• Introduction

    Le mot « colonne » est fréquemment employé dans le langage maçonnique. En premier lieu car il appartient au vocabulaire ancien des bâtisseurs ; ensuite, parce que dans toute architecture sacrée les colonnes soutiennent le temple ; enfin, plus concrètement, on lui attribue plusieurs définitions qu’il est important de distinguer.

    La colonne est l’un  des éléments de base de l’architecture. Elle assure la solidité et la stabilité en soutenant l’édifice. Elle est comparable à l’arbre qui est à la fois pilier et colonne, puisqu’il est l’élément végétal médian entre le ciel et la terre. Les colonnes verticales entre terre et ciel sont le soutien de la création dont elles marquent également les bornes.

    Pour Irène Mainguy, le mot « colonne » en Maçonnerie ne désigne pas seulement celles qui étaient devant le porche du Temple de Salomon, car il est dit aussi qu’un Maçon est « sur les colonnes ». « Etre sur les colonnes », c’est prendre place en Loge.

    1. Les Colonnes sont les rangées des Frères qui participent à la Tenue.

    Nous entendons fréquemment le Vénérable Maître prononcer les paroles suivantes :

    • Les Colonnes sur leur base !

    Ou le Frère Premier Surveillant dire :

    • Les deux Colonnes sont muettes, Vénérable Maître ! (Au Rite moderne)

    Ou même encore :

    • Le silence règne sur l’une et l’autre Colonne, Vénérable Maître ! (au R.E.A.A.)

     

    Les « Colonnes » désignent, dans la Loge, les deux groupes de Maçons assistant à la Tenue, l’un positionné le long du côté nord (les Apprentis), l’autre près du côté sud (les Compagnons). On parlera ainsi de la Colonne du Midi et de la Colonne du Nord (ou du Septentrion).

    A la fin de la cérémonie d’Initiation, quand le nouvel Apprenti a travaillé sur la Pierre brute, le Vénérable Maître dit (avec des variantes selon le rite pratiqué) :

    • Frère Maître des Cérémonies, veuillez conduire le nouvel Apprenti sur la Colonne du Nord, réservée aux Frères de son grade.

    La Colonne du Midi est celle des Compagnons. Certains auteurs ajoutent qu’elle est aussi celle des Maîtres, le premier rang étant réservé à ces derniers, les autres rangées aux Compagnons. Cependant, si la symbolique veut que les Maîtres siègent sur la Colonne du Midi, il est généralement admis que les Maîtres peuvent, selon leurs affinités, se placer sur l’une ou l’autre Colonne.

    Notons que le Rite Écossais Rectifié est moins permissif et impose une mise en place dans le Temple : les Frères en tout grade, soit membres de la Loge, soit visiteurs, sont placés sur les sièges formant deux Colonnes, l’une au Nord, l’autre au Midi, chacun suivant son rang en grade et alternativement de chaque côté, en commençant à décorer l’Orient par les Frères des plus hauts grades, en les continuant vers l’Occident par les Maîtres et Compagnons.

    A l’extrémité de la Colonne du Midi, du côté de l’Occident, sont placés tous les Compagnons suivant l’ordre de leur ancienneté dans le grade, et tous les Apprentis sont de même, vis-à-vis, à l’extrémité de la Colonne du Nord.

     

    2. Les Colonnes sont des rangées de canons c’est-à-dire de verres alignés sur une table lors des banquets maçonniques ou Travaux de Table.

    Lors de la célébration du Solstice d’hiver, le Vénérable Maître dit, par exemple : 

    • « Mes Frères, veuillez charger et aligner ! »

    ou

    • « Chargez les colonnes ! »

    pour signifier qu’il faut remplir les verres. Ce mot, comme celui de canon, poudre forte ou poudre rouge (vin), est issu des Loges militaires qui se sont multipliées tout au long du 18ème siècle.

     

    3. Le mot « colonne » désigne aussi parfois les trois Piliers qui entourent le Pavé mosaïque. Bien que certains rituels emploient le mot « Colonne », il est toutefois préférable de les appeler « Piliers» (Sagesse, Force, Beauté) pour éviter toute confusion.

     

    4. Mais la quatrième définition du mot « colonne » dans l’univers maçonnique et sans conteste la plus connue, c’est celle qui s’apparente, selon la légende, aux deux colonnes d’airain – « Jakin » et « Boaz » – d’après les noms de personnages de la Bible, coulées par Hiram Abif lors de la construction du Temple de Salomon.

    Lors de la transmission des arcanes du grade au cours de la cérémonie d’Initiation le Vénérable Maître dit :

    • Le mot sacré ne peut jamais être prononcé, il ne peut que s’épeler. Vous en voyez la première lettre sur cette Colonne qui est celle du Septentrion.

    On trouve mention des deux Colonnes dans les plus anciens catéchismes écossais. Citons par exemple « L’examen d’un maçon » (1723) :

    Demande : Où se tint la première Loge ?

    Réponse : Dans le porche (ou entrée du Temple) de Salomon ; les deux Colonnes étaient nommées Jakin et Boaz.

     

    Les Colonnes dans la Bible

    Dans la Bible on trouve plusieurs mentions des colonnes : dans le Livre des Rois (1 Rois 7, 15 – 17) et les Chroniques (2 ch.3 : 15 - 17). Leurs mesures varient.

    Les deux Colonnes B:. et J:. sont les premiers symboles entre lesquels se trouve placé le candidat à l’Initiation.

    Dans nos loges maçonniques, bien que leur place varie quelquefois selon le rite pratiqué, les Colonnes sont généralement situées dans le vestibule et encadrent la Porte d’Occident. Tout Récipiendaire ou Franc-maçon qui entre dans une loge maçonnique doit obligatoirement passer entre deux Colonnes situées à l’Occident. Celles-ci marquent une séparation entre le monde profane et le monde sacré ou la limite entre les Parvis et la Loge (Atelier ou Temple).

    De même l’Apprenti puis le Compagnon sont placés entre les Colonnes pour recevoir leur salaire. Ces Colonnes synthétisent les deux polarités de rigueur et de miséricorde, de force et de beauté.

     

    Les Colonnes et la bipolarité

    La Colonne J:. s’identifie avec le soufre des alchimistes ; elle symbolise le foyer générateur, l’énergie expansive qui, de l’intérieur, exerce son influence sur l’extérieur. Elle est donc masculine, elle éveille l’idée de lutte, d’action stabilisatrice. Le nom qu’elle porte signifie stabilité – fermeté ou encore « il établit, il fonde ». 

    Mais, de même que le mercure s’oppose au soufre et le calme à l’impétuosité, la Colonne J:. se complète par la Colonne B:. Celle-ci signifie initiatiquement « en lui la force » ; force n’est pas ici synonyme de violence. Elle évoque au contraire l’irrésistible puissance du travail persévérant que nul obstacle ne rebute, le travail sage et pondéré, qui est le seul que puissent apprécier et poursuivre avec fruit les Maçons. 

    La correspondance alchimique de B:. est le mercure qui marque l’influence de l’extérieur sur l’intérieur. B:. est le symbole de la réceptivité passive, de l’assimilation, de la rectification et de la gestation, phénomènes qui précèdent la naissance de la Lumière et qui sont caractéristiques de la féminité. Celle-ci conserve et perpétue ce que la masculinité sème, établit ou fonde.

    J:. et B:. sont le complément l’une de l’autre et sont indissociablement liées ; elles font du terme « deux », du binaire, le principe fondamental, essentiel de l’existence du monde sensible et de la vie du genre humain. Elles correspondent aux antithèses suivantes : sujet-objet, agent-patient, actif-passif, positif-négatif, mâle-femelle, père-mère, donner-recevoir, agir-sentir, esprit-matière, soleil-lune, abstrait-concret.

    Les colonnes symboliques rappellent les obélisques couverts d’hiéroglyphes qui se dressaient devant les temples égyptiens. On les retrouve dans les deux tours du portail des cathédrales gothiques. Ce sont les colonnes d’Hercule qui marquent les limites entre lesquelles se déplace l’esprit de l’homme. Le domaine de ce qui nous est connu a pour image le voile d’Isis, tendu entre les deux colonnes. Ce rideau nous dérobe la vue de la Réalité vraie, qui se renferme dans le mystère de l’Unité. Nous sommes là le jouet de Maya, la déesse de l’Illusion ; la Vérité soulève le voile de Maya dans la carte de tarot intitulée « le monde ».

    Pour se défaire de son influence, l’homme aspirant à la liberté ne doit accorder qu’une valeur relative aux entités antagonistes que nous imaginons. Le Vrai et le Faux, le Bien et le Mal, le Beau et le Laid se rapportent à des extrêmes qui n’existent que dans notre esprit. Ce sont les bornes factices du monde qui nous est connu. Nous sommes séduits par les reflets chatoyants du voile d’Isis. Ce voile suspendu entre les colonnes du Temple en masque l’entrée et doit être soulevé par le penseur qui veut y pénétrer. L’Initié, après avoir subi les épreuves et reçu la Lumière, laisse ce voile derrière lui. Il se tient alors entre les deux Colonnes, debout sur le Pavé mosaïque, une autre représentation du binaire.

    Deux est le nombre de l’esprit, du discernement, qui procède par analyse en établissant des distinctions incessantes, sur lesquelles rien ne saurait se baser. L’esprit qui s’obstine à poursuivre dans cette direction se condamne à la stérilité du doute systématique, à l’opposition impuissante, à la contestation perpétuelle. Ce Binaire est celui de Méphistophélès, le contradicteur qui toujours nie. Le maçon sait conjurer le démon après l’avoir évoqué car l’Unité radicale ne se dédouble à ses yeux que pour se reconstituer « trinitairement ». Deux révèle Trois et le Ternaire n’est qu’un aspect plus intelligible de l’Unité. 

     

    La Porte de la Loge et les deux Colonnes

    Ce qui caractérise la Porte d’une Loge maçonnique, c’est donc la présence de deux Colonnes. Elles devraient, en principe, être indestructibles. On ne devrait pas pouvoir les fondre, ni les brûler. C’est sur elles que nous devrions trouver les traces de la science de l'Initiation. Sur elles, précise en effet le Manuscrit Cooke (283-4), sont inscrits tous les arts et tous les métiers ainsi que la science de Pythagore et d’Hermès (323-5).

    Pour que les Colonnes soient visibles et servent d’éléments de rituel, les Maçons les ont placées à l’intérieur de la Loge, de chaque côté de la Porte. Les Colonnes maçonniques sont donc dans la Loge, derrière la porte, alors qu’elles devraient logiquement se situer devant, c’est-à-dire à l’extérieur, sur le Parvis.

    Ces deux Colonnes nous offrent la première perception de la dualité créatrice. Tout ce qui se manifeste se fonde sur cette dualité originelle dont les deux Colonnes forment le symbole. Ne s’agirait-il pas de l’expression la plus abstraite du mouvement vital, de la représentation du démembrement de l’unité qui se fractionne et se dualise pour engendrer la création ?

    Les deux Colonnes évoquent pour moi les deux pôles de l’énergie créatrice qui, lorsqu’ils sont unis par un troisième terme engendrent le foisonnement de la vie manifestée.

    Semblables à d’immenses végétaux pétrifiés dans la pierre, n’évoqueraient-elles pas  avec justesse l’univers de croissance et de verdoyance qui est celui du temple, construit pour attirer et faire rayonner l’énergie divine ? En elles monte et descend sans cesse la sève originale qui concrétise le lien qui unit la terre du temple au ciel des causes. Transmise par les Colonnes, l’énergie primordiale irrigue et nourrit le lieu de la construction.

    Afin de trouver la plénitude de notre nature terrestre et céleste, nous avons pénétré dans la Loge dont la porte s’est ouverte pour notre Initiation. Lorsque nous sommes passés entre les deux Colonnes, et chaque fois que nous les franchissons en entrant en Loge, nous quittons le monde profane qui repose sur les deux colonnes du « oui » et du « non », du conflit et de la contradiction. Dans le monde, nous sommes séparés, égoïstes, limités. Au-delà de la dualité stérile, du oui et du non, de notre manière habituelle de penser discursive, nous constatons qu’il n’y a plus ni extérieur ni intérieur, mais simplement une obscurité sans nom ni forme.

    Nous entrons, en conscience, dans un lieu qui n’est pas un lieu ordinaire mais celui de la liberté car il s’agit d’un lieu hors du temps, avant que rien n’existe, avant tout conditionnement, au lieu même où tout est possible. Et nous percevons que ce vide est une plénitude qui contient tous les univers possibles. Un feu naît, un soleil se lève. Et nous saurons, un jour, que la Lumière provient de trois autres Piliers. Nous comprendrons alors que les deux Colonnes interagissent et que ce qui compte, c’est le courant qui passe de l’une à l’autre.

    Après être passés entre ces deux Colonnes, nous avons devant nous une allée infinie de colonnes. Tel est le temple, … en construction permanente.

     

    La Colonne du Septentrion et la Colonne du Midi

    Situées dans le prolongement symbolique des Colonnes du Temple, la Colonne du Nord ou du Septentrion est le domaine privilégié des Apprentis tandis que la Colonne du Sud ou du Midi appert aux Compagnons. Quant aux Maîtres de l’Atelier, ils peuvent s’installer sur l’une ou l’autre Colonne.

    La Colonne du Septentrion est placée sous l’autorité du Second Surveillant, celle du Midi sous celle du Premier Surveillant. Les Apprentis doivent y adopter une attitude digne, réservée, respectueuse, en observant attentivement ce qui se passe durant le Travail pour découvrir le rituel et percevoir ce qu’il recouvre. Toute distraction et bavardage apparaîtraient déplacés et choquants. Au besoin, le Second Surveillant aurait soin de rappeler à l’ordre tout Frère distrait ou manquant aux usages.

    Cette dénomination de « Colonnes » pour les rangées de sièges où s’asseyent les Frères vient de ce que derrière les Surveillants, de part et d’autre de la porte d’accès à la loge, se dressent les deux Colonnes hiramiques. Les colonnes ont de tout temps été liées à la pensée symbolique et mystique. En Loge, ce sont celles attribuées à Hiram Abif.

     

    Un Officier entre les deux Colonnes

    Remarquons que lors des phases d’Ouverture et de Fermeture des Travaux, le Frère Couvreur se tient debout à l’Occident, devant la porte d’accès, un peu en retrait par rapport aux plateaux des Surveillants, face au Vénérable Maître.

    Il se configure ainsi, abstraitement, en corrélation avec les places respectives des Frères Surveillants, Secrétaire et Orateur, deux triangles entrecroisés formant le sceau de Salomon, lequel est une des représentations de la pensée hermétique.

    Sans approfondir davantage la symbolique du sceau de Salomon, son interprétation gnostique, selon Chevalier et Gheerbrant, lui attribue « le moyen mystérieux qui assure à l’âme remontant vers la lumière supérieure, la traversée des mondes inférieurs ».

     * Les deux Colonnes

    Les Colonnes du Temple de Salomon

    En consultant la Sainte Bible, il semble assez difficile de concevoir l’aspect physique des deux Colonnes placées devant le Temple de Salomon.

    Le Premier Livre des Rois en donne une description au chapitre VII :

    « Le roi Salomon envoya chercher Hiram de Tyr. Il était fils d’une veuve de la tribu de Nephtali, mais son père était Tyrien et travaillait l’airain. Il était rempli de sagesse, d’intelligence et de savoir pour faire toutes sortes d’ouvrages d’airain ; il vint auprès du roi Salomon, et il exécuta tous ses ouvrages ».

    « Il fabriqua les deux colonnes en airain ; la hauteur d’une colonne était de dix-huit coudées et un fil de douze coudées mesurait la circonférence de la deuxième colonne. Il fit deux chapiteaux d’airain fondu, pour les placer sur les sommets des colonnes ; la hauteur d’un chapiteau était de cinq coudées et la hauteur du deuxième chapiteau était de cinq coudées. Il y avait des treillis en forme de réseaux, des festons en forme de chaînettes, aux chapiteaux qui surmontaient le sommet des colonnes, sept à un chapiteau, sept au deuxième chapiteau. Il fit deux rangs de grenades autour d’un des treillis, pour couvrir le chapiteau qui surmontait l’une des colonnes ; et de même fit-il pour le second chapiteau. Les chapiteaux qui étaient sur le sommet des colonnes, dans le portique, figuraient des lis ayant quatre coudées de hauteur. Les chapiteaux placés sur les deux colonnes étaient entourés de deux cents grenades, en haut, près du renflement qui était au-delà du treillis. Il y avait aussi deux cents grenades rangées tout autour sur le second chapiteau. Il dressa les colonnes au portique du Temple ; il dressa la colonne de droite et la nomma « Jachin » ; puis il dressa la colonne de gauche et la nomma « Booz ». Et il y avait sur le sommet des colonnes un travail figurant des lis. Ainsi fut achevé l’ouvrage des colonnes ».

    Comme pour le Temple, les détails donnés pour les deux Colonnes semblent peu clairs et ne nous donnent pas la possibilité d’en établir une reconstitution figurée exacte. Les répétitions alourdissent le texte et le rendent encore plus inintelligible.

    Monseigneur Leadbeater ne semble nullement embarrassé à ce sujet  : « les auteurs sont loin de s’accorder et les détails donnés sont si confus que les écrivains maçonniques ne s’entendent que pour les caractères principaux ».

    Les dimensions des colonnes et leur nature ont une signification non négligeable.  Jean-Marie Ragon de Bettignies écrit à ce sujet « Les deux colonnes sont censées avoir 18 coudées de hauteur, 12 de circonférence, 12 à leur base et leurs chapiteaux 5 coudées ; total 47, nombre pareil à celui des constellations et des signes du zodiaque, c’est-à-dire du monde céleste. Leurs dimensions sont contre toutes les règles de l’architecture, pour nous avertir que la sagesse et la puissance du divin Architecte sont au-dessus des dimensions et du jugement des hommes. Elles sont d’airain pour résister au déluge, c’est-à-dire à la barbarie ; l’airain est ici l’emblème de l’éternelle stabilité des lois de la nature, base de la doctrine maçonnique. Elles sont creuses, pour renfermer nos outils qui sont les connaissances humaines ; enfin, c’est auprès d’elles que nous payons les ouvriers et les renvoyons contents par la communication des sciences ».

    Au sujet des dimensions des colonnes, « contre toutes les règles de l’architecture », Jules Boucher pense, au contraire, que « ces dimensions sont fort bien adaptées à des colonnes isolées. Le diamètre étant alors d’un peu moins de 4 coudées et la hauteur de 23, le module employé est égal à 6 ; tandis que dans l’art grec le module de la colonne dorique, la plus robuste de toutes, est égal à 8 ».

    La Kabbale permet une approche d’une richesse prodigieuse à propos des données chiffrées relatives aux colonnes du Temple de Salomon. Il y a là, pour tout Maçon qui désire progresser, matière à recherche et réflexion.

    Citons deux exemples :

    • Chaque colonne, ornée de son chapiteau fait 18 + 5 soit 23.

           2 + 3 = 5. Cinq qui est le nombre de l’homme, de l’union, du Compagnon.

    • L’initiale J de Jakin est YOD qui vaut 10 ; B, initiale de Boaz est BETH qui vaut 2. La somme de J et B donne 12, comme les douze fils de Jacob qui donneront les douze tribus d’Israël.

    Dans son ouvrage « La Voie Symbolique », Raoul Berteaux commente, lui aussi, les nombres qui caractérisent la structure du Temple de Salomon. Pour lui, les deux colonnes placées à l’extérieur du temple, de part et d’autre de la porte d’entrée, semblent bien avoir une origine de repérage astronomique.

    Lorsque Jean-Marie Ragon de Bettignies dit des colonnes qu’elles « sont d’airain pour résister au déluge », Jules Boucher rétorque qu’à ce jour on n’a retrouvé aucun vestige des colonnes et qu’il n’y a point eu de déluge après leur réalisation !

    Quand Jean-Marie Ragon de Bettignies dit que les colonnes étaient « creuses pour y mettre les outils », la Bible n’en fait pas des armoires et n’indique pas de portes ! Or Monseigneur Leadbeater y place trois portes superposées, « invisibles par devant » et qui fermaient des placards « où l’on serrait les archives, les livres de la Loi et autres documents » !

    Si Jean-Marie Ragon de Bettignies avance l’hypothèse selon laquelle les colonnes du Temple étaient creuses, des archéologues ont affirmé que cette particularité était impossible à réaliser au temps de Salomon, les techniques de fonderie ne permettant pas de fabriquer des colonnes creuses de cette dimension. Il semble toutefois possible que Hiram Abif en possédait le secret car Hiram de Tyr ne tarissait pas d’éloges à son égard, sur son talent, son art et son intelligence.

    Jean Ferré se demande pourquoi Hiram Abif aurait voulu que les colonnes fussent creuses. Peut-être pour des raisons pratiques et économiques. Pleines, elles auraient pesé chacune environ 270 tonnes. Creuses, avec une épaisseur d’environ 7,5 cm, leur poids aurait été de 40 tonnes, ce qui est déjà énorme, compte tenu du prix de l’airain et des moyens de transport de l’époque. Peut-être voulait-on y déposer des invocations et des dédicaces ? En effet, il était, et il est toujours d’usage, de placer un message sacré dans une pierre creuse ou dans une cavité aménagée, lors de la construction d’un édifice religieux ou lors de sa consécration.

    Tous ces commentaires sont semblables à ceux d’autres Maçons de la même époque. Il fallait cependant les citer à titre d’exemple et de curiosité, mais sans les considérer comme une autorité en la matière !

    La Bible ne parle pas de piédestaux et il est probable que ceux-ci n’existaient pas. Jules Boucher en déduit que les colonnes ont dû être posées simplement en terre sur une assise de pierre. Mais si la Bible n’en parle pas, nous pouvons cependant penser que les colonnes reposaient, non pas directement sur le sol, mais sur des embases de pierre, elles-mêmes posées sur le dallage des parvis, stabilité oblige !

     

    Approche du symbolisme des Colonnes du Temple

    Après avoir franchi la Porte, les Colonnes du Temple se présentent sous l’aspect de stèles verticales et cylindriques dont le sommet, en général, est surmonté d’une reproduction de grenades entrouvertes, fruits du grenadier. Malgré ce que pourrait laisser croire l’aménagement de certains temples, elles ne sont ni solidaires du mur d’Occident ni du soutènement de la Voute Étoilée qui représente le Zénith.

    Les interprétations symboliques des Colonnes sont très diverses.

    L’implantation horizontale, de part et d’autre de la ligne médiane qui joint implicitement l’Orient à l’Occident marque notre passage d’activités non maçonniques, exotériques en quelque sorte, à des activités maçonniques, ésotériques et vice versa. En d’autres termes, elles marquent symboliquement la transition entre le monde profane et l’univers des initiés, induisant la transformation de celui qui franchit cette limite, ce qui est le propre de la démarche initiatique.

    Leur élévation verticale, du Nadir vers le Zénith, marque le passage entre « ce qui est en bas » et « ce qui est en haut », c’est-à-dire un échange, une liaison, une union entre la terre et le ciel, entre le corps et l’esprit, entre la matière et l’énergie, et vice versa.

    Les rares auteurs Maçons ayant traité des colonnes du Temple de Salomon ont omis d’étudier un point essentiel : la couverture zodiacale des colonnes. L’une B, couvre l’aire Orient / Septentrion et l’autre J, la zone Orient / Midi. Boaz et Jakin seraient donc des portes solsticiales. Ainsi, B, la Colonne du Nord et J, celle du Midi, correspondent respectivement au solstice d’hiver et à celui d’été.

    Selon la Bible, les colonnes d’airain du Temple de Salomon marquaient le point où se rencontraient, où fusionnaient, l’homme et le divin, le profane et le sacré, donnant à tout cherchant sincère la matière et les valeurs propres à sa quête spirituelle.

    Pour Jean Ferré, les Colonnes, en tant que symboles dans la Loge, matérialiseraient le point où s’interpénètrent l’homme et le divin, le profane et le sacré.

    De plus, il ne faut pas oublier que les Colonnes situent également l’endroit où les ouvriers reçoivent leur salaire.

    • Frère Second Surveillant, où les ouvriers reçoivent-ils leur salaire ?
    • A la Colonne (ou B. au R. E. A. A.), Vénérable Maître.
    • Frère Premier Surveillant, les ouvriers sont-ils contents et satisfaits ?
    • Ils le sont sur les deux Colonnes, Vénérable Maître.

    Dans ce cas, le salaire désigne un enrichissement intellectuel et moral, voire spirituel dans le meilleur des cas.

    Pour Raoul Berteaux, les colonnes ne sont pas destinées à supporter un appareillage de maçonnerie afin de créer une baie. Il s’agit de deux sortes de piliers placés côte à côte pour former une porte que l’on dénomme « Porte de la Vie » ou « Porte des Cieux » ou « Portail de l’Éternité ».

    Il fait remarquer que des colonnes ont souvent été placées de part et d’autre de la porte d’entrée des lieux sacrés. Ce modèle binaire formé de deux piliers est fréquemment un symbole corrélatif de la « Porte ». L’image des deux piliers s’insère dans un domaine de caractère général comportant les jumeaux, le double lion, les deux horizons, les deux montagnes du monde, les mots bisyllabiques, les doubles lettres.

    A ce propos, C. G. Jung écrit que « toute image double renforce en la multipliant la valeur symbolique de l’image, ou en la dédoublant montre les divisions internes qui l’affaiblissent ».

    Raoul Berteaux nous propose simplement de retenir que les deux Colonnes identiques qui se trouvent à l’entrée de la Loge forment un modèle binaire de type gémellaire. L’une des Colonnes porte la lettre J et l’autre la lettre B. Si l’on fait appel au symbolisme des couleurs, la Colonne J devrait être rouge tandis que la Colonne B devrait être blanche ou noire.

    Mais si l’on s’en tient au texte biblique, comme le propose Jules Boucher, les deux Colonnes étaient en airain et toutes deux de la couleur naturelle de ce métal. Pour les différencier certains ont voulu y ajouter des couleurs mais cette adjonction est arbitraire et très discutable.

    En effet, pour Christian Guigue, « la pseudo-tradition qui veut que la Colonne J soit peinte en rouge et associée au soleil et la Colonne B en blanc rattachée à la lune ne repose sur rien de bien sérieux. Le texte biblique demeure précis sur ce point : il n’y a pas d’autre couleur que celle du métal coulé.

    L’apparition des colonnes dans le temple maçonnique est sans aucun doute une résurgence de celles que, d’après l’Ancien Testament, Hiram avait fait dresser devant le vestibule du sanctuaire, dans le temple de Salomon, à Jérusalem, et auxquelles il avait donné le nom de Jakin (ou Yakin) pour l’une, Boaz ou Booz pour l’autre.

    Quant à l’origine des lettres J et B, Raoul Berteaux pense qu’il s’agit d’une transposition des lettres hébraïques YOD et BEITH.

     * Les deux Colonnes

     

    Le sens de Jakin et de Boaz

    Il semble certain que les deux colonnes étaient semblables mais que seules leurs positions à droite et à gauche et les noms qui leur furent donnés les différenciaient. Les traductions du nom de chaque colonne sont, elles aussi, très nombreuses. J’en ai déjà donné les plus fréquentes. Selon les experts de l’Ecole Biblique de Jérusalem, l’origine de Jakin et Boaz est obscure.

    Tous les auteurs se fondant sur les textes des différents rites traduisent JAKIN par « qu’il établisse », « qu’il affermisse », « fermé », « stable » et BOAZ par « dans la force ». A partir de ces significations, chacun associe et symbolise. Or l’approche du symbolisme exige que l’on commence par chercher d’où viennent ces traductions et pourquoi les colonnes du temple ont ainsi été nommées. Ces questions s’imposent d’autant plus que ces noms, en hébreu, n’existent pas comme noms communs et il faut comprendre comment ils ont été traduits.

    • JAKIN pourrait vouloir dire « elle est solide » et BOAZ « avec force ». Le nom donné à la colonne de droite évoque en effet en hébreu l’idée de solidité et de stabilité (Yakin) tandis que celui de la colonne de gauche suggère celle de force (Boaz).
    • Pour Jean Ferré, il semble généralement admis que Jachin, ou Jakin, ou Yakin signifie « J’établis » et que Booz ou Boaz veut dire « en force ». Cela pourrait signifier que celui qui passe entre les colonnes est transformé, est « créé » par une puissance, par une force émanant des lieux. N’est-ce pas là toute la démarche initiatique qui est suggérée par les deux Colonnes ?
    • Pour le chanoine Crampon, JACHIN – que l’on prononce « Jakinn » – signifie « il établira » et « BOOZ » – en hébreu BOAZ – signifie « dans la force ». Les deux mots réunis signifient que « Dieu établit dans la force, solidement, le temple et la religion dont il est le centre ».
    • Oswald Wirth a écrit que « La Bible nous apprend que les deux colonnes d’airain, œuvre du fondeur tyrien Hiram, furent érigées à l’entrée du temple de Salomon, l’une à droite sous le nom de JACHIN et l’autre à gauche sous le nom de BOOZ. Il n’y eut jamais de contestation sur le sexe symbolique de ces deux colonnes, la première étant suffisamment caractérisée comme masculine par le IOD initial qui la désigne communément. Ce caractère hébraïque correspond, en effet, à la masculinité par excellence. BETH, la deuxième lettre de l’alphabet hébreu, est considéré, d’autre part, comme essentiellement féminine, car son nom signifie maison, habitation, d’où l’idée de réceptacle, de caverne, d’utérus, etc. La Colonne J:. est donc bien masculine – active et la Colonne B:. féminine – passive ».
    • Notons que Christian Guigue reproche à ceux qui fantasment sur les caractères sexuels des colonnes en supputant à partir de détails (grenades, lys) de s’égarer en privilégiant l’accessoire et en négligeant de consacrer leur attention ou le but de leur recherche à l’essentiel.
    • Notre R:. F:. Guy Boisdenghien donne l’interprétation suivante du nom des colonnes hiramiques. Il cite la Bible :

           Hiram dressa les colonnes au portique du Temple : il dressa la colonne droite et la nomma J. puis il dressa la colonne gauche et il        la nomma B. (Rois, 7).

           La Colonne « J. » peut se traduire par « Il établira » ou « Qu’il établisse ». Cette colonne est associée au Second Surveillant et est        située à droite lorsque nous la regardons de l’Orient.

           La Colonne « B. » peut se traduire par « dans la force » ou « en lui est la force ». Elle est associée au Premier Surveillant et est            posée à gauche vue de l’Orient. Rappelons qu’au Rite Écossais Ancien Accepté, la position des colonnes est inversée.

          Lorsque les noms des deux colonnes hiramiques sont reliés, ils peuvent se comprendre par « C’est par la force qui est en Dieu qu’il       établira ».

    • Jules Boucher a aussi exprimé son opinion au sujet de l’étymologie des deux noms : le mot JACHIN s’écrit en hébreu avec les lettres IOD, CALPH, IOD, NOUN. Pour éviter une   erreur dans la prononciation, on écrit parfois JAKIN.

           Le mot BOAZ s’écrit avec les lettres BETH, AÏN (lettre qui ne peut se traduire phonétiquement que par une aspiration sonore, par          l’esprit rude du grec), ZAÏN. On écrit souvent BOOZ au lieu de BOAZ et pourtant cette dernière orthographe est plus conforme à          l’hébreu.

    • Selon de nombreux auteurs maçonniques, le J est considéré comme signe de l’énergie spirituelle ; à B, ils donnent comme sens le fondement.
    • Un fait intéressant est à noter. JACHIN et BOAZ sont des personnages de la Bible ! Joakin est roi de Juda. Selon la généalogie de Matthieu, il figure dans la lignée du Christ. Booz, de par Ruth, sa femme, est le bisaïeul de David et donc lui aussi un ancêtre du Christ.
    • Pour Daniel Béresniak, BOAZ s’orthographie BEITH, AÏN, ZAÏN. La traduction « dans la force » s’explique du fait que le BEITH est un préfixe qui signifie « dans » ou « avec » et Oz (AÏN, ZAÏN) signifie « force ». Mais il s’agit aussi d’un nom propre, celui du fils de Salmah, arrière-grand-père du roi David, dont le trisaïeul de Salomon.

          Pour ce qui concerne JAKIN, orthographié IOD, CALPH, IOD, NOUN, la première lettre peut être lue comme le préfixe du temps             futur à la troisième personne, tout ce que l’on peut en dire est qu’il est un nom propre masculin. Le IOD, préfixe du futur, est aussi       la première lettre du tétragramme sacré, IOD, HE, VAV, HE, qui désigne Dieu.

     

    Approche du symbolisme d'une colonne

    Élément essentiel de l’architecture, la colonne est avant tout un support. Elle représente l’axe de la construction et relie ses différents niveaux. Les colonnes garantissent la solidité de l’édifice. Les ébranler, c’est menacer l’édifice tout entier. C’est pourquoi elles sont souvent prises pour le tout. Elles symbolisent la solidité d’un édifice, qu’il soit architectural ou qu’il soit social ou personnel.

    La colonne, avec la base et le chapiteau qui généralement l’accompagnent, symbolise l’arbre de vie.

    La colonne pourrait aussi être le symbole des supports de la connaissance.

    L’art gréco-romain ne limite pas la colonne à un rôle purement architectonique. Il connait aussi les colonnes votives et triomphales, ceinturées de reliefs ou d’inscriptions gravées ou dorées, qui retracent les exploits glorieux des héros. Ces colonnes symbolisent les relations entre le ciel et la terre, évoquant à la fois la reconnaissance de l’homme envers la divinité et la divinisation de certains hommes illustres. Elles manifestent la puissance de Dieu en l’homme et la puissance de l’homme sous l’influence de Dieu. La colonne symbolise la puissance qui assure la victoire et l’immortalité de ses effets.

    Les colonnes indiquent des limites et généralement encadrent des portes. Elles marquent le passage d’un monde à un autre.

    L'origine symbolique de la colonne se trouve dans l'arbre qui, par ses racines souterraines, son tronc et ses branches qui s'élèvent vers le ciel, symbolise le lien entre ciel et terre. Arbre de vie, arbre cosmique, arbre des mondes, la colonne relie le haut et le bas, l’humain et le divin.

    Les colonnes du Temple de Salomon ont donné lieu à d’innombrables interprétations. Ces colonnes étaient en bronze ou en airain, métal sacré, signe de l’alliance indissoluble du ciel et de la terre, garantie de l’éternelle stabilité de cette alliance.

    Pour Christian Guigue, « toute colonne dressée est un support. Sa finalité reste physique, en architecture, puisque sa fonction consiste à soutenir l’édifice, à l’instar de la colonne vertébrale qui dresse le corps à la verticale, mais elle devient emblématique lorsqu’elle se trouve en relation avec le sacré et le royaume initiatique ».

    La colonne relie l’inférieur au supérieur, le terrestre au céleste, la créature à la création et au créateur. En tant que « bornes » délimitant une frontière, les colonnes indiquent le franchissement d’un monde à un autre, ce qui se trouve souligné par le fait qu’elles encadrent une ouverture, une porte. En ce cas, la colonne devient elle-même une « porte symbolique », la marque d’un « passage », d’un accès à un autre univers, royaume, niveau de conscience ou révélation initiatique.

     

    L’inversion des Colonnes au R. E. A. A.

    De nombreuses recherches concernant le Temple de Salomon et ses dispositions ont donné lieu ces dernières années à de bonnes publications. Mais curieusement, dans le monde maçonnique, les études sérieuses sont assez rares et même celles qui possèdent de nombreuses références exactes présentent de dangereuses lacunes et des théories fantaisistes. Les travaux de Villard de Honnecourt peuvent être consultés avec profit.

    Les controverses qui depuis des années animent dans les loges un faux débat quant à la position des deux Colonnes démontrent une méconnaissance totale du problème. De la même façon qu’en français doit et gauche ont pris des significations étendues, habileté, rectitude pour droite, maladresse ou non-planéité pour gauche, dans le contexte hébreu l’orientation ne se conçoit qu’en se tournant vers l’orient. D’où l’amalgame nord avec gauche, et sud avec droite ! Toutes les hypothèses faisant intervenir la direction prise par l’observateur, selon qu’il entre ou sort du Temple sont à reléguer dans le tiroir aux fantaisies.

    La Bible nous apprend que les deux Colonnes sont situées sur le parvis du Temple de Salomon : Jakin à droite et Boaz à gauche, érigées pour représenter conjointement le Binaire, car dès qu’il y a manifestation il y a dualité ou dédoublement de l’Unité. Le binaire est constitué de toutes paires d’opposés, qui sont considérées, à un niveau supérieur comme complémentaire.

    Pour bien comprendre le problème de l’inversion des Colonnes entre le Rite Moderne (belge) ou le Rite Français, d’une part, et le R. E. A. A., d’autre part, orientons-nous tout d’abord ! La droite et la gauche se déterminent en regardant l’est, l’orient. La droite signifie donc le sud et la gauche signifie le nord.

    La Colonne B à gauche au R. E. A. A. (position indiquée par la Bible).

    La Colonne B à droite au Rite Français ou au rite moderne belge (position inversée).

    La Colonne J à droite au R. E. A. A.

    La Colonne J à gauche au Rite Français ou moderne belge.

    Jean Reyor soulève deux questions : les loges maçonniques opératives ont-elles toujours été orientées comme elles le sont dans la maçonnerie spéculative, et pourquoi la loge est-elle orientée à l’inverse du Temple de Salomon ?

    Selon Irène Mainguy, dans le domaine de la manifestation, la dualité est nécessaire à toute compréhension : elle donne une base de comparaison. L’Absolu est indiscernable, homogène et total ; il ne peut être saisi : la lumière totale, comme la nuit totale rendent également aveugle. Pour être perçu et réalisé, l’Absolu doit se scinder en deux ou en parties constituantes qui, en s’opposant, s’affirment… La matière et l’esprit, comme les Ténèbres et la Lumière, semblent former la première dualité discernable. Il est probable qu’à l’origine ces deux colonnes avaient une raison astronomique, car elles devaient être orientées sur les lignes solsticiales du lieu de telle façon que leur ombre respective passe sur le seuil orienté à l’est à chacun des deux solstices. Ainsi, sur un plan d’orientation terrestre, les deux Colonnes B et J peuvent être assimilées aux deux portes solsticiales : BOAZ pour le solstice d’hiver, la nuit la plus longue avec la lune qui correspond à Jean l’Évangéliste ; JAKIN pour le solstice d’été le jour le plus long avec le soleil qui correspond à Jean le Baptiste, fin juin.

    Les deux mots, « Jakin » et « Boaz », sont communiqués aux deux premiers grades. Roger Dachez nous rappelle que la vision « orientée » des colonnes du Temple de Salomon se fait toujours en regardant l’est. Ce qui nous donne à gauche et au Nord « Boaz », et à droite et au Sud « Jakin ».

    La signification de B - J était confirmée comme dans un effet miroir par la signification de J - B. Cet effet miroir faisait partie du corpus initiatique en tant que changement de « point de vue ». Faut-il rappeler que la lecture en langue sacrée se fait de droite à gauche ? Or J. est à droite et B. à gauche, en hébreux (langage sacré) on devrait commencer par J la lecture des colonnes ! En suivant ce raisonnement le Manuscrit Prichard nous apprend que l'Apprenti a une lecture élémentaire des deux colonnes.

    Condamné au silence pour la non-maîtrise du langage sacré, ne sachant ni lire ni écrire (en langage sacré), il fait une lecture en langage vulgaire des colonnes. Ceci donne la lecture B – J de droite à gauche en regardant l'Est. A l'inverse le Compagnon fait une lecture pertinente en langage sacré qu'il commence à maîtriser, soit de droite à gauche : J – B.

    Trois événements vont entraîner un bouleversement dans la représentation et l’orientation des colonnes :

    1. En changeant l'entrée du temple, de l'entrée à l'Est nous sommes passés à l'entrée à l'Ouest. Il fallut reconsidérer le sens de la lecture des symboles en fonction du point de vue humain et du positionnement géographique du lecteur. Ce changement dans l’entrée du temple va obliger nos prédécesseurs à «retrouver» le sens et l’intensité de la lumière terrestre et céleste. La seule chose stable fut que les Apprentis restent assis au Nord ! 
    2. Les colonnes se sont retrouvées à l’intérieur du temple maçonnique, de la Loge. 
    3. Un troisième évènement va compliquer le sens premier de la lumière par la dissociation du couple J – B (B – J en sens vulgaire).

    La séparation de l'expression en deux mots distincts et séparés pour l'Apprenti et le Compagnon s'opéra lors de l'arrivée du grade de Maître vers 1730. Il fallut individualiser les corpus de trois grades distincts. On sépara les jumeaux signifiants et marqueurs de la porte solsticiale. Ils étaient de même naissance solaire et on donna à l'un la volonté divine (« Jakin ») et à l'autre la volonté des hommes (« Boaz »). Cette dichotomie rappelle la porte des Dieux et la porte des hommes.

    Peu de temps après l'instauration du grade de Maître, un faux problème vint polluer le raisonnement de nos anciens : la controverse des Anciens et des Modernes. Les « Anciens » constitués en Grandes Loges accusaient les « Modernes » de 1717 d'avoir inversé les mots suite aux divulgations publiées.

    Jusqu'à cette polémique artificielle, le choix de « Jakin » ou « Boaz » pour l'Apprenti ou le Compagnon fut sans intérêt majeur dans l'esprit des Maçons de l'époque. Ce fut une affaire de convention à la suite de la séparation du corpus entre l'Apprenti et le Compagnon. C’est un choix qui relève d'un « point de vue » au sens spatial et initiatique. Il s'agit donc d'un problème de « lumière ».

    On donna à ce choix une importance polémique pour se distinguer du voisin, en voulant se montrer plus légitime, voire même plus régulier, etc... Ce problème d'ego et de rivalité entretenait la confusion autour de la notion d'inversion des colonnes et des mots.

    Il n'y a en réalité ni erreur ni illégitimité dans le positionnement de B:. et J:. dans les rites les plus connus. Chacun a sa propre cohérence à condition de connaître leur raisonnement fondé la lumière terrestre et céleste que l'on veut répartir entre les colonnes.

    Retournons dès lors vers la Bible, au verset 21 : « Hiram dressa les colonnes dans le portique du temple. Il dressa la colonne de droite et la nomma Jakin ; puis il dressa la colonne de gauche et la nomma Boaz ».

    On peut se poser la question de savoir par rapport à quel axe la Bible situe la droite et la gauche. D’est en ouest ou d’ouest en est ? La question ne semble pas avoir de réponse clairement tranchée. Cela se traduit aujourd’hui par des emplacements des colonnes différents selon les rites. Ce qui semble sûr, par-contre, c’est que les colonnes étaient placées à l’extérieur du Temple de Salomon.

    Pour Jacob Tomaso, « la controverse qui depuis des années règne entre certains auteurs concernant la position des colonnes, Boaz à gauche, Yakhin à droite… ou l’inverse, n’est qu’un faux débat alimenté par une méconnaissance totale du problème ! »

     

    Conclusion provisoire

    J’ai trop longtemps considéré les deux Colonnes du Temple comme un symbole accessoire. Mais au terme provisoire de ce travail je dois bien avouer que j’ai eu tort vu la compilation d’autant d’ouvrages cités dans la bibliographie et le nombre élevé de pages que j’ai été amené à rédiger sans être trop exhaustif.

    En ce qui concerne le long chapitre relatif aux colonnes du Temple du Roi Salomon, je pense qu’il convient de retenir qu’elles ne supportaient pas le toit et qu’elles étaient purement ornementales. Mais ce sont bien finalement deux moyens de passage spirituel que symbolisent les Colonnes « Jakin » et « Boaz », exprimant à elles deux l’interaction permanente du Travail maçonnique : approfondissement intérieur de l’Apprenti, expression extérieure et action sur le monde du Compagnon. Et cette respiration du Travail maçonnique, intériorisation et extériorisation, est aussi clairement symbolisée par les deux saints Jean, chacun étant associé à l’une des colonnes.

    Le symbolisme des Colonnes maçonniques ainsi que leurs noms, « Jakin » et « Boaz » se réfèrent à la Bible. L’approche du symbolisme exige que le cherchant commence par se renseigner d’où viennent les traductions et pourquoi les colonnes du temple ont ainsi été nommées. Sur l’origine des noms « Jakin » et « Boaz », les chercheurs restent partagés.

    Les deux plus anciens manuscrits connus de la Franc-maçonnerie, le « Regius » (1390 environ) et le « Cooke » (1410 environ) présentent deux attitudes opposées. Mais entre le Manuscrit « Regius » et l’apparition du suivant, les temps ont changé, la Réforme et l’intérêt pour l’Ancien Testament étaient en chemin.

    Aux 19ème et 20ème siècles, sous l’influence des mouvances occultistes, le symbolisme des Colonnes a été alimenté par des associations notamment avec les couleurs, pas du tout expliquées mais affirmées comme une évidence !

    Alors qu’habituellement il a souvent proposé un éclairage précieux, Oswald Wirth s’est laissé aller à la mode occultiste et il faut déplorer que son discours à propos du symbolisme des colonnes du Temple ait été ingurgité comme « parole d’évangile » par des milliers d’Apprentis et servilement régurgité en Loge. On ne fait pas du symbolisme en mémorisant des affirmations dogmatiques et en renonçant à l’esprit critique. Le propos du symbolisme est d’éveiller. Il faut donc chercher, comparer, lire et relire.

    Les Colonnes J:. & B:. devraient constamment nous rappeler que le binaire n’est qu’apparence, que le monde, que la vie, que l’homme ne sont pas uniquement blancs ou noirs, pas uniquement vrais ou faux, pas uniquement bons ou mauvais. Les Colonnes me permettent de progresser car elles m’indiquent la voie du ternaire stabilisateur, la voie du delta lumineux. Père et mère deviennent enfant ; force et matière deviennent mouvement ; raison et imagination deviennent intelligence.

    Ce qui semble essentiel de retenir de cette étude, c’est qu’en franchissant pour la première fois la Porte de notre Loge, la présence des Colonnes J:. et B:. se justifiaient pour bien marquer notre passage dans un lieu de liberté, un lieu hors du temps profane. Et chaque fois que nous les franchissons, à chaque Tenue, les Colonnes J:. et B:. sont là pour nous rappeler que nous quittons le monde profane pour entrer dans le monde sacré et vice versa.

    Quant au salaire que nous sommes censés recevoir à la Colonne J:. (au Rite moderne notamment) ou à la Colonne B:. (au Rite Écossais Ancien Accepté), ne symboliserait-il pas l’enrichissement intellectuel et moral que chaque Tenue devrait normalement nous apporter, voire spirituel si la rigueur et l’amour y ont eu la meilleure place ?

     

    R:. F:. A. B.

     

     * Les deux Colonnes

    Bibliographie

     

    Alban Gilbert

    Guide de l’Apprenti

    Editions Detrad, Paris, 1996

    Pages 61 à 64 ; 203

     

    Baudouin Bernard

    Dictionnaire de la Franc-maçonnerie

    Editions De Vecchi, Paris, 1995

    Pages 42 à 44

     

    Béresniak Daniel

    Rites et Symboles de la Franc-maçonnerie

    Editions Detrad, Paris, 1995

    Pages 70 à 79

     

    Berteaux Raoul

    La Symbolique au grade d’Apprenti

    Editions Edimaf, Paris, 1986

    Pages 44 à 46

     

    Berteaux Raoul

    La Voie Symbolique

    Editions Edimaf, Paris, 1995

    Pages 147 à 151

     

    Boisdenghien Guy

    La Vocation initiatique de la Franc-maçonnerie

    Editions l’Etoile, Bruxelles, 1999

    Pages 47 à 50

     

    Boucher Jules

    La Symbolique maçonnique

    Editions Dervy, Paris, 1995

    Pages 108, 133 à 142

     

    Chevalier Jean et Gheerbrant Alain

    Dictionnaire des Symboles

    Editions Robert Laffont – Jupiter, Paris, 1982

    Pages 269 à 273

     

    Dangle Pierre

    Le livre de l’Apprenti

    Editions La Maison de Vie, Fuveau, 1999

    Pages 51 à 54

     

    Ferré Jean

    Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, Paris, 1994

    Pages 72 à 78

     

    Ferré Jean

    Dictionnaire des symboles maçonniques

    Editions du Rocher, Monaco, 1997

    Pages 79 à 88

     

    Guérillot Claude

    Genèse du Rite Ecossais Ancien et Accepté

    Editions Trédaniel, Paris, 1990

     

    Lhomme Jean, Maisondieu Edouard, Tomaso Jacob

    Dictionnaire thématique illustré de la Franc-maçonnerie

    Editions du Rocher, Monaco, 1993

    Pages 103 à 114

     

    Lhomme Jean, Maisondieu Edouard, Tomaso Jacob

    Esotérisme & spiritualité maçonniques

    Editions Dervy, Paris, 2002

    Pages 135

     

    Mainguy Irène

    La Symbolique maçonnique du troisième millénaire

    3ème édition revue et augmentée

    Editions Dervy, Paris, 2006

    Pages 166 à 169

     

    Michaud Didier

    Le Rite Écossais Ancien et Accepté

    Les symboles maçonniques – n° 38

    Editions « La Maison de Vie », Paris, 2010

     

    Mondet Jean-Claude

    La Première Lettre

    L’Apprenti au Rite Ecossais Ancien et Accepté

    Editions du Rocher, Monaco, 2007

    Pages 147 à 149

     

    Négrier Patrick

    Les Symboles Maçonniques d’après leurs sources

    Editions Télètes, Paris, 1998

    Pages 53 à 54

     

    Ragon de Bettignies Jean-Marie

    Rituel de l’Apprenti Maçon

    1860

     

    Reyor Jean

    Sur la route des maîtres Maçons

    Editions Traditionnelles, 1989

    Page 129 – 139

     

    Trébuchet Louis

    En quête des trois premiers degrés du Rite Ecossais Ancien et Accepté

    Editions Dervy, Paris, 2007

    Pages 31 à 37

     

    Traduite et présentée par Chouraqui André

    La Sainte Bible

    Editions Desclée De Brouwer

    Premier Livre des Rois : 7, 15 à 22

    Deuxième Livre des Rois : 25, 17

    Deuxième Livre des Chroniques : 3, 15 à 17 ; 4, 12 et 13

     

    Sitographie

    http://www.ecossaisdesaintjean.org/article-differences-entre-modernes-et-anciens-video-100124277.html

    http://latolerance.blogspot.be/2004/12/les-colonnes-j-b.html

    http://www.ecossaisdesaintjean.org/article-differences-entre-modernes-et-anciens-video-100124277.html

     

     


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  • Saint Jean et le Solstice d'hiver

    L’importance de la lumière est bien connue pour les bâtisseurs, et notamment pour les bâtisseurs de cathédrales. C’est elle qui décidait de la percée des ouvertures dans les murs des édifices religieux et de l’emplacement de leurs vitraux. En ce qui concerne précisément la lumière solaire, deux jours de l’année présentent une particularité intéressante : ce sont les deux solstices.  Le solstice d’hiver, le jour le plus court de l’année qui correspond à la fête de saint Jean l’Évangéliste, et le solstice d’été, le jour le plus long, qui correspond à celle de saint Jean le Baptiste. C’est avec le solstice d’hiver que nous fêtons ce Midi, que commence la phase ascendante du cycle annuel.

    1. Ma première réflexion de ce Midi concernera précisément le sens des solstices. Faut-il rappeler que les solstices sont des phénomènes naturels de l’univers, que l’homme a découverts très tôt. Le mot « solstice » vient du latin « sol » qui signifie « soleil », et « stare » qui se traduit par « s’arrêter ». Les rites des fêtes solsticiales sont très anciens.

    Le solstice est le moment, qui se répète donc deux fois par an, moment où le soleil se trouve à son plus grand éloignement angulaire du plan de l’équateur. Là, aux yeux des hommes, il semble alors s’arrêter car il reste pendant trois jours dans le 23ème degré de déclinaison avant de commencer à redescendre ou à remonter vers le plan de l’équateur.

    Logiquement, la fête de saint Jean l’Évangéliste aurait dû être fixée au 25 décembre, mais cette date avait déjà été attribuée à la naissance du Christ. C’est pourquoi, les théologiens ont imposé deux jours de décalage. La concordance de la fête de la Nativité et celle de saint Jean l’Évangéliste qui annonce une ère nouvelle, celle de la naissance d’une nouvelle humanité, est symboliquement explicite.

    La vie des anciens était très liée au rythme des jours et des nuits et au rythme des saisons car leurs ressources et leur mode d’existence étaient eux-mêmes tributaires de la culture et des produits de la terre. Chaque événement de la nature donnait lieu à des fêtes, à des cultes aussi, à des célébrations solennelles où la superstition n’était pas toujours absente, et à des sacrifices divers. Il fallait s’attirer la bonne grâce des dieux pour être assuré de survivre. La mythologie égyptienne, avec la déification du Nil, et la mythologie grecque, en sont des témoignages. Même si c’est là l’interprétation qu’en donnent les historiens des religions, il ne faut pas oublier que les hommes de l’époque avaient aussi une approche symbolique des phénomènes naturels. Ce sont les anciens qui nous ont transmis les bases principales de notre initiation.

    Les mystères célébrés dans le temple consacré à la déesse Déméter, déesse du blé et de la germination, ont montré comment l’homme apprenait le rythme de la vie : naître dans la joie et mourir dans l’espérance. Avec le premier champ de blé, la vie organisée commença sur la terre. Le pouvoir supra humain qui fait germer les semences a été attribué à une déesse et non à un dieu.

    Nous retrouvons ici suggérée l’image de la graine enfouie dans la terre – mère, le ventre de la mère. La fête de Déméter se célébrait au moment des moissons. Mais après la moisson, la terre s’engourdit, s’endort. Chaque année le changement se produit sous les yeux des hommes.

    L’alternance des saisons lui a permis de fixer des points de repère et de fêter ces moments de mort apparente et de renouveau : ce sont les fêtes solsticiales, de décembre et de juin. Ces fêtes rituelles ont toujours été celles de la fécondité, de la vie, de la lumière et de l’espérance de l’homme dans son alliance avec la nature. En répétant l’acte de création, elles assignaient à l’homme sa place naturelle dans le temps sacré, ordonnancé, cosmique. Dès lors, il n’est pas impossible que les fêtes des deux saints Jean aient perpétué le lien avec les mystères païens qui sacralisaient en quelque sorte le travail de l’homme.

     

    2. A l’occasion de la célébration de ce Solstice d’hiver, nous avons choisi de nous réunir en ce lieu historique particulièrement remarquable, un site gallo-romain, intéressant à plus d’un titre [1]. Ce choix n’est pas innocent car, bien avant les fêtes de saint Jean, aux deux solstices, les Romains célébraient la fête de Janus qui « ouvre » et qui « ferme » les portes du cycle annuel, Janua signifiant « porte, accès ». Et de Janus, il est notamment question dans notre rituel de ce Midi, ce qui m’amène à ma deuxième réflexion !

    Curieusement, Janus était représenté avec deux visages, celui d’un vieillard tourné vers le passé et ainsi vénéré comme le dieu des origines de toutes les choses et l’autre, d’un adolescent tourné vers l’avenir. A ce titre, Janus était craint et respecté comme le maître du temps qui détruit ce qu’il produit mais aussi comme le gardien des portes célestes qui détient les clefs des étapes du chemin vers la Lumière, symbole de l’immortalité de l’Esprit. Les expressions « porte des hommes » et « porte des dieux » en découlent. Les noms de « porte de l’enfer » et « porte du ciel » leur ont aussi été donnés.

    Janus, dieu romain, était le dieu des portes de la ville. Il faut se souvenir que les villes romaines étaient circulaires et coupées en quatre – d’où le terme de « quartier » – par deux voies principales, l'une nord - sud appelée « cardo », l'autre est – ouest appelée « decumanus ».

    Janus gouvernait les deux portes symboliquement principales, c'est-à-dire la porte Nord (porte des Enfers) et la porte Sud (porte du Ciel).

    Dieu des portes, Janus était aussi le dieu des « commencements » : « Initiare »  signifiant « commencer », Janus était le dieu de l'initiation. C'est lui qui ouvrait le cycle des campagnes militaires.

    C'est lui également qui ouvrait et fermait le cycle annuel. Janus a été remplacé par les deux Jean. Jean le Baptiste, ouvrant la Porte du Ciel, est devenu le patron des Francs-maçons et de tous les Initiés.

    Après la christianisation des mythes païens, les deux Jean prirent la place de Janus aux deux visages. Ce fut Jean le Précurseur, dit le Baptiste, celui qui baptisait d’eau et annonçait la venue de celui qui baptiserait de feu, puis ce fut Jean l’Évangéliste, le « confirmateur », témoin de cet amour fusionnel et symbolique du feu et de l’eau. Le feu est un symbole très présent aux solstices. Vous l’aurez remarqué en venant en ce lieu !

    - - - - -

    3. Ma troisième réflexion de ce Midi, mes Frères, portera sur les raisons de l’appellation  « Loge de Saint-Jean » et de l’importance que les Maçons ont toujours accordée à cet Évangéliste.

    La tradition maçonnique de célébrer la Saint-Jean est attestée antérieurement à 1717, notamment par le Manuscrit « Dumfries ». L’usage de la Bible ouverte à l’Évangile de saint Jean est une coutume maçonnique qui remonte pour le moins aux tout premiers commencements de la Maçonnerie spéculative comme en témoigne aussi le Manuscrit des Archives d’ Édimbourg, datant de 1696.

    L’usage de prêter serment sur l’Évangile de saint Jean appartenait également à la Maçonnerie anglaise – qui l’a transmis à la France – et à la Maçonnerie écossaise du 17ème siècle, Maçonnerie de transition entre la Maçonnerie opérative et la Maçonnerie spéculative.

    L’édition des Constitutions de 1738 rapporte que c’est à l’occasion de la Saint Jean Baptiste de 1717, le 24 juin, jour de la fête rattachée au solstice d’été, jour de plus grande lumière, que les quatre premières loges maçonniques de Londres se sont réunies pour fonder la première obédience de la Franc-maçonnerie spéculative et élire le premier Grand Maître.

    Dans les loges françaises et continentales en général, la Bible est ouverte au premier chapitre de l’Évangile de saint Jean. C’est donc sur le Prologue de cet Évangile que tout récipiendaire prête son serment. Cet usage était déjà celui de la Maçonnerie du 18ème siècle qui prévoyait l’installation du Vénérable et des Officiers Dignitaires au moment de la Saint-Jean d’été, comme le montrent abondamment les « livres d’architecture » des loges.

    - - - - -

    4. Enfin, mes très chers Frères, il ne paraît pas concevable de célébrer la Saint-Jean sans évoquer brièvement le Prologue de l’Évangile de Jean qu’il serait bon de relire chaque année.

    Et ce Midi, ma quatrième et dernière réflexion concernera cette courte phrase, extraite précisément du Prologue et que le Vénérable Maître énonce en clôturant nos Travaux à chaque Tenue.

    Cette phrase qui, selon notre rituel officiel de la G.L.R.B., ne doit être prononcée qu’à moitié pour éviter les différentes interprétations possibles de sa seconde partie.

    Il s’agit du verset « La Lumière luit dans les Ténèbres et les Ténèbres ne la reçoivent pas » (ou « ne l’ont pas comprise » ou « ne l’ont pas reçue », etc.).

    Ce verset serait incompréhensible en l’abordant autrement que par la symbolique. En voici une interprétation : la Lumière qui brille dans les Ténèbres est la Vérité éternellement présente en tous lieux et en toutes circonstances, même lorsqu'elle est bafouée par les hommes. Les Ténèbres sont le symbole des hommes qui ne peuvent être pénétrés par la Lumière tant les voiles de toutes sortes qui masquent la nature essentielle sont épais. Ces voiles sont ceux de l’ignorance, des passions et de la dualité.

    R:. F:. A. B.

     Planche tracée dans le cadre de ma charge d'Orateur au sein de la R:. L:. "La Lumière des Ardennes" n° 24 à l'Or:. de Forrières

    [1] La villa gallo-romaine de Malagne fut un des grands centres agricoles de la Gaule du Nord dès le premier siècle après J.C. Avec ses caves et ses thermes sur hypocauste, Malagne fut certainement le lieu de résidence d’un personnage important de l’Empire Romain. Le site actuel s’étend sur plusieurs hectares. Autour des vestiges de la villa (corps de logis, annexes, écuries, forge et maison du forgeron), Malagne reconstitue les activités d’une ferme gallo-romaine : travail de la terre (poterie, argile dans la construction : torchis, pisé...), artisanat (métier à tisser, corderie, vannerie...), travail du fer : bas fourneau et forge, cultures et élevage de races anciennes de façon artisanale, cuisson du pain dans un four gallo-romain.


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  • Il me revient ce Midi l’agréable devoir d’instruire nos Frères à propos d’un aspect du rituel de cette célébration du Solstice de la Saint-Jean d’hiver.

    Je voudrais aborder ce Midi ce que nous vivons chaque année à l’issue de la célébration de ce Solstice de la Saint-Jean d’hiver : c’est ce que nous appelons le « Rituel de table » qui prolonge la partie rituelle de cette importante célébration.

    On désigne aussi parfois ces « Travaux » par l’expression « Banquets d'Ordre ». Ils se tiennent au grade d'Apprenti afin que tous nous puissions y participer. Ce rituel n'a rien de philosophique mais est destiné à resserrer les liens fraternels entre les membres de la Loge. Même si un Frère a décidé de ne pas participer aux agapes, il faut considérer ce rituel comme une partie obligatoire, faisant partie intégrante de la Tenue d’obligation. A mes yeux, il s’agit d’un véritable rituel qui doit être pris au sérieux et exécuté dans le respect des traditions et sans la moindre plaisanterie …

    Ainsi, la table doit être symboliquement disposée en forme de « U ». Le centre est à l'Orient et le Vénérable Maître siège au milieu extérieur. Il est entouré des Grands Officiers présents ou de Vénérables Maîtres de Loges amies. Les deux Surveillants se placent aux extrémités des branches du « U ». Une petite table doit être placée à l’intérieur du « U » car les trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie doivent y être déposées par le P.M.I. avant que les Travaux ne reprennent force et vigueur en salle humide.

    Lors des Banquets d'Ordre, qui sont dirigés tout comme en Loge par le  Vénérable Maître, les Frères ne « mangent » pas mais on dit qu’ils se livrent à des « Travaux de Mastication ». Nous pouvons aussi utiliser l’expression « les Travaux de table ». Au cours de ces Travaux, plusieurs santés seront portées. Chacune est clairement annoncée.

    Rappelons, si nécessaire, qu’une santé d’obligation est l’action qui consiste à porter un toast lors d'une agape ou d'une Loge de Table. Les Loges décident quelles sont les santés qui seront portées. Dans certains pays comme la France, elles sont adressées à la Patrie, à la Maçonnerie Universelle, aux Maçons heureux et malheureux.

    En langage maçonnique, « tirer une santé » signifie porter un toast. Cette pratique remonte loin dans le temps et l’usage prescrivait déjà en 1742, sept santés rituelles.

    Selon les habitudes de notre Respectable Loge, habitudes qui font partie de nos traditions et que nous devons nous efforcer de maintenir,

    1. nous buvons successivement à la santé des chefs d’états, protecteurs de notre Ordre. Nous disons « Au Roi ! », d’une manière très générale.

    En France, les Frères boivent en premier lieu « à la République ».

    1. Nous buvons ensuite à la santé du Grand Maître et des Grands Officiers de notre Obédience, passés ou actifs. La Tradition veut qu’à ce moment-là, si notre Grand Maître, ses adjoints ou de Grands Officiers sont présents, ils s’asseyent.
    2. La troisième santé est celle qui est faite aux Frères visiteurs lorsqu’il y en a.

    A ce moment, ceux-ci s’asseyent à leur tour.

    1. Le Frère Premier Surveillant demande ensuite au Vénérable Maître de pouvoir diriger les Travaux de table, le temps de porter la santé suivante en l’honneur précisément du Vénérable Maître en charge !
    2. Ce rituel de table se termine par le Toast du Couvreur.

    Ce sont ainsi cinq santés qui sont portées.

    En France, deux autres « santés » viennent s’intercaler dans ce rituel : c’est la santé aux Frères Surveillants et c’est la santé aux Frères de la Loge.

    Lorsqu’une santé est tirée en l’honneur d’un Frère ou groupe de Frères, la tradition veut que ces derniers s’asseyent tandis que les autres Frères présents se lèvent pour porter le toast.

    Lorsque tous les Frères se sont rassis, le Vénérable Maître peut proposer à l’un des Frères visiteurs de répondre. Le Frère en question ou un représentant du groupe en question peut alors se lever, remplir son verre modérément, exprimer quelques mots de remerciement et, à son tour, boire à la santé de tous les Frères qui l’ont accueilli.

    Grâce aux travaux opératifs de nos Frères Apprentis déjà réalisés dans la salle des banquets avant la Tenue, nous découvrons une table bien dressée, sur laquelle divers instruments ont été placés pour ce rituel. Je m’explique ! Chaque Frère dispose d’un DRAPEAU qui n’est autre que sa serviette de table ; d’un GLAIVE qui n’est autre qu’un couteau de table ; d’ARMES qui ne sont rien d’autre que le verre dans lequel nous allons boire. Celui-ci doit être rempli de POUDRE, c’est-à-dire de vin, généralement rouge.

    A chaque santé, il s’agit de placer le « drapeau » sur l’épaule gauche. Rien de tel que de coincer notre serviette dans le haut du revers de notre veston.

    Nous sommes invités à porter la main au glaive ! C’est-à-dire que nous posons la main droite sur notre couteau. A l’injonction « Haut les glaives ! », nous levons notre couteau en ayant soin de maintenir notre bras droit en équerre.

    A l’invitation « Salut des glaives ! », nous dessinons, couteau en main, un triangle dans un plan horizontal de l’espace devant nous.

    Ensuite nous sommes invités à placer notre glaive dans la main gauche, ce qui implique à présent que notre bras gauche soit aussi maintenu en équerre.

    Puis, à l’injonction « Main droite aux armes ! », nous nous apprêtons à prendre notre verre en main.

    Au commandement « Haut les armes ! », nous levons notre verre à hauteur des yeux.

    Enfin, lorsque nous entendons « Feu ! », nous buvons une petite gorgée… de poudre rouge !

    Ensuite, il s’agit de faire les mêmes gestes dans l’ordre inverse.

    Nous saluons des armes en dessinant un triangle dans le plan horizontal de l’espace avec notre verre encore un peu rempli pour la santé suivante…

    A l’injonction « Bas les armes ! », nous déposons prudemment notre verre sur la table, en veillant à ce qu’il soit aligné avec les autres verres sur un ruban bleu spécialement posé à cet effet sur la table.

    Au commandement de notre Vénérable Maître, nous replaçons ensuite notre glaive dans la main droite. Nous saluons du glaive en dessinant à nouveau un triangle dans le plan horizontal de l’espace devant nous.

    Et puis, toute la beauté du geste consiste, au signal « Bas les armes ! », à déposer bruyamment tous les couteaux en même temps sur la table.

    Les Travaux de table s'achèvent toujours par une Chaine d'Union au cours de laquelle nous devrions chanter le chant des Apprentis mais je remarque que cette tradition se perd. Le chant des Apprentis est de plus en plus mal connu. Ne vaut-il pas mieux dans ce cas nous limiter à son écoute dans le silence et le recueillement ?

    Ensuite, les Travaux de ce Midi sont fermés à table, juste avant de partager tous ensemble l’agape dans la joie et l’abondance.

     

    R:. F:. A. B.

    Planche tracée dans le cadre de ma charge d’Orateur à la R:. L:. « Les Vrais Amis » n° 51 à l’Or:. de Retinne

     


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  • Questions et réflexions

    à propos de la célébration du Solstice de la Saint-Jean d’hiver

     

    Introduction

    Tout Apprenti qui se définit comme un cherchant peut se demander d’une manière générale à quoi servent nos rituels. Mais ce qui me paraît plus opportun et primordial durant les deux périodes solsticiales, d’hiver et d’été, c’est qu’il se pose une série de questions en relation directe avec l’une et l’autre cérémonie de célébration que nous vivons au mois de décembre et au mois de juin.

    Quelques questions – Quelques éléments de réponse

    Et la toute première, au mois de décembre, ne devrait-elle pas être…

    1. A quoi peut servir le rituel de célébration du Solstice de la Saint-Jean d’hiver ?

    Il me semble utile de rappeler tout d’abord toute l’importance qu’il y a de bien nommer les évènements par leur nom et non par des raccourcis inappropriés. Car ce que nous venons de célébrer, c’est bien le Solstice de la Saint-Jean d’hiver et non pas le « solstice d’hiver » qui est une fête païenne ! Nous, Maçons, nous célébrons les deux fêtes de Jean !

    Dès lors Il peut être utile de rappeler combien les deux saints Jean sont important au sein de notre Ordre.

    2. Quelle est l’importance des deux Jean en Franc-maçonnerie ?

    Nous avons probablement tous été frappés depuis notre Initiation, par l’une ou l’autre invocation à saint Jean dans nos rituels.

    Rappelons cette interrogation présente dans le tuilage de l'Apprenti par l’Expert :

    • D'où venez-vous ?
    • De la Loge de saint Jean, Vénérable Maître.

    A qui fait-on allusion ? Pourquoi cette référence biblique est-elle présente dans les rituels de nombreuses obédiences ?

    L’importance des deux saints Jean dans la Maçonnerie française et continentale en général se manifeste tout d’abord par le fait que toutes les loges en portent le nom, quel que soit par ailleurs leur signe distinctif.

    D’anciens catéchismes d’Apprenti nous le rappellent :

    • Mon Frère, d’où venez-vous ?
    • D’une Loge de saint Jean.

    Dans nos rituels au Rite moderne, lors du « tuilage » de l’Apprenti notamment, cette évocation est également présente :

    • Comment s’appelle votre Loge ?
    • La Loge de saint Jean.

    Une autre question se pose alors : pourquoi parle-t-on de « Loges de saint Jean ?

    3. Pourquoi parle-t-on de « Loges de saint Jean » ?

    Au 18ème siècle, l’installation du Vénérable et des Officiers Dignitaires avait lieu à l’époque de la Saint-Jean d’été, comme le montrent abondamment les « livres d’architecture » des loges.

    L’édition des Constitutions de 1738 rapporte que c’est à l’occasion de la Saint-Jean-Baptiste de 1717, le 24 juin, jour de la fête rattachée au solstice d’été, jour de plus grande lumière, que les quatre premières loges maçonniques de Londres se sont réunies pour fonder la première obédience de la Franc-maçonnerie spéculative et élire le premier Grand Maître. Le procès-verbal du pasteur Anderson, secrétaire désigné pour cette réunion, le prouve.

    Mais la tradition maçonnique de célébrer la Saint-Jean est attestée antérieurement à 1717 par le Manuscrit « Dumfries ». Celui-ci témoigne du fait que l’usage selon lequel toutes les loges portent le nom de saint Jean vient d’Angleterre :

    • Dans quelle loge avez-vous été entré ? (sic)
    • Dans la vraie loge de saint Jean.

    Dans la Maçonnerie du 18ème siècle, les deux saints Jean apparaissent comme les saints patrons de la société. Le terme leur est souvent appliqué explicitement, comme dans les statuts adoptés en 1777 par la Grande Loge de France alors rivale du Grand Orient de France.

    L’usage de faire un banquet le jour de la Saint-Jean d’été ou un jour aussi proche que possible de cette date, était universellement répandu, et c’était aussi en général à ce moment-là que les Loges installaient leur nouveau Vénérable et le nouveau collège d’Officiers Dignitaires.

    4. Pourquoi les Maçons accordent-ils autant d’importance à Jean l’Évangéliste ?

    Dans les Loges françaises et continentales en général, la Bible est ouverte au premier chapitre de l’Évangile de saint Jean. C’est donc sur le Prologue de cet Évangile que tout Récipiendaire prête son serment. Cet usage était déjà celui de la Maçonnerie du 18ème siècle. Mais l’usage de prêter serment sur l’Évangile de saint Jean appartenait également à la Maçonnerie anglaise qui l’a transmis à la France.

    L’usage de la Bible ouverte à l’Évangile de saint Jean est une coutume maçonnique qui remonte pour le moins aux tout premiers commencements de la Maçonnerie spéculative comme en témoigne le Manuscrit des Archives d’Édimbourg, datant de 1696.

    Mais l’usage de prêter serment sur l’Évangile de saint Jean appartenait déjà à la Maçonnerie écossaise du 17ème siècle, Maçonnerie de transition entre la Maçonnerie opérative et la Maçonnerie spéculative.

    Il n’est malheureusement pas possible de remonter plus loin dans le temps et d’avoir la certitude que cet usage ait pu déjà appartenir à la Maçonnerie opérative médiévale car bien que le patronage de l’un ou l’autre des deux saints Jean soit attesté pour certaines confréries de Maçons opératifs, et que d’autre part certains manuscrits des « Old Charges » fassent allusion à un serment sur la Bible, les saints Jean n’apparaissent pas dans les « Old Charges ».

    5. En quoi l’Évangile de Jean peut-il nous intéresser ?

    L’Évangile de Jean, dans son ensemble, se distingue des autres Évangiles par le sens symbolique qu’il offre à l’Initié capable de le décrypter. Ce texte, et tout particulièrement son Prologue, a une valeur initiatique d’une portée universelle.

    Il est dès lors compréhensible que les Francs-maçons l’aient reconnu comme tel puisqu’il veut démontrer la possibilité pour tout homme de sortir de la confusion et de trouver la Lumière. Même si ce texte a probablement été écrit, à l’origine, par Jean, l’un des disciples de ce grand initié universellement reconnu en la personne de Jésus – IESCHOUA  en hébreu – « Yahveh nous sauve »), il a certainement été réécrit, traduit, remanié, corrigé, repensé, par des symbolistes de l’époque, pour lui donner un sens ésotérique que n’ont pas les autres Évangiles. Et ce n’est pas un hasard s’ils ont donné le nom de Jean à son auteur présumé.

    Quant à Jésus, s’il est reconnu comme un grand initié par les Francs-maçons, c’est parce qu’il a enseigné que les souffrances de l’homme ont pour cause son égoïsme, ses passions, son matérialisme, qui en font un homme divisé, et il a indiqué le moyen d’en sortir par l’amour de l’autre et l’intelligence du cœur. Son exemple devient pour l’humanité une source d’espoir. C’est l’essentiel de ce que veut transmettre Jean.

    L’Évangile de Jean est, parmi les textes sacrés fondamentaux, celui qui, proche de nous, correspond le mieux à la démarche maçonnique. Lu au premier degré, il peut paraître primaire, désuet, ou incohérent. Il convient d’en chercher le sens caché, et d’en dégager la pensée intuitive. Le symbole ne veut pas aboutir à une preuve logique et le langage symbolique est adapté à l’expression des vérités de la vie intérieure. La Franc-maçonnerie en a fait un élément fondamental. En fait, l’intention de l’Évangéliste est de conduire le lecteur à la recherche du sens profond qui se tient derrière le récit. Il veut rendre évidente la vérité proposée, non l’expliquer.

    6. Que représente le Prologue de l’Évangile de Jean ?

    * Saint Jean et le solstice d'hiver

    Dans son Prologue, Jean englobe, en un Tout, le symbole des mouvements ordonnancés de l’univers, celui des causes premières, celui de la double nature de l’homme, la matière et l’Esprit, et celui de la connaissance par l’amour, en insistant sur le fait qu’en tout homme existe une parcelle de Lumière qui peut devenir illumination ou rester inconnue de lui-même.

    Car le nom de Jean, associé au solstice, a ce double sens : c’est la permanence dans le temps qui fuit. Symboliquement il mesure le temps entre ces deux passages que sont les courts moments d’apparente stabilité : temps ascendant de la lumière visible en hiver et au printemps, puis temps descendant ensuite quand cette lumière s’intériorise au cœur de l’homme : c’est le court passage de l’homme sur la terre, face au grand cycle de l’univers créé.

    Le Prologue est un texte court qui donne à chaque individu une possibilité de trouver la Lumière en lui-même, malgré l’emprise des soucis quotidiens de sa vie matérielle et la désacralisation apparente du monde qui l’entoure, parce que cette Lumière est la vraie source vive de bonheur pour les hommes.

    La pensée résumée du sens du Prologue indique que le mythe de l’incarnation de la Parole est celui du divin incarné en l’homme, de l’incréé dans le créé, de l’infini dans le fini. C’est la manifestation symbolique de la vie en évolution et de la voie initiatique qui mène à la réalisation de l’homme libéré de ses conditionnements.

    7. Pourquoi évoque-t-on saint Jean dans ces rituels ?

    L’importance de la lumière est bien connue pour les bâtisseurs. C’est elle qui décidait de la percée des ouvertures dans les murs des cathédrales et de l’emplacement de leurs vitraux. En ce qui concerne précisément la lumière solaire, deux jours de l’année présentent une particularité intéressante : le solstice d’hiver, le jour le plus court de l’année qui correspond à la fête de saint Jean l’Évangéliste, et le solstice d’été, le jour le plus long, qui correspond à celle de saint Jean le Baptiste.

    8. Qu’est-ce que le « solstice d’hiver » et le « solstice d’été » ?

    Les solstices sont des phénomènes naturels de l’univers, que l’homme a découverts très tôt. Le solstice est un moment, qui se répète deux fois par an, où le soleil se trouve à son plus grand éloignement angulaire du plan de l’équateur. Là, aux yeux des hommes, il semble alors s’arrêter car il reste pendant trois jours dans le 23e degré de déclinaison avant de commencer soit à redescendre soit à remonter vers le plan de l’équateur.

    Les solstices marquent des saisons différentes : à partir de celui du mois de décembre, la durée d’ensoleillement va augmenter progressivement, jusqu’au maximum d’un épanouissement qui se situe entre le 21 et le 24 juin avant de décroître à nouveau. A partir de cette date, la lumière va diminuer, jusqu’aux jours les plus courts, entre le 22 et le 25 décembre, et ainsi de suite.

    L’alternance des saisons a permis à l’Homme de fixer des points de repère et de fêter ces moments de mort apparente et de renouveau : ce sont les fêtes solsticiales de décembre et de juin. Ces fêtes rituelles ont toujours été celles de la fécondité, de la vie, de la lumière et de l’espérance de l’homme dans son alliance avec la nature. En répétant l’acte de création, elles assignaient à l’homme sa place naturelle dans le temps sacré, ordonnancé, cosmique. Dès lors, il n’est pas impossible que les fêtes des deux Jean aient perpétué le lien avec les mystères païens qui sacralisaient en quelque sorte le travail de l’homme.

    9. Quelle est la signification profonde du solstice d’hiver, pour nous Maçons ?

    Selon la coutume, vers le 21 décembre, l’ordre du jour des Travaux prévoit la célébration de la fête de saint Jean l’Évangéliste, celui qui a rendu témoignage de la Vérité, le disciple du Maître qui a été choisi pour transmettre aux hommes l’Évangile de l’Amour. Initié parfait, il les incite à méditer sur l’origine et le mystère des choses et à conduire leur esprit vers le Juste et le Vrai.

    Le rituel utilisé devrait faire prendre conscience des Ténèbres et inviter les Maçons à construire leur vie pour devenir des Fils de la Lumière et suivre ainsi les pas de saint Jean l’Évangéliste. Au seuil de l’univers des ténèbres et de la terreur, le rituel devrait inviter les Frères à regarder plus profondément en eux-mêmes, à écarter l’hypocrisie, la lâcheté et l’indifférence.

    Chercher sans relâche et sans trêve, tel est le destin assumé par le Maçon ; telle est l’œuvre royale du Maçon. Chacun a besoin de retrouver la Sagesse pour guider ses pas car l’intolérance, la vanité, l’intérêt, l’égoïsme et la lâcheté sont autant de pièges et de tentations fortes qui le guettent dans la pénombre.

    10. Le rituel de célébration du solstice de la Saint-Jean d’hiver ne nous apporte-t-il rien d’autre ?

    Tout rituel utilisé en cette occasion devrait aussi montrer toute l’importance que les Francs-maçons accordent aux trois Piliers. En décembre, la Lumière est en danger et il leur faut en prendre soin. A partir du jour le plus court de l’année commence la remontée du soleil, le grand astre qui fait don de la lumière, reflet de la Lumière intemporelle qui fut, qui est et qui sera.

    Tout rituel de la Saint-Jean d’hiver devrait rappeler que les Lumières que les Maçons ont rallumées dans leur Loge peuvent les conduire, à travers les épreuves, dans le labyrinthe de leur monde intérieur.

    Lorsque le rituel de la Saint-Jean d’hiver se termine, c’est sous la conduite du Passé Maître Immédiat portant les Trois Grandes Lumières, suivi d’un Apprenti, d’un Compagnon et d’un Maître, tous trois porteurs d’un flambeau, que tous les Frères gagnent généralement ensemble la salle des banquets, en paix et dans l’ordre, où les Travaux reprennent force et vigueur et où les santés d’obligation indiquées sont commandées : au Roi et aux chefs d’états étrangers et protecteurs de l’Ordre ; au Très Respectable Grand Maître et aux Grands Officiers Dignitaires de l’Obédience puis aux Frères visiteurs. Une santé d’obligation est aussi commandée par le Frère Premier Surveillant en l’honneur du Vénérable Maître. Une santé en l’honneur de tous les Maçons de l’Univers est annoncée par le Frère Orateur et ensuite commandée par le Vénérable Maître.

    L’exécution du chant des Apprentis par tous les Frères présents clôt généralement cette cérémonie avant la Clôture des Travaux. Mais il faut parfois se contenter de la seule audition de ce chant grâce au disque car sa connaissance tend à disparaître et son exécution parfaite devient malheureusement rare.

    11. Quelle est la signification du solstice d’été, pour nous, Maçons ?

    Selon la coutume, vers le 21 juin, l’ordre du jour des Travaux prévoit la célébration du Solstice d’été, fête de saint Jean-le-Précurseur ou le Baptiste, antique tradition qui, par son symbolisme, incite lui aussi les Maçons à la réflexion.

    Au moment où le Soleil atteint son apogée, la lumière spirituelle trouve la perfection de sa forme concrète et porte en elle toutes les potentialités d’une moisson abondante. Cette concrétisation de la lumière spirituelle est symbolisée par Jean-le-Baptiste, Précurseur de la lumière rédemptrice ou du Christ solaire et qui témoigne de la Lumière qui est. Le rituel rappelle que c’est ainsi que les Francs-maçons sont devenus les disciples de saint Jean car ils sont Enfants de la Lumière. C’est en recevant celle-ci que le Maçon trouve le chemin de la Vérité.

    Le jour du solstice d’été, symbole de l’idéal maçonnique, les Francs-maçons participent à la joie universelle. En cet instant précis où le soleil apparaît dans son plus grand éclat, ils décorent leur Temple de roses blanches qui représentent la joie de vivre qui se manifeste en leur cœur ainsi que la plénitude qui est pureté et silence. Mais ces roses blanches sont aussi là pour leur rappeler les deux vertus principales du Maçon : la recherche de la vérité et l’acceptation du devoir.

    Tandis que les Travaux s’arrêtent sur les Colonnes, un Frère Apprenti range les outils pour les récupérer le jour où les Travaux reprendront au Réveil de la Loge en septembre.

    12. Que savons-nous de plus des deux Jean que nous fêtons ?

    • Celui que nous fêtons à la fin du mois de juin, c’est Jean-le-Baptiste, celui qui annonce la venue du Christ qu'il baptisera.

    * Saint Jean et le solstice d'hiver

     Au moment de ce baptême décrit dans les évangiles, une colombe s'envola dans le ciel, représentant la Paix et l'Esprit nouveau du Christ. C'est lors du baptême de Jésus que Jean le reconnut comme le Messie lorsque l'Esprit descendit sur lui sous la forme d'une colombe. En dépit de l'honneur qui lui était fait, Jean-le-Baptiste tint à marquer son admiration et sa confiance à Jésus en lui disant ces mots restés célèbres : « Je ne suis pas digne de délier la courroie de ta sandale ». Jean-le-Baptiste est reconnu prophète par toutes les religions du Livre. Cet homme, d'une spiritualité très profonde, dérangeait les puissants : Jean sera en effet emprisonné pour avoir reproché à Hérode Antipas son union incestueuse avec Hérodiade, la femme de son frère. C'est Salomé, la fille d'Hérode Philippe et d'Hérodiade, qui obtiendra de son oncle qu'il fasse décapiter Jean et que sa tête soit présentée à sa mère Hérodiade sur un plateau d'argent. Jean-le-Baptiste est avant tout le prophète contemporain du Christ. Il mena une vie de jeûne et de pénitence dans le désert. Le message de saint Jean dans le désert fut d'abord de demander au peuple d'Israël de se préparer à la venue du Messie qu'il annonçait imminente. A la suite de ce message, de nombreux juifs vinrent se faire baptiser par lui dans les eaux du Jourdain. C’est le jour de la Noël, que nous fêtons la naissance de Jésus. Noël est aussi la fête de la naissance du soleil nouveau. Le soleil du solstice d'été, étant à son apogée, ne peut que décroître. C'est pourquoi Jean-le-Baptiste dira : « Il faut que je décroisse pour qu'il croisse ». Autrement dit, il faut que la lumière extérieure qui nous inonde aujourd'hui cède la place au soleil intérieur du solstice d'hiver.

    • Celui que nous fêtons à la fin du mois de décembre, c’est Jean l’Évangéliste qui fut l'un des douze apôtres du Christ et l'un des quatre Évangélistes. 

    * Saint Jean et le solstice d'hiver

    Différentes scènes du Nouveau Testament témoignent de la présence de Jean auprès du Christ. Jean l'Évangéliste apparaît en effet dans plusieurs épisodes du Nouveau Testament : il assiste à la pêche miraculeuse, à la transfiguration du mont Thabor. Jean est auprès de Jésus au mont des Oliviers et lors de la Cène. Au pied de la croix, il soutient Marie que le Christ lui a confiée. Puis, il quitte la Palestine : la Tradition raconte qu'après la mort de Jésus et la dispersion des apôtres, Jean se rend en Asie et se fixe à Éphèse, où Marie le rejoint. Il y est arrêté alors qu'il est très âgé et est jeté dans l'huile bouillante dont il sort indemne. Exilé sur l'île de Patmos (île des Sporades), il y rédige l'Apocalypse qui porte son nom. Amnistié, il peut retourner à Éphèse et y rédige son Évangile. Dans l'Evangile et au sein du collège apostolique, saint Jean occupe une place de choix. Représentant l'amour, il marche à côté de Pierre, qui symbolise la doctrine. Jésus semble avoir réservé à cet apôtre les plus tendres effusions de son cœur. Plus que tout autre, en effet, Jean pouvait rendre amour pour amour au divin maître. C’est dans cet amour du Christ qu’il semble avoir puisé cette charité et cette science des choses de Dieu, qu'il répandit dans ses écrits et au sein des peuples auxquels il porta le flambeau de l'Evangile. Saint Jean fut, parmi les apôtres, le seul à être resté fidèle à Jésus dans ses souffrances. Il le suivit dans l'agonie du calvaire et accompagna la Mère de Jésus dans ces douloureux instants. Il était juste que saint Jean, ayant participé aux souffrances de la Passion, goûtât l'un des premiers les joies pures de la Résurrection. Le jour où le Sauveur apparut sur le rivage du lac de Génésareth, pendant que les disciples étaient à la pêche, saint Jean fut le seul à le reconnaître. « C'est le Seigneur », dit-il à saint Pierre. Tout l'Evangile le prouve : Jean était bien le disciple que Jésus aimait le plus.

    13. Que pouvons-nous retenir des fêtes solsticiales des deux saints Jean ?

    La « Saint Jean d'été » (Solstice d'été, Saint-Jean-Baptiste, 24 Juin) et la « Saint-Jean d'hiver » (Solstice d'hiver, Saint-Jean l'Évangéliste, 27 décembre) forment un couple étonnamment contrasté. Alors que la première est une fête d'extérieur, à la fonction sociale affirmée grâce aux « feux de joie », la seconde est une fête d'intérieur toute familiale qui s'est longtemps manifestée autour d'une bûche flambant dans la cheminée.

    14. Quels rapports y a-t-il entre les deux Jean et le dieu romain Janus ?

    Bien avant les fêtes de saint Jean, aux deux solstices, les Romains célébraient la fête de Janus, le dieu qui « ouvre » et qui « ferme » les portes du cycle annuel, « janua » signifiant « porte, accès ».

    Curieusement, Janus était représenté avec deux visages, celui d’un vieillard tourné vers le passé et ainsi vénéré comme le dieu des origines de toutes les choses et l’autre, d’un adolescent tourné vers l’avenir. A ce titre, Janus était craint et respecté comme le maître du temps qui détruit ce qu’il produit mais aussi comme le gardien des portes célestes qui détient les clefs des étapes du chemin vers la Lumière, symbole de l’immortalité de l’Esprit. Les expressions « porte des hommes » et « porte des dieux » en découlent. Les noms de « porte de l’enfer » et « porte du ciel » leur ont aussi été donnés.

    Janus, dieu romain, était en effet le dieu des portes de la ville. Il faut se souvenir que les villes romaines étaient circulaires et coupées en quatre – d’où le terme de « quartier » – par deux voies principales, l'une nord - sud appelée « cardo », l'autre est - ouest appelée « decumanus ». Janus gouvernait les deux portes symboliquement principales, c'est-à-dire la porte Nord (porte des Enfers) et la porte Sud (porte du Ciel).

    Dieu des portes, Janus était aussi le dieu des « commencements » : « Initiare »  signifiant « commencer », Janus était le dieu de l'initiation. C'est lui qui ouvrait le cycle des campagnes militaires. C'est lui également qui ouvrait et fermait le cycle annuel. Janus a été remplacé par les deux Jean. Jean-le-Baptiste, ouvrant la Porte du Ciel, est devenu le patron des Francs-maçons et de tous les Initiés.

    Après la christianisation des mythes païens, les deux Jean prirent la place de Janus aux deux visages. Ce fut Jean le Précurseur, dit le Baptiste, celui qui baptisait d’eau et annonçait la venue de celui qui baptiserait de feu, puis ce fut Jean l’Évangéliste, le "confirmateur", témoin de cet amour fusionnel et symbolique du feu et de l’eau. Le feu est un symbole très présent aux solstices ou aux équinoxes.

    Les noms de Janus, Johan, Juana, Jehan, Jean ont la même racine hébraïque Yôhânân (Yahveh fait grâce, ou la grâce de Yahveh) latinisée puis francisée.

    Les deux Jean et Jésus sont des « dieux » solaires : le Baptiste annonce le lever du soleil : il est donc représenté par un coq. C'est celui qui figure sur les clochers des églises. Quant à l' Évangéliste, il était en effet le disciple préféré de Jésus. C'est lui qui posa sa tête sur le cœur du maître. Il est logiquement symbolisé par un aigle, (cf. « l’Aigle de Patmos »), seul animal à pouvoir fixer le soleil dans tout son éclat.

    15. Quelle est la signification des deux Jean dans la spiritualité maçonnique ?

    La symbolique de Jean l'Évangéliste est très complexe. Les deux saints Jean sont riches d’enseignements spirituels pour le Maçon. Jean-le-Baptiste a prêché le repentir. Il est celui qui invite à se préparer à la venue de la Lumière, à se mettre en état de la recevoir. Il enseigne l’humilité, le renoncement à soi, sans lesquels il n’y a ni initiation ni progrès spirituel.

    Si Jean-le-Baptiste enseigne au Maçon comment se préparer à recevoir la Lumière, Jean l’Évangéliste est le type de l’homme qui l’a reçue et qui a donc atteint une certaine connaissance.

    La voie que nous révèlent les deux Jean est une voie alchimique : il s’agit du passage de l’Eau au Feu, ou plutôt de l’union de l’Eau et du Feu dans le centre de transmutation qu’est la loge.

    Jean le Baptiste baptise le Christ dans les eaux du Jourdain pour le faire naître à sa vocation rédemptrice qu’il achèvera sur la Croix et qu’il poursuivra dans le feu de l’amour que l’Évangéliste devra transmettre. Il y a transfert du Baptiste à l’Évangéliste sur la Croix. C’est par la Croix que l’Initié passera du baptême dans l’eau au baptême dans l’Esprit, l’Esprit d’amour qui est eau d’éternité. Le Baptiste rencontre le Christ dont l’Esprit animera l’Évangéliste.

    L’Évangile de saint Jean est par excellence l’Évangile de l’amour.

    Le commandement d’amour est proclamé d’une manière particulièrement solennelle dans l’Évangile de saint Jean : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».

    Le commandement d’amour fraternel est mis dans la perspective de la Révélation trinitaire : l’amour des frères entre eux est à l’image de celui que le Fils a pour eux et dans lequel ils demeurent, et celui-ci est lui-même à l’image de l’amour que le Père a pour le Fils et dans lequel le Fils demeure, cet amour étant ce dont procède l’Esprit. Les deux Jean symbolisent ces deux phases de cette Révélation, phases que chaque Maçon doit revivre dans sa progression initiatique, passant par l’attente, dans l’effort et dans les œuvres qui sont déjà amour, de la venue de la Grâce et de la Lumière qui feront éclore en lui, en même temps que la connaissance, l’amour dans sa perfection.

    Quelques éléments du rituel un peu complexes

    Fort de ces quelques éléments de réponses aux questions principales, l’Apprenti peut aussi se pencher sur certains aspects du rituel qui peuvent lui paraître un peu plus obscurs.

    Il y est notamment question de la « Table d’émeraude ». Qu’est-ce à-dire ?

    • La Table d’émeraude

    * Saint Jean et le solstice d'hiver

    La découverte, vers l'an mille, de ce texte mystérieux a bouleversé les pensées.

    On dit que le texte contenait les arcanes d'un savoir immense aussi ancien que le monde.

    La copie latine (ci-contre) de ce texte permit sa diffusion.

    Les études modernes ont défini sa provenance d'un original égyptien en langue grecque du 4ème siècle de notre ère.

    Des légendes inépuisables sont apparues autour de ce texte. La plus fameuse racontait que son auteur mythique l'avait inscrit sur l'émeraude chue du front de Lucifer, le jour de la défaite de l'ange rebelle : ainsi vint qu'on l'appelât la Table d'Emeraude...

    La Table d’émeraude (Tabula Smaragdina en latin) est un des textes les plus célèbres de la littérature alchimique et hermétique. C’est un texte très court, composé d'une douzaine de formules allégoriques et obscures, dont la fameuse correspondance entre le macrocosme et le microcosme : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».

    Selon la légende, elle présente l’enseignement d’Hermès Trismégiste, fondateur mythique de l'alchimie, et aurait été retrouvée dans son tombeau, gravé sur une tablette d’émeraude. La plus ancienne version connue se trouve en appendice d’un traité arabe du 6e siècle. Traduite en latin au 12ème siècle, elle fut commentée par de nombreux alchimistes au Moyen Âge et surtout à la Renaissance.

    Après le discrédit scientifique de l'alchimie et le développement de la chimie moderne au 18ème siècle, elle a continué à fasciner occultistes et ésotéristes.

    La Table d’émeraude d’Hermès Trismégiste, père des Philosophes (traduction de l’Hortulain) :

    « Il est vrai, sans mensonge, certain, et très véritable : ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut ; et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d'une seule chose. Et comme toutes les choses ont été, et sont venues d’un, par la méditation d’un : ainsi toutes les choses sont nées de cette chose unique, par adaptation. Le soleil en est le père, la lune est sa mère, le vent l’a porté dans son ventre ; la Terre est sa nourrice. Le père de tout le télesme [1] de tout le monde est ici. Sa force ou puissance est entière, si elle est convertie en terre. Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l’épais doucement, avec grande industrie. Il monte de la terre au ciel, et derechef il descend en terre, et il reçoit la force des choses supérieures et inférieures. Tu auras par ce moyen la gloire de tout le monde ; et pour cela toute obscurité s’enfuira de toi. C'est la force forte de toute force : car elle vaincra toute chose subtile, et pénétrera toute chose solide. Ainsi le monde a été créé. De ceci seront et sortiront d'admirables adaptations, desquelles le moyen en est ici. C’est pourquoi j'ai été appelé Hermès Trismégiste, ayant les trois parties de la philosophie de tout le monde. Ce que j’ai dit de l'opération du Soleil est accompli, et parachevé. »

    Puisque « ce qui est en bas est semblable à ce qui est en haut pour accomplir les miracles d’une seule chose », selon la Table d’Emeraude, il est normal que l’homme, ayant eu révélation de l’existence d’une proportion privilégiée procurant l’harmonie esthétique, se serve de cette proportion à travers ses propres créations, et plus spécialement dans toutes celles ayant un rapport direct avec le divin, à commencer par le Temple, demeure symbolique de Dieu.

    * Saint Jean et le solstice d'hiver

    Dans ce même rituel, le symbolisme de la roue est aussi suggéré.

    • Le symbolisme de la roue

    Le symbolisme de la roue tient à la fois de son rayonnement solaire et de son mouvement cyclique qui représente la périodicité du voyage des astres tout au long du cycle de l’année.

    Le symbole de la roue est un prototype ou un modèle de l’idée archétypale que le cosmos tout entier ne fait que manifester. Et comme modèle du cosmos, il pourrait bien être qualifié d’universel dans la plus large acception du terme. Il est donc encore plus étonnant de constater que, malgré son importance particulière, on ne lui donne pas l’importance qui lui est due, bien que ce soit un héritage fondamental présent dans toutes les formes traditionnelles.

    Le symbole de la roue est l’expression du mouvement et de la multiplicité, de l’immobilité primordiale et de la synthèse. C’est également l’expression symbolique de l’expansion et de la concentration, de l’énergie centrifuge, qui va du centre vers la périphérie, et de l’énergie centripète qui retourne à son centre, son axe ou sa source...

    Ce symbole est également la manifestation de ce qui, étant tout juste virtuel (le point) génère un espace ou un plan (qui délimite la circonférence). Par conséquent, il est évidemment lié à l’espace et au temps, et se rattache ou s’associe à toute notion de cosmogonie[2] et de création.

    En ce sens, le mouvement superficiel ou externe de la roue se rapporterait à la manifestation, tandis que la virtualité, l’immobilité du point central, moyeu ou axe, serait connectée avec le non-manifesté.

    On pense aussi que la roue détient un rôle très important depuis les plus anciennes cosmogonies, notamment dans les mythes qui relatent la naissance de l’univers. A ce propos, nous pouvons nous reporter à un passage fort important de l’œuvre de René Guénon : « On sait que la roue est en général un symbole du monde : la circonférence représente la manifestation, produite par irradiation du centre; ce symbolisme est par ailleurs susceptible de revêtir des significations plus ou moins particularisées ».

    Ensuite, ce métaphysicien français rappelle qu’en Inde deux roues associées, c’est-à-dire le char, correspondent à des parties diverses de l’ordre cosmique. La forme circulaire de la roue est le symbole des révolutions cycliques auxquelles sont soumises toutes les manifestations, qu’elles soient terrestres ou célestes ; ainsi les deux roues pourraient bien représenter l’univers dans ses parties.

    • La roue à six rayons et le point central – le symbolisme du nombre 7

    Il est possible que, d’entre les symboles sacrés de tous les peuples, celui de la Roue soit le plus universel. L’universalité même des significations de la roue, et leur connexion directe ou indirecte avec les autres symboles sacrés, en particulier les nombres et les figures géométriques, font de celle-ci une sorte de modèle symbolique, une image du cosmos. Car, sur le plan, la jante est un cercle, et la circularité est une manifestation spontanée de tout le cosmos.

    Entre le point central et la circonférence se forme le cercle ; la valeur arithmétique assignée au premier est l’unité, représentation naturelle du point géométrique, et pour la seconde c’est le neuf, le nombre du cycle, puisque c’est celui de la circularité.

    La somme des deux nous donne la dizaine (1 + 9 = 10), le modèle numérique de la Tétraktys pythagoricienne[3], ce qui peut être rapporté à toute autre arithmosophie, puisque les nombres – et les figures géométriques – sont des modules harmoniques archétypaux, valables dans toute la manifestation et donc pour tout temps et tout lieu de ce cycle humain.

    Ce point central de la Roue du Monde est en communication avec la périphérie à travers ses rayons, qui sont donc les intermédiaires entre eux ; et tandis que la roue tourne sur elle-même, symbolisant le mouvement et le temps, l’axe demeure fixe, exprimant l’immobilité et l’éternel.

    Le centre est, avant tout, l’origine, le point de départ de toutes les choses ; c’est le point principiel, sans forme ni dimensions, donc indivisible et, par conséquent, la seule image que l’on puisse donner de l’Unité Primordiale.

    Le nombre sept est considéré comme le point central d’une roue à six rayons. En réalité, le sept est le point central du cube, qui possède six faces et douze arêtes, un autre des symboles-modèles de l’univers.

    En guise de conclusion provisoire…

    Si la Maçonnerie anglaise actuelle est beaucoup plus discrète que la Maçonnerie française et continentale en général à propos des deux saints Jean, leur importance se manifeste aussi par la célébration de leurs fêtes. De nos jours, cette célébration se limite parfois à un banquet, mais celui-ci est alors conduit selon le rituel de table complet, avec une Ouverture et une Clôture solennelle des Travaux, le Volume de la Sainte Loi étant ouvert sur l’autel, à l’Orient.

    Mais de nombreuses Loges utilisent, lors de ces deux célébrations, différents rituels dont il serait fort ambitieux de faire une analyse exhaustive. C’est pourquoi, dans cette planche, le rituel utilisé par notre Respectable Loge au mois de décembre, n’a pas été analysé en détails. Sa structure non plus n’a pas été dégagée car elle est assez évidente.

    Comme de coutume, c’est sur base de mon questionnement le plus élémentaire que j’ai construit cette planche, avec l’espoir qu’elle aura pu apporter quelques modestes précisions au lecteur.

    R:. F:. A. B.

     

    Bibliographie

    Behaeghel Julien

    Symboles et initiation maçonnique

    Editions du Rocher, Monaco, 2000

    Pages 141 à 153

     

    Ducluzeau Francis

    Ethique, sagesse et spiritualité dans la Franc-maçonnerie

    Editions du Rocher, Monaco, 2002

    Pages 204 à 214, 215 à 233

     

    Ferré Jean

    Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie

    Editions Dervy, Paris, 1994

    Pages 234 et 235

     

    Lhomme Jean – Maisondieu Edouard – Tomaso Jacob

    Dictionnaire thématique illustré de la Franc-maçonnerie

    Editions du Rocher, Monaco, 2002

    Pages 299 à 306, 306 à 308 et 308 à 310

     

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    [1] Je n'ai trouvé le mot « télesme » que dans le dictionnaire Mytho-Hermétique de Dom Pernety, et encore n'en donne-t-il qu'une définition succincte : fin, perfection, complément.

    [2] La cosmogonie est une science qui a existé chez tous les peuples archaïques et traditionnels. Elle se réfère à la connaissance de l’homme (cosmos en miniature) et de l’univers (homme en grand), ce qui s’est répété de façon unanime et pérenne au long du temps (histoire) et de l’espace (géographie), décrivant une seule et unique réalité, celle du cosmos, qui est d’ailleurs la même que nous, contemporains, vivons et habitons aujourd’hui, car elle est essentiellement immutable malgré les formes changeantes par lesquelles elle peut être exprimée ou appréhendée, puisqu’elle demeure éternellement vivante.

    Cette science, pratiquement inconnue de l’être humain actuel, ce produit du rationalisme, du positivisme, du matérialisme et de la technologie, a cependant été la structure de base, la structure primaire sur laquelle aussi bien les peuples primitifs que les grandes civilisations de l’antiquité (les égyptiens, par exemple) ont fondé leurs croyances, et l’instrument qu’ils ont utilisé pour construire leur vie et leur culture, qui, dans le cas cité en exemple, a duré trois mille ans. L’on pourrait en dire autant de l’empire chinois, ou plus exactement de la Tradition extrême-orientale, bien que cette science soit en réalité un dénominateur commun à toutes les traditions connues, qu’elles soient vivantes comme la tradition hindoue ou le djaïnisme, ou apparemment mortes, comme les traditions précolombiennes.

    Nous devons préciser que le mode d’expression normal de cette Cosmogonie Universelle et Pérenne est le symbole, ou un ensemble de symboles en action constituant des codes et des structures qui se conjuguent entre eux de façon permanente, manifestant et véhiculant la réalité, c’est-à-dire la pleine possibilité du discours universel qui devient, par leur intermédiaire, audible et compréhensible. Le symbole est par conséquent la traduction intelligible d’une réalité cosmogonique et, en même temps, cette réalité en soi, au niveau où elle s’exprime

    [3] 10 est le nombre de la Tétraktys pythagoricienne, somme des 4 premiers nombres. Il a le sens de la totalité, de l'achèvement, du retour à l'unité après le cycle des 9 premiers nombres. Pour les pythagoriciens, c'est le chiffre le plus sacré, symbole de la création universelle. La Tétraktys était représentée par un triangle de 10 points disposés en pyramide de quatre étages.

     


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  • Introduction

    Pendant vingt-cinq ans, le plafond de notre Loge n’a pratiquement toujours été qu’une surface de teinte bleu ciel sans la moindre représentation stellaire ! Peut-être les Frères fondateurs avaient-ils estimé qu’une mise en conformité de la Voute Étoilée avec la Tradition n’était pas urgente ? Cela témoignerait-il d’une prise de distance par rapport au Grand Architecte de l’Univers ?

    Il y a environ une dizaine d’années, un de nos VV:. FF:. avait soulevé le problème de l’absence de cette représentation, s’était engagé à combler ce manque par un travail opératif personnel, mais le temps lui a sans doute manqué…

    Alors que nous venons de célébrer le vingt-cinquième anniversaire de l’érection des Colonnes de « Sambre et Meuse », quelques Frères semblent avoir pris conscience de la nécessité d’apporter ce complément indispensable au symbolisme de nos Travaux.

    C’est dans le but de soutenir leur action opérative que je leur propose humblement la présente recherche, mais aussi pour faire prendre conscience à tous mes Frères de l’importance de rechercher et de comprendre les origines de nos symboles.

    J’ai quelques fois fait le triste constat que, toutes Loges confondues, trop de Frères ne semblent pas trop s’attarder à rechercher dans la symbolique maçonnique, les origines des outils qui nous sont proposés et que, par habitude, nous manipulons en Loge. C’est ainsi que, peu à peu, au fil des générations montantes, nous risquons de perdre le sens du sacré et que se créent des mouvances parallèles qui n’ont plus de Maçon que le nom, bien que l’esprit traditionnel soit plus ou moins préservé lors des cérémonies d’Initiation.

    Si pour certains d’entre nous, les symboles et les nombres utilisés par la Franc-maçonnerie sont les éléments familiers d’un langage universel inscrit dans notre cosmologie, nombre de Frères initiés aux différents Rites de nos obédiences ne réalisent pas toujours la portée symbolique des outils qu’ils observent et manipulent en Loge. Leur regard est naturellement attiré par les éléments les plus remarquables, mais ils se contentent trop souvent des explications volontairement succinctes trouvées dans les rituels.

    Nombre d’éléments présents dans nos Loges attestent que notre spiritualité est solaire. L’invocation que nous faisons lors de l’Ouverture des Travaux « à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers », introduit cette notion importante, que nous symbolisons par des signes plus ou moins parlants tels que le Soleil et la Lune, l’espace sacré recevant le Pavé mosaïque. Pour les anciens Égyptiens, notre Grand Architecte était symbolisé sous le nom de Rê par le disque solaire, non pas comme étant Dieu mais comme sa première manifestation dans le monde visible. Il se manifeste par la Lumière qu’il diffuse et qui crée la vie. Il n’est pas le « Dieu créateur de toutes choses », mais le principe de mutation des ondes dites cosmiques qu’il véhicule et qu’il transforme en énergie créatrice.

    Les Francs-maçons consacrent leurs Loges à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers dont ils symbolisent la présence par le Tableau de Loge posé sur le Pavé mosaïque, entouré sur trois de ses angles par trois Piliers (Sagesse, Force, Beauté), parfois par des colonnettes de différents styles (dorique, ionique et corinthien). Pour nous Maçons, comme pour les anciens Égyptiens, cet espace réputé sacré, symbolise la Terre comme faisant partie intégrante de l’Univers qui l’entoure.

    D’autres symboles décorant nos Ateliers, attestent encore que notre spiritualité est d’origine solaire : la Voute Étoilée, le Soleil et la Lune, l’Etoile flamboyante, la forme pyramidale du triangle, la référence à la Lumière etc. L’énergie cosmique y est aussi parfois suggérée par la présence d’un fil à plomb symbolisant l’Axe du monde sur le centre du Tableau de Loge. Sa verticalité est également représentée sur le décor des Premier et Second Surveillants. Ces symboles manifestent la présence du Grand Architecte de l’Univers. 

    La Voute Étoilée

    La Voute Étoilée composées de petites étoiles à cinq branches est un symbole égyptien. Peinte sur le plafond des tombeaux royaux, elle représentait le monde où séjournaient les dieux. Lorsque Pharaon, considéré par le peuple comme un dieu vivant, rejoignait, au crépuscule de sa vie, l’Orient éternel, une nouvelle étoile était censée s’allumer dans le ciel. En Egypte, il n’y a jamais eu d’autres formes d’étoiles que celles à cinq branches que nous observons au plafond de nos Ateliers. Dans nos Loges, les Travaux sont ouverts à la gloire du Grand Architecte de l’Univers que symbolise également cette Voute Étoilée.

    Tentons de comprendre pourquoi il importe que le plafond de notre Loge soit  rapidement garni d’étoiles, de quelques étoiles… de deux ou trois constellations maximum – car « ici, tout est symbole » – et pour autant que leur représentation soit correcte ! L’objectif est de maintenir le symbole à sa place, pas de provoquer des distractions  mais de susciter la réflexion.

    Une des caractéristiques de la Voute Céleste telle qu’elle est généralement représentée dans nos Loges, c’est qu’elle est étoilée… parfois trop ! Alors, combien de fois les regards de Frères assis sur les Colonnes se sont-ils perdus dans ce vaste champ sidéral ? Et que voit le nouvel Initié lorsqu'on lui enlève le bandeau qui lui recouvre les yeux si ce n’est – outre la Lumière de l’Orient – le Soleil, la Lune et ce vaste champ d’étoiles au-dessus de sa tête ?

    Une constante de l’activité maçonnique dans le Temple est la confrontation avec la Voute céleste et les astres. Un symbolisme de l’espace, la Voute Étoilée, représente la part céleste dans l’ensemble cosmique. Elle évoque le sacré, le passage du fini à l’infini, de la vie temporelle à la vie éternelle, mais elle nous fait aussi prendre conscience que nous sommes bien observateurs entre Zénith et Nadir.

    Les astres qui suivent leurs trajectoires harmonieusement combinées font penser inévitablement que c’est là que règne le Grand Architecte de l’Univers. Et le ciel est un symbole par lequel s’exprime la croyance en un Etre supérieur, créateur de l’univers, pure manifestation de la transcendance, de la puissance et de la pérennité. Pythagore ne s’était d’ailleurs pas trompé lorsqu’il parlait de l’harmonie des sphères, harmonie perçue comme « la juste consonance des parties au Tout en une céleste octave ».

    La Voute Céleste ou Étoilée fait naître dans nos Loges un sentiment de sécurité, et elle en fait une sorte de refuge. C’est dans cet espace entre Voute Céleste et Pavé mosaïque que le macrocosme et le microcosme se rejoignent et que la jonction en nous est possible. Sans doute nous montre-t-elle que la construction de notre Temple ne sera jamais terminée, mais elle témoigne également que la Franc-Maçonnerie n’entend pas limiter son travail à la seule connaissance mais s’adonner encore à la contemplation et à l’admiration de ce qui la dépasse. La Voute céleste étoilée reste une puissante source d’inspiration et pousse chaque Frère à s’élever par une irrésistible aspiration vers l’infini cosmique devant lui permettre de transcender sa condition d’homme.

    La Voute Étoilée surplombe le Pavé mosaïque, l’un reflétant l’autre. Et comme il est dit que ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, on peut alors y voir un symbole de multiplicité, une entrevue des infinies possibilités, des nombreux chemins possibles. Chaque étoile semble être similaire à une autre mais comme les humains, chaque être est différent et la richesse vient de la non-conformité, de la différence. Chaque étoile est une.

    Approche du symbolisme des étoiles

    Par leurs mouvements, les étoiles semblent déterminer la course du temps et mettre la vie au rythme du cosmos. Ce ballet sidéral, preuve manifeste d’une perfection extérieurement inaccessible, nous renvoie à l’intérieur de nous-mêmes.

    Les Francs-maçons n’ont-ils pas mis des étoiles dans la Voute Céleste de leurs Loges pour dire : « Vous êtes sur la Terre mais tout vous ramène au divin. C’est ce chemin-là que vous devez suivre, librement mais avec constance » ?

    Et ces étoiles ne seraient-elles pas l’expression de la promesse qu’au bout de l’obscurité il y a la Lumière, celle de la Connaissance ? N’y a-t-il plus clair appel à nous perfectionner ?

    Pour les Francs-maçons qui étudient la Voute Étoilée comme symbole et support à leur réflexion, elle est généralement considérée comme le symbole du ciel parsemé d'étoiles et visible de Midi à Minuit. Elle suggère l'infini, la progression spirituelle, le toit du Temple de Salomon ouvert à la connaissance et au progrès.

    C'est justement au nom de la connaissance et du progrès qu’ils récusent tout mythe consistant à prédire un hypothétique avenir à partir de l'observation des astres. Ne parlons donc pas de l'astrologie moderne qui est une imposture et une escroquerie.

    La Voute Étoilée couvre le toit du temple et en même temps brille de mille feux grâce aux étoiles, la Lune et le Soleil, de Midi à Minuit. Il n’y a pas de nuit noire dans la Loge pendant les Travaux : la Lumière y règne. Le ciel parsemé d'étoiles est infini à l'image de l'univers, infini mais borné ! C'est un paradoxe en effet pour le sens commun mais qui a une explication physique et rationnelle. Et du fait de cette infinité tout observateur à n'importe quel point de l'univers est au centre. Quel plus beau symbole d'égalité !

    Puissance du symbolisme de la Voute Céleste ou Étoilée

    Pour la contempler, nous levons haut la tête, symbole de volonté, de perfection et de liberté de l’Homme, car la Voute Céleste ou Étoilée, c’est le face à face avec l’incommensurable, la prise de conscience de l’infini qui est toujours bien présent dans notre vie mais qui, d’une certaine façon, perturbe nos esprits rationnels et limités qui se retrouvent parfois débordés par tant d’inconnu. Elle nous ramène sans cesse à notre dimension microcosmique face au macrocosme des « espaces infinis » dont le «silence éternel» effrayait déjà Pascal.

    Mais la voute proprement dite c’est aussi, du point de vue de la géométrie, un segment de la circonférence. Elle induit donc la notion de roue, de sphère et de cercle (illustrant l’esprit) en nous invitant à travailler avec le compas symbolisant l’intelligence.

    Mais c’est aussi une notion de mouvement : perdus au milieu d’un univers en perpétuelle mutation, nous n’échappons pas, nous non plus, au renouvellement. Nous y sommes sans cesse contraints dans la vie profane. Et, dans notre vie maçonnique, qu’avons-nous vécu d’autre lors de notre Initiation ou de notre Élévation ? Ce renouvellement qui nous est « naturellement » imposé est aussi le moteur du progrès, de l’évolution de l’Homme et corollairement de sa capacité d’adaptation à son environnement. Il existe donc bel et bien une dynamique de notre monde au sein de l’univers.

    La Voute Céleste illustre les orbites décrites par les astres dans le cosmos, les cycles de la nature et de la vie, le temps qui passe et ce grand tourbillon qui entraîne notre monde et nous avec lui. Parfaite illustration de la gravitation universelle, la Voute Céleste oscille entre Ténèbres et Lumière en évoquant le sens qui, du chaos, fait jaillir le monde. Cette Voute Céleste, c’est, par une illustration partielle, la révélation d’un tout : le témoignage que ce que nous voyons porte en soi ce qui nous est invisible, démonstration fulgurante des principes d’analogie et de dualité contenus dans l’aphorisme d’Hermès Trismégiste : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas pour faire des miracles d’une seule chose ».

    Depuis l’aube de l’humanité, l’Homme lève les yeux vers le ciel. Cette humanité a toujours été fascinée, intriguée, saisie de joie et de crainte, voire d’angoisse devant les manifestations de la Voute Céleste, sa grandeur et ses mystères insondables. L’Homme  l’a sacralisée et a essayé d’y comprendre et d’y édifier la création et de faire concorder ses vues étoilées, avec ses croyances. L’Homme exprimait ainsi une filiation mystérieuse avec l’univers, le cosmos. Il y a vu la demeure des divinités, chaque peuple y a mis et y met toujours ce qu’il veut.

    Dès l’origine des temps, la contemplation du ciel étoilé d’une nuit sans nuages a conduit l’homme à s’interroger sur lui-même et sur sa place dans l’univers. Dès que son évolution a donné à son cerveau l’accès à l’abstraction et l’a fait passer de l’état de primate animal à celui d’être doué de conscience, la vision de l’immensité étoilée l’a porté à se demander : d’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Comment suis-je ici et, surtout, pourquoi suis-je ici ?

    C’est l’observation du firmament qui a conduit l’être doué de conscience à donner les premières réponses à ses interrogations. Admiratif et effrayé par sa splendeur et son immensité, il y a projeté ses questions et cherché les réponses à ses préoccupations infiniment petites dans cet infiniment grand.

    En architecture, la voute est présente dans tous les édifices religieux. La voute, ou ce qui la représente dans la nature ou dans les œuvres de l’homme, joue un rôle métaphysique important. Elle est présente dans tous les lieux privilégiés où, de tout temps, l’homme a cherché à établir une relation avec le divin. Elle a un caractère magique. L’envoutement y fait du reste étymologiquement référence. La voute subjugue et fascine celui qui la contemple.

    Dans nos Loges, espace à trois dimensions, la voute est figurée au plafond du temple et, en son milieu, descend – théoriquement – le Fil à plomb constituant l’axe du monde. La voute est, bien plus qu’un arc de cercle, un dôme tout entier, tracé à sa base par le cercle qui englobe l’humanité toute entière, pour l’inviter à s’élever au-dessus de son monde terre-à-terre et se rapprocher du divin.

    Qu’elle soit naturelle ou création de l’homme et constituée du toit du temple, la voute impose la notion d’une séparation entre la terre et le ciel, entre le dedans et le dehors, entre le visible et l’invisible, entre le matériel et l’immatériel, entre l’humain et le divin.

    Dans la symbolique maçonnique dévolue au ciel et à la terre, cette dualité se retrouve : la Loge est couverte par la Voute Étoilée. Incluse dans le Pavé mosaïque, la terre reflète en partie, comme ses étendues d’eau, les étoiles tracées sur la Voute. Notre architecture, en même temps, rappelle les correspondances que les Maçons cherchent à établir entre elles, puisque le parcours initiatique conduit le Profane de la terre où il se meurt, au ciel où il s’accomplit.

    La Voute est la séparation entre l’obscurité dans laquelle nous sommes plongés et dans laquelle nous évoluons à tâtons et le ciel, domaine de la divinité et de la lumière absolue. Elle nous invite à nous réunir pour avancer ensemble dans notre nuit vers la Lumière, dont nous percevons les traces par la contemplation du firmament.

    Le symbolisme de la Voute Étoilée ne rappelle-t-il pas au Maçon que sa quête de la Vérité et de la Lumière doit se diriger dans cette direction ? N’est-elle pas aussi là pour le guider ?

    La Voute Étoilée, symbole d'unité

    Dans cette Voute Étoilée, nous pouvons imaginer, par reflet, les Francs-maçons éparpillés sur toute la surface de la Terre, mais aussi les Frères passés à l’Orient Éternel, tous ensemble sur la carte du ciel, les plus humbles comme les plus illustres, les plus pauvres comme les plus riches ; le dernier Initié, comme le premier, mort depuis des lustres. C’est une chaine d’union à travers les âges, à travers l’espace et le temps qui relie les cœurs et les âmes appelant puissamment l’Égrégore.

    Ne peut-on y voir aussi une représentation de toutes les loges du monde, chaque étoile symbolisant une loge allumée, une loge au travail au nom de la Franc-maçonnerie universelle ? Par toute la Terre, il est toujours Midi ou Minuit quelque part, une Loge s’ouvre, une autre clôt ses Travaux, une autre, peut-être, s’éteint.

    Que ce ciel étoilé nous rappelle ainsi la fin des Travaux lorsque nous rentrons contents et satisfaits, et que nous en avons retiré profit et joie.

    La Voute Étoilée, source de méditation

    Les ciels des temples maçonniques sont normalement bleus, cloutés d'étoi­les. Un bleu tendre et clair, le bleu des Loges bleues et des cordons de Maître (au Rite français !), un bleu de plein jour. Point de nuit au-dessus de nos têtes, mais les étoiles rendues visibles de Midi à Minuit par la Lumière de la Loge !

    Jean-Marie Ragon de Bettignies explique que « la Voute du Temple est azurée et étoilée comme celle des cieux, parce que, comme elle, elle abrite tous les hommes, sans distinction de rang ni de couleur ».

    Même ceux qui ne savent presque rien de la Franc-Maçonnerie rattachent à notre tradition le symbolisme du Temple inachevé, à ciel ouvert. Ils vous diront, avec ou sans ironie, que les Francs-maçons prétendent élever une construction déclarée par eux-mêmes interminable, ce qui permet de ne point juger trop sévèrement l'apport de chacun. Le langage courant a d'ailleurs adopté, en la galvaudant, notre expression «apporter sa pierre à l'édifice». Malheureusement, il s'agit bien souvent de saluer par cette formule toute faite la touchante bonne volonté de celui qui n'a pas abouti faute de temps, de moyens ou d'envergure.

    Ayant posé le principe fondamental qu'aucune limite ne peut être mise à leur recherche de la Vérité, les Francs-maçons ne veulent donner de la tête dans aucun plafond. Si l'ambition de la Loge était philosophique, scientifique, sociale, ce serait avoir là beaucoup d'orgueil et de présomption. Mais l'ambition de la Loge symbolique, régulière et traditionnelle, est initiatique. Il s'agit, au bout du chemin, de ne point se retrouver tel qu'on était au départ, sans que la nature des transformations intérieures de chacun ait été prescrite, voulue ou obtenue par quiconque. Aucun conditionnement : la diversité des Maçons, de leurs comportements, de leurs idées, en est la preuve. Donc, point de toit, car point de dogme. Point de couverture au-dessus des têtes, mais seulement la Voute Céleste avec ses étoiles visibles en plein jour. Ainsi la Loge travaille à ciel ouvert et nous trouvons là un second trait commun à la très grande majorité des Francs-Maçons : ils se veulent solidaires du cosmos. 

    La Voute Étoilée, en plus de mettre l’homme au centre du cosmos, doit apporter à nos Travaux une autre dimension. En effet, depuis la nuit des temps, et quelle que soit la latitude sous laquelle il réside, l’homme regarde et interroge cette voute lointaine. La contemplation d’un ciel étoilé donne une grande quiétude et une remarquable sérénité d’esprit. Elle incite, non pas à la rêverie, mais plutôt à la méditation.

    Pour Jules Boucher, « la voute constellée des temples maçonniques est en même temps que le symbole de son universalité, celui de sa véritable transcendance ». Cette représentation du cosmos qui plane au-dessus de nos têtes durant nos Tenues, doit nous apporter sérénité et humilité. La contemplation d’un tel espace nous rappelle l’écart, selon la définition de Pascal, entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. Ainsi le Franc-maçon doit-il rester humble face aux éléments, et apprécier justement la place de l’homme dans l’univers …

    La Voute qui s’élève au-dessus de nos têtes constitue la frontière entre le monde matériel, qui nous est accessible, et le monde immatériel, qui nous est inconnu et vers lequel se dirigent nos interrogations. Dans toute Loge régulière, la voute est symboliquement celle du ciel. Elle y apparaît semée d’étoiles sur fond bleu. Les étoiles représentées au plafond de la loge sont une image du cosmos, terme venant du grec et désignant tout à la fois le Monde, l’Univers, la Création. Leur présence rappelle que le Travail maçonnique s’accomplit à la frontière du visible et de l’invisible, dans un monde intermédiaire qui sépare le terrestre, domaine du limité, du royaume de la divinité, domaine de l’infini.

    La Voute Étoilée, visible de l’intérieur de la Loge témoigne d’une part que les murs de la loge n’ont pas la prétention de s’élever jusqu’au ciel, mais d’autre part que le Maçon ne limite pas son travail à une connaissance de soi, à ce qui est terre-à-terre, mais aussi à la contemplation et à la recherche de ce qui le dépasse, de ce qui le surpasse, de ce qui se trouve dans le monde de l’invisible, au-delà de la Voute Étoilée. Les étoiles brillent en Loge comme autant de parcelles de la lumière céleste qui protège et guide les chercheurs de Vérité sur le chemin de la Connaissance. Cette représentation du cosmos enseigne aussi que l’action de la divinité ne se borne pas seulement au monde qui est le sien pour celui qui sait devenir une étoile vivante. Ce qui est en haut existe aussi ici-bas. La Voute Étoilée est le trait d’union entre l’humain et le divin d’une part, entre la divinité et l’humanité d’autre part.

    La référence à la Voute Étoilée nous invite à méditer sur le plan spirituel. Elle favorise notre réflexion. Sa contemplation nous ramène à notre juste dimension dans l’immensité de la Création. Elle nous porte à donner aux choses d’ici-bas la relativité qui est la leur. Ne dit-on pas souvent que la nuit porte conseil ? La Voute qui est présente dans nos Loges repose sur les murs de la loge. Cela ne signifie pas que notre loge a la prétention de s’élever à la hauteur du divin. Nos murs supportant la Voute Étoilée sont là pour inviter le Maçon à diriger sa recherche de la Lumière dans cette direction, puisque son travail ne se limite pas à la connaissance de soi, mais aussi à la recherche de ce qui le dépasse.

    En guise de conclusion provisoire...

    La construction du Temple restera toujours inachevée, et le travail toujours en cours. L’homme ne peut faire table rase de son histoire et grandit en l’assimilant, évitant de reproduire les erreurs du passé tout en conservant son esprit d’initiative, sa liberté d’entreprendre, sa puissance créatrice. Le travail de chacun vaut ce qu’il vaut. Chaque Franc-maçon transmet ce qu’il reçoit et apporte ce qu’il peut. Aucune limite ne peut être mise à la recherche de la Vérité. Point de toit à notre Respectable Loge car point de dogme : ni philosophique, ni scientifique, ni social. 

    Trois idées me paraissent dominer le symbolisme de la Voute Étoilée : la relativité des choses, la relativité du temps, les différents aspects de la Lumière : Lumière – séparation : jour / nuit et saisons ; Lumière – génération : ascendante et descendante qui permet la Renaissance ; Lumière – harmonie : opposant ordre et chaos ; Lumière – orientation : étoile guide ; Lumière – illumination qui nous fait sortir des Ténèbres ; Lumière créatrice : année de Vraie Lumière.

    Pour moi, la Voute Étoilée semble un des plus riches de tous les symboles présents dans toute Loge maçonnique. Il reprend les notions de la dualité, au même titre que le Pavé mosaïque, de relativité des choses, du continuum de la révolution temporelle et de la genèse de la vie, de la verticalité. Le Fil à plomb qui part théoriquement de la Voute Étoilée pour la transmission de l’énergie cosmique m’apparait alors comme un signe d’espoir. 

     

    R:. F:. A. B.

     


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