles initiatiques.

    Pour Raoul Berteaux, tout rituel d’Initiation maçonnique comporte des éléments structurels appartenant à deux domaines différents :

    • le premier concerne l’enseignement initiatique proprement dit. Il relève d’une tradition, d’un caractère sacré ;
    • le second concerne la façon de le conférer. Il relève des us et coutumes du milieu culturel ambiant.

    Pour Edouard E. Plantagenet, « le rituel est la lettre ; l’initiation est l’esprit. Le rituel est une route que jalonnent les bornes de la sagesse ; l’initiation est une échelle dont les échelons nous élèvent vers de nouveaux horizons ».

    Depuis la plus haute antiquité jusqu’à nos jours, les philosophes comme les psychiatres ont démontré que ce qui ordonne notre activité consciente n’est autre que le subconscient, force obscure cachée dans notre cerveau.

    Pour Alfred Binet, « la transformation d’une idée en acte est un fait psychologique régulier qui se produit toutes les fois que l’idée atteint un degré suffisant de vivacité. L’idée se produit par un travail subconscient à l’insu du sujet ».

    C’est donc l’idée de suggestion qu’il faut finalement évoquer. Qu’est-ce que la suggestion ? C’est la réalisation subconsciente d’une idée. L’idée qui tend à se matérialiser est celle sur laquelle l’attention s’est particulièrement concentrée.

    Luc Nefontaine qualifie la Franc-maçonnerie de société hautement symbolique avec un appareil rituel très développé. Elle apparaît tout autant comme une institution véhiculant un sens et des valeurs, par le biais des symboles et des rituels. Il n’y a pas lieu de subordonner les buts aux rites, ou vice-versa. Même dans nos Loges dites « régulières », souvent plus formalistes que les Loges qui ne sont pas reconnues comme telles, les rites n’en viennent jamais à masquer les buts.

    Pour Julien Behaeghel, le rituel est le symbole en action. Il est le verbe créateur du monde intemporel, créateur du nom qui donne vie et de l’espace sacré qui s’inscrit dans le présent éternel, cet espace qui définit le sens, le sens qui va de l’ombre vers la lumière, de l’Occident vers l’Orient, de l’inconscience vers la conscience – connaissance. Le sens est la lumière et le rituel n’a d’autre raison d’être que de faire jaillir la lumière, la lumière invisible de l’Esprit. C’est bien pourquoi certaines circumambulations se font dans le sens de la lumière, de l’Occident vers l’Orient. Dans le rituel maçonnique cependant, le sens de la circumambulation est inversé afin de garder le centre à sa droite ; autrement dit, le Maçon défie le temps par le rituel ; il  l’inverse. C’est à l’envers du temps que se trouve la raison mystérieuse de notre devenir.

    Le candidat à l’Initiation devra donc faire le trajet inverse du trajet solaire pour recevoir la lumière : il ira de l’Occident à l’Orient… Et tous les déplacements en Loge, toutes les circumambulations se feront de l’Occident à l’Orient en passant par le Nord, en tournant autour du centre afin de devenir le centre.

    C’est au centre de la Loge que le Maçon dessine l’espace magique de sa création. Il trace le carré double (« carré long ») dont la diagonale contient le nombre d’or en puissance. Puis à la verticale de son tracé, il disposera les trois fenêtres grillagées…

    Dans le rituel, le son devient lumière, la lumière parole et la parole devient l’outil qui permettra à l’Initié d’inscrire la vision du Géomètre dans la pierre.

    Le Maçon fait trois pas sur les carrés noirs et blancs du Pavé mosaïque, passe entre les Colonnes, reçoit le Maillet et le Ciseau et frappe trois coups sur la pierre vibrante et le monde bascule, se renverse dans un autre temps, le temps du rituel et du symbole, le temps des bâtisseurs du Grand Temps, c’est-à-dire du temps hors du temps.

    Répéter inlassablement les mêmes paroles du rituel équivaut à sortir du temps profane. Il est alors éternellement midi, au zénith de la voûte étoilée du temple. Le rituel parlé ou chanté correspond d’une certaine façon aux semences verbales des mantras de l’hindouisme.

    Établir le dieu dans son image, tel est bien le rôle du rituel, et en l’établissant dans son image, le chercheur de lumière le reçoit en lui. C’est la raison pour laquelle tout est fait et dit en loge à la gloire du Grand Architecte de l’Univers. C’est en son nom qu’est donnée l’Initiation. C’est en son nom que tout travail de Maçon commence et finit.

    Le rituel, par les questions et réponses des maîtres, organise le monde dans son ordre primordial.

    Pour Pierre Dangle, c’est le rituel qui donne corps au spirituel et réanime l’ensemble des forces créatrices.

    Les rituels initiatiques racontent la création en esprit par le jeu des symboles, véritables paroles de vie qui rendent présentes les fonctions rituelles remplies par les Frères.

    Ainsi les rituels relient-ils les symboles entre eux pour leur donner leur pleine et entière signification et nous permettre de les vivre.

    Participer aux rituels est un acte majeur pour tous les Frères de la Loge, et chaque rituel est une nouvelle naissance, à la fois de la Loge elle-même et de chacun de ses Frères.

    Selon Guy Boisdenghien, notre Ordre dispense des préceptes induisant à la connaissance réelle de soi par symboles, signes, emblèmes et paroles dont les significations transcendantales ne peuvent s’appréhender que par le moyen de l’Initiation et la progression du membre dans celle-ci. En effet, « progression » est un maître mot de l’Initiation car les rituels ne transmettent pas de façon linéaire. Ils agissent par projections dans le sens psychologique de ce mot.

    A travers le rituel, le Frère ressent dans des gestes, des paroles et des modèles symboliques des états affectifs qui lui sont propres. Ces états affectifs vont progressivement pénétrer au plus profond de son être, le modifier en son centre spirituel et, peut-être, provoquer une transmutation, un changement de nature.

    Chaque degré s’appuie sur un rituel d’Initiation et un autre de travaux ordinaires. Le rituel détaille l’acte cérémoniel qui se présente en un ensemble de symboles vécus, réglés et mis en scène dans une forme définie. Les rituels ont donc pour fonction de placer les participants dans une atmosphère initiatique frappant l’imagination, les sentiments et l’intellect. Ils requièrent de chaque Frère une adhésion effective car tout rituel ne peut être compris sans la volonté de percer l’esprit qui y préside.

    Le but du rituel d’Ouverture est de provoquer la rupture du temps et de l’espace. La modification met en place un autre espace atemporel et aspatial.

    Le rituel rompt tant avec le temps historique qu’avec notre espace environnant. Mais pendant que les Frères, durant la Tenue, sont conduits par le rituel à participer à un moment atemporel, les heures continuent à s’égrener en dehors de la Loge. La Tenue ne peut donc s’achever sans provoquer une nouvelle rupture visant à réinsérer le temps profane.

     R:.  F:.  A.  B.

    Pour aller plus loin concernant les rites :

    Baudouin BernardDictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995 - pages 173 à 193

     

     

     


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  • Introduction

    Je débuterai cette petite planche par un bref rappel d’une position qui m’est chère : en tant qu’Apprentis, Compagnons et Maîtres, nous avons tous le droit de participer aux meilleures Tenues possibles chaque fois que notre Loge se réunit et nous avons tous droit à l’organisation de séminaires de qualité. Il m’a toujours semblé que c’était là nos deux seuls droits fondamentaux.

    Bien sûr il y a aussi la bonne qualité et le coût modéré que doivent présenter les repas qui nous sont servis après nos Tenues ! Je pense que nous n’avons rien d’autre à revendiquer. Pour le reste, nous n’avons que des devoirs !

    Je passerai sous silence les devoirs des Apprentis et les devoirs des Compagnons à propos desquels j’ai déjà eu l’occasion de donner mon point de vue dans d’autres Travaux et au cours de nombreux séminaires.

    Tout Maçon qui se respecte vient en Loge pour se ressourcer, pour rencontrer ses Frères, pour être à l’écoute des autres, pour rendre service, pour aider. Certains viennent surtout pour le bon repas qu’ils prendront après la Tenue et/ou pour les quelques verres qu’ils boiront ensemble au bar en trinquant à leur santé réciproque.

    Mais le vrai Maçon qui participe à une Tenue vient en réalité pour travailler. Travailler sur lui-même d’abord, depuis son Initiation et, en principe, sans relâche jusqu’à son Passage à l’Orient Éternel. Mais aussi travailler pour ses Frères, pour sa Loge, pour son obédience, pour l’Ordre maçonnique traditionnel en général.

    Celui qui devient Maître contracte l’engagement de travailler, surtout pour autrui. Il doit en effet aux Apprentis et aux Compagnons la lumière indispensable à l’accomplissement de leur tâche. Ce n’est donc pas pour nous reposer que nous atteignons le degré de Maître mais pour redoubler d’efforts constants afin que rien de ce qui concerne l’Art ne reste obscur pour nous.

    Assis bien droits (« en Équerre »), nous sommes tous là pour travailler, sur nous-même en priorité, pour le bien de la Loge et le développement de l’Obédience. Plus que quiconque, nous devons être assidus. Mais notre assiduité doit être désirée : c’est une assiduité de conviction. Outre les devoirs antérieurs de l’Apprenti et du Compagnon que nous faisons nôtres, nous avons de surcroît le devoir d’être vigilant au recrutement et celui de transmettre aux plus jeunes les éléments de la Tradition maçonnique.

    Quel que soit notre statut dans la vie profane, quelle que soit notre activité professionnelle, l’Equerre est le symbole qui doit nous rappeler le devoir de rectitude de notre comportement en toutes circonstances, tandis que le Compas doit nous rappeler la nécessité de nous ouvrir aux autres, à tous nos Frères, à notre prochain.

    Donnant en permanence l’exemple à suivre, nous sommes tous au service de notre Loge. Nous nous devons de toujours être à l’écoute de nos Frères, qu’ils soient Apprentis, Compagnons ou Maîtres, qu’ils soient membres de notre Respectable Loge ou qu’ils viennent nous rendre visite.

    Le Travail en Loge

    Dans les Loges assez nombreuses (de trente à soixante membres), c’est sur les Colonnes que la plupart des Frères peuvent vivre les Tenues plus ou moins intensément, selon leur implication personnelle mais surtout si leur désir d’attention est suffisamment soutenu.

     

    Qu’entend-on par « Travail » en Loge ?

    Le Travail en Loge, c’est essentiellement l’exécution de rituels (Ouverture et Clôture des Travaux, Initiation d’un Profane, Passage au grade de Compagnon, Élévation à la maîtrise, etc.) mais aussi la présentation de planches, de dossiers de candidature de Profanes…

    Pour mener à bien ces Travaux, un certain nombre d’exécutants sont nécessaires : un Vénérable Maître qui préside les Travaux ; deux Surveillants qui l’assistent dans l’exécution des rituels ; un Secrétaire qui est la mémoire de la Loge ; un Orateur qui est le gardien de la Loi, chargé de veiller au respect des règlements ; un Maître des Cérémonies, chargé de conduire tous les déplacements dans la Loge ; un Expert chargé de contrôler la bonne exécution des rituels ; un Couvreur chargé de protéger et d’assurer la sécurité des Travaux… N’oublions pas non plus le Trésorier et l’Aumônier-Hospitalier ! Tels sont les principaux Offices – c’est le terme qui me semble le plus adéquat puisque ceux qui les occupent sont qualifiés d’Officiers, et même d’Officiers Dignitaires !

    Lorsque le nombre de Frères Maîtres est peu élevé, il arrive que les autres tâches, tout aussi importantes dans la vie de la Loge, doivent être confiées à des Compagnons : celle d‘Architecte, d’Archiviste, de Maître des Banquets, de Maître de la Colonne d’Harmonie, de Bibliothécaire, de Maître des Banquets. Certaines sont parfois plus lourdes que d’autres ; c’est pourquoi nous utilisons alors de préférence le synonyme « charges ».

     

    Qu’entend-on par « Office » ?

    Notre langue française est particulièrement riche grâce aux synonymes qu’elle nous propose souvent pour désigner un même concept ou pour mieux nuancer notre pensée. Le danger surgit lorsque nous ne maîtrisons pas suffisamment ces nuances ou lorsque nous voulons privilégier l’un ou l’autre terme auquel nous attribuons parfois un sens incorrect ou que nous ne maîtrisons pas suffisamment.

    C’est le cas du mot « Office » que nous désignons de manière aléatoire par « fonction », par « charge », par « tâche ». Allons donc vers les dictionnaires pour tenter d’être le plus précis possible !

    Le « Dictionnaire de la Langue française » ne semble pas beaucoup nous aider puisqu’il nous propose immédiatement deux synonymes pour nous faire comprendre le premier sens de ce mot, le seul qui nous occupe ici : fonction et charge. Il nous donne un exemple : « remplir son office ».

    Lorsque le Vénérable Maître invite le Frère Maître des Cérémonies à faire circuler le « Sac aux Propositions » et le « Tronc de Bienfaisance », ne dit-il pas « Frère Maître des Cérémonies, faites votre office. » ?

    Le site « Ptidico.com » nous propose ceci :

    Un office, c’est un devoir que chacun de nous est tenu de remplir dans la vie privée et sociale. Mais c’est aussi une fonction, un emploi dont on doit s'acquitter.

    Le « Mediadico » nous propose les synonymes suivants : fonction, rôle, charge, service. Et de préciser que la fonction, c’est le rôle joué par un élément compris dans un ensemble ; c’est l’action propre à chaque emploi ; c’est l’emploi lui-même. Quant à la charge, dans le cas présent, c’est une mission à responsabilité.

    Un certain nombre d’offices existent dans nos Loges. Pour moi, aucun Maître ne peut revendiquer tel ou tel Office. C’est au Vénérable Maître à choisir ses Officiers Dignitaires. Pour composer sa Commission d’Officiers Dignitaires, il peut solliciter les conseils du Passé Maître Immédiat ou d’anciens Vénérables Maîtres de la Loge.

    La répartition des Offices doit idéalement tenir compte de l’assiduité et de l’ancienneté de chaque Maître dans la Loge ou dans l’Obédience, des aptitudes et compétences individuelles, de la formation maçonnique de chacun, de l’implication personnelle dans la vie de la Loge, de son dévouement envers la Loge.

    Illustrons ce propos de deux exemples :

    • Pour garantir une formation adéquate des Apprentis, le Vénérable Maître a tout intérêt à choisir un Frère Maître qui lui semble avoir lui-même une solide instruction maçonnique et une très bonne connaissance des rituels.
    • Pour s’assurer d’une bonne communication avec les autres Loges et avec l’Obédience, le Vénérable Maître devrait choisir un Frère très ordonné qui a des dispositions particulières en secrétariat, en rédaction, en orthographe, en gestion…

    Tout Frère Maître qui accepte la proposition du Vénérable Maître (et en principe en Franc-maçonnerie on ne refuse jamais, sauf pour des raisons familiales importantes ou des raisons de santé par exemple) devient donc Officier Dignitaire de la Loge.

    S’il a bien compris que cette démarche fait partie de ses devoirs de Maçon, le Frère y mettra tout son cœur, toutes ses forces, toutes ses compétences, tout son désir de servir ses Frères et sa Loge. Un séminaire de Maîtres pourrait peut-être être consacré aux devoirs spécifiques de charge office.

    Il ne me semble pas interdit de considérer la fonction ainsi acceptée comme une charge – notamment parce que certains Offices sont particulièrement lourds à assumer – mais ce sera toujours avec le sourire que le Frère pressenti et investi l’accomplira, avec dévouement, en l’incorporant à son attitude fraternelle. Jamais il n’en tirera une gloire personnelle. Jamais il ne se sentira privilégié. Jamais il ne la considèrera comme un honneur personnel mais comme un honneur de servir sa Loge et ses Frères.

     

    R:. F:. A. B.

     


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  • Un peu de terminologie...

     

    Au sein de la Loge

    Une Loge est composée de Frères.

    Certains sont Apprentis, d’autres Compagnons, d’autres sont Maîtres.

    Toute Loge est dirigée par un Vénérable Maître, élu puis installé pour une période généralement d’un an (parfois deux), renouvelable.

    Un Frère qui a dirigé une Loge a droit au titre de « Vénérable Frère ».

     

    Deux remarques :

    1.    Dans les Tracés des Travaux, il est de tradition de parler de la « Respectable Loge…. ».

    Le Frère Secrétaire écrira : "Les Frères de la R\L\ « Saint Jean Lumière de Lorraine » n° 36 à l’Orient d'Arlon (et non pas "les Frères d'Arlon") nous ont rendu visite".

     

    2.    Puisque « ici tout est symbole », les mots désignant ces symboles s’écrivent avec une majuscule.

    Nous écrirons donc : un Frère ; sous l’Equerre et le Compas ; les trois Piliers « Sagesse », « Force » et « Beauté » ; sur les Colonnes ; le Tapis de Loge ; etc.

     

    Dans la Chambre du Milieu

    Lorsque les Frères Maîtres se réunissent en Chambre du Milieu, ils s’appellent mutuellement « Vénérable Frère ».

     

    Au sein de notre Obédience, la G.L.R.B.

    Notre Obédience, la Grande Loge Régulière de Belgique, compte pour l’instant plus d’une cinquantaine de Respectables Loges. Les Travaux s’y déroulent en français, en néerlandais, en anglais, en allemand, en grec.

    L’Obédience est dirigée par une structure administrative appelée « Grand Comité ». Tous ceux qui en font partie sont en règle générale, d’anciens Vénérables Maîtres, des Frères Maîtres qui ont donc dirigé une Loge.

    En tant que membres ou anciens membres du « Grand Comité » ou du « Collège des Grands Officiers », ces Frères ont droit au titre de « Respectable Frère ».

    Ceux qui sont ou ont été Grand Maître ou Grand Maître adjoint ont droit au titre de « Très Respectable Frère ».

     

    Abréviations

    Dans la correspondance entre membres d’une Loge, entre Secrétaires de Loges ou entre le Secrétaire d’une Loge et le Grand Secrétariat de l’Obédience, de même que dans le Tracé des Travaux, il y a lieu d’utiliser les abréviations suivantes :

    le mot  « Frère » s’écrit F\

    l’expression « Vénérable Frère » s’écrit V\F\

    l’expression « Respectable Frère » s’écrit R\F\

    l’expression « Très Respectable Frère » s’écrit T\R\F\

    Au pluriel, l'usage veut que l'on double les consonnes : VV... FF...  ;  RR...  FF... ; TT...  RR...  FF...

    Le signe «  \ »  se trouve normalement dans les caractères spéciaux de Word.

     

     

     


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  • A mon bien aimé et Respectable Frère Marc, pour sa suggestion stimulante.

    Octobre 2011 – Janvier 2012

    Introduction

    La scène suivante se passe à l’école primaire, en 5ème année : "Prenez votre journal de classe ! Indiquez : Devoir ; le verbe « plancher » à tous les temps connus."

    Dans ce contexte, le mot « devoir » désigne toute tâche que je pouvais imposer quotidiennement à mes élèves il y a plus de 30 ans, lorsque j’étais instituteur.

    Mais à présent, la cloche a sonné ; l’école est finie pour moi !

    La première idée, assez simple, que nous pouvons nous faire à propos du mot « devoir », n’est-ce pas cette tâche imposée par un enseignant à ses élèves, principalement dans l’enseignement primaire ? Car, au niveau secondaire, le nombre de leçons à étudier dépasse de loin celui des tâches écrites à effectuer à domicile. Quant à l’enseignement supérieur ou universitaire, ce sont plutôt les travaux à réaliser seul, en groupe ou en équipe, qui y sont à l’honneur.

    Mais le mot « devoir », pris dans ce sens, se retrouve dans la relation « officier / soldats » ou dans la relation entre un supérieur hiérarchique et ses subalternes.

    Cette introduction en forme de clin d’œil ou d’autodérision me rappelle que pendant plus de quinze ans j’ai exercé le métier d’instituteur puis celui de directeur d’école primaire et qu’il me faut à présent un peu plus sérieux pour aborder la notion de « devoir » en Franc-maçonnerie.

    La notion de « devoir » en Franc-maçonnerie

    Dans quelques-unes des planches que j’ai eu le bonheur de tracer, je me suis plu à affirmer sans regrets qu’à côté des deux ou trois droits essentiels que nous avons tous en Franc-maçonnerie, il existe une multitude de devoirs auxquels nous ne pouvons pas échapper pour autant que nous ayons réellement bien pris conscience de ce que nous sommes venus faire en Loge.

    Je ne vais pas rappeler ici l’énumération presque exhaustive des devoirs que j’avais listés tant pour l’Apprenti que pour le Compagnon, pour tout Maître, pour un Vénérable Maître et chacun de ses Officiers Dignitaires, pour les Députés, voire même pour les Grands Officiers de notre Obédience.

    Non, mes Frères, mon propos de ce Midi, c’est de vous livrer le fruit de mes réflexions nocturnes à propos de ce petit mot « devoir », un mot abstrait qui mérite de s’y attarder quelque peu.

    Au cours d’une récente conversation avec notre R:. F:. Marc J. est apparue cette question difficile mais o combien importante : « Qu’est-ce qu’un devoir ? ».

    « Qu’est-ce qu’un devoir ? »

    Le devoir pris au sens abstrait pourrait être considéré comme une obligation morale, non pas à travers telle ou telle règle ou action particulière mais prise pour elle-même.

    Le devoir me semble être la grande loi de la Franc-maçonnerie. L'approfondissement de la notion de devoir, à chaque stade de la vie maçonnique, est l'essence même de la recherche de la vérité. La récompense ne se trouve pas dans un quelconque résultat espéré mais dans la démarche, c'est-à-dire la découverte d'un sens à l'existence. Pour moi, l'accomplissement du devoir fait partie intégrante du travail initiatique maçonnique.

    La Tradition a transmis parmi les Maçons un grand nombre de préceptes relatifs aux devoirs, et dont l’ensemble forme un admirable code de morale pratique.

    C’est, en effet, un trésor conservé dans le patrimoine de l’institution. Mais ce n’est pas un corps de doctrine. En donnant la Lumière, la Franc-maçonnerie n’impose pas ce qu’elle permet de voir. En nous prescrivant d’observer le plus strictement possible les devoirs, la Franc-maçonnerie s’adresse à notre probité, à notre honneur, à nos sentiments, certaine de ne pas contrarier nos croyances religieuses ou philosophiques. Il s'agit ainsi de promouvoir des valeurs morales et spirituelles, qui conduisent à un perfectionnement individuel sans limite, et à un idéal social.

    Pour illustrer mon propos, pour tenter de bien me faire comprendre et d’arriver à dégager le dénominateur commun de tous nos devoirs, le plus simple n’est-il pas de prendre appui sur quelques exemples ?

    Un devoir de Grand Officier

    Je commencerai par le devoir de Frères que nous ne voyons pas très souvent dans nos Loges. Un des devoirs d’un Grand Officier en visite dans une Loge n’est-il pas de venir soutenir l’action du Vénérable Maître et de ses Officiers ? Qu’est-ce à dire ? Encourager, féliciter sans flatter, rappeler fraternellement tel ou tel détail du rituel qui pourrait être amélioré ; redéfinir ou apporter des précisions…

    Ce devoir essentiel n’est pourtant pas inscrit dans un règlement. Ce serait plutôt une attitude volontaire, librement consentie, de la part d’un Maître qui, par son mérite, s’est vu confier quelques missions importantes, dont celle de représenter le Grand Maître dans les Loges de l’Obédience et celle d’apporter un message de soutien et d’encouragement à tous les Frères à progresser dans l’Art Royal.

    Un des devoirs du Vénérable Maître

    Un des premiers devoirs de tout Vénérable Maître, c’est de bien préparer ses Tenues, afin que chacun de ses Frères présents puisse en retirer le meilleur profit spirituel puisqu'un des principaux droits de tout Maçon est de bénéficier des meilleures Tenues possibles.

    Ramener le rôle du Vénérable Maître à celui d’un simple gestionnaire élu pour un mandat d’un ou deux ans, ce serait considérer la Loge uniquement comme une association profane, dépourvue de tout esprit initiatique et traditionnel !

    Par contre, lui conférer la charge de faire vivre et de transmettre l’Initiation, c’est, dans le contexte actuel où ces valeurs sont en perdition, lui donner certainement la tâche immense, la plus difficile qui soit, celle de maintenir et de faire évoluer la Loge dans le courant traditionnel des bâtisseurs.

    Le Vénérable Maître n’est pas un modèle car, en initiation, nous ne sommes pas dans une relation de maître à disciple. Par contre, le Vénérable Maître devrait être un éveilleur. Il devrait être un exemple pour ses Frères, un être aimable, vénérable à cause de ce qu’il fait et de ce qu’il est. C’est là la seule source de légitimité et, pour cela, il est reconnu par tous. Le devoir essentiel du Vénérable Maître est d’initier et de transmettre l’Initiation.

    Ce devoir non plus ne figure pas dans un règlement. Il est implicite dans la cérémonie de son Installation et dans les traditions de toute Loge initiatique.

    Certes, le Vénérable Maître n’est pas seul. Avec ses Officiers Dignitaires, il peut beaucoup plus ! A lui d’animer cette équipe de Frères au service de la Loge et de tous les autres Frères en leurs grades et qualités.

    Certes, ce n’est là qu’un exemple car le Vénérable Maître a bien d’autres devoirs.

    Je ne passerai pas en revue les devoirs de tous les Officiers Dignitaires. Mais parmi ceux-ci, j’en choisirai un dont la mission est particulièrement difficile.

    Les multiples devoirs du Frère Hospitalier

    Les devoirs du Frère Aumônier – Hospitalier (ou Hospitalier au R.E.A.A., ou Eléémosynaire au R.E.R.) sont multiples mais ne sont pas listés dans un règlement. Ils me semblent eux aussi implicites : être à l’écoute de ses Frères qui peuvent lui confier leurs difficultés, leurs problèmes de santé ; être à l’écoute des nombreux Frères absents parfois excusés ; rendre visite aux Frères malades ou accidentés ; faire rapport de ses démarches auprès du Vénérable Maître…

    Nous avons malheureusement tous connu des Frères Hospitaliers qui n’ont généralement rien fait de ce strict minimum, à part la collecte bimensuelle et se faire entendre en Commission des Officiers Dignitaires ! Peut-être justement parce que cette énumération de devoirs est implicite et n’est pas écrite dans les règlements.

    Un des devoirs du Compagnon

    Un des devoirs de tout Frère Compagnon est de voyager, c’est-à-dire de rendre visite à d’autres Respectables Loges. La première question que tout Compagnon devrait se poser, c’est, me semble-t-il, « pourquoi me demande-t-ion de voyager ? »

    Jadis, le Compagnonnage était avant tout une association d’ouvriers dont le but était la transmission d’un métier, dans ce qu’il avait de purement technique mais également dans ce qu’il avait de formateur.

    Depuis toujours le Compagnonnage vise le complet accomplissement de l’individu grâce au perfectionnement de sa valeur professionnelle, à l’éducation de son caractère, à la solidarité et à la fraternité rencontrées tout au long du grand voyage que l’on nommait autrefois « Le Tour de France » et que devait effectuer tout compagnon.

    De nos jours, l’enseignement du Compagnon s’articule encore autour des notions de voyage et de travail. C’est l’invitation à aller au-delà du paysage familier, à rompre avec les habitudes et à créer. La marche du Compagnon ne nous l’indique-t-elle pas symboliquement ?

    Aujourd’hui, le devoir de voyager se traduit par la nécessité de rendre visite à d’autres Respectables Loges, quel que soit le rite qu’elles pratiquent. Ces visites doivent non seulement permettre au Compagnon de compléter son information sur le plan du symbolisme et des usages rituels mais également lui permettre de tisser davantage de relations humaines positives avec tous ceux qui sont ses Frères, nos Frères, tous ceux qui ont un jour désiré partager notre idéal de fraternité. Mais au-delà de ces aspects matériels, informatifs et relationnels, il y a aussi le passage d’un savoir-faire à un savoir-être, donc un aspect formatif non négligeable.

    Le Maçon doit voyager : il n’est pas bon qu’il reste confiné dans sa Loge, dans son Rite et dans ses habitudes. En effet, mes Frères, quand un paysage nous devient trop familier, nous avons tendance à moins le regarder ! La coexistence de nombreux rites est certainement une source de richesse. Que les Francs-maçons ne partagent pas toujours les mêmes opinions à propos de la Franc-maçonnerie est sans doute une fort bonne chose également.

    Le devoir de voyager est généralement prescrit par le Règlement particulier des Loges. Il précise même parfois le nombre de voyages prescrits. Mais tout Compagnon qui a un peu réfléchi à propos des raisons de cette obligation se rendra compte que pour se maintenir sur la « Voie du Milieu », il n’y a qu’un seul moyen, c’est d’avancer ! La variété des paysages maçonniques a un sens. Elle institue l’union dans la diversité, modèle que la Franc-maçonnerie propose à l’extérieur du Temple. Chacun est un éclairage précieux qui participe à la Lumière et personne ne se perçoit ni n’est reconnu comme toute la lumière. La fraternité induite par l’union dans la diversité se réalise entre « cherchants ». Les Frères sont tels dans la mesure où, ensemble, ils veulent « aller plus loin », pratiquer le vrai dialogue.

    Un des devoirs de l’Apprenti

    Pendant un an au moins, tout Frère Apprenti aura été contraint au silence.

    Pourquoi ce devoir de silence ? N’est-ce pas pour permettre à l’Apprenti de mieux observer, de méditer, de réfléchir, de formuler mentalement des hypothèses ?

    Ce n’est qu’à la faveur de ce long silence que nous pouvons arriver un jour à faire cet indispensable retour sur nous-mêmes, retour qui nous affranchira définitivement de l’influence pernicieuse de notre existence antérieure et nous fera découvrir, en même temps, que la Lumière que nous sommes venus chercher dans le Temple se trouve déjà en nous.

    Pendant toute la période d’observation que nous traversons en tant qu’Apprenti, nous sommes contraints au silence. Ce devoir de silence fait partie de nos traditions.

    Devenus Compagnons, nous avons le droit de prendre la parole en Tenue, mais nous ne pouvons rien révéler de ce que nous avons appris, ni aux Profanes ni aux Apprentis. Le droit de parler n’est pas contradictoire avec le devoir de se taire car le silence du Compagnon n’est pas celui de l’Apprenti !

    Dans la Loge, désormais, le Compagnon a le droit de parler pour s’exercer à l’expression juste et à l’échange courtois, tout en poursuivant le silence intérieur. Mais la parole est si précieuse qu’il vaut mieux ne pas la gaspiller ! Le silence du Compagnon est une nécessité pour assurer la confiance que l’on peut avoir en lui.

    Les devoirs du Maître, Parrain d’un jeune Initié

    Ne sommes-nous pas tous ici pour travailler, sur nous-mêmes en priorité, pour le bien de la Loge et le développement de l’Obédience ? Plus que quiconque, ne devrions-nous pas être assidus ? Mais notre assiduité devrait, me semble-t-il, être désirée : c’est une assiduité de conviction. Outre les devoirs antérieurs de l’Apprenti et du Compagnon que nous faisons nôtres, n’avons-nous pas aussi, de surcroît, le devoir d’être vigilant au recrutement et celui de transmettre aux plus jeunes les éléments de la Tradition maçonnique ?

    Les Parrains et les Frères enquêteurs doivent s’enquérir de la disponibilité des candidats et tout jeune Initié devrait avoir compris depuis ce moment-là qu’il lui faudra effectivement faire preuve de disponibilité en permanence. Mais ce devoir des Frères enquêteurs, lui non plus n’est pas explicité dans un règlement. Il fait partie de nos habitudes en matière d’enquêtes. Cet état d’ouverture d’esprit et d’accueil, cette assiduité aux Tenues et aux séminaires supposent que nous prenions du temps sur celui de notre vie profane, un temps librement consenti, un temps désiré.

    Mais le rôle du Parrain ne se limite évidemment pas à la présentation de son candidat futur filleul. Il doit l’accompagner dans tout son parcours, traditionnellement jusqu'à son Élévation à la maîtrise. Remarquons simplement que ce devoir général n’est écrit dans aucun règlement.

    Un des premiers devoirs des Surveillants

    Le premier devoir d’un Frère Surveillant ne serait-il pas de se souvenir que les Apprentis et Compagnons ont un droit élémentaire, celui de pouvoir participer à des séminaires de qualité, et dès lors de mettre tout en œuvre pour organiser ces réunions fraternelles de réflexion, de production, avec eux, chez eux ou en nos locaux, autour d’une agape frugale ?

    L’organisation de séminaires relève de la conception du travail du Surveillant telle qu’il la décrit lui-même – comme tous les autres Officiers Dignitaires de la Loge – juste avant sa prestation de serment. Elle peut aussi, dans certaines Loges, être rappelée par le Vénérable Maître. Il s’agit donc ici aussi d’une attitude volontaire dans le cadre de la transmission de la Tradition et des traditions de la Loge, plutôt que d’une obéissance à un règlement.

    Synthèse

    Vénérable Maître, mes très chers Frères, dans notre vie profane comme dans notre vie maçonnique, il me semble que nous pouvons rencontrer deux types de devoirs.

    Les uns correspondent à une réglementation d’ordre général comme la Constitution et les lois de notre pays ou comme la Constitution et les Règlements de notre Obédience. Ils nous invitent à nous soumettre sans réserve aux dispositions réglementaires.

    Certains devoirs correspondent à une règle particulière. Ainsi, le Règlement particulier ou Règlement d’ordre intérieur de notre R:. Loge impose une assiduité supérieure à 66 % pour pouvoir participer à un scrutin ou pour pouvoir prétendre à une augmentation de salaire.

    Certains devoirs s’appuient sur nos serments, dont le tout premier que nous avons prêté : celui d’aimer nos Frères. Et à propos d’aimer nos Frères, il me semble que rien qu’en me posant la question « comment les aimer ? », je suis amené à penser à une multitude d’autres devoirs mais sur lesquels je ne m’étendrai pas ce Midi.

    Enfin, il y a les devoirs que nous impose notre seule conscience. Mais ne faut-il pas, pour les remplir, avoir atteint un certain niveau de conscience, donc bénéficier d’une solide expérience, faire preuve d’autodiscipline, savoir gérer, anticiper, s’organiser, s’imposer des tâches librement, volontairement ?

    Finir par accepter cette autodiscipline, voire la rechercher en toutes circonstances, n’est-ce pas faire la preuve que la Franc-maçonnerie est une méthode ? Mais n’est- ce pas une méthode initiatique qui peut contribuer à faire des Francs-maçons, l’élite choisie par le Grand Architecte de l’Univers, des hommes venus sur Terre pour poursuivre l’œuvre du Créateur ?

    Voici venu le moment de conclure cette réflexion, mais, comme toujours, de manière provisoire.

    Conclusion en forme de nouveau questionnement

    Pour répondre à la question qui forme le titre de cette planche – « Qu’est-ce qu’un devoir ? » – il me semble qu’un devoir est une tâche que tout Franc-maçon devrait parvenir à s’imposer de manière spontanée, à réaliser du mieux qu’il peut pour rendre ses Frères heureux et, par l’exemple qu’il donne ainsi, leur faciliter la progression dans l’Art Royal.

    Accomplir son devoir, ses multiples devoirs de Maçon, n’est-ce pas avoir pris conscience des obligations imposées à la fois d’une manière générale et particulière, mais acceptées librement et volontairement afin de dépasser le stade de l’indifférence, de l’égoïsme, de l’égocentrisme… pour atteindre celui de l’écoute, de la compréhension, de l’empathie, de la compassion, du véritable Amour fraternel ?

    Accomplir ses multiples devoirs, n’est-ce pas aussi faire le Bien uniquement pour l’amour du Bien ?

    Pour un Franc-maçon, remplir son devoir, ses devoirs, n’est-ce pas se montrer capable de dépasser le stade de la simple obéissance pour réaliser les sublimes préceptes et les nobles objectifs de notre Ordre ?

     

    R:. F:. A. B.

     

     


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