• Il me revient ce Midi l’agréable devoir d’instruire nos Frères à propos d’un aspect du rituel de cette célébration du Solstice de la Saint-Jean d’hiver.

    Je voudrais aborder ce Midi ce que nous vivons chaque année à l’issue de la célébration de ce Solstice de la Saint-Jean d’hiver : c’est ce que nous appelons le « Rituel de table » qui prolonge la partie rituelle de cette importante célébration.

    On désigne aussi parfois ces « Travaux » par l’expression « Banquets d'Ordre ». Ils se tiennent au grade d'Apprenti afin que tous nous puissions y participer. Ce rituel n'a rien de philosophique mais est destiné à resserrer les liens fraternels entre les membres de la Loge. Même si un Frère a décidé de ne pas participer aux agapes, il faut considérer ce rituel comme une partie obligatoire, faisant partie intégrante de la Tenue d’obligation. A mes yeux, il s’agit d’un véritable rituel qui doit être pris au sérieux et exécuté dans le respect des traditions et sans la moindre plaisanterie …

    Ainsi, la table doit être symboliquement disposée en forme de « U ». Le centre est à l'Orient et le Vénérable Maître siège au milieu extérieur. Il est entouré des Grands Officiers présents ou de Vénérables Maîtres de Loges amies. Les deux Surveillants se placent aux extrémités des branches du « U ». Une petite table doit être placée à l’intérieur du « U » car les trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie doivent y être déposées par le P.M.I. avant que les Travaux ne reprennent force et vigueur en salle humide.

    Lors des Banquets d'Ordre, qui sont dirigés tout comme en Loge par le  Vénérable Maître, les Frères ne « mangent » pas mais on dit qu’ils se livrent à des « Travaux de Mastication ». Nous pouvons aussi utiliser l’expression « les Travaux de table ». Au cours de ces Travaux, plusieurs santés seront portées. Chacune est clairement annoncée.

    Rappelons, si nécessaire, qu’une santé d’obligation est l’action qui consiste à porter un toast lors d'une agape ou d'une Loge de Table. Les Loges décident quelles sont les santés qui seront portées. Dans certains pays comme la France, elles sont adressées à la Patrie, à la Maçonnerie Universelle, aux Maçons heureux et malheureux.

    En langage maçonnique, « tirer une santé » signifie porter un toast. Cette pratique remonte loin dans le temps et l’usage prescrivait déjà en 1742, sept santés rituelles.

    Selon les habitudes de notre Respectable Loge, habitudes qui font partie de nos traditions et que nous devons nous efforcer de maintenir,

    1. nous buvons successivement à la santé des chefs d’états, protecteurs de notre Ordre. Nous disons « Au Roi ! », d’une manière très générale.

    En France, les Frères boivent en premier lieu « à la République ».

    1. Nous buvons ensuite à la santé du Grand Maître et des Grands Officiers de notre Obédience, passés ou actifs. La Tradition veut qu’à ce moment-là, si notre Grand Maître, ses adjoints ou de Grands Officiers sont présents, ils s’asseyent.
    2. La troisième santé est celle qui est faite aux Frères visiteurs lorsqu’il y en a.

    A ce moment, ceux-ci s’asseyent à leur tour.

    1. Le Frère Premier Surveillant demande ensuite au Vénérable Maître de pouvoir diriger les Travaux de table, le temps de porter la santé suivante en l’honneur précisément du Vénérable Maître en charge !
    2. Ce rituel de table se termine par le Toast du Couvreur.

    Ce sont ainsi cinq santés qui sont portées.

    En France, deux autres « santés » viennent s’intercaler dans ce rituel : c’est la santé aux Frères Surveillants et c’est la santé aux Frères de la Loge.

    Lorsqu’une santé est tirée en l’honneur d’un Frère ou groupe de Frères, la tradition veut que ces derniers s’asseyent tandis que les autres Frères présents se lèvent pour porter le toast.

    Lorsque tous les Frères se sont rassis, le Vénérable Maître peut proposer à l’un des Frères visiteurs de répondre. Le Frère en question ou un représentant du groupe en question peut alors se lever, remplir son verre modérément, exprimer quelques mots de remerciement et, à son tour, boire à la santé de tous les Frères qui l’ont accueilli.

    Grâce aux travaux opératifs de nos Frères Apprentis déjà réalisés dans la salle des banquets avant la Tenue, nous découvrons une table bien dressée, sur laquelle divers instruments ont été placés pour ce rituel. Je m’explique ! Chaque Frère dispose d’un DRAPEAU qui n’est autre que sa serviette de table ; d’un GLAIVE qui n’est autre qu’un couteau de table ; d’ARMES qui ne sont rien d’autre que le verre dans lequel nous allons boire. Celui-ci doit être rempli de POUDRE, c’est-à-dire de vin, généralement rouge.

    A chaque santé, il s’agit de placer le « drapeau » sur l’épaule gauche. Rien de tel que de coincer notre serviette dans le haut du revers de notre veston.

    Nous sommes invités à porter la main au glaive ! C’est-à-dire que nous posons la main droite sur notre couteau. A l’injonction « Haut les glaives ! », nous levons notre couteau en ayant soin de maintenir notre bras droit en équerre.

    A l’invitation « Salut des glaives ! », nous dessinons, couteau en main, un triangle dans un plan horizontal de l’espace devant nous.

    Ensuite nous sommes invités à placer notre glaive dans la main gauche, ce qui implique à présent que notre bras gauche soit aussi maintenu en équerre.

    Puis, à l’injonction « Main droite aux armes ! », nous nous apprêtons à prendre notre verre en main.

    Au commandement « Haut les armes ! », nous levons notre verre à hauteur des yeux.

    Enfin, lorsque nous entendons « Feu ! », nous buvons une petite gorgée… de poudre rouge !

    Ensuite, il s’agit de faire les mêmes gestes dans l’ordre inverse.

    Nous saluons des armes en dessinant un triangle dans le plan horizontal de l’espace avec notre verre encore un peu rempli pour la santé suivante…

    A l’injonction « Bas les armes ! », nous déposons prudemment notre verre sur la table, en veillant à ce qu’il soit aligné avec les autres verres sur un ruban bleu spécialement posé à cet effet sur la table.

    Au commandement de notre Vénérable Maître, nous replaçons ensuite notre glaive dans la main droite. Nous saluons du glaive en dessinant à nouveau un triangle dans le plan horizontal de l’espace devant nous.

    Et puis, toute la beauté du geste consiste, au signal « Bas les armes ! », à déposer bruyamment tous les couteaux en même temps sur la table.

    Les Travaux de table s'achèvent toujours par une Chaine d'Union au cours de laquelle nous devrions chanter le chant des Apprentis mais je remarque que cette tradition se perd. Le chant des Apprentis est de plus en plus mal connu. Ne vaut-il pas mieux dans ce cas nous limiter à son écoute dans le silence et le recueillement ?

    Ensuite, les Travaux de ce Midi sont fermés à table, juste avant de partager tous ensemble l’agape dans la joie et l’abondance.

     

    R:. F:. A. B.

    Planche tracée dans le cadre de ma charge d’Orateur à la R:. L:. « Les Vrais Amis » n° 51 à l’Or:. de Retinne

     


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  • Introduction

    Pour beaucoup de Loges, les agapes fraternelles se réduisent un peu trop souvent à un dîner qui suit la Tenue et où l'on se comporte davantage comme dans le monde profane. Pourtant la signification même du terme « agape » devrait faire réfléchir tout Franc-maçon. L'agape, c'est l'amour du sacré. Célébrer des agapes revient à vivre un banquet fraternel. Les agapes fraternelles ne sont pas un appendice de la Tenue mais son couronnement !

    Dans quelques Loges, surtout celles qui pratiquent le R.E.R., chrétien, faut-il le rappeler, au moment où les Frères passent à table, le Frère Orateur dit une prière de remerciement au G:. A:. D:. L:. U:. pour le repas que les Frères vont prendre ensemble.

    Dans d’autres Loges, au même moment, l’accent est mis sur le partage du pain, geste hautement symbolique auquel mon prédécesseur déjà avait souhaité, depuis le début de son mandat, réaccorder toute son importante. Ce geste, j’ai, à mon tour, souhaité le perpétuer en commençant les agapes.

    Le partage du pain

    Partager le pain ! D’où nous vient ce geste ? Il est pratiquement certain que le partage du pain nous vient de la « Dernière Cène » du Christ avec ses apôtres. La Cène est un terme issu du latin « cena » qui signifie « repas du soir ».

    Permettez-moi de vous rappeler que « la Cène » est en effet le nom donné par les chrétiens au dernier repas que Jésus-Christ prit avec les douze apôtres le soir du Jeudi saint, avant la Pâque juive, peu de temps avant son arrestation, la veille de sa crucifixion et trois jours avant sa résurrection.

    Dans le contexte de la Franc-maçonnerie opérative, qui partage le pain ? C’est essentiellement le Compagnon. Pourquoi ? Tout simplement parce que « Compagnon » est un mot français qui, littéralement, désigne « celui avec qui l'on partage le pain ». Compagnon vient du mot latin « companis » ou de l’expression « cum panis », « avec le pain » et par extension « qui partage le pain ». Le but du compagnon est de partager son pain avec ses frères et sœurs, au sens propre comme au figuré.

    Les compagnons partagent entre eux tous les bienfaits qu'ils reçoivent de la vie car ils savent que ces bienfaits leur sont transmis par le G:. A:. D:. L:. U:. pour qu'ils puissent venir en aide aux autres.

    Le mot « Compagnon » est apparu en 1080. Est donc considéré comme compagnon celui avec qui on partage le pain. Le pain est fabriqué avec le blé issu de la terre unie à l’eau tombée du ciel. Il est pétri par les mains de l’homme et cuit au feu. Cet aliment présente ainsi une richesse symbolique extraordinaire et est devenu synonyme de nourriture. D’où les expressions de « pain quotidien » et de « gagner son pain ». Outre sa racine étymologique, le mot « compagnon » trouve son origine dans cette fraternité des métiers que l’on appelle « le Compagnonnage ».

    Le Compagnonnage est, avant tout, une association d’ouvriers dont le but est la transmission d’un métier, non seulement dans ce qu’il a de purement technique, mais également dans ce qu’il a de formateur.

    Depuis toujours il vise l’accomplissement complet de l’individu grâce au perfectionnement de sa valeur professionnelle, à l’éducation de son caractère, à la solidarité et à la fraternité rencontrées tout au long du grand voyage que doit effectuer tout compagnon et qui a pour nom le « Tour de France ».

    Le compagnon est par définition celui qui partage le savoir dans le métier que l’on pratique, avec qui l’on vit non seulement les joies et les peines dues à cette activité professionnelle, mais aussi une certaine éthique et une idée bien précise de l’entraide. Avec le compagnon, on rompt le pain, on boit l’eau tirée du puits, on participe aux travaux de la vie quotidienne.

    Approche symbolique du partage du pain

    Le pain est considéré depuis toujours comme le révélateur d'une société en bonne santé, et conséquemment, d'une famille et de son foyer de même. Dans l'Histoire, de l'Antiquité à nos jours, il est l'élément de base pour rassembler les hommes et les amener vers la paix plutôt que de les diviser par la faim.

    Dans la plupart des religions, le pain est au centre des célébrations. Il est, dans chacune, partagé avec les amis, la famille, en guise de présent mais aussi de confiance et de volonté de pacifisme envers tous. Chez les Juifs, il est trempé dans l'eau puis saupoudré de sel pour porter bonheur aux mariés.

    Le partage du pain est une constante dans la religion chrétienne : au cœur du foyer, il sera le symbole que le couple et leurs enfants ne manqueront de rien durant leur vie commune. Il est l’élément essentiel au tissage de liens.

    Longtemps le pain a été la nourriture essentielle de l'homme, surtout dans les campagnes. Le pain est un aliment suffisamment riche pour donner à l'homme l'énergie physique dont il a besoin. C'est la raison pour laquelle, sous une forme ou sous une autre, toutes les civilisations ont élevé le pain à la hauteur d'un symbole de vie, l'ont considéré comme la marque de la générosité des dieux et des déesses envers lui.

    Le pain est le symbole du travail de l'homme sur terre bien que ce sont avant tout les céréales qui en constituent la base. Le pain est, pour de nombreuses religions, un élément fondamental, symbole de vie et de don. Ce caractère sacré en fait un aliment différent des autres. On a aussi l'habitude de faire référence au pain pour exprimer deux concepts humains : le travail et l'amitié.

    Permettez-moi de conclure en vous disant qu’il me paraît donc assez logique que la Franc-maçonnerie spéculative ait récupéré ce geste car pour moi, le partage du pain est un signe d’hospitalité et d'amitié. Il ne peut que renforcer nos liens de fraternité. Le partage fraternel du pain est chargé d’un symbolisme qui nous invite à pratiquer davantage la charité, manifestation de l’Amour véritable. Puissions-nous donc tout à l’heure partager le pain de manière solennelle en nous souvenant de la signification de ce geste !

    R:. F:. A. B.


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  • Quelques constats !

    L’expression « Il est neuf heures ! », énoncée presqu'à la fin des agapes, entraîne chez la plupart d’entre nous trois réflexes : nous nous levons, nous reboutonnons notre veston et nous nous dépêchons de remplir nos verres et de les aligner, alors que jusqu’à présent personne n’a demandé de charger ni d’aligner quoi que ce soit !

    L’expression « Mes Frères, il est neuf heures ! » nous inviterait-elle tout simplement à nous lever ? Mais pour quoi faire ? « Neuf heures » ne serait-il qu’un simple déclencheur pavlovien ? Le signal d’une certaine agitation ou d’une soif soudaine ?

    Neuf heures. Est-ce un indice pour nous rappeler que les Maçons travaillent entre Midi et Minuit ? Et puisque nous sommes encore à table, à l’issue des agapes fraternelles, ne serait-ce pas une heure choisie délibérément avant Minuit ? N’est-ce pas l’occasion de réfléchir à un nombre hautement chargé de signification symbolique ? Ou une invitation à vivre un évènement important ?

     

    Mes réflexions personnelles

    L’expression « Il est neuf heures » retentit dans mon esprit comme quand nous sommes en Tenue et que le Vénérable Maître nous dit « A l’ordre, mes Frères ! ».

    N’agit-elle pas comme une invitation à être attentifs, alors que nos conversations tous azimuts vont bon train ? N’est-ce pas une sorte de mise en condition pour nous inviter à être témoins et même acteurs de quelque chose d’important, voire de sacré ? N’est-ce pas une invitation à vivre un moment privilégié : celui d’avoir une pensée pour tous les Maçons de l’univers qui sont nos Frères ?

    Or, certains de nos Frères ne sont précisément pas tous aussi heureux que nous en ce moment ! Le texte du « Toast du Couvreur » est assez précis à ce sujet : certains de nos Frères sont malheureux ; certains ont perdu leur liberté ; certains sont peut-être sinon esclaves, sinon en prison, derrière des barreaux ; certains ne sont pas chez eux et voyagent peut-être dans des conditions difficiles, dans un contexte de menaces ou de conflit.

    L’expression « Il est neuf heures ! », ne vient-elle pas nous rappeler la fin tragique du Christ, mort à la neuvième heure ? L’expression « Il est neuf heures ! », ne devrait-elle pas aussi nous rappeler que le Christ nous a encouragés à faire œuvre de bonté, de charité, de compassion, de fraternité, de partage… ?

    N’est-ce pas aussi nous rappeler que la Franc-maçonnerie spéculative était chrétienne lors de sa création en 1717 et que la Maçonnerie régulière à laquelle nous appartenons aujourd'hui reste fidèle aux Constitutions d’Anderson dans lesquelles le célèbre pasteur a réaffirmé le caractère chrétien de la Maçonnerie ?

    Lorsque nous entendons « Il est neuf heures ! », nous pouvons facilement imaginer la position des aiguilles sur notre montre ou sur l’horloge de la salle des agapes : la grande aiguille sur le 12 et la petite aiguille sur le 9 formant une équerre à 90°. L’expression « Il est neuf heures ! », ne serait-elle pas alors formulée pour évoquer l'Équerre, ce puissant symbole de la droiture du comportement que nous devrions développer davantage dans le monde profane, à l’issue de nos Travaux en Loge ?

    J’ai appris qu’autrefois, les Tenues débutaient bien plus tôt dans la fin d’après-midi. Si bien que les Frères passaient à table à une heure bien plus décente que nous de nos jours ! Et lorsqu'il était effectivement neuf heures du soir, le Vénérable Maître se levait et annonçait cette heure. Il portait alors un toast aux Frères excusés, malades ou se trouvant dans une situation difficile. Et quand les Frères avaient levé leur verre aux absents, le Vénérable Maître annonçait qu’il allait ensuite porter un toast à tous les Maçons de l’univers, ce qu’énonce aujourd'hui le Frère Couvreur.

     

    A propos des Travaux de Table

    Dans les traditions des Loges qui travaillent au Rite moderne, nous ne pratiquons de véritables Travaux de table qu’à l’occasion de la célébration du Solstice d’hiver. Ce n’est qu’en cette occasion précise qu’il y a lieu de disposer d’une serviette en papier qui sert de drapeau à placer sur l’épaule gauche ; ce n’est qu’en cette occasion seulement que nous utilisons notre couteau faisant office de glaive ; ce n’est qu’en cette occasion précise que notre verre est appelé « arme » et le vin « poudre ».

    A l’issue de chacune de nos agapes par contre, nous tentons également de pratiquer un rituel et c’est sur ce point que je voudrais apporter ce Midi quelques commentaires et précisions.

    Même si aujourd’hui je n’ai pas la charge de « Gardien de la Loi », c’est-à-dire Orateur de la Loge, je dois vous rappeler que si nos agapes comprennent un rituel de table, tel que « le Toast du Couvreur », le Vénérable Maître ne peut le commander que si tous les Frères présents autour de la table des agapes sont bien des Frères réguliers.

    Ainsi, à l’occasion d’une cérémonie d’Initiation par exemple, si des Frères appartenant à une Obédience non reconnue par la G.L.R.B. participaient à nos agapes fraternelles, nous ne pourrions pas effectuer le « Toast du Couvreur » ni d’ailleurs de « Travaux de table » car il s’agit d’un véritable rituel.

    Par contre, si nous réfléchissons à table à propos de quelques idées contenues dans une planche qui vient d’être présentée en Tenue, ces moments de réflexion – entre deux plats – ne sont pas considérés comme de véritables Travaux de table au sens maçonnique du terme : il s’agit tout simplement d’un exercice intellectuel. Des Frères d’autres Obédiences pourraient très bien y assister, voire même y participer activement en donnant leur avis.

     

    A propos du toast du Couvreur

    En ce qui concerne le « Toast du Couvreur » qui est au centre de mes propos de ce Midi, je souhaiterais apporter les six précisions suivantes :

    1. Il s’agit bien d’un « toast ». C’est-à-dire que nous nous apprêtons à lever nos verres à la santé de nos Frères répandus sur toute la surface de la Terre. Mais personnellement, je préfèrerais qu’en réalité nous levions nos verres en ayant une pensée profonde à l’égard de nos Frères Maçons et non pas à l’égard de la boisson que nous nous apprêtons à ingurgiter !
    2. Car si ce n’est pas pour prêter attention aux mots utilisés dans ce texte, alors autant ne pas le dire. Je vous le relis :

    A TOUS LES MAÇONS, HEUREUX OU MALHEUREUX, LIBRES OU DANS LES FERS, VOYAGEURS OU SÉDENTAIRES,

    QU’ILS SOIENT SUR TERRE, SUR MER, SOUS LES MERS OU DANS LES AIRS, POUR LA RÉALISATION DE LEURS VŒUX,

    LA FIN RAPIDE DE LEURS SOUFFRANCES ET UN PROMPT RETOUR DANS LEUR PAYS NATAL,

    SI TEL EST LEUR DÉSIR ! A TOUS LES MAÇONS !

    Et le texte officiel s’arrête là ! En effet, mes Frères, vous ne trouverez probablement l’impératif du verbe  « boire » que dans des rituels en provenance d’anciennes Loges militaires !

    Ce texte officiel (que l’on trouve par exemple dans l’ouvrage de Christian Guigue intitulé « La formation maçonnique ») met en évidence des oppositions auxquelles nous devons rester attentifs afin que notre attitude finale ne soit pas en contradiction avec ces mots choisis. De par le monde, il y a effectivement des Maçons momentanément malheureux, des Maçons emprisonnés, des Maçons dans la souffrance, dans la détresse, des Maçons malades, des Maçons temporairement éloignés de leur foyer, contre leur volonté…

    A mes yeux, nous devons certes rester optimistes. Mais avons-nous le droit de nous réjouir à l’issue de ce toast ? En levant notre verre, notre devoir est d’avoir une pensée émue à l’égard de nos Frères malheureux et il convient que notre souhait de les voir retourner promptement dans leur foyer soit un souhait vraiment sincère. Je me demande même si, à l’issue de notre libation, nous ne devrions pas nous accorder quelques instants de méditation sur le sens des mots que nous venons d’entendre.

    1. De plus, il s’agit bien du « Toast du Couvreur ». L’appellation, elle aussi, doit être respectée : il ne s’agit pas de «Faire neuf heures», même si l’exécution de ce rituel de table est annoncée par le Vénérable Maître en disant « Mes Frères, il est 9 heures ! », expression qui nous invite à nous lever, à nous préparer à un rituel et non pas à une plaisanterie et encore moins à une beuverie.
    2. Dans son exécution : c’est bien le Frère Couvreur qui doit venir se déplacer derrière le Vénérable Maître à son invitation sauf si, exceptionnellement, le Frère Couvreur ne participait pas aux agapes ou était absent à la Tenue. Le Vénérable Maître pourrait éventuellement désigner un autre Officier Dignitaire de sa Commission pour dire ou lire le texte. A la limite, il pourrait désigner un Frère Compagnon qui pourrait ainsi s’exercer à la prise de parole.
    3. Le Frère qui énonce ledit toast pose la main gauche sur l’épaule droite du Vénérable Maître et tient son verre dans la main droite.
    4. Bien que ce soit devenu une habitude, je me demande depuis longtemps s’il est vraiment indispensable dans le cadre de nos agapes habituelles, d’aligner les verres et bouteilles et de reprendre des expressions issues du rituel des Travaux de Table de la célébration du Solstice d’hiver, telles que « Veuillez charger et aligner ! ».

    Encore que, si l’on y songe bien, des verres et des bouteilles alignées peuvent évoquer la Règle voir l'Équerre si nos tables sont dressées en forme de U. Cependant, le Vénérable Maître doit quand même veiller à ce que le verre de chaque Frère soit encore suffisamment rempli que pour pouvoir boire à la santé de nos Frères répartis sur toute la surface du globe !

    Poursuivons notre réflexion à propos de l’expression « Il est neuf heures » qui pourrait sans doute aussi être en relation avec le symbolisme du nombre neuf. Alors, osons effectuer cette approche !

     

    Le nombre 9

    Constatons tout d’abord que neuf termine la série des nombres formés d’un seul chiffre.

    Neuf est un nombre très ambigu : c'est à la fois le nombre de la mort et de la vie. Le Nouveau Testament nous apprend en effet que le Christ expira à la neuvième heure. Par ailleurs, neuf est le temps de gestation de l’embryon humain, soit neuf mois.

    Neuf semble souvent le symbole de la perfection et de la création après le passage des épreuves. C'est l'aboutissement. Je songe notamment à l’accueil dit « Maillets battants » qui s’effectue par 9 X 3 coups, soit 27 au total. Et 27, c’est la juxtaposition de 2 et 7 dont la somme fait 9. Pour parvenir au neuf, nombreuses sont les étapes ternaires. C'est aussi le symbole de l'amour (Chez Dante). Il annonce une fin et un recommencement.

    Restons un instant encore dans le domaine des mathématiques.

    Neuf est le carré de trois. Ou, si vous préférez, 9 = 3 X 3.

    Et la somme théosophique du nombre neuf c’est 1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6 + 7 + 8 + 9, ce qui donne 45. Et cette somme théosophique nous ramène au nombre lui-même puisque 45 nous permet de dire 4 + 5 = 9.

    Enfin, neuf, c’est bien un nombre cubique puisque l’on peut le représenter tel un cube, avec ses huit sommets et le point central.

     

    Neuf heures et la fin de la vie du Christ

    Vu l’origine chrétienne de la Franc-maçonnerie, la neuvième heure nous rappelle aussi la fin de vie du Christ. Son agonie commença à la troisième heure pour expirer à la neuvième heure. Cette neuvième heure ne demande-t-elle pas aux croyants et pratiquants de faire une neuvaine, c’est-à-dire de prier pendant neuf jours ?

    De l'avis quasi unanime, il semble que Jésus ait fêté Pâque avec ses disciples le jeudi 13 Nisan au soir, qu’il a été jugé et condamné par les Juifs dans la nuit du jeudi au vendredi, puis que sa condamnation a été avalisée par Pilate le vendredi matin. Il a été crucifié vers midi, est mort vers 15 heures et a été enseveli avant 18 heures.

    Ainsi, le nombre neuf apparaît comme sacré et exprime l’achèvement. Tout se termine par neuf comme sa preuve d’ailleurs ! Dans notre symbolique maçonnique, neuf représente notamment l’immortalité.

    Les neuf heures, c’est le moment où le soleil se couche et que lentement la douceur du soir permet aux corps fatigués par un dur labeur de sentir ce moment de bien-être. La journée de labeur est accomplie et les hommes ont envie de parler. Neuf heures du soir, n’est-ce pas un instant d’une profonde humanité ?

    Il semble aussi que les bâtisseurs de cathédrales commençaient leurs journées de travail très tôt et qu’ils avaient pour habitude de faire une pause qu’ils appelaient les neuf-heures.

    A notre époque, la pause que nous effectuons à la fin des agapes se situerait plutôt vers vingt-deux heures, tout comme celle que font les écoliers dans leurs études vers dix heures du matin, moment de la récréation. Excusez-moi, le maître d’école refait encore une fois surface !

    Jadis, lorsqu'il y avait encore des soldats dans les casernes, les militaires devaient être rentrés à la caserne ou dans leur campement à 10 heures du soir, soit  à 22 heures. Les rituels de loges de militaires nous en apprendraient sans doute un peu plus sur ce que signifiait pour eux la neuvième heure.

    Il y aurait sans doute aussi une explication à trouver dans l’Apocalypse de Jean. Mais cela relève plutôt de la théologie !

    Enfin, pour la petite histoire, il semblerait aussi que « neuf heures » serait inclus dans un mot de passe chez les Druides, un terrain sur lequel je ne m’aventurerai pas ce Midi, préférant laisser ce sujet à un spécialiste qui m’écoute en ce moment !

     

    A propos de l’usage de tirer des santés

    Pour terminer cette réflexion, je voudrais encore attirer votre bienveillante attention sur une autre appellation de ce rituel. Dans notre langage maçonnique, il est quelques fois questions de tirer des santés, ce qui signifie porter un toast. Cette pratique remonte loin dans le temps et l’usage prescrivait déjà, en 1742, sept santés rituelles qui se décomposaient comme suit : au Roi, au Grand Maître, au Maître (de la Loge), aux 1er et 2nd Surveillants, à l’Initié (du jour-même s’il y en avait un), et pour terminer, aux Frères de la Loge.

    Cette coutume s’exerçait et s’exerce parfois encore de nos jours dans certaines Loges selon une codification régie par un rituel dit « de table ». On distingue les santés collectives, ou d’obligation, et des santés individuelles.

    Les santés collectives se font au commandement du Vénérable Maître lorsqu'il dit « Frères Surveillants, faites charger et aligner sur vos colonnes ».

    L’usage actuel, tel que pratiqué au Rite Écossais Rectifié, et notamment à la R:.L:. « L'Eperon d’Or » à l’Or:. de Namur, comprend les sept santés d’obligation suivantes. Le Vénérable Maître les tire :

    • en l’honneur du Chef de l’Etat qui protège la Franc-maçonnerie. Les participants répondent : « Au Roi ! » en levant leur verre ;
    • en l’honneur du Très Respectable Grand Maître de la Grande Loge Régulière de Belgique et à ses Grands Officiers, passés et actifs ;
    • en l’honneur des Frères Visiteurs ;
    • en l’honneur de tout nouveau Frère (initié, avancé ou affilié).
    • Une santé particulière est ensuite proposée par le Frère Premier Surveillant : c’est celle en l’honneur  du Vénérable Maître.
    • Enfin, la dernière santé est en réalité le « Toast du Couvreur » que l’on nomme aussi parfois « Toast du Tuileur ».

    Lorsqu'une santé est tirée en l’honneur d’un Frère – visiteur ou membre nouvellement reçu dans la Loge ou à un grade supérieur – celui-ci reste assis tandis que tous les autres Frères se lèvent pour porter le toast.

    Lorsque tous les Frères se sont rassis, le Frère ainsi mis à l’honneur peut se lever à son tour, emplir son verre si nécessaire, exprimer brièvement quelques mots de remerciements et terminer en levant son verre à son tour au Vénérable Maître et à tous les Frères de la Loge.

    Enfin, mes très chers Frères, sans entrer dans des détails qui vous dévoileraient ce que je ne puis vous révéler d’un Haut Grade de la Maçonnerie Écossaise, je vous dirai simplement qu’au 18ème degré, les santés portent le nom de « libations ». Ainsi, tirer une santé devient exécuter les libations. Le nombre de libations reste identique à celui de la Maçonnerie symbolique et il est permis de les exécuter entre chaque service.

    Mes Frères, puisse le rituel du « Toast du Couvreur » de ce Midi être des mieux pensés et des plus réussis ! Et puissiez-vous aussi, mes Frères, être dorénavant mieux informés quant aux sens possibles de cette expression lorsque votre Vénérable Maître vous annoncera qu’il est neuf heures !

    R :. F :. A. B.

     


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