• Questions et réflexions

    à propos de la célébration du Solstice de la Saint-Jean d’hiver

     

    Introduction

    Tout Apprenti qui se définit comme un cherchant peut se demander d’une manière générale à quoi servent nos rituels. Mais ce qui me paraît plus opportun et primordial durant les deux périodes solsticiales, d’hiver et d’été, c’est qu’il se pose une série de questions en relation directe avec l’une et l’autre cérémonie de célébration que nous vivons au mois de décembre et au mois de juin.

    Quelques questions – Quelques éléments de réponse

    Et la toute première, au mois de décembre, ne devrait-elle pas être…

    1. A quoi peut servir le rituel de célébration du Solstice de la Saint-Jean d’hiver ?

    Il me semble utile de rappeler tout d’abord toute l’importance qu’il y a de bien nommer les évènements par leur nom et non par des raccourcis inappropriés. Car ce que nous venons de célébrer, c’est bien le Solstice de la Saint-Jean d’hiver et non pas le « solstice d’hiver » qui est une fête païenne ! Nous, Maçons, nous célébrons les deux fêtes de Jean !

    Dès lors Il peut être utile de rappeler combien les deux saints Jean sont important au sein de notre Ordre.

    2. Quelle est l’importance des deux Jean en Franc-maçonnerie ?

    Nous avons probablement tous été frappés depuis notre Initiation, par l’une ou l’autre invocation à saint Jean dans nos rituels.

    Rappelons cette interrogation présente dans le tuilage de l'Apprenti par l’Expert :

    • D'où venez-vous ?
    • De la Loge de saint Jean, Vénérable Maître.

    A qui fait-on allusion ? Pourquoi cette référence biblique est-elle présente dans les rituels de nombreuses obédiences ?

    L’importance des deux saints Jean dans la Maçonnerie française et continentale en général se manifeste tout d’abord par le fait que toutes les loges en portent le nom, quel que soit par ailleurs leur signe distinctif.

    D’anciens catéchismes d’Apprenti nous le rappellent :

    • Mon Frère, d’où venez-vous ?
    • D’une Loge de saint Jean.

    Dans nos rituels au Rite moderne, lors du « tuilage » de l’Apprenti notamment, cette évocation est également présente :

    • Comment s’appelle votre Loge ?
    • La Loge de saint Jean.

    Une autre question se pose alors : pourquoi parle-t-on de « Loges de saint Jean ?

    3. Pourquoi parle-t-on de « Loges de saint Jean » ?

    Au 18ème siècle, l’installation du Vénérable et des Officiers Dignitaires avait lieu à l’époque de la Saint-Jean d’été, comme le montrent abondamment les « livres d’architecture » des loges.

    L’édition des Constitutions de 1738 rapporte que c’est à l’occasion de la Saint-Jean-Baptiste de 1717, le 24 juin, jour de la fête rattachée au solstice d’été, jour de plus grande lumière, que les quatre premières loges maçonniques de Londres se sont réunies pour fonder la première obédience de la Franc-maçonnerie spéculative et élire le premier Grand Maître. Le procès-verbal du pasteur Anderson, secrétaire désigné pour cette réunion, le prouve.

    Mais la tradition maçonnique de célébrer la Saint-Jean est attestée antérieurement à 1717 par le Manuscrit « Dumfries ». Celui-ci témoigne du fait que l’usage selon lequel toutes les loges portent le nom de saint Jean vient d’Angleterre :

    • Dans quelle loge avez-vous été entré ? (sic)
    • Dans la vraie loge de saint Jean.

    Dans la Maçonnerie du 18ème siècle, les deux saints Jean apparaissent comme les saints patrons de la société. Le terme leur est souvent appliqué explicitement, comme dans les statuts adoptés en 1777 par la Grande Loge de France alors rivale du Grand Orient de France.

    L’usage de faire un banquet le jour de la Saint-Jean d’été ou un jour aussi proche que possible de cette date, était universellement répandu, et c’était aussi en général à ce moment-là que les Loges installaient leur nouveau Vénérable et le nouveau collège d’Officiers Dignitaires.

    4. Pourquoi les Maçons accordent-ils autant d’importance à Jean l’Évangéliste ?

    Dans les Loges françaises et continentales en général, la Bible est ouverte au premier chapitre de l’Évangile de saint Jean. C’est donc sur le Prologue de cet Évangile que tout Récipiendaire prête son serment. Cet usage était déjà celui de la Maçonnerie du 18ème siècle. Mais l’usage de prêter serment sur l’Évangile de saint Jean appartenait également à la Maçonnerie anglaise qui l’a transmis à la France.

    L’usage de la Bible ouverte à l’Évangile de saint Jean est une coutume maçonnique qui remonte pour le moins aux tout premiers commencements de la Maçonnerie spéculative comme en témoigne le Manuscrit des Archives d’Édimbourg, datant de 1696.

    Mais l’usage de prêter serment sur l’Évangile de saint Jean appartenait déjà à la Maçonnerie écossaise du 17ème siècle, Maçonnerie de transition entre la Maçonnerie opérative et la Maçonnerie spéculative.

    Il n’est malheureusement pas possible de remonter plus loin dans le temps et d’avoir la certitude que cet usage ait pu déjà appartenir à la Maçonnerie opérative médiévale car bien que le patronage de l’un ou l’autre des deux saints Jean soit attesté pour certaines confréries de Maçons opératifs, et que d’autre part certains manuscrits des « Old Charges » fassent allusion à un serment sur la Bible, les saints Jean n’apparaissent pas dans les « Old Charges ».

    5. En quoi l’Évangile de Jean peut-il nous intéresser ?

    L’Évangile de Jean, dans son ensemble, se distingue des autres Évangiles par le sens symbolique qu’il offre à l’Initié capable de le décrypter. Ce texte, et tout particulièrement son Prologue, a une valeur initiatique d’une portée universelle.

    Il est dès lors compréhensible que les Francs-maçons l’aient reconnu comme tel puisqu’il veut démontrer la possibilité pour tout homme de sortir de la confusion et de trouver la Lumière. Même si ce texte a probablement été écrit, à l’origine, par Jean, l’un des disciples de ce grand initié universellement reconnu en la personne de Jésus – IESCHOUA  en hébreu – « Yahveh nous sauve »), il a certainement été réécrit, traduit, remanié, corrigé, repensé, par des symbolistes de l’époque, pour lui donner un sens ésotérique que n’ont pas les autres Évangiles. Et ce n’est pas un hasard s’ils ont donné le nom de Jean à son auteur présumé.

    Quant à Jésus, s’il est reconnu comme un grand initié par les Francs-maçons, c’est parce qu’il a enseigné que les souffrances de l’homme ont pour cause son égoïsme, ses passions, son matérialisme, qui en font un homme divisé, et il a indiqué le moyen d’en sortir par l’amour de l’autre et l’intelligence du cœur. Son exemple devient pour l’humanité une source d’espoir. C’est l’essentiel de ce que veut transmettre Jean.

    L’Évangile de Jean est, parmi les textes sacrés fondamentaux, celui qui, proche de nous, correspond le mieux à la démarche maçonnique. Lu au premier degré, il peut paraître primaire, désuet, ou incohérent. Il convient d’en chercher le sens caché, et d’en dégager la pensée intuitive. Le symbole ne veut pas aboutir à une preuve logique et le langage symbolique est adapté à l’expression des vérités de la vie intérieure. La Franc-maçonnerie en a fait un élément fondamental. En fait, l’intention de l’Évangéliste est de conduire le lecteur à la recherche du sens profond qui se tient derrière le récit. Il veut rendre évidente la vérité proposée, non l’expliquer.

    6. Que représente le Prologue de l’Évangile de Jean ?

    * Saint Jean et le solstice d'hiver

    Dans son Prologue, Jean englobe, en un Tout, le symbole des mouvements ordonnancés de l’univers, celui des causes premières, celui de la double nature de l’homme, la matière et l’Esprit, et celui de la connaissance par l’amour, en insistant sur le fait qu’en tout homme existe une parcelle de Lumière qui peut devenir illumination ou rester inconnue de lui-même.

    Car le nom de Jean, associé au solstice, a ce double sens : c’est la permanence dans le temps qui fuit. Symboliquement il mesure le temps entre ces deux passages que sont les courts moments d’apparente stabilité : temps ascendant de la lumière visible en hiver et au printemps, puis temps descendant ensuite quand cette lumière s’intériorise au cœur de l’homme : c’est le court passage de l’homme sur la terre, face au grand cycle de l’univers créé.

    Le Prologue est un texte court qui donne à chaque individu une possibilité de trouver la Lumière en lui-même, malgré l’emprise des soucis quotidiens de sa vie matérielle et la désacralisation apparente du monde qui l’entoure, parce que cette Lumière est la vraie source vive de bonheur pour les hommes.

    La pensée résumée du sens du Prologue indique que le mythe de l’incarnation de la Parole est celui du divin incarné en l’homme, de l’incréé dans le créé, de l’infini dans le fini. C’est la manifestation symbolique de la vie en évolution et de la voie initiatique qui mène à la réalisation de l’homme libéré de ses conditionnements.

    7. Pourquoi évoque-t-on saint Jean dans ces rituels ?

    L’importance de la lumière est bien connue pour les bâtisseurs. C’est elle qui décidait de la percée des ouvertures dans les murs des cathédrales et de l’emplacement de leurs vitraux. En ce qui concerne précisément la lumière solaire, deux jours de l’année présentent une particularité intéressante : le solstice d’hiver, le jour le plus court de l’année qui correspond à la fête de saint Jean l’Évangéliste, et le solstice d’été, le jour le plus long, qui correspond à celle de saint Jean le Baptiste.

    8. Qu’est-ce que le « solstice d’hiver » et le « solstice d’été » ?

    Les solstices sont des phénomènes naturels de l’univers, que l’homme a découverts très tôt. Le solstice est un moment, qui se répète deux fois par an, où le soleil se trouve à son plus grand éloignement angulaire du plan de l’équateur. Là, aux yeux des hommes, il semble alors s’arrêter car il reste pendant trois jours dans le 23e degré de déclinaison avant de commencer soit à redescendre soit à remonter vers le plan de l’équateur.

    Les solstices marquent des saisons différentes : à partir de celui du mois de décembre, la durée d’ensoleillement va augmenter progressivement, jusqu’au maximum d’un épanouissement qui se situe entre le 21 et le 24 juin avant de décroître à nouveau. A partir de cette date, la lumière va diminuer, jusqu’aux jours les plus courts, entre le 22 et le 25 décembre, et ainsi de suite.

    L’alternance des saisons a permis à l’Homme de fixer des points de repère et de fêter ces moments de mort apparente et de renouveau : ce sont les fêtes solsticiales de décembre et de juin. Ces fêtes rituelles ont toujours été celles de la fécondité, de la vie, de la lumière et de l’espérance de l’homme dans son alliance avec la nature. En répétant l’acte de création, elles assignaient à l’homme sa place naturelle dans le temps sacré, ordonnancé, cosmique. Dès lors, il n’est pas impossible que les fêtes des deux Jean aient perpétué le lien avec les mystères païens qui sacralisaient en quelque sorte le travail de l’homme.

    9. Quelle est la signification profonde du solstice d’hiver, pour nous Maçons ?

    Selon la coutume, vers le 21 décembre, l’ordre du jour des Travaux prévoit la célébration de la fête de saint Jean l’Évangéliste, celui qui a rendu témoignage de la Vérité, le disciple du Maître qui a été choisi pour transmettre aux hommes l’Évangile de l’Amour. Initié parfait, il les incite à méditer sur l’origine et le mystère des choses et à conduire leur esprit vers le Juste et le Vrai.

    Le rituel utilisé devrait faire prendre conscience des Ténèbres et inviter les Maçons à construire leur vie pour devenir des Fils de la Lumière et suivre ainsi les pas de saint Jean l’Évangéliste. Au seuil de l’univers des ténèbres et de la terreur, le rituel devrait inviter les Frères à regarder plus profondément en eux-mêmes, à écarter l’hypocrisie, la lâcheté et l’indifférence.

    Chercher sans relâche et sans trêve, tel est le destin assumé par le Maçon ; telle est l’œuvre royale du Maçon. Chacun a besoin de retrouver la Sagesse pour guider ses pas car l’intolérance, la vanité, l’intérêt, l’égoïsme et la lâcheté sont autant de pièges et de tentations fortes qui le guettent dans la pénombre.

    10. Le rituel de célébration du solstice de la Saint-Jean d’hiver ne nous apporte-t-il rien d’autre ?

    Tout rituel utilisé en cette occasion devrait aussi montrer toute l’importance que les Francs-maçons accordent aux trois Piliers. En décembre, la Lumière est en danger et il leur faut en prendre soin. A partir du jour le plus court de l’année commence la remontée du soleil, le grand astre qui fait don de la lumière, reflet de la Lumière intemporelle qui fut, qui est et qui sera.

    Tout rituel de la Saint-Jean d’hiver devrait rappeler que les Lumières que les Maçons ont rallumées dans leur Loge peuvent les conduire, à travers les épreuves, dans le labyrinthe de leur monde intérieur.

    Lorsque le rituel de la Saint-Jean d’hiver se termine, c’est sous la conduite du Passé Maître Immédiat portant les Trois Grandes Lumières, suivi d’un Apprenti, d’un Compagnon et d’un Maître, tous trois porteurs d’un flambeau, que tous les Frères gagnent généralement ensemble la salle des banquets, en paix et dans l’ordre, où les Travaux reprennent force et vigueur et où les santés d’obligation indiquées sont commandées : au Roi et aux chefs d’états étrangers et protecteurs de l’Ordre ; au Très Respectable Grand Maître et aux Grands Officiers Dignitaires de l’Obédience puis aux Frères visiteurs. Une santé d’obligation est aussi commandée par le Frère Premier Surveillant en l’honneur du Vénérable Maître. Une santé en l’honneur de tous les Maçons de l’Univers est annoncée par le Frère Orateur et ensuite commandée par le Vénérable Maître.

    L’exécution du chant des Apprentis par tous les Frères présents clôt généralement cette cérémonie avant la Clôture des Travaux. Mais il faut parfois se contenter de la seule audition de ce chant grâce au disque car sa connaissance tend à disparaître et son exécution parfaite devient malheureusement rare.

    11. Quelle est la signification du solstice d’été, pour nous, Maçons ?

    Selon la coutume, vers le 21 juin, l’ordre du jour des Travaux prévoit la célébration du Solstice d’été, fête de saint Jean-le-Précurseur ou le Baptiste, antique tradition qui, par son symbolisme, incite lui aussi les Maçons à la réflexion.

    Au moment où le Soleil atteint son apogée, la lumière spirituelle trouve la perfection de sa forme concrète et porte en elle toutes les potentialités d’une moisson abondante. Cette concrétisation de la lumière spirituelle est symbolisée par Jean-le-Baptiste, Précurseur de la lumière rédemptrice ou du Christ solaire et qui témoigne de la Lumière qui est. Le rituel rappelle que c’est ainsi que les Francs-maçons sont devenus les disciples de saint Jean car ils sont Enfants de la Lumière. C’est en recevant celle-ci que le Maçon trouve le chemin de la Vérité.

    Le jour du solstice d’été, symbole de l’idéal maçonnique, les Francs-maçons participent à la joie universelle. En cet instant précis où le soleil apparaît dans son plus grand éclat, ils décorent leur Temple de roses blanches qui représentent la joie de vivre qui se manifeste en leur cœur ainsi que la plénitude qui est pureté et silence. Mais ces roses blanches sont aussi là pour leur rappeler les deux vertus principales du Maçon : la recherche de la vérité et l’acceptation du devoir.

    Tandis que les Travaux s’arrêtent sur les Colonnes, un Frère Apprenti range les outils pour les récupérer le jour où les Travaux reprendront au Réveil de la Loge en septembre.

    12. Que savons-nous de plus des deux Jean que nous fêtons ?

    • Celui que nous fêtons à la fin du mois de juin, c’est Jean-le-Baptiste, celui qui annonce la venue du Christ qu'il baptisera.

    * Saint Jean et le solstice d'hiver

     Au moment de ce baptême décrit dans les évangiles, une colombe s'envola dans le ciel, représentant la Paix et l'Esprit nouveau du Christ. C'est lors du baptême de Jésus que Jean le reconnut comme le Messie lorsque l'Esprit descendit sur lui sous la forme d'une colombe. En dépit de l'honneur qui lui était fait, Jean-le-Baptiste tint à marquer son admiration et sa confiance à Jésus en lui disant ces mots restés célèbres : « Je ne suis pas digne de délier la courroie de ta sandale ». Jean-le-Baptiste est reconnu prophète par toutes les religions du Livre. Cet homme, d'une spiritualité très profonde, dérangeait les puissants : Jean sera en effet emprisonné pour avoir reproché à Hérode Antipas son union incestueuse avec Hérodiade, la femme de son frère. C'est Salomé, la fille d'Hérode Philippe et d'Hérodiade, qui obtiendra de son oncle qu'il fasse décapiter Jean et que sa tête soit présentée à sa mère Hérodiade sur un plateau d'argent. Jean-le-Baptiste est avant tout le prophète contemporain du Christ. Il mena une vie de jeûne et de pénitence dans le désert. Le message de saint Jean dans le désert fut d'abord de demander au peuple d'Israël de se préparer à la venue du Messie qu'il annonçait imminente. A la suite de ce message, de nombreux juifs vinrent se faire baptiser par lui dans les eaux du Jourdain. C’est le jour de la Noël, que nous fêtons la naissance de Jésus. Noël est aussi la fête de la naissance du soleil nouveau. Le soleil du solstice d'été, étant à son apogée, ne peut que décroître. C'est pourquoi Jean-le-Baptiste dira : « Il faut que je décroisse pour qu'il croisse ». Autrement dit, il faut que la lumière extérieure qui nous inonde aujourd'hui cède la place au soleil intérieur du solstice d'hiver.

    • Celui que nous fêtons à la fin du mois de décembre, c’est Jean l’Évangéliste qui fut l'un des douze apôtres du Christ et l'un des quatre Évangélistes. 

    * Saint Jean et le solstice d'hiver

    Différentes scènes du Nouveau Testament témoignent de la présence de Jean auprès du Christ. Jean l'Évangéliste apparaît en effet dans plusieurs épisodes du Nouveau Testament : il assiste à la pêche miraculeuse, à la transfiguration du mont Thabor. Jean est auprès de Jésus au mont des Oliviers et lors de la Cène. Au pied de la croix, il soutient Marie que le Christ lui a confiée. Puis, il quitte la Palestine : la Tradition raconte qu'après la mort de Jésus et la dispersion des apôtres, Jean se rend en Asie et se fixe à Éphèse, où Marie le rejoint. Il y est arrêté alors qu'il est très âgé et est jeté dans l'huile bouillante dont il sort indemne. Exilé sur l'île de Patmos (île des Sporades), il y rédige l'Apocalypse qui porte son nom. Amnistié, il peut retourner à Éphèse et y rédige son Évangile. Dans l'Evangile et au sein du collège apostolique, saint Jean occupe une place de choix. Représentant l'amour, il marche à côté de Pierre, qui symbolise la doctrine. Jésus semble avoir réservé à cet apôtre les plus tendres effusions de son cœur. Plus que tout autre, en effet, Jean pouvait rendre amour pour amour au divin maître. C’est dans cet amour du Christ qu’il semble avoir puisé cette charité et cette science des choses de Dieu, qu'il répandit dans ses écrits et au sein des peuples auxquels il porta le flambeau de l'Evangile. Saint Jean fut, parmi les apôtres, le seul à être resté fidèle à Jésus dans ses souffrances. Il le suivit dans l'agonie du calvaire et accompagna la Mère de Jésus dans ces douloureux instants. Il était juste que saint Jean, ayant participé aux souffrances de la Passion, goûtât l'un des premiers les joies pures de la Résurrection. Le jour où le Sauveur apparut sur le rivage du lac de Génésareth, pendant que les disciples étaient à la pêche, saint Jean fut le seul à le reconnaître. « C'est le Seigneur », dit-il à saint Pierre. Tout l'Evangile le prouve : Jean était bien le disciple que Jésus aimait le plus.

    13. Que pouvons-nous retenir des fêtes solsticiales des deux saints Jean ?

    La « Saint Jean d'été » (Solstice d'été, Saint-Jean-Baptiste, 24 Juin) et la « Saint-Jean d'hiver » (Solstice d'hiver, Saint-Jean l'Évangéliste, 27 décembre) forment un couple étonnamment contrasté. Alors que la première est une fête d'extérieur, à la fonction sociale affirmée grâce aux « feux de joie », la seconde est une fête d'intérieur toute familiale qui s'est longtemps manifestée autour d'une bûche flambant dans la cheminée.

    14. Quels rapports y a-t-il entre les deux Jean et le dieu romain Janus ?

    Bien avant les fêtes de saint Jean, aux deux solstices, les Romains célébraient la fête de Janus, le dieu qui « ouvre » et qui « ferme » les portes du cycle annuel, « janua » signifiant « porte, accès ».

    Curieusement, Janus était représenté avec deux visages, celui d’un vieillard tourné vers le passé et ainsi vénéré comme le dieu des origines de toutes les choses et l’autre, d’un adolescent tourné vers l’avenir. A ce titre, Janus était craint et respecté comme le maître du temps qui détruit ce qu’il produit mais aussi comme le gardien des portes célestes qui détient les clefs des étapes du chemin vers la Lumière, symbole de l’immortalité de l’Esprit. Les expressions « porte des hommes » et « porte des dieux » en découlent. Les noms de « porte de l’enfer » et « porte du ciel » leur ont aussi été donnés.

    Janus, dieu romain, était en effet le dieu des portes de la ville. Il faut se souvenir que les villes romaines étaient circulaires et coupées en quatre – d’où le terme de « quartier » – par deux voies principales, l'une nord - sud appelée « cardo », l'autre est - ouest appelée « decumanus ». Janus gouvernait les deux portes symboliquement principales, c'est-à-dire la porte Nord (porte des Enfers) et la porte Sud (porte du Ciel).

    Dieu des portes, Janus était aussi le dieu des « commencements » : « Initiare »  signifiant « commencer », Janus était le dieu de l'initiation. C'est lui qui ouvrait le cycle des campagnes militaires. C'est lui également qui ouvrait et fermait le cycle annuel. Janus a été remplacé par les deux Jean. Jean-le-Baptiste, ouvrant la Porte du Ciel, est devenu le patron des Francs-maçons et de tous les Initiés.

    Après la christianisation des mythes païens, les deux Jean prirent la place de Janus aux deux visages. Ce fut Jean le Précurseur, dit le Baptiste, celui qui baptisait d’eau et annonçait la venue de celui qui baptiserait de feu, puis ce fut Jean l’Évangéliste, le "confirmateur", témoin de cet amour fusionnel et symbolique du feu et de l’eau. Le feu est un symbole très présent aux solstices ou aux équinoxes.

    Les noms de Janus, Johan, Juana, Jehan, Jean ont la même racine hébraïque Yôhânân (Yahveh fait grâce, ou la grâce de Yahveh) latinisée puis francisée.

    Les deux Jean et Jésus sont des « dieux » solaires : le Baptiste annonce le lever du soleil : il est donc représenté par un coq. C'est celui qui figure sur les clochers des églises. Quant à l' Évangéliste, il était en effet le disciple préféré de Jésus. C'est lui qui posa sa tête sur le cœur du maître. Il est logiquement symbolisé par un aigle, (cf. « l’Aigle de Patmos »), seul animal à pouvoir fixer le soleil dans tout son éclat.

    15. Quelle est la signification des deux Jean dans la spiritualité maçonnique ?

    La symbolique de Jean l'Évangéliste est très complexe. Les deux saints Jean sont riches d’enseignements spirituels pour le Maçon. Jean-le-Baptiste a prêché le repentir. Il est celui qui invite à se préparer à la venue de la Lumière, à se mettre en état de la recevoir. Il enseigne l’humilité, le renoncement à soi, sans lesquels il n’y a ni initiation ni progrès spirituel.

    Si Jean-le-Baptiste enseigne au Maçon comment se préparer à recevoir la Lumière, Jean l’Évangéliste est le type de l’homme qui l’a reçue et qui a donc atteint une certaine connaissance.

    La voie que nous révèlent les deux Jean est une voie alchimique : il s’agit du passage de l’Eau au Feu, ou plutôt de l’union de l’Eau et du Feu dans le centre de transmutation qu’est la loge.

    Jean le Baptiste baptise le Christ dans les eaux du Jourdain pour le faire naître à sa vocation rédemptrice qu’il achèvera sur la Croix et qu’il poursuivra dans le feu de l’amour que l’Évangéliste devra transmettre. Il y a transfert du Baptiste à l’Évangéliste sur la Croix. C’est par la Croix que l’Initié passera du baptême dans l’eau au baptême dans l’Esprit, l’Esprit d’amour qui est eau d’éternité. Le Baptiste rencontre le Christ dont l’Esprit animera l’Évangéliste.

    L’Évangile de saint Jean est par excellence l’Évangile de l’amour.

    Le commandement d’amour est proclamé d’une manière particulièrement solennelle dans l’Évangile de saint Jean : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».

    Le commandement d’amour fraternel est mis dans la perspective de la Révélation trinitaire : l’amour des frères entre eux est à l’image de celui que le Fils a pour eux et dans lequel ils demeurent, et celui-ci est lui-même à l’image de l’amour que le Père a pour le Fils et dans lequel le Fils demeure, cet amour étant ce dont procède l’Esprit. Les deux Jean symbolisent ces deux phases de cette Révélation, phases que chaque Maçon doit revivre dans sa progression initiatique, passant par l’attente, dans l’effort et dans les œuvres qui sont déjà amour, de la venue de la Grâce et de la Lumière qui feront éclore en lui, en même temps que la connaissance, l’amour dans sa perfection.

    Quelques éléments du rituel un peu complexes

    Fort de ces quelques éléments de réponses aux questions principales, l’Apprenti peut aussi se pencher sur certains aspects du rituel qui peuvent lui paraître un peu plus obscurs.

    Il y est notamment question de la « Table d’émeraude ». Qu’est-ce à-dire ?

    • La Table d’émeraude

    * Saint Jean et le solstice d'hiver

    La découverte, vers l'an mille, de ce texte mystérieux a bouleversé les pensées.

    On dit que le texte contenait les arcanes d'un savoir immense aussi ancien que le monde.

    La copie latine (ci-contre) de ce texte permit sa diffusion.

    Les études modernes ont défini sa provenance d'un original égyptien en langue grecque du 4ème siècle de notre ère.

    Des légendes inépuisables sont apparues autour de ce texte. La plus fameuse racontait que son auteur mythique l'avait inscrit sur l'émeraude chue du front de Lucifer, le jour de la défaite de l'ange rebelle : ainsi vint qu'on l'appelât la Table d'Emeraude...

    La Table d’émeraude (Tabula Smaragdina en latin) est un des textes les plus célèbres de la littérature alchimique et hermétique. C’est un texte très court, composé d'une douzaine de formules allégoriques et obscures, dont la fameuse correspondance entre le macrocosme et le microcosme : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».

    Selon la légende, elle présente l’enseignement d’Hermès Trismégiste, fondateur mythique de l'alchimie, et aurait été retrouvée dans son tombeau, gravé sur une tablette d’émeraude. La plus ancienne version connue se trouve en appendice d’un traité arabe du 6e siècle. Traduite en latin au 12ème siècle, elle fut commentée par de nombreux alchimistes au Moyen Âge et surtout à la Renaissance.

    Après le discrédit scientifique de l'alchimie et le développement de la chimie moderne au 18ème siècle, elle a continué à fasciner occultistes et ésotéristes.

    La Table d’émeraude d’Hermès Trismégiste, père des Philosophes (traduction de l’Hortulain) :

    « Il est vrai, sans mensonge, certain, et très véritable : ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut ; et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d'une seule chose. Et comme toutes les choses ont été, et sont venues d’un, par la méditation d’un : ainsi toutes les choses sont nées de cette chose unique, par adaptation. Le soleil en est le père, la lune est sa mère, le vent l’a porté dans son ventre ; la Terre est sa nourrice. Le père de tout le télesme [1] de tout le monde est ici. Sa force ou puissance est entière, si elle est convertie en terre. Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l’épais doucement, avec grande industrie. Il monte de la terre au ciel, et derechef il descend en terre, et il reçoit la force des choses supérieures et inférieures. Tu auras par ce moyen la gloire de tout le monde ; et pour cela toute obscurité s’enfuira de toi. C'est la force forte de toute force : car elle vaincra toute chose subtile, et pénétrera toute chose solide. Ainsi le monde a été créé. De ceci seront et sortiront d'admirables adaptations, desquelles le moyen en est ici. C’est pourquoi j'ai été appelé Hermès Trismégiste, ayant les trois parties de la philosophie de tout le monde. Ce que j’ai dit de l'opération du Soleil est accompli, et parachevé. »

    Puisque « ce qui est en bas est semblable à ce qui est en haut pour accomplir les miracles d’une seule chose », selon la Table d’Emeraude, il est normal que l’homme, ayant eu révélation de l’existence d’une proportion privilégiée procurant l’harmonie esthétique, se serve de cette proportion à travers ses propres créations, et plus spécialement dans toutes celles ayant un rapport direct avec le divin, à commencer par le Temple, demeure symbolique de Dieu.

    * Saint Jean et le solstice d'hiver

    Dans ce même rituel, le symbolisme de la roue est aussi suggéré.

    • Le symbolisme de la roue

    Le symbolisme de la roue tient à la fois de son rayonnement solaire et de son mouvement cyclique qui représente la périodicité du voyage des astres tout au long du cycle de l’année.

    Le symbole de la roue est un prototype ou un modèle de l’idée archétypale que le cosmos tout entier ne fait que manifester. Et comme modèle du cosmos, il pourrait bien être qualifié d’universel dans la plus large acception du terme. Il est donc encore plus étonnant de constater que, malgré son importance particulière, on ne lui donne pas l’importance qui lui est due, bien que ce soit un héritage fondamental présent dans toutes les formes traditionnelles.

    Le symbole de la roue est l’expression du mouvement et de la multiplicité, de l’immobilité primordiale et de la synthèse. C’est également l’expression symbolique de l’expansion et de la concentration, de l’énergie centrifuge, qui va du centre vers la périphérie, et de l’énergie centripète qui retourne à son centre, son axe ou sa source...

    Ce symbole est également la manifestation de ce qui, étant tout juste virtuel (le point) génère un espace ou un plan (qui délimite la circonférence). Par conséquent, il est évidemment lié à l’espace et au temps, et se rattache ou s’associe à toute notion de cosmogonie[2] et de création.

    En ce sens, le mouvement superficiel ou externe de la roue se rapporterait à la manifestation, tandis que la virtualité, l’immobilité du point central, moyeu ou axe, serait connectée avec le non-manifesté.

    On pense aussi que la roue détient un rôle très important depuis les plus anciennes cosmogonies, notamment dans les mythes qui relatent la naissance de l’univers. A ce propos, nous pouvons nous reporter à un passage fort important de l’œuvre de René Guénon : « On sait que la roue est en général un symbole du monde : la circonférence représente la manifestation, produite par irradiation du centre; ce symbolisme est par ailleurs susceptible de revêtir des significations plus ou moins particularisées ».

    Ensuite, ce métaphysicien français rappelle qu’en Inde deux roues associées, c’est-à-dire le char, correspondent à des parties diverses de l’ordre cosmique. La forme circulaire de la roue est le symbole des révolutions cycliques auxquelles sont soumises toutes les manifestations, qu’elles soient terrestres ou célestes ; ainsi les deux roues pourraient bien représenter l’univers dans ses parties.

    • La roue à six rayons et le point central – le symbolisme du nombre 7

    Il est possible que, d’entre les symboles sacrés de tous les peuples, celui de la Roue soit le plus universel. L’universalité même des significations de la roue, et leur connexion directe ou indirecte avec les autres symboles sacrés, en particulier les nombres et les figures géométriques, font de celle-ci une sorte de modèle symbolique, une image du cosmos. Car, sur le plan, la jante est un cercle, et la circularité est une manifestation spontanée de tout le cosmos.

    Entre le point central et la circonférence se forme le cercle ; la valeur arithmétique assignée au premier est l’unité, représentation naturelle du point géométrique, et pour la seconde c’est le neuf, le nombre du cycle, puisque c’est celui de la circularité.

    La somme des deux nous donne la dizaine (1 + 9 = 10), le modèle numérique de la Tétraktys pythagoricienne[3], ce qui peut être rapporté à toute autre arithmosophie, puisque les nombres – et les figures géométriques – sont des modules harmoniques archétypaux, valables dans toute la manifestation et donc pour tout temps et tout lieu de ce cycle humain.

    Ce point central de la Roue du Monde est en communication avec la périphérie à travers ses rayons, qui sont donc les intermédiaires entre eux ; et tandis que la roue tourne sur elle-même, symbolisant le mouvement et le temps, l’axe demeure fixe, exprimant l’immobilité et l’éternel.

    Le centre est, avant tout, l’origine, le point de départ de toutes les choses ; c’est le point principiel, sans forme ni dimensions, donc indivisible et, par conséquent, la seule image que l’on puisse donner de l’Unité Primordiale.

    Le nombre sept est considéré comme le point central d’une roue à six rayons. En réalité, le sept est le point central du cube, qui possède six faces et douze arêtes, un autre des symboles-modèles de l’univers.

    En guise de conclusion provisoire…

    Si la Maçonnerie anglaise actuelle est beaucoup plus discrète que la Maçonnerie française et continentale en général à propos des deux saints Jean, leur importance se manifeste aussi par la célébration de leurs fêtes. De nos jours, cette célébration se limite parfois à un banquet, mais celui-ci est alors conduit selon le rituel de table complet, avec une Ouverture et une Clôture solennelle des Travaux, le Volume de la Sainte Loi étant ouvert sur l’autel, à l’Orient.

    Mais de nombreuses Loges utilisent, lors de ces deux célébrations, différents rituels dont il serait fort ambitieux de faire une analyse exhaustive. C’est pourquoi, dans cette planche, le rituel utilisé par notre Respectable Loge au mois de décembre, n’a pas été analysé en détails. Sa structure non plus n’a pas été dégagée car elle est assez évidente.

    Comme de coutume, c’est sur base de mon questionnement le plus élémentaire que j’ai construit cette planche, avec l’espoir qu’elle aura pu apporter quelques modestes précisions au lecteur.

    R:. F:. A. B.

     

    Bibliographie

    Behaeghel Julien

    Symboles et initiation maçonnique

    Editions du Rocher, Monaco, 2000

    Pages 141 à 153

     

    Ducluzeau Francis

    Ethique, sagesse et spiritualité dans la Franc-maçonnerie

    Editions du Rocher, Monaco, 2002

    Pages 204 à 214, 215 à 233

     

    Ferré Jean

    Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, Paris, 1994

    Pages 234 et 235

     

    Lhomme Jean – Maisondieu Edouard – Tomaso Jacob

    Dictionnaire thématique illustré de la Franc-maçonnerie

    Editions du Rocher, Monaco, 2002

    Pages 299 à 306, 306 à 308 et 308 à 310

     

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    [1] Je n'ai trouvé le mot « télesme » que dans le dictionnaire Mytho-Hermétique de Dom Pernety, et encore n'en donne-t-il qu'une définition succincte : fin, perfection, complément.

    [2] La cosmogonie est une science qui a existé chez tous les peuples archaïques et traditionnels. Elle se réfère à la connaissance de l’homme (cosmos en miniature) et de l’univers (homme en grand), ce qui s’est répété de façon unanime et pérenne au long du temps (histoire) et de l’espace (géographie), décrivant une seule et unique réalité, celle du cosmos, qui est d’ailleurs la même que nous, contemporains, vivons et habitons aujourd’hui, car elle est essentiellement immutable malgré les formes changeantes par lesquelles elle peut être exprimée ou appréhendée, puisqu’elle demeure éternellement vivante.

    Cette science, pratiquement inconnue de l’être humain actuel, ce produit du rationalisme, du positivisme, du matérialisme et de la technologie, a cependant été la structure de base, la structure primaire sur laquelle aussi bien les peuples primitifs que les grandes civilisations de l’antiquité (les égyptiens, par exemple) ont fondé leurs croyances, et l’instrument qu’ils ont utilisé pour construire leur vie et leur culture, qui, dans le cas cité en exemple, a duré trois mille ans. L’on pourrait en dire autant de l’empire chinois, ou plus exactement de la Tradition extrême-orientale, bien que cette science soit en réalité un dénominateur commun à toutes les traditions connues, qu’elles soient vivantes comme la tradition hindoue ou le djaïnisme, ou apparemment mortes, comme les traditions précolombiennes.

    Nous devons préciser que le mode d’expression normal de cette Cosmogonie Universelle et Pérenne est le symbole, ou un ensemble de symboles en action constituant des codes et des structures qui se conjuguent entre eux de façon permanente, manifestant et véhiculant la réalité, c’est-à-dire la pleine possibilité du discours universel qui devient, par leur intermédiaire, audible et compréhensible. Le symbole est par conséquent la traduction intelligible d’une réalité cosmogonique et, en même temps, cette réalité en soi, au niveau où elle s’exprime

    [3] 10 est le nombre de la Tétraktys pythagoricienne, somme des 4 premiers nombres. Il a le sens de la totalité, de l'achèvement, du retour à l'unité après le cycle des 9 premiers nombres. Pour les pythagoriciens, c'est le chiffre le plus sacré, symbole de la création universelle. La Tétraktys était représentée par un triangle de 10 points disposés en pyramide de quatre étages.

     


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  • Introduction

    La plupart des Loges pratiquant le Rite moderne et qui ont l’habitude de fêter les deux saint Jean à chacun des deux solstices, ont l’habitude de procéder au Réveil de leur Loge après les deux mois consacrés au repos. C’est, une fois de plus, l’occasion de se poser des questions à propos de l’un ou l’autre aspect de ce rituel.

    Nos Loges sont libres d’adopter tel ou tel rituel pour cette cérémonie : tout comme pour la célébration des fêtes solsticiales, il n’y a aucune imposition de la part de la Commission des rituels de notre Obédience régulière.

    Comme pour tout symbole et tout rituel, il convient de se poser un maximum de questions au sujet de cette cérémonie du « Réveil de la Loge » que nous venons de vivre en ce début du mois de septembre.

    Il me paraît utile de signaler d’amblée que cette cérémonie n’a pas lieu au R.E.R.  Ce rite chrétien, voire christique, ne célèbre pas les solstices, n’a aucun rituel spécifique pour indiquer la mise au repos des Ouvriers de la construction du Temple et, par conséquent, n’estime pas nécessaire de « se réveiller » après les deux mois de vacances !

    Le but de la présente planche sera de resituer la cérémonie du Réveil dans le contexte de différents rituels en vigueur au Rite (belge) Moderne, de tenter de répondre à quelques questions fondamentales et à toutes celles qui en découlent :

    ·         Pourquoi une Loge doit-elle se réveiller ?

    ·         Quels sont les moments forts de ce rituel ?

    ·         Pourquoi certains Frères ont-ils un rôle particulier à y jouer ?

    ·         Quel est le rôle du Passé Maître Immédiat ?

    ·         Quel est celui de l’Aumônier-Hospitalier ?

    ·         Pourquoi chacun des Frères présents doit-il s’engager individuellement ?

    ·        

    J’évoquerai aussi successivement chacun des moments forts de la cérémonie :

    ·         le retour des outils utilisés par les Apprentis

    ·         le retour de la flamme de la charité

    ·         le passage du flambeau de main en main

    ·         l’engagement individuel

    ·         la gestuelle du Passé Maître Immédiat et du plus jeune des Apprentis

    ·         certains aspects techniques (musique et éclairage)

    La célébration du Solstice de la Saint-Jean d’été

    Rappelons tout d’abord deux extraits du rituel :

    QUE LA LUMIÈRE DE LA FLAMME QUE VOICI………….. CIRCULE DANS CE TEMPLE AFIN QUE CHACUN EN GARDE L’ECLAT DANS SON ESPRIT ET DANS SON CŒUR DURANT NOTRE DISPERSION MOMENTANÉE.

    Le Vénérable Maître confie alors le flambeau au Frère Orateur ou à un Vénérable Maître visiteur éventuel siégeant à l’Orient. Ce dernier le transmet au Trésorier qui le donne au Maître des Banquets puis, passant de Frère en Frère, il descend toute la Colonne du Sud vers le 1er Surveillant puis aux Frères placés à l’Occident, ensuite par le 2nd Surveillant, il remonte la Colonne du Nord jusqu’au Passé Maître Immédiat.

    A chaque fois que le flambeau est mis en présence d’un bougeoir à la stalle d’un Officier, celui-ci éteint la flamme du bougeoir en étouffant la flamme avant de passer le flambeau allumé au Frère suivant.

    Pendant la progression du flambeau, la lumière décroît par l’extinction de toutes les sources d’éclairage, bougeoirs compris sauf les grands chandeliers du Tableau ainsi que le Soleil et la Lune.

    Le flambeau entre les mains, le Passé Maître Immédiat se dirige vers le Frère Aumônier – Hospitalier auquel il dit :

    FRÈRE AUMÔNIER – HOSPITALIER, QUE TOUTES LUMIÈRES ÉTEINTES DANS CETTE LOGE, VOUS CONSERVIEZ PRÉCIEUSEMENT LA FLAMME DE LA CHARITÉ.

    Au moment de la Clôture des Travaux, le Vénérable Maître explique :

    A PRÉSENT, TANDIS QUE LES LUMIÈRES DE CE TEMPLE DEMEURERONT ÉTEINTES, NOUS EMPORTERONS LES OUTILS DE NOTRE ATELIER, POUR LES RAPPORTER LE JOUR OU NOUS REPRENDRONS NOS TRAVAUX.

    Le plus jeune des Apprentis ramasse ensuite le Maillet et le Ciseau à proximité de la Pierre brute, au pied du Tableau de Loge, et les emporte à l’extérieur du temple au moment de la sortie rituelle des Frères.

    Toute lumière extérieure ayant disparu, seule la lumière de notre conscience nous éclaire. Le dernier flambeau resté allumé a circulé dans le temple afin que chacun en garde l’éclat dans son esprit et dans son cœur durant notre dispersion momentanée.

    Tandis que les Travaux se sont arrêtés sur les Colonnes, les Frères ont formé une dernière fois la Chaîne d’union puis ont emporté leurs outils pour les rapporter le jour où leurs Travaux reprendront.

    C’est sous la conduite du Frère Aumônier-Hospitalier, muni de ce dernier flambeau, source de lumière que rien ne peut éteindre parce que c’est la source de la vie même, que les Frères se sont retirés en paix sous la Loi du Silence et au signe de fidélité pour prendre quelque repos bien mérité.

    Ainsi le décor est planté pour le retour des Frères au mois de septembre : les outils de l’Apprenti (Maillet et Ciseau) ont été placés symboliquement en dehors de la Loge tandis que le chandelier, transmis par le Passé Maître Immédiat au Frère Aumônier-Hospitalier, se retrouve lui aussi à l’extérieur de la Loge, sur le Parvis.

    Les moments forts du rituel du Réveil de la Loge

    Deux mois ont passé. Nous voici au mois de septembre. Tous les Frères ont été convoqués pour participer à la Tenue du Réveil de la Loge. Au moment de l’entrée silencieuse, le temple vient d’être plongé dans l'obscurité tandis que la Colonne d'Harmonie diffuse une musique de circonstance en sourdine.

    Sous la conduite du Maître des Cérémonies, les Frères se sont rangés au Signe de Fidélité, debout, sur les Colonnes.

    Après un bref moment, toujours guidés par le Maître des Cérémonies, les Officiers Dignitaires sont entrés avec leurs attributs : les Premier et Second Surveillants, l'Orateur, le Secrétaire, le Trésorier, l'Expert et le Maître des Banquets. Ils ont pris place à leur « stalle » mais sont restés debout.

    Le retour des outils

    Ont alors suivi deux Frères Apprentis munis du Ciseau et du Maillet qu'ils ont déposés près de la Pierre brute puis ont gagné leur place. Est ensuite entré le Frère Passé Maître Immédiat [1] muni de la Flamme qu’il devait précieusement conserver depuis la célébration du Solstice de la Saint-Jean d’été.

    Ensuite, après un temps, le volume de la musique est devenu plus important : le Maître des Cérémonies venait d’introduire le Vénérable Maître portant les trois Grandes Lumières.

    Ayant déposé les Trois Grandes Lumières sur l'Autel, le Vénérable Maître récupéra le Flambeau des mains du Passé Maître Immédiat et le déposa sur sa stalle.

    Et le Vénérable Maître d’expliquer ce qui se passait à ce moment :

    LE TEMPLE EST PLONGE DANS LES TÉNÈBRES, MAIS EN MÊME TEMPS QUE LES TROIS GRANDES LUMIÈRES DE LA FRANC-MAÇONNERIE, JE VOUS AI APPORTE  CETTE FLAMME QUE PRÉCIEUSEMENT NOTRE FRÈRE AUMÔNIER HOSPITALIER A CONSERVÉE DEPUIS LA CÉLÉBRATION DU SOLSTICE DE LA SAINT-JEAN D’ETE.

    Ainsi, après un long séjour dans le monde profane, les Frères de notre Respectable Loge se sont réunis en un point de rencontre connu des seuls enfants de la Lumière. Bien que les Ouvriers étaient manifestement prêts à reprendre le travail, le Temple est resté encore quelques instants plongé dans l’obscurité jusqu’au moment où la flamme, conservée précieusement pendant l’interruption des Travaux après la célébration du Solstice de la Saint-Jean d’été, y a été ramenée.

    Le retour de la flamme de la charité

    Il me paraît tout-à-fait judicieux de se demander pourquoi cette flamme de la charité a été confiée au Frère Aumônier-Hospitalier à l’issue de la célébration du Solstice de la Saint-Jean d’été alors que le rituel du Réveil, tel qu’il a été appliqué lors de notre dernière Tenue, l’a fait revenir par le Passé Maître Immédiat !

    Nos Loges travaillant au Rite moderne sont libres d’adopter tel ou tel rituel ou même d’en créer un nouveau pour ce genre de cérémonie [2].

    Tout comme c’était déjà le cas pour la célébration de la fête solsticiale d’été, on peut imaginer que ces deux rituels ont été adoptés ou créés à des moments différents et que nos prédécesseurs n’ont jamais pensé à corriger ce « détail » qui nous interpelle aujourd’hui à juste titre !

    Puisque nous sommes libres de revoir ces rituels, nous pourrions envisager sans difficulté de réécrire l’une ou l’autre réplique ou l’une ou l’autre disposition de mise en scène afin d’ajuster nos deux rituels en toute logique.

     

    Que s’est-il passé ensuite ?

    Le Vénérable Maître nous a invités à reprendre peu à peu conscience de l’Art Royal. Mais au début du rituel, ni les Apprentis ni les Compagnons ne pouvaient reconnaître leurs outils alors que les Maîtres étaient impatients de recommencer l’œuvre, la construction – symbolique – du Temple.

    La Lune est d’abord apparue, versant un peu de clarté froide sur la Colonne du Nord, suivie du Soleil qui commençait à éclairer la Colonne du Sud. Symboliquement sont apparus les détails du Grand Œuvre et les Maîtres ont retrouvé les dessins de l’ouvrage (toujours) inachevé (et toujours à poursuivre !). La Lumière a encore cru tandis que chacun était impatient de se saisir de ses outils.

    Le passage du flambeau de main en main

    Le rituel permet à nouveau au Vénérable Maître d’expliquer ce qui se passe ensuite :

    AVANT DE LUI DONNER PLUS D'ÉCLAT, AVANT D'ILLUMINER LE LIEU DE NOS TRAVAUX, AVANT DE VOUS LAISSER MANIER À NOUVEAU VOS OUTILS DE MAÇONS, JE VOUS INVITE À REPRENDRE PEU À PEU CONSCIENCE DE L'ART ROYAL, D'EFFACER EN VOUS TOUTE PRÉOCCUPATION PROFANE, DE FAIRE TAIRE TOUT ÉCHO DU TUMULTE EXTÉRIEUR.

    REPRENONS NOTRE SÉRÉNITÉ MES FRÈRES ET LAISSONS NOS PENSÉES S'ÉLEVER, SE JOINDRE ET SE CONFONDRE DANS UNE SEULE ET MÊME INTELLIGENCE INFINIE.

    CETTE FLAMME, JE VAIS LA TRANSMETTRE…

    JE VAIS LA TRANSMETTRE AUX FLAMBEAUX….

    QU'ILS PASSENT DE MAIN EN MAIN LE LONG DE VOS COLONNES ET QU'ILS PARVIENNENT AUX FRÈRES SURVEILLANTS AFIN QUE CEUX-CI M’AIDENT À OUVRIR LES TRAVAUX.

     

    Le but est donc de transmettre la flamme aux deux Surveillants afin que les Travaux puissent s’ouvrir.

    Ensuite, le Vénérable Maître s’assure que chacun de ses Officiers Dignitaires est prêt à l’assister pour diriger les Travaux de la Loge. Il interroge successivement les deux Surveillants (Trois Frères dirigent la Loge) puis l’Orateur et le Secrétaire (car cinq Frères éclairent la Loge).

    Il lui faut ensuite s’assurer, comme d’habitude, que les Travaux sont bien à couvert. Le Frère Couvreur fait son office. La Loge étant couverte extérieurement et intérieurement, le rituel ressemble au rituel habituel de l’Ouverture des Travaux. Cependant il se passe plus lentement puisqu’il y a lieu de vivre un retour progressif de la lumière.

    C’est le Frère Second Surveillant qui fournit l’explication :

    LE TEMPLE EST OBSCUR. LES COLONNES DISPARAISSENT DANS L'OMBRE.

    LES OUVRIERS NE PEUVENT DISCERNER LE PLAN DE L'ŒUVRE ET NE RECONNAISSENT PAS LEUR TRAVAIL.

    VÉNÉRABLE MAÎTRE, IL N'EST PAS ENCORE MIDI.

     

    Nous ne travaillons en effet qu’entre Midi et Minuit, symboliquement s’entend !

    Et le Vénérable Maître de nous faire patienter :

    ATTENDONS, MES FRÈRES, QUE PLUS DE LUMIÈRE NOUS PARVIENNE.

    Et nous patientons au son d’une musique de circonstance jusqu’au moment où le Maître de la Colonne d’harmonie va faire en sorte que la Lune s’éclaire.

    Puis le Frère Second Surveillant nous fournit une nouvelle explication :

    LA LUNE A PARU, VERSANT UN PEU DE CLARTÉ FROIDE SUR LA COLONNE DU NORD, MAIS LES PROFONDEURS DU TEMPLE NE SE RÉVÈLENT PAS. IL N'EST PAS ENCORE MIDI.

     

    Le rituel nous fait ensuite prendre conscience de ce qui se passe sur la Colonne des Compagnons et le Frère Premier Surveillant de nous fournir à son tour une explication :

    LES COMPAGNONS N'ONT PAS ENCORE RETROUVE LE LIEU CALME ET SEREIN OU ILS AVAIENT COUTUME D'ŒUVRER.

    IL LEUR SEMBLE ENTENDRE ENCORE EN EUX LES RÉSONANCES DE L'AGITATION PROFANE. LEUR COLONNE EST OBSCURE.

    LES OUVRIERS NE SONT PAS ENCORE PRÊTS SUR LA COLONNE DU SUD.

     

    Les Frères Apprentis, eux non plus,  ne sont pas encore prêts à travailler.

    Pourquoi ?

    LEURS CISEAUX ET LEURS MAILLETS NE LEUR PARAISSENT PLUS FAMILIERS.

    ILS CHERCHENT DES YEUX LE MAÎTRE QUI DOIT LES GUIDER, MAIS L'OMBRE LE LEUR DÉROBE.

    LES OUVRIERS NE SONT PAS PRÊTS SUR LA COLONNE DU NORD.

    IL N'EST PAS ENCORE MIDI.

     

    En fait, tous les Frères attendent le retour de la pleine Lumière, celle qui resplendit à Midi plein, celle qui illumine notre cœur depuis notre Initiation !

    C’est le Frère Orateur qui nous fournit l’explication :

    SONGEZ, MES FRÈRES, QUE C'EST LE TRAVAIL SUR SOI-MÊME QUI PERMET

    A L'INITIE DE DÉPOUILLER LE PROFANE QUI EST EN LUI.

    SANS LA VRAIE LUMIÈRE QU’IL ACQUIERT AINSI,

    C’EST EN VAIN QU'IL CHERCHERAIT D'AUTRES FLAMBEAUX.

    C'EST EN VAIN QU'IL ATTENDRAIT UNE AUTRE ILLUMINATION.

     

    Et le Vénérable Maître de conclure :

    MES FRÈRES, TOURNONS NOS REGARDS EN NOUS-MÊMES, RECHERCHONS DANS NOS CŒURS LA LUMIÈRE QUE NOTRE INITIATION Y A ALLUME.

    Par les effets lumineux que réalise (idéalement) le Frère Maître de la Colonne d’Harmonie, la lumière revient peu à peu dans le temple : la Lune puis le Soleil.

     

    LE SOLEIL SE MET A ÉCLAIRER LA COLONNE DU SUD.

    DÉJÀ APPARAISSENT LES DÉTAILS DU GRAND ŒUVRE ET LES FRÈRES MAÇONS RETROUVENT LE DESSIN DE L’ŒUVRE INACHEVÉE.

    LES APPRENTIS ONT RETROUVE LEURS PLACES DEVANT LES PIERRES BRUTES. ILS SONT PRÊTS DES MAINTENANT A SAISIR LEURS CISEAUX ET LEURS MAILLETS ET A LES MANIER AVEC ZELE.

    LES COMPAGNONS SONT PRÊTS AUSSI ET LES MAÎTRES SONT A PRÉSENT IMPATIENTS DE REPRENDRE L’ŒUVRE.

    TOUS ONT DÉJÀ LES OUTILS A LA MAIN.

     

    Mais que viennent faire les Maçons en ce lieu ?

    DES MAÇONS REVIENNENT DANS CE TEMPLE, PRIVES DE LUMIÈRE.

    ILS CONNAISSENT LES BUTS ET LES RÈGLES DE L’ORDRE ;

    ILS  REVIENNENT POUR VAINCRE LEURS PASSIONS. 

     

    Que cherchent-ils ?

    ILS CONNAISSENT LES BUTS ET LES RÈGLES DE L’ORDRE ;

    ILS  REVIENNENT POUR FAIRE DE NOUVEAUX PROGRÈS

    DANS LA MAÇONNERIE.

    ILS RECONNAISSENT LA DISCIPLINE DE LA LOGE ;

    ILS SONT VENUS LIBREMENT ;

    ILS ACCEPTENT DE SOUMETTRE LEUR VOLONTÉ.

     

    Les conditions sont donc remplies pour que le Vénérable Maître puisse enfin procéder au Réveil de la Loge et à l’Ouverture des Travaux, mais le Frère Orateur se fait le porte-parole des Frères de la Loge pour exprimer une demande particulière.

    Il souhaite :

    QUE LA PLEINE LUMIÈRE MAÇONNIQUE RESPLENDISSE A NOUVEAU DANS CE TEMPLE…

    … POUR LA BEAUTÉ DU SYMBOLE ! Et d’expliquer que :

    LA LUMIÈRE QUE NOUS VENONS CHERCHER DANS LE TEMPLE EST POUR TOUS LES MAÇONS LE SYMBOLE DE LA VÉRITÉ ET DE LA SAGESSE.

    C’EST LE SYMBOLE DE NOTRE VICTOIRE SUR NOUS-MÊMES.

    C’EST LE SYMBOLE DE NOTRE EFFORT VERS CETTE VÉRITÉ, CETTE SAGESSE ET CETTE VICTOIRE.

    C’EST UNE INVITATION PRESSANTE A VAINCRE NOTRE IGNORANCE SANS CRAINDRE DE NOUS PENCHER SUR NOTRE NUIT.

    LA LUMIÈRE, C’EST LE COMBAT INCESSANT QUE NOUS DEVONS LIVRER AUX PRÉJUGÉS, AUX FANATISMES, AUX ERREURS, A NOS PASSIONS.

    LA LUMIÈRE POUR NOUS, FIDÈLES AU SERMENT DE TRAVAIL, DE FRATERNITÉ, DE TOLÉRANCE QUE NOUS AVONS PRÊTÉ LE JOUR DE NOTRE INITIATION, C’EST NOTRE INÉBRANLABLE VOLONTÉ DE PARTICIPER A LA CONSTRUCTION DU TEMPLE. C’EST LA VOLONTÉ DE NE PAS NOUS LAISSER DÉTOURNER DU CHEMIN QUE NOUS NOUS SOMMES TRACES.

    LA LUMIÈRE EST, POUR LE MAÇON, SON INEXTINGUIBLE SOIF DE PLUS DE BONTÉ, DE PLUS DE JUSTICE, DE PLUS DE TOLÉRANCE, DE PLUS DE VÉRITÉ.

    EN D'AUTRES MOTS, LA LUMIÈRE EST LE SYMBOLE DE L'ESPÉRANCE DANS LE DEVENIR DE L’HOMME.

     

    L’engagement individuel

    Le Frère Orateur parle pour lui-même : il nous rappelle les dangers de la Lumière, la pleine Lumière qui fait apparaître nos imperfections, la Lumière qui fait que nous nous découvrons tels que nous sommes, celle qui nous fera voir l’incohérence des incertitudes et des contradictions.

    Sa fonction est de résumer les opinions et de traduire les sentiments de ses Frères. C’est pourquoi il ne lui appartient pas de prendre un engagement rituel en leur nom.

    Voilà donc la raison pour laquelle il va demander que chaque Frère, tour à tour, s’engage personnellement, déclare s’il est prêt à recevoir à nouveau la Lumière maçonnique et s’il pourra la supporter, avec tous les inconvénients que cela suppose !

    Et, bien que le Frère Orateur ait confiance en ses Frères, il sait qu’ils ne sont que des hommes et qu’ils ont à lutter sans cesse en eux-mêmes ; il sait que leurs engagements doivent souvent être répétés pour se traduire en actes.

    Prudemment, le Vénérable Maître interroge l’ensemble des Frères : chacun à l’appel de son nom, va devoir s’engager à reconnaître les bienfaits de la vie claire en Loge, dans une lumière de sincérité, de liberté, d’estime mutuelle et d’amitié fraternelle, en pleine conscience des dangers (la Lumière peut en effet nous blesser, nous atteindre au plus profond de nous-mêmes ; elle peut être source de déceptions, de peine, de souffrance…).

    Et chacun de s’engager solennellement.

     

    L’Ouverture effective des Travaux

    Aidé par les deux Surveillants, le Vénérable Maître peut enfin ouvrir les Travaux, par Beauté, Force et Sagesse.

     

    Le rôle du Passé Maître Immédiat et du plus jeune des Apprentis 

    Il est alors demandé au Passé Maître Immédiat – qui représente la Tradition dans ce qu’elle a de plus pur – de donner à nos Travaux la première impulsion.

    Trois actions sont ainsi jouées par le Passé Maître Immédiat et le plus jeune Frère Apprenti devant l’ensemble de l’Atelier :

    ·         le partage du pain (le plus vieil acte de fraternité connu parmi les hommes),

    ·         le partage du vin (bu à la même coupe)

    et

    ·         les semailles symboliques des grains de blé sur le Tableau de Loge.

    Ces deux dernières actions signifiant que l’Apprenti et le Passé Maître sont guidés par un même idéal et qu’ils poursuivent le même but (l’œuvre leur est commune) : la réalisation du Temple idéal dont chacun devrait devenir une des pierres parfaites.

    En guise de conclusion provisoire…

    Il me paraît bien difficile de conclure l’analyse d’un tel rituel.

    Je formulerai dès lors quelques remarques :

    1.    Le rituel du « Réveil de la Loge », tout comme les deux rituels de célébration des solstices et ceux qui existent pour les Tenues funèbres sont laissés à la discrétion des Loges. Seuls les rituels d’Ouverture et de Fermeture des Travaux, le rituel d’Initiation au grade d’Apprenti, celui du Passage au grade de Compagnon et celui de l’Élévation à la Maîtrise sont imposés par la G.L.R.B. aux Loges qui pratiquent le Rite (belge) moderne.

    2.    La Commission des Officiers Dignitaires, sur proposition du Frère Orateur, peut se permettre d’apporter des modifications soit dans le rituel de la célébration du solstice de la Saint-Jean d’été  soit dans celui du Réveil de la Loge, afin d’apporter la cohérence nécessaire : si la flamme de la charité est emportée, fin juin, par le Frère Aumônier-Hospitalier, c’est celui-ci qui doit effectivement la rapporter en septembre.

    Faire ce choix ne diminuerait en rien le rôle du Passé Maître Immédiat puisque celui-ci, par le rôle qu’il joue en compagnie d’un Frère Apprenti en rompant le pain, en buvant à la même coupe de vin et en semant ensemble les grains de blé, grave en nos cœurs un spectacle particulièrement fraternel.

    3.    Le rituel donne au Maître de la Colonne d’Harmonie des indications au sujet de l’intensité lumineuse à répandre dans la Loge. A plusieurs reprises, il est indiqué que « la lumière croît ». Il n’est malheureusement pas toujours possible de réaliser ces effets à la perfection sans dispositif particulier tel qu’un bon rhéostat [3] pour chaque point lumineux.

     

     R:. F:. A. B.


    [1] Idéalement ce devrait être le Frère Aumônier Hospitalier !

    [2] Par contre il y a lieu de respecter à la lettre les rituels d’Ouverture et de Fermeture des Travaux, d’Initiation, de Passage, d’Elévation qui nous sont imposés par l’Obédience.

    [3] Un rhéostat est un appareil permettant de régler l'intensité du courant électrique passant dans un circuit. Il est généralement constitué d'une résistance variable dimensionnée de manière à supporter l'intensité maximale du courant devant la traverser.

    On évite de l'utiliser de manière permanente pour régler le courant dans un dispositif nécessitant une grande puissance puisqu'il dégage beaucoup de pertes en chaleur.

     

     

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  • Introduction

    La démarche des Loges de la Franc-maçonnerie initiatique consiste à faire fructifier le legs traditionnel reçu des Anciens et que représentent des textes rituels. Tout Travail en Loge comporte un cérémonial spécial, toujours le même. Le rituel l’exige.

    Le but de la présente Planche est d’étudier les raisons de l’existence des rituels d’Ouverture et de Clôture des Travaux ainsi que les enseignements qui en découlent.

    Les rituels légués par la Tradition initiatique présentent l’aptitude à faire vivre le mystère de l’origine du monde. C’est pourquoi l’Ouverture des Travaux de toute Tenue ne peut être dissociée de la création du monde.

    Le rituel d’Ouverture des Travaux est un outil qui permet de percevoir, en une vision unifiée, l’infiniment grand et l’infiniment petit, de vivre un mythe de création, de communiquer avec l’invisible, avec le « divin », avec le Principe, d’entrer dans le temps immuable qui est celui de la création et du Mystère.

    Nos Loges ont perçu la nécessité de mettre en œuvre l’Initiation afin de constituer et de sauvegarder un espace vital, un monde dans lequel le Temple soit visible, dans lequel sa porte puisse être retrouvée et franchie et où l’on expérimente le Mystère par l’incorporation des puissances de création.

    Ouvrir les Travaux relève de la fonction du Vénérable Maître, et l’acte de « créer le monde », ou plus exactement de le recréer, est fondé sur un processus rituel de structuration hiérarchique de nature causale mis en œuvre lors de la construction du Temple. Accomplir une Tenue, c’est créer un monde, créer une cohérence vitale, une architecture symbolique et s’y incorporer. Ouvrir les Travaux, c’est mettre au présent la « Première fois », c’est une recréation à partir du chaos primordial.

    Les purifications, le passage de la porte, la transmission de la Lumière par les Initiés Passés à l’Orient Éternel, les coups de maillet du Vénérable Maître répétés par les Frères Surveillants, le dévoilement des symboles, composent une réanimation de la hiérarchie de fonctions créatrices et reconstituent cette cohérence vitale qui préside à l’Ouverture des Travaux.

    Pour cela, il faut un mythe de création qui soit un outil de création, permettant de révéler le Mystère et de le vivre, c’est-à-dire d’accomplir le Grand Œuvre. La création rituelle du monde requiert, en effet, un socle mythique sur lequel fonder le processus de manifestation de la Lumière, et de cette hiérarchie d’ordre causal qui prend place dans une Loge conçue comme un cosmos.

    L’un des moments les plus importants de la vie des Francs-maçons, c’est lorsqu’ils se retrouvent lors de l’Ouverture des Travaux, phase essentielle de toute Tenue. C’est alors que tous les symboles se mettent à vivre ensemble. Ce moment est extrêmement riche.

    Ouvrir les Travaux ne consiste pas à se dire que l’on est tout-puissant, que l’on est créateur. Ouvrir, ou plus exactement réanimer, c’est ouvrir la bouche, les yeux et les oreilles du Temple. En conséquence de quoi le devoir des Initiés est ensuite de protéger ces Travaux, de faire en sorte que l’athanor demeure en état de fonctionnement. Célébrer une Tenue, édifier le Temple, cela consiste à construire l’enceinte d’un lieu sacré afin que les Travaux continuent d’eux-mêmes.

    Dans la tradition des bâtisseurs, précise Olivier Doignon, la création du monde suppose la possibilité rituelle de « comprendre » ce monde en vivant le Mystère de sa création. C’est ce que propose l’Ouverture des Travaux qui est un rituel de « compréhension sensible » du monde, et qui « imprègne » la Loge de cette « compréhension ». En participant à l’Ouverture des Travaux, on comprend que construire le Temple n’est pas construire une œuvre formelle mais accomplir un travail concret de construction de la pensée et de formulation de cette pensée, travail au cours duquel on façonne les paroles comme on façonnerait les pierres du Temple. En ouvrant les Travaux, on n’est pas dans un travail de « constat » d’un monde en création ; on rend compte de la manière dont une création se produit et on vit cette création en esprit ; on vit le « souffle » de vie puisque l’étymologie permet d’établir que vivre la création en esprit, c’est vivre le souffle de vie. Le mot latin spiritus signifie souffle.

    A l’Ouverture des Travaux, les fonctions de création sont nourries du Mystère par la mise en œuvre du rituel, et les « œuvrants » offrent aux fonctions le monde qu’ils créent, donnant ainsi corps à la vie abstraite du Temple en esprit. Par le jeu rituel des fonctions, il est créé de la vie abstraite avant qu’elle ne se concrétise à la table des agapes avec le pain qui y est partagé et qui reconstitue l’énergie des « œuvrants ». Le monde créé lors de l’Ouverture des Travaux permet ainsi de nourrir les fonctions de création, de pratiquer l’offrande et d’être rassasié.

    Par l’Ouverture des Travaux, il est donné forme à une pensée originelle, et il est créé un monde où matière et esprit sont indissociables, car le mythe, qui n’est pas une donnée abstraite, propose de vivre la création dans le rassemblement de l’esprit et de la matière.

    Par la célébration rituelle de l’Ouverture des Travaux, la Loge fait vivre le mythe, et le mythe la fait vivre, car il lui permet d’incorporer la Vie en création, d’être unie dans le Mystère, et de communier avec « le Principe ».

    Toute Tenue a recours à plusieurs rituels, dont ceux qui ont pour fonction majeure d’Ouvrir et de Clore les Travaux de la Loge. Verbale et gestuelle, l’exécution des rituels d’Ouverture et de Clôture au Rite Moderne est dévolue aux trois premières Lumières de la Loge : le Vénérable Maître, le Premier et le Second Surveillant. Les phrases qu’ils prononcent sont appelées des « annonces ».

    Les rituels d’Ouverture et de Clôture ont pour objet de mobiliser, focaliser, concentrer sur eux l’attention des membres présents, ainsi que de les sensibiliser à ce qui va suivre et à ce qui vient d’avoir lieu. L’Ouverture des Travaux ferme la conscience des Frères au monde profane et la projette dans le monde maçonnique. Celui de la Clôture a l’effet inverse.

    C’est par commodité de langage que nous parlons d’Ouvrir et de Fermer les Travaux. Il relève en effet de la logique que si l’on « ouvre » d’abord, on « ferme » ensuite ! Mais ne serait-il pas plus approprié d’évoquer la « clôture » les Travaux plutôt que leur « fermeture » car « Fermer les Travaux » voudrait dire qu’il n’y en a plus du tout. Or, la Clôture des Travaux dépend du cosmos.

    A cet égard, si les Travaux se fermaient, on ne pourrait plus les ouvrir. On ne peut pas dire non plus que l’on achève les Travaux car si les œuvres ne sont pas achevées, c’est que l’œuvre s’achève d’elle-même. Quand on a tout disposé dans le Temple et que l’on a suivi le processus du Grand Œuvre, c’est lui qui s’achève et ceux qui y participent ne sont pas capables de le voir. L’œuvre s’accomplit dans le secret, dans le silence.

    L’efficacité de ce rituel doit être réelle et, par conséquent, avoir une influence tangible sur le psychisme de tous.

    Cela n’est cependant possible que si les annonces verbales sont exécutées sous deux conditions sine qua non :

    1. une prononciation claire, audible dans tout le temple, exempte de monotonie et de bafouillage, qui ne peut que résulter d’une lecture détachée du texte, fort proche de la récitation de mémoire, c’est-à-dire d’un apprentissage quasi par cœur ;
    2. une entière conviction interne du récitant, conséquence d’un travail personnel de la part de chacun des Surveillants et du Vénérable Maître, afin de restituer aux paroles le sens syntaxique et l’énergie sonore qu’elles contiennent en général.

    Cela n’est aussi possible que si l’exécution des gestes rituels qui accompagnent ou complètent les annonces est elle-même proche de la perfection :

    1. l’inspection des colonnes devrait se faire dans un déplacement d’un pas égal des Surveillants, maillets à hauteur de l’épaule gauche, avec croisement des deux axes de circulation au bas de l’Orient et à l’Occident.
    2. la lumière devrait progresser et régresser en parfaite harmonie avec l’évolution du texte, avec l’allumage ou l’extinction des bougies.

    Le symbolisme d’un rituel est une succession d’actes sensibles. Ne perçoivent sensitivement ces actes que ceux qui en sont les observateurs muets et immobiles. N’atteignent les sens de ces derniers que les actes qui s’effectuent avec calme et sérieux. Sans le respect de toutes ces conditions, les Frères présents s’intégreront mal ou pas du tout dans la Chaîne d’union psychique que forge le rituel.

    Le rituel d’Ouverture au premier degré est générateur d’un climat mental où la Loge est dépouillée de préoccupations profanes et revêtue de sentiments maçonniques. Il crée un égrégore. Le rituel de Clôture ou de Fermeture le dilue.

     

    Commentaires à propos du rituel d'Ouverture des Travaux au degré d'Apprenti

    Le Vénérable Maître vient de nous appeler au Travail mais les Travaux n’ont pas encore commencé. Nous venons du monde profane ; nous franchissons une ligne invisible qui sépare le monde profane du sacré. Nos gestes, notre marche, notre silence en témoignent. Initiés, nos cœurs battent à l’unisson d’un monde qui reste à construire. Nous entrons dans la Loge qui n’est pas encore éclairée par la « Vraie Lumière ». Nous prenons place dans la Loge non éclairée. Nous restons dans la pénombre de cet espace réduit.

    * * *

    Nous avons pris place sur les Colonnes. Les Officiers Dignitaires sont également à leur place.

    Nous allons évoluer dans les trois dimensions du sacré.

    Le Maître des Cérémonies nous avertit de l’arrivée du Vénérable Maître.

    Par respect, nous nous levons et nous nous mettons au signe de fidélité.

    Tous se lèvent, à l'exception du Frère maître de la Colonne d'harmonie, chargé de régler la musique et les éclairages.

    Les Officiers Dignitaires entrent au son d'une musique bien choisie.

    Le Vénérable Maître et les deux Surveillants sont à présent à leur place.

    Le Vénérable Maître commence par faire rappeler les devoirs des Surveillants.

    La couverture de la Loge

    Le premier devoir d’un Surveillant, c’est de s’assurer de la couverture de la Loge.

    Cette expression « couverture de la Loge » nous rappelle la toiture des bâtisseurs de cathédrale. D’où l’expression « il pleut » lorsque les Travaux ne sont pas couverts !

    Remarquons que l’ordre de s’assurer de la couverture extérieure de la Loge se transmet en trois étapes ; les voix sont hiérarchisées par trois, de haut en bas, c’est-à-dire :

    • du Vénérable au Premier Surveillant,
    • du Premier Surveillant au Second Surveillant,
    • du Second Surveillant au Couvreur.

    L'ordre est donné de s'assurer de la couverture de la Loge.

    Remarquons que la réponse se transmet au Vénérable Maître en trois étapes également, dans l’ordre inverse :

    • du Couvreur au Second Surveillant,
    • du Second Surveillant au Premier Surveillant,
    • du Premier Surveillant au Vénérable Maître.

    Remarquons qu'en français, l'usage veut que l'on dise « SECOND Surveillant » et non pas « Deuxième » car il n’y en a que deux !

    Le Frère Couvreur frappe rituellement à la porte.

    Dans la mesure où les Frères sont suffisamment nombreux et que la fonction est effectivement remplie, la Loge est idéalement couverte par le Frère Couvreur extérieur qui est le garant de la sécurité à l’extérieur de la Loge. 

    Le Couvreur extérieur répond par un signal identique.

    En s’assurant de la couverture extérieure du Temple, le Frère Couvreur, gardien du seuil, en est également le puissant rempart.

    Nous voilà séparés du monde profane !

    Mais cela signifie aussi qu’il n’y a aucun profane à proximité de l’entrée de la Loge et que les Travaux devraient pouvoir s’effectuer en toute tranquillité.

    Cependant, ce n’est pas suffisant !

    Le Vénérable Maître fait préciser le deuxième devoir des Surveillants.

    Il s’agit d’assurer la sécurité intérieure afin de garantir la sérénité des Travaux et la protection des Frères assemblés.

    Remarquons qu’idéalement, les Frères qui décorent les Colonnes devraient se mettre à l’ordre d’Apprentis-maçons au PREMIER PASSAGE du Surveillant, afin que la mise à l’ordre commence à l’Occident, de sorte qu’aucun Frère ne puisse imiter le geste de celui qui est placé devant lui.

    Les Surveillants remontent leur Colonne et en redescendent en s'assurant si tous les Frères sont correctement vêtus et à l'ordre.

    La réponse est donnée en deux temps au Vénérable Maître.

    Remarquons que tous les Frères se font reconnaître comme Apprentis-Maçons, même les Compagnons et les Maîtres !

    Le Vénérable Maître s’est assuré que le monde extérieur n’a pas pu s’infiltrer en nous. D’où l’examen des Colonnes et de l’Orient (les trois côtés habités de la Loge). Il est le garant de la sécurité pour l’intérieur de la Loge.

    La courte phrase par laquelle le Vénérable Maître nous invite à prendre place revêt une grande profondeur de sens.

    Ce ne sont plus simplement des hommes qui se trouvent dans le Temple : il n’y a que des Frères ! Et « Frère » est le nom que nous avons tous reçu lors de notre Initiation et qui a pour effet de donner un autre sens à notre vie, de changer l’individu en un Etre appelé à poursuivre la construction du Grand-Œuvre. Le nom de « Frère » nous permet d’accomplir des fonctions créatrices et sacrées qui vont se mettre en place dès cet instant.

    La Fraternité en esprit se vit rituellement en Loge et ne peut s’atteindre que si nous sommes tous prêts à aller au-delà de nos limites.

    Prendre place dans la Loge, c’est entrer dans le monde du rituel, un lieu où se retrouvent des Frères en état de remplir des fonctions de création.

    Tous les Frères prennent place, chacun sur leur Colonne ou à l’Orient, à la place qui correspond à son grade ou à sa charge.

    Bien plus qu’une simple invitation ou une autorisation à nous asseoir, l’expression « Prenez place, mes Frères ! » sert à renforcer notre mise en condition pour le Travail rituel en Loge.

     * * *

    Ici débute l’énoncé des conditions à respecter pour pouvoir ouvrir les Travaux.

    Reconnaissance des Apprentis

    Il s’agit tout d’abord de permettre aux Apprentis de se faire reconnaître.

    Le Frère 2nd Surveillant est leur interprète. Le Maître de la Loge l’interroge.

    La réponse donnée par le Frère 2nd S:. nous montre la reconnaissance réciproque de tous les participants à la Tenue.

    Rappelons que les mots, les signes et les attouchements sont trois modes de communication externe.

    Les circonstances de notre Réception

    Nous nous rappelons ensuite que, dans les circonstances de notre Réception, un voile épais nous couvrait les yeux.

    Qu’est-ce donc que ce voile épais qui empêchait de voir ? L’ignorance ?

    Le « voile épais » pourrait évoquer cette écorce qui entoure le profane qui va recevoir le savoir par la « vraie Lumière » .

    L’annonce suivante concerne avant tout les Apprentis, c’est pourquoi le Vénérable Maître s’adresse au 2nd Surveillant et lui demande ce qu'il a vu lorsqu'il a été reçu...  c’est-à-dire après la réception (ou cérémonie d’Initiation).

    Lors de notre Réception, nous sommes censés avoir vu trois Grandes Lumières disposées sur l'Autel des serments : le Volume de la Loi sacrée, l’Équerre et le Compas.

    Localisation des membres de la Loge

    La place des Surveillants

    L’annonce suivante permet au Vénérable Maître de situer la place des principaux intervenants. C’est pourquoi le Vénérable Maître s’adresse au Premier Surveillant. Ce dernier les situe à l'Occident pour aider le Vénérable Maître en ses Travaux, payer les ouvriers et les renvoyer contents et satisfaits. 

    En effet, le Vénérable Maître a l’obligation morale, la responsabilité d’animer une Tenue parfaite. Il doit tout mettre en œuvre afin que tous les Frères ayant participé aux travaux en tirent le meilleur profit spirituel.

    La place du Vénérable Maître

    L’annonce suivante permet au Vénérable Maître de faire préciser sa place en Loge.

    Comme le soleil se lève à l'Orient pour ouvrir la carrière du jour, de même, le Vénérable Maître s'y tient pour ouvrir la Loge, la diriger dans ses Travaux et l'éclairer de ses lumières.

    Il s’agit d’une formulation analogique, symbolique du rôle du Vénérable Maître qui n’impose pas. Il est à la fois harmonisateur, directeur et conseiller. Il est le premier entre ses égaux. Il est le soleil de tous qui « éclaire », c’est-à-dire qui fait comprendre.  Il s’agit à présent de localiser les Apprentis.

    La place des Apprentis

    Remarquons préalablement que, sur le Tableau de Loge, il n’y a pas de fenêtre du côté nord. C'est pourquoi les Apprentis prennent place sur la Colonne du Septentrion parce qu'il est dit qu'ils ne peuvent soutenir qu'une faible lumière.

    La faible lumière provient de la fenêtre d’en face, comme dans les cathédrales romanes qui étaient disposées de la même façon, comme les temples et autres lieux sacrés dans la plupart des civilisations.

    La place des Officiers Dignitaires

    Les cinq Lumières siègent aux sommets d’un pentagone virtuel : le Secrétaire, le Vénérable Maître et l’Orateur siègent à l’Orient ; le Premier et le Second Surveillant siègent à l’Occident, d’où ils surveillent et dirigent leur Colonne respective.

    En tête de la Colonne du Septentrion siègent, dans l’ordre, l’Expert, l’Aumônier-Hospitalier, l’Archiviste – Bibliothécaire.

    En tête de la Colonne du Midi siègent, dans l’ordre, le Trésorier et le Maître des Banquets.

    Le Couvreur reste debout devant la Porte de la Loge.

    Le Maître des Cérémonies se tient toujours debout entre les deux Surveillants.

    Le Vénérable Maître peut permettre aux Frères Couvreur et Maître des Cérémonies de s’asseoir pendant la présentation de planches mais ce n’est pas une obligation, et aucun Frère censé rester debout pendant toute la Tenue ne peut prendre l’initiative d’aller s’asseoir sans permission sur l’une ou l’autre Colonne !

    Le Maître de la Colonne d’harmonie est assis, à l’Occident, devant l’installation prévue pour la diffusion d’illustrations musicales et le réglage de l'éclairage.

    Le Passé Maître Immédiat siège à la droite du Vénérable Maître. Il est chargé de l’assister si nécessaire.

    L’appellation de la Loge

    Le Frère Premier Surveillant rappelle que notre Loge est une Loge de Saint-Jean. Une façon comme une autre de préciser que les Francs-maçons réguliers sont johannites et de rappeler que nous célébrons la fête des deux St Jean : Jean l’Évangéliste et Jean le Baptiste. En donnant un nom à la Loge, on la fait vivre.

    Nous avons probablement tous été frappés depuis notre Initiation, par l’une ou l’autre invocation à saint Jean dans nos rituels.

    A qui fait-on allusion ?

    Pourquoi cette référence biblique est-elle présente dans les rituels de nombreuses obédiences ?

    Pourquoi Loge de Saint-Jean ?

    Pourquoi les Maçons accordent-ils autant d’importance à cet Évangéliste ?

    L’importance des deux saints Jean en Franc-maçonnerie

    L’importance des deux saints Jean dans la Maçonnerie française et continentale en général se manifeste tout d’abord par le fait que toutes les loges en portent le nom, quel que soit par ailleurs leur signe distinctif.

    D’anciens catéchismes d’Apprenti nous le rappellent :

    • Mon Frère, d’où venez-vous ?
    • D’une Loge de Saint-Jean.

    Au Rite moderne, lors du tuilage de l’Apprenti notamment, cette évocation est également présente :

    • Comment s’appelle votre Loge ?
    • La Loge de saint Jean.

    Au 18ème siècle, l’installation du Vénérable et des Officiers Dignitaires avait lieu à l’époque de la Saint-Jean d’été, comme le montrent abondamment les « livres d’architecture » des loges.

    L’édition des Constitutions de 1738 rapporte que c’est à l’occasion de la Saint-Jean-Baptiste de 1717, le 24 juin, jour de la fête rattachée au solstice d’été, jour de plus grande lumière, que les quatre premières loges maçonniques de Londres se sont réunies pour fonder la première obédience de la Franc-maçonnerie spéculative et élire le premier Grand Maître. Le procès-verbal du pasteur Anderson, secrétaire désigné pour cette réunion, le prouve.

    Mais la tradition maçonnique de célébrer la Saint-Jean est attestée antérieurement à 1717 par le Manuscrit Dumfries. Celui-ci témoigne du fait que l’usage selon lequel toutes les loges portent le nom de saint Jean vient d’Angleterre :

    • Dans quelle loge avez-vous été entré ? (sic)
    • Dans la vraie loge de saint Jean.

    Dans la Maçonnerie du 18ème siècle, les deux saints Jean apparaissent comme les saints patrons de la société. Le terme leur est souvent appliqué explicitement, comme dans les statuts adoptés en 1777 par la Grande Loge de France alors rivale du Grand Orient de France.

    L’usage de faire un banquet le jour de la Saint-Jean d’été ou un jour aussi proche que possible de cette date, était universellement répandu, et c’était aussi en général à ce moment-là que les loges installaient leur nouveau Vénérable et le nouveau collège d’Officiers Dignitaires.

    Dans les Loges françaises et continentales en général, la Bible est ouverte au premier chapitre de l’Évangile de saint Jean. C’est donc sur le Prologue de cet Évangile que tout Récipiendaire prête son serment. Cet usage était déjà celui de la Maçonnerie du 18ème siècle. Mais l’usage de prêter serment sur l’Évangile de saint Jean appartenait également à la Maçonnerie anglaise qui l’a transmis à la France.

    L’usage de la Bible ouverte au prologue de l’Évangile de saint Jean est une coutume maçonnique qui remonte pour le moins aux tout premiers commencements de la Maçonnerie spéculative comme en témoigne le Manuscrit des Archives d’Edimbourg, datant de 1696.

    Mais l’usage de prêter serment sur l’Évangile de saint Jean appartenait déjà à la Maçonnerie écossaise du 17ème siècle, Maçonnerie de transition entre la Maçonnerie opérative et la Maçonnerie spéculative.

    Il n’est malheureusement pas possible de remonter plus loin dans le temps et d’avoir la certitude que cet usage ait pu déjà appartenir à la Maçonnerie opérative médiévale car bien que le patronage de l’un ou l’autre des deux saints Jean soit attesté pour certaines confréries de Maçons opératifs, et que d’autre part certains manuscrits des Old Charges fassent allusion à un serment sur la Bible, les saints Jean n’apparaissent pas dans les « Old Charges ».

    * * *

    Les références temporelles

    L'heure des Travaux

    L'espace ayant été défini par la localisation des participants, intervient à présent la précision du facteur «temps ».

    Tout ce qui vient de se faire s’est fait avant Midi.

    C’est à « Midi » que commence symboliquement la Tenue. Le soleil est à son zénith et l’heure de midi répand sa pleine lumière.

    Pourquoi cette heure de Midi ?

    De nombreuses interprétations ont été données mais ne renferment pas nécessairement d’enseignements initiatiques.

    L’homme consacre près d’un tiers de sa vie à s’instruire, à d’éduquer, à se former. Mais lorsque ses connaissances sont suffisantes pour lui permettre d’entrer dans la lutte et d’assurer sa subsistance, il n’a pas encore acquis l’expérience de la vie et ce n’est que vers le milieu de son existence qu’il commence à acquérir la sagesse voulue pour faire un travail utile et fécond auquel il devra consacrer le reste de ses jours. C’est ce que nous rappelle notre rituel en ouvrant la Loge à Midi plein et en la fermant à Minuit, la sagesse devant toujours présider nos Travaux !

    La première partie du jour représente cette première étape de l’existence nécessaire pour acquérir la science et le jugement indispensable pour travailler avec fruit. Les Travaux sont donc ouverts à Midi qui symbolise l’existence où l’homme est censé avoir acquis la sagesse. Les Travaux sont fermés à Minuit qui symbolise la mort car le Maçon doit travailler sans relâche jusqu’à son dernier souffle.

    Il existe aussi une autre interprétation de l’Ouverture des Travaux à Midi. Nous pouvons la trouver dans les rituels pratiqués par les Loges de la Grande Loge d’Angleterre où l’on explique que puisque la terre tourne constamment sur son axe, dans son orbite autour su soleil, et que la Franc-maçonnerie est répandue sur toute sa surface, il s’ensuit nécessairement que le soleil est toujours à son méridien (à midi) par rapport à la Franc-maçonnerie.

    On peut en déduire qu’il s’agit d’un rappel à l’universalité de notre Ordre et une incitation à ne pas oublier le sentiment de fraternité qui unit tous les Maçons répandus sur les deux hémisphères et encore moins celui qui réunit tous les Maçons en Loge.

    C’est donc à « Midi » que commence symboliquement la Tenue. Le soleil est à son zénith et l’heure de Midi répand sa pleine lumière. Nos Travaux se déroulent donc symboliquement de Midi à Minuit.

    Nous voyons donc toute l’importance et la valeur initiatiques que joue l’heure sur la marche de nos Travaux qui se déroulent de Midi à Minuit.

    Voyons à présent le rôle de l’âge.

    L’âge des Apprentis

    Trois ans, c’est l’âge symbolique de l’Apprenti Maçon. Cette réponse du Second Surveillant est donnée pour préciser à quel grade l’Atelier va se mettre à travailler.

    Mais pourquoi avoir choisi ce nombre que nous retrouvons dans la marche (les pas), la batterie et l’acclamation ? C’est pour rappeler au Maçon qu’il est parvenu à la Lumière par trois grands coups et en trois voyages. Mais c’est aussi pour lui laisser toujours présent à l’esprit le symbolisme du Delta (situé au centre du fronton de l’entrée du Temple sur notre Tapis de Loge) qui préside à nos Travaux.

    Les conditions sont à présent remplies pour pouvoir commencer à travailler : nous avons la qualité de Maçon, nous avons l’âge (d’Apprenti) et il est l’heure. Nous basculons dans le temps sacré.

    Il s’agit à présent d’annoncer à tous que les Travaux vont être ouverts. Cette annonce est, ici aussi, hiérarchisée en trois temps.

     

    Ouverture du Volume de la Loi sacrée

     

    Les Surveillants se placent devant les candélabres : le 1er Surveillant au Sud-Ouest, le 2nd Surveillant au Nord-Ouest.

    En même temps, le Maître des Cérémonies se rend à l'Orient et passe son boute de feu au V:. M:. qui l'allume à la bougie centrale du chandelier placé sur sa stalle et rend le boutefeu au Maître des Cérémonies.

    Le Vénérable Maître descend de sa stalle. Il ouvre la Bible en souhaitant que la Vraie Lumière éclaire notre Loge (ou nos Travaux).

    Il s’agit de la Lumière qui a fait disparaître le « voile épais » du profane admis à l’Initiation.

    Nous sommes entrés dans un local non éclairé.

    Après avoir pris toutes les précautions d’usage, après nous être séparés du monde et des préoccupations profanes, après la reconnaissance mutuelle des Frères, la Lumière éclaire à présent la Loge devenue Temple Sacré.

    Le Vénérable Maître dispose le Compas et l’Équerre de la manière appropriée.

    Au premier degré, l’Equerre est posée sur le Compas ouvert à 45 degrés.

    Allumage des bougies

    Le Vénérable Maître, précédé du Maître des Cérémonies, se rend au candélabre Sud-Est où il allume le cierge du Pilier "Sagesse".

    Le Maître des Cérémonies se rend alors à l'Occident et tend son boutefeu successivement aux 1er et 2nd surveillants qui allument respectivement les cierges du Pilier "Force" et du Pilier "Beauté".

    Découverte du Tableau de Loge

    A ce moment, le plus récent Apprenti découvre le Tableau ou finit de le dérouler.

    • Si le Tableau de Loge est recouvert d’un drap foncé, il s’agit d’enrouler ce drap de l’Orient vers l’Occident ;
    • si c’est le Tableau lui-même qui doit être déroulé, il s’agit également de l’ouvrir de l’Orient à l’Occident car c’est de l’Orient que vient la Lumière.

    Le Vénérable Maître retourne à sa stalle par le Nord.

    Les Surveillants font demi-tour à droite et rejoignent leur stalle par le plus court chemin, sans faire de circumambulation.

    Le Maître des Cérémonies éteint son boutefeu par étouffement, sans souffler dessus.

    Dès que les trois Officiers chargés de diriger les Travaux sont en place et qu'ils ont donné les coups de Maillet rituels, les Travaux sont considérés comme ouverts.

    Marques de respect envers le Vénérable Maître

    Le Vénérable Maître nous invite à se joindre à lui par le signe et la batterie. Cette manière de procéder est un rappel à la discipline maçonnique qui devra régner pendant toute la durée des Travaux.

    Comme nous le rappelle le « tuilage » lors de la cérémonie de Réception ou d’Initiation, le signe d’Apprenti se fait par Équerre, Niveau et Perpendiculaire, en trois temps (la position de la main évoque l’Equerre ; la tirer horizontalement évoque le Niveau ; la laisser tomber verticalement évoque la Perpendiculaire).

    L’exécution du signe nous rappelle le respect et la déférence dus aux trois premières Lumières qui président aux Travaux et qui en assurent la bonne marche et la discipline.

    Le signe résume toutes les qualités du Maçon. L’Équerre symbolise généralement pour nous tous la droiture de notre conscience et de nos actes. Le Niveau nous rappelle l’égalité qui règne entre tous les Frères, quels que soient leur rang social, leur intelligence ou leur fortune. La Perpendiculaire, symbole de l’aplomb et de la rectitude, nous rappelle qu’il faut établir tout jugement sur des bases solides pour assurer l’harmonie et la solidité du Temple que nous construisons symboliquement. Nous devons posséder une rectitude de jugement qu’aucune considération d’intérêt ne doit modifier.

    Faut-il aussi rappeler que l’Equerre, le Niveau et la Perpendiculaire sont les trois bijoux mobiles de la Loge. L’Équerre est le bijou du Vénérable Maître ; le Niveau est celui porté par le Premier Surveillant ; la Perpendiculaire par le Second Surveillant. Ils sont qualifiés de « mobiles » parce qu’ils passent d’un Frère à un autre quand la Loge procède à l’Installation de nouveaux Officiers Dignitaires.

    Le Signe est d’abord le rappel de l’engagement pris lors de l’Initiation et du châtiment qui serait appliqué si l’on venait à y forfaire.

    Ce Signe de reconnaissance signifie, par son triple symbole : « je suis Maçon, parce que juste, droit et régulier ».

    Quelles sont les raisons d’être du signe et de la batterie ?

    Leur exécution permet d’abord de s’assurer qu’aucun Profane n’a pu se glisser parmi nous car notre formule d’Ouverture des Travaux a été bien simplifiée comme cérémonial par rapport à ce qui se pratiquait il y a deux siècles ! A cette époque, le Frère Expert se présentait devant chaque Frère et leur demandait l’un après l’autre, à voix basse, les mots et l’attouchement ! Ce procédé un peu long a été remplacé par l’exécution du signe et de la batterie, et parfois de l’acclamation, ce qui permettrait de déceler la présence d’un Profane sur les Colonnes.

    Dans certains rites (notamment au Rite Écossais Ancien Accepté), le Vénérable Maître invite encore les Frères à faire l’acclamation, ce qui, symboliquement me paraît plus correct car la batterie et l’acclamation sont indissolublement liées et nous ramènent au Nombre trois.

    Au Rite moderne, le Vénérable Maître conclut en déclarant que les Travaux sont ouverts et en invitant les Frères à prendre place.

    Commentaires à propos du rituel de Fermeture des Travaux au degré d'Apprenti

    L'ordre du jour étant épuisé, lorsque tous les points particuliers de l’ordre du jour ont été rencontrés, le Vénérable Maître peut annoncer qu’il va clore les Travaux. Mais il utilise le verbe « fermer », suivant un usage malheureux, peu correct par rapport à la Tradition.

    La Clôture des Travaux ne vise pas à annuler les effets de leur Ouverture, Ouverture qui avait suscité l’éveil des consciences. Rien dans le rituel de Clôture n’indique en effet que cette conscience ait à se mettre en sommeil. Bien au contraire, la Clôture est une affirmation de la force du lien qui unit tous les Maçons en solidarité et en fraternité, autant qu’une exhortation à poursuivre à l’extérieur l’œuvre entreprise dans le temple.

    Ce temps sacré crée ou recrée, chaque fois, un temps privilégié et un espace sacré entre Midi et Minuit qui permet de modifier son système de références habituels. Il s’agit d’un temps mythique qui vient s’insérer dans le temps historique.

    L’Ouverture et la Clôture des Travaux, entre Midi et Minuit, constituent des sas qui séparent le monde sacré du monde profane.

    Si l’Ouverture constitue une sacralisation, la Clôture permet de retourner au temps ordinaire ou temps profane. Il y a à la fois continuité et rupture. Continuité où l’on passe d’un temps à un autre, et rupture dans la mesure où ce temps privilégié permet à chaque Maçon de se défaire de son apparence sociale, aidé en cela de l’abandon préalable de ses métaux à la porte du temple, pour s’efforcer de devenir ou d’être lui-même.

    Le choix de Midi correspond à l’éclat de la pleine Lumière recherchée, où analogiquement le Soleil est à son zénith, lorsque les Maçons commencent leurs Travaux. Celui de Minuit coïncide, au moment de l’obscurité la plus profonde de la nuit, celui où l’Initié s’apprête à retourner dans le monde profane enténébré, pour y porter la Lumière perçue.    

    La parole aux Colonnes !

    Le Vénérable Maître invite les Frères Surveillants à autoriser les participants à prendre la parole s'ils ont une communication à faire dans l'intérêt de l'Ordre en général ou de l'Atelier en particulier.

    La prise de parole des Frères sur les Colonnes et à l'Orient est un moment de convivialité qui s’annonce.

    Tout Frère ayant rendu visite à une autre Loge va pouvoir s’exprimer. En général, il s’agit de rapporter les salutations fraternelles que le Vénérable Maître de l’Atelier visité lui aura demandé de transmettre au nom de tous les Frères.

    Dans le cas où un Frère aurait une suggestion à formuler, ne vaudrait-il pas mieux qu’il l’exprime discrètement en salle humide ?

    Lorsqu’un Frère a reçu de son Surveillant l’autorisation de s’exprimer, ne convient-il pas de le remercier avant de s’adresser au Vénérable Maître ? Ce ne semble pas être une pratique courante partout !

    Le Frère qui a reçu l'autorisation de s'exprimer :

    • ne s’adresse qu’au Vénérable Maître et à lui seul ;
    • n’utilise jamais l’expression « et vous tous, mes Frères, en vos grades et qualités » car cette expression est exclusivement réservée au Frère Orateur !

    La collecte et le relevé des propositions

    Les sacs circulent sous la conduite du Frère Maître des Cérémonies. Celui-ci  véhicule les deux sacs ou rien que le sac aux Propositions. Il peut se faire accompagner du Frère Aumônier – Hospitalier qui véhicule le Tronc de Bienfaisance.

    C’est dans le Sac aux Propositions que le Parrain glisse la lettre de candidature d’un Profane qui deviendra probablement son filleul...

    Le Sac aux Propositions peut aussi contenir toute demande d’affiliation. Il s’agit généralement de Frères déjà membres d’au moins une autre Loge qui souhaitent devenir membre de notre Atelier.

    Les Frères Apprentis et Compagnons peuvent aussi être amenés à glisser dans le « Sac aux Propositions » leur « demande d’augmentation de salaire » avec toutefois l’accord bienveillant de leur Surveillant.

    Trois expressions au moins désignent le moyen de récolter l’aumône des Frères : le même sac peut s’appeler « le Tronc de Solidarité », « le Tronc de la Veuve » ou « le Tronc de Bienfaisance », selon les usages du Rite et les habitudes de la Loge.

    Ledit Tronc sert donc à récolter une certaine somme qui sera évaluée par le Frère Aumônier Hospitalier (ou Eléémosynaire) avec l’aide du Frère Trésorier éventuellement.

    Dans certaines Loges (au Rite Écossais Ancien Accepté essentiellement), le Vénérable Maître demande à ce moment si l’un ou l’autre Frère souhaite prendre possession du « Tronc de la Veuve ». Le produit de cette collecte est en fait destiné à tout Frère qui se trouverait un jour ou l’autre en grande difficulté financière.

    Le paiement du salaire des ouvriers

    Les « catéchismes » stipulent que les Apprentis et les Compagnons reçoivent leur salaire à la Colonne de leur grade et qu’ils en sont contents ! Cette terminologie signifie que la récompense, ou le salaire reçu par un Apprenti ou un Compagnon donnant toute satisfaction dans le chantier d’œuvres, réside dans l’acquisition de nouvelles connaissances dispensées par l’instruction.

    Après s'être assuré de l'état de satisfaction des participants, le Vénérable Maître fait rappeler l'heure à laquelle les Travaux se clôturent.

    Rappel des dispositions temporelles

    Les Travaux se sont déroulés symboliquement de Midi à Minuit. En effet, en Loge, le temps profane n’existe plus.

    C’est à « Minuit » symbolique que se termine la Tenue (c’est-à-dire généralement entre 22 et 23 h profanes !).

    Les Travaux s’achèvent invariablement à Minuit, au moment où la Lune, astre des nuits peut au maximum exercer son pouvoir de réflexion sur la voûte céleste.

    Les conditions ne sont plus remplies pour pouvoir poursuivre les Travaux.

    Nous nous apprêtons donc à regagner le monde profane, pour y poursuivre l’œuvre commencée dans l’espace sacré. La Lumière que chacun emporte dans son cœur continuera à illuminer la voie.

    Le Vénérable Maître nous fait rappeler nos devoirs de discrétion et de réserve d’une part, de pratique effective de la fraternité dans le monde profane.

    C’est éventuellement le moment de la Chaîne d’union. Certaines Loges la font systématiquement. Il est regrettable que nos rituels n’en fassent pas une obligation à toutes les Loges.

    Non seulement elle symbolise les liens fraternels qui unissent tous les Maçons répandus sur la surface du globe, mais réunissant tous les Maçons sans distinction de grades ou de fonctions, elle montre l’égalité de tous les Frères dans une même communion des cœurs. Elle indique aux Maçons, au moment de se séparer, qu’une union fraternelle doit toujours les réunir dans le Temple et hors du Temple.

    Au cours de cette Chaîne d’union fraternelle, le Vénérable Maître peut inviter le Frère Orateur à énoncer une pensée maçonnique, une sentence, un précepte, …

    L'extinction des feux

    La scène qui suit symbolise le retour de la lumière au monde profane, de l’Orient à l’Occident. Le déroulement se fait dans l’ordre inverse de l’Ouverture des Travaux.

    Le Vénérable Maître accompagné par le Maître des Cérémonies se rend au candélabre Sud-Est et simultanément les Surveillants se rendent respectivement aux candélabres Sud-Ouest et Nord-Ouest.

    Pendant le jeu de scène suivant, le Tableau est recouvert (normalement) par le plus jeune des Apprentis.

    Le Maître des Cérémonies, muni de son éteignoir, se place entre les Surveillants et le tend au 2nd  Surveillant. Celui-ci éteint la bougie du Pilier "Beauté". De même, le 1er Surveillant éteint la bougie du Pilier "Force". Ensuite, le Maître des Cérémonies  se rend auprès du Vénérable Maître par le Nord, et lui tend son éteignoir afin qu'il éteigne à son tour la bougie du Pilier "Sagesse".

    Le Vénérable Maître accompagné par le Maître des Cérémonies se rend alors à l’Ouest de l’Autel, ferme la Bible en rappelant un des verset du prologue de Jean.

    Il s’agit de la première partie du verset « La Lumière luit dans les Ténèbres et les Ténèbres ne la reçoivent pas » (ou « ne l’ont pas comprise » ou « ne l’ont pas reçue », etc.).

    Ce verset serait incompréhensible en l’abordant autrement que par la symbolique.

    En voici une interprétation : la Lumière qui brille dans les Ténèbres est la Vérité éternellement présente en tous lieux et en toutes circonstances, même lorsqu'elle est bafouée par les hommes.

    Les Ténèbres sont le symbole des hommes qui ne peuvent être pénétrés par la Lumière tant les voiles de toutes sortes qui masquent la nature essentielle sont épais. Ces voiles sont ceux de l’ignorance, des passions…

    Selon notre rituel officiel de la G.L.R.B., le verset ne doit être prononcé qu’à moitié pour éviter les différentes interprétations possibles de sa seconde partie !

    Les Ténèbres sont rejointes mais la Lumière brille derrière nous, derrière ce que nous quittons.

    Nous, les « Enfants de la Lumière », retournons dans le monde profane. Pour ce faire, nous nous mettons à l’ordre.

    C’est dans le plus profond silence que les Frères entrent dans la Loge et en sortent lors des Tenues. Lors de la Clôture des Travaux, les Surveillants annoncent après l’avoir constaté, que le silence règne sur les Colonnes. Dans certains Loges (notamment celles qui pratiquent le R.E.A.A.), le Vénérable Maître fait jurer aux assistants, lors de chaque Tenue, de garder le silence sur la nature des Travaux qui viennent de se dérouler.

    Le Maître des Cérémonies mène les Frères en cortège vers le Parvis, en allant d’abord chercher le Vénérable Maître, les Grands Officiers et les éventuels Vénérables Maîtres visiteurs, le Passé Maître Immédiat, l’Orateur et le Secrétaire qui ont siégé à l’Orient. Suivent ensuite les Frères qui ont siégé sur la Colonne du Nord puis ceux de la Colonne du Midi.

    Comme pour tout déplacement dans l’Atelier, nous quittons la Loge au Signe de fidélité. Nous n’avons pas le droit de révéler à qui que ce soit ce que nous venons de vivre !

     

    Réflexion finale

    Si le rituel de l’Ouverture des Travaux a pour but de créer un état d’esprit propice pour œuvrer utilement, le rituel de Clôture (dit « de Fermeture ») de la Loge, sous une forme identique, n’est pas là simplement pour raison de symétrie, ni parce qu’il faut qu’il y ait quelque chose pour finir. En effet, en Maçonnerie, tout ce qui se fait, tout ce qui se dit comporte un enseignement.

    En « fermant » les Travaux, en vertu de l’âge et de l’heure, en tirant la batterie, l’on indique aux Maçons que, quoique minuit soit l’heure du repos, ce repos n’est pas celui du Travail en Loge.

    La répétition du cérémonial de l’Ouverture doit, à long terme, faire comprendre aux Frères que le Travail maçonnique ne s’accomplit pas qu’en Loge mais que rendus à la vie profane, les Maçons doivent mettre à profit les enseignements qu’ils ont puisés en Loge. Ils doivent les appliquer à eux-mêmes pour vaincre leurs passions, former leur jugement et leur raison. C’est pour le leur rappeler que  les Travaux se ferment en vertu de l’heure et de l’âge.

    Voici venu le moment de nous séparer sous la Loi du Silence car rien ne doit transpirer de nos assemblées, bien qu’il ne s’y passe des choses fantastiques mais parce que l’on ne doit pas livrer l’objet de nos Travaux à des Profanes qui ne seraient pas aptes à les comprendre.

    Il semble indéniable que les rites d’Ouverture et de Clôture des Travaux favorisent la manifestation d’une Présence spirituelle parmi les Initiés assemblés, en même temps qu’ils créent une sacralisation du temps, de l’espace et du lieu. Dès lors, il est nécessaire de prendre conscience que chacun travaille en Loge non pour un motif d’autosatisfaction, ni pour une forme de vanité par érudition intellectuelle, mais pour l’édification d’une œuvre personnelle et collective. L’objectif du partage des Travaux en Loge doit être un perfectionnement individuel, avec la volonté constante d’avancer toujours plus avant dans la voie de la Lumière et de la Connaissance, progression dont la rémunération ou salaire sont aussi d’ordre sacré.

     

    R:. F:. A. B.

     

    Bibliographie

    Gloton Edmond - Instruction maçonnique aux Apprentis

    La Maison de Vie, Paris, 2009

     

    Guigue Christian - La formation maçonnique

    Editions Guigue, Mons-en-Baroeul, 2003

     

    Mainguy Irène - La symbolique maçonnique du troisième millénaire

    Editions Dervy, Paris, 2006

     

    Pour aller plus loin :

     

    Doignon Olivier - Comment naît une Loge maçonnique ?

    L’Ouverture des Travaux et la création du monde (tome 1)

    La Maison de Vie, Fuveau, 2005

     

    Doignon Olivier - La construction rituelle d’une Loge maçonnique

    L’Ouverture des Travaux et la création du monde (tome 2)

    La Maison de Vie, Fuveau, 2005

     

    Pozarnik Alain - Mystères et actions du rituel d'Ouverture en Loge maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1999

     

    Pozarnik Alain - Symbolisme du rituel de Fermeture en Loge maçonnique :

    Une ouverture sur la vie - Editions Dervy, Paris, 2011

    Le rituel de Fermeture des Travaux au degré d'Apprenti


    1 commentaire
  • * Le Prologue de l’Evangile de Jean

    Introduction

    La raison essentielle qui m’a incité à retravailler cette planche ébauchée pour la première fois il y a quatorze ans et déjà remise par deux fois « sur le métier », c’est de vouloir souligner davantage l’importance du Prologue de l’Évangile de Jean dans notre vie de Maçons.

    Cette quatrième version de ce Tracé se justifie notamment par le fait que j’ai décidé de supprimer le mot « saint » devant le prénom « Jean ». Ce qualificatif de « saint » me paraît réducteur : il a été attribué par une religion à un personnage qui a une envergure universelle.

    Le Prologue de l’Évangile de Jean est sans conteste une des pages les plus majestueuses et les plus denses de toutes celles du Nouveau Testament. On peut en trouver de plus passionnées, de plus poétiques peut-être aussi, mais rarement qui fassent autant songer au vol de l’aigle royal. Mais ce Prologue est aussi une page qui offre nombre de difficultés. Son interprétation n’est pas évidente.

    Comme pour tout symbole et tout rituel, il convient de se poser un maximum de questions au sujet de ce Prologue qui, à mes yeux, a beaucoup d’importance dans le cadre de la prestation de tous nos serments.

    Le but de la présente planche subsiste depuis sa première version : c’est de resituer ce Prologue dans le contexte des Évangiles et de la Bible, de tenter de répondre à quelques questions fondamentales et à toutes celles qui en découlent : quelle est la structure du Prologue ? Celle de l’Évangile de Jean ? Celle de la Bible ? Quelle interprétation peut-on donner au Prologue ?

    Lorsque nous avons reçu la Lumière lors de notre Initiation, nous avons été invités à nous approcher de l'Orient où siège le Vénérable Maître afin de prêter le serment d'usage. Cette prestation s’effectue devant le plateau du Vénérable Maître, sur l’Autel des serments où sont posés un livre, une équerre et un compas. Plus tard, nous avons appris qu'il s'agissait des Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie : le Volume de la Loi Sacrée, l’Équerre et le Compas.

    Le Volume de la Loi Sacrée est ouvert, au début de chacune de nos Tenues, au Prologue de l’Évangile de Jean, ce qui précise beaucoup le sens à donner au Livre.

    Nous utilisons l'expression « Volume de la Loi Sacrée » mais c'est bien un livre qui se trouve sur l'autel. Le « Volume de la Loi Sacrée » est considéré comme « la » référence sur laquelle chaque Loge doit s'appliquer à calquer ses activités.

    Ce Livre a fait l'objet de maintes controverses qui justifient en partie le nombre d'obédiences maçonniques contemporaines. De quelque nature que soient sa forme et son expression matérielle, dans presque tous les cas, la Loi était, à l'origine, d'essence divine. Avec l'évolution des mœurs et des croyances, elle fut bientôt élaborée par les hommes, davantage en fonction de leur vie en communauté qu'à partir de principes strictement spirituels.

    Qu'il ait ou non une croyance religieuse, le Franc-maçon reconnaît en la loi maçonnique le fondement du serment qu'il a fait lors de son Initiation : il se tait devant les profanes, il cherche la Vérité, veut la Justice, aide ses Frères et se soumet à la Loi.

    C'est parce que le « Volume de la Loi sacrée » symbolise la Loi elle-même qu'elle figure sur l'autel. Etant la Loi, il est normal qu'elle occupe une position «centrale» pendant nos Tenues.

    Lorsque nous avons prêté serment, nous avons posé la main droite sur les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie, la Bible étant ouverte au Prologue, c’est-à-dire au premier chapitre de l'Evangile de Jean.

    Rappelons que la plupart des Francs-Maçons fêtent les Solstices de la Saint-Jean [1], notamment le Solstice de la Saint-Jean d'hiver (21 décembre) ou la Saint-Jean d'hiver (24 ou 27 décembre). « Eclairés », ils saluent ce moment où le soleil s'arrête (solstitium) notamment par l'organisation d'une Tenue particulière, une « Tenue Solsticiale ».

    C'est à ce moment de l'année que le jour est le plus court et la nuit la plus longue. A partir du Solstice d'hiver, les jours vont s'allonger et la lumière vaincra les Ténèbres. Le Solstice a été marqué autrefois par des fêtes païennes [2], comme les saturnales romaines en l'honneur du soleil invaincu (sol invictus) lié en particulier au culte de Mithra. Cette fête comme d'autres festivités païennes a ensuite été assimilée par des religions comme le christianisme.

    Ce n'est qu'en 354 que le pape Libère (Liberus) décida que Noël, jour de la naissance de Jésus, devait être fêté le 25 décembre. La Saint-Jean d'hiver (27 décembre) coïncide à peu près avec la célébration du Solstice d’hiver (entre le 20 et le 23 décembre). Il s'agit ici de fêter Jean l’Évangéliste. Jean le Baptiste quant à lui est fêté, le 24 juin, peu après la célébration du Solstice d'été (entre le 19 et le 22 juin).

    Certains voient dans les deux Jean la représentation des phases ascendantes et descendantes du soleil. Ils se retrouveraient dans le dieu romain bicéphale Janus.

    Dans la plupart des Loges qui utilisent la Bible comme Volume de la Loi Sacrée, cette Bible est donc ouverte au Prologue, première page de l'Evangile de Jean, qualifié souvent, selon Jules Boucher, d'Evangile de l'Esprit.

    L'attribut de Jean l’Évangéliste est l'aigle. Pour les Maçons, Jean l’Évangéliste représente l'Initié.

    La Bible comme Volume de la Loi Sacrée

    Pour la maçonnerie opérative, mais également encore bien plus tard pour toutes les obédiences affiliées à la Grande Loge de Londres, la Bible est restée « la » référence. Quand bien même certaines obédiences ont pu prendre des distances avec la religion chrétienne, la Bible demeure profondément ancrée dans toute dynamique maçonnique par le formidable élan d'espoir et de fraternité qu'elle a su transmettre siècle après siècle.

    Devenue synonyme de « Volume de la Loi Sacrée », la Bible a longtemps joué un rôle fondamental dans la Franc-maçonnerie. La résurgence du savoir des Anciens – bâtisseurs de pyramides et autres temples antiques – s'est faite en Occident, au moyen âge, dans le creuset du christianisme, en une imprégnation totale des croyances et rites de la chrétienté.

    Sous l'influence prédominante de l'idée chrétienne en Occident, nos aînés ont cru devoir choisir la Bible pour perpétuer au sein de la Maçonnerie le souvenir d'un enseignement que l'on pourrait synthétiser comme ceci : l'homme est un pont et non un but ; il est un passage et un déclin : le maillon d'une chaîne infinie.

    Pour les Anglo-Saxons, c'est la Bible qui doit se trouver ouverte sur l'autel. Si cette règle – notamment – n'était pas observée, l'obédience réfractaire serait déclarée «irrégulière».

    La Bible, en soi, en tant qu'accessoire rituel, ne se prête à aucune interprétation. La Bible, pour moi, n'est pas un symbole. Par contre, ce qui est symbole, c'est ce qui est présent‚ sous la forme d'un modèle binaire posé sur le Livre. Le dépôt du modèle symbolique «Équerre – Compas» sur la Bible garantit au Franc-maçon que la lecture de la Bible ne lui sera jamais imposée conformément à des dogmes.

    Par contre, les récits de ce livre font un appel intense au langage symbolique, à commencer par le tout premier, intitulé « Genèse » pour terminer par le tout dernier, intitulé « Apocalypse ».

    La présence de la Bible dans la Loge ne se justifie que par le désir de ne pas laisser s'estomper l'annonce faite par Jean de l'approche de la Lumière.

    La Bible chrétienne

    Le terme « Bible » vient du grec « biblia » qui veut dire « livres ». La Bible chrétienne comporte 2 parties, l'Ancien Testament et les 27 livres du Nouveau Testament, tandis que la Bible juive comprend 39 livres en hébreu.

    L'Ancien Testament

    « Ancien Testament » vient d'un mot latin qui veut dire « alliance » [3].

    Selon la tradition juive et chrétienne, Moïse est l'auteur des cinq premiers livres de la Bible et la volonté de Dieu a été révélée à Israël par l'intermédiaire de Moïse quand l'alliance a été conclue sur le mont Sinaï. Les livres de l'Ancien Testament ont été écrits sur un millier d'années. L'Ancien Testament utilisé par les chrétiens est la Bible du judaïsme, complétée de sept autres livres et adjonctions pour les catholiques.

    Le Nouveau Testament

    Le Nouveau Testament est composé de vingt-sept documents écrits entre 50 et 150, transmis en grec, comprenant les quatre Évangiles, les Actes des Apôtres, vingt-et-un Épîtres et l'Apocalypse.

    Les Évangiles

    Le mot « Évangile » vient d’un mot grec signifiant « bonne nouvelle », mais il est plus particulièrement dédié à la narration de la vie de Jésus, considérée comme LA bonne nouvelle. Il existe quatre Évangiles reconnus par l’Eglise catholique et figurant dans la Bible. Il en existe d’autres, dits « apocryphes », c’est-à-dire non admis dans le canon biblique. Trois des Évangiles reconnus, ceux de Matthieu, de Marc et de Luc, sont dits « synoptiques ». Ils présentent une vision historique des choses et racontent les mêmes faits, dans des termes se rapprochant parfois beaucoup les uns des autres. Ils décrivent la vie et l'enseignement de Jésus. Ils sont assez proches, datant de 65 – 80.

    L'Évangile de Jean

    Le quatrième Évangile est celui de Jean. Plus tardif, il se distingue des autres par le caractère plus divin donné à Jésus et par l'esprit plus doctrinal. Ces écrits donnent encore lieu à des polémiques sur les dates et les auteurs, les exégètes oubliant un peu trop le fond pour la forme. Il a été rédigé en grec, vers 97, en Asie Mineure, à Éphèse. Comme celui de Marc, il ne fait aucune allusion à la naissance de Jésus, à son enfance, mais à la différence des trois autres Évangiles, il est plus doctrinal qu'événementiel. Il proclame que « Jésus est comme Dieu », montrant sa nature divine. Trois thèmes forts sont abordés : la lumière opposée aux ténèbres, la mort et la vie, la recherche de la connaissance.

    Qualifié parfois d’Évangile spirituel, ou d’Évangile de la Lumière, l’Évangile de Jean se concentre sur quelques épisodes de la vie de Jésus auxquels il apporte un éclairage très particulier, quasi ésotérique.

    Jean a en outre écrit trois épîtres ou lettres, dont la première est souvent dite « Épître de l’amour ».

    C’est là que l’on trouve des phrases célèbres, comme : « Celui qui aime son Frère demeure dans la lumière » (1 Jn, II, 10). Placer la Franc-maçonnerie sous l’égide de l’Amour universel et de la Lumière, voilà qui suffirait à justifier la Bible comme Volume de la Loi Sacrée !

    Les Loges de saint Jean

    Pour Jules Boucher, la Franc-maçonnerie fut bien inspirée en donnant le nom de Jean à ses Loges en raison des multiples sens qu'on peut y attacher. Le nom de Jean se rattache notamment à la mystérieuse légende du « Prêtre Jean » du 12ème et 13ème siècle, qui serait un souverain tatar.

    Jusqu'au 18ème siècle, le négus d'Abyssinie était appelé de ce nom. Nombre d'empereurs d'Abyssinie ont porté le nom de Jean !

    On dit aussi que les Templiers célébraient leurs fêtes les plus importantes le jour de la Saint-Jean d'été. La Franc-maçonnerie ne ferait-elle que perpétuer une coutume de l'Ordre du Temple ? Rien ne permet cependant de confirmer une filiation entre l'Ordre du Temple et la Franc-maçonnerie !

    Le nom de Jean a aussi été rattaché à Janus, ce dieu latin au double visage : l'un de jeune homme et l'autre de vieillard, symbolisant, dit-on, le passé et l'avenir, l'année qui finit et celle qui commence.

    Cependant, pour Oswald Wirth, étymologiquement, Jean ne provient pas de Janus, mais de l'hébreu Jeho h'annam, qui se traduit par « Celui que Jeho favorise ». Le même verbe revient dans H'anni-Baal ou Annibal, qui signifie « Favori de Baal ». Mais Jeho et Baal ne sont autres que des noms ou des titres du Soleil ! Celui-ci était envisagé par les Phéniciens comme un astre brûlant, souvent meurtrier, dont les ravages sont à redouter. Les mystagogues [4] d'Israël y voyaient au contraire l'image du Dieu – Lumière qui éclaire les intelligences.

    Jeho h'annan, Johannès, Jehan ou Jean, devient ainsi synonyme d'Homme éclairé ou illuminé à la manière des prophètes.

    Ainsi, de même que les artistes des cathédrales, instruits sans doute de doctrines ésotériques fort anciennes, le penseur véritable ou l'Initié est donc en droit de se dire Frère de saint Jean.

    Oswald Wirth fait encore remarquer que

    1°) « Jean le Baptiste nous est présenté comme le précurseur immédiat de la Lumière rédemptrice ou du Christ solaire. Il est à l'aube intellectuelle qui, dans les esprits, précède le jour de la pleine compréhension. Il personnifie la lumière crépusculaire du soir, celle qui embrase le ciel lorsque le soleil vient de disparaître sous l'horizon ».

    2°) « Jean l’Évangéliste, le disciple préféré du Maître fut, le confident de ses enseignements secrets, réservés aux intelligences d'élite des temps futurs. On lui attribue « l'Apocalypse », qui, sous prétexte de dévoiler les mystères chrétiens, les masque sous des énigmes calculées pour entraîner les esprits perspicaces au-delà des étroitesses du dogme. Aussi, est-ce de la tradition johannite que se sont prévalues toutes les écoles mystiques, qui, sous le voile de l'ésotérisme, ont visé à l'émancipation de la pensée ».

    « Dans ces conditions, conclut Oswald Wirth, le titre de « Loges de saint Jean » convient, mieux que tout autre, aux Ateliers où les intelligences, après avoir été préparées à recevoir la lumière, sont amenées à se l'assimiler progressivement, afin de pouvoir la refléter à leur tour ».

    L’auteur de l'Évangile de Jean

    Depuis le 19ème siècle, l'identité de l'auteur de « l'Évangile selon saint Jean » soulève de vives controverses. De nos jours, diverses propositions sont retenues.

    Selon l'exégète Peter Brown, il serait l'émanation de trois groupes, un groupe d'origine, un groupe de Samaritains et un groupe de Grecs. Le groupe d'origine correspond aux disciples de Jean, le fils de Zébédée, ainsi qu’aux disciples de Jean le Baptiste. Le groupe des Samaritains est un ensemble de chrétiens opposés au temple juif. Le groupe des Grecs est un ensemble de juifs présents dans la diaspora.

    La seconde hypothèse, celle de l'exégète Marie Etienne Boismard, prend en compte deux lieux de rédaction, la Palestine et Éphèse, et retient trois auteurs. Le premier serait Jean, nommé dans l'Évangile comme « le disciple que Jésus aimait ». Le deuxième est Jean dit « le Presbytre », un juif, et le troisième, un juif chrétien d'Éphèse. Chaque hypothèse insiste sur l'unité de l'Évangile selon Jean et sur la longueur du travail de rédaction.

    Jean l’Évangéliste

    Originaire du village de Bethsaïde, Jean était un pêcheur du lac de Tibériade comme son père Zébédée et son frère Jacques. Ils furent des disciples de Jean le Baptiste qui déclara : « Celui qui vient derrière moi est plus grand que moi ». C'est Jean le Baptiste qui leur montra Jésus de Nazareth en leur déclarant : « Voici l'agneau de Dieu ». Jean et Jacques devinrent des pêcheurs d'hommes.

    Jean est considéré comme « le disciple que Jésus aimait ». Il put le suivre sur la montagne du Thabor pour entendre une voix venue du ciel dire : « Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute ma complaisance. Ecoutez-Le ». Le Christ le choisit pour s'asseoir à ses côtés lors de la dernière Cène. Et Jean le suivit jusque dans la cour du Grand Prêtre lorsqu'il fut arrêté. Fidèle d'entre les fidèles, il sera le seul parmi les apôtres, au pied de la croix. C'est lui également qui fut le premier au tombeau et découvrit les bandelettes sur le sol.

    Selon une tradition, Jean vécut ensuite à Éphèse avec Marie. C'est là qu'il aurait écrit le quatrième Évangile. Pendant son exil à Patmos, il aurait eu la révélation de l'Apocalypse (le terme même d'apocalypse signifie « révélation »).

    Jean aurait été amené d'Éphèse à Rome, chargé de fers, sous le règne de l'empereur Domitien. Il fut condamné par le sénat à être jeté dans l'huile bouillante devant l'actuelle Porte latine. Selon un site chrétien, il en serait sorti plus frais et plus jeune qu'il n'y était entré. Il serait décédé en 99 ou en 101.

    Structure de l'Évangile de Jean

    L'Évangile de Jean comporte quatre parties distinctes.

    La première (I, 1-18 « Au commencement était le verbe [...] et le verbe était Dieu ») est un prologue qui compte un hymne d'introduction, une pièce à part dans l'Évangile. Elle a sûrement existé isolément, peut-être sous une forme brève. En effet, l'Église primitive usait fréquemment d'hymnes de ce genre. Celle-ci décline les grands thèmes de l'Évangile : Jésus est présenté ici dans son origine et son commencement.

    La seconde partie (I, 19 ; XII, 50) présente Jésus comme Christ ou Messie. Les miracles ou les signes accomplis par Jésus y sont au nombre de sept. Le premier est celui de Cana. Suivent la guérison du fils d'un fonctionnaire, la guérison d'un homme infirme, la multiplication des pains (seul signe mentionné dans les quatre Évangiles), la guérison d'un aveugle-né et la résurrection de Lazare.

    La troisième partie de l'Évangile commence, selon certains exégètes, avec les derniers voyages du Christ à Béthanie. D'autres exégètes centrent cette partie sur le thème du retour du Fils vers le Père. La troisième partie commencerait alors au chapitre XIII après le ministère public du Christ et irait jusqu'au chapitre XX.

    Quelle que soit la division adoptée, cette partie contient le récit de la Cène ; le dernier discours et la dernière prière du Christ, dite « prière sacerdotale », le récit de la trahison de Judas, de l'arrestation de Jésus, de son jugement, de sa crucifixion et de sa mise au tombeau. Elle témoigne de la résurrection de Jésus avec les apparitions du Christ ressuscité à Marie-Madeleine, aux disciples et à Thomas l'incrédule.

    La quatrième partie de l'Évangile (chapitre XXI) est un appendice ou épilogue. Le Christ apparaît à ses disciples. Cet épilogue met en scène Pierre et « le disciple que Jésus aimait ». La communauté johannique manifeste par là son lien à l'Église de Jérusalem (ou communauté de Pierre). Elle accepte que le témoignage de foi ne passe pas seulement par l'amour. La communauté apostolique (ou communauté de Pierre) doit accepter la christologie [5] élaborée par elle.

    Les influences subies

    L'Évangile de Jean me semble traversé par trois ou quatre influences.

    Il est en dialogue en premier lieu avec les gnostiques. La gnose [6] répandue dans le bassin méditerranéen en particulier dans le monde juif est une doctrine cohérente fondée sur une conception dualiste (le Dieu du mal contre le Dieu du bien). Le monde est une émanation d'êtres intermédiaires entre Dieu et les hommes ; c'est une réalité mauvaise. Le salut vient d'un intermédiaire qui donne la connaissance à un petit nombre. Certains thèmes gnostiques sont présents chez Jean : la lumière opposée aux ténèbres, la mort et la vie, la recherche de la connaissance. Mais Jean se démarque nettement de la gnose. Il donne à Jésus une humanité forte qui n'est pas comme dans la gnose, une simple apparence. La mort montre que Jésus est un homme véritable.

    Jean semble aussi en lien avec le monde grec, et peut-être reçut-il l'influence du néoplatonisme [7] ; mais il ne faut pas trop surestimer l'influence grecque. De nombreux exégètes pensent de nos jours qu'un lien fut établi entre Jean et le monde juif après la redécouverte du judaïsme palestinien.

    Il est aussi possible de trouver dans l’Évangile de Jean la résonance de courants importants de l'Ancien Testament : Jésus est présenté comme « serviteur de Dieu », « roi d'Israël », « prophète ». Enfin, il me semble qu’on peut également trouver dans certains passages de son Évangile un écho de la Genèse [8] mais surtout la marque de la figure de Moïse et du thème de l'Exode.

    Le genre littéraire de l’Evangile de Jean

    Le genre littéraire du quatrième Évangile lui est tout à fait propre. Aucun autre Évangile ne procède de cette manière.

    Le genre littéraire est commandé par le but que se propose l'auteur : nourrir et développer la foi des chrétiens. Cette foi s'alimente à la contemplation du Verbe, « venu dans la chair », c'est-à-dire rendu visible à nos yeux. Elle s'attache donc aux faits et gestes de Jésus, mais pour parvenir par eux et à travers eux jusqu'à la signification divine qu'ils comportent, et que l'auteur lui-même, arrivé au terme de sa vie, a pu longuement méditer. Jean est tout pénétré de la contemplation du verbe de Dieu dans la chair : « Le Verbe s'est fait chair, et il dressa sa tente parmi nous, et nous avons vu sa gloire (reflet de la divinité), gloire comme d'un fils unique, venu du Père, plein de miséricorde et de fidélité ». (1,14).

    C'est à la même contemplation que Jean invite ses lecteurs. Tandis que dans les Évangiles synoptiques toute la lumière vient de Jésus et « se répand sur les hommes pour les instruire », dans l'Evangile de Jean, toute la lumière est pour ainsi dire concentrée sur Jésus lui-même : « Philippe, qui me voit, voit mon Père » (14,9).

    Comment Jean s'y prend-il pour atteindre ce but ? C'est d'une manière à la fois historique et symbolique.

    1°) Historique d'abord. Il est bien clair que les faits de la vie du Christ choisis par Jean sont bien présentés par Lui comme s'étant historiquement réalisés. L'auteur insiste sur la réalité des faits rapportés. Il se présente comme témoin de ces faits (19,35). Et les disciples de Jean tiennent à confirmer son témoignage (21,24.)

    L'intention de l'auteur est délibérément historique (par exemple 20,30). Il faut donc reconnaître au quatrième Évangile la même valeur historique qu'aux trois autres : les faits rapportés sont authentiques. Ce qui ne signifie pas pour autant que l'auteur ne prenne une certaine liberté avec l'ordre chronologique des faits qu'il rapporte, comme le font aussi les Évangiles synoptiques.

    2°) S'il est historique, le genre littéraire du quatrième Évangile est symbolique également. Jean ne rapporte pas toutes les actions de Jésus, mais en choisit certaines. Ce choix est déterminé par une préoccupation symbolique. Il choisit celles qui lui paraissent le plus apte à conduire l'esprit du lecteur, par le moyen du symbolisme, à la contemplation du sens profond de la venue du Logos parmi les hommes.

    Il choisit par exemple le miracle de la guérison de l'aveugle-né pour faire bien comprendre que le Christ est la vraie Lumière. La vraie, c'est-à-dire la lumière-réalité, celle qui importe le plus, celle sur laquelle Jean veut diriger l'attention du lecteur, au-delà de la lumière symbole, qui est la lumière matérielle. Il choisit le miracle de la multiplication des pains pour faire comprendre qu'au-delà du symbole (pain matériel), il faut chercher un pain plus important (« Travaillez, non pour la nourriture périssable, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l'homme »). Ce pain plus important, ce pain-réalité, c'est le pain de l'âme, c'est-à-dire en définitive Jésus Lui-même : « Je suis le pain descendu du ciel » (6,41).

    Il est difficile de dire en quelle langue l’Évangile de Jean fut composé. Directement en grec ? En araméen et ensuite traduit en grec ? Si l'auteur a écrit cet ouvrage en grec, il ne serait pas surprenant d'y rencontrer des aramaïsmes [9], puisque Jean, même s'il écrivait en grec, ne pouvait penser qu'en sémite [10].

    L'auteur nous indique son intention en 20,30. Moins encore que les Évangiles synoptiques, Jean n'a pas l'intention d'écrire la vie de Jésus. Car tandis que ceux-ci traçaient quand même, à grands traits, une esquisse des principaux faits et dires de Jésus, Jean vise un but beaucoup plus précis. Il a délibérément écarté beaucoup de « signes » ou « miracles », et n'a choisi que ceux qui pouvaient servir son but : nourrir et développer la foi de ses lecteurs (« afin que vous croyez »).

    Il ne s'agit pas de convertir. Les Évangiles écrits s'adressent à des croyants. Du reste, il suffit de lire les premiers mots de Jean pour s'en convaincre ; ils ne sont intelligibles que pour des croyants. Les chrétiens auxquels s'adresse Jean ont déjà la foi, mais il veut que cette foi soit pour eux une nourriture, une vie : « qu'en croyant, vous ayez la vie en son nom. »

    Les dix-huit premiers versets de l'Evangile de Jean constituent une sorte de poème appelé Prologue qui, en dix-huit versets, donne une version chrétienne de la Genèse. Fondement du dogme dans la religion catholique, la portée du texte est tout simplement admirable. Le contenu religieux mais aussi philosophique du texte est d'une profondeur qui le rend universel...

    Découvrons-le !

    Version française du Prologue

    v. 1 Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu.

    v. 2 Il était au commencement tourné vers Dieu.

    v. 3 Tout fut par lui, et rien de ce qui fut, ne fut sans lui.

    Autre traduction : Tout par lui a existé, et sans lui rien n'a existé de ce qui existe.

    v. 4 En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes,

    v. 5 et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point comprise.

    Autre traduction : et la lumière dans la ténèbre luit, et la ténèbre ne l'a pas saisie.

    v. 6 Il y eut un homme, envoyé de Dieu ; son nom était Jean.

    v. 7 Il vint en témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui.

    Autre traduction : Lui vint pour un témoignage, afin de témoigner au sujet de la lumière, afin que tous crussent par lui.

    v. 8 Il n'était pas la lumière, mais il devait rendre témoignage à la lumière,

    Autre traduction : Celui-là n'était pas la lumière, mais [c'était] afin de témoigner au sujet de la lumière.

    v. 9 le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme.

    Autre traduction : Il était la lumière véritable qui éclaire tout homme en venant dans le monde.

    v. 10 Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l'a pas reconnu.

    Autre traduction : Il était dans le monde, et le monde par lui a existé, et le monde ne l'a pas [re]connu.

    v. 11 Il est venu dans son propre bien et les siens ne l'ont pas accueilli.

    v. 12 Mais à ceux qui l'ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu.

    v. 13 Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d'un vouloir de chair ni d'un vouloir d'homme, mais de Dieu.

    Autre traduction des vv. 11-13 : Il est venu chez lui, et les siens ne l'ont pas accueilli ; mais à tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à tous ceux qui croient en son nom, qui sont nés non de sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme, mais de Dieu.

    v. 14 Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, cette gloire que, Fils unique plein de grâce et de vérité, il tient du Père.

    Autre traduction : Et le Verbe s'est fait chair, et il a fait sa demeure parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire [qu'il possède] en tant que Fils unique venant du Père, plein de grâce et de vérité.

    Jean lui rend témoignage et proclame :

    1. Voici celui dont j'ai dit : après moi vient un homme qui m'a devancé, parce que, avant moi, il était.
    2. De sa plénitude en effet, tous, nous avons reçu, et grâce sur grâce.
    3. Si la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.
    4. Personne n'a jamais vu Dieu ; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l'a dévoilé.

    Structure et interprétations du Prologue

     A première vue, le Prologue pourrait être divisé en deux parties:

    1. Le Logos dans son existence éternelle (v. 1) ;
    2. Le Logos dans sa relation avec la création (v. 2-18).

    Cette seconde partie renferme trois subdivisions :

    1°) les faits fondamentaux, v. 2-5 ;

    2°) la manifestation historique de la Parole en général, v. 6-13 ;

    3°) l'incarnation comme objet d'expérience individuelle, v. 14-18.

    Cette subdivision offre une belle progression ; mais la grande disproportion entre les deux parties principales ne prévient pas en faveur de ce cadre général, dont le principal inconvénient est de ne pas mettre suffisamment en relief l'idée centrale, le fait de l'incarnation du Logos, et d'établir entre la venue du Christ en général et sa venue comme objet d'expérience individuelle une distinction peu simple et qui n'est point suffisamment indiquée dans le texte.

    On pourrait aussi admettre une série de trois cycles qui se rapporteraient chacun à la totalité de l'histoire évangélique, en la reproduisant sous différents aspects :

    • Le premier cycle (v. 1-5) résumerait sommairement l'activité du Logos jusqu'à sa venue en chair, en y comprenant l'insuccès général de son ministère ici-bas.
    • Le second cycle (v. 6-13) reprendrait la même histoire en rappelant spécialement le rôle du précurseur, afin d'arriver par là à la mention de l'incrédulité juive.
    • Le troisième cycle enfin (v. 14-18) décrirait une troisième fois l'œuvre de Jésus-Christ, et cela au point de vue des bénédictions extraordinaires qu'elle a apportées aux croyants.

    Ce serait cependant un procédé assez étrange que d'ouvrir une narration en la résumant trois fois ! De plus, si ces trois cycles doivent réellement présenter chaque fois le même sujet, comment se fait-il qu'ils aient des points de départ et des points d'arrivée tout différents ? Le point de départ du premier est l'existence éternelle du Logos ; celui du second, l'apparition de Jean le Baptiste (v. 6) ; celui du troisième, l'incarnation du Logos (v. 14).

    Le premier aboutit à l'incrédulité du monde (v. 5) ; le second, à l'incrédulité israélite (v. 11) ; le troisième, à la parfaite révélation de Dieu en la personne du Fils (v. 18). Trois paragraphes commençant et finissant si différemment ne peuvent guère être trois sommaires de la même histoire !

    Le Prologue pourrait aussi être décliné en trois sections :

    1°) v. 1 - 5 : l'activité primordiale du Logos ;

    2°) v. 6 - 13 : son activité durant le cours de l'ancienne alliance ;

    3°) v. 14 - 18 : son incarnation ; puis son activité dans l'Eglise.

    Ce serait là un plan historique complet et rigoureusement suivi. Mais la question est de savoir si l'idée de cette marche est vraiment tirée du texte !

    Dans les v. 6-8, Jean le Baptiste est nommé personnellement ; rien n'indique qu'il doive représenter ici tous les prophètes et encore moins l'ancienne alliance en général. Puis il faudrait, d'après ce plan, rapporter la venue du Logos, décrite au v. 11, aux révélations de l'ancienne alliance, et ses effets régénérateurs décrits v. 12 et 13 aux bénédictions spirituelles accordées avant la venue de Christ aux Juifs fidèles. Or il est manifeste que les termes employés par Jean dépassent de beaucoup une semblable application.

    On pourrait également déceler le plan suivant, en trois parties :

    1°) La Parole en elle-même et dans ses manifestations générales (v. 1-5) ;

    2°) La Parole apparaissant dans le monde (v. 6-13) ;

    3°) La Parole pleinement révélée par son incarnation (v. 14-18).

    Mais la différence entre les deux dernières parties ne ressort pas distinctement.

    Et si l’on admettait quatre parties ?

    1°) La relation primordiale du Logos avec Dieu et avec la création (v. 1-4).

    2°) La conduite des ténèbres envers lui (v. 5-13).

    3°) Son habitation comme Logos incarné au milieu des hommes (v. 14-15).

    4°) Le bonheur que procure la loi en lui (v. 16-18).

    A la première partie correspondrait la troisième (le Logos avant et après l'incarnation) et de même à la seconde la quatrième (l'incrédulité et la foi). Cet arrangement semble ingénieux. Mais correspond-il bien aux articulations marquées dans le texte même, surtout en ce qui concerne la dernière partie ? Il ne le paraît pas. Puis, il semblerait que le Logos avant son incarnation n'a rencontré qu'incrédulité, et comme incarné, que foi, ce qui n'est certainement pas la pensée de l’Évangéliste !

    Envisageons encore un autre découpage en trois parties :

    1°) Le Logos et la nature critique de son apparition (v. 1-5) ;

    2°) Le Logos à partir de son existence divine jusqu'à son apparition historique (v. 6-13) ;

    3°) Le Logos dès son apparition historique, comme objet de l'expérience et du témoignage de l'Eglise (v. 14-18).

    Ce plan est grand et simple. Mais où trouver dans le Prologue la mention de l'ancienne alliance qui répondrait à la seconde partie ? Le personnage de Jean le Baptiste est mentionné là en raison de son rôle à l'égard de Jésus, nullement comme représentant de toute l'époque israélite. Puis on ne se rend compte, d'après cette marche, ni de la double mention de l'apparition du Logos (v. 11 et 14), ni de la citation du témoignage de Jean le Baptiste au v. 15.

    Ce qui semblerait répondre le plus exactement à la pensée de l’Évangéliste se résume dans ces trois mots : Le Logos, l'incrédulité, la foi.

    C’est pourquoi :

    • La première partie nous présente le Logos éternel et créateur, comme la personne qui va devenir, en Jésus-Christ, le sujet de l'histoire évangélique (v. 1-4).
    • La seconde décrit l'incrédulité humaine envers lui, telle qu'elle s'est réalisée de la manière la plus tragique au sein du peuple le mieux préparé à le recevoir (v. 5-11).
    • La troisième enfin célèbre la foi, en décrivant le bonheur de ceux qui ont reconnu en Christ la Parole faite chair et obtenu ainsi le privilège de rentrer par l'union avec Jésus-Christ dans la plénitude de vie et de vérité que l'homme puisait dans le Logos avant de rompre avec lui par le péché (v. 12-18).

    En étudiant l'Evangile de Jean, ces trois idées fondamentales du Prologue sont précisément celles qui président à la disposition de la narration tout entière et qui en déterminent les grandes divisions.

    Il est difficile sans doute de savoir s'il faut assigner au v. 5 sa place dans le premier ou dans le second morceau. C'est qu'il est la transition de l'un à l'autre et qu'au fond il appartient à tous les deux. Les v. 12 et 13 occupent une position analogue entre le second et le troisième morceau.

    Remarquons cependant qu'au commencement du v. 12 se trouve le mot « δέ » qui se traduit par « mais », la seule particule adversative du Prologue. Par là, l'apôtre paraît avoir voulu marquer nettement l'opposition entre le tableau de l'incrédulité et celui de la foi.

    Jusqu'où s'étend ce Prologue ?

    Pour certains, jusqu'au v. 5 seulement. Les mots « Il y eut un homme appelé Jean », au v. 6, seraient le commencement de la narration ; celle-ci continuerait au v. 14 par la mention de l'incarnation du Verbe, au v. 19 par le récit du ministère du Baptiste, et arriverait enfin avec le v. 33 au ministère de Jésus.

    Mais un coup d'œil sur tout le passage des v. 6-18 montre que cet arrangement ne répond pas à la pensée de l’Évangéliste.

    L'apparition historique du Messie est mentionnée déjà avant le v. 14 ; car les v. 11-13 s'y rapportent directement ; puis, si la narration avait réellement commencé avec la mention de Jean le Baptiste au v. 6, pourquoi placer beaucoup plus tard (au v. 15 seulement) son témoignage ? Cette citation vient trop tôt, s'il s'agit de sa situation historique qui sera indiquée exactement v. 27 et 30, ou trop tard, si l'auteur voulait la rattacher à l'apparition du précurseur (v. 6).

    On ne peut comprendre non plus l'à-propos des réflexions religieuses renfermées dans les v. 16-18 qui interrompraient d'une manière étrange la narration commencée. Il est évident que le v. 18 forme le pendant du v. 1 et ferme le cycle ouvert par celui-ci. La narration ne commence donc qu'au v. 19, et les v. 1-18 forment un tout d'un genre spécial.

    Tentatives d’interprétation du symbolisme du Prologue

    L'étude des Écritures permet d'en découvrir l'ésotérisme et d'en dégager des enseignements initiatiques de la plus haute importance. Cependant, les Écritures ne révéleraient aucune vérité essentiellement différente de celles qu'ont exprimée les Livres sacrés antérieurs et les symboles maçonniques eux-mêmes.

     

    Au commencement était la Parole et la Parole était avec Dieu et la parole était Dieu.

    Elle était au commencement avec Dieu.

    Tout a été fait par elle et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle.

    En elle était la Vie et la vie était la lumière des hommes.

    La Lumière brille dans les ténèbres qui ne l’ont pas accueillie.

    Il y eut un homme envoyé par Dieu du nom de Jean.

    Il vint comme témoin pour rendre témoignage à la Lumière.

    C’était la véritable Lumière qui en venant dans le monde éclaire tout homme.

    Elle était dans le monde et le monde a été fait par elle et le monde ne l’a pas connue.

    La parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous.

     

    Nous sommes ici en présence de trois éléments à la fois indissociables et à la fois séparés. Il y a la Parole que nous pouvons nommer le Verbe, le Verbe donne la Lumière et la Lumière donne la Vie. Les ténèbres, c’est tout ce qui empêche la Lumière et nous pouvons dire que nous sommes dans une époque de ténèbres. Si nous reconnaissons la Vie, nous reconnaissons la Lumière et nous trouvons la Parole qui est à l’origine de la création, d’une certaine façon nous pouvons dire que la parole ou le Verbe, c’est Dieu en action.

    Ce prologue rejoint aussi la Kabbale et le Sepher Yezirah car le Verbe ou l’air primordial donne l’eau ou la lumière et l’eau vont donner le feu ou la Vie qui donnent naissance à tous les mondes visibles et invisibles. D’une certaine manière la chair est de la lumière condensée. Ce qui fait que ce prologue n’est pas non plus en contradiction avec la science moderne sauf que celle-ci ne va pas plus loin, faute de moyens, que la compréhension de l’univers manifesté.

    Jésus-Christ est chargé de manifester le Verbe c'est-à-dire l’inexprimable et l’incompréhensible par nos moyens limités.

    Peut-on exprimer que le Verbe est amour ? Ce n’est pas dit. Mais cela est une hypothèse plus que probable. Nous pouvons donc dire que la création existe grâce aux trois flambeaux de la Vie, de la Lumière et de l’amour. Et ces trois flambeaux donnent à leur tour la descendance de la Force du Verbe, la Sagesse de la Lumière et la Beauté de la Vie.

    Nous trouvons également une phrase assez obscure pour parler de Jésus : « Celui qui vient après moi m’a précédé car il était avant moi ». Cela peut faire penser aux différentes incarnations. Mais cela peut aussi vouloir dire « Il était avant moi car il a été créé avant ». Il représente la Lumière car il est aussi dit que Jésus est la Lumière du monde et il est le guide permettant de connaître Dieu.

    Le Prologue de l'Evangile de Jean apparaît comme l'annonce de l'approche de la Lumière. Ce texte pourrait être l'expression de la volonté divine mais seul un Initié parfait pourrait le comprendre dans sa totalité. Seuls les Initiés sont susceptibles d'accéder à la véritable Connaissance, celle qui mène à la Sagesse.

    Jésus est le Fils de Dieu. Dès le Prologue, Jean le présente comme étant le Logos, la Parole éternelle du Père, par laquelle tout a été fait. Et le quatrième Évangile met ce second point plus encore en relief que le premier. C'est ce qui contribue le plus à lui donner sa profondeur spirituelle : il introduit au mystère même du Fils de Dieu.

    Le Prologue de l’Évangile de Jean me semble un résumé limpide de l’enseignement développé dans toute son œuvre. Le Logos est celui par qui tout fut créé, bien avant qu’il ne s’unisse mystiquement au corps du Juif Jésus. Il est venu dans le monde pour apporter aux enfants de Dieu la lumière, la grâce et la vérité.

    Le Prologue veut imiter le début du livre de la Genèse : les deux textes s’ouvrent par la même expression : « Au commencement ». Ils font culminer la création dans le don de la vie et ils suggèrent l’irruption de la lumière dans les ténèbres.

    Ce contraste entre la lumière et les ténèbres est un thème essentiel de l’enseignement de Jésus (Jn 3,19-21 ; 8,12 ; 9,5 ; 12,35-36). L’expression « fils de lumière » ne se trouve qu’une fois chez Jean (12,36). Mais l’expression « fils des ténèbres » est absente du Nouveau Testament.

    Si le 1er chapitre de la Genèse rapporte la création du monde, Jean se préoccupe des mystères divins, préparant ses lecteurs à l’articulation de la vie divine et à sa projection humaine.

    Jean connaît bien la philosophie et le mysticisme grecs, où le Logos joue un rôle essentiel. C’est également un concept fondamental dans la théologie de Philon d’Alexandrie. On le retrouve également dans l’hermétisme grec, spéculation mystique des écrits d’Hermès (le Trois Fois Très Grand) et il influencera le christianisme hellénistique. Dans le mysticisme hermétique, qui vise la déification de l’homme par la connaissance, le Logos est appelé « Fils de Dieu ».

    Jean parlera du « fils unique qui est dans le sein du Père ». Pour Philon, comme pour Jean, le Logos est celui par qui Dieu créa le monde : il exerce un rôle médiateur entre Dieu et le genre humain. Il est le Principe donnant forme et ordre à tout ce qui existe dans le monde. Le mystérieux Logos divin existant avant la création domine tout le Prologue.

    Le Logos signifie bien parole, mais aussi raison, réflexion consciente. Le Logos n’a pas été envoyé par Dieu : il est venu de sa propre initiative, comme une source de lumière pour vaincre les ténèbres qui existaient alors et pour illuminer et élever à la dignité d’enfants de Dieu ces hommes qui étaient prêts à le recevoir et à croire en lui, contrairement à son propre peuple. L’approche de Jean est fondamentalement universaliste.

    Le Prologue conduit logiquement le lecteur vers l’idée d’incarnation : « Et le Verbe s’est fait chair et est demeuré parmi nous » (Jn 1, 14). Ainsi le Logos divin dans la personne de Jésus est descendu sur terre pour rendre visible le Dieu invisible. Sa lumière est accessible à tous.

    On voit ici Jean se livrer à une lecture hermétique de la création et à une adhésion rationnelle qui dépasse les récits synoptiques donnant toute la place aux multiples facettes de Jésus en pérégrinations.

    Son interprétation est celle d’un philosophe d’un esprit nouveau qui unit la culture hellénistique du concept à la foi véhiculée par l’homme Jésus, image d’une relation individuelle avec la puissance divine. Tout homme pensant peut se l’approprier comme un message universel. C’est ainsi que nous pouvons intégrer dans notre personne, au plan symbolique de l’identification, un vécu constitutif de notre humanisme. Car Jean apprend la distanciation.

    C’est peut-être ici que la notion d’amour peut s’enraciner dans le partage.

    Il me semble enfin que la doctrine du « Verbe fait chair » pourrait être mieux comprise par l'expression « la Raison divine incarnée dans l'Humanité ». Cette doctrine remonte, à travers l’œuvre de Platon, aux conceptions des anciens hiérophantes [11], prêtres qui présidaient aux mystères d'Eleusis [12].

    Je terminerai cet essai d’interprétation en rappelant que nos serments sont prêtés sur la Bible, ouverte précisément au Prologue de l’Évangile de Jean. Il me semble que ce superbe texte évoque implicitement l'objet premier de la Franc-maçonnerie, d’où toute l’importance qu’il convient de lui accorder. Il suggère au Franc-maçon :

    • de se préparer, de se perfectionner, de rechercher la Lumière qui est en lui afin d'accéder à la Connaissance, c'est-à-dire de contribuer à l'édification de son propre Temple puis à celle du Temple de l'Humanité ;
    • de tenter de parvenir, par son lent travail de perpétuelle mort profane et constante renaissance spirituelle, à retrouver en lui-même l'essence de la Loi inhérente à tous les hommes : celle que chacun porte au plus profond de lui, cette voie de Lumière qui est synonyme de Connaissance et Maîtrise, cette voie qui refuse le pouvoir et le profit, cette voie qui néglige l'asservissement des choses et des hommes, cette voie qui se veut liberté de jugement comme liberté d'existence... comme autant de marques d'une conscience éclairée.

    L’interprétation catholique du Prologue de Jean

    Pour les chrétiens catholiques, ce prologue, écrit dans un langage poétique très solennel, répond au début du Livre de la Genèse : « Au commencement Dieu créa le Ciel et la Terre ».

    À ce commencement ultime répond le retour final du Fils à la droite du Père (Jn 1,18), dans la gloire. On retrouve quelque analogie dans la Sagesse personnifiée qui était au commencement « avec Dieu » lors de la création du monde et qui habita chez les hommes lorsque la Loi fut révélée à Moïse.

    « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu » : c’est par le mystère de la trinité divine que s’ouvre le Prologue. Le mot Dieu par lequel l’homme tente de nommer ce qui est indéfinissable apparaît trois fois dans la première phrase, en concomitance avec le Verbe.

    Toute l’évolution de l’homme se tient dans son rapport avec ce principe divin qu’il craint dans l’Ancien Testament, comme un serviteur soumis craint la puissance de son maître et qui, dans le Nouveau Testament, se révèle comme force d’amour à travers l’entité Jésus, homme ayant réalisé un lien permanent avec Dieu-le-Père.

    Au verset 5, brutalement et de manière anachronique, apparaît Jean le Baptiste. Le texte planait dans les sphères les plus éthérées et les plus impersonnelles de la réalité divine, et soudainement, sans aucune préparation, une dimension humaine et personnelle fait irruption dans le texte.

    L’interruption de Jean le Baptiste dans le Prologue, ne semble pas être l'erreur d'un copiste distrait, mais traduirait au contraire l'intention consciente d’identifier Jésus au Verbe Créateur, idée centrale du quatrième Évangile.

    Ne pouvons-nous pas ressentir, la descente des énergies du point divin jusqu’à l’homme, la descente du Verbe, du Logos se faisant chair, sa non-reconnaissance par l’homme et la possibilité de renaître en lui à l’image de la naissance de Jésus-Christ ?

    Évangile veut dire « la bonne nouvelle » ou « la nouvelle alliance ». La venue du Messie, Jésus, ne nous annonce-t-elle pas que chaque homme a maintenant la possibilité de s’unir en conscience avec le Verbe Créateur ?

    En guise de conclusion provisoire

    Depuis longtemps l'Évangile selon Jean est reconnu comme différent des Évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc), qui lui sont antérieurs. Les différences les plus importantes touchent à la christologie. Jean présente une christologie des origines, ne fait aucune allusion à la naissance de Jésus, à son enfance.

    Les dix-huit premiers versets de l'Evangile selon Jean constituent une sorte de poème appelé Prologue. Fondement d'un certain nombre de dogmes pour les catholiques, sa traduction, son interprétation voire son attribution ont animé et animent toujours des débats passionnés. Le lecteur catholique sait en effet depuis le Prologue que Jésus est le Fils unique du Père, le Seigneur.

    Pour nous, Francs-maçons qui tentons de cerner la Vérité en prenant du recul, l'Évangile selon Jean est le quatrième évangile canonique du Nouveau Testament. Il ne comporte pas de nom d'auteur, mais est traditionnellement attribué à l'apôtre Jean, et ce, dès la seconde moitié du 2ème siècle, par saint Irénée.

    Comme les trois Évangiles synoptiques, il rapporte certaines des actions et des paroles de Jésus, mais s'en distingue par son ethos [13] et son emphase théologique. Il insiste sur la mission cosmique de Jésus de rédemption de l'humanité plutôt que sur son ministère terrestre d'enseigner, de « chasser les démons » et de réconforter les pauvres.

    Dans la doctrine trinitaire, l'Evangile selon Jean est le plus important en matière de christologie, car il énonce implicitement la divinité de Jésus.

    Le Prologue de Jean est un texte fascinant et difficile. Les quelques versets constituant cet hymne ont nourri la réflexion des théologiens et des exégètes depuis les origines. Les reprises ont succédé aux reprises, chacun croyant avoir compris le principe architectonique [14] d’un texte toujours déjà offert à la ressaisie. La structure en est complexe et les commentateurs se sont tous exercés à en discerner la composition, avec des résultats très variables.

    Au terme provisoire de cette recherche, j’éprouve le sentiment d’avoir un peu mieux approché la structure du Prologue, de l’avoir situé parmi l’ensemble des Évangiles et par rapport à la Bible, d’avoir souligné son importance dans le cadre de nos serments de Maçons. Mais je n’en suis encore toujours qu’à un stade de balbutiements en ce qui concerne son interprétation !

    R:. F:. A. B.

     

    [1] Sauf dans les Loges pratiquant le R.E.R.

    [2] Le solstice d’hiver marque, dans un certain nombre de cultures, le premier jour de l’hiver et est généralement associé à un jour férié, comme par exemple les Saturnales romaines, Hanoucca dans la religion juive, Kwanzaa pour certains afro-américains ou Noël, Sol invictus, Dies natalis solis invicti, fête de la naissance de Mitra, ancienne fête païenne assimilée par la religion chrétienne.

    [3] On appelle Ancien Testament ou Ancienne Alliance (en grec : Ἡ Παλαιὰ Διαθήκη / Hē Palaià Diath) l'ensemble des écrits de la Bible antérieurs à la vie de Jésus (laquelle est relatée dans le Nouveau Testament). Le mot testament vient du mot grec διαθήκη / diath : testament, contrat, convention, traduit en latin par testamentum (testament ; témoignage). Le mot grec a un sens plus large (celui de contrat) que celui du mot latin, aussi certains préfèrent le traduire par « Alliance ».

    Les chrétiens considèrent que la Bible se compose dès lors de l'Ancien Testament et du Nouveau Testament.

    L'Ancien Testament comprend principalement le Pentateuque (ou Torah), les Livres des Prophètes, d'Autres Écrits, et, pour le catholicisme, les livres deutérocanoniques.

    [4] Initiateurs aux mystères sacrés

    [5] La christologie est la discipline de la théologie dogmatique qui étudie la personne et les paroles de Jésus-Christ, réfléchit sur la confession de foi chrétienne relative à Jésus-Christ, à partir notamment de la signification et de l'évolution des titres donnés à Jésus tels que Christ, Seigneur, Fils de Dieu, et qui, par conséquent, réfléchit à l'identité et à la nature du Christ, et la signification doctrinale du titre de Christ. Son influence se répercute dans tous les domaines de la théologie chrétienne.

    [6] La gnose (du grec γνώσις, connaissance) est une philosophie ou une science du salut fondée sur une connaissance de soi ou sur une révélation intérieure. Elle se fonde sur l'idée que la libération de l'âme du monde matériel passe par la connaissance (ou l'expérience) directe de la divinité. Ainsi, pour l'historien des religions, on peut appeler gnose « toute attitude religieuse fondée sur la théorie ou sur l'expérience de l'obtention du salut par la Connaissance ». Cette idée, qui a notamment donné son nom au gnosticisme, se retrouve dans plusieurs traditions religieuses.

    Il convient toutefois de distinguer la gnose dite éternelle ou philosophique de la gnose - du gnosticisme - dit historique des sectes chrétiennes des 1er et 2ème siècles de notre ère, qualifiées par l'Église catholique romaine d'hérétiques. Ces dernières prétendaient tout autant que leur concurrente faire référence à un christianisme authentique. Cependant on les accusait de relever davantage de croyances mythologiques et des pratiques magiques dans un système religieux donné que d'un effort d'intériorisation spirituel.

    [7] Le néoplatonisme est une doctrine philosophique élaborée à partir du 3ème siècle à Rome (Ammonios Saccas, et surtout Plotin), close avec Damascius en 544. Elle tentait de concilier la philosophie de Platon avec certaines spiritualités orientales.

    [8] Le Livre de la Genèse (du grec Γένεσις, « naissance », « commencement », « source », « origine », « cause ») est le premier livre de la Torah (Pentateuque), donc du Tanakh (la bible hébraïque) et de la bible chrétienne. En hébreu, son intitulé est Bereshit (« au début de … ») d'après le premier mot de la première parasha du Livre. La tradition juive considérant qu'il a été écrit par Moïse, on l'appelle parfois le Premier Livre de Moïse.

    Le livre de la Genèse veut expliquer l'origine de l'homme et du peuple hébreu jusqu'à son arrivée en Égypte en l'éclairant par le projet de Dieu. Il contient les présupposés et bases historiques aux idées et institutions nationales et religieuses d'Israël, et sert de préface, introduction ou en-tête à son histoire, ses lois et coutumes.

    [9] Subtils jeux linguistiques qui stimulaient l’attention et aidaient la mémoire.

    [10] Les Sémites sont un ensemble de peuples à caractères linguistiques communs réunis conventionnellement. Cette réunion a été souvent abusive, et amène à désigner par les nazis un caractère génétique commun, supposant une ethnie commune. Les peuples sémitiques regroupent, en réalité plusieurs peuples différents, et dont les individus les composant sont, notamment pour les juifs, d'origines ethniques différentes. Généralement on désigne sous ce vocable la langue arabe, la langue hébraïque, et la langue éthiopienne.

    Le mot vient du nom propre Sem (en hébreu שֵׁם,šem, « nom, renommée, prospérité ») désignant un des fils de Noé, duquel, selon la Bible, seraient issus plusieurs peuples (la plupart des tribus arabes, Araméens, Assyriens, Elamites, Hébreux et Phéniciens) et dont les représentants modernes sont les Arabes, les Chaldéens (Assyriens, Babyloniens), Hébreux, les Syriaques, etc.

    [11] Un hiérophante est un prêtre qui explique les mystères du sacré. Dans l'Antiquité grecque, le mot désignait plus particulièrement le prêtre qui présidait aux mystères d'Éleusis et instruisait les initiés.

    Ce titre est aussi employé dans les rites maçonniques égyptiens, notamment dans les rituels de la Grande Loge Française de Memphis & Misraïm, Ordre des Rites Unis restaurés par Garibaldi en 1881.

    [12] Dans l'Antiquité, on y célébrait des mystères liés au culte de Déméter, déesse de la fertilité, divinisation de la terre nourricière.

    [13] L'ethos représente le style que doit prendre l'orateur pour capter l’attention et gagner la confiance de l’auditoire, pour se rendre crédible et sympathique. Il s'adresse à l'imagination de l'interlocuteur. Aristote définit le bon sens, la vertu et la bienveillance comme étant les éléments facilitant la confiance en l'orateur. On pourra y ajouter la franchise et la droiture.

    [14] En philosophie, l'architectonique est la coordination scientifique de tous les savoirs ou des diverses parties d'un système. Le terme a d'abord été utilisé par Aristote dans « L'Ethique à Nicomaque » : la politique est l'art de l'architectonique, qui organise les activités de la Cité.

     

    Bibliographie

    Berteaux Raoul - La symbolique au grade d'Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986

     

    Béresniak Daniel - Rites et symboles de la Franc-maçonnerie

    Tome 1 : « Les Loges Bleues » - Editions Detrad, Paris, 1995

     

    Blanquart Henri - Les mystères de l’Evangile de Jean

    Editions Le Léopard d’Or, Paris, 1988

     

    Boismard [15] Marie-Émile

    Le Prologue de Jean

    Editions du Cerf, Collection « Lectio Divina [16] », 1953

     

    Bonnet Jacques - Le Midrash de l’Evangile de Jean

    Editions Bonnet, Roanne, 1984

     

    Bonsirven J. - Les aramaïsmes de Jean l’Evangéliste - 1949

     

    Boucher Jules - La symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995

     

    Chouraqui André - L’Evangile selon Jean

    Editions J.-C. Lattès, Paris, 1993

     

    Chouraqui André - La Bible

    Editions Desclée de Brouwer, Paris, 2003


    Comte Fernand - Les livres sacrés

    Editions Bordas

     

    Ducluzeau Francis - L’Initiateur

    Une lecture initiatique de l’Evangile de Jean

    La Pierre philosophale

    Editions du Rocher, 1994

     

    Dannagh Hervé - L'influence de saint Jean dans la Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, Paris, 1999

     

    Diel Paul et Solotareff Jeanine - Le Symbolisme dans l’Evangile de Jean

    Editions Payot, Paris, 1983

     

    Collectif - Ecole biblique de Jérusalem

    La Bible de Jérusalem

    Editions Desclée de Brouwer, Paris, 2000

     

    Mondet Jean-Claude

    La Première Lettre - L’Apprenti au Rite Ecossais Ancien et Accepté

    Editions du Rocher, Monaco, 2007 - Pages 164 à 167

     

    Noël Danielle (Sélectionnées par)

    365 méditations bibliques

    Editions Presses de la Renaissance (ou France Loisirs)

     

    Philippe Marie-Dominique - Saint Thomas d’Aquin

    Commentaire sur l'Evangile de saint Jean

    Tome 1, le Prologue, la vie apostolique du Christ [17]

    Editions du Cerf, 1998

     

    Wientzen Max - Prologue à l’Evangile de Jean

    Une approche linguistique et symbolique

    Editions Modulaires Européennes, Fernelmont, 2010

     

    Wirth Oswald - La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes

    Tome 1 : L'apprenti - Editions Dervy, Paris, 1994

     

     

    [15] Marie-Émile (Claude) Boismard, dominicain, licencié en théologie (Le Saulchoir) et en sciences bibliques (Rome), fut successivement professeur de Nouveau Testament à l'École biblique de Jérusalem (1948-1950), puis à l'Université de Fribourg en Suisse (1950-1953), et de nouveau à l'École biblique de Jérusalem (1953-1993).

    [16] La « lectio divina », c'est-à-dire la lecture réfléchie et méditée de la Bible, était à l'époque patristique comme au Moyen Age, l'étude essentielle des clercs, base commune de leur enseignement et de leur prédication, nourriture de leur pensée aussi bien que de leur prière.

    Créée en 1946, la collection « Lectio divina » a voulu servir et aider à une intelligence totale de la Bible. Elle a publié aussi bien des études d'exégèse mettant à profit les progrès les plus exacts de nos connaissances historiques, que des travaux de théologie biblique ou d'une exégèse « spirituelle » renouvelée.

    [17] Parmi les œuvres de saint Thomas, ce commentaire tient une place unique, non seulement parce qu'il compte, de fait, parmi les dernières œuvres du Docteur angélique, mais encore, parce que l'Evangile de Jean contient ce qu'il y a d'ultime dans la Révélation.

     


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  • Le solstice d’été

    A la fin du mois de juin, chaque année, nous célébrons ce qui est peut-être une des plus belles fêtes de l’année pour les Francs-maçons : la Saint-Jean. C’est sur ce moment que je vous invite à partager, symboliquement, quelques réflexions.

    La fête du solstice d'été est inséparable de celle de la Saint-Jean d'été, c'est-à-dire celle de Jean-le-Baptiste que nous célébrerons le 24 juin. Elle est également indissociable de la fête du solstice d'hiver dont elle est en quelque sorte le complément inversé. Dans toute la chrétienté, les fêtes solsticiales se confondent avec les deux Saint-Jean.

    Le solstice d'été marque le point culminant du soleil dont la course n'a cessé de monter dans le ciel depuis le solstice d'hiver. Si le soleil d'hiver était faible et fragile, celui du solstice d'été est tout-puissant. Mais comme tout ce qui est arrivé à la pleine puissance, le soleil va commencer à baisser et les jours à raccourcir. Belle illustration de la sagesse éternelle qui nous rappelle que tout ce qui est petit va croître et tout ce qui est grand doit diminuer.

    Il semble que le solstice d'été ait toujours représenté une date importante pour les hommes. Chaque 21 juin, le soleil atteint son point le plus au nord par rapport à l'équateur céleste. Cette date coïncide avec le jour le plus long de l'année : celui du solstice d'été. Ce terme, qui vient du latin « sol stare », signifie « le soleil ne bouge pas ». En effet, durant le solstice, la déclinaison du soleil par rapport à l'équateur céleste ne change presque pas d'un jour à l'autre, donnant l'impression que l'astre reste figé dans le ciel. C'est le jour où la terre est le plus éloignée du soleil mais également où son inclinaison permet à l'hémisphère nord de bénéficier du rayonnement maximal.

    Le solstice d'été est fêté depuis des temps immémoriaux. Cette fête était déjà célébrée par les peuples païens qui allumaient d’immenses feux de joie symbolisant la lumière du soleil. Comme beaucoup de traditions païennes, le rite du feu de joie du solstice d'été a été christianisé au Moyen Age. Très naturellement, ces festivités ont été associées à saint Jean-Baptiste qui est né un 24 juin.

    Ce n'est que vers le 5e siècle de l'ère chrétienne que l'Eglise a récupéré la tradition païenne des feux du solstice d'été, en plaçant ceux-ci sous le signe de saint Jean-Baptiste, personnage de l'Ancien Testament associé à la Vraie Lumière et qui annonce le Messie à venir.

    Qui était Jean-Baptiste ?

    Jean-Baptiste, fils de Zacharie et d'Elisabeth, était le cousin de Jésus. Après une retraite dans le désert consacrée à la prière, il est allé prêcher sur les bords du Jourdain où il baptisait les gens en leur annonçant l'arrivée du royaume de Dieu. Jésus alla le trouver et lui demanda de le baptiser. Jean-Baptiste, reconnaissant en lui le Messie, le nomma « Agneau de Dieu ».

    Jean-Baptiste connut une fin tragique. Ayant critiqué les mœurs du roi Hérode qui avait épousé Hérodiade, la femme de son frère, saint Jean fut emprisonné, puis décapité en 31. On dit qu'Hérodiade, pour obtenir la tête de saint Jean, fit danser sa fille Salomé devant Hérode. Subjugué par la danse de la jeune fille, Hérode lui promit de lui accorder tout ce qu'elle voudrait. Salomé demanda pour prix de sa danse qu'on lui apporte la tête de saint Jean sur un plateau d'argent.

    Réflexions maçonniques

    Comment penser ou espérer pouvoir partager un symbole tel que la Saint-Jean ? Sans doute parce que ce qui se joue lors de la Saint-Jean d’hiver est un drame cosmique, auquel nous prenons tous part, au titre de membres du même Univers. Et le but de la présente réflexion n’est, au fond, que de nous aider à retrouver tous, en nous, les échos de ce moment-clé de l’année. Si la gageure est réussie, chacun aura pu, à partir de son propre vécu, de son expérience individuelle, faire un petit pas de conscience dans la direction de ce qui nous est commun, quels que soient les modes d’approche que chacun en a.

    Engageons-nous donc, tout simplement tels que nous sommes, dans un voyage, dont chacun sait ce qu’ils ont de formateur et peut-être bien d’initiatique !

    Depuis que l’humanité a accédé à la conscience, elle s’est rendu compte de la régularité des cycles qui rythment sa vie. Parmi une multitude, le premier et le plus immédiat est sans doute celui de l’alternance régulière des jours et des nuits. Alors, par la pensée et l’imagination, essayons d’en remarquer les moments essentiels.

    Depuis l’émergence dorée de l’astre du jour, la lumière ne va cesser d’augmenter, jusqu’à midi plein. Le soleil est alors à son zénith et l’ombre d’un bâton fiché en terre est la plus courte de la journée. Après cette apothéose, ce minuscule mais perceptible temps d’arrêt, l’ombre s’allonge et la course parabolique du char de Phébus tend à rejoindre l’occident pour y disparaître dans un flamboiement majestueux et mélancolique. La nuit alors envahit le ciel par l’est, où commencent de scintiller, après Vénus, les myriades galactiques.

    Nos ancêtres auraient pu s’en tenir là et aller se coucher… C’est d’ailleurs ce que beaucoup ont fait ! Mais quelques originaux, que la nuit fascinait, n’ont pu aller aussi tôt essayer de trouver dans le sommeil l’oubli des questions qui les habitaient. Ils ont observé, noté et pensé. Ils ont vu et compris que la nuit et le jour étaient complémentaires, donc semblables et comparables. A l’instar de tout ce qui vit, la nuit, comme le jour, naît, croît, atteint un apogée pour ensuite diminuer, et mourir.

    Et de même que le milieu du jour inaugure la marche vers la nuit, le milieu de la nuit annonce l’arrivée de la lumière. De jours en jours et de nuits en nuits, l’observation s’est affinée. Une activité interprétative a suivi ; elle a donné naissance à l’astrologie.

    Mais revenons au cycle journalier. Les quatre temps forts, aurore, midi, crépuscule et minuit, marquent la structure de tous les cycles et permettent de s’orienter sur la Terre qui nous porte. Ils sont en somme le témoin de lois universelles.

    Et nos temples, comme les cathédrales et tous les temples dignes de ce nom, sont orientés, au moins symboliquement : selon l’Orient d’abord, d’où vient la Lumière, puis le Midi, où brille le Soleil, et le Septentrion, domaine de la Lune, enfin l’Occident, où se trouve la porte qui conduit à l’extérieur de l’espace sacré. Un temple est donc un condensé symbolique de l’univers et de son harmonie.

    Un ancien texte dit d’ailleurs qu’il y a trois temples : l’être humain, que nous sommes, le temple terrestre, où nous avons pris place, et le temple parfait de l’univers.

    Au solstice d’été, la lumière est manifeste, c’est l’apothéose de la clarté. Pourtant, au milieu de la joie exubérante de ceux qui se fient aux apparences, ceux qui savent ne peuvent s’empêcher d’avoir un pincement au cœur car ils ont conscience de ce que, malgré la canicule et l’éclat des jours, la marche inexorable vers les longues nuits d’hiver est amorcée.

    C’est essentiellement pour deux raisons que le solstice d’été est dédié à Jean-le-Baptiste : c’est d’une part le point culminant et terminal de l’Ancienne Loi, qui voit poindre, selon les mots du Christ, son accomplissement. Or, à la fin du mois de juin, la lumière est à son maximum. En second lieu, le Baptiste a désigné le Christ au monde en disant « Il faut qu’il croisse et que je diminue ». Dès le solstice d’été, la lumière va diminuer, jusqu’à celui d’hiver.

    Si le solstice d’été est le moment de la lumière manifestée, extérieure en somme, celui d’hiver est la fête d’une lumière plus subtile, que seule peut révéler une connaissance intérieure.

    Lumière des yeux ou lumière du cœur, clarté visible ou invisible, deux modes de relation au monde sont ainsi illustrés et, à l’image du cycle qui les rend explicites, révélés comme complémentaires. C’est ce que l’on appelle la connaissance ésotérique, qui se définit par rapport à la connaissance exotérique, oppose le monde des sens à celui de l’intériorité et les révèle comme complémentaires. Aussi, s’il peut être indiqué par les sens, c’est intérieurement que le grand mystère du cosmos parle véritablement à l’homme en quête d’éveil.

    Alors, la dédicace à celui qui est venu annoncer le triomphe du Logos incarné n’est plus une énigme, mais revêt la clarté de l’évidence. « L’heure vient, et c’est maintenant, où les adorateurs de mon Père l’adoreront en esprit et en vérité ».

    Mais ce triomphe est avant tout celui, infiniment subtil, de l’intériorité, au-delà et même malgré le monde des évidences ou de l’apparence : « La Lumière luit dans les Ténèbres mais les Ténèbres ne peuvent L’atteindre ».

    La Lumière spirituelle, issue du Logos, prend naissance au nord, au plus noir de la nuit comme au plus froid de l’année. Elle n’est perceptible qu’au sein du silence intérieur de qui a su faire un instant taire ses bavardages devant l’ineffable.

    Puisse cet essentiel, discret comme un mot d’amour, mais résonnant, à l’échelle du cosmos, jusqu’aux confins de l’univers, illuminer pour chacun l’année qui s’ouvre.

     

    R:. F:. A. B.


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